La pègre en détresse
Chapitre VI
Diane s’était tamponné le visage, appliqué un onguent antiseptique. Elle avait un œil qui rappelait un peu celui d’un boxeur et une bouche qui faisait penser aux négresses à plateau.
– Donc Mimi, il y a cinq hommes à la poursuite de Louise Dubé.
– Cinq ?
– Enregistre. D’abord Julius Monet, le gros, et son associé Bébé. Ensuite il y a la Philippine et le Philippin.
– Les quoi ?
– La femme et le type qui ont essayé d’enlever Louise en face du club.
Elle avait le passeport du mort devant les yeux.
– Lui, il se nomme Marra Kato. Il est natif des Philippines. Mais avant de venir au Canada, il a fait un long séjour à Tahiti.
– Pourquoi ?
– Quelle question, est-ce que je sais moi ! Donc, Julius Monet et Bébé, Marra Kato et sa compagne. Puis il y a l’autre.
– Quel autre ?
– C’est vrai, tu ne le connais pas celui-là. Il était venu dans l’arrière-scène pour enlever Louise alors que Monet s’apprêtait à s’esquiver avec elle après m’avoir fait avaler qu’il était son oncle.
– Ah...
– Un homme de trente ans, aux cheveux noirs, très séduisant Je suppose que c’est lui qui a tué Marra Kato dans l’appartement de Louise.
– Mais qu’est-ce qui peut te faire dire cela, Diane ?
– Procédé d’élimination, ma chère. Qui veux-tu que ce soit d’autres ? Ce n’est pas Monet, ce n’est pas Bébé qui était occupé à me refaire un visage ; ce n’est certainement pas la mystérieuse partenaire de Marra, donc : c’est lui.
– Mais pourquoi le tuer ?
– Il cherchait Louise. Il a dû tomber sur Marra.
– Possible.
– Ce que j’aimerais savoir, c’est ce qu’ils lui veulent tous et également où elle est rendue. Mimi, j’ai l’impression que si nous ne retrouvons Louise Dubé en moins de quelques heures, nous la retrouverons alors qu’il sera trop tard pour l’aider.
– Ils vont la tuer ?
– J’en suis sûre...
– Mais qui ?
– Le bel homme qui était venu la chercher dans le club. Elle n’est pas avec Monet, elle n’est pas avec la complice de Marra, il faut qu’elle soit avec lui. Si seulement nous avions un indice, quelque chose...
Mais à ce moment précis, comme si le destin s’en mêlait, le téléphone grelotta dans le bureau du Petit Cochon Bleu.
– Allô, oui ?
– Mademoiselle Roy, s’il vous plaît ?
– Elle même.
La voix, féminine, hésitait, comme si l’interlocutrice cherchait ses mots.
– Écoutez, je vous dérange peut-être pour rien, peut-être également que c’est sérieux. Voilà, une femme, accompagnée d’un homme, m’a glissé un papier sur lequel votre nom et le nom du club Le Petit Cochon Bleu étaient écrits. Elle avait des yeux suppliants. J’ai l’impression qu’elle voulait que je vous téléphone.
– Comment est-elle ? demanda Diane d’une voix vive.
– Jeune, jolie, blonde...
– Et lui ?
– C’est un grand, aux cheveux noirs.
– C’est bien lui, j’avais raison ! s’écria Diane. Qui êtes-vous ?
– Je suis waitress au Café Domino.
– Ils sont partis ?
– Ils viennent justement de quitter.
– Vous avez vu la voiture ?
– Oui.
– Décrivez-la moi.
– Une Chevrolet marron, dernier modèle.
– Magnifique !
– J’ai noté le numéro de la licence à tout hasard... La femme me paraissait mal prise et...
– Je vous revaudrai ça ! Donnez-le moi.
La serveuse s’exécuta.
– Toi Mimi, fit Diane en raccrochant, tu vas courir au plus proche poste de police et tu vas dire qu’un homme vient d’enlever ta sœur.
– Quoi ! fit Mimi en se levant debout.
– Mais oui, ta sœur, tu te nommes Mimi Dubé. Ta sœur a un ami qui est presqu’un fou lorsqu’il boit, tu comprends ?
– Non...
– Pas nécessaire, du moment que tu fais ce que je te dis. Il était ivre et il est parti avec elle. Ta sœur, Louise, vient de te téléphoner du Café Domino pour dire que son compagnon veut la violer. C’est possible une affaire pareille ! Tu donneras le numéro de licence car elle te l’aura transmise en te suppliant d’informer la police.
– Mais quand la police s’apercevra que tout cela n’est pas vrai, je serai dans de beaux draps, moi ?
– Fais ce que je te dis, hurla Diane, sinon je te fais arrêter pour danse immorale.
– Diane !
– Fiche le camp !
– Et toi ?
– Moi, je cours au Café Domino avec Tony, notre bouncer du club. Nous allons voir ce que nous allons voir !
Mimi sortit non sans avoir protesté une dernière fois.
Diane prévint Tony, un lutteur sur le retour qui s’occupait de faire garder la paix dans le club, et avec lui, elle se rendit au Domino.
– Je veux voir la serveuse qui a téléphoné au Cochon Bleu tout à l’heure, s’enquit-elle auprès d’une fille de table.
– Vous êtes mademoiselle Roy ?
– Oui. C’est vous ?
– Oui. Mon Dieu ! Vous avez fait vite !
– L’homme qui est avec la femme que vous avez vue et qui vous a donné le message, est un assassin. Maintenant cela vous explique ma diligence.
– Seigneur !
– Quel chemin ont-ils pris ?
– Ils ont pris le pont Pie IX, je les ai regardés partir.
– Merci. Marche Tony.
Au sortir du pont, sur la rive nord de la rivière des Prairies, Diane stoppa un patrouille de la sûreté provinciale qui filait vers l’ouest.
– Pardon, monsieur l’agent, dit-elle, mais vous cherchez une Chevrolet marron ? On vous a informé ?
– Comment, savez-vous ça ?
– C’est ma sœur qui est dedans.
– Ah...
– Vous avez trouvé ?
– Pas encore. Selon certains qui l’auraient vue, elle filait vers Saint-François de Sales.
– Merci, en avant Tony.
– Qu’est-ce que vous allez faire ? demanda l’agent inquiété par la mine tragique de la jeune femme.
– Mais courir après ?
– Toutes les patrouilles sont alertées. Elle ne peut aller loin.
– Quand même, c’est bien mon droit de me rendre à Saint-François de Sales, si ça me plaît ?
– Bien sûr.
– En avant. Tony.
Lorsqu’ils eurent quitté la patrouille, Diane lâcha :
– Il faudrait bien mettre la main sur eux avant la sûreté car nous n’aurons pas fini par la suite de nous expliquer.
À Saint-François de Sales, on avait vu la voiture passer en trombe. Un garagiste avait entendu le chauffeur prononcé le nom de Joliette.
Sous la poussée du pied de Tony, l’automobile bondit comme un coursier sur la chaussée. Maintenant elle filait avec une rapidité inouïe sur la route peu large tandis que les voitures venant en sens contraire se rangeaient pour éviter un tel bolide.
Au bout de quelque temps, Diane perçut le ululement d’une sirène.
– Ça y est, nous sommes derrière eux à présent.
Au moment où Diane aperçut l’auto de la patrouille, il se passa quelque chose de bien curieux. La patrouille, filant à toute vitesse, opéra un virage à vous faire dresser les cheveux sur la tête, pour s’engager dans un chemin cahoteux qui serpentait entre les terres houleuses et pour aboutir à un petit bois. Presqu’au même moment où elle disparaissait, la Chevrolet marron se dégageait d’un bosquet derrière lequel elle semblait s’être embusquée et prenait la route de Joliette.
– Il a dépisté les flics ! s’écria Diane. Il les a entraînés vers le petit bois pour faire demi-tour une fois qu’ils y seront engagés. C’est notre meilleure chance ! Attrape-le, Tony.
Le conducteur de la Chevrolet ne prévoyant pas une seconde filature avait ralenti la voiture à une vitesse plus normale. Il fut vite rejoint puis dépassé par le lutteur qui s’empressa de barrer la route.
Diane se glissait hors de l’auto, revolver au poing, sommait le conducteur de l’auto de stopper.
– Qu’est-ce que c’est que cette histoire-là ? hurla celui-ci sans bouger de son siège.
– Dehors, commanda Diane. Tony, occupe-toi de lui.
Puis s’adressant à Louise Dubé :
– Sors de là
Ce que la jeune femme s’empressa de faire.
Tony palpait l’inconnu, extrayait de la poche intérieure de son veston un automatique qu’il allégeait de son chargeur.
– En voiture, dit Diane. Tony et l’autre en avant, Louise et moi en arrière...
Puis s’adressant à l’inconnu :
– Un geste de trop et je vous brûle la cervelle. Compris ?
– Pourquoi ne vous mêlez-vous pas de ce qui vous regarde ? prononça-t-il alors d’une voix hargneuse.
– Parce que sans cela, la vie serait aussi plate qu’une route en macadam. Allons, dépêchez-vous avant que la patrouille ne s’aperçoive de son erreur et ne rapplique par ici.
– Ma bagnole ?
– Perdue. Nous ne sommes toujours pas pour la remorquer.
– Vous me paierez ça ?
– Tony, tu pourrais t’arranger pour que je me fasse obéir. Le lutteur au visage de corsaire s’approcha de l’homme en brassant l’air de ses poings.
– Ça va, fit l’autre. Je monte.
La voiture repartit d’une allure plus bourgeoise cette fois et se rendit jusqu’à Montréal sans encombre.
Lorsque Diane fut assise derrière son bureau au Petit Cochon Bleu, elle dit à Tony :
– Merci... Je te revaudrai ça dans ton salaire. Tu peux me laisser seule à présent car je ne crois pas que j’aurai des ennuis. N’est-ce pas monsieur ?
L’homme haussa les épaules, regarda Tony un moment et ce dernier en profita pour dire :
– Faudrait pas causer d’ennuis à la patronne, n’est-ce pas ?
– Qui parle de faire des ennuis ?
Tony sortit de la pièce.
– C’est vous qui vouliez enlever Louise. Je me souviens de vous. Vous êtes entré au moment même où Julius Monet s’apprêtait à partir avec elle. Pourquoi ?
– J’ai absolument rien à vous dire ?
– Donne ton portefeuille.
– Elle est trop forte celle-là, aboya l’homme qui, tout en se tenant sur ses gardes, n’était nullement intimidé par Diane Roy. Vous voulez me voler à présent ? Il me semblait bien aussi que vous n’étiez pas une âme charitable. Ça vous donnera pas grand-chose...
– Donne quand même...
Diane happa le portefeuille de maroquin noir que lui lança l’individu assis devant elle, l’ouvrit et après avoir examiné une carte d’identité, elle le remit à son propriétaire par le même procédé.
– Ainsi vous êtes le frère de Roger Leclerc !
– Le frère de Roger ! s’écria Louise Dubé en pâlissant. Roger ne m’avait jamais dit qu’il avait un frère.
– Je suppose que ce n’est pas pour parler que vous l’ameniez dans votre, lit ? rétorqua le frère de l’amant de Louise Dubé. Et puis, si je ne m’abuse, je ne crois pas que j’étais son sujet de conversation favori.
– Qu’est-ce que vous lui voulez à Louise ?
– Ça me regarde !
– Vous vous intéressez aux perles ?
– Aux quoi ?
– Vous m’avez parfaitement compris.
– Seulement à celles qui sont dans votre bouche, ma chère... mais pourquoi me demandez-vous ça ?
– Parce que le fameux soir au club où Louise a pris une cuite et où vous et Julius Monet à tour de rôle avez essayé de l’enlever, elle a perdu un peigne d’ivoire orné de perles de la valeur de quelques deux mille dollars. Quand je dis perdu, j’emploie ce terme très largement car le peigne a été volé soit par vous ou par Monet. À propos, c’est votre frère qui le lui avait donné à Louise.
– De vraies perles, murmura Jean Leclerc en pâlissant, de vraies perles.
– Votre frère ne serait pas allé à Tahiti par hasard ?
– Je... écoutez, je n’ai rien à faire avec Tahiti ou les perles, je n’ai pas volé le peigne.
– Mais vous avez tué Marra ?
– Non ! Je vous le jure.
– Nous le saurons bien. Bougez pas de là.
Diane pesa sur un bouton de l’appareil de téléphone intérieur et Tony, le lutteur, apparut.
– Tony, si tu n’es pas occupé, va donc me chercher tous les journaux qui sont sortis. Apporte-moi également l’automatique que tu as pris à ce monsieur.
– Oui, mademoiselle.
– C’est un quarante-cinq, je crois ? demanda Diane.
– Oui, un quarante-cinq.
Tony revint avec les journaux. Naturellement, il était question de la disparition de Louise Dubé et du cadavre trouvé dans son appartement. Selon une expertise, l’homme dont la sûreté n’avait pu établir l’identité, avait été tué par une balle de quarante-cinq.
– Alors, fit Diane, après avoir fait à haute voix, la lecture de l’entrefilet. On s’explique ? Je vous préviens que je n’hésiterai pas à téléphoner à la police.
– Très bien, on s’explique.
– Prendriez-vous quelque chose pour vous rafraîchir ? Vous semblez en avoir besoin.
– Oui...
– Tony, monte donc un gin pour monsieur. Alors ?
– Ça remonte à loin, fit Jean Leclerc après s’être éclairci la voix.
– Au drame auquel votre frère a été mêlé ?
– Oui.
– Alors, prenez votre temps, nous sommes tout oreille.
– Dans le temps, mon frère et moi entretenions encore des relations que l’on pourrait dire amicales... mais pas tellement. Moi, je suis, j’étais plutôt, employé pour une firme de comptables agréés. Mon jeune frère aurait pu faire du monde s’il avait voulu, mais, non, il ne voulait pas. Déjà, il était mêlé à tout ce qu’on peut trouver de malhonnête, de malpropre. Un jour, il me dit qu’il venait de tomber sur une affaire d’or.
– Sans plus de détails ?
– Sans plus de détails. Un mois après, il roulait dans l’argent. Grosse voiture, appartement luxueux, train de vie de pacha. Une combine merveilleuse et à toute épreuve, me disait-il. Il fit à l’époque un ou deux voyages à Tahiti.
– Le royaume des perles, émit Diane.
– Je n’ai pas pensé à cela. Puis vint le meurtre de Jacques Dubé. Il était devenu fou, je pense. Tuer un homme, pour une femme... Je crus moi-même le devenir quand je vis que cette femme ne ferait rien pour le sauver, qu’elle le laisserait froidement aller à la potence.
Se retournant vers Louise Dubé, il ajouta :
– Si seulement vous aviez dit qu’il était votre amant...
– Je ne pouvais pas, je ne pouvais pas...
– Vous avez préféré qu’il soit exécuté plutôt que de perdre la face devant votre monde.
– Continuons, fit Diane, voulez-vous ? Nous reparlerons de cela plus tard.
– J’essayai à l’époque de voir Louise Dubé... mais un détective montait la garde devant sa maison. Impossible ! Je voulais la voir pour l’obliger à témoigner au procès de mon frère. Sitôt le procès terminé, elle n’attendait même pas la pendaison, partait en voyage avec l’argent que lui procurait l’assurance de son mari défunt.
– J’ai voyagé partout, dit Louise Dubé. Je n’ai jamais pu oublier. Je suis même allée à Tahiti.
– Ah ! Tahiti ! Il y a longtemps ?
– C’est le dernier endroit que j’ai visité avant de revenir au Canada.
– Fort bien, fit Diane dont les yeux brillaient.
Elle ajouta :
– Et qu’est-ce qui vous est arrivé à Tahiti, Louise ?
– Mais rien... répondit cette dernière étonnée.
– Il vous est arrivé quelque chose à Tahiti, rétorqua Diane d’une voix dure. Il le faut. Peut-être est-ce un incident bénin, peut-être un détail sans importance, pour vous, mais qui a été une révélation pour d’autres. Où étiez-vous à Tahiti ?
– Papeete.
– Vous y avez rencontré des hommes ?
– Oui, fit Louise en baissant quelque peu la tête.
– Dans un bar, je suppose ?
– Oui.
– Et vous avez parlé de Roger Leclerc.
– Oui, oui.
Le visage de Louise Dubé s’éclairait.
– Je me souviens à présent. Je buvais dans un bar, lorsqu’un homme s’approcha de moi. Il m’offrait à boire. J’acceptai pour entrer en conversation avec lui car je m’ennuyais à mourir. Je songeais que Roger m’avait déjà dit qu’il était allé à Tahiti. Peut-être que cet homme-là l’avait connu. Curieusement, il s’intéressa à mon peigne, jura l’avoir vu, ou sa réplique quelque part. Je lui dis qu’il m’avait été donné par Roger Leclerc et il s’intéressa tout de suite à Roger. De par la description qu’il m’avait fourni, il l’avait bien connu. Nous parlâmes de Roger... je lui racontai comment il était mort. Nous bûmes beaucoup. Nous ne nous quittâmes que le lendemain matin.
– Passons les détails érotiques, fit Diane.
– Le lendemain, je prenais le bateau pour le Canada.
– Entraînant à votre suite Julius Monet et Bébé, Marra Kato et sa complice.
– Je ne les ai pas vus à bord.
– Peut-être ont-ils pris l’avion, peut-être ne sont-ils aperçus de votre départ que plus tard ?
– Vous êtes sûre que Monet et Bébé, que Marra Kato étaient à Tahiti ?
– Absolument, fit Diane. J’ai pris le passeport de Marra dans sa poche, celui de Monet, après que je l’eus assommé dans la chambre de Louise. Maintenant à vous, monsieur Leclerc.
– Moi ?
– Pourquoi avez-vous tué Marra ?
– Moi ? Je...
– Et puis, pourquoi ne pas commencer par le commencement ? fit Diane. J’étais avec Louise et Mimi, talonnée par Julius Monet qui la menaçait de son revolver, me faisait sortir de l’appartement de Louise où Bébé me cueillait, pour venir lui-même cueillir la jeune femme.
– Aussitôt après ton départ, fit Louise, j’eus peur et décidai de m’enfuir.
– Moi, fit Leclerc, qui semblait s’intéresser à la reconstitution des faits, je me rendais à l’appartement pour trouver Louise. J’avais appris son arrivée par le journal, je voulais me venger de ce qu’elle était responsable de la mort de mon frère. C’est pour cela d’ailleurs que j’étais sur sa trace et que je m’étais aperçu qu’un gros homme la suivait sans relâche.
– Dans l’appartement, lui souffla Diane.
– Il n’y avait personne. Je résolus de l’attendre. Marra survint. Aussitôt qu’il me vit, il plongea la main dans sa poche. Je fus plus rapide que lui. Je vous jure que je l’ai tué pour épargner ma propre vie.
– Bon, fit Diane, nous savons ce que vous vouliez à Louise et comment Marra Kato est mort. Je me demande ce que Julius Monet et Kato lui voulaient, eux. C’est certainement en rapport à votre frère et à des perles.
– Quelque chose d’étrange m’est arrivé il y a deux ans, fit Leclerc.
– Ah !
– Un homme, que mon frère avait connu en prison, peu avant son exécution, vint me voir. Il avait un message pour moi.
– Lequel ?
– Jusqu’au dernier moment il avait cru que Louise Dubé fléchirait, qu’elle le sauverait de la pendaison. À la toute dernière minute, voyant qu’il allait mourir, en passant devant la cellule d’un copain, il lui souffla un mot, un seul : Windhuiss...
– Mais je connais, cria Louise Dubé en devenant blanche comme une morte. Je connais. C’est le nom d’une villa d’été qui nous appartenait, à mon mari et moi, avant la tragédie. Windhuiss est un mot allemand ou suédois qui veut dire : La maison dans le vent. La maison que nous possédions était située sur une pointe au lac Noir et un vent la battait jour et nuit. Je n’y suis jamais retournée.
– Vous y aviez fait l’amour avec Roger ? demanda Diane.
– Oui, fit Louise Dubé d’une voix blanche.
– Alors... il nous faut aller là-bas, répliqua Diane. Dites-moi monsieur Leclerc... voulez-vous toujours venger votre frère ?
– Oui, fit Jean Leclerc en tournant des yeux pleins de haine vers Louise Dubé. Si ce n’était pas de cette femme, il serait vivant aujourd’hui.
– Et en prison pour le reste de ses jours, ce qui ne serait guère mieux. Je vous propose autre chose. Un marché, un pacte, qui vous sera profitable autant qu’il le sera à mademoiselle Dubé. D’ailleurs, vous n’avez pas le choix.
– Je vous écoute, grinça Leclerc.
– Voilà. D’abord, le silence le plus formel sur la mort de Marra Kato. Comme personne ne sait que vous êtes de près ou de loin mêlé à ce qui concerne Louise Dubé, on ne vous soupçonnera pas et vous serez pour toujours dans le clair. D’ailleurs, vous avez tué Marra à corps défendant et je vous crois. Autre chose ?
– Autre chose ?
– Oui, autre chose, si Monet, si Kato poursuivaient Louise Dubé, ce ne peut qu’être en rapport avec votre frère qu’ils connurent à Tahiti et qu’en rapport avec des perles dont je soupçonne qu’il faisait le trafic. Donc il y a de l’argent de mêlé à tout cela et je vous dédommagerai de la vengeance dont je vous prive.
– Ça va, fit Leclerc.
– Maintenant en route... Mon Dieu !
– Qu’est-ce qu’il y a ? demanda Louise Dubé, tout de suite inquiète.
– Mimi !
– Mimi ?
– Mais oui, Mimi ! Je l’ai complètement oubliée. Elle est encore entre les mains de la police à laquelle elle avait rapporté votre disparition. Maintenant, avec le cadavre que l’on a trouvé dans votre appartement, elle devrait être dans de jolis draps. Mon Dieu ! Comment va-t-on faire pour la sortir de là ?
À ce moment précis, la porte s’ouvrit et Mimi Demers pénétra dans le bureau.
Elle avait un visage très pâle et elle frissonnait.
– Diane... je viens de voir Tony... il m’a dit que tu étais ici. Me pardonneras-tu jamais ?
– Comment... qu’est-ce que tu as fait ? Et comment se fait-il que la police t’a relâchée ?
– Justement, fit Mimi, je ne suis pas allée à la police. J’ai eu trop peur. Tu me connais. J’ai seulement téléphoné en disant que j’étais la sœur de Louise Dubé puis je suis allée me terrer dans notre appartement. Qu’est-ce que tu veux, Diane, je serai toujours une grande peureuse.
Diane embrassa Mimi sur les deux joues.
– Tu n’aurais pas pu avoir peur à un meilleur moment. Va souper, saute dans ton costume car il est temps pour le premier spectacle. Tu diras aussi à Tony qu’il s’occupe de la boîte car je m’absente jusqu’à demain matin.
– Où vas-tu ?
– Une place pas pour les petites filles peureuses.
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