Histoire du Bas-Empire. Tome 01

Charles Le Beau · Chapitre 6 sur 8 · partie 1/3

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Histoire du Bas-Empire. Tome 01

—[Cette ambassade doit être placée au nombre…

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 3 parties.

—[Cette ambassade doit être placée au nombre des causes, qui troublèrent la bonne harmonie, qui subsistait depuis long-temps entre la Perse et l’empire. Le philosophe Métrodore, dont on connaît déja[76] les voyages dans l’Éthiopie, qu’on appelait à cette époque l’Inde intérieure, en entreprit d’autres dans l’Inde ultérieure pour visiter les Brahmanes et observer leurs mœurs et leurs pratiques de frugalité et de vertu. Pendant son séjour dans l’Inde, Métrodore leur enseigna l’art de construire des moulins à eau et des bains; ils en furent si reconnaissants, qu’ils lui ouvrirent leurs sanctuaires et lui permirent de les visiter. Métrodore abusa de la confiance de ces philosophes, il enleva de leurs temples des perles et des pierres précieuses en quantité: il en reçut aussi beaucoup du roi des Indes, qui désirait qu’elles fussent offertes de sa part à Constantin. Lorsque Métrodore revint à Constantinople, il présenta ces objets précieux à l’empereur, qui en fut enchanté; mais ce fut en son propre nom, cachant qu’elles venaient du prince indien. Il ne borna pas là ses impostures, il ajouta qu’il aurait apporté une plus grande quantité de ces pierres, si elles ne lui avaient pas été ravies par les Perses, lorsqu’il traversait leur pays pour rentrer dans l’empire. Constantin fut transporté de colère par ce mensonge, et aussitôt il écrivit au roi de Perse, se plaignant amèrement de l’enlèvement des objets précieux, dont il demandait la restitution. Cette lettre qui dut surprendre Sapor, resta sans réponse; et bientôt, comme on le verra sous l’année suivante, la guerre éclata entre les deux états.[77]]—S.-M.

[Note 76: Voyez ci-devant, livre IV, § 65.]

[Note 77: J’ignore pourquoi Lebeau, et avant lui Crévier, n’ont fait aucune mention de cette circonstance intéressante; auraient-ils eu des doutes sur la véracité de Cédrénus, historien assez moderne il est vrai, mais qui n’a pu certainement inventer un pareil fait et dont l’exactitude est d’ailleurs, en ce point, attestée par le témoignage d’Ammien Marcellin. Ce dernier auteur en parlant de la guerre entreprise par Julien contre les Perses, fait mention des mensonges de Métrodore et de leurs conséquences; il est vrai qu’il semble placer la guerre dont il s’agit, sous le règne de Constance, mais je ne crois pas qu’une mention faite en passant, et où il peut y avoir une légère faute de copiste, doive l’emporter sur le récit détaillé de Cédrénus. Quoiqu’il en soit, voici ce que dit Ammien Marcellin. Sed Constantium ardores Parthicos succendisse, cum Metrodo rimendaciis avidiùs acquiescit. C’en est assez pour assurer le certitude du fait en lui-même.—S.-M.]

[Note latérale: XXXVI. Rappel d’Arius.]

[Note latérale: [Rufin, l. 10, c. 11.]]

[Note latérale: Socr. l. 1, c. 14 et 25.]

[Note latérale: Theod. l. 1, c. 20.]

[Note latérale: Soz. l. 2, c. 16 et 27.]

[Note latérale: Philost. l. 2, c. 7.]

[Note latérale: Vit. Athan. apud Phot. cod. 257.]

[Note latérale: Baronius, ann. 327.]

[Note latérale: Fuhrm. de bapt. Const. part. 1, p. 54.]

Tandis que la joie de ces fêtes se répandait dans tout l’empire, le bannissement d’Athanase tenait l’église dans les larmes, et la mort terrible d’Arius en faisait verser à ses sectateurs. Nous avons laissé cet hérésiarque en exil aussi bien qu’Eusèbe de Nicomédie et leurs adhérents déclarés. Il faut reprendre le fil de leurs intrigues, et montrer par quels artifices ils vinrent à bout de surprendre l’empereur, jusqu’à l’armer contre ceux-mêmes qu’il avait toujours respectés comme les défenseurs de la foi orthodoxe. Constantia veuve de Licinius et sœur de l’empereur, avait auprès d’elle un prêtre, arien déguisé, qui ayant commencé par faire sa cour aux eunuques, s’était ensuite par leur moyen rendu maître de l’esprit de la princesse. Ce n’était pas un de ces directeurs vains et impérieux, dont la tyrannie les expose à de fâcheux retours. Celui-ci doux, flatteur, rampant, plus jaloux du solide que de l’éclat, gouverna d’abord Constantia, et ensuite l’empereur même, avec si peu de bruit, que l’histoire ignore son nom, et ne le fait connaître que par ses œuvres. Quelques modernes, sans beaucoup de fondement, le confondent avec Acacius, surnommé le borgne, qui fut évêque de Césarée après Eusèbe. Dans les funestes tragédies qui suivirent, ce fut cet inconnu, qui toujours caché derrière la scène, donnait par des ressorts imperceptibles le mouvement à toute la cour. Il ne lui fut pas difficile de persuader à la princesse, qu’Arius était l’innocente victime de l’envie. Constantia tomba malade; et son frère, attendri par son état, plus encore par ses malheurs dont il était lui-même la cause, lui rendait des visites assidues. Comme elle était sur le point de mourir: «Prince, lui dit-elle, en lui montrant ce prêtre, je vous recommande ce saint personnage; je me suis bien trouvée de ses sages conseils; donnez-lui votre confiance: c’est la dernière grace que je puis obtenir de vous, et c’est pour votre salut que je la demande. Je meurs, et toutes les affaires de ce monde vont me devenir étrangères; mais je crains pour vous la colère de Dieu: on vous séduit; n’êtes-vous pas coupable de vous prêter à la séduction et de tenir en exil des hommes justes et vertueux?» Ces paroles pénétrèrent le cœur de Constantin affaibli par la douleur: l’imposteur s’y établit aussitôt et s’y maintint jusqu’au dernier soupir du prince. Le premier effet de cette confiance fut le rappel d’Arius. L’empereur se laissa insinuer que sa doctrine était celle du concile même; qu’on ne le traitait en criminel que parce qu’on ne voulait pas l’entendre; que si on lui permettait de se présenter au prince, il le satisferait pleinement par sa soumission aux décrets de Nicée. Qu’il vienne donc, dit l’empereur, et s’il fait ce que vous promettez, je le renverrai avec honneur à Alexandrie. On mande aussitôt Arius; mais ce rusé politique, guidé sans doute par son protecteur secret, affecta de douter de la réalité des ordres du prince, et resta dans son exil. Constantin, ardent dans ses désirs, lui écrit lui-même avec bonté, lui fait des reproches de son peu d’empressement, lui ordonne de se servir des voitures publiques, et lui promet l’accueil le plus favorable. C’était à ce degré de chaleur qu’Arius voulait amener le prince: il part sur-le-champ, se présente à l’empereur, et lui en impose par une profession de foi équivoque.

[Note latérale: XXXVII. Retour d’Eusèbe et de Théognis.]

Le retour d’Arius entraînait celui de ses partisans: aussi Eusèbe et Théognis ne s’oublièrent pas; mais pour varier la scène, ils prirent un autre tour. Ils s’adressèrent aux principaux évêques catholiques. Ils s’excusaient de n’avoir pas souscrit à l’anathème, sur la connaissance particulière qu’ils avaient de la pureté des sentiments d’Arius; ils protestaient de la parfaite conformité de leur doctrine avec la décision de Nicée: Ce n’est pas, disaient-ils, que nous supportions notre exil avec impatience; ce n’est que le soupçon d’hérésie qui nous afflige; c’est l’honneur de l’épiscopat qui nous fait élever la voix; et puisqu’on a rappelé celui qu’on regarde comme l’auteur de la discorde, puisqu’on a bien voulu entendre ses défenses, jugez s’il serait raisonnable que par notre silence nous parussions nous reconnaître coupables. Ils priaient les évêques de les recommander à l’empereur, et de lui présenter leur requête. La circonstance était favorable, et la demande paraissait juste. Ils revinrent la troisième année de leur exil, et rentrèrent triomphants en possession de leurs églises, d’où ils chassèrent les deux évêques qu’on leur avait substitués. Eusèbe fut plus adroit dans la suite à masquer son hérésie: toujours acharné sur les catholiques, il sut couvrir la persécution sous des prétextes spécieux, et ne se déclara ouvertement Arien qu’après la mort de Constantin. Bientôt, pour le malheur de l’église, il regagna les bonnes graces du prince; et l’on ne peut s’empêcher d’être surpris que les couleurs affreuses, sous lesquelles l’empereur avait dépeint ce prélat trois ans auparavant dans sa lettre aux habitants de Nicomédie, se fussent si tôt effacées de son esprit. La lettre prouve que les impressions étaient bien vives dans Constantin; et le prompt retour de sa faveur, qu’elles n’étaient pas bien profondes. Eusèbe s’était emparé du cœur de Constance, le fils bien-aimé de l’empereur; il n’en fallait pas davantage pour disposer de toute la cour. Le reste de l’histoire de Constantin n’est qu’un tissu de fourberies de la part des Ariens, de faiblesses et d’illusions de la part du prince. Arius, malgré son habileté à se déguiser, ne trouva pas la même facilité dans Athanase. En vain s’efforça-t-il de rentrer dans la communion de son évêque; celui-ci refusa constamment de le recevoir, quelque instance que lui en fit Eusèbe, qui lui écrivit même à ce sujet les lettres les plus menaçantes.

[Note latérale: XXXVIII. Déposition d’Eustathius.]

[Note latérale: Socr. l. 1, c. 23 et 24.]

[Note latérale: Theod. l. 1, c. 21.]

[Note latérale: Soz. l. 2, c. 18 et 19.]

[Note latérale: Philost. l. 2, c. 7.]

Pour intimider Athanase, et le priver en même temps du plus ferme appui qu’il eût dans l’église, Eusèbe fit tomber les premiers éclats de l’orage sur Eustathius, évêque d’Antioche. Il s’était élevé une dispute fort vive entre cet illustre prélat et Eusèbe de Césarée. Eustathius accusait Eusèbe d’altérer la foi de Nicée; Eusèbe de son côté attribuait à Eustathius l’erreur de Sabellius. Eusèbe de Nicomédie voulut terminer cette querelle à l’avantage de son ami, par un coup de foudre. Il dressa son plan, et pour en cacher l’exécution à l’empereur, il feignit d’avoir un grand désir d’aller en dévotion à Jérusalem, et d’y visiter l’église célèbre que le prince y faisait bâtir. Il sort de Constantinople en grand appareil, accompagné de Théognis, son confident inséparable. L’empereur leur fournissait les voitures publiques, et tout ce qui pouvait honorer leur voyage. Les deux prélats passent par Antioche; Eustathius les reçoit avec une cordialité vraiment fraternelle: de leur côté, ils n’épargnent pas les démonstrations de la plus sincère amitié. Arrivés à Jérusalem, ils s’ouvrent de leur dessein à Eusèbe de Césarée et à plusieurs autres évêques ariens, et forment leur complot. Tous ces prélats les accompagnent comme par honneur dans leur retour à Antioche. Dès qu’ils sont dans la ville, ils s’assemblent avec Eustathius et quelques évêques catholiques qui n’étaient pas dans le secret, et donnent à leur assemblée le nom de concile. A peine avait-on pris séance, qu’ils font entrer une courtisane, qui, portant un enfant à la mamelle, s’écrie qu’Eustathius est le père de cet enfant. Le saint prélat, rassuré par sa conscience et par sa fermeté naturelle, ordonne à cette femme de produire des témoins; elle répond avec impudence, qu’on n’en appela jamais pour commettre un pareil crime. Les Ariens lui défèrent le serment; elle jure à haute voix qu’elle a eu cet enfant d’Eustathius: et sur-le-champ ces juges équitables, sans autre information ni autre preuve, prononcent la sentence de déposition contre Eustathius[78]. Les évêques catholiques étonnés d’une procédure aussi irrégulière réclament en vain contre ce jugement: Eusèbe et Théognis volent à Constantinople pour prévenir l’empereur, et laissent leurs complices assemblés à Antioche.

[Note 78: Cet évêque fut déposé en l’an 331.—S.-M.]

[Note latérale: XXXIX. Troubles d’Antioche.]

[Note latérale: Euseb. vit. Const. l. 3, c. 59.]

[Note latérale: Socr. l. 1, c. 24.]

[Note latérale: Theod. l. 1, c. 21, 22.]

[Note latérale: Soz. l. 2, c. 19.]

[Note latérale: Philost. l. 2, c. 7.]

[Note latérale: God. dissert. in Philost. l. 2, c. 7.]

[Note latérale: Herm. vie de S. Athan. l. 3, c. 8, éclairciss.]

[Note latérale: Till. Arian. art. 14. et suiv.]

[Note latérale: Athan. ad monach. t. 1, p. 346 et 347.]

Une imposture si grossière, et la déposition du saint prélat soulevèrent tous ceux qui n’étaient pas vendus à la faction arienne. Le conseil de la ville, les habitants, les soldats de la garnison se divisent en deux partis; ce n’est plus que confusion, injures, menaces. On était prêt à s’égorger, et Antioche allait nager dans le sang, quand une lettre de l’empereur et l’arrivée du comte Stratégius, qui se joignit à Acacius, comte d’Orient, apaisèrent les esprits. Constantin manda Eustathius. Les ennemis du prélat ne comptaient pas qu’une accusation si mal appuyée fût écoutée de l’empereur; ils changèrent de batterie, et accusèrent Eustathius d’avoir autrefois outragé l’impératrice Hélène: c’était toucher le prince par l’endroit le plus sensible; d’ailleurs Constantin rendait l’évêque responsable de la sédition. Eustathius, avant que de quitter son peuple, l’exhorta à demeurer ferme dans la foi de la consubstantialité: on reconnut dans la suite combien ses dernières paroles avaient eu de force. Il ne lui était pas difficile de se justifier devant l’empereur; mais ce prince aveuglé par la calomnie le rélégua en Thrace, où il mourut[79]. Cette malheureuse prostituée qui avait servi d’organe à des prélats plus méchants qu’elle, se voyant peu de temps après à l’article de la mort, déclara, en présence d’un grand nombre d’ecclésiastiques, l’innocence d’Eustathius et la fourberie d’Eusèbe: elle prétendait pourtant être moins coupable, parce qu’en effet elle avait eu cet enfant d’un artisan, nommé Eustathius; et c’était sans doute cette criminelle équivoque, qui jointe à l’argent d’Eusèbe, avait facilité la séduction. Asclépas de Gaza, attaché au saint évêque et à la foi catholique, fut en même temps chassé de son église. D’un autre côté Basilina, seconde femme de Julius Constance, fit exiler Eutropius, évêque d’Andrinople, censeur intrépide de la doctrine et de la conduite d’Eusèbe, qui était parent de cette princesse.

[Note 79: Voyez la note ajoutée au § 65 du livre IV.—S.-M.]

[Note latérale: XL. Eusèbe de Césarée refuse l’épiscopat d’Antioche.]

[Note latérale: Euseb. vit. Const. l. 3, c. 60 et seq.]

[Note latérale: Socr. l. 1, c. 24.]

[Note latérale: Theod. l. 1, c. 22.]

[Note latérale: Soz. l. 2, c. 19.]

Paulin de Tyr et Eulalius ayant successivement rempli la place d’Eustathius, et étant morts en moins d’un an, il s’éleva de nouvelles contestations. Le parti arien, à la tête duquel étaient la plupart des évêques du prétendu concile, demandait Eusèbe de Césarée. Les catholiques s’opposaient à son élection. Les premiers en écrivirent à l’empereur, et en même temps Eusèbe, soit pour se faire presser, soit qu’il pressentît que cette nouvelle division déplairait à Constantin, lui manda qu’il s’en tenait à la rigueur des canons, et qu’il le priait de permettre qu’il restât attaché à sa première épouse. Ce refus d’Eusèbe fut accepté plus aisément peut-être qu’il ne l’aurait désiré. Le prince écrivit aux évêques et aux habitants d’Antioche pour les détourner de choisir Eusèbe: il leur proposa lui-même deux ecclésiastiques très-dignes, disait-il, de l’épiscopat, sans cependant exclure tout autre qu’on voudrait élire; et ce qui fait voir que Constantin était alors entièrement obsédé par les Ariens, c’est que ces deux prêtres, Euphronius de Césarée en Cappadoce et George d’Aréthuse, étaient deux Ariens décidés. Le premier fut élu; et l’empereur dédommagea la vanité de l’évêque de Césarée, par les louanges qu’il lui prodigua, sur le généreux sacrifice qu’il avait fait à la discipline ecclésiastique. Celui-ci n’a pas manqué de rapporter en entier dans la vie de Constantin les lettres de l’empereur qui contiennent son éloge, et, de toute l’histoire de la déposition d’Eustathius, c’est presque la seule partie qu’il ait jugé à propos de conserver. Le siége d’Antioche étant occupé par les Ariens jusqu’en 361, les catholiques abandonnèrent les églises, et tinrent à part leurs assemblées: on les nomma Eustathiens.

[Note latérale: XLI. Athanase refuse de recevoir Arius.]

[Note latérale: Socr. l. 1, c. 27.]

[Note latérale: Soz. l. 2, c. 21.]

Eusèbe de Nicomédie, jugeant d’Athanase par lui-même, se flattait que ces marques effrayantes de son crédit et de sa puissance feraient enfin trembler l’évêque d’Alexandrie. Il le presse encore de recevoir Arius, et le trouve encore inflexible. Maître de la main comme de l’esprit de l’empereur, il l’engage à écrire plusieurs lettres à Athanase. Il en prévoyait le succès. Sur le refus du saint évêque, il prend occasion d’aigrir le prince: secondé par Jean Arcaph, chef des Mélétiens, et par une foule d’évêques et d’ecclésiastiques, qui cachant leur concert n’étaient que les échos d’Eusèbe, il dépeint Athanase comme un séditieux, un perturbateur de l’église, un tyran qui, à la tête d’une faction de prélats dévoués à ses caprices, régnait à Alexandrie et se faisait obéir le fer et le feu à la main. L’accusé se justifiait en rejetant toutes les injustices et les violences sur ses adversaires; et ses preuves étaient si bien appuyées, que l’empereur ne savait à quoi s’en tenir. Enfin Constantin lassé de ces incertitudes, mande pour dernière décision à Athanase, qu’il veut terminer toutes ces querelles; que l’unique moyen est de ne fermer à personne l’entrée de l’église; qu’aussitôt qu’Athanase connaîtra sa volonté par cette lettre, il se garde bien de rebuter aucun de ceux qui se présenteront; que s’il contrevient à ses ordres, il sera chassé de son siége. L’évêque, peu effrayé de la menace d’une déposition injuste, représente avec une fermeté respectueuse, quelle plaie ferait à l’église une aveugle indulgence pour des gens anathématisés par un concile œcuménique, dont ils éludent encore les décrets. L’empereur parut se rendre à la force de ses raisons.

[Note latérale: XLII. Calomnies contre Athanase.]

[Note latérale: Athan. Apol. contr. Arian. t. 1, p. 130-138 et 177-180]

[Note latérale: Socr. l. 1, c. 27.]

[Note latérale: Theod. l. 1, c. 26 et 27.]

[Note latérale: Soz. l. 2, c. 22.]

[Note latérale: Philost. l. 2, c. 11.]

L’équité du prince aigrissait le dépit d’Eusèbe. Il connaissait enfin Athanase; n’espérant plus le vaincre, il résolut de le perdre. Les chefs du parti Arien, concertés avec les Mélétiens qu’ils avaient gagnés par argent, font d’abord courir le bruit que son ordination est nulle, ayant été faite par fraude et par violence. Comme la fable imaginée sur ce point était démentie par l’évidence, et qu’il s’agissait de frapper l’esprit du prince, ils crurent ensuite plus à propos de lui supposer des crimes d’état. Ils l’accusèrent d’avoir, de sa pleine autorité, imposé un tribut aux Égyptiens, et d’exiger des tuniques de lin pour l’église d’Alexandrie. Les prêtres Apis et Macarius, qui se trouvaient alors à Nicomédie, ne furent pas embarrassés à justifier leur évêque: ils montrèrent à l’empereur que c’était une contribution libre, autorisée par l’usage pour le service de l’église. Les accusateurs, sans se rebuter, chargèrent le saint évêque de deux forfaits énormes. Le premier était un crime de lèse-majesté: il avait, disaient-ils, fomenté la révolte de Philuménus en lui fournissant de grandes sommes d’argent: ce rebelle, inconnu d’ailleurs, est peut-être le même que Calocérus[80]. L’autre crime attaquait Dieu même: voici le fait dont ils abusaient. Dans une contrée de l’Égypte, nommée Maréotique, voisine d’Alexandrie, était un certain Ischyras autrefois ordonné prêtre par Colluthus. Au concile d’Alexandrie tenu en présence d’Osius, les ordinations de cet hérésiarque avaient été déclarées nulles. Mais malgré la décision du concile, à laquelle Colluthus lui-même s’était soumis, Ischyras s’obstinait à exercer les fonctions sacerdotales. Athanase, faisant la visite de la Maréotique, lui envoya Macarius un de ses prêtres pour le sommer de venir comparaître devant l’évêque. Il était au lit malade; on se contenta de lui signifier l’interdiction, et l’affaire n’eut pas alors d’autre suite. Mais dans le temps qu’Eusèbe mendiait de toute part des accusations contre Athanase, Ischyras vint lui offrir ses services; ils furent acceptés; on lui promit un évêché: il déposa que Macarius par ordre de l’évêque s’était jeté sur lui, tandis qu’il célébrait les saints mystères; qu’il avait renversé l’autel et la table sacrée, brisé le calice, brûlé les livres saints. Sur des crimes si graves, Athanase fut mandé à la cour. L’empereur l’écouta, reconnut son innocence, le renvoya à Alexandrie, écrivit aux Alexandrins que les calomniateurs de leur évêque avaient été confondus, et que cet homme de Dieu (c’est le terme dont il se servit) avait reçu à sa cour le traitement le plus honorable. Ischyras méprisé de l’empereur et d’Eusèbe qu’il avait servi sans succès, vint se jeter aux pieds de son évêque, lui demandant pardon avec larmes. Il déclara en présence de plusieurs témoins par un acte signé de sa main, que son accusation était fausse, et qu’il y avait été forcé par trois évêques Mélétiens qu’il nomma. Athanase lui pardonna; mais sans l’admettre à la communion de l’église, qu’il n’eût accompli la pénitence prescrite par les canons.

[Note 80: Cette conjecture est de Tillemont, t. IV, p. 262, éd. de 1723.—S.-M.]

[Note latérale: XLIII. Accusation au sujet d’Arsénius.]

[Note latérale: Socr. l. 1, c. 27.]

[Note latérale: Theod. l. 1, c. 30.]

[Note latérale: Soz. l. 2, c. 23.]

[Note latérale: Ath. Apol. contr. Arian. t. I, p. 146, 160 et 181-186.]

[Note latérale: Herm. vie de S. Athan. l. 3, c. 14, éclaircis.]

Les adversaires tant de fois confondus ne perdirent pas courage, persuadés que dans la multitude des coups il n’en faut qu’un pour faire une blessure mortelle. Arsénius évêque d’Hypsélé en Thébaïde était dans le parti de Mélétius. Il disparut tout à coup, et les Mélétiens montrant de ville en ville la main droite d’un homme, publièrent que c’était celle d’Arsénius qu’Athanase avait fait massacrer; qu’il lui avait coupé la main droite pour s’en servir à des opérations magiques: ils se plaignaient avec larmes qu’il eût caché le reste de son corps; ils ressemblaient à ces anciens fanatiques de l’Égypte qui cherchaient les membres épars d’Osiris. Jean Arcaph jouait dans cette pièce le principal rôle. La chose fit grand bruit à la cour. Le prince commit pour en informer le censeur Delmatius[81], qui se trouvait alors à Antioche; il envoya Eusèbe et Théognis pour assister au jugement. Athanase mandé par Delmatius, sentit bien que le défaut de preuve de la part de ses adversaires, ne suffirait pas pour le justifier, et qu’il fallait les confondre en leur prouvant qu’Arsénius était vivant. Il le fait chercher par toute l’Égypte. On découvre sa retraite; c’était un monastère près d’Antéopolis en Thébaïde: mais quand on y arriva, il en était déja sorti pour se sauver ailleurs. On se saisit du supérieur du monastère et d’un moine qui avait procuré l’évasion; on les amène à Alexandrie devant le commandant des troupes d’Égypte: ils avouent qu’Arsénius est vivant, et qu’il a été retiré chez eux. Le supérieur avertit aussitôt Jean Arcaph que l’intrigue est découverte, et que toute l’Égypte sait qu’Arsénius est en vie. La lettre tombe entre les mains d’Athanase. On trouve le fugitif caché à Tyr: il nie d’abord qu’il soit Arsénius; mais il est convaincu par Paul évêque de la ville, dont il était parfaitement connu. Athanase envoie à Constantin par le diacre Macarius toutes les preuves de l’imposture. L’empereur révoque aussitôt la commission donnée à Delmatius: il rassure l’évêque d’Alexandrie, et l’exhorte à n’avoir plus désormais d’autre soin que les fonctions du saint ministère, et à ne plus craindre les manœuvres des Mélétiens: il ordonne que cette lettre soit lue dans l’assemblée du peuple, afin que personne n’ignore ses sentiments et sa volonté. Les menaces du prince firent taire quelque temps la calomnie, et le calme semblait rétabli. Arsénius lui-même écrivit de concert avec son clergé une lettre à son métropolitain, pour lui demander d’être admis à sa communion. Jean suivit cet exemple, et s’en fit honneur auprès de l’empereur. Le prince était ravi de joie dans l’espérance que les Mélétiens allaient à la suite de leur chef se réunir au corps de l’église.

[Note 81: C’est le frère de Constantin.—S.-M.]

[Note latérale: XLIV. Eusèbe s’empare de l’esprit de l’empereur.]

[Note latérale: Athan. Apol. contr. Arian. t. 1, p. 130, 131, 132, 186 et 187.]

[Note latérale: Socr. l. 1, c. 28.]

[Note latérale: Theod. l. 1, c. 28.]

[Note latérale: Soz. l. 2, c. 25.]

[Note latérale: Pagi. ad Baron. an. 332.]

[Note latérale: [Rufin. l. 10, c. 12.]]

Mais cette paix ne fut pas de longue durée. L’opiniâtreté des Ariens l’emporta enfin sur les bonnes intentions de l’empereur. C’étaient des évêques, dont l’extérieur n’avait rien que de respectable, qui criaient sans cesse et qui faisaient répéter à toute la cour, qu’Athanase était coupable des crimes les plus énormes; qu’il s’en procurait l’impunité à force d’argent; que c’était ainsi qu’il avait fait changer de langage à Jean le Mélétien: que le nouvel Arsénius était un personnage de théâtre; qu’il était étrange que sous un prince vertueux l’iniquité restât assise sur un des plus grands siéges du monde. Jean regagné par les Ariens consentait lui-même à se déshonorer; il avouait à l’empereur qu’il s’était laissé corrompre. Constantin, d’un caractère franc et généreux, était fort éloigné de soupçonner une si noire perfidie. Tant de secousses lui firent enfin lâcher prise; il abandonna Athanase à ses ennemis; c’était l’abandonner que de le laisser à la discrétion d’un concile, dont Eusèbe devait être le maître. Le choix de la ville de Césarée en Palestine, dont l’autre Eusèbe était évêque, annonçait déja le succès. Aussi le saint prélat refusa-t-il de s’y rendre. Les Ariens en prirent avantage; et pendant deux ans et demi que dura le refus d’Athanase, c’était, à les entendre, un coupable qui fuyait son jugement. Enfin l’empereur, comme pour condescendre aux répugnances et aux craintes de l’accusé, change le lieu de l’assemblée, et l’indique à Tyr. Il voulait qu’après avoir pacifié dans cette ville toutes les querelles, les Pères du concile, réunis dans le même esprit, se transportassent à Jérusalem pour y faire ensemble la dédicace de l’église du Saint-Sépulcre. Il manda aux évêques, dont plusieurs étaient depuis long-temps à Césarée, de se rendre à Tyr afin de remédier en diligence aux maux de l’église. Sa lettre, sans nommer Athanase marque assez qu’il était étrangement prévenu contre ce saint personnage, et entièrement livré à ses ennemis. Il assure ceux-ci qu’il a exécuté tout ce qu’ils lui ont demandé; qu’il a convoqué les évêques qu’ils désirent d’avoir pour coopérateurs; qu’il a envoyé le comte Denys afin de maintenir le bon ordre dans le concile: il proteste que si quelqu’un de ceux qu’il a mandés se dispense d’obéir sous quelque prétexte que ce soit, il le fera sur-le-champ chasser de son église. Cette lettre qui convoquait le concile, en détruisait en même temps l’autorité; elle suffit seule pour en prouver l’irrégularité: le choix des évêques dévoués aux Ariens, la présence du comte Denys environné d’appariteurs et de soldats, étaient autant d’abus, que sut bien relever dans la suite le concile d’Alexandrie. Il s’y trouva pourtant un petit nombre d’évêques catholiques, entre autres Maxime de Jérusalem qui avait succédé à Macarius Marcel d’Ancyre, et Alexandre de Thessalonique. L’assemblée était déja composée de soixante prélats, avant l’arrivée des quarante-neuf évêques d’Égypte qu’Athanase y amena. Il n’y vint qu’à regret, sur les ordres réitérés de l’empereur, pour éviter le scandale que causerait dans l’église l’injuste colère du prince, qui le menaçait de l’y faire conduire par force. Le prêtre Macarius y fut amené chargé de chaînes. Archelaüs comte d’Orient et gouverneur de Palestine se joignit au comte Denys.

[Note latérale: XLV. Concile de Tyr.]

[Note latérale: Ath. Apol. contr. Arian. p. 134. t. I, et 187-192.]

[Note latérale: Epiph. hær. 68, § 7. t. I, p. 723.]

[Note latérale: Socr. l. 1, c. 28.]

[Note latérale: Theod. l. 1, c. 30.]

[Note latérale: Soz. l. 2, c. 25.]

[Note latérale: [Rufin. l. 10. c. 16.]]

On ne donna point de siége à Athanase: il fut obligé de se tenir debout en qualité d’accusé. D’abord, de concert avec les évêques d’Égypte, il récusa les juges comme ses ennemis. On n’eut aucun égard à sa récusation: comptant sur son innocence, il se détermina à répondre. Il lui fallut combattre les mêmes monstres qu’il avait déja tant de fois terrassés. On fit revivre toutes les vieilles calomnies, dont l’empereur avait reconnu la fausseté. Plusieurs évêques d’Égypte vendus aux Mélétiens se plaignirent d’avoir été outragés et maltraités par ses ordres. Ischyras, malgré le désaveu signé de sa main, reparut entre les accusateurs; et ce misérable fut encore une fois confondu par Athanase et par Macarius. Il n’y eut que les partisans d’Eusèbe qui trouvèrent plausibles les mensonges qu’ils avaient dictés; ils proposèrent au comte Denys d’envoyer dans la Maréotique pour informer sur les lieux. La réclamation d’Athanase et de tous les orthodoxes ne put empêcher, qu’on ne nommât pour commissaires six de ses plus mortels ennemis, qui partirent avec une escorte de soldats.

[Note latérale: XLVI. Accusateurs confondus.]

[Note latérale: Ath. Apol. cont. Arian. t. I, p. 131.]

[Note latérale: Theod. l. 1, c. 30.]

[Note latérale: Socr. l. 2, c. 25.]

[Note latérale: Vita Athan. apud Phot. cod. 257.]

[Note latérale: Philost. l. 2, c. 11.]

[Note latérale: [Rufin, l. 10, c. 16 et 17.]]

Deux accusations occupèrent ensuite le concile. On fit entrer une courtisane effrontée[B], qui se mit à crier qu’elle avait fait vœu de virginité; mais qu’ayant eu le malheur de recevoir chez elle Athanase, il lui avait ravi l’honneur. Les juges ayant sommé Athanase de répondre, il se tint en silence; et l’un de ses prêtres, nommé Timothée, debout à côté de lui, se tournant vers cette femme: Est-ce moi, lui dit-il, que vous accusez de vous avoir déshonorée? C’est vous-même, s’écria-t-elle, en lui portant le poing au visage, et lui présentant un anneau qu’elle prétendait avoir reçu de lui: elle demandait justice en montrant du doigt Timothée qu’elle appelait Athanase, l’insultant, le tirant à elle avec un torrent de paroles familières à ces femmes sans pudeur. Une scène si indécente couvrait les accusateurs de confusion, faisait rougir les juges, et rire les comtes et les soldats. On fit retirer la courtisane malgré Athanase, qui demandait qu’elle fût interrogée, pour découvrir les auteurs de cette horrible calomnie. On lui répondit qu’on avait contre lui bien d’autres chefs plus graves, dont il ne se tirerait pas par des subtilités, et dont les yeux mêmes allaient juger. En même temps on tire d’une boîte une main desséchée: à cette vue tous se récrièrent, les uns d’horreur, croyant voir la main d’Arsénius, les autres par déguisement pour appuyer le mensonge, et les catholiques par indignation, persuadés de l’imposture. Athanase après un moment de silence demanda aux juges si quelqu’un d’eux connaissait Arsénius; plusieurs ayant répondu qu’ils le connaissaient parfaitement, il envoya chercher un homme qui attendait à la porte de la salle, et qui entra enveloppé d’un manteau. Alors Athanase lui faisant lever la tête: Est-ce là, dit-il, cet Arsénius que j’ai tué, qu’on a cherché si long-temps, et à qui après sa mort j’ai coupé la main droite? C’était en effet Arsénius lui-même. Les amis d’Athanase l’ayant amené à Tyr, l’avaient engagé à s’y tenir caché jusqu’à ce moment; et après s’être prêté injustement aux calomniateurs, il se prêtait avec justice à confondre la calomnie. Ceux qui avaient dit qu’ils le connaissaient, n’osèrent le méconnaître: après leur aveu, Athanase retirant le manteau d’un côté, fit apercevoir une de ses mains; ceux que les Ariens avaient abusés, ne s’attendaient pas à voir l’autre, quand Athanase la leur découvrant: Voilà, dit-il, Arsénius avec ses deux mains; le Créateur ne nous en a pas donné davantage; c’est à nos adversaires à nous montrer ou l’on a pris la troisième. Les accusateurs devenus furieux à force de confusion, et comme enivrés de leur propre honte, remplissent toute l’assemblée de tumulte: ils crient qu’Athanase est un magicien, un enchanteur qui charme les yeux; ils veulent le mettre en pièces. Jean Arcaph profitant du désordre se dérobe et s’enfuit. Le comte Archélaüs arrache Athanase des mains de ces frénétiques, et le fait embarquer secrètement la nuit suivante. Le saint évêque se sauva à Constantinople, et éprouva tout le reste de sa vie que les méchants ne pardonnent jamais le mal qu’ils ont voulu faire, et qu’à leurs yeux c’est un crime irrémissible pour l’innocence de n’avoir pas succombé. Ceux-ci se consolèrent de leur défaite en feignant de triompher; et suivant l’ancienne maxime des calomniateurs, ils ne se lassèrent pas de renouveler des accusations mille fois convaincues de fausseté. Leurs historiens même se sont efforcés de donner le change à la postérité; mais ils ne peuvent persuader que des esprits complices de leur haine contre l’église catholique.

[Note B: Je ne dois pas dissimuler que l’histoire de cette courtisane n’est pas à beaucoup près aussi authentique que celle d’Arsénius. Rufin la raconte, mais Rufin est rempli de fables. Sozomène, Théodoret, et l’auteur de la vie de saint Athanase dans Photius, l’ont adoptée, et c’est ce qui m’a engagé à en faire usage. Mais il faut avouer que ni saint Athanase, qui en plusieurs endroits de ses ouvrages développe les iniquités du concile de Tyr, ni les épîtres synodales du concile d’Alexandrie, et de celui de Sardique où les mensonges des Ariens sont détaillés, ni la lettre du pape Jules, ni l’historien Socrate n’en font aucune mention.]

[Note latérale: XLVII. Conclusion du concile de Tyr.]

[Note latérale: Athan. Apol. contr. Arian. t. I, p. 135-140.]

[Note latérale: Socr. l. 1, c. 31, 32.]

[Note latérale: Theod. l. 1, c. 30.]

[Note latérale: Soz. l. 2, c. 25.]

Les commissaires envoyés dans la Maréotique y firent l’information au gré de la calomnie. Toutes les règles furent violées, et la cabale, soutenue par le préfet Philagrius, apostat et très-corrompu dans ses mœurs, y étouffa la vérité. Les catholiques protestèrent contre cette procédure monstrueuse. Alexandrie fut le théâtre de l’insolence d’une soldatesque effrénée, qui donnait main-forte aux prélats, et qui les divertissait par les insultes qu’elle faisait aux fidèles attachés à leur pasteur. Ces commissaires, à leur retour, ne trouvèrent plus à Tyr Athanase: il fut condamné sur leur information et sur tous les crimes dont il s’était justifié. La sentence de déposition fut prononcée; on lui défendit de rentrer dans Alexandrie. Jean le Mélétien et tous ceux de sa faction furent admis à la communion et rétablis dans leur dignité. Pour tenir parole à Ischyras, on le fit évêque d’un village où il fallut lui bâtir une église; et afin que tout fût étrange dans l’histoire de ce concile, on ne tarda pas à regagner Arsénius; il signa la condamnation de celui dont il prouvait lui-même l’innocence. Les actes du concile furent envoyés à l’empereur. On avertit les évêques par une lettre synodale, de ne plus communiquer avec Athanase convaincu de tant de forfaits; et qui après une orgueilleuse résistance ne s’était trouvé au concile que pour le troubler, pour y insulter les prélats, pour récuser d’abord, et fuir ensuite le jugement. Les évêques catholiques refusèrent de souscrire, et se retirèrent avant la conclusion de l’assemblée.

[Note latérale: XLVIII. Dédicace de l’église du S. Sépulcre.]

[Note latérale: Euseb. vit. Const. l. 4, c. 43 et seq.]

[Note latérale: Socr. l. 1, c. 33 et 36.]

[Note latérale: Theod. l. 1, c. 31.]

[Note latérale: Soz. l. 2, c. 14, 26 et 27.]

Ce mystère d’iniquité était à peine consommé, que les évêques reçurent ordre de se transporter à Jérusalem, pour y faire la cérémonie de la dédicace. Les lettres furent apportées par Marianus, secrétaire de l’empereur, illustre par ses emplois, par sa vertu, et par la fermeté avec laquelle il avait confessé la foi sous les tyrans. Il était chargé de faire les honneurs de la fête, de traiter les évêques avec magnificence, et de distribuer aux pauvres de l’argent, des vivres et des habits. L’empereur envoyait de riches présents pour l’ornement de la basilique. Outre les évêques assemblés à Tyr, il en vint un grand nombre de toutes les parties de l’Orient. Il s’y trouva même un évêque de Perse, qu’on croit être saint Milles; qui, après avoir beaucoup souffert dans la persécution de Sapor, quitta sa ville épiscopale, où il ne trouvait que des cœurs endurcis et rebelles au joug de la foi, et vint à Jérusalem sans autres richesses qu’une besace où était le livre des évangiles[82]. Un nombre infini de fidèles accourut de toutes parts: tous furent défrayés pendant leur séjour aux dépens de l’empereur. La ville retentissait de prières, d’instructions chrétiennes, d’éloges et du prince et de la basilique. On rendit cette fête annuelle: elle durait pendant huit jours, et c’était alors un prodigieux concours de pèlerins des pays les plus éloignés. Après la dédicace, les autres évêques se retirèrent; il ne resta que les prélats du concile de Tyr.

[Note 82: S. Milles était évêque de Suse. Les actes de son martyre, écrits en syriaque et publiés avec une version latine par Assémani font mention de son voyage à Jérusalem, t. I, p. 71.—S.-M.]

[Note latérale: XLIX. Concile de Jérusalem.]

Cette solennité brillante fut suivie d’un événement fâcheux pour l’église. Arius et Euzoïus avaient surpris des lettres de Constantin. Ce prince, trompé par une profession de foi qui lui paraissait conforme à celle de Nicée, reconnut pourtant qu’il n’appartenait qu’à l’église de prononcer en cette matière. Il renvoya Arius aux évêques assemblés à Jérusalem, et leur écrivit d’examiner avec attention la formule qu’il présentait, et de le traiter favorablement s’il se trouvait qu’il eût été injustement condamné, ou qu’ayant mérité l’anathème il fût revenu à résipiscence. Constantin ne s’apercevait pas que mettre en doute la justice de la condamnation d’Arius, c’était porter atteinte au concile de Nicée, qu’il respectait lui-même. Il n’en fallait pas tant pour engager des Ariens cachés à rétablir leur docteur et leur maître. Les prélats réunis de nouveau à Jérusalem en forme de concile, reçoivent à bras ouverts Arius et Euzoïus; ils adressent une lettre synodale à tous les évêques du monde; ils y font valoir l’approbation de l’empereur, et reconnaissent pour très-orthodoxe la profession de foi d’Arius. Ils invitent toutes les églises à l’admettre à la communion, lui et tous ceux qui en avaient été séparés avec lui. Ils écrivent en particulier à l’église d’Alexandrie, qu’il est temps de faire taire l’envie, et de rétablir la paix; que l’innocence d’Arius est reconnue; que l’église lui ouvre son sein, et qu’elle rejette Athanase. Marcel d’Ancyre ne voulut prendre aucune part à la réception d’Arius.

[Note latérale: L. Athanase s’adresse à l’empereur.]

[Note latérale: Ath. Apol. contr. Arian. t. I, p. 131, 132 et 201-202.]

[Note latérale: Epiph. hær. 68. § 8, t. I, p. 724 et 725.]

[Note latérale: Socr. l. 1, c. 34.]

[Note latérale: Soz. l. 2, c. 28.]

Les évêques venaient d’envoyer les lettres par lesquelles ils communiquaient avec complaisance leur décision à Constantin, lorsqu’ils en reçurent de sa part qui n’étaient pas aussi flatteuses. Athanase, s’étant échappé de Tyr, était venu à Constantinople; et comme l’empereur traversait la ville à cheval, le prélat accompagné de quelques amis, se présenta sur son passage d’une manière si subite et si imprévue, qu’il étonna Constantin. Le prince ne l’aurait pas reconnu sans quelques-uns de ses courtisans qui lui dirent qui il était, et l’injuste traitement qu’il venait d’essuyer. Constantin passait outre sans lui parler; et quoique Athanase demandât d’être entendu, l’empereur était prêt à le faire retirer par force. Alors l’évêque élevant la voix: Prince, lui dit-il, le Seigneur jugera entre vous et moi, puisque vous vous déclarez pour ceux qui me calomnient; je ne vous demande que de faire venir mes juges, afin que je puisse vous faire ma plainte en leur présence. L’empereur, frappé d’une requête si juste et si conforme à ses maximes, manda sur-le-champ aux évêques de venir lui rendre compte de leur conduite; il ne leur dissimula pas qu’on les accusait d’avoir procédé avec beaucoup d’emportement et de passion.

[Note latérale: LI. Exil d’Athanase.]

[Note latérale: Athan. Apol. contr. Arian. t. I, p. 132 et 203.]

[Note latérale: Socr. l. 1, c. 35.]

[Note latérale: Theod. l. 1, c. 31.]

[Note latérale: Soz. l. 2, c. 28.]

Cette lettre consterna la cabale. Les évêques mandés à la cour se dispersèrent aussitôt et s’en retournèrent dans leurs diocèses: il n’en resta que six des plus hardis, à la tête desquels étaient les deux Eusèbes. Ils se rendirent devant l’empereur, et se gardèrent bien d’entrer en dispute avec Athanase. Selon leur méthode ordinaire, au lieu de prouver les accusations dont il s’agissait, ils en formèrent une nouvelle. Bien instruits de la prédilection de Constantin pour sa nouvelle ville, ils chargèrent le saint évêque d’avoir menacé d’affamer Constantinople, en arrêtant le blé d’Alexandrie. Athanase eut beau représenter qu’un pareil attentat ne pouvait tomber dans l’esprit d’un particulier sans pouvoir et sans force; Eusèbe prétendit qu’Athanase était riche, et chef d’une faction puissante. La seule imputation irrita tellement l’empereur, qu’incapable de rien écouter, il exila l’accusé à Trèves, se flattant d’ailleurs que l’éloignement de ce prélat inflexible rendrait la paix à l’église. Le saint fut reçu avec honneur par l’évêque Maximin, zélé pour la vérité; et le jeune Constantin, qui faisait sa résidence en cette ville, prit soin d’adoucir son exil par les traitements les plus généreux.

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