La pègre en détresse

Claude Roux · Chapitre 3 sur 5

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La pègre en détresse

Chapitre III

 

 

Diane sentait que ses lèvres étaient épaisses. Un œil, le droit, lui faisait mal. Bébé, assis devant elle, la regardait avec un air cynique. Il disait :

– Faut pas t’assommer, n’est-ce pas, ma belle, car après ça, tu ne parlerais pas. Tu en veux encore une autre ? Non ? Tu parles ? Tu es mieux de te dépêcher car sans ça je vais être obligé de recourir aux grands moyens. Alors... où est Louise ?

Bien plus que ses lèvres, que son œil, ses poignets lui faisaient mal, tellement, qu’elle aurait pu croire qu’elle était attachée avec des cordes brûlantes.

Un effort lent et continu lui avait permis de faire passer les liens de la hauteur des poignets à celle des paumes et elle tordait ceux-ci impitoyablement afin de se libérer. Quelques fois, sa tentative lui arrachait des gémissements mais Bébé croyait qu’il en était le responsable.

– Bon, dit-il, et moi qui croyais que tu allais être gentille ! Puisqu’il le faut, il le faut n’est-ce pas ? Et tu n’auras que toi-même à blâmer par la suite. Peux-tu t’imaginer ce qu’on peut faire avec une cigarette ?

Diane eut un sursaut d’horreur tandis que Bébé, avec une lenteur étudiée, faisait sauter les boutons de sa robe hors de leurs boutonnières.

La corde était à mi-chemin, au milieu de ses paumes. Encore un petit effort et elle serait libre, libre en tout cas de se défendre. Bébé l’examinait avec un œil effronté.

– Dommage qu’il faille abîmer tout ça !

Il approchait une cigarette alors que la corde glissait, glissait...

Au moment où Diane commençait à ressentir une légère brûlure, la corde passa jusqu’à ses doigts. Enfin ! Elle se leva d’un bond, agrippa la main de Bébé, celle qui tenait la cigarette, et la tordit jusqu’à ce qu’elle touche la joue de celui qui la tenait.

Bébé hurla de douleur. Tandis qu’il essayait vainement de s’arracher à la cigarette qui, comme une bête féroce et intraitable suivit le mouvement de sa tête, Diane lui allongeait un coup de pied qui atteignait le plexus-solaire, lui faisait lâcher un « han » le pliait en deux. Ainsi prostré, Bébé était à la merci de l’aventurière ; elle le fit voler dans la pièce et sa tête alla se fracasser presque sur le mur.

Dehors, Diane héla un taxi et se fit conduire au Petit Cochon Bleu. La nuit commençait à tomber. Mimi l’attendait avec impatience

– Mon Dieu ! s’écria-t-elle lorsqu’elle vit le visage tuméfié de l’aventurière. Mon Dieu ! Qu’est-ce qui t’arrive ?

– Un gros homme est venu ici, n’est-ce pas ? Il t’a fait téléphoner ?

– Oui. Je ne voulais pas ! Je savais qu’il t’arriverait malheur. Mais il avait un revolver. Alors...

– N’en parlons plus. Mets ton manteau et viens avec moi.

– Où allons-nous ?

– Que t’importe ? Viens... puisque je te dis que j’ai besoin de toi.

Diane se faisait conduire devant l’appartement de Louise Dubé. Espérait-elle retrouver le gros homme, ou encore la femme et son compagnon, ceux qui avaient voulu enlever la jeune femme, devant le club ?

La rue était déserte. L’appartement n’était pas éclairé.

– Tu restes sur le palier, Mimi, tu interdis quiconque de se rendre à l’appartement numéro huit.

– Mais...

– Avec ça...

– Oh !

– Prends-le et tire au besoin.

– Tu montes là-haut ?

– Oui.

– Tu n’as pas peur ? demanda Mimi que le courage de Diane renversait. Tu montes, sans arme ?

– Je te jure que l’appartement est vide. Je veux le fouiller. Je cherche à savoir pourquoi tous ces gens sont à la poursuite de cette femme. Il n’y a aucun danger pour moi. En autant que tu fais ce que je te dis.

– Mais j’ai peur...

Diane réprima un mouvement de lassitude.

– Allons monte, poule mouillée, tu surveilleras la porte.

Avec surprise, Diane constata que la porte n’était pas fermée à clef. Le gros homme n’ayant pas trouvé Louise dans l’appartement aurait-il été obligé de partir d’un façon intempestive ?

Elle vit de la lumière et comprit qu’il y avait quelque chose d’anormal rien qu’à voir le visage livide de Mimi.

– Regarde... murmura celle-ci.

Il y avait un cadavre dans le vivoir. Diane reconnut le petit homme brun aux yeux bridés qui avait voulu enlever Louise Dubé. Il était couché sur le dos et le sang coagulé faisait une tache noirâtre sur sa poitrine.

– Il est mort ! dit-elle en se relevant. Surveille bien, Mimi, je vais le fouiller.

– Quoi ! Tu vas lui toucher.

– C’t’affaire ! Contente-toi de faire ce que je te demande.

Diane mettait le portefeuille dans sa bourse.

– Quelqu’un monte, dit Mimi avec effroi.

– Éteins ! La porte est fermée ?

– Oui.

– Alors cache-toi quelque part.

On frappait.

– J’ouvre, dit Diane. Tu n’as qu’à pas bouger, Mimi. Donne le revolver.

On frappait de nouveau.

Diane tournait la poignée de la porte. L’homme qui se trouvait là était le gros personnage qui l’avait fait enlever un peu plus tôt dans la soirée. Il eut un haut le corps en apercevant la jeune femme, mit la main dans sa poche et jugea sans doute que c’était inutile en apercevant le revolver que tenait Diane. Il se retourna d’un bond et voulut fuir mais Diane était déjà sur lui.

– Bougez plus ou je tire.

Il se retournait et il souriait :

– Mademoiselle Roy. Mademoiselle Roy ! Quelle étonnante surprise. Vous, ici ? Mais comment avez-vous pu vous glisser hors des pattes de Bébé. Vous qui étiez attachée ! Ça tient presque du miracle.

– Je devrais vous tuer pour ce que vous avez fait.

– Voyons, mademoiselle, ne soyons pas si rancuniers. À la guerre comme à la guerre pas vrai ? C’est Bébé qui vous a fait ça ? ajouta-t-il en désignant le visage de l’aventurière. Ah... si seulement vous ne vous étiez pas entêtée.

– Je ne sais pas où se trouve Louise. Assoyez-vous.

Le gros homme eut un haut le corps lorsqu’il aperçut le cadavre.

– Mon Dieu ! Vous n’y allez pas de main molle, mademoiselle Diane.

– Parce que vous croyez que c’est moi qui ai fait ça.

– Ce n’est pas moi en tout cas.

– Vous êtes venu ici ?

– Comme j’ai eu le plaisir de vous l’apprendre... mais je ne suis pas monté. Je suis resté flanqué derrière un arbre à guetter l’arrivée de Louise Dubé.

– Qu’est-ce qui me dit qu’après m’avoir quittée, qu’après m’avoir laissée entre les mains de votre charmant complice, vous n’êtes pas monté ici pour attendre le retour probable de Louise... et que vous n’êtes pas tombé sur cet homme qui est également à sa recherche.

– Mais rien ne vous le dit, mademoiselle.

– Vous nous avez vu monter ?

– Mais oui... Je n’ai pas de bons yeux. J’ai cru que c’était Louise qui revenait avec une compagne.

– C’est pour cela que vous n’avez pas hésité à frapper.

– Si j’avais su ce qui m’attendait.

– Qu’est-ce que vous lui voulez à Louise ?

– Moi ?

– Vous et les autres.

– Moi, je veux sa fortune. Quant aux autres, je ne le sais pas.

– Que voulez-vous dire, sa fortune ?

– Permettez que je garde ce petit secret pour moi-même...

– Voulez-vous que je vous fasse ce que votre Bébé a voulu me faire ?

– Le petit truc de la cigarette ? Vraiment Diane, je ne crois pas que vous en auriez le courage. Et puis, mon anatomie n’est pas aussi bien doué que le vôtre pour permettre ce genre de torture. Baissez-moi ce revolver... vous risquez de blesser quelqu’un.

Folle de rage, Diane en asséna un coup au gros homme. Le sang se mit à gicler sur le champ.

– Vide tes poches.

Il levait les bras au ciel. Il essayait de prendre son revolver. Diane le frappait de nouveau et cette fois il tombait avec un bruit sourd.

– Fouille-le Mimi. Il est à peu près temps que nous sortions d’ici.

 

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