Le livre commode des adresses de Paris pour 1692, tome 1/2
[3] «Au coin de la rue Macon.»…
Ce chapitre est long, il est donc découpé en 2 parties.
[3] «Au coin de la rue Macon.» Edit. 1691, p. 32.
[4] «Quartier Sainte-Opportune.» Ibid.
Les uns et les autres vendent en gros et en détail, généralement tout ce qui peut faire le sujet des opérations de la Pharmacie et de la Chimie, à l’exception de quelques métaux dont il sera parlé dans un chapitre à part; de la plûpart des herbes qui sont vendues dans les Halles et Marchez par les Herboristes, et des fleurs qu’on trouve dans leurs temps le matin, rue aux Fers près saint Innocent, ou chez les Fleuristes ou Bouquetières.
Les Maitres et Gardes en Charge de l’Apoticairerie, sont Messieurs Clément à l’Hôtel de Soissons; Gaillard, rue saint Honoré près saint Roch, et Martel, rue saint Avoye.
Et ceux de l’Epicerie et Droguerie sont Messieurs Harland, rue saint Jacques de la Boucherie; Boudet, rue saint Martin; et Chabouillé, rue de la Cordonnerie.
Les Apoticaires et les Epiciers qui ne composent ensemble qu’un même corps, ont leur Bureau au petit cloître sainte Opportune.
Il y a plusieurs Apoticaires de cette Communauté qui se piquent d’avoir chez eux un grand assortiment de préparations Chimiques et Pharmaceutiques: par exemple,
Messieurs Geoffroy, ruë Bourtibourg[5], et Bolduc[6], rue des Boucheries saint Germain, qui opère au Jardin Royal des Plantes.
[5] Mathieu-François Geoffroy, qui avoit été échevin en 1785. Il se
tenoit chez lui des assemblées de savants, dont Fontenelle, dans
l’éloge qu’il écrivit de son fils, a fait ressortir toute
l’importance (t. VI, p. 487): «M. Cassini, dit-il, y apportoit ses
planisphères, le P. Sébastien ses machines, M. Joblot ses pierres
d’aimant, M. Du Vemey y faisoit ses dissections, et M. Homberg des
opérations de chymie… Ces conférences parurent si bien entendues
et si utiles, ajoute-t-il, qu’elles furent le modèle et l’époque de
l’établissement des expériences de physique dans les colléges.»
Lister, au chapitre XI de son Voyage à Paris, a décrit ainsi
l’apothicairerie de Geoffroy: «Elle est, dit-il, dans la rue
Bourgthibourg: l’entrée de la basse-cour est par une porte cochère
avec des niches, où sont de grands vases de cuivre. Quand vous êtes
entré, vous trouvez des salles ornées d’énormes vases et de mortiers
de bronze, qui sont là autant pour la parade que pour l’usage. Les
drogues et les préparations sont en des armoires rangées autour de
ces pièces. Sur les derrières sont des laboratoires très-propres et
parfaitement montés.» Lister parle ensuite du fils de Geoffroy,
qu’il avoit vu en Angleterre, où il étoit allé avec le comte de
Tallard. Il le considère comme un jeune homme de la plus belle
espérance, ce qu’il ne démentit pas. Il arriva, comme médecin, à
l’Académie des sciences, et, nous l’avons dit, Fontenelle fit son
éloge.
[6] Saint-Simon, dont il étoit l’apothicaire, en faisoit le plus grand
cas: «C’étoit, dit-il (Mémoires, édit. Hachette, in-18, t. VI, p.
238), un excellent apothicaire du Roy, qui, après son père, avoit
toujours été et étoit encore le nôtre avec un grand attachement, et
qui en savoit pour le moins autant que les meilleurs médecins, comme
nous l’avons expérimenté, et avec cela beaucoup d’esprit et
d’honneur, de discrétion et de sagesse.»
M. Bourdelin Apoticaire de l’Academie Royale des Sciences, a pareillement une Apoticairerie fort complette dans sa maison rue de Seine à saint Germain des Prez[7].
[7] Claude Bourdelin, né à Villefranche, près de Lyon, en 1621, mort à
Paris en 1699. Il fut, comme chimiste, de l’Académie des sciences,
dès sa fondation en 1666. Fontenelle, qui a écrit son éloge (t. VI,
p. 48-50), dit «qu’il fit voir à l’Académie près de deux mille
analyses de toutes sortes de corps.» Il le vante aussi, comme
apothicaire, «pour l’exacte et fidelle préparation des remèdes,
qu’il distribuoit, dit-il, à tout le monde, à un prix égal et
très-modique.»
Il en est de même de M. Habert Syndic en Charge des Apoticaires des Maisons Royales, qui fait souvent des Cours publics de Chimie en son Laboratoire, nie du Four à saint Germain des Prez.
M. Rouviere Apoticaire ordinaire du Roy et des Camps et Armées de Sa Majesté[8], qui n’est pas moins curieux dans sa profession et qui a fait deux préparations publiques de la Theriaque d’Andromachus[9] avec un applaudissement général, vend d’ailleurs une Eau vulnéraire qui est d’un très grand effet dans les playes d’arquebusade, ruë saint Honoré près saint Roch[10], où il a une boutique d’une propreté extraordinaire.
[8] Il fit un cours public de chimie, en 1706, au Jardin des
Apothicaires, rue de l’Arbalète, près de la rue Mouffetard. On lui
dut plusieurs découvertes. Il étoit, d’après l’Etat de France de
1692, p. 354, non-seulement apothicaire «des camps, hôpitaux et
armées», mais aussi du Dauphin. Il se faisoit appeler Henry de
Rouvière.
[9] On attribuoit, d’après Galien (_De antidotis_, lib. I), la
composition très-compliquée de la Thériaque, dont le nom venoit de
la morsure des bêtes venimeuses, thêra, qu’elle guérissoit, au
médecin de Néron, Andromachus. C’étoit une espèce d’opiat ou
d’électuaire liquide composé de drogues choisies, dont on finit par
faire une sorte de panacée. A Venise, les magistrats présidoient à
sa composition. Aussi est-ce de là que venoit, on le verra plus
loin, celle qui inspiroit le plus de confiance. A Paris, comme il
est dit ici, la préparation s’en faisoit chaque année publiquement,
et il en fut ainsi jusqu’à la Révolution. (V. les _Mémoires
secrets_, t. XXVI, p. 246.) Le célèbre Moïse Charas commença sa
réputation par un ouvrage sur le fameux remède: _Thériaque
d’Andromaque, avec des raisonnements et observations nécessaires sur
l’élection, la préparation et le mélange des ingrédients_, Paris,
1668, in-8.
[10] Il avoit, comme confrère et voisin, sur la même paroisse, «un
apothicaire-épicier», Claude-François Péaget, dont il tint sur les
fonts, le 27 décembre 1685, la fille Marie-Charlotte, qui devint la
femme de Crébillon le tragique, et la mère de l’auteur du Sopha.
(Jal, Dict. critique, p. 455.)
M. Lemory[11] célèbre par son livre[12] et par ses Cours de Chimie[13], qui a esté gratifié d’un Privilège du Roy, en faveur de sa conversion[14], continue ses exercices, et la distribution de ses préparations Chimiques, et du sel policrete de M. Seignette, chez luy au bas de la rue saint Jacques[15] où il vend son Livre, qu’on trouve d’ailleurs chez Estienne Michalet près la fontaine saint Severin.
[11] Lisez Lémery. Il s’agit, en effet, du rouennais Nicolas Lémery,
qui fut de l’Académie des sciences, de 1699 à 1715, époque de sa
mort, et, quoique simple apothicaire, y jeta le plus vif éclat.
Parmi ses remèdes, qui furent très à la mode, et qui l’enrichirent,
se trouvoit le magistère de Bismuth, qui, tout seul, eût suffi à
sa fortune. Ce n’est pourtant, comme dit Fontenelle (t. V, p. 393),
«que ce qu’on appelle du blanc d’Espagne»; mais il n’y avoit que lui
qui en eût alors le secret à Paris.
[12] C’est son Cours de chimie publié en 1675, et dont le succès fut
tel que, suivant Fontenelle, «il se vendit comme un ouvrage de
galanterie ou de satire.»
[13] La chimie, science alors nouvelle et par conséquent à la mode,
lui attira l’affluence la plus choisie: «Il en ouvrit, dit
Fontenelle, des cours publics dans la rue Galande, où il se logea.
Son laboratoire étoit moins une chambre qu’une cave et presque un
antre magique éclairé de la seule lueur des fourneaux; cependant
l’affluence du monde y étoit si grande, qu’à peine avoit-il de la
place pour ses opérations.»
[14] Il étoit de la religion, et la Révocation de l’édit de Nantes
l’avoit d’autant plus atteint, que tout protestant y avoit perdu le
droit de s’occuper de la médecine et de ce qui en dépendoit. Lémery
qui, deux ans auparavant, avoit séjourné en Angleterre, songea
d’abord à y retourner avec tous les siens, mais il se décida enfin
pour la conversion, dont on parle ici. Dans les premiers mois de
1686, c’étoit chose faite.
[15] Au coin de la rue Galande. V. l’avant-dernière note.
M. de Blegny fils Apoticaire ordinaire du Roy sur le quay de Nesle au coin de la rue de Guenegaud, tient aussi un assortiment complet de toutes les compositions, extraits, eaux distillées, sels, et Magisteres de la Pharmacie Galenique, et de la Chimie, tant de la préparation de Paris, que de celle de Montpellier, de Provence, d’Italie, etc., aussi bien que les Baumes verts, noirs, et blancs du Pérou, de Judée, etc.[16]
[16] «L’eau générale contre les vapeurs de l’un et l’autre sexe, la
crème de perles qui oste les boutons et rougeurs du visage,
l’opiatte de corail qui entretient la beauté et la bonté des dents;
la véritable eau de la reyne d’Hongrie et le vrai sirop de
capillaires de Montpellier, le chocolat dégraissé, la thériaque de
Venise, le baume apoplectique d’Angleterre, le baume blanc, le baume
vert et le baume du Pérou; la pommade qui amortit les héméroïdes, la
poudre de vipère et les vipères mêmes, la pommade contre les
dartres, les parfums de toutes espèces, les essences de romarin, de
sauge, de rhue, d’anis, de fenouille, et autres essences fortes
venant de Montpellier, la fleur de thé, l’eau impériale et toutes
autres eaux distillées, l’emplastre contre les loupes et ganglions,
le sirop de caffé, la panacée mercurielle, la poudre sternutatoire,
l’huile de palme.» Edit. 1691, p. 19.
C’est le seul artiste à qui les descendans du Signor Hieronimo de Ferranti Inventeur de l’Orvietan[17], ayent communiqué le secret original[18].
[17] C’est un électuaire qui avoit été apporté, en 1647, par le
charlatan d’Orvietto, dont le nom se trouve ici, et qui fut surtout
connu par son surnom Orvietano, qui devint bientôt celui de son
remède. On le croyoit bon surtout contre les poisons et contre les
maléfices. C’est pour cela que le Sganarelle de l’_Amour médecin_
veut en faire prendre à sa fille.
[18] «L’orviétan original d’Italie, dont la dispensation luy a été
communiquée par le seignor Hieronimo Cei, dernier héritier du
secret.» Edit. 1691, p. 19.
Il dispense aussi tous les Remedes achetez et publiez par ordre du Roy.
Une conserve et une liqueur pour la guérison des phtisiques et des poulmoniques[19].
[19] «La conserve balsamique qui guérit presque tous les poulmoniques
en six semaines.» Id., p. 17.
Une tizanne filtrée pour purger doucement et agréablement la bile, la pituite et généralement toutes les superfluitez.
Une Eau vulnéraire qui guérit le Scorbut et les Ulcères de la gorge, les Cancers, les Ecroüelles ulcérées, la Teigne et les Ulcères malins et variqueux des jambes et d’ailleurs[20].
[20] Dans l’édit. précédente, p, 17, c’est à «l’emplâtre
philosophique» que sont attribuées toutes ces vertus.
Une Eau anodine qui appaise avec une promptitude surprenante la douleur des dents, toutes les espèces de Coliques, les Véroliques[21], les Rhumatismes, les Douleurs causées par le mercure, la Sciatique, et les Gouttes des mains et des pieds.
[21] C’étoit la grande clientèle de l’époque. Ceux qui prétendoient la
guérir, faisoient courir par de petits Savoyards, selon Palaprat
dans la préface de sa comédie des Empiriques jouée en 1697, des
billets imprimés du genre de celui-ci: «M. Mercurini, napolitain,
guérit sûrement, promptement, agréablement, et sans obliger à garder
la maison, toutes sortes de maladies secrètes… M. Mercurini voit
les hommes. Madame Mercurini voit les femmes.» Il nous semble bien
que ce sont M. et Mme Blégny, d’autant mieux que l’on trouvera plus
loin un spécifique de leur façon, «qui guérit promptement, sûrement»
lesdites maladies. On a vu, d’ailleurs, plus haut, p. 13, que le
remède de Blégny étoit le mercure, ce qui justifieroit le nom de
Mercurini que lui donne Palaprat.
Une Liqueur de jouvence[22] qui rectifie les constitutions vicieuses, qui désopile les viscères obstruez, qui corrige les deffauts de la digestion, qui guérit radicalement le vertige, la migraine et les vapeurs, qui regle les excrétions, en un mot qui rajeunit comme une espèce de fontaine de jouvence.
[22] Il y a dans le chap. XIII de la 1re partie des _Essais de
médecine_ de Bernier, quelques lignes contre «une eau de Jouvence»,
qui pourroit bien être cette liqueur de Blégny.
Une Eau dissenterique d’une vertu infiniment audessus de la Racine emétique, puis que sans faire vomir ni causer la moindre incommodité, elle arrête infailliblement en une ou deux prises toutes sortes de cours de ventre, de flux de sang et de dyssenteries.
Un Spécifique infaillible pour prévenir et pour guérir promptement, seurement et infailliblement les Maladies Vénériennes.
Des grains et des liqueurs balsamiques pour la guérison des gonorrhées, des pertes blanches, de l’impuissance venerienne, de l’incontinence d’urine[23], etc.
[23] «Des grains balsamiques qui préviennent et qui rectifient toutes
espèces de pourriture intérieure, qui consolident les ulcères des
reins, des urètres, de la vessie et du canal urinaire, qui arrêtent
les gonorrhées habituelles, qui fortifient tous les nerfs, qui
réparent l’impuissance de Venus, qui épuisent les pertes blanches,
et qui contribuent très-efficacement à la guérison des descentes et
des paralisies.» Edit. 1691, p. 16-17.—Cet article y est précédé de
celui-ci: «les grains dépuratifs, qui dépurent la masse du sang, qui
desobtruent les viscères et les vaisseaux sanguinaires, qui règlent
toutes les fonctions naturelles, qui amortissent les levains et qui
abaissent les vapeurs, enfin qui corrigent tous les vices habituels
d’une mauvaise constitution.»
Une Epreuve végétale[24] qui guérit à jamais la douleur et la carie des Dents.
[24] «Une essence végétale…» Id., p. 17. On y lit à la suite de
cet article: «l’eau rouge de la reine d’Hongrie, qui appaise les
douleurs de la goutte et des rhumatismes en fortifiant toutes les
parties… le sirop de vanille, qui a une propriété singulière
contre la toux et contre les fluxions de poitrine. L’antidote
universel qui survient (subvient) à toutes les maladies des pauvres
gens et de leurs bestiaux. Le sirop de thé fébrifuge qui arrête sans
retour, en très-peu de prises, toutes les espèces de fièvres
intermittentes. Le Trésor d’Esculape, qui contient dans un
très-petit volume une excellente panacée et divers autres remèdes
expérimentez, pour survenir (subvenir) à toutes les occasions
pressantes et subites.»
Une Eau hysterique qui abaisse les vapeurs des femmes et qui les delivre sur le champ des plus violentes suffocations et de la plupart des mauvais travaux.
Les Eaux d’Ange[25], de Cordoüe, d’Amarante, de fleurs d’Oranges, de Thim, et généralement les Eaux odoriférantes et medecinales qui servent aux cassolettes philosophiques, pour parfumer et des-infecter les chambres, et pour guérir les maladies de sympathie[26].
[25] On l’appeloit ainsi, parce que c’étoit l’eau de senteur par
excellence, l’eau des Anges. On la faisoit avec de l’iris de
Florence, du benjoin, du storax, du sental citrin, etc., sur
lesquels on versoit des eaux de rose et de fleurs d’orange
distillées.
[26] Cet article est beaucoup plus curieux dans l’édit. de 1691, p.
17, surtout pour les «cassolettes philosophiques.» Blégny, comme on
va voir, ne les appelle alors que «cassolettes royales.» Il parle
d’abord d’une sorte d’appareil pour le café et le chocolat, dont
l’invention rappelle singulièrement celle de nos «caléfacteurs», et
devoit être d’une grande commodité pour les gens qui aimoient comme
certain gourmet de Regnard à porter «cuisine en poche.» Voici ces
deux articles: «les caffetières et chocolatières portatives, qui
n’occupent à peine qu’une seule poche, et ne laissent pas de
contenir tout ce qu’il faut de thé, de caffé, de chocolat et de
sucre pour faire trois prises de chaque boisson, la lampe, le
fourneau, l’esprit de vin, le fusil, les gobelets, les soucoupes,
les cuillères, etc.—Les cassolettes royales, par lesquelles on
réduit très-agréablement et très-utilement en vapeur les eaux
d’Ange, de Roses, de Cordoue, de fleurs d’Orange et d’Amaranthe,
pour parfumer et désinfecter les chambres sans fumée et à très-peu
de frais, au moyen d’une lampe à esprit de vin, audessus de
laquelle on place sur deux petites consoles de cuivre, un globule de
cristal ayant un bec alongé, par lequel ces liqueurs sont attirées
au-dedans du globule dès qu’on lui a fait ressentir quelque chaleur
que ce soit, et par lequel aussi elles sont ensuite exhalées en
vapeur presque imperceptibles, par la flamme de la lampe, qui les
fait bouillir jusqu’à leur entière consommation sans casser le
globule, ce qui est d’un effet fort plaisant, mais principalement
pour les malades, à qui l’on peut faire respirer par ce moyen un air
chargé de liqueurs médicamenteuses qui conviennent à leurs
indispositions.»
Plusieurs Remèdes infaillibles pour guerir très promptement les Decentes, sans opération, sans rien prendre par la bouche, et quelquefois sans bandage[27] ou sans retraite[28].
[27] V. sur les bandages ou brayers, depuis le moyen-âge jusqu’au
XVIIe siècle, le Vieux-Neuf, 2e édit., t. I, p. 134, et plus haut
p. 13.
[28] «A cause de quoy il a pareillement établi la manufacture royale
des bandages à vis et à ressort qui arrêtent les descentes que les
bandages ordinaires ne peuvent arrêter, et qui contribuent beaucoup
par cet assujétissement à la guérison de ces maladies.» Edit. 1691,
p. 16.
Une Eau diûrétique pour la dissolution et l’expulsion des glaires, du gravier et de la pierre des reins et de la vessie, et un grand nombre d’autres spécifiques expérimentez pour les maladies des yeux, la sourdité, les bourdonnemens d’oreilles, les ulcères du nez, les loupes, les signes, les porreaux, etc.
Une Eau et un Sel fébrifuges, qui guérissent les fièvres sans retour en très peu de prises.
Tous ces Remèdes sont distribuez dans des bouteilles et boëttes cachetées[29], sur lesquelles on fait coller l’imprimé qui enseigne leurs vertus et leurs usages[30].
[29] Ces boîtes étoient toujours très-soignées, aussi disoit-on
proverbialement: propre comme une boîte d’apothicaire. C’est ce
qu’au temps de Rabelais on appeloit des Silènes: «Silenes
estoyent, dit-il (Liv. I, prologue), petites boytes, telles que
voyons de présent ès bouticques des apothecaires, paintes au dessus
de figures joyeuses et frivoles, comme des harpyes, satires, oysons
bridez, lièvres cornuz, canes bastées… et aultres telles
painctures contrefaictes à plaisir pour exciter le monde à rire…
mais au dedans, l’on reservoit ces fines drogues, comme baulme,
ambre gris, amomon, muscq, zivette…» Silènes passoient aussi
pour boîtes à secret. Erasme se servit du mot dans ce sens,
lorsqu’il fit, en 1527, son petit livre les Silènes d’Alcibiade.
(V. le Bulletin du bibliophile, 1857, p. 152.)
[30] On ne fait pas autrement aujourd’hui pour les boîtes de pâte de
Regnault, et autres.
Une personne solvable qui connoit la vertu de ces Remedes, s’oblige quand on le veut d’en payer la valeur en l’acquit des malades en cas qu’ils ne guérissent pas, pourvu qu’ils conviennent de les payer au double pour une parfaite guérison.
Le Sieur Fillesac, rue de la Bucherie joignant les Ecoles de Medecine, vend toutes sortes d’Eaux minérales artificielles[31].
[31] «On trouve d’ailleurs des eaux de Forge, rue de la Truanderie, au
bureau du Messager de Forge.» Edit. de 1691, p. 19.—Les eaux
minérales artificielles sont vivement moquées par Bernier dans ses
Essais de médecine, 1re part, chap. XIII. On les fait, dit-il,
avec beaucoup d’eau pure et un peu de vitriol—nous dirions
aujourd’hui d’acide sulphurique;—or, les limonades gazeuses ne se
font pas aujourd’hui autrement. Les eaux minérales de Fillesac
n’étoient donc qu’une sorte de limonade gazeuse. On trouve un
curieux prospectus imprimé de sa drogue en bouteille dans les Mss.
de la collection Delamarre, nº 21, 738, ad finem. Un certain
Barbereau, que La Bruyère a désigné par B. B. dans son chapitre _des
Jugements_, § 21, lui fit concurrence. Dès 1670, il étoit connu.
Nous trouvons aux Mss. de la Bibl. nat., dans un des registres du
Secrétariat, une permission, en date du 12 avril 1670, donnée «au
sieur Barbereau, médecin ordinaire du Roy, de vendre et debiter les
remèdes de son invention.»
Les Eaux distilées, le Cristal minéral, la Crême de tartre, le Sel policreste ordinaire, et généralement les Drogueries Chimiques se vendent en gros chez le Sieur Courtier au cul de sac des petits Carreaux.
Les huiles d’amandes douces, de noix, de semences froides, de pavôts, et autres tirées sans feu, sont extraites et vendues aux Apoticaires et Droguistes par un Epicier qui demeure rue Montmartre près l’égout, et par un autre qui demeure au carrefour saint Benoist, quartier saint Germain.
Les essences fortes et les huiles grasses de Provence et de Montpellier sont commercées par le Sieur Verchant devant saint Honoré, et par les Provenceaux du cul de sac saint Germain l’Auxerrois[32].
[32] Ce cul-de-sac existe encore presque en face du chevet de
Saint-Germain-l’Auxerrois, rue de l’Arbre-Sec. Après avoir quatre ou
cinq fois changé de nom depuis le XIIIe siècle, il prit, pour ne
plus le quitter, celui de Cul-de-sac des Provençaux, qu’il doit
aux marchands d’huiles et d’essences de Provence, que nous trouvons
ici, et dont il sera reparlé.
L’Esprit de vin est commercé en gros à la devise Royale, sur le quay de Nesle; chez le Sieur Butet, devant saint Roch; et chez la veuve des Barres, rue S. André.
Les Eaux de vie sont aussi commercées en gros par ledit sieur Butet, et encore par les Sieurs Hazon, rue saint Martin[33], et Frotin, rue des Canettes.
[33] La famille Hazon étoit d’Orléans, dont les eaux-de-vie furent si
longtemps célèbres. C’est le père de celui que nous trouvons ici,
qui avoit osé répondre à Colbert l’interrogeant, lui et les
négociants de Paris et des villes voisines «sur le moyen de rétablir
le commerce:—Je vous dirai franchement, Monseigneur, que, lorsque
vous êtes venu au Ministère, vous avez trouvé le chariot renversé,
et que, depuis que vous y êtes, vous ne l’avez relevé que pour le
renverser de l’autre côté.» Le ministre fit grise mine, ce qui
empêcha non-seulement Hazon d’achever, mais les autres de rien dire.
(Amelot de la Houssaye, Mémoires histor., t. II, p. 365.)
Le Sieur Guyon Apoticaire Epicier à la place Maubert, et un autre au cimetiere saint Jean, font venir des vipères en vie de Poitiers[34].
[34] La vipère entroit pour une grande part dans les préparations de
la polypharmacie du XVIIe siècle, surtout dans celles qui devoient
combattre la blessure même faite par la morsure des vipères. C’étoit
de l’homœopathie par anticipation. Il entroit aussi des trochiques
de vipères dans la composition de la thériaque. L’apothicaire
Charas, dont nous avons parlé, p. 167, et qui fut si célèbre, avoit,
pour cela, donné à sa boutique de la rue des Boucheries, au coin de
celle du Cœur-Volant, des Vipères d’or pour enseigne. Cette
apothicairerie fameuse, dont le titulaire étoit encore un Charas en
1777, n’a cessé d’exister qu’au commencement de ce siècle.
M. Alary Apoticaire[35] privilegié du Roy, qui (par l’infidelité de ses Commis) s’est trouvé mal des Bureaux qu’il avoit établi dans les Provinces, pour la distribution de ses tablettes fébrifuges[36], et de son Sirop purgatif de la bile, ne laisse pas d’en continuer la distribution chez luy au bout du pont saint Michel devant le quay des Augustins à l’enseigne du Page du Roy.
[35] «De Grou en Provence.» Edit. de 1691, p. 18.—Son fils, l’abbé
Alary, fut de l’Académie française, et président du club
philosophique, qui se tenoit chez lui, à l’entre-sol de l’hôtel du
président Hénault, place Vendôme, d’où lui étoit venu le nom de
Club de l’entre-sol. L’abbé de Longuerue l’avoit stylé à
l’érudition: «Il se mit, dit le marquis d’Argenson, dans ses
Mémoires (édit. Jannet, t. I, p. 65), il se mit à dicter à l’abbé
Alary, qui n’étoit alors qu’un petit garçon, fils de son
apothicaire, trop heureux d’écrire sous lui.»
[36] «A cinq sols la prise.» Edit. 1691, p. 18.
Ledit Sieur Alary se propose de publier bien tot un spécifique pour les fièvres continues, pour la pleuresie, etc., qui agira avec une promptitude extraordinaire[37].
[37] L’édit. de 1691, p. 32, donne un article que celle-ci ne
reproduit pas: «le sieur Soubiron, apoticaire, rue de la
Vieille-Monnoie, et le sieur Andry, apoticaire-épicier, au carrefour
de l’Ecole, vendent des drogues et compositions pour les maladies
des chevaux.»
On vend rue saint Denis à l’enseigne de la Providence près la rue des Précheurs, une pomade qui répare tous les deffauts de la peau du visage, et qui donne une fort grande fraicheur au teint.
PENSION POUR LES MALADES.
Cette pension est une nouvelle commodité qu’on a procurée au public depuis deux ans. Ceux qui sçavent ce que les Officiers, les Provinciaux et les Etrangers souffrent, depensent et risquent dans les Auberges de Paris, lorsqu’ils y tombent malades, en comprendront facilement l’utilité, sur tout lors qu’ils apprendront que cette Pension est placée à Pincourt[1], c’est à dire dans une grande et belle rue qui étoit n’aguère un hameau, qui fait maintenant partie des Fauxbourgs de Paris[2], et qui se trouve entre la porte saint Louis[3] et la porte saint Antoine[4].
[1] C’est-à-dire Popincourt, qui devoit son nom, qu’il a repris tout
entier, à la maison qu’y possédoit M. Jean de Popincourt, premier
président du Parlement, de 1403 à 1413.
[2] C’est vers la fin du règne de Louis XIII qu’il avoit été réuni au
faubourg Saint-Antoine.
[3] Elle se trouvoit au bout de la rue du Pont-aux-Choux. (_Registres
de l’Hôtel de Ville pendant la Fronde_, t. I, p. 48.)
[4] Il y eut toujours de ce côté des maisons de santé. C’est au nº 70,
rue de Charonne, par exemple, que se trouvoit, à la fin du dernier
siècle, celle du docteur Belhomme, où tant de prévenus du tribunal
révolutionnaire firent leur temps de prison, et dans laquelle mourut
Ramponneau, le fameux pitre, le 4 avril 1802. C’est aussi d’une de
ces maisons, celle du docteur Dubuisson, près de la barrière du
Trône, que partit le général Malet, avec ses complices, pour faire
son incroyable coup d’Etat contre l’Empire.
La maison qu’on a fait bâtir à cet effet, est au milieu de cette ruë, à l’opposite du cours planté sur le rempart[5] dont elle n’est separée que par de vastes marais bien cultivez, ce qui forme le plus bel aspect du monde. Outre la face et les deux ailes du principal corps de logis, il y a encore au bout d’un grand jardin au dessus d’une haute terrasse en parterre, un pavillon de Belveder, d’où l’on découvre de tous costez des vignobles, des plaines, des collines, des jardins et des maisons de plaisance[6].
[5] C’est le Cours de la porte Saint-Antoine, qui faisoit alors grande
concurrence au Cours la Reine, et qui commença la réputation des
promenades du Rempart ou du Boulevard.
[6] Cette maison, qui avoit pris de l’endroit où elle se trouvoit, le
nom de Pincourt, existait encore en 1715, et sembloit même en pleine
prospérité. Liger en parloit alors ainsi dans le Voyageur fidèle,
p. 241-242: «c’est une maison établie pour les étrangers qui tombent
malades, et où on les traite moyennant une pension, et à bien
meilleur prix que dans les auberges. Cette maison est située entre
la porte de Saint-Louis et la porte Saint-Antoine, dans une grande
rue où il y avoit autrefois un hameau, et composée de deux ailes,
qui accompagnent le principal corps de logis. Au bout d’un grand
jardin, et audessus d’une grande terrasse, s’élève un pavillon en
belvédère, d’où l’on découvre différents objets lointains, qui
forment une perspective fort agréable.—C’est aussi dans cette
maison que plusieurs personnes bons bourgeois domiciliez même à
Paris, vont pour se faire traiter lorsqu’ils sont malades; ceux qui
sont convalescents seulement choisissent ce séjour agréable pour y
prendre l’air et de nouvelles forces. Il y a même des dames qui vont
y faire leurs couches pour jouir d’un plus grand repos et y trouver
plutôt qu’ailleurs les secours qui, pour lors, sont nécessaires.—Il
n’y a point de maladies qu’on n’y traite, exceptés les maux
vénériens. A cela près, on y reçoit tous ceux qui veulent y aller,
de quelque condition qu’ils soient. Il y a aussi, pour cela, des
pensions plus ou moins fortes, et proportionnées aux moyens des
malades qui s’y font porter. On y est même traité à forfait si on le
souhaite, et le médecin soir et matin n’y manque point.»
Cette belle situation et le bon air de Pincourt, n’en sont pas les seuls agrémens; les Lumières de celuy par qui elle est dirigée, la Bibliotèque, le Laboratoire, les Plantes medecinales et les autres commoditez qui s’y trouvent, la diverse situation et la propreté des appartemens, la Liberale economie qu’on y observe et l’exactitude du service, y font trouver goût aux personnes mêmes qui sont domiciliées à Paris, et qui ne sont au plus qu’à demi malades, puis que beaucoup de convalescens et de valetudinaires y vont prendre le Lait, les Eaux minéralles, les Bains, les Etuves, etc.
Il arrive même bien souvent que des Dames de Paris aussi bien que celles de Provinces y vont faire leurs couches, pour y être plus éloignées du monde et du bruit, et pour être plus seures du secours qu’elles desirent, y ayant un Accoucheur et une Sage femme d’une expérience consommée.
C’est au même lieu que les Gouteux, les Paralitiques; et ceux qui souffrent des Rhumatismes opiniatres ou des douleurs causées par le mercure, trouvent le secours dont il sera parlé à l’article suivant.
On dit qu’on y pratique des moyens infaillibles pour rectifier les constitutions vicieuses et guerir radicalement toutes les indispositions habituelles qui en dependent, Asthme, Phtisie, Poulmonie, Migraine, Vapeur, Epilepsie, Hidropisies, Hemorrhoïdes, Vieux Ulcères, Cancers, Varices, etc.
On sçait même qu’il y a des lieux destinez pour les maniaques et géneralement pour les personnes qui doivent être privées de la liberté.
Les personnes atteintes de Maux vénériens n’y sont pas reçues, mais elles sont traitées sous la même direction dans une autre maison du voisinage.
A cela près telle que puisse être la condition des gens et la nature des maladies chacun y peut être reçu. Il y a des lieux où les personnes indigentes sont traitées à vingt et trente sols par jour selon le regime qu’elles doivent observer. Il y en a d’autres où les gens de service sont placés à quarante sols[7]; enfin il y a des chambres particulières et des ordinaires distinguez pour les personnes de considération à trois, à quatre, à cinq et à six livres par jour selon la dépense qu’ils doivent faire, et les peines qu’ils doivent exiger.
[7] «Les malades qui s’y font traiter, y trouvent cet avantage, qu’ils
y sont agréablement logez, exactement traitez et libéralement
nourris pour un écu par jour, et même pour quarante sols lorsqu’il
s’agit de fièvres, de pleurésies, et généralement des maladies qui
demandent un régime exact, ce qui est d’une commodité particulière
pour les gens d’auberge et de service.» Edit. 1691, p. 16.
Soit que la pension soit grosse ou modique, toute la dépense s’y trouve comprise sans en rien excepter, Traitement, Remedes, Logement, Nourriture, Service, Feu, Lumière, etc.
On y trouve même cette commodité quand on le souhaite, qu’on y est traité à forfait pour une somme dont on convient, au de là de la quelle on ne paye rien de plus, si opiniâtre et si longue que puisse être la maladie.
En tel temps et à telle heure qu’on y puisse arriver, on y est reçu, et on y trouve une chambre prete en payant par avance la pension de huit jours; et on est même assuré d’y trouver le Medecin tous les matins au moins jusqu’à dix heures, et tous les soirs depuis six heures jusqu’au temps du coucher.
Au surplus, quoy que les Edifices et les jardins de cette maison ayent une considérable etendue, le progrez de cet établissement fait prendre des mesures pour les accroître de beaucoup.
BAINS ET ETUVES.
Les Barbiers Baigneurs[1] qui tiennent des Bains, des Etuves et des dépilatoires pour la propreté du corps humain, sont Messieurs du Pont et Mercier, ruë de Richelieu[2], Jordanis, ruë d’Orléans; du Bois, rue saint André; du Perron, vieille ruë du Temple; de la Cour, ruë des Marmouzets, etc.
[1] Les baigneurs,—et cela depuis longtemps déjà (_Anc. poésies_, t.
II, p. 284, et XIII, p. 204)—non-seulement tenoient des bains, mais
des chambres garnies, ce qui les astreignoit à faire les mêmes
déclarations que les maîtres des auberges. (_Correspond. administr.
de Louis XIV_, t. II, p. 737.) Bussy se permettoit d’y loger
quelquefois, au grand scandale de Mme de Sévigné (Edit. Hachette, t.
I, p. 392). Elle connoissoit la mauvaise réputation de ces gîtes. Le
plus fameux étoit celui qu’avoit tenu Prud’homme, et que La Vienne,
à qui Louis XIV, qu’il avoit soigné, fit une grosse fortune, reprit
après lui, pour ne pas le rendre plus honnête. (_V. Hist. amoureuse
des Gaules_, édit. elzévirienne, t. III, p. 235.) Prud’homme avoit
été baigneur dès 1643. Un acte du 19 septembre de cette année-là le
désigne ainsi avec son adresse: «Mr Prud’homme, maître des estuves
et faiseur de poil (barbier), rue Neuve-Montmartre.»
[2] Il y avoit encore, en 1755, deux baigneurs en renom, rue de
Richelieu: Gagne et L’Etourneau. (_Journal du Citoyen_, p. 186.)
Les Dames sont baignées chez M. du Bois par Mademoiselle son Epouse[3].
[3] Il ne faut pas oublier ici que dans les métiers et la bourgeoisie,
les femmes mariées ne se faisoient encore appeler que Mademoiselle.
Le chevalier Denisart ne devoit faire que plus tard sa satire sur
les Bourgeoises qui se font appeler Madame.
Il y a encore des Etuves de l’ancien usage, ruë de Marivaux[4] et ruë du cimetiere saint Nicolas des Champs, où les gens de mediocre condition vont chercher quelque secours pour les Rhumatismes.
[4] Près de Saint-Jacques-la-Boucherie. Une impasse qui s’y trouvoit,
entre les nos 21 et 23, s’appeloit encore, avant les démolitions qui
l’ont fait disparoître avec la rue, Cul-de-sac des Etuves.
Ces douleurs, celles de la Sciatique, celles qui sont causées par le Mercure qui a été donné en panacée, en Sublimez et en precipitez: celles de la Goutte des pieds et des mains, les Paralisies universelles et particulières, les Tumeurs froides et beaucoup d’autres maladies, sont infailliblement gueries par l’usage des Bagnoires et Etuves vaporeuses de nouvelle invention qui se tiennent au jardin medecinal de Pincourt, entre la porte saint Louis et la porte saint Antoine.
C’est une sorte de machine en laquelle on est baigné sans être dans l’eau, et en laquelle on suë aussi abondament que l’on veut sans être à sec, ce qui fait que son usage ne cause, ni la constipation du ventre et la faiblesse de poitrine comme les bains ordinaires, ni les évanouissemens, la chaleur intérieure, et la difficulté de respirer, qui sont les suites ordinaires des Etuves echauffées par le feu de bois ou d’esprit de vin.
Les Malades y sont couchez sur un lit suspendu où ils reçoivent une vapeur nouvelle, anodine et fortifiante, d’un effet infiniment plus prompt et plus assuré que la bouë de Barbotan, et que les Bains de Bourbon et de Barrège, pendant qu’ils ont la tête hors la machine commodement placée sur un oreiller, et qu’ils respirent un air rafraichissant, parlent, chantent et boivent à leur gré.
Ceux à qui le Medecin qui les a inventées, ne les ordonne qu’une fois par jour, ne payent qu’un écu neuf toute dépense comprise, Logement, Nourriture, Service, Feu, Lumière, Drogues, etc., mais ceux à qui elles conviennent soir et matin, payent un ecu et demi.
Ce qu’il y a de commode en cela pour les personnes delicates, est que la chaleur de ces Etuves peut être donnée à tel degré que l’on veut, en sorte qu’on ne luy donne quelquefois que la force des fomentations.
Comme le Medecin peut regler le choix des herbes dont on fait les décoctions vaporeuses, selon la juste indication de chaque maladie, il peut en la composant diversement, produire autant de différens effets, qu’il y a de distinctions à faire dans les maladies qui viennent d’être déduites, et dans les tempérammens des personnes qui en sont atteintes; outre qu’en plusieurs occasions, il donne certains vehicules intérieurs qui ont les plus justes proprietez, dans les cas mêmes les plus extraordinaires.
Au surplus, qui voudra sçavoir la disposition, les agrémens et les Commoditez du Jardin Médecinal, aura recours à l’article.
IMPRESSIONS ET COMMERCE DE LIBRAIRIE.
La Chambre syndicale des Imprimeurs et Marchands Libraires de Paris est ruë et joignant l’Eglise des Mathurins, où sont examinez les Livres qui viennent de dehors les Mardis et Vendredis de relevée, après que de la Douanne où ils doivent être deposez en arrivant, ils ont été retirez sur le billet du Syndic ou d’un Adjoint pour être apportez à la Chambre.
Le Sieur Auboüin à présent Syndic[1] en Charge demeure sur le quay des Augustins au coin de la rue Gist le cœur, où il vend les Œuvres de M. l’abbé de Fenélon, et celles de M. l’abbé Fleury.
[1] Pierre Auboüin, libraire depuis 1666, fut adjoint de communauté,
puis syndic. «Il se fait remarquer, dit La Caille, tant par sa
capacité dans les langues… que par la connoissance et le bon choix
qu’il sait faire des livres.» Hist. de l’Imprimerie, 1689, in-4º
p. 289.—Il avoit été chargé, comme syndic, en 1680, de la saisie
faite à Villejuif de 1,500 exemplaires du dictionnaire de
Richelet, que le libraire Widerold avoit envoyés clandestinement de
Genève. Bernard, confrère d’Auboüin, qui l’avoit aidé pour cette
saisie, suivie immédiatement de la destruction des exemplaires, «fut
poignardé le lendemain dans la foule, en sortant de la bénédiction
de Saint-Benoist, qui étoit sa paroisse.» (_Lettre de Papillon à
Leclerc_, dans la correspondance inédite du président Bouhier, t.
X, p. 104.)
Les Nouvelles Ordonnances du Roy, la Conférence de ces mêmes Ordonnances avec les anciennes[2], les Reglemens de Police, le Dictionnaire historique de Morery, les Œuvres de M. Boileau, et diverses autres pièces importantes s’impriment et se vendent chez le Sieur Denis Thierry Libraire rue saint Jacques[3].
[2] L’édit. de 1691, p. 34, ajoute, à propos de la vente des édits et
déclarations: «On les trouve encore au Palais chez les sieurs de
Luyne, Barbin, Loison et Guignard: de même que chez le Sr Auboüyn,
quai des Augustins, et chez la veuve Pépingué, rue de la Harpe.»
[3] Il étoit libraire depuis 1652, et étoit devenu l’un des plus
considérés. Il avoit donné, avec Barbin, l’édition du Molière de
1675, détruite presque entièrement par un incendie du collége
Montaigu, où il avoit ses magasins. Boileau, dont il étoit le
libraire, l’a nommé dans son Epître X.
Les Livres de Messieurs de Port Royal se vendent même ruë chez les sieurs Desprez[4], Josset[5], Roulland et Pralard.
[4] «Guillaume Desprez, rue Saint-Jacques, à l’Image Saint-Prosper,
vend une grande partie des livres de Port-Royal concernant la
Religion.» Edit. 1691, p. 4.—C’est le fils de Guillaume Desprez,
qui avoit imprimé les œuvres de Pascal et des religieux de
Port-Royal, et dont il continuoit le commerce dans le même esprit.
Son père étoit mort en 1669, d’une chute de voiture, en se rendant à
Port-Royal, où il fut enterré.
[5] Il étoit fort instruit et avoit une collection de médailles rares.
V. l’abbé de Vallemont, Réponse à M. Baudelot, 1706, in-12, p.
79.
Les Opéra, et généralement les Livres de Musique, s’impriment et se vendent seulement chez le Sieur Ballard rue S. Jean de Beauvais[6].
[6] Dès 1551, un Robert Ballard étoit imprimeur du Roy pour la
musique. Son fils Pierre lui succéda avec un privilége exclusif qui
le mettoit à l’abri de toute concurrence pour ce genre d’impression.
Puis vint un second Robert Ballard, son fils, avec le même monopole,
et ensuite Christophe Ballard, qui figure ici, et qui avoit été reçu
imprimeur-libraire le 17 juin 1666. Jusqu’à la Révolution, le même
privilége fut maintenu dans cette famille, avec ce qu’il avoit
d’absolu. Notre ami J.-B. Weckerlin, auteur d’une excellente notice
sur les Ballard, retrouva, il y a quelques années, un reste de leurs
caractères, rue Jean-Jacques Rousseau, à l’imprimerie de Mourgues,
qui a succédé à la leur.
A l’exception du Livre de M. de la Quintinie[7] qui se vend chez le Sieur Barbin sur le Perron de la sainte Chapelle[8]. Tous les autres Livres de Jardinages se vendent chez le Sieur Charles de Sercy dans la grand’Salle du Palais, où l’on trouve d’ailleurs un nouveau Cuisinier Royal et bourgeois, et une Instruction pour les Confitures, les Liqueurs et les Fruits; outre plusieurs livres de Droit, Civil et Canon sur les Matières Beneficiales et autres[9].
[7] Il en sera parlé dans une des notes suivantes.
[8] Claude Barbin, si célèbre par ce qu’ont dit de lui Molière et
surtout Boileau. Les livres qu’il publioit donnent ainsi son
adresse: «Claude Barbin, sur le second perron de la
Sainte-Chapelle.» Il avoit logé auparavant, vers 1664: «vis-à-vis de
la Sainte-Chapelle, au signe de la Croix.»
[9] Ce mélange singulier de livres de droit et d’ouvrages sur la
cuisine et les confitures, formoit, en effet, le fond de la boutique
de Sercy. La Caille, Hist. de l’Imprimerie, p. 296, n’insiste que
sur sa vente des livres de droit. Il avoit aussi publié des romans
et des poésies licencieuses, ce qui empêcha Nicole de consentir à
travailler pour lui. V. sa Vie, par l’abbé Goujet, p. 6.
Le même Sieur Barbin vend les Œuvres de Varillas, celles de saint Euremont, etc.[10].
[10] «Et beaucoup de livres galants.» Edit. de 1691, p. 34.—C’est ce
qu’on appeloit des barbinades. Le Saint-Evremond étoit surtout en
grande faveur chez Barbin. Il auroit voulu que chaque auteur lui en
fît: «le libraire Barbin, dit Voisenon, si célèbre dans le Lutrin
de Despréaux, alla un jour chez un auteur qui écrivoit assez bien:
Eh Monsieur, lui dit-il, faites-moi du saint Evremond, je vous
donnerai trente pistoles. Vous m’en avez déjà donné dont j’ai été
content.» Œuvres, t. IV, p. 75.—Dans l’édition de 1691, p. 34,
Blégny ajoutoit, à propos de Barbin: «On trouve encore chez lui les
jardinages de feu M. de La Quintinye», c’est-à-dire les
Instructions pour les jardins fruitiers et potagers, 1690, 2 vol.
in-4º; puis, à la suite: «le sieur Charles de Sercy, au Palais, a un
grand assortiment de livres de jardinages.»
Les Sieurs de Luyne, Loizon et Traboüillet ont au Palais un grand assortiment de Comedies[11], d’Historiens et de Poètes[12].
[11] Pierre Trabouillet avoit publié «en compagnie» de Thierry,
Deluynes et Barbin, le théâtre de Corneille et ceux de Molière et de
Racine. Son adresse est ainsi donnée sur les livres qu’il publioit:
«Pierre Trabouillet, dans la galerie des Prisonniers, à la Fortune.»
[12] Voici l’adresse de Deluynes et celle de Loyson nommés ici avec
Trabouillet: «Guillaume de Luynes, libraire-juré au Palais, dans la
salle des Merciers, sous la montée de la Cour des Aydes.»—«Estienne
Loyson, au Palais, à l’entrée de la galerie des Prisonniers, au nom
de Jésus.»
On trouve un grand assortiment de Livres étrangers chez les Sieurs Boudot, de la Caille[13] et Hortemels[14], rue saint Jacques.
[13] Dans l’édit. précédente, p. 34: «Martin» est nommé à la place de
La Caille, mais celui-ci a quelques lignes plus bas sa mention
spéciale: «le sieur de La Caille, rue Saint-Jacques à la Prudence, a
composé et imprimé l’histoire de l’Imprimerie et Librairie.» C’est
l’ouvrage que nous avons déjà cité plusieurs fois. Il est devenu
rare.
[14] Il étoit venu de Hollande, et après avoir épousé la fille du
libraire huguenot Antoine Cellier, il avoit lui-même été reçu de la
communauté le 18 septembre 1686.
Même ruë, chez le Sieur Léonard[15], on trouve tous les Reglemens de la Cour des Monnoyes.
[15] Voici son adresse complète: «Frédéric Léonard, rue Saint-Jacques,
à l’Escu de Venise.» Il avoit succédé à l’un des derniers Estienne,
en 1662, comme imprimeur ordinaire du Roi, et s’étoit fait, à ce
titre, éditeur de la collection latine ad usum Delphini. On trouve
des vers en son honneur dans les Œuvres de Santeul (1698, 2e
partie, p. 122). Il publioit volontiers les livres diplomatiques:
«Vous avez, écrit le 12 mars 1691 le bénédictin Michel Germain à
Magliabecchi, donné la puce à l’oreille de M. Léonard, libraire de
Paris, qui imprime en plusieurs volumes la même chose que vous
marquez qu’on fait en Allemagne touchant les traités de paix et
autres semblables négociations.» Un livre politique, l’_Histoire de
Venise_, par Amelot de la Houssaye, qu’il s’avisa de publier ainsi,
lui coûta cher: le livre fut saisi, et l’auteur mis à la Bastille.
(Mss. Delamarre, à la Biblioth. nat., nº 21,743, fol. 120.)
Et chez le Sieur Coignard, toutes les pièces concernant l’Academie Françoise[16], l’Histoire de France de Cordemoy, l’Architecture de Vitruve, celle de Scamosy, etc.
[16] J.-B. Coignard, qui avoit succédé à Damien Foucault comme
imprimeur ordinaire du roi, et avoit été choisi, en 1687, pour
remplacer feu Pierre Le Petit dans la charge d’imprimeur de
l’Académie françoise, dont il acheva d’imprimer le Dictionnaire.
Celle de Vignolle nouvellement commentée, se trouve chez le Sieur Langlois[17], et celle de Bullet chez le Sieur Michallet, rue saint Jacques.
[17] Nicolas Langlois, dit Chartres, comme son père François auquel
il avoit succédé, et dont on a un si curieux portrait, en joueur de
musette, peint par Van-Dyck. En souvenir de ses nombreux voyages à
l’étranger, notamment en Angleterre, François Langlois avoit pris
l’enseigne des Colonnes d’Hercule, avec la devise: _nec plus
ultra_, que garda son fils, et que conserva aussi Mariette, qui leur
succéda dans cette boutique. Comme lui, les Langlois avoient vendu
surtout des estampes et des livres d’architecture. On a, de Mariette
même, la gravure d’un portrait de François Langlois, peint par
Vignon. Le privilége de son fils, pour la vente des estampes, datoit
de 1675. (_V. collect. Delamarre_, nº 21,731, p. 53.)
Le même Michallet aussi bien que les Sieurs Muguet, ruë de la Harpe, Léonard, Desprez, Langlois et Coignard, rue saint Jacques, vendent les Edits et Déclarations du Roy[18].
[18] Dans l’édit. précédente (p. 34), Thierry est nommé à la place de
Desprez, et les autres sont désignés avec leur prénom: François
Muguet, Frédéric Léonard, Estienne Michallet et Jean-Baptiste
Coignard. A la suite: «le dit sieur Muguet imprime aussi,
d’ailleurs, tout ce qui concerne l’archevêché.»
Ledit Sieur Michallet[19] a d’ailleurs imprimé presque tous les Livres de Mathematiques, de Messieurs de l’Academie des Sciences.
[19] «Estienne Michallet, premier imprimeur du Roy, rue Saint-Jacques,
à l’Image Saint-Paul.» Ainsi est donnée son adresse en tête du livre
le plus célèbre qu’il ait publié, les Caractères de La Bruyère,
dont en onze ans, de 1688 à 1699, il donna dix éditions. Le produit,
d’après l’intention formelle de l’auteur, qui n’y prétendit rien,
fut, comme on sait, pour la dot de la fille de Michallet, qu’un
fermier général épousa. (V. notre Comédie de Jean de La Bruyère,
t. II, passim.)
On trouve aussi plusieurs Livres de Mathématiques chez le Sieur Jombert[20], sur le quay des Augustins.
[20] Pierre Jombert, dont on trouve le Catalogue dans la collection
Delamarre (nº 21,739, fol. 40), et qu’il ne faut pas confondre avec
Jean Jombert, mort en 1681, premier éditeur du Glossaire de Du
Cange, et du De re diplomaticâ de Mabillon.
On trouve un grand assortiment de Livres de Medecine chez le Sieur d’Houry, ruë saint Jacques[21], et chez la veuve Nion, quay de Nesle, qui vend d’ailleurs toutes les Œuvres de M. de Blegny. La Mithologie Phisique de M. Duncan[22]. Les Discours Philosophiques de Cordemoy[23]. L’_Arithmétique des Ingénieurs_ de La Londe[24]. Les Specifiques de M. Boyle[25], etc.
[21] «Laurent d’Houry, rue saint-Jacques, devant la fontaine
Saint-Séverin.» Telle est son adresse d’après le titre des livres
qu’il a publiés. Nous avons déjà parlé de lui plus haut.
[22] Ce doit être quelque résumé de l’_histoire de l’Animal ou la
connaissance du corps animé par la mécanique et la chimie_, ouvrage
du montalbanais Duncan (1682, in-8), dans lequel il démontre que la
vie, exposée comme elle l’est, avec la fragilité de ses ressorts, à
l’imminence d’incessants dangers, est un miracle continuel aussi
étonnant que tous les prodiges de la «mythologie.»
[23] «La philosophie» de Cordemoy (édit. précéd., p. 34).—Ce sont les
six discours de cet académicien, mort alors depuis huit ans, sur la
distinction de l’âme et du corps.
[24] Ouvrage très-rare aujourd’hui du caenais La Londe, dont le fils,
ingénieur aussi, avant de devenir archéologue, fit de curieuses
études sur le cours de l’Orne, qu’il vouloit rendre navigable
jusqu’à la mer.
[25] Ces «spécifiques» sont une traduction du livre que Boyle avoit
publié en 1688, à Londres: Receipt sent to a friend in America
(recettes envoyées à un ami en Amérique).
Les Livres et les Feüilles de Classes se vendent chez la veuve Thiboult et le Sieur Esclassant[26], place de Cambray, à l’exception de ceux des RR. PP. Jésuites, qui se vendent chez la veuve Besnard, ruë saint Jacques.
[26] «Le sieur Desclassan et la veuve Thibault (_sic_) en compagnie.»
Edit. 1691, p. 34.—Thiboult est le vrai nom.—Expresse défense
étoit faite aux libraires, qui vendoient les livres pour les
classes, d’en racheter aux écoliers. (Collection Delamarre, nº
21,730, fol. 117.)
Même ruë chez le Sieur Cusson, on trouve le Journal des Sçavans[27].