La conscience quantique et l'au-delà
Préface
Par son sous-titre, « Une voie inédite vers l’Éternité », l’ouvrage
d’Emmanuel Ransford s’affirme comme une invitation au voyage. Pour te
préparer, lecteur, à profiter pleinement du prodigieux périple que tu
t’apprêtes à accomplir sur les ailes de l’holomatière, écoute celui qui t’a
précédé dans l’aventure.
Comme pour les courses en montagne, le choix du guide est essentiel ; et
sois assuré, lecteur, que tu trouveras en Emmanuel un exemple
d’abnégation, d’exigence, de générosité et d’indépendance d’esprit. Loin
des voies tracées, fuyant les pensées convenues et dédaignant la course aux
honneurs, il ne ménage pas sa peine pour ouvrir des voies nouvelles au
progrès de l’humanité.
Il pourra t’entraîner dans des chemins peu fréquentés et parfois accidentés ;
ses vues seront surprenantes, voire dérangeantes. En toutes circonstances il
sera sincèrement et intégralement engagé à tes côtés.
Ma recommandation permanente au cours de ta lecture sera de bien
détacher tes ceintures de sécurité ; laisse derrière toi « les fausses certitudes,
tombeaux de l’âme », selon la belle formule de Jean Guéhenno. Emmanuel
Ransford va t’amener à voir différemment les choses, les êtres, et toi-même.
Dans le premier chapitre, sauf à ce que tu sois un spécialiste, son analyse de
l’infiniment petit te concernera assez peu pour que tu acceptes sans grande
résistance l’hypothèse audacieuse de l’endocausalité.
Apprécieras-tu à sa juste valeur l’alliance de la rigueur et de la lisibilité par
laquelle l’auteur ouvre au sens commun l’accès à une réalité si éloignée de
l’expérience quotidienne ? Il s’inscrit ainsi dans la grande tradition de la
vulgarisation scientifique, celle des Encyclopédistes du XVIIIe siècle qui
avaient compris que la diffusion des connaissances, respectueuse des
publics, sapent efficacement les totalitarismes et leur obscurantisme
idéologique. Les convictions de l’auteur s’affichent dès ces premières pages
en rupture avec la pensée dominante du matérialisme objectif de notre
époque : le monde des atomes est de nature ondulatoire et la particule
résulte de la perturbation subjective de l’observateur. Le second chapitre pourra toucher de plus près nos sensibilités humaines. Il aborde en effet le
thème du hasard qui résonne si fort avec les interrogations sur la vie, dans
son rôle dans son apparition sur notre terre, comme dans nos destinées
individuelles.
Au travers des images savoureuses dont il a le secret, Emmanuel Ransford
nous invite à quitter la résignation du hasard d’ignorance, celui qui nomme
notre renoncement à comprendre, pour oser le hasard révélateur
d’intentions secrètes.
Et c’est dans l’analyse de l’aléatoire quantique que se dévoile le but du
voyage : par leurs comportements « hasardeux » les particules élémentaires
déjouent les déterminismes extérieurs pour préserver leur intégrité et leur
capacité à interagir entre elles quand elles auront repris leur état
ondulatoire.
Lecteur, je préfère ne pas te cacher que cette étape te demandera un effort
d’abstraction tout particulier ; tu devras renier l’opposition radicale entre
l’esprit et la matière qui fonde le positivisme d’Auguste Comte, dans lequel
tu as sans doute été élevé. N’oublie pas avec le poète que « jamais un coup
de dés [expérimental] n’abolira le hasard ». Accepte que le paral manifeste
une irruption d’un ordre différent des choses, qui défie le temps et l’espace,
dans le fonctionnement intime de la matière. Quant à moi, j’y entrevois la
clé de l’énigme du vivant, phénomène curieux qui se développe sur la
matière pour créer des structures sans cesse plus complexes et partant de
moins en moins probables, en franche contradiction avec la dégradation
entropique irréversible du monde physique.
Le troisième chapitre quitte l’inaccessible du microscopique pour aborder
une expérience infiniment plus familière, celle de la pensée humaine.
Lecteur, peut-être trouveras-tu aventureux ce passage direct de l’électron à
l’homme. Il est vrai qu’une progression plus balisée de l’atome à la
molécule, de la molécule à la protéine, puis à la cellule, etc., jusqu’à la
pièce faîtière du règne animal, l’homme, eut paru plus rassurante.
Je te propose deux réponses à tes possibles objections : la première,
physique, consiste à rappeler si besoin est que les milliards de cellules qui
forment notre corps sont constituées de milliards d’atomes et de particules
élémentaires, et que nous baignons dans le même espace soumis aux mêmes
lois.
La seconde, épistémologique, souligne les rapports de totale
interdépendance qui lient les objets physiques, leur observation, et l’observateur humain, qui participe du même système global. Notre guide
aborde donc le continent de l’observateur en questionnant les moteurs de la
conscience humaine.
Une critique acérée et constructive des multiples travaux sur le sujet, nés du
développement de l’intelligence artificielle et des neurosciences, fournit de
nombreux éléments de présomption susceptibles d’étayer la conjecture de la
supralité : les incohérences des conceptions mécanistes qui réduisent la
pensée à ses substrats physicochimiques sont dénoncées avec la même
vigueur que les limites des théories physiques classiques dans les chapitres
précédents. De multiples expériences établissent l’indépendance des
contenus psychiques par rapport à leurs supports biologiques, comme
d’ailleurs leurs prodigieuses capacités de génération et d’interconnexion.
Le libre arbitre humain est affirmé au terme d’une démarche qui présente
des analogies singulières avec la quantition des particules élémentaires.
Comme les lois de la physiques s’imposent à l’atome, les données
immédiates de la conscience ne sont ni conscientes ni choisies
délibérément, ce qui ne retire rien à la capacité de la pensée réflexive de les
interpréter librement et de faire des choix responsables.
Emmanuel Ransford contredit ainsi le géomètre Pascal, qui affirma que « le
cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas », pour donner raison au
renard du Petit Prince, « l’essentiel est invisible pour les yeux ; on ne voit
bien qu’avec le cœur ».
Lecteur, tu ne pourras que répondre positivement au vigoureux appel à
l’irréductible liberté humaine que la conclusion de cette halte jette à la face
de tous les apôtres de la réduction des sujets à la domination des
scientismes mécanistes ambiants.
La quatrième et dernière étape de notre périple nous entraîne aux confins
mystérieux et sulfureux de la parapsychologie et de l’inconscient collectif.
Les hypothèses établies pour rendre compte des observations de la physique
quantique peuvent-elles éclairer notre appréhension, sinon notre
compréhension, de l’invisible et du transcendant ? Animé de la même
rigueur scientifique qui guide chaque étape de sa démarche, Emmanuel
Ransford commence par rappeler les travaux, concluants pour qui veut bien
les considérer, sur la perception extrasensorielle, le Remote Viewing, et sur
la médiumnité.
En modeste complément de ces expériences, je peux personnellement
témoigner que l’étude de la formation des opinions collectives suggère l’existence de modes de communication entre les individus différents et
indépendants des vecteurs explicites que sont les médias et les réseaux
sociaux.
En deçà du langage dont l’homme, « singe parlant » pour le psychanalyste
André Green, fait sa capacité distinctive, l’humanité pourrait être
interconnectée par des mécanismes aussi mystérieux que ceux qui régulent
les comportements collectifs et individuels des communautés d’insectes
sociaux, abeilles, fourmis et termites, notamment.
En synthèse de cette quatrième étape, Emmanuel Ransford étend les
concepts initiaux de l’holomatière pour proposer l’ur-causalité et la
métaconscience qu’il confronte ensuite aux conceptions des grandes
traditions religieuses et spirituelles.
Lecteur, tu toucheras à la fin du voyage en considérant combien l’existence
de la vie telle que nous la connaissons sur terre est improbable, si on la
déduit du seul effet des lois physiques qui régissent le monde matériel. La
conjecture anthropique pose l’existence d’un principe spirituel omniprésent
et tout puissant, autrement divin par essence, qui pourrait en rendre compte.
C’est la mise en perspective vertigineuse des deux infinis pascaliens que
tente, de façon à mon avis particulièrement convaincante, Emmanuel
Ransford en conclusion de son ouvrage. En rédigeant la préface d’un conte
initiatique chinois, Le Mystère du lotus d’or, Carl Gustav Jung a consulté un
texte de référence de la pensée taoïste, qui intègre naturellement le spirituel
et le matériel dans sa conception de la réalité, le Yi King, ou livre des
transformations.
En réponse à la question de l’avenir de l’holomatière, j’ai obtenu la réponse
suivante1 : « Le caractère n° 60, Tsie, la limitation suggère une progression
vigilante et organisée pour parvenir au succès. Il faut ménager ses forces et
agir avec discernement pour vaincre les résistances qu’une approche aussi
globale et révolutionnaire dans nos cultures occidentales que l’holomatière
ne manquera pas de rencontrer.
Le trait mobile en seconde position invite à saisir énergiquement les
occasions qui se présentent ; “il est excellent d’hésiter tant que le moment
d’agir n’est pas encore venu, mais pas plus longtemps”.
Le caractère transformé, n° 3, Tchouen, la difficulté initiale, rappelle, s’il
en était besoin, que le grand projet de réconciliation du spirituel et du
matériel ne fait que commencer. »
Tel est le conseil qui t’est donné, lecteur, pour tirer tous les profits de ta
lecture.
JEAN-ALAIN JUTTEAU,
président de Beyond Emotion.
Paris, le 7 décembre 2012
1. Pour une analyse détaillée de la réponse, il convient de consulter la traduction française de cet ouvrage publié par la Librairie de Médicis.
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