La région du Haut Tell en Tunisie (le Kef, Téboursouk, Mactar, Thala)

Charles Monchicourt · Chapitre 1 sur 1 · partie 1/20

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La région du Haut Tell en Tunisie (le Kef, Téboursouk, Mactar, Thala)

Chapitre 1

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 20 parties.

LA RÉGION DU HAUT TELL EN TUNISIE

CH. MONCHICOURT DOCTEUR ES LETTRES * * * * * LA RÉGION DU HAUT TELL EN TUNISIE (LE KEF, TÉBOURSOUK, MACTAR, THALA) Essai de Monographie Géographique * * * * * Avec 14 cartes dont une en couleur hors texte 4 figures et 12 planches de photogravures.

[Décoration]

PARIS LIBRAIRIE ARMAND COLIN 5, RUE DE MÉZIÈRES, 5 * * * * * 1913 NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE * * * * *

Le sujet de ces pages est la partie la plus élevée et la plus intérieure du Tell tunisien, c’est-à-dire celle qui se développe autour du Kef, de Téboursouk, de Mactar et de Thala. Avant que la locomotive n’ait gagné le Kef, Kalaat-Djerda et Kalaat-Senane (fin 1905), c’était, avec la fraction montagneuse de la Steppe, la zone la plus malaisée d’accès de toute la Tunisie.

Tandis que le mirage du Sud et la facilité relative des communications entraînaient chez les Matmata troglodytes ou vers le Djerid couvert de palmes la grande masse des savants et des touristes, l’Ouest, malgré sa proximité de l’Algérie, restait longtemps délaissé à cause des difficultés qu’il y avait à le parcourir. Seul Pervinquière y avait exécuté des explorations suivies qui lui permirent, en 1903, de décrire la majeure partie de cette région au point de vue géologique et orogénique.

Profitant des notions acquises par cet auteur, nous avons pris à cœur de les compléter par l’exposé des autres phénomènes de géographie physique ou humaine. Nous avons, en somme, écrit l’ouvrage que nous aurions aimé trouver lorsque, à notre arrivée à Mactar, en novembre 1898, nous avons essayé de nous documenter sur le pays environnant.

Cet inventaire du Haut-Tell tunisien, sol et habitants, n’a pas été composé à l’aide de livres. Néanmoins, comme nous avons glané des détails non négligeables chez les historiens ou les voyageurs, ainsi que dans certains travaux parus depuis 1881, il nous semble expédient d’indiquer dès maintenant les sources écrites.

* * * * * a) SOURCES ÉCRITES 1o AUTEURS ARABES

(Milieu du Xe siècle). — IBN HAUCAL : Description de l’Afrique. Traduction par DE SLANE, Paris, 1842.

(Troisième quart du XIe siècle). — EL BEKRI : Description de l’Afrique Septentrionale. Traduction par DE SLANE, Paris, 1859.

(Milieu du XIIe siècle). — EDRISI : Description de l’Afrique et de l’Espagne. Traduction par DOZY et DE GOEJE, Leyde, 1866.

(Fin du XIIe siècle). — L’Afrique Septentrionale au XIIe siècle de notre ère. Description extraite du Kitab El Istibçar et traduite par FAGNAN. Rec. des Notices et Mémoires de la Société Archéologique de Constantine, année 1899.

(Premier quart du XIIIe siècle). — IBN EL ATHIR : Annales du Maghreb et de l’Espagne. Traduction par FAGNAN, Alger, 1901.

(XIVe siècle). — IBN KHALDOUN : Histoire des Berbères et des dynasties musulmanes de l’Afrique Septentrionale. Traduction par DE SLANE, Alger, 1852-1856, 4 vol.

(Fin du XVe siècle). — ZERKECHI : Chronique des Almohades et des Hafsides. Traduction par FAGNAN, Constantine, 1895.

(1526). — LÉON L’AFRICAIN : Description de l’Afrique. Traduction par J. TEMPORAL, édition Schefer, Paris, 1896-1898, t. III.

(Fin du XVIe siècle). — Kitab El Adouani. Traduction par FÉRAUD. Rec. des Not. et Mém. de la Soc. Archéol. de Constantine, année 1868, p.

1-175.

(XVIIe siècle). — EL KAIROUANI (IBN ABI DINAR) : Histoire de l’Afrique Septentrionale. Traduction par PELLISSIER et DE REMUSAT, Paris, 1845.

(XVIIIe siècle). — MOHAMMED SEGHIR BEN YOUSSEF : Mechra El Melki. (Chronique tunisienne, 1705-1771). Traduction par SERRES et LASRAM, Tunis, 1900.

2o VOYAGEURS EUROPÉENS (1550-1881)

(Seconde moitié du XVIe siècle). — L’Afrique, de MARMOL. (Edition espagnole originale, Grenade, 3 vol., 1573-1599.) Traduction par PERROT D’ABLANCOURT, 3 vol., Paris, MDCLXVII, in 4o, t. II.

(1724). — PEYSSONNEL : Relation d’un voyage sur les côtes de Barbarie fait par ordre du Roi en 1724 et 1725. Publié par Dureau de la Malle, Paris, 1838.

(1727). — SHAW : Voyages dans plusieurs provinces de la Barbarie et du Levant. Traduit de l’Anglais, La Haye, 1743, 2 vol.

SHAW n’a pas visité le Haut-Tell. Il tient ce qu’il en dit du Père Ximénès, de Tunis, qui a poussé jusqu’à Kasserine.

(1744). — G. DUPONT : Récit d’un voyage de Tunis au Kef exécuté en 1744. Publié par G. Musset. Revue de l’Afrique Française, 1888, p.

341-344, 352-360, 366-369.

(1765). — J. BRUCE : Voyage pour découvrir les sources du Nil pendant les années 1768-1773. Traduit de l’anglais par CASTERA, Paris, 1790.

Voir l’introduction du t. I.

(1784). — DESFONTAINES : Fragments d’un voyage dans les Régences de Tunis et d’Alger fait de 1783 à 1786. Publié par Dureau de la Malle, Paris, 1838.

(1829). — DE FILIPPINI (comte) : Voyage en Tunisie. Ouvrage inédit. (Bibliothèque de Turin.)

Nous possédons une copie du manuscrit.

(1833). — SIR GRENVILLE TEMPLE : Excursions in the Mediterranean, Algiers and Tunis, London, 1835, 2 vol.

(1835). — Prince DE PUCKLER-MUSKAU : Chroniques, Lettres et Journal de Voyage, extraits des papiers d’un défunt. Deuxième partie. Afrique. Paris, 1837, 3 vol.

Le t. III concerne le Tell méridional et la Steppe.

(1846). — H. BARTH : Wanderungen durch die Küstenlander des Mittelmeeres, Berlin, 1819, 2 vol. Voir le t. I.

(1848). — PELLISSIER : Description de la Régence de Tunis. (Explor. Scient. de l’Algérie), Paris, 1853.

Premier ouvrage moderne d’ensemble sur la géographie de la Tunisie. Remarquable pour l’époque.

(1850). — BERBRUGGER : Itinéraires archéologiques en Tunisie. Première partie. Rev. Afric., 1er année, nos d’avril et juin 1857.

Récit d’un voyage de Souk-Ahras à Tunis par le Kef.

Deuxième partie. — De Tunis à Nefta (ibid., 2e année).

(1854). — H. Von MALTZAN : Reise in den Regentschaften Tunis und Tripolis, Leipzig, 1870, 3 vol. Voir t. II, p. 197-292.

C’est en 1854 que ce voyageur visita l’intérieur de la Régence. Plus tard, en 1868 et 1869, il parcourut la côte orientale.

(1859). — DAVIS : Carthage and her Remains, London, 1860.

Contient à la fin le récit d’un voyage de Tunis au Kef.

(1860). — V. GUÉRIN : Voyage archéologique dans la Régence de Tunis, Paris, 1862, 2 vol.

(1860). — A. GUITER : Exploration en Tunisie. (Revue Africaine, 1860), p. 422-426.

Simple aperçu d’un voyage au cours duquel l’auteur alla de Tunis au Kef. Un mémoire avec cartes et dessins fut remis, en 1860, au Ministère de la Guerre.

(1861). — DAVIS : Ruined Cities within Numidian and Carthaginian Territories, London, 1863.

(1876). — PLAYFAIR : Travels in the Footsteps of Bruce in Algeria and Tunis, London, 1877.

L’auteur a refait, cent ans plus tard, l’itinéraire de Bruce.

3o COLLECTIONS DIVERSES

Journal Officiel Tunisien. A partir de 1883.

Exploration Scientifique de la Tunisie, Paris, Imp. Nat. A partir de

1884.

Rapport au Président de la République sur la situation de la Tunisie en....., Paris, puis Tunis.

Le premier volume concerne la période 1881-1890. Le rapport est annuel depuis 1891.

Procès-verbaux de la Conférence Consultative, Tunis. A partir de 1891.

Revue Tunisienne, organe de l’Institut de Carthage, Tunis. A partir de 1894 : trimestriel, puis bimestriel.

Bulletin de la Direction de l’Agriculture et du Commerce, Tunis. A partir de la fin de 1896 : trimestriel.

4o OUVRAGES GÉNÉRAUX SUR LA TUNISIE

H. DUNANT : Notice sur la Régence de Tunis, Genève, 1858.

E. RECLUS : Géographie Universelle, t. XI ; L’Afrique Septentrionale, Paris, 1886.

DIRECTION DES RENSEIGNEMENTS ET DES CONTROLES CIVILS : Statistique générale de la Tunisie, 1881-1892, Tunis, 1893.

La Tunisie : deux tomes en quatre volumes ; le t. I : Histoire et description, 2 vol. ; t. II : Agriculture, Industrie, Commerce, 2 vol., Paris-Nancy, 1896. Le t. II a été réédité en 1900.

Ouvrage dû à la plume des principales personnalités tunisiennes, restées anonymes. A noter : t. I, vol. 1 (Dr BERTHOLON) : L’Anthropologie, p. 207-247. — (GAUCKLER) : Archéologie, p. 293-356. — (Lieut. CHAVEYRE, du Service des Renseignements) : Les tribus ; Leur état actuel, p.

381-479.

La France en Tunisie, Paris, 1897. Réunion de 24 articles parus en 1896 en deux numéros de la Revue Générale des Sciences.

Nombreuses gravures bien choisies. C’est la meilleure vue d’ensemble sur la Régence. A signaler : MARCEL DUBOIS : La nature tunisienne, Introduction géographique à l’étude de la Tunisie, p. 5-16. — Dr BERTHOLON : La population et les races en Tunisie, p. 40-76. — HAUG : Géologie de la Tunisie, p. 115-122.

La Tunisie au début du XXe siècle, Paris, 1904. Recueil de 13 conférences faites en Sorbonne.

A noter : MARCEL DUBOIS : Introduction géographique, p. 1-30. — PERVINQUIÈRE : Géologie, p. 33-68. — HAMY : Esquisse anthropologique de la Régence de Tunis, p. 285-311.

5o GÉOLOGIE

AUBERT : Explication de la carte géologique provisoire de la Tunisie, Paris, 1892. Carte au 1/800.000e (la carte a vieilli).

FICHEUR et HAUG : Sur les dômes liasiques du Zaghouan et du Bou- Kornine. Comptes rendus de l’Académie des Sciences, CXXII, juin 1896, p. 1354.

HAUG : Sur quelques points théoriques relatifs à la géologie de la Tunisie. Congrès de l’Afas, Saint-Etienne, 1897, p. 366.

L. PERVINQUIÈRE : La Tunisie Centrale, esquisse de géographie physique. Annales de géographie, 1900, p. 434-455. Carte et diverses photogravures.

L. PERVINQUIÈRE : Etude géologique de la Tunisie Centrale, Paris, 1903, avec carte au 1/200.000e.

Nombreuses coupes et vues photographiques significatives. Au début, bibliographie quasi exclusivement géologique de 185 numéros sur l’ensemble de la Tunisie. Œuvre considérable qui annule ou condense tous les travaux antérieurs. Ne s’occupe pas des régions des Ouargha et de Téboursouk.

PH. THOMAS : Essai d’une description géologique de la Tunisie. Première partie. Aperçu sur la Géographie physique, Paris, 1907. Cartes. (Explor. scient. de la Tunisie.)

Index bibliographique de 335 numéros où manquent quelques études essentielles. Ouvrage déjà vieilli lors de son apparition. Surtout intéressant pour la Steppe montagneuse. Pour le Haut-Tell, résume Pervinquière sans dispenser d’y recourir.

6o CLIMAT

SERVICE MÉTÉOROLOGIQUE : Années 1889-1891, Tunis, 1892.

Idem. — Résumé des observations pour l’année 1892, Tunis, s. d.

DIRECTION DE L’ENSEIGNEMENT PUBLIC, SERVICE MÉTÉOROLOGIQUE : Résumé des observations pour l’année 1893, Tunis, s. d.

Idem. — Année 1893-1894, Tunis, 1896.

Idem. — Année 1894-1895, Tunis, 1896.

Idem. — Année 1895-1896, Tunis, 1897.

DIRECTION GÉNÉRALE DE L’ENSEIGNEMENT PUBLIC, SERVICE MÉTÉOROLOGIQUE :

Ann. 1897-1899, Tunis, 1901.

Ann. 1900-1901, Tunis, 1903.

Ann. 1902-1903, Tunis, 1905.

Ann. 1904-1906, Tunis, 1907.

Ann. 1907-1908, Tunis, 1910.

Année 1909, Tunis, 1911.

GINESTOUS : Etude sur le climat de la Tunisie. I. Hiver. — II. Printemps. — III. Eté. — IV. Automne. — V. Année. Les régions naturelles de la Tunisie. Leur climat, Tunis, 1903. Extrait du Bull. Direct. Agric. et Comm., années 1902 et 1903.

Important travail où sont reprises certaines études du même auteur sur les pluies. A été republié en 1906.

En ce qui concerne le Haut-Tell, on ne possède d’observations que pour une douzaine de stations, alors qu’en France, des départements comme la Vendée, moindres pourtant de moitié, en vantent une centaine1.

En outre, tous ces endroits, sauf un, sont en montagne, de sorte qu’on dispose pour les plaines d’éléments insuffisants. Cependant, celles-ci couvrent approximativement le cinquième du pays et ce sont elles qui représentent la majorité du sol cultivable. La lacune est donc grave. Les chiffres enregistrés sont, d’ailleurs, loin d’être un bloc cohérent. Les stations ont subi des fluctuations variées. Seule, celle du Kef a fonctionné sans interruption depuis 1889, celle de Mactar a été supprimée de 1894 à 1898, etc. D’autres ont eu une existence éphémère. Certaines sont toutes récentes. Durant les périodes d’activité même, plus d’un repos partiel fut causé par les absences des observateurs bénévoles. Quant aux appareils, le souci de veiller à leur sécurité oblige à les placer dans des positions qui peuvent ne pas être excellentes au point de vue météorologique. C’est ainsi qu’à Mactar le pluviomètre est au centre de la cour du Contrôle civil et les thermomètres contre un mur. Des documents ainsi fournis, on peut tirer d’excellentes indications comme le prouvent les études de Ginestous, mais pour serrer de près la réalité, il faut les contrôler auprès des habitants du pays. Sauf à Tunis, notre connaissance du climat ne peut, dans la Régence, reposer exclusivement sur des instruments et des calculs. La météorologie a encore ici beaucoup à attendre de l’information orale.

7o HYDROGRAPHIE — VÉGÉTATION — FAUNE

BARABAN : A travers la Tunisie, Paris, 1887.

BATTANDIER et TRABUT : Flore analytique et synoptique de l’Algérie et de la Tunisie, Alger, 1904.

BONNET et BARATTE : Catalogue raisonné des plantes vasculaires de la Tunisie, avec préface de DOUMET-ADANSON, Paris, 1896. (Explor. Scient. de la Tunisie.)

La préface est un essai intéressant de généralisation des notions acquises sur la Tunisie au point de vue de la flore.

BONNET : Géographie botanique de la Tunisie, 39 pages extraites du Journal de Botanique, t. IX et X, 1895-1896.

In fine, petite bibliographie de 37 numéros.

BONNET : Aperçu historique sur les plantes de Tunisie, 13 pages extraites du Congrès de l’Afas, Besançon, 1893.

BRUNHES : L’irrigation dans la péninsule ibérique et dans l’Afrique du Nord, Paris, 1902.

COSSON : Compendium Florae Atlanticae, Paris, 2 vol. 1881 et 1887.

Le vol. I, aux pages 7-101, contient une « Notice sur les voyages et les explorations qui ont le plus contribué à faire connaître la flore de l’Algérie, de la Tunisie et du Maroc. » Un supplément de cette notice se lit au vol. II, aux pages XXXV-CIII.

COSSON : Rapport à M. le Ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts sur la Mission Botanique chargée, en 1883, de l’exploration du Nord de la Tunisie, Paris, 1884.

La publication du compte rendu détaillé, qui devait avoir lieu dans les Archives des Voyages et Missions Scientifiques et Littéraires, n’a pas été effectuée.

COSSON : Forêts, bois et broussailles des principales localités du Nord de la Tunisie explorées, en 1883, par la Mission Botanique, Paris,

1884.

Cette brochure et la précédente ne font pas partie de la collection de l’Exploration Scientifique de la Tunisie.

COSSON : Note sur la flore de la Kroumirie Centrale, Paris, 1885, (Explor. Scient. de la Tunisie).

DIRECTION DES FORÊTS : Notice sur les forêts de la Tunisie, Tunis,

1889.

LATASTE : Catalogue critique des mammifères apélagiques sauvages de la Tunisie, Paris, 1887. (Explor. Scient. de la Tunisie.)

LETOURNEUX : Rapport sur une Mission Botanique exécutée en 1884, dans le Nord, le Sud et l’Ouest de la Tunisie, Paris, 1887. (Explor. Scient. de la Tunisie.)

LETOURNEUX : Voyage botanique en Tunisie. Bull. Soc. Bot. de France, t. XXXIII, p. 541-546.

Il s’agit d’un voyage accompli en 1886.

CH. MONCHICOURT : Règlements d’irrigation dans le Haut-Tell. Régions du Kef, Téboursouk, Mactar et Thala. Bull. Direct. Agric. et Comm., 1911, p. 497-517.

MURBECK : Contributions à la connaissance de la flore du Nord-Ouest de l’Afrique et plus spécialement de la Tunisie.

1re série, Lund, 1897-1900.

2e série, Lund, 1905. Voir le chapitre intitulé : « Aperçu de la végétation du Djebel-Bargou », p. 5-17.

TELLIER : Note sur la disparition des boisements dans le Sud de la Régence. Bull. Direct. Agric. et Com., 1898, 4e trim., p. 48-58.

VALERY-MAYET : Catalogue raisonné des reptiles et batraciens de la Tunisie. Paris, 1903. (Explor. Scient. de la Tunisie.)

8o MONOGRAPHIES DE DIVERSES RÉGIONS TUNISIENNES

ALLEMAND MARTIN : Aperçu agricole sur la presqu’île du Cap-Bon. Bull. Direc. Agric. et Comm., 1902, p. 294-327.

BALUT : Le pays de Dougga et de Téboursouk, avec une étude agricole, par MINANGOIN, Tunis, 96 pages, s. d. (1903).

Dr CARTON : Le Djebel-Gorra. Rev. Tun., 1901, p. 259-278.

ESPÉRANDIEU : Etude sur le Kef, Paris, 1889.

FALLOT : Une excursion à travers la Tunisie Centrale, Marseille, 1890. 20 pages.

Récit d’un voyage accompli en 1889.

GUERARD et BOUTINEAU : La Kroumirie et sa colonisation, Paris, 1892.

CH. MONCHICOURT : Le massif de Mactar. Ann. de Géog., 1901, p. 346-369, 1 carte et 4 planches.

CH. MONCHICOURT : La région de Tunis. Ann. de Géog., 1904, p. 145-170, 1 carte et 2 planches.

CH. MONCHICOURT : Kalaat-Senane. Note sur l’orthographe et le sens de ce dernier mot. Rev. Tun., 1906, p. 213-216.

CH. MONCHICOURT : La Steppe tunisienne chez les Fréchich et les Majeur. Régions de Fériana, Kasserine, Sbeitla, Djilma, Tunis, 1906, 85 pages, 1 carte et 5 planches. Extrait du Bull. Direct. Agric. et Comm., 1906.

Description de la région qui limite au Sud le Haut-Tell ; contient aussi quelques renseignements sur ce dernier.

VALERY-MAYET : Voyage dans le Sud de la Tunisie. (Extrait du Bull. Soc. Languedocienne de Géog.), Montpellier, 1886.

VERRY : De Hammamet à Kélibia. Aperçu agricole. Bull. Direct. Agric. et Comm., 1900, p. 22-54.

9o AGRICULTURE ET INDUSTRIE

AUGUSTIN BERNARD : Le Dry-Farming et ses applications dans l’Afrique du Nord. Ann. de Géog., 1911, p. 411-430.

P. BOURDE : Rapport sur les cultures fruitières et en particulier sur la culture de l’olivier dans le Centre de la Tunisie, Tunis, 1893, 70 pages.

Nombreuses rééditions.

R. MARÉS : Notice agronomique sur la Tunisie, Paris, s. d. (1894 ou

1895).

K. ROBERTY : L’industrie extractive en Tunisie. Mines et carrières, Tunis, 1907.

10o OUVRAGES D’HISTOIRE : ANTIQUITÉ

J. CARCOPINO : L’inscription d’Aïn-el-Djemala. Contribution à l’histoire des saltus africains et du colonat partiaire. (Extrait des Mélanges d’Archéologie et d’Histoire, publiés par l’Ecole française de Rome, t. XXVI), Rome, 1906, 2 planches.

Dr CARTON : Découvertes épigraphiques et archéologiques faites en Tunisie, Paris, 1895.

Idem. : L’occupation forestière dans l’Afrique ancienne. (Bull. Archéol., 1895.)

Idem. : De Thubursicum Bure à Aunobari. (Rev. Tun.), 1904, p.

407-423.

Idem. : Ruines de Dougga, Thugga, Tunis, s. d. (1910). Au début, bibliographie de Thugga.

CH. DENIS : Notes sur quelques nécropoles mégalithiques du Centre de la Tunisie. (Bull. Archéol., 1893.)

DIEHL : L’Afrique Byzantine, Paris, 1896.

DIRECTION DES ANTIQUITÉS ET BEAUX-ARTS : Enquête sur les installations hydrauliques romaines en Tunisie, ouverte par ordre de M. René Millet, Résident Général, sous la direction de PAUL GAUCKLER, t. I en 5 fascicules, Tunis, 1897-1901 ; t. II en 4 fascicules, Tunis, 1902-1912.

Lt HILAIRE : Etude sur les gisements mégalithiques du Kef et du Ksour- Thala. Bull. Archéol., 1898.

CH. MONCHICOURT : Note sur la position de la ville d’Aggar ou Agger (Tunisie). Bull. Archéol., 1909.

PELLISSIER : Lettre à M. Hase sur les antiquités de la partie Ouest de la Régence. Rev. Archéol., 1847.

CH. TISSOT : Géographie comparée de la province romaine d’Afrique, 2 vol., Paris, 1884-1888.

S. REINACH : Atlas de la province romaine d’Afrique pour servir à l’ouvrage de M. Ch. Tissot. Deux tirages, Paris, 1888 et 1891.

TOUTAIN : Les cités romaines de la Tunisie, Paris, 1896.

VIVIEN DE SAINT-MARTIN : Le Nord de l’Afrique dans l’antiquité grecque et romaine, Paris, 1873.

11o OUVRAGES D’HISTOIRE : MOYEN-AGE ET TEMPS MODERNES

Gal PHILEBERT : La sixième Brigade en Tunisie, Paris, 2e éd., 1895.

PLANTET : Correspondance des Beys de Tunis et des Consuls de France avec la Cour (1577-1830), t. III, Paris, 1899.

ROUSSEAU : Annales Tunisiennes, Alger, 1864.

X… La razzia des Ouled Ayar (1881). Rev. de l’Afr. Franç., 1888, t. VI, p. 271-277 ; 291-296.

12o OUVRAGES SUR L’ALGÉRIE

Gal PHILEBERT : La sixième Brigade en Tunisie, Paris, 1895.

AUG. BERNARD et EM. FICHEUR : Les régions naturelles de l’Algérie. Ann. de Géog., 1902, p. 221-246 ; 339-365 ; 419-437.

BATTANDIER et TRABUT : L’Algérie. Le sol et les habitants, Paris,

1898.

BLAYAC : Le pays des Nemenchas à l’Est des monts Aurès. Ann. de Géog., 1899, p. 141-159.

Capne DE BOSREDON : Promenade archéologique dans les environs de Tébessa. Rec. des Not. et Mém. de la Soc. Archéol. de Constantine, t. XVIII, Constantine, 1878, p. 382-427.

BUGEIA et ROUSSEAU : Le Seressou. Bull. Soc. Géog. Alger, 1904, p.

61-90.

CARETTE : Recherches sur la géographie et le commerce de l’Algérie Méridionale, Paris, 1844. (Explor. Scient. de l’Algérie.)

CARETTE : Recherches sur l’origine et les migrations des principales tribus de l’Afrique Septentrionale et principalement de l’Algérie, Paris, 1843. (Explor. Scient. de l’Algérie.)

CARETTE : Etude des routes suivies par les Arabes dans la partie méridionale de l’Algérie et de la Régence de Tunis, Paris, 1844. (Explor. Scient. de l’Algérie.)

Lieut. CASTEL : Tébessa. Histoire et description d’un territoire algérien. Monographie du Cercle Militaire de Tébessa. T. I : Géographie ; t. II : Histoire, Paris, s. d. (1905).

FÉRAUD : Notice sur les Ouled Abd en Nour. Rec. des Not. et Mém. de la Soc. Archéol. de Constantine, 1864.

FÉRAUD : Les Harar, seigneurs des Hanencha. Rev. Afric., 1874, p.

11-32 ; 119-149 ; 191-236 ; 281-294 ; 321-396.

FÉRAUD : Notes sur Tébessa. Rev. Afric., 1874, p. 430-473.

G.-B.M. FLAMAND : Recherches géologiques et géographiques sur le Haut Pays de l’Oranie et sur le Sahara, Lyon, 1911.

PH. GAUCKLER : La pluie à Alger. Ann. de Géog., 1903.

E.-F. GAUTIER : Les Hauts-Plateaux algériens. La Géographie, t. XXI, 1910, p. 89-98.

GOUVERNEMENT GÉNÉRAL DE L’ALGÉRIE : Commission d’études forestières. — Compte rendu des séances et Rapport de la Commission, Alger, 1904.

A noter les communications de FICHEUR, LEFEBVRE, PRAX et THÉVENET, etc.

Colonl DE LARTIGUE : Monographie de l’Aurès, Constantine, 1904.

Nombreuses photogravures caractéristiques.

LATRUFFE : Itinéraire au pays des Nemencha. Bull. Soc. Géog. Paris, 1882, p. 384-400.

LEFEBVRE : Les Forêts de l’Algérie, Alger-Mustapha, 1900.

MANDEVILLE et DEMONTÈS : Etudes de démographie algérienne, Paris, 1900. (Extrait des Questions diplom. et coloniales.)

MASQUERAY : Le Djebel-Chechar. Rev. Afric., 1878, p. 26-48 ;

129-144 ; 259-281.

MASQUERAY : Ruines anciennes de Khenchela (Mascula) à Besseriani (Ad Majores). Rev. Afric., 1878, p. 444-472 et 1879 p. 65-80 ; 81-94.

MATHIEU et TRABUT : Les Hauts Plateaux Oranais, Alger, 1891.

RIVIÈRE : Refroidissements nocturnes de l’air et du sol en Algérie, en Tunisie et au Maroc, Paris, 1904, 94 pages.

RIVIÈRE : Météorologie et agrologie. — La famine de 1866-67. Algérie Nouvelle, 1896, p. 104-106 et 139-141.

RIVIÈRE et LECQ : Manuel pratique de l’agriculteur algérien, Paris,

1900.

SCHIFFMACHER : Les richesses minières du département de Constantine, Alger, 1910.

THÉVENET : Essai de climatologie algérienne, Alger, 1896.

TRABUT : Les régions botaniques et agricoles de l’Algérie. Rev. Scient., 1881, p. 460-468.

TRABUT : Les zones botaniques de l’Algérie. Congrès de l’Afas, Oran, 1888. Tirage à part, 10 pages.

VAISSIÈRE : Les Ouled Rechaich. Rev. Afric., 1892.

VARLET : Les céréales d’Algérie, Alger-Mustapha, 1900.

13o OUVRAGES DIVERS

SECRÉTARIAT GÉNÉRAL DU GOUVERNEMENT TUNISIEN : Nomenclature et répartition des tribus de la Tunisie, Châlon-sur-Saône, 1900.

14o CARTOGRAPHIE

SERVICE GÉOGRAPHIQUE DE L’ARMÉE. Carte au 1/50.000e. Tunisie.

Feuille XXVI Oued-Zerga. — XXXIII Téboursouk. — XXXIV Bou-Arada. — XXXVIII Ouargha. — XLII Dj.-Fkirine. — XLVIII Djebibina.

SERVICE GÉOGRAPHIQUE DE L’ARMÉE. Carte au 1/100.000e.

Feuille XXIII Sidi-Yousef. — XXIV Le Kef. — XXV Jama. — XXVI Djebibina. — XXVIII Dj.-Harraba. — XXIX Le Ksour. — XXX Maktar. — XXXI Dj. Bou-Dabouss. — XXXIV Kalaât-es-Snam. — XXXV Thala. — XXXVI El-Ala. — XL Tébessa. — XLI Bou-Rhanem. — XLII Hadjeb-el-Aïoun. — XLVI Bou-Chebka. — XLVII Kasserine.

SERVICE GÉOGRAPHIQUE DE L’ARMÉE. Matériaux d’étude topologique pour l’Algérie et la Tunisie. Cahier…..

no 10, 1re série, Paris, 1900. no 14, 2e série, Paris, 1901. no 16, 3e série, Paris, 1902. no 19, 4e série, Paris, 1903. no 23, 6e série, Paris, 1906. b) DOCUMENTS MANUSCRITS

Cette énumération ne doit pas faire illusion. Sauf pour Pervinquière et Ginestous, nos emprunts ont été des plus modestes, surtout en ce qui a trait aux rapports de l’homme avec la nature ambiante. Nous avons en revanche consulté fructueusement maintes pièces administratives, et notamment, des rapports ou lettres des Contrôleurs civils Radenac et Prat (Le Kef), Livet, Giltaire et Grosset-Grange (Téboursouk), Masselot, Camussi et Balut (Thala), Bordier, Luret, Briquez, Barué et Masselot (Mactar).

Durant son séjour au Kef, le Contrôleur civil suppléant Olivier a bien voulu prendre, sur notre demande, plusieurs clichés photographiques des plus caractéristiques. Quelques collections de documents manuscrits nous ont également procuré de bonnes indications et, par exemple, les monographies de tribus, dressées entre 1883 et 1886 par les commandants des Cercles Militaires. Conservées aux archives du Service des Affaires Indigènes à la Résidence Générale, la plupart sans nom d’auteur, elles nous ont fourni d’intéressantes données sur l’histoire légendaire des peuplades tunisiennes et sur leur état au moment de l’établissement du Protectorat. Elles ont été déjà utilisées par des officiers ayant gardé l’anonymat, en vue de la rédaction d’articles sur les tribus de la Régence, parus en 1896 dans La Tunisie, en 4 volumes (cf. plus haut), et dans la Revue Tunisienne de 1902.

Malgré ces deux catégories de documents, nous avons disposé d’un matériel infiniment plus réduit que celui dont peut s’aider une personne étudiant une province française2, car notre occupation toute récente n’a pas encore produit ici, comme dans la métropole, une énorme masse de publications ou de pièces d’archives administratives (Ponts et Chaussées, Eaux et Forêts, etc.). L’examen direct des choses s’imposait donc avec beaucoup plus de force qu’en France, car absolument rien ne pouvait y suppléer. Et cette prise de contact était également plus difficile à cause du manque de moyens de communication. Nous nous sommes donc livré à une série de véritables explorations, chevauchant par monts et par vaux et couchant sous la tente, avec les mille aventures de la vie nomade parmi lesquelles deux baignades dans la Medjerda et l’oued Mellègue et notre présence accidentelle à Thala lors du mouvement maraboutique de Kasserine-Thala (26-27 avril 1906). C’est, en somme, notre séjour de plus de deux ans à Mactar (novembre 1898 — février 1901), ce sont les excursions accomplies soit à ce moment, soit jusqu’en juillet 1906 (excursions atteignant un total global d’environ huit mois) qui nous ont mis à même d’entreprendre notre travail. Vision et expérience personnelles, interrogation méthodique et critique des indigènes ou des Européens fixés dans le pays, voilà en définitive ce qui nous a procuré l’immense majorité des éléments mis en œuvre. Les livres nous ont moins servi que notre cheval, nos yeux, notre langue et nos oreilles.

Et maintenant, nous serions entré d’emblée dans notre sujet si nous ne nous étions heurté à ce phénomène étrange : après plus de quatre-vingts ans d’occupation française dans l’Afrique du Nord, on ne sait pas encore d’une façon précise ce que c’est que le Tell.

* * * * *

[Note 1 : Et encore un auteur a-t-il pu déclarer qu’une partie de cette province n’avait pas son compte normal. SORRE : Régime pluviométrique de la Vendée. Ann. de Géog., 1904, p. 56.]

[Note 2 : La bibliographie de DEMANGEON : La Plaine Picarde, Paris, 1905, compte 592 imprimés, dont beaucoup de tout à fait premier ordre, et ce, en dehors des multiples documents d’archives.]

=INTRODUCTION= (CHAPITRE PREMIER) LE TELL TUNISIEN — SES DIVISIONS ET SES LIMITES I LA FRIGUIA, LE TELL ET LES GRANDES DIVISIONS NATURELLES DE LA TUNISIE * * * * * 1o =Ifriqia et Friguia=

Les indigènes distinguent, en Tunisie, trois grandes régions naturelles : la Friguia (on dit aussi Friqia et Friga), le Sahel, le Sahara. La Friqia de la langue arabe parlée est l’_Ifriqia_ de la langue écrite ; la leçon Friga reproduit exactement le latin Africa. La lecture des auteurs ne tarde pas à convaincre qu’Ifriqia se prend en des acceptions diverses et cela assez souvent chez le même écrivain.

Lato sensu, l’Ifriqia « se prolonge depuis Barca, du côté de l’Orient, jusqu’à Tanger le vert du côté de l’Occident….. L’Ifriqia s’étend en largeur depuis la mer jusqu’aux sables qui marquent le commencement du pays des noirs »[3]. Cette Ifriqia d’El Bekri n’est autre que le Maghreb d’Ibn Khaldoun4 moins les oasis qui sont au delà de l’Areg.

Ifriqia s’offre à nous également avec un second sens un peu moins étendu que le précédent. Dans cette deuxième conception, elle n’est plus que la tranche orientale du Maghreb5, qui se divise, d’Ouest en Est, en Maghreb el Aqsa (Extrême-Occident), Maghreb el Oust (Occident Central) et Ifriqia. Les limites de cette Ifriqia ne sont pas très nettes. El Bekri laisse Bône en dehors6. Edrisi, au contraire, y range la lisière de la province de Constantine (Bône, Miskiana, Bagaï7), la Tunisie et la Tripolitaine jusqu’au cap Mesrata. Ibn Khaldoun y comprend non seulement l’Aurès8, Tébessa9, Bône, mais encore Bougie10, la Kalaat des Beni Hammad11. L’Ifriqia est en somme pour lui tout ce qui obéit aux Hafsides des deux branches à la fin du XIIIe siècle12, et pour désigner leurs royaumes il emploie même les termes d’Ifriqia Occidentale13 et d’Ifriqia Orientale14. Celle-ci correspond à l’Ifriqia d’Edrisi, à l’Africa Proconsulaire telle que l’organise Caligula en 87, tandis que l’Ifriqia Occidentale est à peu près la Numidie du légat15. Depuis cette époque, l’Ifriqia a perdu, à l’Ouest le Haut-Mellègue et la Haute-Medjerda, à l’Est le pays de Tripoli. Puis, peu à peu, le mot même est tombé en désuétude. Le document officiel où il apparaît pour la dernière fois, semble-t-il, est le traité franco- tunisien du 8 août 1830 : le Bey y est qualifié de « maître du royaume d’Afrique »[16], ce qui implique que dans le texte arabe il y avait Ifriqia.

Ifriqia a encore dans les auteurs un troisième sens beaucoup plus restreint et qui n’a pas été relevé jusqu’ici. Ibn Khaldoun n’entend parfois par Ifriqia qu’une petite portion déterminée du royaume hafside : « El Mostancer….. concéda quatre villages à Kab et à ses enfants. L’un de ces villages était situé aux environs de Sfax, un autre dans la province d’Ifriqia et un troisième dans le Djérid »[17]. Quelques lignes après, Ibn Khaldoun dit que Kalaat-Senane est dans la province d’Ifriqia. Ailleurs, il parle de la puissance qu’El Moezz exerçait « en Ifriqia et à Kairouan »[18]. Dans un autre passage, il écrit, au sujet du caïd Ibn el Hakim « parti de l’Ifriqia, il alla menacer les villes du Djérid »[19]. Dès le XIVe siècle, on distinguait donc dans la Tunisie actuelle : au Nord-Ouest, l’Ifriqia proprement dite ; au Sud-Est, le pays de Kairouan et les villes de la côte ; enfin, tout au Sud, les oasis. Ces divisions que nous surprenons chez Ibn Khaldoun, nous les retrouvons trois siècles plus tard chez Ibn Abi Dinar el Kairouani : « Mohammed-Pacha….. (en 1663) se retira des affaires après avoir assuré la position de ses fils et de ses petits-fils. Mourad Bey, son fils aîné, eut le commandement suprême de l’armée, Abou Abdallah Mohammed Bey, le second, eut le sendjaq de Kairouan, Sousse et Monastir….. son fils Hassen eut le sendjaq d’Afrique (Ifriqia) avec le titre de Bey »[20]. Cette acception réduite est la seule qui ait persisté jusqu’à nos jours sous les formes signalées plus haut de Friqia, Friguia ou Friga et elle n’a pas échappé à la perspicacité de quelques voyageurs.

Qu’est-ce donc au juste que la Friguia ? Il n’est pas très aisé de le déterminer avec rigueur. El Kairouani, après avoir relaté le sens étendu du mot Ifriqia, ajoute : « Pour moi, j’établis que, de notre temps, on entend par Ifriqia la contrée qui s’étend de l’Oued-Et-Tine à Béja »[21]. Les voyageurs européens qui ont mentionné la Friguia ne sont d’accord sur la surface à reconnaître à cette région, ni avec El Kairouani, ni entre eux22. Il ne pouvait, d’ailleurs, en être autrement, puisque de nos jours, sauf à l’égard du bled Béja, l’unanimité est loin d’exister à ce sujet entre les indigènes eux-mêmes.

Pour les gens du Nord, la Friguia est la partie septentrionale du Contrôle de Mactar, le Nord et l’Est de celui du Kef, l’Annexe de Téboursouk, le Contrôle de Souk-el-Arba et l’Annexe de Tabarka, le Contrôle de Béja, l’Ouest du Contrôle de Bizerte avec Mateur. Ni les environs de Tunis, ni le Cap-Bon, ni les caïdats de Zaghouan et de Medjez-el-Bab, ni la région de Thala ne sont regardés dans le Nord comme Friguia. En Algérie, à Tébessa et à Morsott, on appelle Friguia la contrée entre le Kef, Kasserine et Zaghouan. Dans le Sud tunisien, on considère aussi comme Friguia le Cap-Bon et toute la région au Nord de Kasserine et de la chaîne de Zeugitane. Quelques indigènes y placent même Kairouan.

Si l’on examine ces appréciations, en apparence contradictoires, on ne tarde pas à discerner qu’elles procèdent, au fond, d’un principe unique. Pour les gens du Nord, la Friguia est essentiellement le pays où des pluies suffisantes assurent annuellement des récoltes régulières23 ; pour les gens d’Algérie et ceux du Sud, c’est le pays où ils vont moissonner l’été, où parfois, dès le printemps, ils conduisent leurs troupeaux menacés par la sécheresse précoce ; c’est l’Eldorado qui les abrite dans les mauvaises années et les sauve de la famine eux et leurs familles. Dans l’esprit des indigènes, oublieux de l’acception ancienne, le mot de Friguia a cessé de désigner un pays historique pour représenter une grande région naturelle, la région des céréales et des herbages, mais la valeur de cette notion est relative.

Les Tripolitains ou les Ourghamma, habitués à de maigres pâturages et à des rendements très faibles de céréales, sont émerveillés quand ils se rendent vers Kairouan d’y trouver parfois des herbes plus abondantes et des orges ou des blés qui n’ont pas autant souffert que les leurs. Ils ne doutent pas d’être dans la fameuse Friguia. Mais le Kairouanais sait que dans les environs de la capitale et au delà de la chaîne de Zeugitane, le sol donne des récoltes meilleures, et c’est là ce qu’il nomme Friguia. Les Tunisois, en revanche, parlent avec admiration des moissons et des fourrages du bled Béja. La Friguia est pour eux assez loin de leur ville. En dernière analyse, beaucoup de tribus appellent Friguia la portion de Tunisie qu’elles estiment bien supérieure à leur propre domaine au point de vue agricole.

Pour les gens du Sud, la Friguia est ainsi le pays situé au Nord-Ouest d’une ligne qui passerait par Hammamet, Zaghouan, la chaîne de Zeugitane, le massif de Mactar et les djebels Tiouacha, Semama, Chambi et Dernaia. Mais les habitants du secteur ainsi défini réservent l’appellation de Friguia à un périmètre bien plus réduit. Les indigènes du Skarna-Berberou et de Mansoura disent qu’ils vont en Friguia quand ils franchissent les uns l’oued Ousafa pour aller à Mactar, les autres le Djebel-Serdj pour gagner la plaine de Siliana. Il en est de même pour les tribus de la zone frontière au Sud du massif Ouargha, pour les Fréchich ou les Majeur, quand ils se rendent au Kef, dans la plaine de Zouarine ou chez les Ouartane. Les gens de la vallée de l’oued Marouf appellent le Roba Ouled Yahia « Friguietna » (notre Friguia). De leur côté, les habitants de ces derniers pays ont conscience pour la plupart d’être en Friguia. Cette Friguia plus petite, qui est la Friguia par excellence, ne dépasse pas, à l’Ouest, au Sud et à l’Est, Sakiet-Sidi- Yousef, Hammam-Mellègue, Sidi-Abd-el-Basset, Haodh, Fedj-et-Tamer, Djebel-Rouis, Koudiat-Chaïr, Henchir-Mided, Oued-Ousafa, Djebel-Serdj et Bargou. Les habitants du couloir El-Aroussa-Bou-Arada-Fahs se déclarent immédiatement limitrophes de la vraie Friguia dans laquelle ils rangent le massif du Djouggar et le Gafour. A Testour, on confesse que la Friguia est derrière le djebel Ech-Chehid et le djebel Tounga. Pour les gens de Medjez-el-Bab et d’Utique, la Friguia ne débute qu’à l’oued Zerga et à Mateur.

[Illustration : Carte 1. — LES GRANDES DIVISIONS NATURELLES DE LA TUNISIE

Nous avons tracé d’après une carte du père MESNAGE (L’Afrique Chrétienne, Evêchés et Ruines Antiques, Paris, 1912) la frontière Sud de la Proconsulaire, alias Zeugitane, sous les Byzantins. Depuis le Serdj jusqu’à la mer, cette frontière correspond somme toute à celle du Tell en mordant légèrement sur la Steppe là où celle-ci est le moins accentuée. Du Serdj à l’Algérie, la ligne ne cadre plus avec une bordure de région naturelle. Quant à la limite de l’_Africa Proconsularis sive Zeugitana_ et de la Numidia, elle court en Algérie parallèlement et à faible distance de la frontière algéro-tunisienne actuelle. On s’explique ainsi pourquoi le nom de Friguia n’est pas employé dans la colonie voisine.]

2o =Tell, Sahel et Sahara=

Etant donné cette extension de la Friguia propre (voir carte No 1), il y a lieu maintenant de nous demander quel rapport existe entre la Friguia et le Tell. Tell est un mot appliqué depuis longtemps à la partie de la Berbérie riveraine de la Méditerranée. Il se lit déjà dans Ibn Khaldoun et il correspond à une région naturelle. Les Européens l’ont adopté sans en savoir la signification exacte. Ouvrons au hasard un dictionnaire quelconque ; nous y voyons : « Tell » : « colline ». Ce sens se rencontre couramment dans les ouvrages français relatifs à la Berbérie. On le vérifie en Egypte et en Orient avec cette réserve que le tell y est moins une bosse du relief qu’un monticule de décombres provenant de déchets de civilisations antérieures ; mais, en Tunisie, d’une part, les indigènes n’appellent jamais Tell la grande région naturelle du Nord, et, d’autre part, tell n’a pour eux le sens de colline que dans le désert. Partout ailleurs, les Tunisiens qualifient de tell, non pas une forme orographique, mais bien une nature de terrain, comme l’avaient déjà soupçonné Shaw24 et Carette25 et, comme l’a assez récemment signalé Verry, dont les indications ont été reproduites par Brunhes.

Pour désigner les divers sols agricoles, les indigènes de Tunisie emploient plusieurs termes qui considèrent soit la teinte du terrain (asoued noir, asfar jaune, hamri rougeâtre), soit sa pénétrabilité plus ou moins grande à la chaleur ou à l’humidité (ardh berda terre froide, ardh hamia terre chaude, ardh kebira terre forte), soit sa constitution proprement dite (tell sol argileux, aitsa sol sableux, ardh bein trabine[26] sol argilo-sableux ou argilo-calcaire). Entre ces divers vocables, existent des correspondances. L’_asoued_ et l’_asfar_ sont des ardh berda ou ardh kebira et représentent des variétés de terrain tell. Le hamri est généralement du bein trabine. La aitsa est une ardh hamia.

Le « tell » est donc, disons-nous, un terrain argileux noir ou jaune, avec les différentes gradations entre ces deux couleurs (jaune foncé, brun, gris noir). L’origine du tell est variable. La plupart du temps ce genre de sol est en relation avec des marnes et s’y superpose, de sorte qu’il semble bien que ce soient ces marnes elles-mêmes qui, travaillées, aérées et pénétrées par la pluie, donnent du tell dans leur couche superficielle. Les marnes noires ou grises sénono-suessonniennes sont surmontées d’une couche de tell noir ou gris (région de Téboursouk, par exemple) ; les marnes jaunes de l’éocène moyen se changent en un tell de même nuance qu’elles (plateau de Mactar, Massouge, etc.). On trouve encore du tell jaune dans l’éocène supérieur du Tellet-El-Graoua, sur la rive droite de l’oued Ousafa (massif de Mactar) et dans le miocène, à la Tella de la Mohammédia, aux environs de Tunis.

Les tells quaternaires s’inscrivent au contraire parmi les terres de transport. Ce sont, en faible proportion, des dépôts éoliens et en grande majorité des produits de ruissellement. Ce tell alluvial se rencontre en abondance dans les plaines du Nord de la Tunisie (plaine de la moyenne Medjerda, plaine du Kef, etc.). Il a en général une couleur jaune marron. Cependant, dans certains bas-fonds assez humides où poussent de nombreuses herbes et où s’accumulent des détritus végétaux, on a du tell noir qui n’est autre chose que de l’humus. C’est ce qu’on vérifie dans les garaats et les merjas. Une des plus vastes étendues de sol asoued en plaine est visible dans la plaine du Krib dite aussi Garaat du Krib et où d’ailleurs ce tell noir a été surtout amené par les oueds descendus du massif sénono-suessonnien de Téboursouk.

Il n’est pas à exclure que la décomposition de roches plus ou moins calcaires ait pu créer du tell en divers endroits, par entraînement des carbonates de chaux dans un sous-sol perméable et maintient sur place du quartz, des phosphates et des argiles résultant de la dissolution des feldspaths27, le tout agrémenté de débris de feuilles ou tiges herbeuses. Mais ce processus auquel on attribue habituellement la formation des tirs du Maroc Occidental28, tirs qui ne sont en somme autre chose que du tell29, ne paraît avoir joué que subsidiairement en Tunisie.

Quoi qu’il en soit de l’origine matérielle du terrain tell, celui-ci est dans une dépendance étroite du climat et notamment de la pluviosité. Toutes les terres argileuses noires ou jaunes de Tunisie ne sont pas, en effet, du tell. Dans la région de Kairouan, par exemple, ni les sols argileux demi-forts de Cherahil, ni ceux beaucoup plus forts d’Abida ne sont qualifiés de tell, non plus que les argiles salées à végétation halophile qui constituent les hériats. Le titre de tell est attribué par les indigènes aux terres argileuses abondantes en herbages et où les récoltes ne manquent pas, aux terres notamment où l’orge et surtout le blé résistent au sirocco grâce à la fraîcheur maintenue dans le sol. Mais pour les imbiber, il faut qu’il pleuve copieusement, et seul est appelé tell le sol argileux qui boit suffisamment d’eau pour en rester imprégné toute l’année. Le tell résulte ainsi de la combinaison d’un élément pétrographique avec un élément climatique. C’est, en définitive, tout sol argileux recevant chaque année une dose de pluie assez considérable pour en être pénétré au point d’accumuler en lui des réserves aqueuses assurant constamment le complet développement normal des plantes annuelles, céréales ou herbages. Devant cette notion essentielle, la question de l’origine géologique reste d’un intérêt moindre. Et de même est relativement secondaire la position topographique proprement dite.

Pour nous borner aux endroits où le mot tell a les honneurs de la nomenclature géographique, c’est-à-dire à ceux où des morceaux de tell se présentent isolés au milieu d’autres terrains, que constatons-nous à cet égard ? Disons tout d’abord qu’une parcelle de tell s’appelle tella تلة (au pluriel tloul تلول) ; un petit tell est un tlil تليل. Dans les forêts de pin d’Alep, le sol est sénonien, et les seules portions cultivables sont formées par l’alluvionnement des oueds. De ce nombre sont, dans la forêt entre les Ouled Yahia et le Gafour, Tlil bou Oka, Tlil Es Sahlaï ; dans la forêt au Nord de la plaine de Zaghouan, Tlil-El-Mokrania ; dans la forêt des Mellita, Tellet-El-Mellita. Tous ces tells sont des cuvettes ou des vallées. Au pied du djebel Serdj, Henchir-Et-Tella est une clairière quaternaire dans la haute brousse en- dessous du village de Zeriba et de niveau avec elle. Ailleurs, Tellet- El-Graoua et la Tella entre la Mohammédia et l’oued Miliane sont des collines. Enfin, il existe des tellas en haut du djebel Sidi-Abdallah- Ech-Chehid et des djebels Mrhila, Selloum et Chambi. Sur cette dernière montagne, Henchir-Et-Tella est à 1.352m le morceau de terrain tell sans doute le plus élevé de toute la Tunisie. Il y a donc du tell à toute altitude, en montagne, en colline, en plaine ou en vallée. Les tells qui sont colline ou plateau sont crétacés ou tertiaires ; les tells de plaine ou de vallée sont quaternaires presque toujours. On ne relève ainsi aucune règle en ce qui concerne la situation orographique. Il est néanmoins évident que la position en montagne, toutes choses étant égales par ailleurs, vaut à un terrain une augmentation de précipitations pluviales par rapport à la plaine.

Quand les tells de montagne couvrent d’assez vastes espaces, ils portent le nom spécial de sra سرا (au pluriel sraouate : سراوات). Ici encore nous sommes obligés de constater une divergence entre l’usage et les dictionnaires arabes. Pour ceux-ci, sra signifie « montagne, cîme ou crête ». Pour nos indigènes, les sraouate sont les hautes terres de culture où la neige séjourne longtemps en hiver, où la pluie abondante imprègne intimement le sol argileux, où les pâturages sont vigoureux et presque permanents, où les récoltes sont plus assurées que partout ailleurs. Le sra, dont les terres froides étalées sur des plateaux ou dans des vallonnements sont le tell par excellence, s’oppose ainsi doublement au djebel qui est plutôt la montagne rocheuse ou encombrée de brousse ou de forêt, c’est-à-dire la montagne ne présentant pas d’intérêt agricole. Parmi les sraouate les plus notables, citons ceux des environs de Téboursouk, le Massouge, le Sra-Ouartane, etc. Dans la province de Constantine, sra est employé par les indigènes dans le même sens qu’en Tunisie. Entre cette ville et Sétif, le territoire des Ouled Abd-en-Nour comporte une division caractéristique en deux parties bien différentes : les sraouate et les plaines à sebkhas[30].

Si, maintenant, nous examinons quelles sont les régions de la Tunisie où sont visibles du tell et des sraouate, nous constatons que ceux-ci, très fréquents dans la Friguia propre, sont encore répandus dans la grande Friguia, c’est-à-dire au Nord et à l’Ouest des chaînes de Byzacène et de Zeugitane et d’une courbe Djouggar-Bir-bou-Regba-Hammamet. Au contraire, au Sud et à l’Est de ces mêmes lignes, il n’y a plus du tout de sraouate et les tellas se font rares pour cesser complètement à brève distance.

Nous voilà donc en mesure à présent de définir le Tell. Celui-ci n’est, en somme, autre chose que la région où, par suite de la nature du sol et de la dose des précipitations, il y a majorité ou abondance de terrain tell[31]. Et si l’on cherche à voir quelle peut être l’extension du Tell, on s’aperçoit bien vite qu’il est identique à la Friguia. En Tunisie, Friguia est le nom habituel du Tell.

Il n’y a donc pas à s’étonner de l’indécision des bornes de la Friguia. Nous verrons, en effet, sous peu, comment le Tell, résultante de deux éléments, l’un stable, le sol, l’autre variable, la pluie, augmente ou se rétrécit selon que cette dernière tombe en quantité suffisante ou restreinte, et l’on comprend aisément au surplus qu’il puisse exister dans la qualification de tell à appliquer à un terrain ou à un canton, des différences d’appréciation, selon que celui qui se prononce est accoutumé à vivre dans un pays de sraouate ou dans une région presque désertique. Il y a là une double cause de variation, selon les années et selon les personnes32.

Nous avons ainsi en Tunisie : 1o une zone appelée Friguia par les gens du Sud et qui couvre tout le Nord et l’Ouest de la Régence ; 2o au sein de cette zone, une région à laquelle les indigènes du Nord attribuent plus spécialement le nom de Friguia. Sur les deux flancs de cette petite Friguia, à l’Est les caïdats de Medjez-el-Bab et de Zaghouan, à l’Ouest et au Sud la région du moyen Mellègue, les pays des Ouled Bou Rhanem, des Zerhalma, des Fouad et des Chaquetma, le Nord du pays Fréchich forment des territoires de transition qui ne portent pas de nom d’ensemble. Au contraire, la zone voisine de la mer depuis Bizerte jusqu’à Hammamet, le Cap-Bon inclus, est pour ses habitants un Sahel. C’est, qu’en effet, en dehors de la Friguia, les indigènes ne connaissent que deux grandes régions naturelles : le Sahel et le Sahara.

Sahel signifie en arabe « rive »[33]. Ce terme s’applique indifféremment aux bords d’un oued, d’un lac ou de la mer. Il est souvent employé en Berbérie dans le sens de l’italien riviera et il désigne alors certaines parties de la région littorale. En Tunisie, c’est à la côte basse de l’Est qu’est exclusivement réservé le nom de Sahel34. Dans sa partie septentrionale, ce Sahel offre quelques altitudes importantes qui pourraient rappeler les Sahels d’Alger et d’Oran : 418m au djebel Kechabta, 637m dans le Cap-Bon. Mais le Sahel méridional est bien moins élevé et n’atteint que 191 mètres en son point culminant un peu au Sud de Djemmal. Cette frange extrême de la Berbérie est relativement sèche, non seulement par rapport à la partie de Friguia dont elle est limitrophe, mais encore en comparaison de certaines régions montagneuses du centre de la Tunisie. Privé de sources et de rivières propres, le Sahel est assez chaud malgré la proximité de la Méditerranée, et son exposition aux coups de sirocco le rend peu propice aux céréales. Ces conditions de climat peu favorables sont compensées par l’avantage de la position au débouché des divers cantons de l’intérieur, tandis que la faiblesse du relief rend les communications aisées. Des villes (Bizerte, Tunis, Sousse, Sfax, Gabès) se sont fondées sur la côte, au point de contact des arrivages de l’arrière pays et de ceux d’outre-mer, et elles ont pu se procurer l’eau qui leur était nécessaire en ayant recours aux provisions liquides de districts continentaux plus ou moins éloignés. Autour de ces centres, la terre a été mise en valeur au moyen des cultures les plus naturelles sous un pareil climat, je veux dire les cultures fruitières. De même que la Friguia est le domaine des céréales, le Sahel est la patrie d’élection de l’olivier. Ce nom et cet arbre s’identifient parfois au point de faire presque perdre de vue la portée étymologique du mot Sahel35. De Bizerte à la Tripolitaine, la zone littorale de l’Est renferme l’immense majorité des vergers et des oliviers de Tunisie. La pêche y est prospère et l’huile, en fournissant du fret aux navires, a fait fleurir de tout temps le commerce maritime. Grâce à ces ressources multiples, la bande sahélienne qui n’a pas plus de 10 à 40 kilomètres de profondeur au maximum, abrite les trois cinquièmes des habitants de la Régence, ce qui n’est d’ailleurs pas, parmi les pays méditerranéens, un phénomène unique, témoin la Sardaigne, la Sicile et bien d’autres.

Sahara est un mot qui se rapporte au nom de couleur ashar اصحر qui veut dire « fauve ». Le Sahara est donc par excellence le pays où les tons varient du jaune au rouge avec parfois introduction de blanc, le pays d’où les couleurs sombres, le vert et le noir, sont bannies, le pays en somme où la terre flambe nue sous les rayons du soleil et où il n’y a pas de végétation. Ce vocable ne signifie donc pas une plaine comme on l’a prétendu souvent. L’altitude est toutefois de nature à faciliter la poussée d’essences herbacées ou forestières et une plaine sera, a priori, plus « Sahara » qu’une montagne. Pour les tribus de la Friguia, le pays fauve n’est pas seulement celui qui s’étend au delà des Chotts. Sans contestation aucune, elles rangent Kairouan ou Fériana dans le Sahara, au même titre que Gafsa ou Ghadamès. Précisons : les Ouled Aoun estiment que le Sahara commence au delà du djebel Serdj, les gens de Thala y classent Sbeitla et Kasserine, ceux de Bou-Chebka y inscrivent le pays immédiatement au Sud de la chaîne de Byzacène. A l’exception des régions de transition que nous avons énumérées, le Sahara est, en définitive, pour les indigènes du Nord, tout ce qui n’est pas Sahel ou Friguia36. De même, en Algérie où le Sahel rentre dans le Tell, les indigènes nomment Sahara tout ce qui n’est pas Tell37.

3o =Les grandes divisions rationnelles=

Friguia, Sahel, Sahara, voilà les principaux compartiments reconnus par les Tunisiens. Il n’est pas possible de les adopter sous cette forme, car ils ont des contours un peu vagues, manquent parfois de nuances et ne tiennent pas compte de certains faits, notamment des modifications introduites ou à introduire par la colonisation. Mais ils posent d’une façon très nette les fondements d’une répartition raisonnée de la Tunisie en grandes régions naturelles. A quelles divisions générales il convient de s’arrêter dans une étude méthodique, c’est ce que nous allons maintenant examiner brièvement.

En Algérie, les géographes sont d’accord pour admettre, à partir de la Méditerranée, l’existence de zones successives correspondant à des doses décroissantes de précipitations atmosphériques. La zone septentrionale, dite le Tell, est celle qui reçoit, bon an, mal an, plus de 400mm d’eau ; la zone méridionale, que d’aucuns persistent à qualifier abusivement de Hauts-Plateaux, est une Steppe où il ne tombe que 200 à 400mm38. Enfin, au midi de l’Algérie, une troisième zone enregistre moins de 200mm : c’est le désert. En ce qui concerne la Tunisie, l’intéressant essai de Ginestous39, établi comme épilogue à ses études sur le climat, a dégagé un des principaux éléments du problème.

En combinant ces résultats avec la façon de voir des indigènes et avec nos propres constatations, nous arrivons à cette conclusion qu’il y a lieu d’adopter en Tunisie une division initiale cadrant avec celle usitée pour la colonie voisine. Nous avons, en effet, également ici, du Nord au Sud, trois grandes régions naturelles qui sont dans l’étroite dépendance de la quantité de pluie annuelle. Comme en Algérie, la région fertile du Nord sera pour nous le Tell. Familier aux Français, ce terme est connu des indigènes encore que ceux-ci ne s’en servent pas d’ordinaire. Maintenant que nous en avons expliqué le vrai sens, il n’y a que des avantages à l’employer de préférence à celui de Friguia presque ignoré des Européens et qu’il échet de réserver pour la Friguia proprement dite. De plus, nous pourrons ranger sous la dénomination de Tell des cantons (caïdats de Zaghouan et de Medjez-el-Bab, régions du moyen Mellègue, de Thala, etc.), que les indigènes du Nord laissent en dehors de la Friguia et où il y a cependant encore pas mal de terrain tell. De son côté, le Sahel varie assez de Bizerte à Gabès pour que nous soyons conduits à joindre au Tell le Sahel septentrional et à réunir le Sahel méridional avec la région naturelle qui se développe immédiatement au Sud du Tell.

Exception faite de la lisière sahélienne, cette seconde zone apparaît aux gens de la Friguia comme plus comparable aux solitudes désertiques qu’aux terres nourricières du Nord. Pour eux, c’est déjà du Sahara. Pour les Européens, au contraire, le Sahara ne commence que passé les Chotts. En deçà, le pays leur semble susceptible d’une certaine mise en valeur ; ils se refusent à l’assimiler aux immensités mornes, sans avenir agricole, qui s’étendent au delà de ces dépressions boueuses, et ils inclinent plutôt à le rapprocher de certains districts telliens. Hérodote obéissait jadis à la même tendance quand il différenciait d’une façon un peu absolue les contrées situées sur les rives opposées du Triton en fixant à ce bas-fond la limite entre les Libyens nomades et les Libyens cultivateurs40.

Appréciations contradictoires qui s’expliquent par le caractère mixte de la deuxième bande du territoire tunisien. Le ruban qui s’intercale, presque partout en Berbérie, entre le Tell et le désert est, en effet, une contrée de transition qu’au Moyen-Age Ibn Khaldoun a su parfaitement faire ressortir dans sa description du pays des Berbères41 : « L’espace qui sépare le pays à dattiers des montagnes qui entourent le Tell se compose, dit-il, de plaines dont le climat, les eaux et la végétation rappellent tantôt l’aspect du Tell et tantôt celui du désert. Cette région renferme la ville de Cairouan, le mont Auras42 qui la coupe par le milieu et le pays du Hodna… La même lisière de pays embrasse aussi le Seressou, contrée située au Sud-Est de Tlemcen… Le Debdou, montagne qui s’élève au Sud-Est de Fez, domine les plaines de cette région. »

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