Le cheval de Troie

Colleen McCullough · Chapitre 12 sur 36

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Le cheval de Troie

Chapitre 11

 

 

Récit d’Achille

 

Chaque jour et par tous les temps, j’entraînais mes hommes en les réchauffant grâce à des exercices difficiles. Les Myrmidons aimaient cette discipline stricte et se sentaient meilleurs encore que les autres soldats.

Je ne me rendais jamais au quartier général. Nous commencions tous à songer que l’expédition n’aurait sans doute pas lieu, et n’attendions que l’ordre de nous disperser.

Une nuit de pleine lune, seul dans ma tente, je jouais de la lyre et chantais, quand un bruit me fit lever la tête ; une femme enveloppée d’un manteau ruisselant de pluie écartait le rabat de la tente. Je la regardai, ahuri, n’en croyant pas mes yeux. Elle entra, tira le rideau et secoua la tête pour chasser de ses cheveux les gouttelettes importunes.

— Achille, s’écria-t-elle, les yeux brillants comme de l’ambre doré, je t’avais aperçu à Mycènes, par l’entrebâillement d’une porte, derrière le trône de mon père. Oh, je suis si heureuse !

Je m’étais levé, mais ne sus quoi répondre.

Elle avait tout au plus quinze ou seize ans, du moins ce fut mon impression avant qu’elle n’ôtât son manteau, me dévoilant des seins bien ronds et une peau laiteuse. Sa bouche rose était joliment dessinée, et ses cheveux avaient la couleur des flammes. L’air semblait vibrer autour d’elle, tant son visage rayonnait et, malgré son extrême jeunesse, on y devinait une force d’âme peu commune.

— Ma mère n’a pas eu à me persuader, se hâta-t-elle de poursuivre. Je n’ai pu attendre jusqu’à demain pour te dire à quel point je suis heureuse ! Oui, Iphigénie est enchantée de t’épouser !

Je sursautai. Iphigénie ? La seule Iphigénie que je connaissais était fille d’Agamemnon et de Clytemnestre ! Et de quoi donc parlait-elle ?

Je continuai à la fixer, comme un pauvre imbécile, incapable de parler. Je me décidai à la questionner en voyant l’incertitude envahir ses yeux.

— Que fais-tu à Aulis ?

Au même instant, Patrocle entra.

— Une visite, Achille ? Je m’en vais.

Je me précipitai pour lui saisir le bras.

— Patrocle, elle prétend être Iphigénie ! murmurai-je. Ce doit être la fille d’Agamemnon. Et elle croit que j’ai envoyé un messager à sa mère pour demander sa main !

— Serait-ce un complot pour te déshonorer ou un test pour éprouver ta loyauté ?

— Je l’ignore.

— Ne devrions-nous pas la ramener à son père ?

— Non. De toute évidence elle est venue me voir en cachette et nul n’est au courant de sa présence ici. Le mieux, c’est que je la garde avec moi pendant que tu iras chez Agamemnon pour découvrir ce qui se trame. Fais vite.

Il avait déjà disparu.

— Assieds-toi, princesse, je t’en prie. Veux-tu un peu d’eau, un gâteau ? dis-je à ma visiteuse.

Elle se jeta alors sur mes genoux, enlaça mon cou de ses bras et posa la tête sur mon épaule avec un soupir. J’étais prêt à la jeter à terre puis me ravisai à la vue de ses boucles désordonnées. Elle n’était qu’une enfant, une enfant qui m’aimait. Cela faisait six mois que je n’avais pas vu Déidamie et cette jeune fille éveillait en moi des émotions bien différentes. Ma femme avait sept ans de plus que moi et c’était elle qui m’avait courtisé. Pour le garçon de treize ans que j’étais et dont les sens commençaient à s’éveiller, cette expérience avait été extraordinaire. À présent je m’interrogeais : quels sentiments éprouverais-je pour Déidamie à mon retour de Troie ? J’étais si heureux de tenir Iphigénie, de respirer le suave et frais parfum de la jeunesse.

Elle esquissa un sourire en me regardant, puis ses lèvres caressèrent mon cou. Sa gorge, tout contre ma poitrine, était brûlante. Patrocle, Patrocle, reviens vite ! Puis elle murmura des mots qui m’échappèrent. Je passai les mains dans son épaisse chevelure de feu et lui relevai la tête.

— Que dis-tu ? demandai-je.

— Je voulais simplement que tu m’embrasses, dit-elle en rougissant.

— Non, répondis-je en tressaillant. N’as-tu point vu ma bouche, Iphigénie ? Elle n’est pas faite pour les baisers.

— Alors, laisse-moi t’embrasser, partout.

J’aurais dû la repousser, mais j’en fus incapable. Je laissai ses lèvres, douces comme du duvet de cygne, errer sur mon visage, frôler mes paupières mi-closes, se nicher dans les replis de mon cou, la où les nerfs font battre le cœur d’un homme. Je désirais la serrer fort contre moi, jusqu’à ce qu’elle haletât de plaisir. Je dus lutter contre moi-même pour la libérer et plonger mon regard dans ses yeux avec sévérité.

— Cela suffit, Iphigénie. Tiens-toi tranquille.

Enfin, Patrocle revint. Debout sur le seuil, il me fixait d’un air narquois. Alors j’effleurai la joue d’Iphigénie et la repoussai pour qu’elle s’assît sur une chaise. Patrocle avait l’air sombre et irrité. Il ne voulut pas parler avant d’être bien sûr qu’elle ne pouvait l’entendre.

— Ils ont ourdi un complot infâme, Achille.

— Je n’en ai jamais douté. De quoi s’agit-il, exactement ?

— Agamemnon et Calchas étaient seuls dans la tente et parlaient. À leur insu, j’ai entendu presque tout ce qu’ils disaient. Achille, ils se sont servi de ton nom pour enlever cette enfant à sa mère ! Ils ont raconté à Clytemnestre que tu souhaitais épouser Iphigénie, avant le départ de la flotte, pour la faire venir à Aulis. On doit demain la sacrifier à Artémis. Ainsi seulement Agamemnon, coupable de parjure envers la déesse, pourra expier sa faute.

J’entrai dans une colère terrible, les dieux de l’Olympe eux-mêmes durent en être secoués. Ma rage me faisait tout oublier : principes, décence, raison. Je tremblai comme si le sortilège s’était à nouveau emparé de moi. Je me serais précipité sous la pluie pour abattre Agamemnon et le prêtre à coups de hache, si Patrocle ne m’avait pas saisi les poignets avec une force incroyable.

— Achille, réfléchis ! murmura-t-il. Réfléchis donc ! À quoi cela servirait-il de les tuer ? Le sang d’Iphigénie est indispensable pour que la flotte lève l’ancre ! Notre grand roi a sans conteste été manipulé par Calchas !

Je serrai les poings si fort que je me dégageai de son étreinte.

— Espères-tu que je vais rester passif et approuver ce crime ? Ils se sont servi de mon nom pour commettre un acte interdit par la nouvelle religion ! Un acte barbare ! Regarde-la, Patrocle, comment peux-tu accepter qu’on la sacrifie comme un simple animal ?

— Non, Achille, tu te méprends, rétorqua-t-il. Je voulais simplement dire qu’il te fallait garder la tête froide et ne pas agir sous l’effet d’une telle colère !

J’essayai, luttai pour y parvenir. Il me fallait à tout prix déjouer cette manœuvre infâme !

— Patrocle, serais-tu prêt à accomplir tout ce que je te demande ?

— J’y suis prêt, Achille.

— Bien. Va quérir Automédon et Alcimos. On peut leur faire confiance, ce sont des Myrmidons. Dis à Alcimos de trouver une jeune biche et de peindre ses bois en or. Il faut absolument qu’il ait l’animal demain matin ! Confie tout à Automédon. Tous les deux vous devrez vous cacher derrière l’autel avant l’heure du sacrifice. Vous tiendrez le cerf au bout d’une chaîne dorée. Calchas accomplit ses rituels au milieu de nuages de fumée. Quand Iphigénie sera étendue sur l’autel et que la fumée montera – car le prêtre n’osera pas lui trancher la gorge sous les yeux de son père – remplace la fille par le cerf. Calchas s’en apercevra, mais il tient à la vie. Il criera au miracle.

— Oui, ça pourrait marcher… Mais comment ferons-nous pour éloigner Iphigénie de l’autel ?

— Il y a un petit abri, juste derrière l’autel, où la victime attend le sacrifice. Cachez-la dedans jusqu’à ce que tout le monde soit parti. Puis amenez-la à ma tente. Je la renverrai à Clytemnestre avec un message lui révélant tout ce complot. Pourras-tu te charger de tout ?

— Certainement, Achille. Et toi, que vas-tu faire ?

— Demain je me rendrai au quartier général juste à temps pour la cérémonie. Pour le moment, je vais la renvoyer à sa tente. Comment elle est arrivée ici, nul ne le saura jamais, mais il est tout aussi important qu’elle y retourne sans être vue. Je vais moi-même l’y conduire.

— Peut-être l’a-t-on vue pénétrer ici ? remarqua Patrocle.

— C’est peu probable. Ils ne lui auraient pas permis de rester avec moi assez longtemps pour que je la déflore. Rappelle-toi combien Artémis apprécie la virginité.

— Achille, ne serait-il pas préférable de la renvoyer à sa mère dès à présent ?

— C’est impossible, Patrocle. Ce serait défier Agamemnon. Si tout se passe bien demain, nous serons en mer avant que Clytemnestre soit au courant de tout.

— Alors tu crois que la mort d’Iphigénie est nécessaire pour que le temps change ? demanda-t-il d’un air étrange.

— Non, je pense qu’il fera beau de toute façon dans un ou deux jours. Patrocle, je n’ose pas risquer une rupture officielle avec Agamemnon. Je veux aller à Troie.

— Je vois. Maintenant il faut que je parte. Le pauvre Alcimos sera terrorisé en apprenant qu’il doit trouver un jeune cerf ! Je vais passer le reste de la nuit avec Automédon. Si je ne te fais pas savoir que nous avons eu des problèmes, nous serons derrière l’autel à midi.

— Parfait.

Il s’esquiva sous la pluie.

Iphigénie nous avait regardés avec de grands yeux.

— Qui était-ce ? s’enquit-elle.

— Mon cousin Patrocle. Nous avons des ennuis avec les soldats.

— Ah… Il te ressemble, sauf qu’il a les yeux bleus et qu’il est plus petit.

— Et qu’il a des lèvres.

— Cela fait de lui un homme comme les autres. J’aime ta bouche comme elle est, Achille.

— Maintenant il faut que je te ramène à ta tente avant qu’on ne découvre que tu n’y es plus.

— Pas encore, supplia-t-elle en me caressant le bras.

— Si, Iphigénie.

— Oublierais-tu qu’on nous marie demain ? Pourquoi ne pas passer la nuit ensemble ?

— Parce que tu es la fille du grand roi de Mycènes et que la fille du grand roi de Mycènes doit être vierge le jour de son mariage. Les prêtresses le vérifieront avant la cérémonie et je devrai ensuite exhiber le drap nuptial pour prouver que je suis bien ton mari.

— Mais je ne veux pas partir ! s’exclama-t-elle en faisant la moue.

— Tu partiras pourtant. Mais avant, fais-moi une promesse.

— Tout ce que tu voudras, dit-elle, le visage illuminé.

— Ne parle de cette visite ni à ton père ni à personne d’autre. Sinon on doutera de ta virginité.

 

Patrocle ne m’adressa aucun message. Avant midi j’endossai mon armure de parade, qui venait du trésor de Minos, et me rendis à l’autel. Tout semblait normal. Patrocle et Automédon étaient à leur poste.

Oh, quelle tête firent les rois quand ils m’aperçurent ! Ulysse, Nestor, Diomède, Idoménée… Ainsi, ils étaient tous de connivence !

Je les saluai en passant et me comportai comme si j’étais venu aujourd’hui tout à fait par hasard. J’entendis des pas derrière moi. C’était Ulysse, qui finit par hausser les épaules : le temps manquait pour me persuader de partir. Ulysse était l’homme le plus dangereux qui fût. À la fois roux et gaucher, ce qui ne présageait rien de bon.

Je me retournai pour voir Iphigénie s’approcher de l’autel à pas lents, l’air fier, la tête haute ; le léger tremblement de ses lèvres trahissait seul sa terreur secrète. En me voyant, elle tressaillit comme si je l’avais frappée. Je la regardai droit dans les yeux, y vit s’éteindre la dernière lueur d’espoir. Alors la colère s’empara d’elle, une émotion sourde et violente qui n’avait rien à voir avec la colère que j’avais ressentie quand Patrocle m’avait parlé du complot. Elle me haïssait, elle me méprisait. Imperturbable, je regardai l’autel, mais j’attendais avec impatience le moment où je pourrais m’expliquer.

Diomède avait rejoint Ulysse aux côtés d’Agamemnon, pâle comme la mort, qu’ils étaient forcés de soutenir. Calchas poussait Iphigénie en avant. Elle n’était pas enchaînée. Je ne savais que trop combien elle les méprisait. Mais elle était fille d’Agamemnon et de Clytemnestre, et son orgueil était inébranlable.

Au pied de l’autel elle se retourna pour nous regarder, les yeux étincelants de mépris, puis elle gravit les quelques marches et se hissa sans peine sur la table où elle s’allongea, les mains sur la poitrine ; son profil se détachait sur la mer grise, houleuse. Il n’avait pas plu le matin, son lit de marbre était sec.

Calchas jeta différentes poudres dans les flammes de trois braseros alignés devant l’autel ; la fumée s’éleva en volutes vertes et jaunes qui empestaient le soufre. Brandissant un long coutelas orné de pierres précieuses, Calchas ressemblait à une énorme et répugnante chauve-souris. Il leva le bras, le coutelas brilla. Je restai cloué sur place, horrifié et pourtant fasciné. En un éclair la lame s’abattit, la fumée enveloppa le prêtre, le cachant aux regards. Un cri retentit, un cri de désespoir qui se termina en râle. Nous étions pétrifiés. Puis une bourrasque de vent emporta au loin la fumée. Iphigénie gisait sur l’autel, son sang ruisselait, Calchas le recueillant dans un calice d’or.

Agamemnon vomit. Même Ulysse eut un haut-le-cœur. Leurs yeux étaient rivés sur Iphigénie qui, doucement, s’éteignait. Je poussai un hurlement de douleur et perdis la raison. Épée en main, je bondis. Sans Ulysse et Diomède pour tenir Agamemnon, je l’aurais décapité alors qu’il s’accrochait à eux, la barbe dégoulinante de vomi. Ils le laissèrent tomber comme une pierre pour tenter de m’arracher mon épée, mais je les repoussai aussi facilement que s’ils avaient été des gringalets. Idoménée et Ménélas volèrent à leur secours. Jusqu’au vieux Nestor qui se joignit à eux ! À eux cinq ils parvinrent enfin à me plaquer au sol où je restai étendu, le visage tout proche de celui d’Agamemnon, que je maudis en vociférant, Soudain je perdis toute force et fondis en larmes. Ils se saisirent alors de mon épée et nous redressèrent tous deux.

— Tu t’es servi de mon nom pour commettre ce forfait abominable, Agamemnon, dis-je tout en pleurant, débordant de haine. Tu as accepté que ta plus jeune fille soit sacrifiée dans le seul but de satisfaire ton orgueil. Dorénavant, tu es à mes yeux le dernier des derniers. Je ne vaux pas mieux que toi. Bien au contraire. Si je n’avais pas cédé à l’ambition, j’aurais su empêcher ce forfait. Mais je te préviens, roi des rois ! J’enverrai un message à Clytemnestre pour l’informer de ce qui s’est passé ici aujourd’hui. Je n’épargnerai personne, ni toi, ni les autres, et moi-même encore moins. Notre honneur est irrémédiablement souillé. Nous sommes maudits.

— J’ai essayé de l’empêcher, protesta-t-il mollement. J’ai envoyé un messager à Clytemnestre pour l’avertir mais il a été assassiné. J’ai essayé, vraiment essayé… Pendant seize ans j’ai tout fait pour éviter ce qui s’est passé aujourd’hui. Ce sont les dieux qui sont à blâmer. Ils nous ont tous dupés.

Je crachai à ses pieds.

— Ne rejette pas la responsabilité de tes faiblesses sur les dieux, grand roi ! C’est nous, et nous seuls, qui sommes responsables.

 

Je retournai tant bien que mal à ma tente. Patrocle était assis et pleurait. Quand il m’entendit, il prit une épée, s’agenouilla devant moi et me la tendit.

— Que signifie ?

— Tue-moi ! J’ai manqué à mes engagements, Achille. Je t’ai ravi ton honneur.

— C’est moi qui ai manqué à mes engagements, Patrocle. C’est moi qui me suis déshonoré.

— Tue-moi, implora-t-il.

— Non, dis-je en lui arrachant son épée.

— Je mérite de mourir !

— C’est moi seul qui suis à blâmer, Patrocle. Mon orgueil ! Mon ambition ! Comment ai-je pu laisser le sort d’Iphigénie suspendu à des fils si ténus ? J’apprenais à l’aimer. Je l’aurais épousée avec plaisir. Je n’aurais pas eu honte de divorcer d’avec Déidamie. Ce mariage avait été arrangé habilement par mon père et par Lycomède. Tu m’as dit de renvoyer tout de suite Iphigénie à sa mère, c’était un bon conseil. J’ai refusé pour maintenir mon statut dans l’armée. J’ai succombé à l’orgueil et à l’ambition.

Patrocle rangea silencieusement mon armure, les yeux brillants de larmes contenues.

— Que s’est-il passé exactement ? lui demandai-je plus tard.

— Tout paraissait en bonne voie. Nous avions le cerf. Mais je voulais être seul à recevoir tes louanges. Aussi ai-je renvoyé Automédon et suis-je allé me cacher sous l’autel avec l’animal, qui s’est mis à s’agiter et à bramer, car j’avais oublié de le droguer ! Calchas m’a découvert. C’est un guerrier, Achille. Il m’a asséné un coup sur la tête avec le calice. Quand j’ai repris connaissance, j’étais pieds et poings liés et bâillonné. Si j’avais emmené Automédon avec moi, tout se serait passé comme nous l’avions prévu.

— Si je te tuais, Patrocle, je devrais également me tuer, mais c’est trop facile. C’est seulement en continuant à vivre que nous pourrons expier notre faute. Morts, nous ne ressentirions plus rien, les ombres ne connaissent ni joie ni souffrance.

— Oui, je comprends. Toute ma vie, je devrai me souvenir de ma jalousie. Toute ta vie, tu devras te souvenir de ton ambition. Destin bien pire que la mort.

Mais Patrocle, lui, n’avait pas à se rappeler le regard méprisant et déçu d’Iphigénie. Qu’avait-elle dû penser de moi, qui avais agi comme si j’étais son bien-aimé avant de lâchement l’abandonner ? Son ombre allait me hanter jusqu’au trépas. Alors que ma vie soit glorieuse, mais brève !

— Quand rentrons-nous à Iolcos ? demanda Patrocle.

— Iolcos ? C’est à Troie que nous allons.

— Après ce qui vient de se passer ?

— Troie fait partie de mon châtiment. De plus je n’aurai pas à faire face à mon père. Que penserait-il de moi, s’il savait ? Que les dieux lui épargnent cette épreuve !

 

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