Le Féminisme, au delà des idées reçues
« Le féminisme est de gauche et laïque. »
L’avancée de la démocratie se mesure au respect
de la laïcité et de l’égalité entre les femmes et les hommes. […]
La gauche communautariste, abusée par un antiracisme
dévoyé renforcé par le discours victimaire
des intégristes […] ferme les yeux sur les atteintes aux droits
des femmes. Laisserons-nous l’obscurantisme menacer ces libertés
qui sont le fruit de luttes historiques ?
Seule la laïcité, féministe et républicaine, peut répondre
à l’offensive des intégrismes.
Manifeste laïque, féministe, républicain, le 1er mai 2005
Depuis ses origines, le féminisme se situe presque naturellement à gauche, cette gauche caractérisée comme le parti du mouvement, de la transformation sociale, opposée à des courants de droite définis comme conservateurs, voire réactionnaires. Par ailleurs, l’engagement féministe est très souvent conjoint à des engagements associatifs, politiques et syndicaux allant dans le sens de l’égalité, de la justice sociale, de la défense des droits humains, des minorités… En lien étroit avec ce positionnement progressiste, le féminisme est supposé laïque et bien représenté dans la mouvance qui défend la laïcité. Mais est-ce si simple ? La gauche peut se montrer antiféministe ; et il existe des féministes de droite. Le camp laïque peut entrer en conflit avec le féminisme ; le féminisme peut prendre des déclinaisons religieuses, compatibles ou pas avec la laïcité à la française.
En réaction à l’antiféminisme de gauche, Robin Morgan, fondatrice de WITCH, déclare le 9 février 1970 : « Women are the real left. » Les femmes (en mouvement) sont la vraie gauche : sous-entendu, la gauche trahit son idéal en négligeant la cause des femmes. Si la plupart des féministes se sentent de gauche, elles ne ménagent pas la gauche. De multiples slogans dans les manifestations du Mouvement de libération des femmes en témoignent. Les femmes doublement engagées comme militantes sont bien placées pour observer les insuffisances des partis de gauche. La socialiste Yvette Roudy par exemple éprouve le besoin de créer en 1992 l’Assemblée des femmes, pour la promotion des femmes en politique. Elle critique son propre camp, le Parti socialiste. Un peu plus tard, Lionel Jospin aura une petite phrase indiquant qu’il est évidemment féministe puisqu’il est de gauche. La gauche a depuis longtemps des associations féminines qui relaient en partie la dynamique féministe à l’intérieur des partis. Le Parti communiste a ainsi eu l’Union des femmes françaises (1944), devenue en 1997 Femmes solidaires (lié à Clara Magazine), se revendiquant du féminisme. La famille gaulliste s’y est mise avec Femmes Avenir (1965) tandis que la démocratie-chrétienne bénéficiait d’actives équipes féminines. Il n’en demeure pas moins que pour la gauche, « le féminisme est par essence une idée de gauche » et que quand il se manifeste à droite, il ne s’agit que d’une récupération tactique, souvent doublée d’une grave incompréhension de ce qu’est réellement le féminisme.
On peut enregistrer toutefois de petits changements à l’heure de la troisième vague. Le contexte y est pour beaucoup. Des femmes politiques de gauche et de droite ont éprouvé le besoin de s’unir pour faire progresser la place des femmes dans la vie politique (« Manifeste des dix pour la parité » dans L’Express en 1996). Des causes communes existent et la dénonciation du sexisme vient de l’intérieur de chaque parti. À droite, Roselyne Bachelot-Narquin s’est illustrée par la vigueur de ses réactions.
Il n’existe pas de ligne unique d’un féminisme de droite (pas plus qu’il n’en existe une à gauche), mais une pluralité de groupes, de prises de positions individuelles, de sensibilités recoupant les divers courants de la droite. Il est donc un peu schématique d’avancer que le premier serait plus différentialiste* que le second, même si ce n’est pas faux. « L’égalité dans la différence », dont se réclame par exemple Simone Veil, reflète bien cette sensibilité. Lydia Guirous, militante sarkozyste et fondatrice de l’association Future, au féminin, a un positionnement différentialiste : son féminisme veut faire entendre une voix féminine, supposée différente. La posture libérale* a un certain nombre de conséquences telles que le refus de la « victimisation » des femmes, au point de prétendre que le sexisme n’existe pas… La limite de ce féminisme déclaratif est vite atteinte. Citons par exemple les deux députées UMP membres de la Délégation aux droits des femmes de l’Assemblée nationale qui ont dénoncé la dénonciation du sexisme des députés dans les médias, en 2011 (Bérengère Poletti et Valérie Boyer). Ou Lydia Guirous qui prétend que le 8 mars – « journée de la femme » – « continue à entretenir la victimisation des femmes dans la société et la stigmatisation des hommes. Si le mouvement féministe était aussi égalitaire qu’il le prétend, il devrait également promouvoir une journée de l’homme » (2012). Tout en se disant féministe, Future, au féminin, s’en prend aux féministes. Ainsi, le scandale des prothèses mammaires défectueuses est une « défaite du féminisme » qui n’a pas permis aux femmes d’assumer leur corps. Les femmes sont toujours « victimes de leurs propres turpitudes ». À ce niveau de négation de la domination masculine, on est en droit de se demander s’il n’y a pas usurpation de l’étiquette féministe. Vraies, fausses féministes ?
Les féministes de droite procèdent à une célébration appuyée des réussites féminines dans tous les domaines, qui dessine en creux une vision méritocratique du social. On a là un salto par rapport au passé. La droite et l’extrême droite récupèrent « l’indifférence au sexe* » – au nom de l’égalité – tandis que la gauche estime qu’il faut prendre en compte la variable genre* et pourquoi pas entreprendre des politiques d’actions positives (affirmative action) pour pousser la promotion des femmes à mérite égal avec les hommes. La notion d’indifférence au sexe fut longtemps une position radicalement féministe puisqu’elle impliquait de détacher la femme de son rôle familial pour la reconnaître comme un individu. Cette façon de voir rencontrait une vive hostilité chez les conservateurs, familialistes et anti-individualistes par principe.
La posture libérale de droite a des conséquences également sur le plan socio-économique : le droit au travail des femmes est équilibré par le rappel des devoirs maternels et surtout, l’État ne doit pas se faire trop interventionniste. Si le pouvoir économique était mieux partagé, le monde irait mieux. Pour aider les femmes à entrer dans les conseils d’administration, le Women’s forum – surnommé le « Davos au féminin », réunit chaque année à Deauville des femmes de très nombreux pays actives dans le monde des affaires. Une initiative lancée en 2005 par Aude Zieseniss de Thuin, une entrepeneure. Le titre de son livre résume son credo féministe : Femmes, si vous osiez ! (2012). Le féminisme de droite se veut « pragmatique », en opposition au féminisme de gauche perçu comme « idéologique ».
L’une des oppositions majeures entre les deux courants reste la place accordée à l’amélioration du sort de la majorité des femmes, salariées, au chômage ou retraitées. Pour la gauche, l’égalité professionnelle est une des grandes missions historiques du féminisme dont « À travail égal, salaire égal » est un des plus vieux slogans. Or les avancées dans ce domaine sont dépendantes de l’importance que l’on donne au dialogue social tripartite (État, syndicats, patronat) et à la régulation par l’État. Une nette différence se dessine ainsi entre le gouvernement de droite (2007-2012) sans ministre des Droits des femmes, et le gouvernement de gauche mis en place en 2012, qui affiche l’égalité professionnelle comme une priorité. Il faut dire que la différence entre les salaires bruts masculins et féminins dépasse les 25 % et que l’écart se creuse pour les retraites. Le Laboratoire de l’égalité fondé en 2010 se spécialise dans ces questions où il apporte son expertise. Il s’appuie sur un secteur ancien et reconnu de la sociologie dédiée à la division sexuelle du travail, à la condition économique des femmes – autour de Margaret Maruani et de la revue qu’elle a créée, Travail, Genre et sociétés. Le genre a en revanche tardé à être pris en compte en économie.
Les inégalités au travail sont bien évidemment aussi un domaine de réflexion et d’action pour les syndicats. En 2010, la mobilisation contre la réforme des retraites a permis une prise de conscience féministe. Dans une perspective libérale, on peut toujours admettre qu’une part de l’inégalité est normale puisqu’elle correspondrait à des choix faits par les femmes (orientation, métiers, temps partiel choisi, interruptions volontaires pour élever les enfants…). Des féministes rétorqueront que ce sont l’éducation, l’organisation familiale et la structure même du marché du travail qui piègent les femmes et les condamnent à des revenus nettement inférieurs à ceux des hommes. Les constats de Brigitte Grésy, inspectrice générale des affaires sociales, dans son Petit Traité contre le sexisme ordinaire (2009), sont largement partagés. Et une partie de l’inégalité des salaires (autour de 10 %) ne s’explique pas autrement que par le sexisme.
Il est de bonne guerre (politique, pour la gauche) mais de mauvaise foi (intellectuelle) de nier l’existence d’un féminisme de droite. Pour autant, il s’agit de l’identifier correctement. Or la confusion règne. C’est plutôt bon signe pour le féminisme jugé digne d’être récupéré comme signe de modernité. Mais le signe peut être en complet décalage avec l’orientation politique et peut tromper. Aux États-Unis, Sarah Palin, hostile à l’avortement et à l’éducation sexuelle, se dit féministe. Et selon le Laboratoire de l’égalité, la candidate du Front national à l’élection présidentielle était en 2012 l’une des personnalités les mieux à même de mettre en œuvre l’égalité femmes-hommes, après François Hollande, mais très près de Nicolas Sarkozy (23 % pour le premier, 14 % pour le deuxième et 13 % pour la dirigeante du FN). Il y aurait un effet de genre qui créerait dans l’opinion un a priori positif envers les candidates, et surtout une confusion entre être une femme politique et être féministe. Marine Le Pen peut ainsi passer pour une « nouvelle icône féministe » (www.lexpress.fr, 22 février 2012), ce qu’elle n’est assurément pas (cf. Caroline Fourest, Fiammetta Venner, Marine Le Pen, 2011).
« Droits des femmes : les petits arrangements
de Nicolas Sarkozy », Les droits des femmes passent
par la gauche, 4 mai 2012
À l’initiative de Caroline de Haas (Osez le féminisme, Parti socialiste), des féministes démystifient le discours du président sortant.
« “La République doit protéger les femmes contre les violences et notamment contre les violences conjugales.”
PROBLÈME. La loi contre les violences faites aux femmes, votée grâce à l’engagement de députées de gauche […], n’est toujours pas appliquée. Pire, de nombreuses associations qui accueillent les femmes victimes de violence voient leurs subventions baisser chaque année depuis 2007. Certaines sont menacées de fermeture. “Aucune femme ne doit avoir à choisir entre son projet pro et son choix de vivre une maternité.”
PROBLÈME. En France, en 2011, 50 % des femmes voient leur situation professionnelle changer à l’arrivée d’un enfant contre seulement 15 % des hommes. Pour permettre aux femmes d’articuler vie professionnelle et vie familiale, le seul moyen est de parier sur la parentalité : faire de l’égalité femmes-hommes dans les familles une priorité. En encensant comme il le fait les “mères de famille”, qualifiant même leur rôle de “sacré”, Nicolas Sarkozy montre qu’il a une vision des femmes profondément réactionnaire.
Nicolas Sarkozy : “Je m’étais engagé en 2007 à ce qu’il y ait 200 000 places de crèches et de solutions de garde : c’est ce que nous avons fait.”
FAUX. Le collectif “Pas de bébé à la consigne” rappelle que “c’est en réalité 40 000 places que Madame Bachelot a confirmées” en précisant qu’elles seraient “occupées” par 96 000 bébés. Chaque place, désormais rebaptisée “solution d’accueil”, est donc attribuée à 2,5 bébés, “forçant de nombreuses familles à accepter un accueil à temps partiel.” Le collectif souligne également, concernant les “solutions de garde” dont parle Nicolas Sarkozy que cette augmentation “repose essentiellement sur l’accroissement de la responsabilité des assistantes maternelles par l’élargissement de l’agrément à quatre enfants au lieu de trois”.
Signez l’appel “Les droits des femmes passent par la gauche” et diffusez-le autour de vous ! »
http://lesdroitsdesfemmespassentparlagauche.wordpress.com.
En ce qui concerne la laïcité, cette dernière est en France un des identifiants majeurs du féminisme le plus militant, le plus assumé, et ce, depuis la première vague et ses militantes de choc républicaines et franc-maçonnes. Pour elles, la neutralité de l’État, en matière religieuse, garantit les droits des femmes. Allant au-delà de la simple laïcité, qui suppose aussi le respect de toutes les opinions religieuses et philosophiques, un certain nombre d’entre elles sont anticléricales : au début du XXe siècle, il s’agit pour elles de combattre l’emprise catholique sur les consciences féminines, sur l’éducation, le travail sanitaire et social et le modèle de genre défendu par l’Église : la femme au foyer, le mari chef de famille. Dès cette époque pourtant, on ne peut affirmer que le féminisme est entièrement conquis par la laïcité. Le discours féminolâtre de certains auteurs catholiques fait des adeptes. Par ailleurs, existe déjà la volonté d’interroger les textes et les pratiques des religions monothéistes. Et les protestants vont très loin assez vite en acceptant les femmes au pastorat.
À l’aube du XXIe siècle, annoncé comme religieux, et alors que le retour aux religions se confirme, comment le féminisme se situe-t-il ? La revue Prochoix apporte sa vigilance sur cette question, rappelant combien les acquis récents, tels que la contraception, l’avortement ou le pacs, sont combattus par les intégristes de tous bords religieux. L’Église catholique se montre inflexible, de Jean-Paul II à Benoît XVI, sur tous ces nouveaux droits. En France, Christine Boutin porte ce courant d’idées dans la vie politique. En face, les associations féministes s’y opposent, avec de nouveaux groupes tels que les Panthères roses (nées en 2002). Mais dans le monde de l’après-11 septembre, et dans une France marquée par la guerre civile qui a martyrisé l’Algérie dans les années 1990, c’est plutôt autour de l’islam et de l’islamisme que s’organise la controverse. La droite au pouvoir depuis 2002, avec un Front national réalisant des scores élevés, récupère des thématiques féministes pour mieux justifier la politique migratoire et bâtir son discours sur l’identité nationale. L’Autre de ces années-là est musulman-e. Son signe majeur est féminin : c’est le voile. Les féministes, qui n’avaient rien demandé, se retrouvent alors dans deux camps opposés, dans une longue controverse à propos de la proposition de loi sur les signes religieux ostentatoires à l’école (loi de 2004), qui reprend avec la burqa (loi de 2011). D’autres sujets tels que les horaires spécifiques pour les femmes dans les piscines, ou les demandes de soins délivrés exclusivement par des femmes, agitent également l’opinion. La laïcité, dont il était peu question depuis les années 1980, revient donc dans le débat, et ce particulièrement chez les féministes.
À propos de la loi de 2004, la laïcité est invoquée comme une nécessité dans l’espace scolaire, dont la neutralité doit protéger les élèves, de plus en plus divers sur le plan de leurs origines et de leur confession. Contre le voile intégral, une nouveauté sur le territoire français, s’élèvent encore de nombreuses voix laïques, guidées par les principes de liberté et d’égalité. Élisabeth Badinter, Ni Putes ni soumises parlent fort. Anne Zelensky, encore plus fort. Avec Riposte laïque (un site créé en 2007), et au nom du danger de ce qu’elle appelle avec l’extrême droite « l’islamisation », elle prône une intransigeance absolue, une priorisation par les féministes de la lutte contre l’islam. Et elle le dit, en tant que « féministe historique » dans un « apéro saucisson-pinard » ultra-nationaliste (18 juin 2010, quartier de la Goutte-d’or à Paris) ou à la tribune des Assises contre l’islamisation de l’Europe, au nom de la Ligue du Droits des femmes, aux côtés du Bloc identitaire (18 décembre 2010, avec une autre féministe, Michèle Vianès, présidente fondatrice de Regards de femmes). Ces alliances sont réprouvées massivement par les féministes, qui distinguent bien islamophobie (terme au demeurant discuté) et lutte contre l’islamisme. Beaucoup d’entre elles, laïques, voient aussi dans ce débat une pure tactique politicienne – les burqas, par ailleurs rares, ne détournent-elles pas l’attention des vrais problèmes économiques et sociaux ? Une manière de passer pour féministe à coût zéro ? Un piège tendu par le pouvoir ? Contre l’argument laïque brandi par les féministes s’élève un nouveau courant, né de l’opposition à l’exclusion de jeunes filles voilées de l’école : le Collectif des féministes pour l’égalité. Cette mouvance reçoit le soutien de quelques intellectuel-le-s féministes – celui d’une féministe historique, Christine Delphy, de Françoise Gaspard – mais aussi de la Ligue des droits de l’Homme et des Verts, qui, selon la féministe Caroline Fourest, succombent à la « tentation obscurantiste », titre de son essai paru en 2006, un an après qu’elle ait reçu le prix national de la laïcité avec Fiammetta Venner.
G.A.R.Ç.E.S, contre le racisme (2012)
« Marine Le Pen : “J’entends de plus en plus de témoignages sur le fait que, dans certains quartiers, il ne fait pas bon être femme, ni homosexuel, ni juif, ni même français ou blanc.” (11 décembre 2010).
Claude Guéant (alors ministre de l’Intérieur) : “Toutes les civilisations ne se valent pas […] celles qui défendent la liberté, l’égalité et la fraternité, nous paraissent supérieures à celles qui acceptent la tyrannie, la minorité des femmes […].” (4 février 2012).
Être féministe, c’est aussi combattre le racisme
En ces temps de xénophobie décomplexée, nous réaffirmons le positionnement de G.A.R.Ç.E.S en tant que collectif féministe et LGBTQQI* a-partisan, unitaire, radical* et de lutte.
Par conséquent, notre collectif se bat aux côtés de toutes et tous les opprimé-e-s, et combat activement le racisme et les politiques de la droite extrême qui banalisent la stigmatisation et l’exclusion des « Autres », et en particulier des étranger-e-s ou personnes envisagées comme telles, des musulman-ne-s, des minorités de genre et sexuelles, des malades et des précaires. […]
En tant que féministes, nous avons un rôle particulier à jouer dans le combat contre le racisme ambiant, car le thème du droit des femmes est instrumentalisé pour nourrir la rhétorique raciste et sécuritaire. Pendant cinq ans, la présidence Sarkozy a insufflé un discours islamophobe, en insinuant que les musulmans sont intrinsèquement sexistes. Ainsi, la droite ne s’est souciée de féminisme que lorsqu’il s’agissait de justifier ses politiques racistes. Le résultat de cet amalgame xénophobe est complètement antiféministe puisqu’il stigmatise et exclut avant tout des femmes. L’accumulation de ces
différentes lois (interdiction du port de la burqa, interdiction pour des femmes voilées d’accompagner leurs enfants en sortie scolaire, interdiction pour les assistantes maternelles de porter le voile, même dans le cadre privé de l’exercice de leur travail, etc.) représente une réelle menace pour la liberté des FEMMES. » http://collectiffeministe.wordpress.com/2012/04/29/les-luttes-feministes-doivent-faire-barrage-au-racisme-et-a-la-droite-extreme.
Les arguments féministes sont présents aussi du côté « pro-voile », qu’il s’agisse du droit des femmes à étudier, du droit de porter un signe religieux distinctif, ou d’afficher un signe identitaire plus politique. De ce côté, le rappel du contexte, raciste et postcolonial*, est fortement souligné, dans le sillage des Indigènes de la République (2005). La présence de femmes voilées dans les réunions féministes, notamment à l’approche des manifestations du 8 mars, entretient le conflit. La laïcité masque-t-elle le nationalisme, le racialisme ? L’affaire alimente un nouveau procès fait à la République française, universaliste* en surface, mais refusant sa diversité et excluante dans les faits (ce point de vue est fréquent chez les féministes états-uniennes, cf. Joan W. Scott, dans The Politics of the Veil, 2007).
Se dessine aujourd’hui un nouveau courant, le féminisme islamique, dans de nombreux pays du monde (le premier colloque international à ce sujet a eu lieu à Barcelone en 2005). En France, issu de groupes de femmes musulmanes françaises, il est encouragé par le climat propice de la troisième vague, celle d’une critique interne du « féminisme historique », revoyant ses orientations à l’aune des textes sur le postcolonialisme et le black feminism (peu connu en France jusqu’à présent), courant qu’incarne bien la philosophe Elsa Dorlin dans le champ universitaire. Le féminisme islamique se réfère aux valeurs des féministes : liberté, autonomie, égalité mais s’inscrit dans le champ religieux. L’une de ses représentantes est actuellement Zahra Ali, une jeune sociologue à l’École des hautes études en sciences sociales.
Les féminismes d’inspiration religieuse, s’intéressant au commentaire des textes sacrés pour en faire une lecture non sexiste, ne datent pas d’aujourd’hui et ne sont pas nécessairement en désaccord avec le pacte laïque. Le judaïsme, le protestantisme et le catholicisme ont connu et connaissent encore de tels courants. Par ailleurs, des féministes s’intéressent aux spiritualités orientales, ou en élaborent de nouvelles, certaines se référant à une déesse mère symbolisant un autre rapport que les femmes auraient à la terre et à l’humanité : un rapport nourricier et protecteur. C’est une sensibilité féministe – une mystique féministe – qui n’a pas trouvé beaucoup d’écho en France.
À gauche et laïques ? L’idée reçue n’est pas sans fondements. Pour certaines féministes, le féminisme n’est concevable qu’à gauche et laïque. L’opinion suit. Mais on ne peut ignorer les variantes du féminisme pensées dans d’autres cadres idéologiques et philosophiques. Qui détient le pouvoir de définir le féminisme ? Et de prononcer des exclusions ? Là est la question de fond, qui s’éclaire en analysant les rapports de forces internes à un moment donné dans le champ militant mais aussi intellectuel et médiatique.
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