La Séduction du gentleman (French Edition)

Lauren Smith · Chapitre 1 sur 19

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La Séduction du gentleman (French Edition)

Prologue

P R O L O G U E

 

L ondres, 5 décembre 1814 — Je vous en supplie, ne faites pas cela ! La supplique rauque résonna dans le silence de la pièce.

Du haut de ses dix-sept ans, Martin Banks, tapi dans l’ombre, regardait son père implorer la clémence d’Edwin Hartwell dans l’entrée de leur petite maison de ville sur Gracechurch Street. La grande taille d’Edwin, ses larges épaules et son visage froid semaient la peur dans le jeune cœur de Martin. Sa sœur jumelle, Helen, s’accrochait à son bras tandis qu’ils observaient la scène, cachés derrière un rideau.

— Je le peux et je vais le faire.

Edwin fixait William Banks avec sévérité.

— Vous me devez dix mille livres, et je viens réclamer cette dette. Si vous ne pouvez pas me rembourser, vous devrez partir dans la semaine.

— Partir ?

Leur mère, une charmante femme à la constitution délicate, s’appuya lourdement sur la rampe pour se soutenir. Elle aurait dû se reposer à l’étage, et non affronter cette brute à côté de son mari. Martin aurait voulu aller vers elle, mais il était figé par une peur enfantine. Si son père avait peur d’Edwin, alors Martin savait qu’il n’avait aucune chance contre lui.

— Oui, madame.

La réponse d’Edwin aurait été assez froide pour glacer la Tamise.

— Je vous en prie, ne faites pas cela ! Et les enfants ?

Elle tendit une main suppliante à Edwin, mais il ignora son geste et recula.

— Si vous vous étiez un tant soit peu souciés de vos enfants, vous n’auriez pas fait un investissement aussi risqué. Je vous ai prêté de l’argent, et j’exige mon dû.

La gorge de Martin se noua et il serra les poings si fort que ses ongles s’enfoncèrent dans ses paumes assez profondément pour faire couler le sang.

— Je vais trouver l’argent, dit William, s’empressant de rassurer Edwin.

— Vous pouvez essayer, mais aucune banque ne prolongera votre crédit.

— Elles pourraient bien accepter, insista son père. Je ne suis pas complètement tombé en disgrâce auprès d’elles.

— Nous verrons bien. Dans le cas contraire, vous serez chassés sous sept jours.

Edwin remit son chapeau et le majordome lui ouvrit la porte. Alors que l’homme s’enfonçait dans la nuit, Martin fixa son dos, gravant à jamais cette image dans sa mémoire.

Edwin Hartwell, l’homme qui avait ruiné leur famille.

— William, qu’allons-nous faire ? Si les banques ne nous aident pas… commença sa mère.

— J’ai toujours des amis chez Drummonds. Je vais y aller à la première heure demain.

— S’il vous plaît, je suis si inquiète. C’est bientôt Noël. Et si nous n’avons pas les moyens d’aller vivre ailleurs ?

Sa mère serra son père dans ses bras, et le cœur de Martin se gonfla d’espoir. Son père pourrait sûrement faire quelque chose. Il le devait ; ils avaient besoin d’un toit pour vivre.

— Tout ira bien, Mary. Vous verrez. Il y a forcément des chambres libres quelque part, même si nous devons déménager dans un quartier moins respectable de la ville.

Son père la lâcha et elle essuya une larme, les mains tremblantes.

— Montez à l’étage et reposez-vous. Vous avez eu trop de soucis aujourd’hui.

Les yeux de William étaient assombris par l’inquiétude. Martin n’était pas tranquille, lui non plus. Ces derniers jours, sa mère s’était considérablement affaiblie.

Elle commença à se diriger vers les escaliers, mais s’affaissa soudain. Son corps s’effondra par terre.

— Mary ! cria son père en se précipitant à ses côtés, la prenant dans ses bras.

— Mère !

Martin fuit les ombres et les rejoignit, Helen sur les talons.

Sa mère gisait comme un ange déchu dans l’étreinte de son père, ses cils battant comme les ailes frénétiques d’un papillon essayant de rester en l’air au milieu d’une tempête. Son visage cendré, ses lèvres pâles et ses yeux troubles avertissaient Martin d’une vérité qu’il n’avait jamais voulu voir, à savoir que les parents n’étaient pas immortels.

— Allez chercher le médecin ! s’écria William.

Martin prit son manteau à un valet de pied inquiet et courut dans la rue, hélant un fiacre. Le médecin qu’ils connaissaient ne vivait qu’à quelques rues de là, mais Martin craignait que même cette courte distance ne soit trop importante. Il avait vu le visage de sa mère, pâle et ses membres relâchés. Il avait vu la mort.

Edwin Hartwell avait volé plus que le foyer de Martin – il avait pris la vie de sa mère, et un jour, il le paierait.

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