La quête de Lily
Chapitre 8
Manuel devina que Lily était inquiète car une ride barrait son front.
– Qu’est-ce qu’il y a, ma fée des bois ?
– Crois-tu que le Sorcier est encore là, quelque part?
Elle entortillait nerveusement une longue mèche de cheveux autour de ses doigts.
– Je paierais cher pour le savoir ! s’exclama son ami.
S’il est toujours en vie et qu’il apprend que nous le sommes aussi, je crains que sa vengeance ne soit redoutable.
– Que veux-tu dire ? demanda la jeune fille.
– Il pourrait se manifester à nouveau au moment où on s’y attend le moins et mettre un autre de ses plans diaboliques à exécution, répondit-il.
– Mais pourquoi veut-il se venger ainsi ? insista Lily.
– Ce monstre en voulait à Ballanika et à sa famille.
Enfin, à ta famille…
– À ma famille ? répéta la gitane, étonnée.
– Oui, confirma Manuel. Tu sais, ta mère ne me parlait jamais de son passé. Mais je me souviens que, si quelqu’un faisait allusion au Sorcier, elle se mettait à trembler comme une feuille et devenait aussi pâle qu’un fantôme. Elle avait terriblement peur de lui. Un jour, Constantin m’avait dit que le Sorcier avait fait du mal aux parents de Ballanika…
Les parents de Ballanika… Ils étaient morts tous les deux. Pour la première fois de sa vie, Lily pensa à ces grands-parents qu’elle n’avait pas connus. À quoi ressemblaient-ils ? De vagues images de silhouettes sans visage flottèrent un instant dans son esprit.
Baissant la voix, Manuel poursuivit :
– Constantin ne m’a rien révélé de plus. Même si j’ai bien connu ta mère, son enfance demeure un mystère pour moi. Cependant, ses bonnes manières m’ont toujours donné l’impression qu’elle avait reçu une éducation digne des meilleures familles.
Lorsque je l’ai rencontrée, elle était sans le sou et n’avait pas de maison, mais elle avait quand même une grande dignité. On voyait bien qu’elle avait déjà eu une vie très confortable avant de tout perdre. Et je suis persuadé, vu la frayeur que lui inspirait le Sorcier, que ce monstre y était pour quelque chose.
– Mais, si elle avait si peur de lui, pourquoi est-elle allée le trouver, le jour de la disparition de Constantin ? demanda Lily.
– J’imagine que l’amour qu’elle portait à ton père l’avait aveuglée car, effectivement, elle n’a pas hésité à courir au-devant du danger, soupira Manuel.
– Et à se jeter dans la gueule du loup… Ah ! ma pauvre maman ! ajouta la jeune fille sur un ton mélancolique.
Manuel Forestier choisit une pomme rouge dans le panier posé sur le comptoir de la cuisine et la lui tendit. Dans sa main, le fruit avait l’air d’une cerise.
– Qui sait, Lily, un jour peut-être en apprendras-tu davantage sur les origines de ta mère…
– Je pourrais demander des explications à la vieille femme qui l’accompagnait quand elle est arrivée ici ! s’exclama la gitane.
– Claire ? répondit le géant. Après le mariage de tes parents, elle a quitté Cap-sur-Mer pour retourner dans son propre village, à des dizaines de lieues d’ici. Et puis, à l’époque, Claire était déjà âgée. J’ai bien peur qu’elle ne soit morte depuis.
La jeune fille soupira. Elle comprenait qu’elle n’en apprendrait pas davantage sur sa mystérieuse famille pour le moment. Il lui faudrait faire preuve de patience. Elle prendrait le temps de grandir auprès de Manuel qui, elle le savait, la protégerait toujours contre le Sorcier.
Elle alla chercher sa boîte d’ébène. Elle prit le petit caillou qu’elle y avait rangé en débarquant sur la plage de Cap-sur-Mer, ainsi qu’une perle d’huître que Ballanika lui avait offerte au début de son séjour dans l’océan. Elle les roula entre ses doigts. Les minuscules objets lui rappelaient les années passées sous l’océan en compagnie de sa mère.
Manuel reprit la parole :
– Tu sais, Lily, juste avant de fermer la porte de mon chalet pour t’emmener le plus loin possible, j’aperçus la boîte d’ébène sur ma table. J’avais fini de la vernir quelques jours plus tôt et j’attendais qu’elle soit sèche pour l’offrir à ta mère. Alors, je la glissai dans mon sac de voyage. Puis je pris la fuite et j’atteignis rapidement la lisière de la forêt. Avec de la résine de sapin, je collai sur la boîte le petit morceau de nacre qui était tombée de la broche de Ballanika.
– Celui que tu avais ramassé sur le sol devant la maison de mes parents, murmura la jeune fille.
Elle réfléchit un instant puis reprit plus vivement :
– Je m’en souviens, Manuel ! J’ai déjà remarqué un petit emblème sur le couvercle, mais il s’est décollé et a disparu dans l’océan.
Elle caressa la surface lisse de la boîte d’ébène en se disant que, décidément, cet objet était le témoin privilégié de toutes ses aventures.