La pègre en détresse

Claude Roux · Chapitre 5 sur 5

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La pègre en détresse

Chapitre VII

 

– On nous suit, fit Diane. Je reconnais la voiture. C’est celle de Marra Kato. La femme qui la conduit est nécessairement sa complice. Nous nous débrouillerons avec elle, rendus à destination.

Il était près de minuit lorsqu’ils arrivèrent au Lac Noir, plus exactement devant la villa Windhuiss, sise à l’extrémité d’une étroite pointe de terre qui avance sur le lac.

– Vous, fit Diane à Leclerc, occupez-vous de cette femme. Louise et moi, nous fouillons la maison.

– Entendu...

Mais le mot se perdit dans un cri. Louise Dubé, le visage plein de sang, roula devant le porche de la villa.

Diane entraîna Leclerc, à l’intérieur, qui avait dégainé une arme inutilement.

– Nous n’avons pas entendu de coups de feu !

– Son revolver est tout simplement muni d’un amortisseur.

– Mais où est-elle ?

– Quelque part dans les bois à droite. Nous sommes faits ! Louise Dubé morte, nous ne saurons jamais pourquoi votre frère a prononcé le nom de cette maison avant de monter à l’échafaud. Je parierais qu’il n’y a pas de téléphone ici. Évidemment... depuis que cette maison est inhabitée. Et puis, comment sortir ? À l’arrière ce n’est que le lac... En avant, cette femme nous descendra comme des pigeons de bois dans un tir forain.

– Mademoiselle Diane ! Mademoiselle Diane !

– Qui est-ce qui m’appelle ? souffla Diane stupéfiée.

– Allons ! Montrez-vous, mademoiselle Diane ! Il n’y a plus de danger. Tina Kato est morte.

Diane se pencha à la fenêtre.

Julius Monet se tenait devant le corps de Louise Dubé. Dans la clarté blafarde dispensée par la lune, il paraissait encore plus gros.

– Allons mademoiselle Diane.

– Je sors, dit Diane, vous Leclerc, couvrez-moi.

– Soyez sans crainte.

Julius Monet souriait de toutes ses fausses dents. Il s’inclina cérémonieusement devant la jeune femme.

– Je vois que vous êtes sage et prudente.

– Que voulez-vous dire ?

– Vous sortez seule. Au moindre geste de ma part, votre compagnon me descend comme un moineau sur une clôture. Et comme je suis un très gros moineau et qu’il y a cette lune traîtresse qui m’éclaire comme un phare, je suis mieux d’apprendre également la sagesse et la prudence, n’est-ce pas ?

– C’est bien ça...

– Or imaginez-vous que Bébé est dans le bosquet que vous voyez derrière moi remplissant le même rôle que votre associé. Nous sommes malins tous les deux, mademoiselle Diane, pas vrai ?

– La femme qui a tué Louise Dubé ?

– Bébé s’en est chargé. Craignez rien, c’était une criminelle. D’ailleurs ne vient-elle pas de tuer votre amie. J’ai agi pour épargner votre vie mademoiselle Diane. Quand je dis je, je réfère à Bébé, n’est-ce pas ?

– Qu’est-ce que vous me voulez ?

– Mais la récompense qui m’est due ?

– Hein ?

– Pour vous avoir sauvé la vie.

– Vous voulez, que je vous paie ?

– En perles évidemment, c’est plus facile à négocier que des dollars canadiens et puis j’ai toujours eu la passion des perles.

– Quelles perles ?

– Ah ! c’est vrai, vous ne savez pas. Roger Leclerc, que cette pauvre Louise Dubé a si inconsidérément expédié à la potence, trafiquait la perle brute de Tahiti au Canada pour le compte de Tina Kato et de son frère Marra. Or un bon jour qu’il était à Tahiti, il mit la main sur une bonne quantité de perles polies et prit la poudre d’escampette. Tina Kato dut en faire son deuil. Vous imaginez le coup que ce fut lorsque Louise Dubé survint à Tahiti pour dire que Leclerc était mort. Il n’avait quitté Tahiti que six mois plus tôt. Il n’avait pu liquider toutes les perles ou même dépenser tout l’argent. L’homme que Louise Dubé avait rencontré en avait parlé à Tina et à moi... nous nous mîmes donc à la recherche du butin chacun de notre côté.

– Alors, c’est donc pour ça...

– Les perles sont ici, je suppose ?

– Oui.

– Mais vous ne savez pas où ?

– Non.

– Achetons la maison, fouillons-la de fond en comble, puis partageons-nous le butin. Ça marche ?

Diane allait répondre lorsqu’elle perçut un gémissement.

– Elle n’est pas morte, elle vit, s’écria-t-elle en se penchant vers Louise Dubé.

La jeune femme s’était sans doute évanouie à cause de l’hémorragie ou de la douleur. Après examen, la blessure au sommet du cou ne parut pas sérieuse, d’ailleurs la plaie était coagulée.

– Je ne vois rien, dit Louise Dubé.

– Sans doute un choc nerveux, émit Diane.

Mais à part du fait qu’elle avait perdu momentanément l’usage de ses yeux, Louise Dubé semblait complètement rétablie. Ce qui poussa Diane à continuer ses recherches.

– Rappelez Bébé, Monet, je rappelle Leclerc.

– Mais certainement fit le gros homme. Une chance que j’ai suivi Tina, hein ?

Ils étaient tous réunis autour de Louise à présent que l’on avait transportée à l’intérieur et que l’on avait étendue sur un sofa.

– Louise...

Mais elle commençait d’elle-même.

– Je ne suis venue qu’une seule fois ici avec Roger. Je me souviens qu’il était allé à la voiture tandis que je me déshabillais et que lorsque j’étais revenue près de lui, il fourrageait dans le foyer. Il voulait créer une atmosphère romanesque, disait-il en allumant un feu.

Julius Monet se précipitait vers le foyer, tâtait les pierres de ses mains.

Tous le regardaient en silence. Au bout d’une vingtaine de minutes, il arrachait une pierre de sa cavité, tirait à lui un sac blanc et après y avoir plongé la main hurlait :

– Les perles, les perles, on a les perles !

– Vous permettez, fit Diane en faisant signe à Leclerc qui plus rapide que Bébé levait son revolver.

– Mais bien sûr, fit Monet, j’ai confiance en vous Diane. C’étaient des perles magnifiques. Diane, après les avoir examinées, en compta dix qu’elle remit à Julius Monet.

– Ça vous suffit ?

– Mais...

– C’est moi qui les ai trouvées ?

– Mais bien entendu, fit Monet, en examinant une perle qui était plus grosse que les autres. Je ne croyais d’ailleurs arriver à la fin de cet aventure. Avec ce que ces perles vont me rapporter, je vais pouvoir m’acheter un scooner et faire moi-même un peu de trafic. Tout compte fait, et si l’on calcule que c’est vraiment vous qui... enfin, je suis satisfait, oui satisfait.

– Vous devriez, car vous avez une petite fortune dans vos mains. Quand à vous Jean Leclerc...

Mais Louise Dubé s’était mise à gémir.

– Vous permettez, fit Monet, j’ai un peu de notion de médecine.

Il s’approcha de la blessée, examina longuement la blessure qu’elle avait à la base du crâne puis fit un petit signe à Diane pour lui dire de sortir de l’appartement.

Leclerc emboîta le pas à l’aventurière et ils rencontrèrent le gros homme sur le porche.

– La blessure en elle-même est bénigne, fit Monet mais il y a beaucoup plus terrible...

– Que voulez-vous dire ?

– Louise Dubé ne verra plus jamais. Le cervelet est inondé de sang, il y a hémorragie interne pour sûr. J’ai été inquiété par sa cécité temporaire... mais à présent je suis convaincu.

– Mon Dieu...

– Je suis vengé, dit Leclerc... cette femme a envoyé mon frère à l’échafaud, vous savez... Gardez, vos perles, Diane. Je suis vengé.

Diane réfléchit puis dit, changeant de propos, comme pour alléger l’atmosphère.

– La mort de Marra et de Tina Kato seront deux meurtres que la police judiciaire ne pourra jamais éclaircir. Il est évident que Louise Dubé ne parlera pas. Quand je pense... aveugle pour la vie...

– Le destin se venge de drôle de façon des fois.

– Oui... où allez-vous monsieur Monet ?

– Mais nous n’avons plus rien à nous dire...

– Comment aimeriez-vous gagner dix autres perles ?

– Quoi ? Qu’est-ce que vous dites ?

– Il y a un homme que j’aimerais rejoindre, arrêter, mener à l’échafaud si possible...

–Ah ?

– Un certain monsieur Victor ?

– Mais je le connais... de réputation j’entends.

– Si vous m’aidez à le capturer, je vous donne dix perles.

– Je suis de la partie.

– Bien.

– Je reste, avec Bébé bien entendu.

– Votre première mission sera de vous rendre en Europe et de revenir avec un Acherontia Atropos.

– Un quoi ? fit le gros homme stupéfié.

– Un papillon à tête de mort. Je connais un certain lieutenant de police du nom de Horace Bellefleur qui ferait n’importe quoi pour en avoir un, c’est un collectionneur.

– Vous voulez l’enrôler dans votre recherche de monsieur Victor ?

– Oui. Avec lui, avec vous, avec Bébé pour les coups durs et cent mille dollars en perles pour payer les frais, avec Mimi, une danseuse hors pair pour l’attirer et avec mon club pour nos manœuvres, nous ne pouvons pas ne pas réussir.

– Vous êtes une femme volontaire.

– Quand partez-vous ?

– Demain, je serai de retour avec votre papillon dans quinze jours.

– J’y compte bien.

Diane engageait une guerre sans merci. Elle retourna à Montréal avec sa fortune colossale qu’elle garderait puisqu’elle n’appartenait à personne.

Mimi n’était pas à l’appartement. Elle ne la vit apparaître que le lendemain à l’aube.

– D’où viens-tu, toi ?

– Amour, quand tu nous tiens, soupira Mimi avec un visage rosé.

– C’est bien le temps, dit Diane.

Puis elle se coucha de nouveau pour dormir durant vingt-quatre heures.

 

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Cet ouvrage est le 506e publié

dans la collection Littérature québécoise

par la Bibliothèque électronique du Québec.

 

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