L’abominable homme du Nord
Chapitre 8
À la recherche du disparu
Madame Jasmin a couché le petit Éric et les deux enfants veillent en attendant le retour de leur père. La noirceur est tombée depuis un bon moment déjà et les hommes, Roger et Eddy, ne sont toujours pas revenus. Julie tourne en rond comme un lion en cage. À toutes les deux ou trois minutes, madame Jasmin regarde par la fenêtre au cas où elle verrait arriver son mari. Tout est calme dans la maison ; on n’entends que le tic-tac du pendule et les respirations de Cartouche qui dort sur le tapis du salon.
– Mais qu’est-ce qu’ils font ? Ils devraient être de retour.
– Peut-être que la Jeep est brisée, suppose Julie.
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– Cela m’inquiète, dit la mère.
Vers onze heures, une camionnette s’arrête devant la maison. Un homme, vêtu comme un trappeur, en descend, fait quelques pas et lance un énorme caillou qui traverse la baie vitrée du salon. La vitre éclate en dizaines de morceaux. Tous sursautent et Cartouche, que le bruit inattendu a réveillé brusquement, aboie avec rage, le poil hérissé. Julie court à la fenêtre juste au moment où le véhicule démarre en emportant le vandale.
Maurice, qui a ramassé la pierre sur le plancher, dit avec stupéfaction :
– C’est un message !
– Quoi ?
– Regardez. Un papier est enroulé à la pierre. Regardez.
– Donne, dit la mère.
Nerveusement, elle défait la ficelle et déroule la feuille de papier. Elle lit :
N’attendez pas votre mari ce soir. Il est entre
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nos mains. Il vous sera remis sain et sauf en échange du bébé que vous gardez. N’avertissez pas la police car il serait exécuté. Attendez nouvelles instructions.
AKIPATOK
– Akipatok ! répète Maurice interdit.
– Papa aux mains d’Akipatok ! grommelle Julie blême de peur.
– Maudit de maudit !
Madame Jasmin tremble, le message entre les mains, les yeux hagards. Elle regarde le papier sans le voir. Elle reste là, debout, blanche, figée de stupeur. Les deux enfants ragent et gesticulent. Le silence est terrible.
Puis elle s’effondre, en larmes, sur le canapé. Julie et Maurice se précipitent auprès d’elle.
– J’y vais, dit Maurice.
– Où ? demande Julie.
– Je vais à la police. Le poste n’est pas loin. Je vais chercher de l’aide.
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– J’y vais aussi.
La mère n’a aucune réaction. Ses yeux sont vagues ; elle tremble de tous ses membres. Elle suffoque.
– Il ne faut pas oublier que nous avons un petit compte à régler avec cet Akipatok, dit Julie.
– Maudit sauvage d’Assiniboine de macédoine, vocifère Maurice.
– Ce misérable est un bandit dangereux. Il faut que j’apporte le 12, dit Julie en empoignant le fusil de chasse de son père.
– Raison de plus pour faire justice et mettre fin à ces sanglants carnages, conclut Maurice en enfilant son anorak.
La mère lève les yeux vers ses enfants au moment où ils vont franchir le seuil de la porte.
– Soyez prudents, vous deux !... Revenez au plus vite !... J’ai peur.
– Sois sans crainte, maman, répond Julie.
– Nous courons jusqu’à la R.C.M.P.
– Revenez vite.
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Debout près de porte, elle voit partir ses deux enfants au pas de course dans la nuit. Elle tremble encore plus. S’il revenait pendant leur absence... Si Akipatok venait prendre l’enfant... Pas ce maudit Akipatok qui a massacré la caravane de Guillaume Longpré !... Tout ce sang versé sur le sol...
Elle est secouée d’énormes sanglots. Elle reste là, debout près de la porte, immobile, paralysée, les yeux mouillés. Elle crispe les mains sur le dossier du fauteuil. Elle se rappelle les yeux de son Roger...
– Non, ce n’est pas vrai, il n’est pas... il n’est pas... Non, non, pas lui...
Elle laisse glisser ses mains le long du fauteuil et tourne les yeux du côté de la fenêtre brisée. Elle est éblouie. La pièce est remplie de lueurs rouges, des taches rouges, des taches de sang. Il y en a partout, sur le tapis, sur les murs, dans l’air, comme une poussière aveuglante, sur son linge, sur les meubles. Pénombre. Des disques bleus se mettent à tourner devant ses yeux. Elle titube jusqu’au fauteuil, s’y laisse choir.
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Elle s’imagine un homme entrant dans la pièce, à pas feutré. Il connaît les airs de la maison puisqu’il marche avec assurance sans chercher à reconnaître les lieux. Il avance vers elle, avec un couteau à la main.
– Groum...
Elle tressaille. Cartouche s’étire sur le tapis. L’homme disparaît. Elle se lève. Les disques bleus reviennent. Des disques qui tournent, devant ses yeux. Elle s’assoit et se laisse emporter.
Dans la nuit noire, des pas. On dirait quelqu’un qui marche sur le gravier de l’allée : un homme avec des chaussures molles. Il avance avec précaution. Il s’arrête. Puis il reprend sa marche, comme transporté sur un nuage. Les disques bleus reviennent, les flaques rouges. Bleu, rouge, tourne, bleu, rouge, tourne, bleu, rouge...
Elle se lève, s’approche de la pharmacie de la salle de bain, en tire un petit tube et absorbe deux cachets, deux cachets qui lui feront oublier ses malheurs pour quelque temps. Quelle prodigieuse
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invention ! Deux cachets ! Et pouf ! Ça vous étend pour quelques heures, ça vous transporte au merveilleux pays des rêves où les hommes sont doux et où les anges psalmodient des chants ensorcelants. Rouge, bleu, tourne et tourne et tour...nnnnne. Et elle tombe endormie sur le grand canapé du salon.
– Maman, maman !
– Euh !... Euh !...
– Réveille-toi, maman.
Elle est tirée de son sommeil par Julie et Maurice qui reviennent du village en compagnie d’un homme en habit rouge.
– Ah !... Eh bien ! marmonne-t-elle, encore à moitié endormie.
– Eh bien ! reprend Julie. Nous nous sommes déplacés pour rien.
– Nous amenons le gendarme Gauthier, précise Maurice. Il ne sait absolument rien concernant Akipatok. Il nous a assuré qu’il va faire une enquête...
– Bon ! Une affaire qui va durer des mois...
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– Je crains, madame, dit le gendarme, que vous êtes victime d’un plaisantin.
– Mais voyons donc, objecte madame Jasmin, le message...
– Sans doute, sans doute... Les Assiniboyés sont depuis plusieurs semaines cantonnés dans leur réserve et Akipatok a disparu sans laisser de traces. C’est probablement une plaisanterie d’un voisin pour faire peur à vos enfants turbulents.
– Un disparu peut fort bien redonner signe de vie, précise Maurice.
– D’autant plus que Eddy le Grand Flanc mou nous a rapporté des attaques de bandits ces derniers temps, ajoute Julie.
– Oui, oui, oui, bien sûr. Mais ceux-ci ne tarderont pas à être complètement hors d’état de nuire. Et rien ne laisse supposer qu’il s’agit là d’Akipatok et de ses hommes.
– Tout cela risque de mal tourner, dit madame Jasmin, inquiète.
– Pour ce soir, reprend l’officier, comme vous êtes inquiète et très émotionnée, je vous conduits
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à notre poste avec le bébé et les deux enfants. Vous pourrez y passer la nuit en toute tranquillité. Ainsi, sous notre protection, vous serez plus tranquille et, demain matin, nous irons à la recherche de votre mari, si d’ici là il n’est pas de retour.
Tandis que le policier s’adresse ainsi à madame Jasmin, Maurice et Julie restent immobiles à trois pas derrière. Le masque contracté, le garçon semble absorbé dans de profondes pensées. Leur visite au poste de police a détruit toutes ses illusions concernant une action rapide des représentants de l’ordre. Pourtant, ni lui ni Julie ne s’avisent de prendre part à la conversation.
Madame Jasmin habille le bébé et toute la famille quitte la maison pour le quartier général de la police. Le long du parcours, c’est à peine si Maurice hasarde quelques mots à l’oreille de sa sœur.
Quand ils sont tous bien à l’abri dans les locaux des représentants de la loi et qu’on ait fait installer madame et le petit dans une chambre à
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l’étage supérieur, Maurice s’approche du gendarme Gauthier, l’air soucieux.
– Il y a quelque chose qui te tracasse, petit ?
Et comme le jeune garçon manifeste une certaine gêne à lui parler, il insiste :
– Allons ! Parle !... Je t’écoute.
Maurice hésite encore quelques instants avant de répondre puis, serrant rageusement les poings, il déclare tout d’un trait :
– Puisque nous ne pouvons pas compter sur les représentants de la loi, je ferai donc justice moi-même !
– Tu feras justice toi-même !... Voyez-vous ça !... En vérité, tu ne manques pas de culot, petit !
Le gendarme Gauthier ponctue ses paroles d’un franc éclat de rire. Mais Maurice ne se laisse pas impressionner.
– Il faut à tout prix que je retrouve cet Akipatok maudit et que je lui fasse payer très cher ses odieux méfaits.
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– Et comme ça, tu crois qu’Akipatok s’en viendra bien gentiment vers toi et se mettra à ta complète merci ? Le gaillard est bien trop rusé. Vraiment, tu es téméraire, mon garçon, et tu deviens agaçant à la fin. J’ai rencontré bien des gens au cours de mon existence et de mon séjour ici, au Lac Carré, et je puis t’affirmer n’avoir jamais vu un garçon aussi courageux et entêté.
– Sachez bien, monsieur, que si ce démon se trouve en ma présence, je ne le manquerai pas. Je sais me servir d’une carabine.
Les yeux du garçon lancent des éclairs. Le gendarme Gauthier le considère, visiblement interdit par la détermination dont il fait preuve.
– Voilà qui est bien parlé, mon frère, se décide à dire Julie. Nous serons deux à la besogne. Compte sur moi.
– Dans ce cas, dit le policier, je vous aiderai. Dès que le jour se lèvera, je partirai à la recherche de votre père, ne fut-ce que pour vous protéger en cas de danger.
Maurice ne dit plus un mot. Il va s’asseoir
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avec Julie sur un banc de bois, près du mur recouvert d’avis et de photographies de toutes sortes : hommes recherchés, avis de décès, promesses de récompenses, notes administratives et des photos d’édifices en construction...
– Vous n’avez pas la photo d’Akipatok ? ose demander Maurice.
– Malheureusement non. On ne l’a jamais vu en personne.
Les enfants continuent d’examiner la pièce dans tous les coins et recoins. Ils n’ont rien d’autres à faire pour le moment. Julie s’assoupit sur le banc.
À quatre heures, Maurice commence à s’agiter. Sa sœur se réveille en sursaut.
– Nous partons bientôt ? Il fera jour dans quelques minutes.
– Il faut attendre que mon remplaçant arrive. Je ne peux pas laisser le poste vide... En cas d’urgence...
– Arrivera-t-il bientôt ?
– À quatre heures et demie.
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– Ah !
À peine une faible lueur blanchâtre pâlit-elle l’horizon Est que Maurice et Julie montent sur la banquette du camion kaki de la police. C’est un camion de l’armée avec une grande bâche à l’arrière, comme on en voit parfois sur les routes, avec le sigle de la R.C.M.P. sur les portières. Le gendarme Gauthier prend le volant et ils quittent le garage. Après un léger détour vers la maison où ils constatent que monsieur Jasmin n’est pas de retour, ils prennent la direction de Trifujik.
Le voyage est sans histoire. À cette heure matinale, personne sur la route. C’est même monotone et Maurice s’endort, la tête appuyée sur la portière. Ils roulent une heure au moins, peut-être plus. Tout à coup, le conducteur dit :
– Tiens ! Du nouveau !
– Quoi ? Akipatok ? dit Maurice soudainement tiré de son sommeil.
– Hey ! Pas si vite, fiston. Tu n’as que ce nom en tête. Je ne sais pas si c’est lui qui rôde dans les parages, mais il y a un camion renversé dans le
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fossé.
Le gendarme ralentit un peu l’allure du camion pour permettre aux enfants de jeter un coup d’œil. Puis on continue. En quelques minutes, dix ou douze, on atteint les premières maisons de Trifujik. Maurice et Julie sont soulagés. Le camion s’arrête devant les bureaux de la Gendarmerie Royale.
– Tiens ! Salut Gauthier ! Quel bon vent t’amène de si bonne heure ? s’exclame un homme en uniforme rouge, assis derrière un bureau où s’entassent des montagnes de papiers.
– Ces enfants cherchent leur père. Ils prétendent qu’il a été victime d’Akipatok.
– Quel nom ?
– Jasmin, dit Maurice.
– Jasmin !... En effet, monsieur Jasmin est venu ici au cours de la nuit...
– Ah oui !
– En ce moment, il doit être bien tranquille chez vous. Tout s’est bien terminé et notre hélicoptère l’a accompagné jusqu’à Isurik.
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– Il n’y était pas à quatre heures trente.
– C’est possible. Il devait être trois heures et demie quand il est parti d’ici. Vous ne l’avez pas rencontré en route ?
– Non.
– Vous n’avez pas vu l’hélicoptère non plus ?
– Oui. En quittant Isurik. C’était peut-être lui.
– Possiblement.
– Mais que s’est-il passé ? demande Julie. Vous avez dit que tout s’était bien terminé. C’est donc qu’il s’est passé quelque chose.
– Assoyez-vous. Je vais vous raconter.
Le policier fait le récit complet de ce qui s’est déroulé au cours de la nuit ; comment monsieur Jasmin et son compagnon de voyage ont été attaqués, le piège que la police a tendu et le sauvetage des deux hommes. Le compagnon de monsieur Jasmin repose dans un état critique à l’hôpital.
– Eddy, à l’hôpital ? dit Maurice. On pourrait le voir ?
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– Sans doute, s’il est assez bien. Mais je ne vous assure de rien, car il était dans un assez piètre état.
– Ah ! Mon Dieu ! Mon cher ami Eddy entre la vie et la mort, murmure Maurice, inquiet.
– Vous avez parlé d’un camion renversé dans le fossé non loin d’ici, interroge Julie.
– Oui. C’est dans ce camion que votre père était emmené par les hommes d’Akipatok, précise le policier.
– C’est sûrement le camion que nous avons vu, dit le gendarme Gauthier.
– Sans doute.
– Allons-y, dit Julie.
– Mais j’aimerais voir mon ami Eddy le Grand Flanc mou. Pauvre lui.
– Comment l’appelez-vous ? demande le policier intrigué.
– Eddy... Eddy le Grand Flanc mou, précise le garçon.
– Ce n’est pas ce nom-là que portait le
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compagnon de votre père.
– Oui... Oui, je sais. Ce n’est pas son vrai nom. Nous le surnommons ainsi.
– Bien ! Allons-y !
– Après quoi, ajoute le gendarme Gauthier, nous irons jeter un coup d’œil du côté de ce camion renversé. Puis nous retournerons à la maison. Ma femme doit s’inquiéter.
– Bien, approuve Maurice.
On se rend à l’hôpital. Il faudrait peut-être dire une maison ordinaire transformée en hôpital, car seule une affiche la distingue des autres. Ils se rendent à la chambre 8. Sur la pointe des pieds, Maurice pousse la porte et entre. Le blessé, la tête enveloppée et une jambe suspendue au plafond, repose dans un profond sommeil.
– Mais... murmure Maurice, interloqué.
Et il sort de la chambre à vive allure.
– Ce n’est pas Eddy, dit-il à Julie.
– C’est pourtant bien l’homme qui accompagnait votre père, assure le policier.
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– Mais où est Eddy ?
– Je ne sais pas de qui vous parlez.
Tout songeur, Maurice se retourne. Et le groupe quitte l’hôpital. On monte dans le camion et, après de brèves salutations, on repart pour la maison.
– Mais où est Eddy ?
Maurice ne cesse de se poser cette question. Et Julie aussi est songeuse. C’est bien bizarre quand même... Quel mystère !
Le camion transportant Maurice, Julie et le gendarme Gauthier quitte Trifujik vers onze heures. Le ciel est gris ; il fait très froid et la neige commence à tomber. Par chance, une bonne chaufferette garde les trois passagers bien à l’abri du froid à l’intérieur de l’étroite cabine.
À l’approche du carrefour où s’est embourbé le camion des Indiens, le gendarme Gauthier ralentit. Les hommes occupés à le tirer de sa fâcheuse position interrompent leur travail et, probablement à la vue du cigle de la R.C.M.P. qu’arborent les portières du camion, se mettent à
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courir dans toutes les directions et plongent dans les broussailles pour se camoufler.
– Hey !... regarde... dit Julie en pointant d’un fuyard, regarde Maurice...
Mais Maurice n’entend pas la suite car elle a ouvert la portière et court déjà à travers le champ, dans le but évident de rattraper un des fuyards.
– Attention ! crie le gendarme Gauthier qui a, lui aussi, sauté à terre.
Mais Julie n’entend rien et court comme une folle en direction du camion renversé dans le fossé. Maurice et le gendarme se mettent à sa poursuite à toute allure.
– Arrête, fille ! crie Gauthier.
Autour du camion, des pistes dans la neige fraîche, des pistes au sujet desquelles aucune hésitation ne peut subsister. Julie ne s’arrête pas ; elle enjambe le fossé et, tout en courant, suit une piste qui se dirige vers un champ inculte. La jeune fille se soucie peu des bêtes qui peuvent s’y trouver. C’est un autre gibier qu’elle cherche à surprendre. Pas un instant elle ne pense qu’elle
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peut être attaquée par les Indiens. Peu lui importe le danger. Elle a sa carabine en main, pour se défendre.
Elle franchit une distance d’une centaine de pas sans rien découvrir d’anormal, mais bientôt, elle s’immobilise en laissant échapper un soupir de satisfaction. L’herbe lui apparaît foulée devant elle. En dépit de la neige qui tombe, les pistes se détachent suffisamment nettes pour donner l’assurance qu’un homme est passé par là, il y a quelques secondes à peine. Elle examine le sol. Les empreintes de mocassins, cousus sur les bords, de cordelettes de cuir entrecroisées, sont distinctement imprimées sur la neige fraîchement tombée. Plus de doute possible.
Elle prête l’oreille. Tout autour, c’est le silence presque absolu. Parfois, les cris de Maurice ou de Gauthier, ou des chants d’oiseaux partant des bosquets environnants, troublent ce silence lourd de menaces.
Cependant, si elle n’était si absorbée, elle pourrait surprendre des silhouettes furtives qui se glissent de buisson en buisson. Quand elle relève
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la tête, elle ne voit rien d’anormal.
Quelques secondes passent. Tout à coup, la fille se retourne, carabine en main, comme pour parer à un danger imminent. Le cœur battant, retenant son souffle, elle tend l’oreille, plus attentive que jamais. Les sourcils froncés, elle attend, le doigt sur la gâchette. Elle a l’intuition qu’il se passe quelque chose à peu de distance. Intriguée, elle esquisse quelques pas dans cette direction.
– Hey ! Sors de là ! Je t’ai vu ! crie-t-elle. Je t’ai reconnu, Eddy, vite, sors de là ! C’est moi, Julie. Eddy !... Eddy !... Je t’ai vu, je sais que c’est toi...
Des coups de feu en provenance des collines. Elle y jette un coup d’œil furtif. Mais deux bras vigoureux se saisissent d’elle, de derrière un buisson. Elle crie, mais une main se plaque sur sa bouche. Elle est traînée dans les broussailles.
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