La Séduction du gentleman (French Edition)

Lauren Smith · Chapitre 8 sur 19

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La Séduction du gentleman (French Edition)

Chapitre 7

7

 

 

M artin prit la main de Livvy alors qu’ils quittaient la salle à manger. Le simple fait de la toucher, même innocemment, l’excitait. Il était aussi nerveux qu’un jeune garçon. Il avait vu la chaleur et le désir dans ses yeux, et cela l’avait enhardi. Pourtant, il lui avait donné sa parole. Et en réalité, il était de plus en plus réticent à suggérer une telle intimité vu les raisons de sa présence chez lui. Grand Dieu, à quoi avait-il pensé en forçant une femme à vivre sous son toit pour régler une dette ? Et pourtant, elle l’intriguait irrémédiablement. Si seulement ils s’étaient rencontrés dans des circonstances plus favorables.

Mais si elle le souhaitait, il lui offrirait tout un monde de plaisir. Il adorerait son corps pendant des heures jusqu’à ce qu’elle tombe dans un profond sommeil, exténuée. Cette pensée était si grisante qu’il avait du mal à contrôler son excitation.

L’horloge comtoise dans le hall sonna l’heure tardive, les doux tintements métalliques brisant le silence alors qu’ils montaient les escaliers donnant sur sa chambre.

Il ne pouvait s’empêcher de l’attirer contre lui en chemin. Le frôlement de ses jupes contre ses jambes était d’une douceur si distrayante. L’inclinaison de sa tête et l’interrogation momentanée dans ses yeux étaient comme les flammes tranquilles d’un feu aux premières heures du matin.

Il s’arrêta à la porte de ses appartements et se tourna vers elle, lui offrant son sourire le plus rassurant. Il leva sa main vers ses lèvres, effleurant le dos de ses doigts en croisant son regard. Elle acquiesça discrètement, puis il tourna la poignée et poussa la porte.

Le valet de pied avait allumé les lampes, et le feu dans sa chambre était confortable et attrayant. Comme celle de Livvy, la pièce était décorée dans un style égyptien avec des sphinx, des feuilles de lotus et des boiseries couleur d’or. Il s’était souvent demandé s’il n’était pas allé trop loin au niveau de la décoration, mais il appréciait l’aspect exotique des deux chambres à coucher.

Il n’était allé en Égypte qu’une seule fois, pour une courte période, mais son séjour avait laissé chez lui une envie persistante de nuits chaudes et étouffantes, de rideaux vaporeux aux couleurs vives et du murmure des joncs au bord du Nil. Il avait fait de son mieux pour ramener ces sensations chez lui. Son lit était grand, le cadre solide et la literie onéreuse, les tons rouge foncé offrant un côté plus masculin que les bleus doux de l’autre pièce.

— On dirait ma chambre, s’exclama-t-elle en lui souriant.

— Elle vous plaît ? J’ai un peu hésité pour la décoration, mais je trouve que c’est plutôt réussi.

— C’est magnifique ! J’adore le style égyptien.

Elle tendit la main vers la soie rouge qui entourait son lit avant de se tourner vers lui. Elle s’adossa au montant et releva la tête, croisant son regard. Seule une trentaine de centimètres les séparaient, et il vit l’éventail de ses cils foncés lorsqu’elle leva les yeux vers lui. Son corps était tendu par l’excitation, mais il ne voulait pas précipiter ce moment.

— Je suis déjà allé en Égypte, se rengorgea-t-il, puis il se sentit idiot de s’être vanté.

Mais ses yeux s’agrandirent.

— Vraiment ?

— Oui, c’était tout bonnement incroyable.

Il avait du mal à mettre des mots sur ce qu’il avait ressenti, mais il pouvait toujours essayer.

— Le climat y est chaud et sec, et il flotte dans l’air le parfum d’une fleur douce qui me rappelle le chèvrefeuille. Je pense que c’était les fleurs de lotus. J’ai adoré les couleurs et les plats épicés. En rentrant, j’ai trouvé la maison si fade.

Il s’approcha pour passer ses doigts sur sa joue, et elle pencha la tête pour approfondir le contact.

— Avez-vous visité les temples ? Ou les pyramides ?

Il hocha la tête avec enthousiasme.

— Karnak est sans doute mon préféré, mais les pyramides étaient impressionnantes. C’était un peu comme se tenir devant les portes des dieux égyptiens. Ces structures sont si immenses qu’il est difficile d’imaginer comment de simples mortels ont pu les construire.

— J’aimerais pouvoir voir le monde comme vous.

Elle poussa un petit soupir et cela lui fit mal au cœur. Il savait ce qu’elle ressentait : piégée, appauvrie, destinée à ne jamais quitter Londres. C’était le destin de la plupart des gens : ne jamais s’éloigner ni partir à l’aventure.

— Je vous promets que je vous emmènerai loin. Inde, Égypte… Nous irons où vous voulez.

Elle le regarda avec incrédulité. Il se pencha légèrement vers elle, lui prenant le visage, son regard partagé entre ses lèvres et ses yeux.

— Vous ne devriez pas faire des promesses que vous n’avez pas l’intention de tenir, murmura-t-elle d’une voix triste.

Cela fit naître une vive douleur dans sa poitrine.

— Si je fais une promesse qui vaut la peine d’être tenue, c’est bien celle-là. Je vous emmènerai là où vous voulez aller.

Cette promesse venait du plus profond de son cœur. Il lui offrirait la chance d’échapper à la dure vie de Londres, ne serait-ce qu’un petit moment. Elle parut le croire et posa une main sur son épaule.

— Vous me donnez envie de croire en une vie pleine de beauté et de passion.

Il baissa les paupières et se concentra sur ses lèvres.

— Vous me faites ressentir la même chose.

Ces fichus papillons recommencèrent à s’agiter dans sa poitrine, et ils échangèrent un petit sourire rempli d’excitation nerveuse. Il ne put s’empêcher de laisser échapper :

— Je vous veux.

Puis il ravala sa stupide excitation. Pourquoi lui donnait-elle l’impression d’être de nouveau un jeune homme ? Il n’avait plus dix-huit ans.

— Je pense peut-être… que je vous veux aussi.

Elle leva la main, touchant son gilet. Ses doigts glissèrent sur la soie bleue, et il essaya d’ignorer la faim intérieure qui lui criait de l’attraper et de l’embrasser.

— Vous pensez ? Vous n’en êtes pas sûre ?

Il aperçut ses dents blanches alors qu’elle se mordait la lèvre inférieure.

— Je n’ai jamais fait cela avant. Je ne suis pas tout à fait sûre de savoir ce que c’est que de vouloir quelqu’un.

Sa confession innocente le fit gémir doucement. Il couvrit la main qui reposait sur son torse, en caressant le dos jusqu’à son délicat poignet.

— Qu’est-ce que cela vous fait quand je vous touche ? demanda-t-il en caressant sa peau.

— Cela me fait frissonner.

— En bien ou en mal ?

Martin observa ses yeux tandis qu’il faisait glisser ses doigts le long de son bras jusqu’à son coude. Elle battit des cils.

— En bien, répondit-elle.

— Et ceci ?

Il se pencha vers elle et détourna son visage pour pouvoir presser ses lèvres sur le point sensible situé juste derrière son oreille droite. Elle s’agrippa à ses épaules, haletant soudain lorsqu’il fit glisser le bout de sa langue sur sa peau. S’il y avait une chose qu’il savait, hormis comment bâtir une fortune, c’était comment embrasser une femme pour que son corps s’embrase.

— C’est aussi bon, haleta-t-elle.

Elle ne le repoussa pas, et quand il fit mine de reculer, elle s’accrocha à lui plus fort.

— Livvy, quoi qu’il arrive entre nous… je ne veux pas que vous vous sentiez obligée de le faire. Vous comprenez ?

Martin ne savait pas pourquoi il voulait soudain jouer les héros. Ils savaient tous deux qu’il la possédait en raison de la dette de son père, mais elle était encore libre de lui dire non… ou de préférence oui.

Ses yeux étaient embrumés par la confusion.

— Mais vous m’avez amenée ici pour…

— Je sais que je l’ai fait, mais je ne suis pas un monstre. Je vous ai amenée ici à cause de votre père et de la douleur qu’il m’a causée. Vous n’êtes pas lui, et je ne veux pas vous faire de mal. Bien que j’insiste pour avoir votre compagnie, je n’exigerai rien de votre corps, ni maintenant ni jamais. Mais… si vous avez envie de moi, si vous voulez partager mon lit, il vous suffit de me le dire.

Leurs corps se pressaient l’un contre l’autre, la chaleur augmentant tandis qu’elle réfléchissait à ses mots et à ses propres sentiments. Il pouvait voir son désir d’être avec lui lutter contre son besoin de prouver qu’elle avait du pouvoir. Elle leva les yeux vers les siens, et il y vit un regard audacieux qui lui donna de l’espoir.

— Je souhaite être ici… avec vous.

Elle vira au rouge vif et il se sentit presque étourdi par la joie que lui procurèrent ces mots.

Elle reprit la parole, mais un valet de pied frappa et entra avec un plateau de glaces au citron. Martin le lui prit des mains et remercia le domestique avant de refermer la porte.

— S’il vous plaît, j’insiste.

Il lui tendit un petit bol et une délicate cuillère à dessert. Elle les accepta et s’adossa à nouveau au montant du lit, goûtant la glace.

— Vous pouvez vous asseoir sur le lit. Cela ne m’incitera pas à vous ravir, la taquina-t-il.

Mais cela fit naître en lui des idées terriblement coquines. Il savait comment procéder si jamais elle lui en donnait l’occasion.

Livvy se percha sur le bord du lit, et il la rejoignit. Ils mangèrent en silence, et quand elle eut fini, il prit son bol et le posa sur la table de nuit à côté du lit.

— J’aimerais vous remercier pour aujourd’hui, dit Livvy. Pour les vêtements, les bijoux, le cheval.

Elle touchait les perles en parlant.

— Vous n’avez pas besoin de me remercier, lui assura-t-il. Je ne faisais que respecter les termes de notre accord.

Il n’aimait pas penser qu’il achetait son affection. Cela ne l’avait jamais dérangé auparavant, mais ses précédentes maîtresses étaient venues à lui de leur plein gré. Avec Livvy, c’était différent.

— Je crains que notre histoire n’ait pas commencé du bon pied, admit-il.

— Certains le confirmeraient irrémédiablement, répondit-elle, mais son ton était coloré d’un léger amusement. Je devrais vous détester, mais je trouve que vous n’êtes pas si terrible que cela en définitive.

Elle parlait plus clairement à présent, moins effrayée par lui et leur situation qu’auparavant.

— Pas si terrible ? répéta-t-il, son orgueil quelque peu meurtri.

Elle croisa son regard. La bravoure se voyait dans ses yeux.

— J’ai besoin de plus de temps.

— Plus de temps ?

Alors tout n’était pas perdu. Elle ne lui avait pas demandé de la laisser tranquille. Livvy commençait à lui faire confiance. Elle comprenait qu’il ne lui ferait pas de mal et ne lui ôterait pas tout libre arbitre.

— Oui. Mais…

Son visage rougit.

— Vous pouvez m’embrasser pour me souhaiter bonne nuit.

Ses lèvres se recourbèrent en un sourire hésitant. Il pouvait voir son courage.

— Un baiser, alors, dit-il et il se pencha pour prendre son visage entre ses mains.

Ses yeux brillaient à la lueur des bougies et il sentit son corps tout entier se concentrer sur ses lèvres. Il lutta pour contrôler les courants vertigineux qui le traversaient.

Un baiser… Je dois faire en sorte qu’elle s’en souvienne.

Leurs lèvres se rencontrèrent dans une chaleur veloutée, faisant chanter le désir dans ses veines. Il explora sa bouche, prenant son temps, traçant le contour de ses lèvres avec sa langue. C’était comme s’ils partageaient des chuchotements intimes alors qu’ils respiraient à l’unisson. Comment embrasser Livvy pouvait-il lui procurer une telle extase ? Comment pouvait-il s’enivrer de son goût ? Plus il l’embrassait, plus son âme fatiguée semblait revenir à la vie.

Livvy frémit quand il se fit plus aventureux. Il voulait qu’elle sente son appétit, son désir palpiter entre eux. Il voulait rompre sa promesse d’un unique baiser et lui montrer que sa faim était égale à la sienne. Ses sens vacillèrent quand leurs bouches se séparèrent. Elle le serra à nouveau dans ses bras. Son envie de plus brillait dans ses yeux.

— Voilà votre baiser de bonne nuit. Bien exécuté, je l’espère.

Il lui caressa la joue avant qu’elle ne se glisse hors du lit et ne s’éloigne.

— En effet. À demain.

Elle recula jusqu’à la porte et s’engagea dans le couloir, mais son cœur battait encore la chamade longtemps après son départ. Tout son corps était crispé, et il savait qu’il lui serait difficile de se détendre après être passé à deux doigts de mettre Livvy dans son lit.

Il s’installa sur son lit et poussa un soupir de frustration. Jamais dans sa vie une femme n’avait eu une telle emprise sur lui.

J’ai peut-être commis une grave erreur en l’emmenant ici.

LIVVY PRESSA ses doigts sur ses lèvres, souriant au souvenir de ce baiser. Lui avait-elle vraiment demandé de l’embrasser pour lui dire bonne nuit ?

 

Je l’ai fait.

Et cela avait été merveilleux. Plus que cela même. Pourtant, il avait tenu sa promesse et n’était pas allé plus loin. Elle n’aurait pas dû lui demander de se limiter à un seul baiser. Pourtant, une petite part rationnelle d’elle était heureuse d’avoir réussi à gagner du temps pour calmer le jeu. Si elle agissait bêtement et fonçait tête baissée avec Mr Banks, cela risquait de lui briser le cœur.

Elle entra dans sa chambre et fut soulagée de voir Mellie étalant une fine chemise de nuit en dentelle sur le lit.

— Comment s’est passé le dîner ? demanda la femme de chambre.

— C’était charmant. Bien plus que je ne le pensais, admit Livvy.

— J’espère que le maître s’est bien comporté ?

— Assez bien, je dirais, gloussa-t-elle.

Il l’avait presque convaincue de mettre sa raison de côté et de passer la nuit dans son lit. Elle savait que cela arriverait à un moment ou à un autre, mais elle voulait montrer sa force, et surtout voir s’il tenait sa promesse de la laisser choisir la vitesse de leur relation.

Mellie tourna un doigt en l’air.

— Laissez-moi déboutonner votre robe.

Elle offrit son dos à la domestique et Mellie commença à s’affairer.

— Tant que vous appréciez votre séjour ici, c’est tout ce qui compte.

Livvy se mordit la lèvre en réfléchissant. Elle l’appréciait. Certes, Martin et elle n’avaient pas connu les meilleurs débuts, et certes, elle était là pour rembourser la dette de son père… mais elle se sentait moins contrainte que prévu. Elle avait moins l’impression d’être une prisonnière et plus une invitée. Peut-être sa situation ne serait-elle pas si terrible que cela en définitive ? La robe tomba à ses pieds, et elle attendit que Mellie défasse son corset.

— Il a dit qu’il m’emmènerait faire du cheval demain, ajouta-t-elle, puis elle se détendit en sentant les lacets se relâcher.

— Ce sera merveilleux. Il adore monter à cheval, même en hiver. Il a l’habitude d’y aller seul, remarquez. Ce sera un plaisir pour lui d’avoir une jolie dame pour l’escorter.

— Il ne montait pas avec… ses autres maîtresses ?

— Oh non ! gloussa Mellie. Il les emmenait seulement en voiture. L’équitation est une activité à laquelle il s’adonne généralement seul.

Information intéressante. Elle aimait l’idée de se distinguer des autres femmes avant elle, et ne voulait surtout pas être traitée de la même façon.

Une fois en chemise de nuit, elle enleva les boucles d’oreilles et le collier de perles et les plaça soigneusement entre les mains de la femme de chambre.

Mellie soupira.

— De si beaux bijoux.

— N’est-ce pas ?

Elle attendit qu’elle lui enlève les épingles de ses cheveux. Elles gloussèrent pendant que Mellie la peignait. Puis Livvy se mit au lit, et Mellie ajouta deux autres bûches dans la cheminée avant de disparaître dans le couloir et de laisser Livvy dormir.

Livvy souffla la dernière bougie près de son lit. Puis elle tapota son oreiller, se blottit sous les couvertures et ferma les yeux. Ce n’était pas convenable. Elle ne pouvait pas s’empêcher de revivre ce baiser et la sensation merveilleuse qu’il lui avait procurée. Cette pensée la tourmentait toujours. Elle tombait trop vite dans le jeu de séduction de Martin. Aucune dame qui se respectait ne l’aurait laissé faire. Pourtant, elle si.

Et si tout cela n’était qu’une supercherie élaborée ? Et s’il n’était pas l’homme qu’elle avait espéré, l’homme gentil, doux et séduisant qu’elle commençait à aimer ?

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