La quête de Lily

Elaine Arsenault · Chapitre 9 sur 27

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La quête de Lily

Chapitre 9

Chaque printemps, Manuel et Lily s’occupaient du jardin potager, juste à côté du chalet. Manuel raconta qu’il avait eu l’heureuse surprise de retrouver sa provision de semences intacte après ses dix années d’exil. Il apprit à sa jeune protégée à faire des semis, à préparer la terre et à cultiver des légumes. Pendant ce temps, Épinette faisait la chasse aux sauterelles dans la clairière ou allait s’étendre au soleil.

Les chaudes journées d’été s’étiraient et se terminaient souvent par une baignade dans l’eau fraîche du ruisseau. Puis venait le temps des récoltes.

Carottes, choux et haricots servaient à faire d’innombrables conserves, tandis que les framboises, les mûres et les fraises des bois se transformaient en délicieuses confitures. Lily les sucrait avec du miel que Manuel récoltait dans des ruches.

Plus tard, le châtaignier se couvrait de drôles de fruits, cachés dans de petites bogues hérissées de piquants. Manuel montra à Lily comment faire cuire les châtaignes sous la cendre, comment les décortiquer et les faire sécher. Il fallait ensuite réduire la chair en poudre. Et avec la farine qui en résultait, on pouvait préparer un pain au goût succulent !

Quand le vent devenait froid, les deux compagnons empilaient des bûches devant le chalet et à côté de l’atelier. Lily, qui grandissait à vue d’œil, s’était confectionné de nouvelles robes dans de vieux draps et une pèlerine bien chaude dans une couverture de laine.

Durant les mois d’hiver, lorsque la forêt dormait sous un manteau blanc, Manuel et Lily se nourrissaient des provisions qu’ils avaient faites durant la belle saison. Ils se racontaient des histoires au coin du feu et passaient de longues heures à réfléchir, à rêvasser ou à discuter de toutes sortes de choses.

Un jour, Lily se souvint d’une phrase qu’Ophélia avait prononcée plusieurs années auparavant :

« L’amour, c’est ce qui sauve les gens. » La jeune fille fut heureuse de constater que depuis qu’elle vivait avec Manuel, l’amitié n’avait cessé de grandir entre eux et avait fini par chasser complètement la tristesse qui les habitait autrefois l’un et l’autre.

La gitane profitait également de la longue période hivernale pour inventer différentes potions, qu’elle testait sur Manuel ou Épinette. Elle aimait aussi fabriquer de l’encre, comme Ophélia lui avait appris à le faire. Elle faisait d’abord brûler des brindilles, puis elle recueillait les cendres, y ajoutait de la gomme de sapin et un peu d’eau, et faisait bouillir le tout.

Cela donnait une pâte noire et visqueuse. Elle y trempait alors la pointe d’une grande plume d’oie et écrivait les recettes de ses potions sur des écorces de bouleau qu’elle gardait précieusement dans les tiroirs de sa coiffeuse.

Même si elles se voulaient inoffensives, les potions que préparait Lily avaient parfois des résultats étranges ou farfelus. Par exemple, une de ses recettes eut pour effet de faire pousser une épaisse touffe de poils frisés dans les oreilles de Manuel, qui n’avait pas tellement apprécié. Une autre fois, elle lui avait préparé la potion du fou rire. Le pauvre géant avait ri aux larmes pendant des heures, si bien qu’il en eut mal aux joues. Un jour, elle avait fait boire un bol de liquide mystérieux à Épinette. Le pauvre chat s’était mis à aboyer comme un chien puis à siffler comme un pinson !

Heureusement, Manuel ne manquait pas d’humour.

Il se prêtait toujours volontiers aux jeux de Lily. Par contre, il trouvait les ingrédients qu’elle utilisait pour ses mixtures repoussants: pattes d’insectes écrasées, gésiers d’oiseaux séchés, pincée de champignon ratatiné, crottes de lapin…

– Ah ! vraiment, Lily, c’est dégoûtant ! protestait-il en se bouchant le nez. Je t’en prie, va broyer ces horribles bestioles ailleurs que sur le comptoir de la cuisine. Et, s’il te plaît, n’utilise pas mes cuillères pour faire ça !

 

Quatre années s’écoulèrent ainsi en un clin d’œil.

Lily n’était plus la jeune fille qui s’était présentée un jour à la porte de Manuel. Elle devenait une jeune femme. Le géant savait qu’elle ne pourrait plus se passer encore longtemps de la compagnie des gens de son âge. Bientôt, sa protégée partirait et volerait de ses propres ailes.

Par une fraîche journée d’automne, alors qu’ils s’affairaient tous les deux à récolter les dernières pommes de terre dans le jardin, des oies sauvages passèrent dans le ciel. « Elles se dirigent vers le sud», pensa le géant.

Un frisson lui parcourut l’échine. Il releva le col de son manteau pour se protéger du froid. Il regarda son amie qui travaillait à ses côtés et son cœur se serra. « Lorsque les oies reviendront, au printemps prochain, elle sera partie », se dit-il. Il détourna la tête et essuya discrètement une larme.