La quête de Lily
Deuxième Partie
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Qui trouve un ami,
trouve un trésor.
Proverbe latin
Très loin dans les montagnes, au bout d’un long chemin si escarpé qu’il était impraticable, et derrière une forêt si dense que personne n’osait s’y aventurer, un chalet en bois rond baignait dans la lueur de la lune. L’habitation était d’une hauteur exceptionnelle. Le sommet de son toit pentu atteignait presque la cime des arbres. Une fumée blanche s’échappait de sa cheminée, laissant deviner la chaleur agréable qui se répandait à l’intérieur.
Dans ce lieu ignoré de tous vivait Manuel Forestier, un géant au cœur tendre. Ce soir-là, il s’affairait à entretenir le feu dans le foyer et gardait un œil bienveillant sur Lily, une gitane orpheline qu’il avait prise sous son aile peu de temps auparavant.
– Tu as l’air bien pensive, lui dit-il.
Assise près de lui, la jeune fille avait le regard triste et absent. Elle tenait dans ses mains un pendentif en or.
Tant d’événements venaient de bouleverser sa vie…
– J’ai encore du mal à réaliser que ce médaillon appartenait à ma mère et qu’il y a à peine quelques jours, j’ignorais qui elle était, murmura-t-elle. Aussi incroyable que cela puisse paraître, Lily avait passé plusieurs années en captivité dans les profondeurs de l’océan, respirant grâce à un caillou magique posé sur sa langue. Sous l’eau, elle avait rencontré Ballanika, une dame qui vivait seule dans une grotte de corail sous-marine depuis très longtemps. Elles étaient devenues des compagnes d’infortune et s’étaient liées d’amitié.
Lily poussa un grand soupir. Cette période de sa vie lui paraissait déjà bien lointaine. Et pourtant, Ballanika et elle venaient tout juste de réussir à regagner la terre ferme, déjouant le mauvais sort qui les retenait prisonnières au fond de l’eau.
– C’est injuste, déclara la jeune gitane. Pendant toutes ces années, Ballanika rêvait de retrouver sa fille, Jazamina. Et dès qu’elle a été enfin libre, elle est morte!
Un sanglot étrangla sa voix.
Manuel la regarda avec compassion.
– L’important, c’est qu’elle ait su, avant de mourir, que Jazamina et toi n’étiez qu’une seule et même personne, affirma-t-il doucement. Pendant toutes les années où elle était avec toi sous l’eau, elle était donc avec sa fille.
Les yeux remplis de larmes, Lily hocha la tête. Elle ouvrit le pendentif une nouvelle fois. Ce qui était gravé à l’intérieur lui paraissait si mystérieux qu’elle oublia ses pensées chagrines. Il s’agissait d’une sorte de blason représentant à la fois un profil de femme et un serpent.
– Regarde, Manuel, dit-elle. J’ai déjà vu ce dessin quelque part.
Lily déposa le bijou délicat dans la grande main du géant. Avant qu’il ait le temps de lui demander où elle avait vu ce symbole, elle s’exclama :
– C’est le même que celui de Tanaga !
– Tanaga ? Qui est-ce ? demanda le vieil homme.
Lily raconta à Manuel comment elle avait été enlevée par des pirates, avant de rejoindre Ballanika au fond de la mer. Elle lui parla de l’infâme Skate, et de Tanaga, un colosse à la peau noire qui l’avait aidée à s’évader.
– Tanaga ne voulait jamais parler de son passé. Je pense qu’il avait vécu des choses terribles, dit Lily.
Un jour, j’ai vu de grandes cicatrices sur sa peau, comme s’il avait reçu des coups de fouet. C’était sûrement un esclave.
Elle scruta le médaillon, le front soucieux.
– Dans son dos, il y avait aussi un dessin, dit-elle lentement. Il représentait un profil et un serpent, exactement comme celui-ci. Il avait été marqué au fer rouge.
– Marqué au fer rouge ? Quelle horreur ! Qui a pu lui faire une chose aussi atroce ? s’indigna Manuel Forestier. Crois-tu que c’était Skate ?
– Non, répondit Lily. Même si Tanaga ne m’a pas révélé grand-chose de sa vie, je pense que, avant de tomber entre les mains de Skate, il avait connu des malheurs encore plus horribles !
Le géant et la gitane regardèrent de nouveau le bijou.
Lily réfléchit à voix haute :
– Qu’est-ce que ce dessin peut bien vouloir dire ? Et pourquoi ma mère avait-elle un médaillon avec cet étrange symbole ?
– Je ne sais pas, soupira Manuel. Je me souviens qu’elle le portait toujours autour du cou, mais elle ne l’a jamais ouvert devant moi.
La jeune fille referma le pendentif et secoua la tête pour chasser de son esprit l’affreuse torture que Tanaga avait dû subir.