La quête de Lily
Chapitre 10
Le lendemain, lorsque Lily se réveilla, le cirque était parti. À la place de la roulotte de Marcuzo, il n’y avait plus qu’un carré d’herbe jaunie. La jeune femme était triste à mourir. Un grand vide l’envahit. Elle s’assit sur les marches de sa roulotte sans s’apercevoir qu’elle venait de faire tomber par terre un bouquet de myosotis. Le magicien l’avait déposé là pour elle.
Manuel était allé puiser de l’eau fraîche à la rivière.
À son retour, Lily avait déjà plié bagage et attelé Stella et Luna.
– Partons, dit-elle simplement.
Tandis que Manuel s’apprêtait à ranger les gourdes remplies d’eau dans les roulottes, quelqu’un s’approcha. C’était un garçon d’une dizaine d’années, les deux mains enfoncées dans les poches. À demi cachés sous une épaisse frange blonde, ses yeux vifs brillaient de curiosité.
– Oh là là ! Qui a fait ça ? demanda-t-il en admirant les peintures qui décoraient la roulotte verte.
– C’est Lily, répondit Manuel en pointant la jeune femme du doigt.
Il savait que son amie était peinée et qu’elle n’avait probablement pas envie de parler. Alors il répondit aux questions du garçon à sa place.
– Qui sont ces personnes ? demanda ce dernier.
– Eh bien, cette dame s’appelle Ophélia, expliqua Manuel en désignant le portrait de la gitane aux longues boucles brunes. As-tu déjà entendu parler d’elle ?
– Non, jamais ! répliqua le garçon.
Manuel posa sa main sur son épaule et poursuivit :
– Il y a longtemps, bien avant que tu sois né, elle a traversé cette région à bord d’une roulotte bleue.
– Et lui, est-ce que c’était son cheval ?
– Oui ! Il s’appelait Zingaro.
Le jeune curieux alla voir de l’autre côté du véhicule et s’émerveilla devant l’image de la montgolfière.
– Quand Lily avait environ ton âge, raconta Manuel, elle fut enlevée par de terribles pirates. Mais elle réussit à s’évader de leur bateau grâce à ce ballon !
Le garçon plongea ses mains encore plus profondément dans ses poches.
– Vous dites qu’elle s’est évadée ? D’un bateau de pirates ? Je ne vous crois pas ! dit-il en s’esclaffant.
Vous me racontez des histoires !
Lily serra davantage le harnais de Stella. Elle jeta un coup d’œil au garçon qu’elle trouvait plutôt drôle.
Cette conversation commençait à l’amuser. Elle prit la parole.
– Si tu ne crois pas les histoires qu’il te raconte, écoute maintenant les miennes. J’en ai des meilleures ! J’ai connu une femme qui vivait sous la mer.
Regarde, on la voit ici, dit-elle en montrant Ballanika.
– C’est impossible ! protesta le garçon. Comment pouvait-elle respirer si elle était sous l’eau ?
– Grâce à un caillou magique qu’un sorcier lui avait donné.
– Ah oui, vraiment ? Bah ! Je ne crois pas un mot de ce que vous me dites tous les deux !
Lily ne put s’empêcher de rire. Elle aussi, elle avait parfois du mal à croire tout ce qu’elle avait vécu !
Elle monta s’installer sur la banquette de la roulotte.
Manuel la rejoignit, et Épinette vint se blottir entre eux. La gitane fit claquer sa langue et donna un coup sec sur les guides. Stella et Luna se mirent aussitôt à avancer. L’équipage venait à peine de quitter le campement lorsque Lily entendit une voix qui criait derrière eux :
– Attendez ! Attendez !
Lily arrêta les chevaux et se retourna. Le garçon blond courait pour les rattraper.
– Qu’est-ce qu’il y a ? lui lança-t-elle.
Hors d’haleine, le garçon arriva à leur hauteur.
– C’est que… je viens de remarquer la peinture… celle qui est à l’arrière de la roulotte, dit-il, haletant.
Les mains posées sur les genoux, il reprit son souffle.
– Celle avec le perroquet, ajouta-t-il.
– Oui, et alors ? fit Lily, un peu impatiente.
– Je l’ai déjà vu, affirma le garçon.
– Tu as déjà vu un perroquet ! dit Manuel, amusé.
– Non ! protesta le gamin. J’ai déjà vu l’homme qui est dessiné à l’arrière de la roulotte. Celui qui tient le perroquet.
–Où ça ? Où l’as-tu vu ? demanda la gitane, stupéfaite.
– Dans un manoir. Là-bas…
Le jeune garçon désigna un point au loin, dans la même direction que le chemin qu’ils avaient emprunté.
– Qu’est-ce que tu nous racontes là ? fit Manuel, les yeux écarquillés.
–Mon père est médecin, répondit le garçon. Il m’emmène parfois dans ses tournées. C’est comme ça que je suis allé dans ce manoir.
Le petit blond avait un regard espiègle. Lily le dévisagea en fronçant les sourcils. Elle était sceptique.
– Ah bon ? Et quel est le nom de l’homme au perroquet ? demanda-t-elle.
Le coquin se gratta le front.
– Euh, j’ai oublié, marmonna-t-il en grimaçant.
C’était bien ce que Lily pensait ; il voulait simplement la faire marcher. Elle se pencha et lui ébouriffa les cheveux.
– Allez, tu m’as bien eue ! dit-elle.
Elle fit claquer sa langue encore une fois et Stella et Luna se remirent en marche. Quelques instants plus tard, la voix du garçon se fit entendre à nouveau.
– Ça y est, je m’en souviens maintenant ! Son nom, c’est Tanaga !