La conscience quantique et l'au-delà

Emmanuel Ransford · Chapitre 10 sur 13

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La conscience quantique et l'au-delà

Annexe C. Les mémoires plurielles du ‘psi’

ANNEXE C

 

 

LES MÉMOIRES PLURIELLES DU ‘PSI’

 

(Cette annexe complète un passage du chapitre 3.)

 

La question de la mémoire m’incite à faire trois remarques préliminaires,

que voici :

1. Il existe plusieurs formes de mémoires, que l’on distingue en fonction

de différents aspects (nature, type de contenu, durée…). Certaines sont

liées à des processus répétitifs, d’autres non. Dans le premier cas, on

parlera d’apprentissage.

2. La mémoire déclarative (qui est celle des souvenirs que nous pouvons

rappeler à notre conscience) représente un enjeu théorique majeur. En

effet, elle est inscrite sur le même registre que la conscience elle-

même. Si l’on parvient un jour à démontrer (de façon testable) sa

nature matérielle ou immatérielle, on aura de facto démontré la nature

matérielle ou immatérielle de la conscience. C’est dire son

importance !

3. Un processus de mémorisation comporte trois grandes étapes, qui

sont : (a) l’encodage ou la formation de la trace mnésique ou

mémorielle (parfois appelée l’engramme) ; (b) le stockage ou

l’archivage de cette trace ou de cet engramme ; (c) la restitution ou le

rappel de l’information mémorisée. Cette dernière étape (qui consiste

dans le cas de la mémoire déclarative à réévoquer à l’esprit le souvenir

mémorisé) mobilise des processus et mécanismes neurologiques que

seule l’étude concrète du cerveau qui se souvient permettra de

connaître.

 

Parmi les différentes formes de mémoires, on peut mentionner la mémoire à

long terme, celle à court terme et la mémoire instantanée. Cette dernière,

très liée au vécu conscient de l’instant présent comme son nom le suggère,

est aussi appelée la mémoire de travail. Elle permet le maintien temporaire

d’une petite quantité d’information… si vite oubliée. (Par exemple, il s’agira d’un numéro de téléphone ou du prénom de quelqu’un, que l’on

retiendra quelques secondes seulement, en l’absence d’un effort particulier).

On distingue aussi la mémoire procédurale ou implicite et la mémoire

déclarative ou explicite. 268 Enfin, qui dit mémoire dit aussi perte de

mémoire. Cette perte va de l’oubli banal et anodin à l’amnésie

pathologique. 269

Les différentes mémoires ne sont pas de pures distinctions conceptuelles.

On les rattache concrètement à des régions cérébrales spécifiques et

différenciées. 270 En outre, elles fonctionnent et peuvent être altérées

indépendamment les unes des autres.

Il est évidemment impossible d’évoquer ici la masse impressionnante de

tout ce que l’on sait sur la mémoire déclarative, qui est celle de nos

souvenirs psychiques. 271 J’en rappelle seulement quelques données.

Une première grande découverte à son sujet nous ramène en 1953. Cette

année-là, Henry Molaison (un patient connu par ses initiales H. M.) est

opéré pour cause d’épilepsie grave. On lui fait une ablation chirurgicale des

deux hippocampes.272

Le résultat, aussi spectaculaire qu’inattendu, est qu’il est guéri de ses crises

épileptiques invalidantes… mais souffre dorénavant d’une amnésie

antérograde totale. Il manifeste une incapacité radicale à former de

nouveaux souvenirs.

Par ailleurs, la théorie actuellement en vogue est que la mémoire résulte de

la modification des synapses et des circuits neuronaux dans le cerveau. Elle

fait intervenir la plasticité synaptique et neuronale.

Elle repose plus précisément sur l’idée suivante : des neurones impliqués

dans un même souvenir, lors du vécu qui lui donnera naissance, auront des

liens durablement renforcés entre eux.

Ce renforcement des liens entre les neurones qui ont répétitivement

collaboré lors de l’apprentissage serait l’essence même de la trace mnésique

ainsi créée. 273

Dans cette approche, nos souvenirs existent nécessairement dans nos têtes.

Ils y sont archivés quelque part, de façon pas très localisée, car répartie dans

certains des réseaux de neurones qui à chaque instant se forment dans nos

cervelles pour collaborer à une tâche cognitive. 274

L’auteur, chercheur et biologiste britannique Rupert Sheldrake souligne que

les scientifiques ne peuvent toujours pas expliquer (de façon testable il s’entend) pourquoi aucune partie du cerveau ne semble responsable de la

mémoire. Et ce, malgré des décennies de recherche.

Quoi qu’ils fassent, et depuis les travaux de Karl Lashley dans les années

1940, les chercheurs ont été incapables de déterminer quelle région du

cerveau stocke vraiment ce dont nous nous souvenons.

Sheldrake s’interroge alors : « Serait-ce parce que nos souvenirs restent

dans l’espace hors de notre corps ? Plutôt que d’exister quelque part dans

nos têtes, dans n’importe quelle région géographique du cerveau, la

mémoire ne résiderait-elle pas plutôt dans une sorte de champ qui entoure

et envahit le cerveau ? » Le chercheur britannique opte pour cette dernière

possibilité, qu’il justifie par son hypothèse qu’il existe des champs

morphogénétiques porteurs d’informations – que le cerveau aurait la

capacité à décoder.

La réponse que je propose est assez similaire : c’est celle du champ ‘psi’

global, structuré par la supralité. Les structures suprales et les suprels

contenus dans ce champ invisible, non local et non physique, lui permettent

justement d’encoder et de mémoriser des données.

Sheldrake avance sur la mémoire d’autres arguments qui font référence à

des expériences qui, selon lui, ont été mal interprétées. Il souligne, dans une

interview, qu’une « perte de mémoire due à des lésions cérébrales ne

prouve pas que la mémoire est stockée à l’intérieur du cerveau. En fait, la

plupart des pertes de mémoire sont temporaires : par exemple, une

commotion cérébrale entraînant une amnésie est souvent temporaire. Cette

récupération de la mémoire est très difficile à expliquer avec des théories

classiques : si les souvenirs ont été détruits parce que le tissu de la mémoire

a été endommagé, ils ne devraient pas revenir ; et pourtant, ils le font

souvent. » De tels arguments sont bienvenus dans un contexte de consensus

dogmatique et complaisant. La science a besoin de débats contradictoires !

Quoi qu’il en soit, on connaît les structures anatomiques cérébrales

concernées (hippocampe, etc.) et une partie des mécanismes mobilisés lors

de la première et de la dernière des trois étapes de la mémorisation (celles

de l’encodage et du rappel).

Cela résume en quelques mots l’état actuel de nos connaissances sur la

mémoire déclarative.

En revanche, les savants ignorent sous quelle forme nos souvenirs sont

stockés. L’étape centrale de la mémorisation, celle du stockage, reste

largement mystérieuse à leurs yeux. Autant dire qu’ils ignorent l’essentiel ! Pour l’holomatière cette lacune n’a rien de stupéfiant. Elle est au contraire

normale ; car pour cette « supermatière », nos souvenirs sont stockés dans

notre inconscient sous forme de suprels à l’état matière.275

Or, justement, ces suprels sont rigoureusement invisibles et inobservables.

(Ils sont en outre stockés de façon non locale, à la manière d’un

hologramme si l’on veut.)

Cette « mémoire suprale » est psychique : elle est donc de même nature que

la mémoire déclarative. Elle est bien illustrée, au niveau le plus élémentaire,

par les deux photons jumeaux du chapitre 1. On se souvient que par leur

lien supral, ces photons partagent, donc stockent et mémorisent

collectivement, l’information : « Nous sommes nés ou issus d’un même

processus 276 microphysiques.  »

Si nos souvenirs sont archivés sous forme des suprels invisibles que notre

cerveau a créés à l’occasion de nos vécus conscients, il n’est guère

surprenant que les savants ne parviennent pas à les trouver ! Les

holoparticules (les « perles ») qui participent à ces suprels peuvent

s’éparpiller ensuite dans la nature au gré des circonstances : cela n’aura

guère d’importance pour les souvenirs correspondants, puisqu’un lien de

supralité ne s’atténue pas ni ne disparaît avec la distance.

Un tel lien peut en revanche s’effacer au fil du temps ; mais ceci ne peut

advenir que dans une seule circonstance : quand une phase parale se

produit.

En effet, je rappelle que les phases parales, parmi les propriétés singulières

qui les caractérisent et les distinguent de toutes les autres évolutions (dites

« unitaires ») du monde quantique, ont aussi celle d’être « supralicides ».

Supralicides, cela signifie qu’elles sont briseuses de la supralité. 277

Elles sont destructrices des liens suprals. Ainsi, le lien supral n’est pas

d’une robustesse à toute épreuve. Il est susceptible de disparaître, lors d’une

phase parale. 278

Quand un lien supral disparaît, l’information qu’il archive ou qu’il

contribue à archiver s’efface aussi. L’holomatière nous donne donc un

schéma théorique de l’effacement de la trace mnésique.

Le moment est venu de souligner ce que le lecteur aura sans doute déjà

anticipé : l’information suprale ne peut devenir consciente qu’en passant à

l’état paral. Dans le cadre de l’holomatière, ce passage à l’état paral est la

clef du rappel du souvenir à la conscience. 279

Cela met en évidence une situation paradoxale : l’information psychique

(ou déclarative) contenue dans un suprel ne peut être rappelée à la

conscience que si ce suprel passe à l’état paral… qui tend à le détruire,

puisque le paral est supralicide ! Il y a donc là un dilemme : rappeler un

souvenir à l’esprit, se le remémorer, c’est aussi l’effacer et le détruire. Tout

cela dans un même mouvement – quelle fatalité funeste et ironique ! Fort

heureusement, un mécanisme interviendrait pour compenser efficacement

cette logique de destruction du suprel remémoré. C’est celui de la

régénération du souvenir réévoqué à l’esprit, que sa réinsertion dans notre

vécu conscient global produirait automatiquement. En effet, quand un

souvenir fait irruption dans notre mental, il est diffusé dans notre

conscience globale du moment, qui en quelque sorte le régénère en

l’amplifiant.280

Il y a quelques indices sur l’existence d’un tel processus, qui en

neurobiologie de la mémoire est nommé la reconsolidation.

La reconsolidation des souvenirs est une idée qui a fait son chemin depuis

les travaux de la psychologue américaine Elizabeth Loftus sur l’induction

de faux souvenirs. Ses travaux ont permis de découvrir que, chaque fois que

l’on ses remémore un événement, il y a reconstruction de la mémoire de cet

événement.

Nos souvenirs sont, en partie au moins, une fiction sans cesse remaniée –

 elle l’est à chaque fois que nous avons une réminiscence ! Ce sempiternel

remaniement, ou cette reconstruction partielle de nos souvenirs, introduit

une dérive potentielle du souvenir, ce qui tend évidemment à réduire

l’efficacité de la mémoire.

Cette dérive peut compromettre la fiabilité de nos souvenirs. Il les rend

modifiables et potentiellement labiles.

C’est un handicap certain : pour être utile, le souvenir doit a priori être

fiable ; et l’on peut s’interroger sur la raison pour laquelle la nature et la

sélection naturelle n’ont pas privilégié une mémoire absolument stable et

fiable.

Dans le cadre de l’holomatière, on saisit pourquoi il en est ainsi : une

mémoire absolument stable et fiable ne peut pas exister ! J’en rappelle la

raison : si le souvenir est d’essence suprale, son rappel à la conscience, qui

s’obtient par son passage au moins partiel à l’état paral, est justement ce qui

contribue à le détruire ! Heureusement, le souvenir remémoré est de facto ravivé et amplifié quand il pénètre le champ de la conscience. Il est

régénéré quand le sujet peut reparler de lui et du vécu qu’il mémorise. 281

En clair, les phases parales qui sont au cœur même du processus de rappel

(réévocation) du souvenir à la conscience ont un rôle supralicide qui serait

compensé par un mécanisme de régénération agissant dès que ce souvenir

pénètre le champ global de la conscience individuelle.

C’est pourquoi le souvenir, simultanément détruit alors même qu’il revient

à la conscience, est une reconstruction : un nouveau train de suprels,

fraîchement concoctés par le cerveau si l’on peut dire, sera dorénavant

associé au souvenir remémoré.

À chaque fois, le souvenir est réappris, car de nouveaux suprels lui

correspondent. 282

Qui dit réappris dit aussi réinventé et fragilisé. Le souvenir peut donc être

réappris dans une version plus ou moins déformée, qui travestira plus ou

moins la vérité du vécu originel.

On constate cela avec la cryptomnésie, qui est un cas classique de distorsion

du souvenir. Il y a cryptomnésie quand un sujet se réapproprie de bonne foi

les idées d’un d’autre, qui les lui a précédemment exposées. (Il éprouve ces

souvenirs comme s’ils étaient des idées neuves.)

Voici les quelques idées que je voulais présenter sur le vaste sujet de la

mémoire déclarative, ou mémoire psychique.

 

268. La mémoire procédurale est celle des habitudes, des gestes mémorisés et des habiletés motrices acquises par apprentissage et répétitions (jouer du piano, faire du vélo, etc.). La mémoire déclarative est celle des savoirs, connaissances et souvenirs que je peux rappeler à la conscience. Parmi les sous-catégories de la mémoire déclarative ou explicite, on distingue aussi la mémoire épisodique (elle concerne nos souvenirs d’événements personnels), la mémoire sémantique (connaissances générales et connaissances sur soi), la mémoire perceptive (reconnaissance des formes et des structures), etc. On peut raffiner à loisir !

269. On parle d’amnésie rétrograde si c’est le passé qui est effacé, et d’amnésie antérograde si elle est une incapacité à former de nouveaux souvenirs. On peut toujours se demander, dans ces amnésies, si c’est vraiment le souvenir qui est ou sera (définitivement) effacé, ou si c’est le système (physiologique) de rappel du souvenir qui est en panne ou simplement très affaibli. (Il est intéressant et révélateur de noter qu’un patient atteint d’amnésie antérograde pourra néanmoins, durant son sommeil, avoir des rêves qui montrent qu’il est capable de mémoriser inconsciemment une partie au moins de ce qu’il a vécu.) Parfois, un souvenir que l’on croit définitivement perdu sera réévoqué par association, c’est-à-dire lors du rappel d’autres souvenirs qui lui sont liés – ce qui montre que tout souvenir apparemment perdu n’est pas forcément effacé. (Cette associativité de la mémoire déclarative, que les connexionnistes ne parviennent pas à reproduire avec leurs réseaux de neurones qui s’inspirent du modèle de Hebb-Hopfield, est soulignée par les fameuses madeleines de Proust.) En outre, ces « surdoués de la mémoire » que sont les sujets hypermnésiques jouissent d’un système de rappel du souvenir particulièrement efficace : ils n’oublient rien, littéralement rien du tout – même des années, voire des décennies après ! (Les savants accumulent des données significatives sur les mécanismes cérébraux du rappel des souvenirs. Ils ont déterminé par exemple que l’activation du cortex ventro-médian permet à des faits marquants de notre vie de ressurgir à la conscience, à la faveur d’associations mentales stimulées par des événements. Ce même cortex intervient dans le sentiment que nous pouvons avoir de savoir la réponse à une question de connaissance générale.)

270. Par exemple, la mémoire procédurale concerne le cervelet, qui gère nos gestes et notre motricité.

271. Après des décennies passées à étudier la mémoire et ses pannes sur des patients cérébro-lésés et sur des modèles animaux (le poussin, le singe, l’aplysie ou limace de mer…), il est tout aussi impressionnant de constater l’absence d’une théorie générale de la mémoire déclarative. Les spécialistes ont envisagé beaucoup de pistes pour cerner l’engramme ou la trace mémorielle de nos souvenirs déclaratifs : elles vont de la théorie de Hebb-Hopfield, liée à la plasticité synaptique dans les réseaux de neurones, à la piste génétique. (L’apprentissage et ses logiques se prêtent bien semble-t-il à une formalisation par l’approche connexionniste.) Des résultats significatifs ont été obtenus ; mais ils concernent peut-être plus les processus physiologiques mobilisés dans les étapes la mémorisation (et particulièrement dans le rappel du souvenir) que le souvenir lui-même. Par exemple, des chercheurs ont réussi à créer une mémoire à long terme chez la souris en lui injectant du butyrate de sodium juste après apprentissage. Le butyrate de sodium est un lipide qui inhibe une enzyme qui elle-même réduit l’utilisation de l’ADN par la cellule. Sa présence peut donc aider à prolonger l’activité génétique liée à la stabilisation des communications entre cellules nerveuses au cours de l’apprentissage et de la mémorisation. Des perceptions se trouvent ainsi gravées durablement dans le cerveau, plus durablement même, à ce qu’il semble, que dans les conditions naturelles (sans injection de butyrate).

272. L’hippocampe (ou les deux hippocampes : il y en a un dans chaque hémisphère cérébral) est la porte d’entrée de l’apprentissage et de l’acquisition de nouveaux souvenirs ; il ouvre sur le circuit de Papez. (Ce circuit est le siège des émotions ; il fait partie du système limbique.) L’hippocampe semble expédier dans le lobe frontal des informations acquises, pour un apprentissage mieux structuré. C’est là, dans le cortex frontal, que la mémoire à long terme peut se former. La mémoire à long terme dépend de la liaison entre l’hippocampe et le cortex frontal.

273. Ce renforcement serait dû à une modification des synapses impliquées. (La possibilité de cette modification est elle-même due à la plasticité synaptique.) Ce schéma concerne autant la mémoire procédurale (implicite) que la mémoire déclarative (explicite). S’il semble bien adapté à l’apprentissage, est-il suffisant dans le cas de notre mémoire psychique ? Cela reste à démontrer.

274. De ce fait, quand tant de neurones meurent chaque jour dans nos têtes, cela ne devrait-il pas affaiblir fortement, voire effacer, nos souvenirs ? Il ne semble pas que ce soit ce que l’on observe. (Par exemple, nos souvenirs anciens ont une grande résilience et une grande durabilité.)

275. Dans ce schéma, nos souvenirs sont à la fois dans notre crâne et hors de lui. La supralité rend largement artificielle et caduque la vieille opposition entre l’intérieur et l’extérieur. Elle la dépasse, en rendant ces deux aspects complémentaires plutôt qu’opposés. On se souvient en effet que les suprels qui portent et archivent nos souvenirs sont des entités localisables par les particules (les perles) qui sont impliquées dans leurs constitutions ; mais l’information qu’ils renferment est disponible partout dans le grand réseau supral que constitue l’ensemble des liaisons suprales de l’univers. (Ce réseau global est la grande toile suprale ou la grande toile cosmique.) Ce réseau, qui contient une information disponible partout, peut être qualifié d’holographique. (Je rappelle au passage que, pour le ‘psi’ et la supralité, les distances physiques ne comptent pas.)

276. De façon très générale et au niveau le plus élémentaire, tout lien supral est une sorte de mémoire collective. Il engramme ou mémorise une information non locale et partagée entre les holoparticules concernées, dont il soude les ‘psi’ individuels, auparavant autonomes. Cette information peut être exprimée ainsi : « Nous avons interagi dans un passé commun. » « Nous », ce sont les particules qui sont en lien supral. On notera par ailleurs que, s’il est vrai que le lien supral mémorise dans le champ du ‘psi’ endo-causal une information partagée, il ne permet pas pour autant d’échanger une information matérielle (exo-causale). Il n’y a donc pas de conflit avec la causalité einsteinienne, qui est définie par rapport à la relativité einsteinienne, puisque cette dernière ne concerne que la dimension exo-causale des holoparticules. J’ajoute que le partage non local de l’information suprale (et donc, psychique) est de nature authentiquement télépathique. (À ce titre, la supralité engendre et autorise des partages d’information télépathiques. Elle explique la télépathie.) L’esprit est plus fort que la matière ! Il en transcende les limites d’espace et de temps. (Il se pourrait aussi que l’information suprale soit à la racine de cette « mémoire de l’eau » qui donnerait leur efficacité aux grandes dilutions homéopathiques, dans la mesure où les remèdes homéopathiques font mieux que le seul effet placebo. Quand en raison des dilutions successives il ne reste plus aucune molécule du principe actif dans une solution, que reste-t-il ? Il reste les suprels correspondant à ces molécules. Ces suprels, qui contiennent une information relative au principe actif, sont d’autant mieux diffusées dans la solution – par contact entre les molécules et les particules – que celle-ci a été vigoureusement agitée. Ceci expliquerait l’importance de la « succussion » ou de la dynamisation dans la préparation des remèdes homéopathiques.)

277. Il suffit, pour comprendre cette particularité « supralicide » exclusive à la phase parale, de se souvenir que le rôle d’une liaison suprale entre deux ou plusieurs particules est de protéger une loi de conservation collective ou partagée qui se vérifie entre elles. Cette loi porte sur des grandeurs physiques. (Plus précisément, elle porte sur des observables quantiques.) Le problème, nous le savons, est qu’avant cette phase, ces grandeurs sont généralement floues (c’est le flou de l’état superposé). Dans ces conditions, la loi de conservation ne peut pas s’appliquer : tant que dure le flou, elle n’est que virtuelle. Elle est en attente de sa réalisation concrète. Cette réalisation intervient justement quand se produit la phase parale (laquelle est alors simultanée et commune aux particules). En effet, cette phase fixe aussitôt la valeur des grandeurs physiques, qui deviennent précises – et conformes à la loi de conservation. La loi étant enfin respectée, une fois pour toutes, les particules sont dorénavant libérées de cette contrainte collective, qui n’a plus lieu d’être. Elles reprennent donc leur autonomie : leur lien supral est devenu caduc. Il est effacé, et les éventuelles données du passé qu’il mémorisait sont définitivement perdues avec lui ! (Tel est le mécanisme de l’oubli véritable. Il s’oppose à l’oubli apparent, semble-t-il beaucoup plus fréquent, qui est seulement dû à une « panne » ou à une faiblesse du mécanisme de rappel du souvenir ; sans que ce dernier soit détruit pour autant.) Notons enfin que l’on peut utiliser ce résultat pour « laver » une particule de toutes ses éventuelles liaisons suprales. Il suffit pour cela, en menaçant la quantition de plusieurs manières successives, de déclencher en elle toutes les phases parales qui correspondent à un ECOC (ensemble complet d’observables qui commutent). J’ajoute enfin ceci. Nous venons de voir qu’une phase parale est supralicide : elle seule peut détruire un lien supral. Cette particularité unique permet de construire des tests expérimentaux pour vérifier que les phases parales sont un phénomène microphysique bien plus général et répandu que les réductions du paquet d’ondes (ou collapse du vecteur d’état) liées aux seuls actes de mesure, auxquels l’interprétation officielle les limite actuellement. (Ce point contribue à rendre mon approche testable.)

278. Certaines théories actuelles (décohérence, modèles à réductions spontanées de type GRW, etc.) postulent l’existence de phases parales très fréquentes dans les objets ordinaires. Elles expliquent l’absence, dans ces objets, des états superposés que l’on observe si souvent chez l’électron. La décohérence est une théorie actuellement en vogue. Elle tient compte de l’environnement, par l’ajout d’un terme dans l’équation d’onde. (Ce terme supplémentaire en supprime malheureusement l’élégante linéarité.) Il est cependant manifeste que cette approche ne résout pas le problème des phases parales ni celui de la mesure : elle échoue à expliquer pourquoi un résultat de mesure est toujours précis et unique – or, c’en est une caractéristique fondamentale ! (Nous savons que l’holomatière explique ce trait par le fait que toute phase parale vise à protéger la quantition, alors menacée. Elle la protège en concentrant l’objet quantique, initialement « surdispersé ». Cet objet, un électron par exemple, se concentre alors à la manière des blocs de glace de la première légende du chapitre 2.)

279. Pour faire ce rappel, le cerveau fait intervenir des processus physiologiques spécifiques, que seule l’étude concrète du cerveau peut identifier. (L’holomatière ne peut rien en dire.)

280. Un tel mécanisme de régénération de la mémoire déclarative demande à être étudié et compris en détail. Il fait partie des grands axes de recherche qui, si l’holomatière est confirmée, sera à développer. L’étude et la compréhension des processus de production du paral supralé qui, dans le cerveau, seraient la contrepartie de nos états conscients successifs est un autre axe de recherche fondamental qui concerne aussi les neurosciences.

281. On peut se demander si ce processus de régénération présumée des suprels détruits par les phases parales (supralicides) du cerveau n’est pas l’une des clefs explicatives de ce curieux contraste qui concerne la mémorisation, et que Lionel Naccache relate dans Le Nouvel Inconscient (2006) : « La résistance à l’oubli passif qui est associé au simple écoulement du temps constitue une véritable propriété de nos représentations mentales conscientes, dont sont dépourvues nos représentations mentales inconscientes. Notre inconscient rencontre donc bien une première limite dans ce que l’on pourrait appeler son inéluctable évanescence. » La non-évanescence d’une pensée consciente s’oppose à l’évanescence de nos représentations mentales inconscientes. C’est ce que l’on constate par exemple par la difficulté notoire que nous avons généralement à nous souvenir durablement de nos rêves. On pourrait imaginer par exemple que la régénération du suprel qui expliquerait cette non-évanescence serait une sorte de « mutualisation » ou de « contamination consciente » du contenu informationnel du suprel, quand ce dernier rejoint le champ de conscience global du sujet. (Ce que l’on qualifie d’inconscient est souvent subliminal ou préconscient seulement : c’est du paral supralé à trop petite échelle pour qu’il accède à la conscience vraie, et pour que le mécanisme de régénération de la mémoire suprale puisse se produire. Dans le même ordre d’idée, une décision individuelle serait parfois subliminale avant d’être finalement amplifiée au niveau pleinement conscient, une fraction de seconde plus tard. Ceci offrirait-il une explication possible aux résultats obtenus par Benjamin Libet, dont je parle à propos du libre arbitre, en fin du chapitre 3.)

282. Ces nouveaux suprels, nous l’avons à présent bien compris, remplacent les suprels initiaux du souvenir remémoré, qui je le rappelle sont détruits du fait même de leur passage momentané à l’état paral.

 

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