Le livre commode des adresses de Paris pour 1692, tome 1/2
portoient sur les plats: un écusson d’azur…
portoient sur les plats: _un écusson d’azur à la bande d’or chargée
de 3 molettes de gueules dans le sens de la bande_.
M. le Président de la Proutiere, rue saint Dominique[17].
[17] François Gourreau de la Proustière. Il aimoit les livres. Nous en
avons vu passer dans les ventes quelques-uns à ses armes: _d’or à
l’aigle à deux têtes, éployée de sable, becquée et membrée de
gueules_.
M. Jolly, Conseiller en la Cour, rue saint Antoine[18].
[18] Il figure déjà, avec la même adresse, dans la liste de Spon, en
1673. Il y est donné comme amateur de tableaux modernes.
M. de Caumartin, rue sainte Avoye[19].
[19] Le Fèvre de Caumartin, que nous ayons déjà vu parmi les
intendants des finances. Il aimoit, lui aussi, les tableaux
modernes, surtout ceux de Rigaud, qui lui fit deux fois son
portrait, et peignit aussi celui de sa femme.
M. Mendat, rue saint Loüis du Marais[20].
[20] Conseiller à la Grand’Chambre, père du maître des requêtes,
Galiot de Mandat, baron de Nully, dont les goûts nous sont plus
connus que les siens: il étoit bibliophile. L’écusson des livres de
sa bibliothèque, dont la vente se fit en 1755, avec Catalogue
dressé par David l’aîné, porte: _d’azur au lion couronné d’or, au
chef d’argent chargé d’une hure de sanglier de sable, accostée de
deux roses de gueules_.
M. Jabac, rue Neuve saint Mederic[21].
[21] Evérard Jabach, banquier de Cologne, établi en France, où il
devint directeur de la compagnie des Indes orientales, et l’un des
maîtres de la curiosité. Il a déjà été parlé de lui, p. 109, note
11. Ses acquisitions à Londres, après la mort de Charles Ier, furent
considérables selon Mariette. Il eut dès lors, tant comme peintures
et dessins, que comme marbres et bronzes, le plus riche cabinet de
Paris. La gêne vint par la prodigalité. Jabach dut vendre à Mazarin
l’admirable série de ses Corrège, qui, plus tard, passèrent au Roi,
et sont maintenant au Louvre. Puis, la ruine à peu près complète
ayant suivi, il fallut céder la collection entière: 101 tableaux et
5,542 dessins. Le roi offrit 200,000 livres, et, au mois de mars
1671, marché fut conclu. Jabach garda quelques dessins, dont il ne
put s’empêcher de faire le fonds d’une collection nouvelle que
vendit son petit-fils. Il avoit aussi conservé quelques tableaux,
entre autres celui où Lebrun, qui s’y étoit peint lui-même, l’avoit
représenté avec sa femme et ses enfants. Il fut vendu à Cologne, en
février 1787.—L’hôtel de Jabach, rue Neuve-Saint-Merry, existe
encore en partie ainsi que le passage qui le fait communiquer avec
la rue Saint-Martin. Bullet en avoit été le principal architecte. Au
XVIIIe siècle, les membres de l’Académie de Saint-Luc y firent leurs
expositions jusqu’en 1777. C’est ce qui faisoit appeler par Diderot
«Jabach» ces tableaux d’ordre inférieur. Un fameux magasin de
tabatières s’établit aussitôt après à l’hôtel Jabach.
M. de la Saldiere, rue du gros Chenet[22].
[22] Ne seroit-ce pas, comme nous l’avons dit dans la COMÉDIE DE LA
BRUYÈRE, le bibliophile Guyon de Sardière qui pouvoit alors
commencer sa riche collection? Si ce n’est lui, nous ne savons qui
c’est.
M. le Doyen de saint Germain l’Auxerrois[23].
[23] Il avoit entre autres belles peintures son portrait peint par
Rigaud, et aimoit aussi beaucoup les antiques. C’étoit un
D’Argenson.
Mrs Belluchot et le Riche, rue des Massons[24].
[24] François Belluchot, secrétaire du Roi, et Antoine Le Riche,
secrétaire du Roi aussi, avoient leurs cabinets dans la même maison:
Belluchot y collectionnoit avec un grand goût des tableaux de
maîtres—il en avoit un surtout du Guide qui étoit admirable.—Le
Riche faisoit, lui, collection de livres choisis et d’estampes, dont
il avoit beaucoup de «très-belles et très-curieuses», dit G. Brice
(3e édit., t. II, p. 175).
M. de Furetière, rue du Roy de Cicile[25].
[25] Ce n’est pas l’auteur du Dictionnaire, mort alors depuis quatre
ans, mais son frère Nicolas Furetière, avocat au Parlement, qui
avoit comme lui le goût des curiosités, et peut-être avoit hérité
des siennes. Dans sa liste de 1672, Spon n’avoit pas oublié
Furetière, le lexicographe, l’auteur du Roman Bourgeois, il nous
l’avoit donné comme étant curieux de livres rares, d’estampes, de
bronzes, etc. Son frère, que nous voyons logé rue du Roi-Sicile,
pouvoit y demeurer alors. Le 9 janvier 1691, il avoit fait baptiser
une de ses filles à Saint-Gervais, qui est la paroisse de cette rue.
Il mourut le 9 décembre 1697, à l’île Saint-Louis. M. Ferd. de
Lasteyrie a retrouvé son inventaire après décès. Cent cinquante
tableaux y figurent avec «une infinité de petits bronzes, de
médailles, d’objets en pierre dure, etc.» Il avait donc qualité pour
compter parmi les Curieux. V. _Bull. de la Soc. de l’hist. de
Paris_, t. IV, p. 146-150.
M. de Creil, rue de Montmorency[26].
[26] Il figure dans la liste de Spon. On y apprend qu’il
collectionnoit: tableaux anciens et modernes, porcelaines, statues
de bronze, médailles antiques et modernes. Il en brocantoit aussi:
«Il y a longtemps, écrit Baudelot d’Airval, en 1686, dans l’_Utilité
des Voyages_, que M. de Creil règne dans le commerce des choses
précieuses… il s’en défait aussi avec toute la complaisance
possible, lorsque les curieux connussent le prix de l’antiquité, et
n’estiment pas les choses médiocrement.»—Parmi ses tableaux
modernes, se trouvoit un baptême du Christ que Le Sueur avoit peint
pour lui.
Mrs Bertin[27] et de la Touanne, porte Gaillon.
[27] Trésorier des parties casuelles, «qui, lisons-nous dans les
Annales de la Cour et de Paris, pour 1697-1698, t. I, p. 148, est
un des hommes de Paris les plus curieux pour les meubles.» Il avoit
surtout de merveilleux tapis, acquis par lui de la succession du
conseiller Pussort. Le Roi les vit, les désira, et ils lui furent
cédés. Ibid.
M. Despond, aux Incurables.
Mrs Quenel[28] et de Montigny, à sainte Magloire.
[28] Frère du fameux P. Quesnel et comme lui de l’Oratoire, dont la
maison de Saint-Magloire, où il logeoit, étoit une dépendance. «Il
étoit, dit Mariette (Abecedario, t. II, p. 230), un peu peintre et
un peu brocanteur.» Il avoit acquis de Dacquin, évêque de Séez,
grand nombre de dessins, dont plusieurs excellents de Jules Romain.
Il possédoit aussi les débris de la collection des dessins de
Vasari. Il céda le tout à Crozat. Id., p. 46.
M. l’Abbé Vetery, rue des bons Enfans, où il donne entrée aux Curieux tous les matins.
M. de Blois, rue du Jardinet[29].
[29] Ancien secrétaire de notre ambassade près du Sultan. Sa
collection se composoit, suivant Spon, de tableaux, médailles,
couteaux de Turquie, etc.
Mrs Gedouin et Bergeron, rue de la Couture sainte Catherine.
M. de Chantelou, prés le Trône du Fauxbourg S. Antoine[30].
[30] Paul Fréart de Chanteloup, conseiller et maître d’hôtel du Roi,
si célèbre par sa correspondance avec Poussin, de qui, entre autres
œuvres, il possédoit la série des Sept-Sacrements, qui passèrent de
son cabinet dans la galerie du Palais-Royal, et qui sont aujourd’hui
en Angleterre. L’hôtel de M. de Chanteloup, près du Trône, étoit
l’ancienne maison de Reuilly qui a donné son nom à une rue de ce
quartier.
M. Rappes, rue de la Harpe[31].
[31] Officier de chancellerie, grand amateur de tableaux. Il possédoit
celui d’Hercule et Omphale par François Perrier.
M. Paillot, prés les Capucins du Marais[32].
[32] Il aimoit aussi et collectionnoit les tableaux. Son portrait est
un des premiers que peignit Hiacynthe Rigaud.
M. de Nassé, rue de Cléry.
M. l’Abbé Dannecourt, rue de Grenelle.
M. Franctot, Quay d’Alençon dans l’Isle.
M. Berthelot de Mareuil, rue Platriere.
Mrs Bordalou[33] et Rigault, rue de la Sourdière.
[33] Mariette, qui parle plusieurs fois de lui dans son Abecedario,
l’appelle M. Bourdaloue, et place son nom parmi «les célèbres de la
curiosité.» Il possédoit de belles estampes du Parmesan, et il avoit
été très-curieux des dessins de La Fage, que, suivant Mariette, il
payoit un louis par jour pour lui en faire. On a son portrait gravé
par Pitau d’après Largillière. Crozat acheta beaucoup à sa vente.
M. Robert, prés les petits Pères[34].
[34] C’est sans doute le docteur en Sorbonne Robert, qui étoit grand
ami de Le Brun.
M. l’Abbé de Rouilliere, rue des Rosiers saint Germain.
M. de Renne-Moulin, près l’Estrapade.
M. le Chevalier du Guet, vieille rue du Temple.
M. l’Abbé Noüé, rue Neuve des Petits Champs.
M. Gamarre, rue du Sepulcre[35].
[35] Spon, en 1673, le loge rue Taranne. Il étoit lieutenant des
chasses, et avoit une galerie de tableaux anciens et modernes.
M. de Briancourt, rue saint André.
M. de Chaufourneau, prés les Petits Capucins.
M. de Treville[36], prés la Sorbonne.
[36] Henry-Joseph de Peyre, comte de Tréville, l’_Arsène_ de La
Bruyère. Il avoit une riche bibliothèque, très-fournie surtout en
livres grecs.
Mrs Moreau[37] et de la Gardette, rue saint Nicaise.
[37] Auditeur des Comptes. Baudelot d’Airval dit de lui: «M. Moreau
aime les livres, les manuscrits, les médailles, et sait en faire un
choix fort judicieux.»
M. l’Abbé d’Apremont, rue de l’Université.
Mrs Aincelin[38], d’Apoigny[39] et de saint Maurice[40], rue Bardubec.
[38] Lisez Hesselin, fils du fameux Hesselin de l’Ile-Saint-Louis,
qui, entre autres livres rares, avoit possédé un si curieux volume
sur les ballets.
[39] Nous avons déjà parlé de lui au chap. des fermiers généraux des
Aydes. Nous ignorons quels étoient ses goûts de curieux.
[40] Il avoit, entre autres charges, celle d’intendant des
Inscriptions. (_Archives de l’Art françois_, t. III, p. 237.)
M. Lhuillier[41]; rue des Jeusneurs.
[41] Fermier général, qui fut de la grande entreprise de la place
Vendôme, où il fit construire avec son collègue Villemarec l’hôtel
qui appartint ensuite à Bourvalais, et qui est aujourd’hui le
Ministère de la Justice.
M. de Cormery, prés saint Roch[42].
[42] Amateur de peinture, plus curieux que sincère. Van Fallens, par
exemple, lui peignoit des copies qu’il faisoit volontiers passer
pour des originaux de maîtres. (Mariette, Abecedario, t. II, p.
246.) Rigaud fit son portrait et celui de sa femme.
M. Caillet, à l’Hotel de Condé.
M. Marion, à l’Hotel de Bellingant.
M. Hedeline, Doyen de saint Honoré[43].
[43] Il figure sur la liste de Spon parmi les amateurs de tableaux.
M. l’Abbé de la Roucherie, rue S. Thomas, quartier S. Michel.
M. Imbert, prés les Chartreux[44].
[44] Elève de Le Brun et de Vandermeulen, et maître de Parrocel. Il
fréquentoit les Chartreux, près desquels il loge ici, et il finit,
en 1703, par entrer dans leur Ordre.
Mrs le Febvre[45] et le Ferron[46], rue Mauconseil.
[45] Grand audiencier. Rigaud avoit peint son portrait et celui de sa
femme.
[46] Président au Parlement. Il avoit habité d’abord un hôtel de la
rue Barre-du-Bec, où Laurent de La Hire lui avoit peint une galerie.
M. Leviez, rue saint Sauveur.
M. l’Abbé Bizot[47], rue saint Jean de Beauvais.
[47] Baudelot d’Airval, dans son Utilité des Voyages, au chapitre
des «Cabinets de France», parle ainsi de lui: «Monsieur l’abbé Bisot
(_sic_) a des talents pour la curiosité qui sont incompréhensibles:
on peut dire qu’il en est une source inépuisable, et que personne ne
connoît mieux les médailles modernes que lui.»
M. de Gagniere, à l’Hotel de Guise[48].
[48] François-Roger de Gaignières, le plus célèbre des curieux de son
temps. Il avoit eu le gouvernement des ville, château et principauté
de Joinville, par Mme de Guise qui se l’étoit attaché, et qui le
logeoit dans son hôtel de la rue du Chaume avec ses collections.
Elles comprenoient: documents de tous genres, lettres originales,
copies, dessins, estampes, le tout choisi avec une remarquable
intelligence. Il en fit cession au roi le 19 février 1711, moyennant
4,000 liv. comptant, une pension viagère de même somme, et 20,000
liv. à payer après sa mort aux personnes qu’il désigneroit. C’étoit
donné, aussi ne vit-on là qu’un don de la part de Gaignières. Le 17
mars suivant, Coulanges lui écrivoit: «Votre cabinet mérite bien
l’immortalité, et, pour y parvenir, vous ne pouviez mieux faire que
de le joindre à celui de Sa Majesté. Je souhaite fort que tant que
vous vivrez elle vous donne largement des marques bien effectives de
la reconnoissance qu’elle en doit avoir. Le présent le mérite bien.»
Cette acquisition fut la dernière qui fut faite sous Louis XIV pour
la bibliothèque du Roi. Elle en est restée un des fonds les plus
importants.—Gaignières se mêloit quelquefois de dessiner. On peut
voir au Cabinet des Estampes, Topographie du Loiret
(arrondissement d’Orléans) une mauvaise gravure de M. de Caumartin,
faite d’après un dessin de lui, signé. C’est une vue du château de
Cléreau, près de Sully-la-Chapelle, dans une contrée qu’il devoit
connoître. Il étoit, en effet, croyons-nous, et nous pourrions le
prouver, originaire de Jargeau. N’oublions pas de dire que, suivant
G. Brice (t. I, p. 366), il joignoit au goût des dessins et des
estampes celui des médailles, et aussi celui des portraits
contemporains et autres. C’étoit un des plus à la mode, comme on le
voit par cette fin d’un couplet de Coulanges dans son _Recueil de
chansons choisies_, 1696, in-8, p. 35:
Venez tous dans mon cabinet,
Chacun, pour sa parure,
Aura sa bordure,
Avec son cloud à crochet.
—V. sur le cabinet de Gaignières, de très-curieux détails dans le
Voyage de Lister, chap. IV.
M. de la Ravoire, rue d’Anjou[49].
[49] Lisez Neret de La Ravoye. Il étoit receveur général de La
Rochelle. Nous ne savons rien sur ses collections. V. sur lui et sa
fille une note du chap. sur les Receveurs généraux, p. 35-36.
M. de Silly, rue saint Loüis au Marais[50].
[50] Vipart de Silly, parvenu bas-normand, dont Saint-Simon a raconté
la singulière et ambitieuse fortune (t. III, p. 93-96). Il s’étoit
donné tous les goûts des gens à la mode: Rigaud, par exemple, avoit
fait son portrait.
M. Malot, rue Neuve saint Eustache[51].
[51] Nous croyons qu’il faut lire Malet et non Malot. Ce seroit alors
le conseiller au Parlement Louis Malet, mort en 1698, laissant une
belle bibliothèque, dont les livres portoient sur les plats un
écusson _d’azur, au phénix d’or, sur son immortalité de même,
regardant un soleil aussi d’or posé au premier canton_. (Guigard,
Armorial du Bibliophile, t. I, p. 87-88.)
M. Galot, prés le Chevalier du Guet.
M. Dupuis, rue des Tournelles[52].
[52] Il collectionnoit surtout les marbres. Une des premières copies
du buste de Louis XV enfant, faite par l’auteur même, Coysevox, fut
pour lui.
M. de la Planche, rue de la Planche[53].
[53] Raphaël de la Planche, fils de René de la Planche, contrôleur et
trésorier général des Bâtiments du Roi. Il fut, avec Alexandre
Comans, directeur d’une manufacture de tapisseries, au coin de la
rue de la Chaise et de la rue de Varenne, qui lui dut ainsi jusqu’à
la rue du Bac son premier nom de rue de La Planche, il fut ensuite
un des administrateurs des Gobelins.
M. Lavocat, prés l’Hotel d’Angoulesme.
M. le Doyen de la sainte Chapelle.
M. Chassebras de Cramailles, rue du Cimetière S. André[54].
[54] Frère de Chassebras de Bréau, qui, on l’a vu plus haut, p. 129,
tenoit des conférences au quartier Saint-Benoit. Il étoit, lui,
grand amateur de livres. V. _Catalogue des livres composant la
bibliothèque_ de feu J.-B. Chassebras, ancien docteur de Sorbonne.
Paris, 1693, in-8.
Mrs Moulle, Bonnet et Bourdelot[55], rue sainte Croix de la Bretonnerie.
[55] Il a été parlé plus haut de lui et de ses livres au chap.
Médecine ordinaire, p. 152.
M. Aubert, rue de la Tixeranderie.
M. Hubert, rue du Temple.
Mrs Guilloire, rue Bourlabé[56].
[56] Ancien médecin de la grande Mademoiselle. Nous l’avons déjà
trouvé parmi les administrateurs des hôpitaux.
M. du Vivier, à l’Arsenal[57].
[57] Lister qui, dans son Voyage à Paris, l’appelle à tort De
Vivier, fait de sa collection une description dont Germain Brice (3e
édit., t. I, p. 376) confirme les détails: «J’ai visité, dit Lister,
l’appartement de M. de Vivier à l’Arsenal: il consiste en sept ou
huit pièces au rez-de-chaussée donnant sur le grand jardin. Elles
sont petites, mais meublées avec la plus grande recherche; elles
sont ornées de porcelaine de Chine la plus variée et la mieux
choisie que j’aie jamais vu, sans excepter les pagodes et les
peintures du même pays. J’y ai aussi remarqué des bureaux et des
corps de bibliothèques aussi riches qu’élégants, et quelques
tableaux des meilleurs maîtres.»
M. du Plessy, rue de Jouy[58].
[58] Sur la liste de Spon, en 1673, il figure comme amateur de
médailles antiques. Il logeoit alors rue Saint-Martin.
M. Croissade, rue Coquilliere[59].
[59] Lisez Crosade. Il étoit premier commis de Penautier, receveur
général du clergé. Il possédoit entre autres tableaux celui de
François Perrier, Alexandre et le médecin Philippe.
M. du Vaux[60], rue Tictonne.
[60] Lisez De Vaux ou Des Vaux, car Mariette l’appelle indifféremment
de l’une ou l’autre manière. Il avoit de beaux tableaux, notamment
une vierge du Pesarèse qu’il céda à Pasquier, autre amateur. Sa
collection d’émaux par Petitot étoit célèbre; il possédoit aussi de
très-précieuses médailles.
M. de la Forest[61], rue du Colombier.
[61] C’est, croyons-nous, le peintre J.-B. Forest, un des meilleurs
élèves de Mole pour le paysage, et dont Largillière devint le
gendre. Si ce n’est lui, c’est peut-être Forest, «fameux marchand de
tableaux», dont parle le marquis de Châtre, et chez lequel le
bourreau de Paris, qui étoit grand amateur, alloit monter sa
collection composée surtout de peintures analogues à son métier:
tortures, supplices, etc. (_Nouveaux entretiens des Jeux d’esprit_,
1709, in-12, p. 218-224.)
M. Brangeon, quay des Balcons[62].
[62] C’est le nom qu’on donnoit vulgairement au quai de Béthune,
Ile-Saint-Louis.
Mrs Desvieux[63] et de la Haye, quay de l’Ecole[64].
[63] C’est lui qui, étant devenu l’un des directeurs de la compagnie
des Indes sous la Régence, décida Nattier, qui faisoit alors son
portrait, à vendre, pour des actions, à Law ses dessins de la
galerie du Luxembourg; ce qui le ruina.
[64] Lisez Le Hay. Il étoit ingénieur du Roi, et avoit épousé la
célèbre Mlle Sophie Chéron, poëte, musicienne et artiste en tous
genres: peinture, gravure, etc.
M. le Vasseur[65], rue Grenier saint Lazare.
[65] L’abbé François Le Vasseur, ami de l’historiographe de l’Académie
de peinture, Guillet de Saint-Georges.
Mrs de la Touche et du Frayer, Cloître saint Honoré.
M. le Febvre, rue Beautreillis[66].
[66] Grand amateur de fleurs, qui en faisoit des échanges avec le
voyageur antiquaire Vaillant, aussi engoué que lui de cette passion.
M. Poirée, prés saint Sauveur[67].
[67] Dans la liste de Spon, il est désigné ainsi: «M. Poiret, à
Saint-Sauveur, tableaux, estampes et livres.»
M. Biet, prés saint Jean en Grève.
M. Rivet, rue saint Honoré.
M. Mandin, rue des Victoires.
M. de Pile[68], prés les Minimes.
[68] Roger de Piles, qui, d’assez mauvais peintre, devint meilleur
historien de la peinture. Nous avons cité plus haut un de ses
ouvrages. Il voyagea beaucoup, soit à la suite de M. Amelot tour à
tour ambassadeur à Venise et en Portugal, soit avec son fils. Il
rapporta de Portugal et d’Espagne une curieuse collection de
dessins; et de Hollande, où il fut retenu en prison pour avoir trop
mêlé la politique aux arts, des manuscrits de Rubens et des dessins
de Rembrandt.
M. de Sainfroy[69], rue de l’Egout.
[69] Lisez Sainte-Foi. Il étoit maître des requêtes.
M. Varlet[70], rue saint Antoine, prés les Jésuites.
[70] Peut-être faut-il lire Vallet et non Varlet. Ce seroit le graveur
au burin Vallet, qui fut de l’Académie de peinture.
M. de Lonpré, carrefour saint Benoist[71].
[71] C’est le même que nous retrouverons plus loin parmi les
académistes. Il étoit grand amateur des médailles de l’empire, dont
il possédoit toute la série moins une. Il paroît hors de doute que
c’est lui qui figure dans les Caractères sous le nom de Diognête,
«l’homme aux médailles.» V. La Comédie de La Bruyère, 2e édit., t.
I, p. XXXIV-XXXVI.
Mrs de la Guerre et Chaperon[72], Cour du Palais.
[72] Nous les avons déjà rencontrés tous deux, p. 208, 214, parmi les
musiciens, l’un, comme maître de clavecin, l’autre, comme
compositeur. Peut-être collectionnoient-ils des instruments de
musique, comme faisoit Dovin, dont a parlé M. Bonnaffé dans son
charmant petit livre Les Collectionneurs de l’ancienne France, p.
60, et qui devroit figurer ici.
M. Tirard[73], rue du Bout du Monde.
[73] Il faut, croyons-nous, lire Tissard. Ce seroit alors l’amateur
dont Rigaud fit le portrait en 1688.
Mrs Orangé et de Chambrault, Cloitre saint Germain l’Auxerrois.
M. de Beauchamp, ruë Bailleul[74].
[74] C’est le fameux maître à danser, que nous retrouverons plus loin
au chapitre des nobles exercices, et dont il a déjà été question, p.
126, note 1. G. Brice parle ainsi (3e édit., t. I, p. 268-269) de
son cabinet qu’il avoit, en 1701, transféré de la rue Bailleul dans
une maison neuve faisant le coin à gauche des rues Saint-Honoré et
des Petits-Champs: «on trouvera dans ce cabinet des choses d’une
excellente beauté; mais les tableaux en sont la principale partie,
qui sont la plupart des plus fameux maîtres d’Italie. On y
remarquera aussi quantité de porcelaines anciennes, très-rares, à
présent, des cabinets de vernix (_sic_) du Japon, des bronzes et
d’autres choses curieuses disposées avec beaucoup de jugement et de
connoissance.»
M. l’Abbé du Plessy, prés le Puits d’Amours[75].
[75] C’étoit plutôt un brocanteur qu’un amateur, car nous le
trouverons tout-à-l’heure parmi ceux «qui se plaisent à troquer les
tableaux.»
M. Dron, prés saint Thomas du Louvre[76].
[76] L’abbé François Dron. Il logeoit près de l’église, dont il étoit
chanoine: «Il a, dit G. Brice (3e édit., t. II, p. 86), un cabinet
de médailles de moyen bronze, dont la suite est des plus étendues
que l’on puisse voir, et dont le choix est admirable. Les sçavants
sont charmés de la quantité et de la diversité des revers
singuliers que l’on y remarque, et il seroit bien difficile de rien
voir ailleurs de mieux conservé et de plus entier. Il a aussi
quelques tableaux de prix dans son cabinet.» Il mourut le 22 avril
1702. L’abbé Goujet possédoit de lui 2 vol. in-4º de lettres
originales et manuscrites, de 1687 à 1690, traitant de numismatique,
«avec les empreintes dessinées de quantité de médailles.» Elles
étoient adressées à Thoynard, Vaillant, Morelle, Nicaise, etc. V.
le Catal. ms. de l’abbé Goujet à la Bibliothèque.
M. Bonart, rue Hautefeuille.
M. de Chatigny, rue Neuve des Petits Champs.
M. Fracansani, rue du Petit Lion[77].
[77] Michel-Ange Fracanzani. Il jouoit le personnage de Polichinelle à
la Comédie Italienne, près de laquelle—étant logé, comme nous le
voyons ici, rue du Petit-Lion-Saint-Sauveur—il demeuroit. Son père,
assez proche parent de Salvator Rosa, et peintre lui-même de l’école
de Ribera, l’avoit suivi de Naples à Paris, où ils collectionnoient
ensemble livres d’art, estampes, dessins. Les études de Le Sueur
pour sa galerie des Chartreux, qui sont maintenant au Louvre,
viennent de la collection de Fracanzani: «Il étoit bon curieux, dit
Mariette à son nom dans l’Abecedario; il se mêloit de dessiner, et
même de génie, mais d’un goût lourd et fort mauvais.»
M. de Blegny, rue de Guenegaud.
Le R. P. Dom Placide, Bibliotequaire de saint Germain des Prez[78].
[78] Dom David-Placide Porcheron, qui mourut à 42 ans, le 14 février
1694. Il étoit très-entendu en numismatique, histoire et surtout
géographie, comme le prouve son célèbre ouvrage sur l’_Anonyme de
Ravennes_.
Le R. P. Dom Estienne, aux Blancs Manteaux.
Le R. P. Auchereau, aux Celestins[79].
[79] «J’ai vu, dit Lister (chap. V), le cabinet ou la cellule du R. P.
Hochereau, qui a une collection très-choisie de tableaux originaux
de plusieurs des meilleurs maîtres.» Il avoit entre autres le
Repentir de saint Pierre, peint par Rembrandt, en 1634, et gravé
aussitôt par Van Vliet.
Au surplus, voyez à la Préface un avis important touchant la Curiosité.
DAMES CURIEUSES.
Madame la Duchesse de Lude, prés saint Eustache[1].
[1] Marguerite-Louise-Suzanne de Béthune Sully, qui, veuve du comte de
Guiche, avoit épousé Henri de Daillon, duc de Lude, veuf lui-même de
Rénée-Eléonore de Bouillé. Elle étoit magnifique en meubles et en
argenterie, mais elle sacrifia tout, quand vinrent les désastres.
Toute son argenterie, ses meubles d’orfévrerie passèrent à la
Monnoie, et elle se contenta pour ses galeries, ce qu’admira fort
Mme de Sévigné, de meubles de bois et de glaces. L’hôtel qu’elle
habitoit, près Saint-Eustache, au coin des rues Montmartre et
Tiquetonne, devint plus tard l’hôtel Béthune-Charost. Il existe
encore en partie.
Madame la Duchesse d’Orvalle, rue saint Dominique[2], quartier saint Germain.
[2] Anne d’Harville, femme de François de Béthune, duc d’Orval ou
d’Erval, troisième fils du duc de Sully.
Madame la Maréchalle de Humiere, à l’Arsenal[3].
[3] Louise-Antoinette-Thérèse de la Châtre, femme du maréchal, duc
d’Humière. «Il étoit, dit Saint-Simon, magnifique en tout.» Il
collectionnoit des estampes, dont quelques-unes lui sont dédiées. Sa
femme partageoit ses goûts.
Madame la Duchesse de Sully, devant saint Paul[4].
[4] Marie-Antoinette Servien, duchesse de Sully, très-magnifique,
très-dépensière. Elle mourut pauvre, quoique sa dot eût été de
800,000 livres. Elle habitoit presque devant Saint-Paul, rue
Saint-Antoine, l’hôtel bâti par Sully, et qui existe encore à peu
près intact.
Madame d’Estrées, rue des trois Pavillons[5].
[5] Marie-Marguerite Morin, duchesse d’Estrées, tenoit de son père,
qu’on appeloit Morin le Juif: «brocanteuse, dit Saint-Simon, se
connoissoit aux choses et aux prix, avoit le goût excellent, et ne
se refusoit rien.»
Madame la Princesse de Meklebourg[6], près saint Roch.
[6] Angélique-Isabelle de Montmorency-Boutteville, duchesse de
Mecklembourg-Schwerin. Saint-Simon nous la représente comme
«très-avare et très-entasseuse.»
Madame la Duchesse de Porsmeuch, rue[7]
[7] Louise-Renée de Penacoët de Kéroual. Le roi d’Angleterre, Charles
II, dont elle avoit longtemps été la maîtresse, l’avoit faite
baronne de Petersfield, comtesse de Farsam, duchesse d’Aubigny et de
Portsmouth. Revenue en France, lorsqu’il fut mort, elle s’étoit
logée sur le quai des Théâtins, auprès de la rue des Saints-Pères,
dans un hôtel où elle avoit entassé tout ce qu’elle avoit pu prendre
des magnifiques collections de Charles II. Liger, dans le _Voyageur
fidèle_, p. 136, vante sa galerie de tableaux.
Madame la Duchesse de Bouillon, sur le quay Malaquet[8].
[8] Marie-Anne Mancini, duchesse de Bouillon, une des nièces de
Mazarin, la protectrice de La Fontaine. Son hôtel existe encore en
partie au nº 19 du quai Malaquais. Il avoit été bâti par le
financier La Bazinière, mais elle l’avoit beaucoup transformé et
embelli. En juillet 1696, elle y faisoit encore travailler. «Les
dedans, écrit Liger (p. 135), sont plus curieux que les dehors par
les tableaux et autres meubles et bijoux qui en sont la richesse et
l’ornement.» Suivant Saint-Simon, la duchesse étoit surtout
magnifique en pierreries.
Madame la Présidente du Tillet, rue de la Planche[9].
[9] Fille aînée du président Bailleul, mariée au président Girard du
Tillet. Elle avoit, dans sa jeunesse, fait beaucoup parler d’elle.
V. la Carte du pays de Braquerie, dans l’_Histoire amoureuse des
Gaules_, édit. elzévir., t. I, p. 11.
Madame de Coulange[10], dans le Temple[11].
[10] Marie-Angélique Du Gué Bagnols, femme du marquis de Coulanges, le
chansonnier, parent et ami de Mme de Sévigné. Le mari et la femme
étoient l’un et l’autre de fins collectionneurs. Coulanges aima
d’abord les tableaux: «le cabinet de M. de Coulanges, écrit Mme de
Sévigné à sa fille, le 10 nov. 1673, est trois fois plus beau qu’il
n’étoit; vos petits tableaux sont dans leur lustre, et placés
dignement.» Il aimoit surtout les portraits. On l’a vu par une fin
de couplet citée plus haut. Il donnoit aussi dans les faïences, mais
les richesses qu’il vit entassées à l’hôtel de Guise lui firent
prendre des goûts plus coûteux: il passa aux cornalines, aux
cristaux, aux agathes. C’est encore une des chansons de son
Recueil (p. 151) qui nous l’apprend. Sa femme recherchoit les
raretés curieuses. Mme de Sévigné (t. X, p. 182) nous a raconté son
ravissement lorsqu’elle retrouva le miroir de toilette de la reine
Marguerite.
[11] Les Coulanges avoient, à la fin de 1690, quitté la rue du
Parc-Royal pour venir habiter un des petits hôtels de l’enclos du
Temple.
Madame la Marquise de Richelieu, Isle Notre Dame[12].
[12] Fille d’Hortense Mancini et du duc de Mazarin, et par conséquent
nièce de la duchesse de Bouillon, dont nous avons parlé
tout-à-l’heure. Le marquis de Richelieu, petit-neveu du cardinal,
l’avoit enlevée, en 1682, du couvent de Sainte-Marie de Chaillot, et
l’avoit emmenée à Londres, où il l’avoit épousée. Ils habitoient
dans l’île Saint-Louis, sur le quai d’Anjou, l’hôtel où avoit logé
Lauzun, et qui devint plus tard celui des Pimodan. V. nos
Chroniques et légendes des rues de Paris, p. 118-119.
Madame de Boufflers, ruë de Bourbon[13].
[13] Catherine-Charlotte de Grammont, maréchale de Boufflers. Le mari
avoit une belle bibliothèque, avec tous les livres à ses armes. Nous
ne savons quelles étoient, comme curieuse, les préférences de sa
femme.
Madame la Marquise de Quintin, même ruë[14].
[14] Suzanne de Montgommery, comtesse—et non marquise—de Quintin.
Saint-Simon, qui lui tenoit d’assez près par sa femme, a fait d’elle
et de ses entours, «la meilleure compagnie de la Cour», un bien
curieux tableau (t. I, p. 326-327).
Madame de Chavigny, à l’Hotel saint Paul[15].
[15] C’étoit une Phélypeaux de Vilesavin, qui avoit épousé le marquis
de Chavigny. On la citoit depuis longtemps comme célèbre curieuse.
L’abbé de Marolles, parlant dans ses Mémoires de son cabinet et de
celui de Mme d’Aiguillon, dit: «Ils souffrent peu de comparaison
pour la magnificence des cristaux, des lapis, des agates, des onyces
(onyx), des calcédoines, des coraux, des turquoises, des aigues
marines, des amétystes, des escarboucles, des topazes, des grenats,
des saphyrs, des perles et des autres pierres de grand prix qui y
sont mises en œuvre dans l’argent et dans l’or, pour y former des
vases, des statues, des obélisques, des escrins, des miroirs, des
globes, des coffres, des chandeliers suspendus et autres choses
semblables.»
Madame la Marquise de Mallet, rue saint Loüis du Marais[16].
[16] Rigaud fit son portrait, ainsi que celui de son mari, en 1686.
C’est tout ce que nous savons sur elle.
Madame d’Allouy, ruë du Bac[17].
[17] Bénigne de Meaux de Fouilloux, marquise d’Alluye, et non
d’Allouy. Grande joueuse, suivant Saint-Simon, et grande confidente
de galanteries, quand l’âge l’empêcha de s’en occuper autrement.
Madame de Monchal, près Bellechasse[18].
[18] Il y avoit, dans la famille des Montchal, une fort belle
bibliothèque formée par les soins de Pierre de Montchal, conseiller
au grand Conseil, mort en 1652. Peut-être est-ce à ce titre que sa
bru figure ici parmi les curieuses.
Mademoiselle de Cutigny, rue des Rosiers saint Germain.
Madame de Maillier, rue saint Anastaze.
Madame la Présidente le Lievre, rue de Brac.
Madame la Marquise de Polignac, près la Charité[19].
[19] Marie-Armande de Rambures, marquise de Polignac, tante de l’abbé
de Polignac qui devint cardinal, et fit l’_Anti-Lucrèce_.
Madame de Sauvebœuf, rue de Grenelle, quartier S. Germain.
Madame de Verderonne, rue S. Antoine, à l’Hotel de Beauvais[20].
[20] Nous ne savons rien ni sur elle ni sur son mari Etienne-Claude de
L’Aubespine, marquis de Verdronne. Nous ignorons aussi pourquoi elle
logeoit à l’hôtel de Beauvais, occupé encore à ce moment-là par le
fils de la favorite d’Anne d’Autriche, qui l’avoit fait construire,
le baron de Beauvais.
Madame de Chevry[21] et Mademoiselle de Clapisson[22], prés les Enfans Rouges.
[21] Petite nièce de Fénelon, qui avoit épousé tard le vieux Chevry,
l’aveugle. Elle tenoit bureau d’esprit, dévot et quiétiste, «qui ne
laissoit pas, dit Saint-Simon, d’être compté dans Paris.»
[22] Précieuse de la société de Mlle de Scudéry, qui logeoit tout près
d’elle. Les Clapisson étoient une famille de la bonne bourgeoisie
parisienne, (_V. Archives hospitalières_, Hôtel-Dieu, 1re part., p.
107.)
Madame de Lamec[23], rue saint Antoine.
[23] Lisez de Lamet. C’étoit la sœur du curé de Saint-Eustache. Rigaud
fit son portrait en 1696.
COMMERCE DE CURIOSITEZ ET DE BIJOUTERIES.
Les Marchands tenans boutique, Acheteurs, Vendeurs et Troqueurs de Tableaux, Meubles de la Chine[1], Porcelaines[2], Cristaux, Coquillages, et autres Curiositez et Bijouteries, sont Messieurs d’Hostel[3], à l’entrée du quay de la Mégisserie, Malaferre[4] et Varenne[5], quay de l’Orloge; la Fresnaye[6] et Laisgu[7], rue saint Honoré; Quesnel, rue des Bourdonnois[8]; Protais, rue des Assis; Fagnany, quay de l’Ecole[9]; Antheaume, derriere l’Hotel de Bourgogne; Naneau[10], au Palais, etc.
[1] Il n’y en avoit pas de plus à la mode. Sénecé, dans ses
Epigrammes et autres pièces (1717, in-12, p. 272-274), nous parle
de ce goût pour les meubles et les porcelaines de Chine, le
«lachinage», comme on disoit en langage de marchands (_voy._ plus
bas p. 239). Limojon de Saint-Disdier, dans son curieux livre, le
Voyage du Parnasse (1716, in-12, p. 174) nous fait voir le cabinet
d’un curieux tout lambrissé de laque: «c’est, dit-il, une pièce
ovalle, revêtue du haut jusqu’en bas de morceaux de lacq (_sic_) de
la Chine, d’une grandeur et d’une beauté surprenantes.»
[2] On ne les vouloit que de la Chine:—«Rappelez-vous, dit Lisette,
dans la Maison de campagne de Dancourt (acte I, sc. 5), celle qui
en riant vous cassa toutes ces porcelaines de Hollande, parce
qu’elle disoit qu’il n’en falloit avoir que de Chine.» Une
déclaration royale du 2 juillet 1709 défendit l’importation des
porcelaines, faïences et poteries étrangères.
[3] Lisez Dautel ou Dotel. Il est continuellement cité dans les pièces
du temps. Le Sage, par exemple, le nomme dans Turcaret, et Regnard
dans l’_Homme à bonnes fortunes_, scène des Curiosités.—«Est-il
curieux? dit Brocantin.—Bon, répond Arlequin, c’est le Dotel du
pays. Il troque de nippes à tout moment, et je vous réponds qu’avant
qu’il soit deux jours il aura troqué sa femme.» Le financier du
Voyage du Parnasse se vante, p. 205, d’avoir acheté chez lui «une
belle jatte de la vieille porcelaine verte du Japon», V. aussi le
Théophraste moderne, p. 422; l’_Ambigu d’Auteuil_, p. 16-17;
Gacon, le Poëte sans fard, p. 41.
[4] Il n’étoit pas moins célèbre que Dautel. L’abbé de Villiers le
nomme avec lui dans ses Poésies, p. 149, et seul dans son poëme de
l’_Amitié_, p. 48:
Voulez-vous voir chez vous vos salons inutiles,
Montrer aux curieux mille ornements fragiles,
En antiques tourner et le bronze et le fer,
Et dans un cabinet mettre tout Malafer…
Il collectionnoit pour son propre compte, et possédoit notamment,
sans vouloir le vendre ni le troquer, le _Saturne coupant les ailes
de l’Amour_, par Nicolas Perrier. Il voyoit beaucoup artistes et
poëtes. La veuve Laurent l’avoit comme habitué dans son café du coin
des rues Dauphine et Christine; il fut ainsi mêlé à l’affaire des
couplets de Rousseau. Il avoit écrit une histoire des peintres, dont
nous ne connoissons qu’une notice, celle de Santerre, publiée par le
Mercure, sept. 1718, p. 69.
[5] Spon, en 1673, l’avoit mis non parmi les marchands de curiosités,
mais parmi les curieux: «M. Varenne, dit-il, près la Monnoie,
tableaux et diverses curiosités.»
[6] Il est, aussi bien que Dautel, nommé dans plusieurs pièces du
temps, comme brocanteur célèbre, et peut-être aussi un peu comme
prêteur sur gages. (V. Dancourt, la Foire Saint-Germain, sc.
XII, et la Femme d’intrigue, acte V, sc. IX.) Ses deux fils
Eléonor et Pierre lui succédèrent au Palais, l’un à l’enseigne _de
la Croix d’or_; l’autre à celle du Dauphin.—On trouve, dans les
Mss. Delamarre, nº 21, 627, p. 170, le procès-verbal d’une visite
faite chez La Fresnaye, après l’édit contre les dorures, décrété en
1669 et renouvelé en 1687 et 1689.
[7] «Près les pères de l’Oratoire.» Edit. de 1691, p. 24.—Il est
nommé par l’abbé Bordelon dans son Livre à la Mode, 1696, in-12,
p. 33. Marianne demande en quoi consistent les façons du bel air:
Est-ce à rouler les yeux pour se faire plus belle,
A façonner sa bouche, et passer tout le jour
Dans ces soins fatigants de prendre un air de Cour?…
A hausser sa fontange en coquette éventée
Et renchérir d’abord sur la mode inventée?
A vouloir affecter par un soin assidu
Pour ses marchands: Le Gras, La Fresnaye et l’Egu?
[8] Dans l’édit. de 1691, il est à la suite des autres, sans
indication d’adresse, mais avec un détail qui manque ici: «Ils
vendent pareillement des coquillages, mais le sieur Quenel est celui
d’entre eux qui s’y attache le plus.»
[9] «A la descente de la Samaritaine.» Edit. de 1691.—Nous avons
beaucoup parlé de cet intrigant du brocantage dans notre _Histoire
du Pont-Neuf_, t. II, p. 277-281. On nous permettra d’y renvoyer.
Nous rappellerons seulement ici les altérations qu’il fit subir aux
planches de Callot, dont il possédoit un grand nombre, que son fils
mit en recueil (Mercure, mars 1723, p. 561), et sa fameuse loterie
qui ne fut qu’un immense vol organisé. Dancourt en fit une pièce, où
il l’appela Sbrigani, et les Italiens, dans leur comédie les _Bains
de la porte Saint-Bernard_, allèrent encore plus loin: ils le
nommèrent «el signor Furbagnani.» On lit dans le _Théophraste
moderne_, à propos de cette loterie: «lui-même y a plus gagné sans
avoir de billets que tous ceux qui ont eu des lots.» Il gagna
beaucoup aussi avec ses tabatières à scandales, où toutes les
aventures scabreuses du moment étoient satiriquement représentées.
Il en est parlé dans le Retour de la foire de Bezons, et mieux
encore dans les Souhaits joués en 1693: «MOMUS. Qui est-ce qui
porte cet épicier à éventer la honte de son lit, et à solliciter une
place sur les tabatières de Fagnany? La Folie.»
[10] Nous trouvons pour Nanot (_sic_) dans la Collect. Delamarre, nº
21, 627, p. 170, un procès-verbal de visite, comme celui qui fut
dressé chez La Fresnaye.
Mademoiselle de Tournon, qui tient aussi boutique sur le Pont au Change, fait le même trafic.
Il y a d’ailleurs en chambres hautes plusieurs Vendeurs et Troqueurs de Curiositez; comme Messieurs Raclot, rue de Harlay; Poignan, rue de Mommorancy; Roussel, cul de sac de la ruë Beaubourg; Paris, près la Jussienne[11]; des Dieux, rue des Assis au petit Broc, etc.
[11] L’édit. de 1691, p. 24, le place dans un art. non reproduit ici:
«M. l’abbé Du Plessis, près le puits d’Amour, le sieur Dalançon, rue
Chapon, et le sieur Paris, près la Jussienne, se plaisent à troquer
des tableaux.»
Mesdames Noel, rue de Grenelle saint Honoré, et Tonnetti, quay de la Mégisserie, ont aussi chez elles beaucoup de Curiositez dont elles font trafic.
M. Dorigny, rue Quinquempoix, M. Laittier et Mademoiselle le Brun, à l’aport de Paris, ont aussi ordinairement de belles pièces de Porcelaines et de Lachinage[12].
[12] V. sur ce mot une des notes précédentes, p. 236.
M. l’Argilliere, rue sainte Avoye, fait commerce de bons Tableaux[13].
[13] Nicolas de Largillière, le fameux peintre de portraits. Il ne
quitta la rue Sainte-Avoye que peu de temps avant sa mort, en 1746,
à quatre-vingt-dix ans. C’étoit, comme on sait, la partie de la rue
du Temple actuelle qui s’étendoit de la rue Croix-de-la-Bretonnerie
à celle des Vieilles-Haudriettes. Il logeoit en face de la fontaine
placée entre les nos 40 et 42. V. G. Brice, 3e édit., t. I, p.
255.
Autant en font Messieurs Guillemart, prés saint Yves, et Muguet, au milieu de la ruë Bourlabé.
M. de Cauroy, ruë Briboucher, tient magasin de Bijouteries et Coffres d’Angleterre[14], de Porcelaines, de Pagottes[15], de terre cizelées et de Meubles de la Chine[16].
[14] Ces «articles» anglais furent longtemps à la mode. Le 30 juillet
1743, un privilége de dix ans fut accordé à Claude-Imbert Gérin, qui
s’établit rue de Charenton, pour fabriquer «toutes sortes de
fayences, à l’imitation de celles d’Angleterre.»
[15] Pour «pagodes.» C’étoit une des chinoiseries les plus
recherchées. Au siècle suivant, Gersaint, le fameux marchand de
curiosités, en avoit fait son enseigne. Voici le texte de l’adresse
que M. de Caylus avoit gravée pour lui, en 1740: «à LA PAGODE,
_Gersaint, marchand jouaillier sur le Pont-Notre-Dame, vend toute
sorte de clainquaillerie nouvelle et de goût, bijoux, glaces,
tableaux de cabinet, pagodes, vernis et porcelaines au Japon,
coquillages et autres morceaux d’histoire naturelle, cailloux,
agathes, et généralement toutes marchandises curieuses et
étrangères_.
[16] Cet art. est un peu différent dans l’édit. de 1691, p. 24. Après
une liste à peu près pareille à celle qui commence ce chapitre, mais
moins longue, on y lit: «Ces marchands vendent des porcelaines, des
meubles de la Chine et des terres cizelées en détail, mais on en
trouve en gros chez M. Du Cauroy, à la ville d’Anvers, rue
Briboucher», c’est-à-dire, comme on sait, rue Aubry-le-Boucher.
M. de la Cousture, Cloitre S. Nicolas du Louvre, a un particulier talent pour damasquiner sur l’acier[17] en Figures et Ornemens de la Chine.
[17] Cet art de damasquiner n’étoit pas nouveau chez nous, mais il
avoit été singulièrement perfectionné par un des maîtres de La
Cousture, nommé ici, le fourbisseur parisien Cursinet, mort vers
1670. «Il a fait, dit Félibien, Des principes d’architecture,
1676, in-4º, p. 455, des ouvrages incomparables en cette sorte de
travail, tant pour le dessin, que pour la belle manière d’appliquer
son or, et cizeler de relief par dessus.»
Le Sieur Salé Peintre, rue de la Ferronnerie, dit avoir trouvé un secret d’Optique qui fait voir dans un Tableau toutes autres Figures que celles qui y sont peintes, et même au gré des Spectateurs.
Le Sieur l’Arche Fondeur et Cizeleur en Bronze, qui est fort renommé pour les Figures de Cabinet, demeure rue des Ciseaux, prés l’Abbaye saint Germain; il donne une couleur de bronze antique aux figures modernes[18].
[18] Il se servoit de purpurine, ou bronze moulu, qui s’appliquoit
soit à l’huile soit au vernis.
Les Sieurs Vilaine, rue Neuve saint Mederic, et la Pierre, quay des Orfèvres, ont un particulier talent pour bien nettoyer les Tableaux.
Le Sieur Pouilly[19], rue Dauphine, a trouvé un secret pour augmenter de beaucoup la vertu de l’Aymant et un Microscope qui grossit extraordinairement les objets[20].
[19] «Faiseur d’instruments mathématiques… vend un calandrier de
cabinet propre et curieux.» Edit. de 1691.
[20] Ces derniers détails manquent dans l’édit. de 1691, p. 24, mais
après l’article se lit celui-ci, qui n’a pas reparu ici: «On trouve
des estampes de toutes sortes chez le portier de l’Académie des
peintres, rue de Richelieu.»
Les Tableaux Cilindriques[21] se vendent chez le Sieur Amielle, près saint Hilaire.
[21] Il eût mieux valu dire «miroirs cylindriques.» V. à leur sujet,
le Diction. des Arts et Métiers de l’abbé Jaubert, 1773, in-12, t.
II, p. 612.
Il y a un Pere Theatin qui en fait pour luy et pour ses amis d’une beauté extraordinaire[22], aussi bien que des Figures de toutes espèces pour la Lanterne magique[23].
[22] Les religieux s’occupoient volontiers d’optique; le P.
Jean-François Niceron, auteur du Thaumaturgus opticus, 1646,
in-fol., avoit fait chez les Minimes de la place Royale, qui étoient
un couvent de son ordre, des tableaux changeants d’une habileté et
d’un effet surprenants.
[23] Ce n’étoit pas encore devenu un amusement enfantin et vulgaire.
On s’en divertissoit dans le monde, comme à cette soirée de l’hôtel
de Liancourt, où le spectacle fut une lanterne magique, avec deux
vielles pour orchestre. V. Loret, Muse historique, 13 mai 1656.
Le Sieur Hubin Emailleur, rue saint Denis, devant la ruë aux Ours, fait et vend des Baromettres, des Thermomettres et des Hidromettres d’une propreté particulière[24].
[24] Il étoit célèbre depuis déjà longtemps. En 1673, Spon le plaçoit
sur la liste de ses curieux: «M. Ubin, dit-il, émailleur, rue
Saint-Denys, vis-à-vis la rue aux Ours: thermomètres, baromètres,
larmes d’Hollande, et autres curiosités.» Suivant Huet, qui lui fit
faire un anémomètre, qu’il avoit lui-même inventé, et qui le traite
«d’excellent ouvrier», il étoit anglois. (_Huetiana_, p. 56.) C’est
lui qui, avant Réaumur, construisit les thermomètres les plus
parfaits: «les curieux en conservent encore dans leurs cabinets»,
écrivoit, en 1773, l’abbé Jaubert (t. III, p. 143). Il excelloit
aussi pour les yeux de verre: «chez Hubins, le fabricant d’yeux de
verre, dit Lister à la fin du chap. V de son Voyage à Paris en
1698, j’en vis de pleins tiroirs, de toutes couleurs, de façon à
appareiller n’importe quels yeux: et il faut qu’il en soit ainsi,
car la moindre différence seroit intolérable.» L’édit. de 1691, p.
31, n’oublie pas ce talent de Hubin pour les yeux artificiels, et
elle lui donne pour concurrent Le Quin, rue Dauphine, que nous
retrouverons plus loin.—Hubin était grand ami de Papin, dont, en
1674, il avait présenté à l’Académie des sciences l’ouvrage
important, Nouvelles expériences du vuide.
Le Sieur Do aussi Emailleur, rue du Harlay, aux armes de France, en vend de plus simples et à meilleur marché[25].
[25] On lit, à la suite, dans l’édit. de 1691, p. 31: «le sieur
Roault, autre émailleur, rue Saint-Denis, fait en émail toutes
sortes de figures humaines, et autres représentations. Il vend aussi
des aigrettes d’émail, qui, avec une grande beauté, ont cette
propriété de ne pas prendre la poussière.» Son fils lui succéda, et
ses émaux furent encore plus célèbres que les siens. V. l’_Année
littéraire_, 1755, t. VIII, p. 49, 50; et 1758, t. VII, p. 138.
Piron en possédoit, dont il étoit très-fier.
Le Sieur Langlois père, et le Sieur Langlois fils ainé[26], qui imitent et qui raccommodent en perfection les Meubles de la Chine, demeurent grande rue du fauxbourg saint Antoine, prés l’Hôtel de Bel air[27].
[26] En outre d’un article à peu près pareil à celui-ci dans l’édit.
précédente, p. 24, Langlois, père et fils, en ont un, p. 35, qui
manque ici, et qui complète l’autre: «les sieurs Langlois, père et
fils, font des cabinets et paravents, façon de la Chine, d’une
beauté singulière; ils demeurent l’un et l’autre, grande rue du
Faubourg Saint-Antoine, près la rue de Charonne.»
[27] «Le sieur Paty, même faubourg, près l’enseigne du Tambourg, fait
de moindres ouvrages, façon de la Chine.» Edit. 1691, p. 24.
Le Sieur Langlois le cadet qui excelle pour les Figures et Ornemens de la Chine, demeure rue de la Tixeranderie, chez M. Perducat Chirurgien[28].
[28] Son adresse, dans l’édit. précéd., p. 35, est: «au Cloître
Sainte-Catherine de la Couture.»
Le Sieur Taboureux qui demeure sur le Quay de la Megisserie[29], prés le Fort l’Evêque, imite fort bien les Coffres et Ferrures d’Angleterre[30].
[29] «Au milieu du quai de la Mégisserie.» Edit. de 1691.
[30] Avant cet article se trouve celui-ci dans l’édit. de 1691, p. 24:
«le sieur Des Essarts, au haut des fossez de Condé, imite le La
Chinage en creux et en relief.»
Les Sieurs Thierry, rue du petit Heuleu à l’Etoile; de Monceau à la Bastille, et Darmé, chez un Cordonnier, rue de la vieille Draperie, font des Tablettes de poche d’une grande propreté.
Les Cassolettes philosophiques[31] à feu d’Esprit de vin et Globule de Cristal qui attire les Liqueurs à la façon de l’Eolipile[32], se vendent sur le quay de Nesle, à l’Apoticairerie royale[33], et servent non seulement à des-infecter et parfumer les chambres agréablement sans fumée et presque sans frais[34], mais encore à guérir plusieurs maladies par des vapeurs medecinales.
[31] Il en a été parlé plus haut, p. 172-173.
[32] L’esprit de vin chauffoit le globe comme un éolipyle, et la
chaleur en chassoit les parfums, dont on vouloit parfumer les
chambres. Ces cassolettes s’appeloient philosophiques, comme tout ce
qui tenoit alors un peu à la chimie.
[33] C’est-à-dire chez Blegny.
[34] On les allumoit derrière les pilastres et les meubles des
chambres ou des salles, pour qu’elles en fussent embaumées. V.
l’_Art de bien traiter_. Paris, 1674, in-12, chap. _de la Salle à
manger_.
COMMERCE DES OUVRAGES D’OR, D’ARGENT, DE PIERRERIES, DE PERLES, ETC.
La Chapelle aux Orphevres, où les Maitres et Gardes de l’Orphevrerie ont leur bureau, et où ils font les Mardis et Vendredis l’essai de tous les Ouvrages d’or et d’argent, est dans la ruë des Lavandieres[1].
[1] Le bureau étoit rue des Lavandières-Sainte-Opportune, mais la
chapelle se trouvoit dans la rue des Orfèvres, qui alloit de la rue
Saint-Germain-l’Auxerrois à la rue Jean-Lantier. Elle avoit été
dédiée par la corporation, en 1399, à saint Eloi.
C’est au même lieu qu’est le Bureau des Controlleurs de la marque pour l’or et pour l’argent[2].
[2] Tous les ouvrages sans marque—nous dirions sans contrôle—étoient
saisis. Il y eut, par arrêt du 4 août 1693, une exécution de ce
genre contre les orfèvres Bastier, Prévost, Turmelle, Ladoireau et
Gauché.
Les Maîtres et Gardes en charge de l’Orfevrerie sont, Messieurs Bretault, place Dauphine, Bulot, rue saint Louis du Palais, Juillet, quay de l’Orloge, de Ronel, Grenier et l’Evesque, quay des Orphévres[3].
[3] On voit que la plupart des orfèvres étoient groupés dans la place
Dauphine ou sur les quais et les rues qui l’entourent. Cette réunion
de riches boutiques, sur un même point, avoit obligé, au siècle
dernier, de placer tout près, au terre-plain du Pont-Neuf, un corps
de garde du Guet, dont une sentinelle se tenoit toute la nuit au
coin du quai des Orfèvres.
M. de Launay, Orphevre du Roy, demeure devant les Galleries du Louvre[4].
[4] Il étoit, en effet, «un des illustres qui sont logez sous la
grande gallerie», comme dit G. Brice. «De Launay, orfèvre,
ajoute-t-il (t. I, p. 75), conduit ordinairement les ouvrages
magnifiques que le roi fait faire.» Tout l’ameublement de
Versailles, «en meubles d’orfèvrerie», tels que les bancs d’argent
massif, qui se trouvoient devant chaque fenêtre de la galerie des
glaces, avoit été fait sous sa direction. Quand arrivèrent les lois
somptuaires dont nous avons parlé, il n’en fut pas pour cela plus
épargné. Le commissaire Delamarre fit chez lui une visite le 4 mars
1687, et il lui fallut déclarer tout ce qu’il avoit d’ouvrages d’or
et d’argent, achevés ou à finir. V. les papiers Delamarre à la
Biblioth. Nat., nº 21, 627, fol. 102 et suiv. On apprend par le
procès-verbal qu’il étoit défendu aux orfèvres de vendre des
soufflets et des grils d’argent, mais qu’en revanche ils avoient le
droit de mise en vente pour les boîtes à poudre, boîtes à
savonnettes, sonnettes, écritoires, bassinoires et pots de chambre
en argent!
M. de Villers qui travaille aussi pour Sa Majesté aux ouvrages d’Orphevrerie, demeure aux Gobelins[5].
[5] Les Gobelins n’étoient pas alors qu’une manufacture de
tapisseries, mais une sorte d’école d’arts et métiers sous la
direction de Le Brun, puis de Mignard, avec ateliers de bijouterie,
d’ébénisterie, de marqueterie, de peinture, de gravure, etc. Il
n’est donc pas étonnant que nous y trouvions l’orfèvre De Villiers,
en 1692. Trois ans après, le malheur des temps fit fermer la plupart
de ces ateliers.
M. de Montarsis qui a soin des Ouvrages de pierreries de Sa Majesté, demeure devant la place du Carrousel[6].
[6] C’étoit encore un des illustres des galeries. Voici son nom
complet: Pierre Le Tessier de Montarsy. Il se qualifioit «joaillier
ordinaire du Roi», puis, quand son père, qui étoit «garde des
pierreries de la Couronne», fut mort, il prit le même titre, mais en
le partageant avec le président Du Metz. C’est lui qui, en 1697, fut
chargé de constater à la Sainte-Chapelle, sur le reliquaire de la
couronne d’épines, la soustraction que Henri III y avoit fait faire
de plusieurs rubis des plus précieux. (Morand, _Hist. de la
Sainte-Chapelle_, p. 199-200.) Montarsy, avant de figurer ici au
premier rang des joailliers, auroit pu être classé parmi les
curieux: «Il a, dit G. Brice, une très-belle galerie remplie de
tableaux des plus grands maîtres, de bronzes, de bijoux précieux, de
porcelaines rares, de vases de cristal de roche, et de mille
curiositez d’un goût exquis et d’un prix très-considérable. Ces
belles choses sont dans sa maison, située à l’extrémité du
cul-de-sac de Saint-Thomas du Louvre.» C’est chez lui qu’on se
fournissoit des boîtes à portrait du Roi: «Je m’adresse à vous, lui
écrit Phélypeaux, le 10 oct. 1694, ne sachant si M. Du Metz est à
Paris, pour vous dire de m’envoyer le plutôt qu’il se pourra une
boëtte à portrait de huit cents ou mille escus. Il faut que le
portrait du Roy soit d’émail, en relief, de la façon du Suédois, en
cas que vous en ayez un prêt.» Jal, à qui nous devons de connoître
cette lettre, se demande quel peut-être ce peintre suédois. C’est,
sans aucun doute, Kleintgel ou Klingstet, qui étoit déjà célèbre
alors à Paris pour ses miniatures.
Messieurs Bins[7] et Guyon distinguez pour mettre toutes sortes de Pierreries en œuvre, demeurent aux Galleries du Louvre.
[7] «Bain, émailleur, dit G. Brice (t. I, p. 76), presque le seul en
France qui entende à présent le travail des émaux clairs.» Il avoit
un logement aux galeries du Louvre, depuis le 14 sept. 1671. (_Arch.
de l’Art françois_, t. I, p. 220.)
Messieurs le Lorrain, à l’aport de Paris, du Grenier, quay de Nesle, Pierre, quay de la Megisserie, et Legare[8], rue de Harlay, sont encore renommez pour le même fait.
[8] Lisez Légaré. Il étoit fils de Gilles Légaré, qui avoit publié, en
1663, un très-curieux volume sur son art: _Livre des ouvrages
d’orfèvrerie, fait par Gilles Légaré, orfèvre du Roy, rue de la
Vieille-Draperie, devant le Palais au Barillet, proche Saint-Pierre
des Arcis_.
Messieurs Alvarez, rue Thibault aux dez[9], Catilon, quay de l’Orloge, et Poirier, prés la Croix du Tiroir, font grand commerce de Pierreries.
[9] Nous avons déjà parlé de lui, quand nous l’avons vu passer comme
trésorier payeur des Cent Suisses. Nous ajouterons à ce que nous
avons dit, que—ce qui n’étonnera pas—il prêtoit sur gages: «Elle
sortit dès huit heures du matin, lisons-nous dans _La France devenue
Italienne_, pamphlet galant de 1686, et fut mettre des pierreries et
de la vaisselle d’argent en gage chez Alvarès, fameux joaillier,
pour quatre mille pistoles.» Il brocantoit de joyaux et d’antiques
même à l’étranger, en se disant agent du Roi. V. dans _la
Correspondance inédite de Mabillon et de Montfaucon avec l’Italie_,
t. I, p. 220-227, deux lettres écrites en février 1686 par Michel
Germain à Claude Bretagne.
Messieurs Loir[10], quay des Orphèvres, et Jacob, rue de Gesvres, sont des Orphèvres renommez pour la fabrique des Ornemens d’Eglise.
[10] Alexis Loyr, fils d’un orfèvre, qui avoit eu sa célébrité,
«surtout, suivant Mariette, pour les grands ouvrages.» Il fut
lui-même très-habile dans l’art de son père. De plus, il gravoit, et
l’Académie le reçut comme graveur et orfèvre, en 1678. Il mourut à
soixante-treize ans, en 1713. Son frère, Nicolas Loyr, fut un
peintre de talent, qui l’aida pour ses dessins. On a d’eux à la
Biblioth. Nat., un recueil contenant «dessins de brasiers, dont les
ornements peuvent servir aux cuvettes; nouveaux dessins de
guéridons, éventails, écrans, etc.»
Messieurs Vaudine, rue du Harlay, Bel, place du College Mazarini, Blanque, rue Dauphine, et les frères Sehut, même rue, ont un particulier talent pour les petits Ouvrages et Bijouterie d’or.
Messieurs Berthe, rue des deux Ecus[11], et Rondé, rue Bertin Poirée, trafiquent de Barres, Lingots et Grenailles d’or et d’argent.
[11] Dans l’édit. précédente, p. 23, il est qualifié «orfevre», et son
adresse est donnée ainsi: «joignant l’hôtel de la Monnoye.»
Les Garnitures et Joyaux de fausses Perles et Pierreries, se vendent chez plusieurs Marchands et Ouvriers etablis aux environs du Temple[12].
[12] On les appeloit «diamants du Temple.» Dict. des Arts, 1732,
in-fol., I, 334.
Les fausses Perles de nouvelle invention argentées par dedans, qui ressemblent fort aux naturelles[13], se vendent chez les Sieurs Gregoire, rue du petit Lion, Huvé et Desireux, rue saint Denis.
[13] Il s’agit, sans nul doute, des perles faites avec cette «essence
d’ablettes», dont le hasard fit découvrir le secret au bijoutier
Jaquin, en 1684. Il s’associa, pour l’exploiter, avec un nommé
Breton, et tous deux le perfectionnèrent si bien que, suivant le
Mercure galant (août 1686, p. 230), ces perles, «façon de fines»,
trompoient tous les jours les joailliers eux-mêmes. Les Jaquin
faisoient encore ce commerce à la fin du règne de Louis XV. Hubin
avoit appris à Lister comment elles se fabriquoient: «la pâte,
dit-il, dont on les étame à l’intérieur, se fait uniquement
d’écailles d’ablettes, sans autre mélange… un collier de ces
perles revient à deux ou trois pistoles.»
PREMIERES INSTRUCTIONS DE LA JEUNESSE[1].
[1] Cette partie forme, dans l’édit. de 1691, le chapitre XXXVIII:
_Des maîtres ès arts, et autres tenant pensionnaires, pour les
Leçons et pour les Répétitions du Latin, du Grec, de la Philosophie,
et des Mathématiques_. Il commence par ces quelques lignes qui ne se
retrouvent pas ici: «Entre ces maîtres, les uns sont principalement
appliquez à répéter les enfants qui vont au collége, qui ne sont
chez eux pour la plupart qu’à demi pension.»
Il y a dans chacun des quartiers de la Ville et Fauxbourg de Paris un Maître et une Maîtresse de petites Ecoles instituez par M. le Chantre de Paris, pour apprendre aux enfans de l’un et de l’autre sexe, le Cathecisme, et les Prieres chretiennes, la lecture des Livres latins et françois, et les principes de la Grammaire[2], de l’Ecriture et de l’Aritmetique[3].
[2] Fleury, Traité des Etudes, 1687, in-12, ch. 22, vouloit que l’on
commençât par la grammaire.
[3] V. ce que nous avons dit de ces écoles dans une note du chap.
1er: Affaires ecclésiastiques.
Outre ces Maîtres, il y a encore une Communauté de Maîtres Expers et Jurez Ecrivains, qui enseignent aux jeunes gens qui ont déjà passé par les petites Ecoles, la perfection de l’Ecriture, de l’Ortographe et de l’Aritmetique[4]. Il n’y a aucun de ces Maîtres qui n’ecrivent par excellence tous les differens caracteres d’Ecritures. On les distingue des Maîtres des petites Ecoles par leurs enseignes où il y a le titre d’Expert ou de Jurez Ecrivain[5].
[4] Fleury, au chap. 20-23 du Traité que nous venons de citer,
vouloit qu’on apprît aux enfants, non-seulement l’arithmétique, mais
le commerce, la banque, le change, la manière de tenir leurs
comptes, de fournir et recevoir quittances, faire des contrats et
des transactions.
[5] Nicolas Lesgret, né à Reims, étoit le maître à écrire des pages de
la grande Ecurie. Il prenoit le titre de «maître écrivain juré.»
Etat de France, 1692, t. I, p. 329. Il devint «secrétaire de la
chambre du roi.» On a de lui: _Le livre d’exemplaires, composé de
toutes sortes de lettres_, Paris, 1694, in-fol.; _Le nouveau livre
d’écriture italienne et bâtarde_, Paris, Mariette, in-4º oblong.
M. des Planches, à present Sindic en charge de leur Communauté, demeure ruë et devant le petit saint Antoine, où l’on peut recouvrer leur liste lorsqu’il s’agit de consultation sur les ecritures et signatures suspectes, qu’ils sont seuls en droit de vérifier, comme on le verra dans l’article des Rapports et Verifications d’Experts.
Il y a d’ailleurs dans l’Université et aux extremitez des Fauxbourgs, des Maîtres ès Arts et autres tenans pensionnaires pour les leçons et pour les répétitions du Latin, du Grec, de la Philosophie et des Mathématiques.
Il y a par exemple à cet effet, aux environs du College Mazarini, Messieurs Souplet, quay de Nesle[6]; le Page, ruë de Nevers; Roger, ruë des Petits Augustins; Galande, ruë Mazarini; Boucher et Henrion, près le passage de la rue de Seine.
[6] Dans l’édit. de 1691, p. 58, son adresse est «rue Mazarini», ainsi
que celle de Garande, appelé ici Galande. On y trouve aussi indiqué
«le sieur Picard, rue Guénegaud, devant l’abrevoir (sic)», qui
manque ici.
Au quartier de l’ancienne Université, Messieurs Fleury, ruë saint Estienne des Grecs; Cosson et Blin, ruë Chartiere; Macet, cloître saint Benoist; Laisné, Cluet, Busselin, Hacland, Guyart, Chastel le jeune et Morice[7], ruë saint Jacques.
[7] A la place de celui-ci, on trouve Guillard, dans l’édit. de 1691,
p. 58.
Sur les fossez saint Michel[8] jusqu’à l’Estrapade, Messieurs Landemaine, l’Elubois, Martin, des Fevres, du Tal, le Prieur, des Rohes[9], Valot, Parisot et Martin.
[8] «Saint Jacques et saint Marcel.» Edit. 1691.
[9] Sans doute «Des Roches.» Il manque dans l’autre édition.
Au Fauxbourg saint Antoine[10], Messieurs du Catel l’ainé, près la Raquette; du Catel le jeune[11], ruë de Reuilly; Desdurcet[12], rue de Charonne; Castelet, rue de Charenton; Roger[13] et Thomas, grande ruë du Fauxbourg; Mogey le jeune à Pincourt; Mogey l’ainé, Faucon, Desquinemare, Dupuis, Deschamps, Bussy[14] et Guibert à Picquepuce[15].
[10] Dans l’édit. de 1691, on lit, pour commencer cet article,
quelques lignes non reproduites ici: «les Maîtres, dont les
pensionnaires ne vont pas au collège, et qui leur donnent la plupart
toutes les instructions nécessaires jusqu’en philosophie, sont au
faubourg Saint-Antoine…»
[11] «Et Mauger», dit l’édit. de 1691.
[12] «Des Urset», dans l’édit. de 1691.
[13] L’édit. précédente dit «Roger», et ne nomme pas celui qui suit.
[14] Edit. 1691: «De Bassy.»
[15] On voit que ce quartier de Picpus étoit rempli de maisons
d’éducation. Le hollandois Vanden Ende, qui fut pendu comme complice
de la conspiration du chevalier de Rohan, en tenoit une de ce côté.
Elles y étoient encore nombreuses au siècle dernier. Le _Journal du
Citoyen_ (1755, in-8, p. 163-165) n’en indique pas moins de neuf
dans les rues de Montreuil, de Reuilly, Picpus et Charonne.
Et en divers autres quartiers de Paris, sont Messieurs Davesne, rue Pavée[16]; Harivel[17], rue de la Cossonnerie; le Roy, rue Quinquempoix; Mauger, près la Croix du Tiroir; Fleury, près le Palais Royal; Regnard[18], rue de Bourbon; Clément, rue Jean de l’Espine; Milot, porte saint Denis; Bilheult, près le Temple, et du Chesne, à Chaillot[19].
[16] Il y a sur lui une note bien curieuse dans le t. Ier du
Catalogue ms. de l’abbé Goujet: «Je l’ai connu dans mon enfance,
dit l’abbé, il tenoit école et pension rue Gilles-Cœur, paroisse de
Saint-André-des-Arts. C’est chez lui que j’ai appris à lire, à
écrire, les premiers principes de la religion et les éléments du
latin. C’étoit un très-bon maître, et à qui j’ai eu beaucoup
d’obligation. Ma famille ne vouloit pas me mettre à l’étude, et il
commença à m’instruire secrètement, me donnant chaque jour plusieurs
heures de son temps, et ce fut lui enfin qui détermina mon père à me
laisser livrer à l’étude.»
[17] «Anivel.» Edit. 1691.
[18] «Au faubourg Saint-Germain.» Id.
[19] L’édit. de 1691 donne presque tous ces noms, et y ajoute: «Binet,
rue des Gravilliers.»
M. de Blegny[20], maitre Expert et Juré-Ecrivain, auteur de l’Ortografe Françoise[21], demeurant à l’entrée de la rue saint André, devant le pont saint Michel, vient de donner au public un nouveau livre de sa composition[22], qui comprend tout ce qui concerne la premiere education des enfans: les Regles et les Exemples de la plus parfaite ecriture, et de la plus exacte ortografe, et de la plus claire Arithmetique; les Elements de la morale et les formules des lettres, des billets et des actes qui se font sous signatures privées dans le commerce plus ordinaire de la vie civile[23].
[20] Etienne de Blegny, parent sans nul doute de
l’apothicaire-faiseur, dont nous publions le livre.
[21] Nous ne connaissons pas ce traité de l’orthographe par Blegny,
mais en revanche nous pouvons citer ses _Nouveaux exemplaires
d’écriture d’une beauté singulière escrits par Estienne Blegny, et
gravés par Berey_, recueil de 40 planches in-8º. Claude-Auguste
Berey étoit le plus fameux graveur d’écriture de son temps. Il fut
le créateur de la coulée, comme Barbedor son devancier avoit été
le créateur de la ronde. On a de Berey: _Nouveau livre d’écriture
financière_, Paris, 1694, in-4º oblong; _L’écriture italienne
bâtarde_, 1700; Nouveaux exemplaires d’écriture de finance, in-4º
obl.
[22] En voici le titre: les Eléments ou _première Instruction de la
jeunesse_.
[23] Il se trouve, en effet, dans le livre d’Etienne Blegny, un
chapitre qui a pour titre: Formulaire de petits actes.
Pour le surplus de l’education de la jeunesse, voyez l’article des Collèges, celuy des nobles exercices, et celuy des Mathématiques.
NOBLES EXERCICES POUR LA BELLE EDUCATION[1].
[1] Dans l’édit. précéd., ce qui suit se trouvoit, avec des détails
différents, au «chapitre IV, des Académies:… Les Académies de la
deuxième espèce, où l’on instruit la noblesse dans les Sciences et
dans les Arts qui regardent la discipline militaire, et dans tous
les exercices de la danse, sont au nombre de cinq; sçavoir: celle de
M. Coulon, rue Férou, près Saint-Sulpice; celle de M. de Longpré au
carrefour Saint-Benoist; celle de M. Bernardi rue de Condé, et celle
de Monsieur de Roquefort, dans la rue de l’Université», p. 8.
Toutes les Academies de Manège ont esté reduites à deux, et reglées de telle sorte que les pensionnaires y sont distribuez en nombre egal; l’une est au Carrefour saint Benoist[2], où il y a pour Ecuyers, Messieurs de Lonpré[3], Bernardy[4], et et l’autre qui est dans la ruë des Canettes, a aussi pour Ecuyers, Mrs Vandeüil, Roquefort, et d’Auricour.
[2] La cour du Dragon fut construite à la place de cette académie et
de son manége.
[3] Nous l’avons trouvé tout-à-l’heure parmi les curieux de médailles.
Il avoit été fait écuyer du Roi, le 14 février 1670. _V. Registre du
Secrétariat_, pour 1670, Biblioth. Nat., f. franç., nº 6652, fol. 96
vº.
[4] Il étoit de Lucques, comme Arnolphini, autre grand «académiste» de
ce temps-là. Avant de venir au carrefour Saint-Benoît et de s’y
associer avec Longpré, Bernardi avoit eu une académie de manége rue
de Vaugirard, près du Luxembourg, où on lui avoit permis d’élever
tous les ans un fort pour exercer ses élèves aux manœuvres des
sièges. Soleysel, auteur du Parfait maréchal, dont nous avons
parlé plus haut, avoit professé dans son manége.
C’est dans ces deux Academies, que les jeunes gens sont exercez dans les Sciences et dans les Arts qui conviennent à la Noblesse; c’est-à-dire, aux Mathématiques et aux exercices des Armes, du Cheval et de la Danse[5].
[5] Un contemporain, Le Bret, nous dit dans ses lettres diverses, p.
127, que tout bon gentilhomme devoit rester deux ans chez Bernardi,
et y gagner au moins «un prix à la course de bagues.»
Messieurs le Perche père, rue de la Harpe[6]; Liancourt, rue des Boucheries saint Germain, de Brie, rue de Bussy, et du Fay, rue du Chantre, sont les Maîtres en fait d’Armes preposez dans les deux Academies, pour enseigner l’usage de l’Epée.
[6] C’étoit un honneur de prendre de ses leçons. Brillon, dans ses
Portraits sérieux, galants et critiques, 1696, in-12, p. 270, dit
de l’homme du bel air qu’il appelle Aristarque: «grand homme
d’exercice, vous lui entendrez répéter qu’il est un des forts
écoliers de Le Perche, et que dans l’Académie de Longpré on ne parle
que de lui.»
M. de Beaufort, près la porte saint Honoré, montre dans l’une et dans l’autre, l’exercice de la Pique, du Mousquet et des Evolutions militaires.
Et Mrs Favier[7] et Du Four, rue Dauphine, y montrent à danser.
[7] C’est celui dont La Bruyère a dit à l’art. 29 du chapitre _de la
Mode_, en souvenir des leçons qu’il donnoit à M. Le Duc, son élève:
«On sait que Favier est beau danseur.» Mme de Sévigné a aussi parlé
de lui, t. IX, p. 133. Il étoit attaché à l’Opéra.
Il y a d’ailleurs en differens quartiers des Maîtres en Fait d’Armes, qui tiennent salle chez eux, et qui sont dans l’approbation publique; par exemple, Messieurs de saint André, quay des Augustins, Chardon, rue de Bussy: Minoux, rue des mauvais Garçons: le Perche fils, rue Mazarine: Pillait père, rue Dauphine: Pillart fils, rue des Cordiers: du Bois, près le Jeu de de Metz[8], etc.
[8] Un des jeux de paume de la rue Mazarine.—On voit que, sauf deux,
tous ces maîtres d’armes demeuroient dans le quartier de
l’Université. En 1721, il en étoit encore de même. J. de Braye, qui
fit paroître alors l’_Art de tirer les armes_, dit qu’il y avoit
dans Paris plus de dix mille bretteurs, et presque tous dans le
quartier latin. Ils n’affluoient pas moins, en 1695, dans le
faubourg Saint-Germain. Le procureur du Roi, Robert, dans une lettre
du 11 juillet à l’agent Desgranges, lui dit, à propos d’une
arrestation qu’il devoit mais ne put faire près de l’abbaye: «En un
moment, il s’est attroupé en cet endroit beaucoup de gens d’épée et
de bretteurs dont ce quartier est rempli, et il étoit impossible
d’emmener le prisonnier sans rendre un petit combat et faire tuer
beaucoup de monde.» (P. Clément, la Police sous Louis XIV, p.
442.)
M. Liencourt a donné au public un excellent traité de la Pratique des Armes.
Il y a pareillement encore pour les hautes armes, M. Rousseau, qui est ordinairement en Cour[9]: M. Colombon, devant la grande porte du Palais: et M. Chevry, rue des Boucheries saint Germain.
[9] Il étoit maître d’armes des pages de la grande et de la petite
écurie, et il le devint ensuite du duc de Bourgogne. Son fils et son
petit-fils, qui avoit épousé une sœur de Mme Campan, furent maîtres
d’armes des enfants de France. Le dernier ne put échapper à la
Terreur: «Il fut pris et guillotiné, dit Mme Lebrun. On m’a dit que
le jugement rendu, un juge avoit eu l’atrocité de lui crier: pare
celle-ci, Rousseau.» (Souvenirs, 1re édit., t. I, p. 182.) Amédée
de Beauplan étoit son fils.
Plusieurs maîtres de Dance dispersés en differens endroits, sont d’ailleurs d’une habilité distinguée; par exemple, M. de Beauchamp, Maître des Ballets du Roy, et le premier homme de l’Europe pour la composition[10], rue Bailleul: M. Reynal l’aîné, maître à danser des Enfans de France[11], ordinairement en Cour: et Messieurs d’Olivet et Favier cadet, rue du petit Lion: Favre l’aîné, rue de Richelieu: Favre le cadet, rue Platriere: Lestang et Pecourt ainé[12] et cadet, rue Traversine: du Mirail, rue de Seine: Bouteville, rue des mauvais Garçons: des Hayes, devant la Comédie Françoise: Germain l’ainé, rue saint André: Germain le cadet, rue de Bussy: Pestor au Marché Neuf, etc.
[10] G. Brice se contente de dire qu’il est «des plus renommés de sa
profession, par les beaux ballets qu’il a composés, et par les
élèves habiles qu’il a formés, qui sont à présent admirés de tout le
monde, principalement sur le théâtre de l’Opéra, où on les voit
exécuter des danses merveilleuses.» Il a été parlé plus haut, p.
230, de son cabinet de curieux.
[11] Son nom est écrit Rénal dans l’Etat de France de 1702, t. II,
p. 30, où il figure comme maître à danser du duc de Bourgogne et de
son frère le duc de Berry.
[12] Louis Pécourt, maître à danser des pages de la Chambre. Lui et
Lestang étoient les maîtres à grands succès, et qui gagnoient le
plus. Richelet, à ce propos, a dans son recueil _Les plus belles
lettres françoises_, 4e édit., t. I, p. 379, une note bien curieuse,
et encore plus amère: «M. le duc d’Enghien, dit-il, dansoit
proprement, et de son temps la danse commençoit à être quelque
chose. Cependant ce n’étoit rien en comparaison de ce qu’elle est.
Elle enchante et aussi pour plaire, ou pour faire fortune, il faut
comme Pécourt ou L’Etang danser ou être maître à danser.» Regnard,
dans sa farce du Théâtre Italien, le Divorce, jouée en 1688, parle
aussi du succès des leçons de ces danseurs et du prix qu’ils y
mettoient: «COLOMBINE. Un demi louis d’or pour une leçon! on ne
donnoit autrefois aux meilleurs maîtres qu’un écu par mois.
ARLEQUIN. Il est vrai, mais dans ce temps là les maîtres à danser
n’étoient pas obligés d’être dorés dessus et dessous comme à
présent, et une paire de galoches étoit la voiture qui les menoit
par toute la ville.»
Outre ce qu’on a veu dans l’article des Mathematiques touchant les maîtres qui professent et qui enseignent toutes les dépendances, il y a d’ailleurs entre les fameux, Messieurs Goret, Terranneau, Walter, etc., dont on n’a pû recouvrer les adresses.
M. Chartrain qui est également sçavant et illustre, et qui demeure rue du Four saint Germain, enseigne l’Histoire, la Geographie, le Blazon, etc.
Autant en fait M. l’Abbé Brice, Auteur de la Description de la Ville de Paris[13], qui demeure rue du Sepulcre.
[13] Nous avons parlé de lui dans une de nos premières notes, p. 6, et
quant à sa Description de Paris, nous l’avons assez souvent citée
pour ne pas avoir à y revenir ici. Elle en étoit encore à ce moment
à sa première édition, publiée en 1684, 2 vol. in-12.
M. Veneroni[14], Secretaire Interprète du Roy, ordinairement nommé dans les Tribunaux pour la Traduction et Interpretation des Langues Espagnole et Italienne, enseigne ces deux Langues chez luy, rue du Cœur Volant[15] et en Ville; c’est celuy même qui a publié un Dictionnaire[16], une Grammaire, et une Nouvelle Metode pour la Langue Italienne[17], et qui a traduit les Lettres du Cardinal Bentivoglio, le Pastor Fido, etc.
[14] Ce nom, qui a longtemps été populaire dans les classes, n’étoit
pas le sien. Il se l’étoit donné, en italianisant son nom véritable,
Vigneron.
[15] Ajoutons, d’après Jal, Dict. critique, p. 1242, «à l’enseigne
du Chapeau couronné.»
[16] Ce dictionnaire italien ne lui appartenoit pas beaucoup plus que
son nom à l’italienne. La Monnoie nous l’apprend sans ménagement
dans une note du glossaire de ses Noëls bourguignons: «le
plagiaire, dit-il, qui s’est emparé du dictionnaire italien d’Oudin
et l’a fait imprimer sous le nom de Vénéroni, étoit un pédant nommé
Vigneron.» Il est juste d’ajouter qu’il n’avoit pas—ce qu’oublie La
Monnoye—nié ce qu’il devoit à Oudin, quand, en 1681, il avoit donné
une nouvelle édition de son dictionnaire. Il avoit mis sur le titre:
«continué par Laurent Fevrette et par Vénéroni.» C’est bien plus
tard, lorsqu’il fut mort, que son nom italianisé le lui fit
attribuer tout entier.
[17] Il n’a pas plus fait cet ouvrage qu’il n’a fait l’autre. «Sa
méthode, lisons-nous, au mot «Vénéroni», dans le Dictionn. histor.
de l’abbé Ladvocat, n’est pas de lui, mais du fameux Roselli, dont
on a imprimé les aventures en forme de roman. A son passage en
France, il alla prendre un dîner chez Vénéroni, qui, ayant vu qu’il
raisonnoit juste sur la langue italienne, l’engagea à faire une
grammaire pour laquelle il lui donna cent francs. Vénéroni n’a fait
qu’y ajouter quelque chose à son gré, et la donna sous son nom.»
Messieurs Martin, rue saint Sauveur: Gracy, rue saint Honoré: et Philippi, rue de Vaugirard, enseignent pareillement les Langues Espagnole et Italienne.
Les maîtres pour la Langue Allemande sont, Messieurs Pascal, rue des mauvais Garçons: Leopol, rue saint Martin: Meremberg, Perger et Benicourt, au quartier saint Germain des Prez.
Les maîtres pour la Langue Angloise sont, Messieurs Paul et Dalais[18], Auteur de l’Histoire de Sevarambes[19], rue des Boucheries saint Germain.
[18] Ses vrais noms sont Denis-Valrasse Allais. Il avoit servi en
Angleterre, et revenu à Paris, il y donnoit, comme on le voit ici,
des leçons d’anglois et de françois. Il publia, en 1681, une
Grammaire françoise méthodique, et, deux ans après, un abrégé en
anglois de cette grammaire.
[19] Cette Histoire des Sevarambes, qui a été souvent réimprimée,
est en 2 vol. in-12. On y trouve, à l’imitation de l’_Utopie_ de
Thomas Morus, tout un nouveau système de gouvernement politique et
religieux.
M. de la Croix, près la place des Victoires, enseigne à parler le Turc[20].
[20] Pétis de La Croix, à qui l’on doit l’_Histoire de Tamerlan_,
celle de Gengiskhan, et, ce qui l’a rendu plus célèbre, la
traduction des Mille et un Jours, que Le Sage revit pour le style.
En 1692, l’année même où nous le voyons figurer ici, il fut nommé
professeur en langue arabe au Collége Royal. Il le resta jusqu’à sa
mort, en 1713.
Les maîtres pour la langue Arabique sont, Messieurs de Lipy[21] et son neveu, au Collège de Cambray.
[21] Lisez Dippy. C’étoit un syrien d’Alep. Il cumuloit la place de
professeur en arabe et syriaque avec celle de secrétaire interprète
du Roi. Il professa au collége de France—appelé ici Collége de
Cambray—de 1670 à 1709. J.-B. de Fiennes lui succéda comme
secrétaire interprète, et c’est Antoine Galland, auteur des _Mille
et une Nuits_, qui eut sa chaire d’arabe. Il ne la garda que six
ans.
Messieurs Veneroni, l’Abbé Brice, et Richelet[22], rue des Boucheries, enseignent la Langue Françoise aux Etrangers.
[22] Ce n’est pas moins que Pierre Richelet, auteur du fameux
Dictionnaire. Ne pouvant vivre de ses livres ni de ses causes, car
il étoit avocat au Parlement, il s’étoit mis à donner des leçons de
langue françoise, sans y gagner autant que Pécourt et Létang avec
leurs leçons de danse, ce qui le rendoit amer comme nous l’avons vu
dans une note précédente. Bien des gens de son mérite en étoient
réduits à ce métier. De Lisle, le géographe, couroit comme lui le
cachet: «Il alloit enseigner en ville, lit-on dans le Longueruana,
et ces misérables qui envoient leur carrosse à un comédien,
faisoient venir à pied un septuagénaire, qui en son genre étoit le
premier homme de France.»
M. Frosne, Architecte, près la fontaine S. Ovide, enseigne aux personnes distinguées, les Fortifications, l’Architecture civile et plusieurs autres parties des Mathematiques; on peut le consulter utilement sur les Batimens et sur le Calcul des Toisez.
Messieurs le Pautre[23], rue du Foin, et d’Honneur à l’entrée de la rue de la Coutellerie, enseignent la plus excellente pratique du dessein.
[23] Pierre Le Pautre, fils aîné de Jean, qui avoit brillé, comme
dessinateur et graveur, dans les premiers temps du règne. Il fut
lui-même, dans le même genre, d’un talent fort distingué. V., à
son nom, l’Abecedario de Mariette.
Les maîtres fameux pour le Jeu de la Paume sont, Messieurs Bidault, rue saint Germain l’Auxerrois: Sainctot, rue des mauvais Garçons: Mion, rue de Bussy: Jourdain[24], Cerceau, le Page et Clergé, dont l’Auteur ignore les adresses[25].
[24] Ils étoient deux de ce nom, comme on le verra dans la note
suivante.
[25] Si Blegny ne sait pas leur adresse, c’est qu’ils n’en avoient pas
de fixe. Ils jouoient «à la représentation», comme on diroit
aujourd’hui, dans n’importe quel jeu de paume, à leur choix, et cela
deux fois la semaine. Le roi leur avoit accordé ce privilége, après
les avoir vus jouer à Fontainebleau, le 26 octobre 1687. Dangeau, à
qui nous devons ce renseignement, nous donne leurs noms, qui
diffèrent, pour un ou deux, de ceux qui sont ici: «Ils feront,
dit-il, afficher comme les comédiens. Ils sont cinq: les deux
Jourdain, Le Pape, Clergé et Servo.» Pour celui-ci, croyons-nous,
c’est Sercot qu’il faut lire: d’abord parce que ce nom se rapproche
davantage de celui de Cerceau donné ici; ensuite parce qu’on le
trouve comme étant celui d’un fameux paumier du temps de la Fronde
dans la Mazarinade, Le Ministre d’Etat flambé.
M. Revaire, Fourbisseur du Roy, demeure aux Galeries du Louvre[26].
[26] «Revoir, fourbisseur, dit Germain Brice, t. I, p. 72, travaille
aux gardes d’épées et en d’autres choses de cette sorte d’une
manière qui le distingue fort des autres maîtres de sa profession.»
M. Cadeau, aussi fameux Fourbisseur, demeure sur le Pont au Change.
ARMES ET BAGAGES DE GUERRE ET DE CHASSE.
Le magasin Royal des Armes est à l’Arsenal, sous la direction de M. Titon, Entrepreneur Général des fournitures d’Armes[1].
[1] Son fils Titon du Tillet, à qui l’on doit ce singulier monument,
le Parnasse françois, qui fut longtemps exposé dans une des salles
de la Bibliothèque Nationale, et le livre qui l’explique, avec la
biographie de ceux qui y figuroient en statuettes de bronze, fut,
comme son père, attaché aux fournitures d’armes. Il avoit une charge
de commissaire des guerres. Le Magasin royal, créé par le père, ne
resta pas à l’Arsenal, où il l’avoit d’abord établi. En 1701, il
étoit transféré à la Bastille: «le Magasin de Titon, lisons-nous
dans l’édition de G. Brice publiée cette année-là, t. I, p. 341, est
sur la première porte de la Bastille qui donne dans la place. Il est
rempli de quantité d’armes de toutes les sortes, et l’on y trouve
tout ce qu’on peut désirer sur cet article.»
Il y a aussi un grand magasin d’Armes et Equipages de Guerre, chez M. Benicourt[2], devant l’orloge du Palais.
[2] Il est appelé «De Benicourt», dans l’édit. de 1691, p. 22.—Sa
maison étoit déjà célèbre, en 1640. Voici l’adresse qu’il prenoit
alors, et qu’on trouve dans un compte, pour achat d’armes, publié
par M. P. Paris dans son édition de Tallemant, t. IX, p. 474:
«Pierre Bignicourt, marchand quincaillier du Roy, à Paris, rue de la
Barillerie, à l’enseigne de la Chasse Royale, devant les loges du
Palais.»
M. marchand quincallier, à l’entrée du quay de la Mégisserie, fait aussi beaucoup de fournitures.
Le plomb pour les Armes à feu, se vend en gros et en détail chez plusieurs marchands, sous l’orloge du Palais, et au Fauxbourg saint Antoine[3].
[3] Liger, dans le Voyageur fidèle, 1715, in-12, p. 381, reproduit
ceci textuellement. Il ajoute: «on vend la poudre à tirer à
l’Arsenal, où elle se fabrique: elle s’y débite en gros et en
détail, il y a aussi d’autres épiciers qui en vendent dans plusieurs
quartiers de la ville.»
Messieurs Regnault et Lopinot, Tapissiers, près le Collège Mazarini[4], ont un grand assortiment de Lits, de Tentes et de Pavillons de Guerre.
[4] Le second est nommé seul dans l’édit. précéd., p. 64, avec cette
adresse plus détaillée: «au deuxième pavillon du collége Mazarini,
devant l’hôtel de Créquy.»
On en trouve aussi chez les Tapissiers Fripiers des pilliers des Halles[5].
[5] «Qui pour l’ordinaire, ajoute le voyageur fidèle, p. 382, en ont
un assez grand assortiment en temps de guerre.»
Les Cordonniers qui vendent des bottes vieilles et neuves, et qui entreprennent la fourniture des Régimens, sont placez rue de la Barillerie, près le Palais[6].
[6] «Ce sont eux qui font les souliers de fatigue, qu’on nomme
souliers de bottes.» Edit. de 1691, p. 25. On s’en servoit encore
pour aller par les rues, tant elles étoient boueuses: «Quoi qu’il ne
pleuve pas, lisons-nous dans la traduction d’une Lettre italienne
sur Paris, écrite le 20 août 1692 par un Sicilien, et publiée pour
la première fois, dans le Saint Evremoniana, 1700, in-8, p. 385,
on ne laisse pas de marcher souvent dans la boue. Comme l’on jette
toutes les immondices dans les rues, la vigilance des magistrats ne
suffit pas pour les faire nettoyer… Autrefois les hommes ne
pouvoient marcher à Paris qu’en bottines, ce qui fit demander à un
Espagnol, les voyant en cet équipage le jour de son arrivée, si
toute la ville partoit en poste.»
Les Sieurs Paul et Daumal, rue saint Honoré, sont de fameux Epronniers[7].
[7] Le Voyageur fidèle, p. 382, après avoir parlé du grand «commerce
d’éperons» qui se faisoit rue Saint-Honoré, ajoute: «les
quincailliers en vendent aussi, mais qui ne valent pas les premiers
à beaucoup près.»
Près la porte saint Antoine, on fabrique des Tambours pour les troupes.
Les charettes et quaissons de guerre, sont fabriquez pour la plus grande part à l’entrée du Fauxbourg saint Antoine.
Les Bahutiers qui font les coffres, malles, fourreaux de pistolets, etc., sont en grand nombre au quartier du Palais, au bout du pont Notre Dame, à l’entrée du Fauxbourg saint Germain, et aux environs de saint Honoré.
On fait sur le quay de la Mégisserie, à la porte du Fort l’Evêque[8], diverses sortes de raizeaux et tirasses[9] pour la chasse.
[8] Liger, qui reproduit cet article, p. 384 de son Voyageur fidèle,
ajoute: «du côté de la rivière», ce qui n’étoit pas inutile à
dire, l’entrée principale du For-l’Evêque étant rue
Saint-Germain-l’Auxerrois.
[9] Ce sont des filets à prendre les cailles et les perdrix.
Les Oizeleurs du même quay[10], vendent les raizeaux à prendre des Rossignols.
[10] Il sera reparlé d’eux plus loin.
Pour les chevaux, mulets, harnois, etc. Voyez l’article suivant.
La manufacture des Buffles pour la Cavalerie est chez M. Jabac, rue neuve saint Medéric[11].
[11] C’est ce commerce qui, nous l’avons dit, p. 109, avoit commencé
la fortune de Jabach à Paris: «la France, lisons-nous dans un
passage du Dictionnaire des arts et métiers, par l’abbé Jaubert,
t. I, p. 427, qui complètera notre première note, est redevable à
Colbert de la préparation des peaux de buffle: il y attira pour cet
effet M. de la Haye, de Hollande, et ensuite M. Jabach, de Cologne,
qui obtinrent un privilége exclusif pour établir leur manufacture à
Corbeil.» Cette manufacture fut ensuite transférée à Paris, chez
Jabach lui-même, où nous la voyons ici.
CHEVAUX ET EQUIPAGES.
Le marché pour les chevaux et pour les mulets, se tient les Mercredis et les Samedis non fetez, au bout du Fauxbourg saint Victor, depuis deux heures de relevée jusqu’à six[1].
[1] Cet article est plus curieux dans l’édit. de 1691, p. 33: «le
marché aux chevaux, aux mulets, aux porcs et aux bêtes azines, se
tient les mécredis (_sic_) et samedis, le matin pour les porcs, et
l’après dinée pour le reste, au bout du faubourg Saint-Victor.»
Les autres jours on trouve des chevaux de toutes espèces, chez les Sieurs Guerte, rue de la Bucherie: François Paris, place Maubert: Charles Paris, rue des Rats[2]: Grenier, cour de la Jussienne[3]: du Pont, cul de sac des Provençaux: Guillory, rue Perdue: Prevost, le Moine, Harasse, Arnoult et Anceaume, rue et devant les murs saint Martin, où sont encore logez les Sieurs Rotelet et Briquet, marchands Hollandois[4], qui ont un grand assortiment des plus beaux Chevaux de Carosse.
[2] Ce quartier de la place Maubert—la rue des Rats, qui est
aujourd’hui rue de l’Hôtel-Colbert, s’y trouve—et celui des
environs de l’abbaye Saint-Martin étoient surtout ceux des
maquignons, aussi l’édit. précédente se borne-t-elle à dire, p. 33:
«Il y a un grand nombre de chevaux au quartier de la place Maubert
et de l’abbaye Saint-Martin-des-Champs.»
[3] On l’appeloit aussi la cour Tricot. Elle alloit de la rue de la
Jussienne à la rue Montmartre. Ce n’avoit été longtemps qu’une Cour
des Miracles.
[4] Je crois qu’il faut lire Béquet, ce qui seroit une légère
altération du nom hollandois Becker. Le marquis de _la Femme
d’Intrigue_, comédie de Dancourt, jouée en 1692, parlant de ses
dettes (acte III, sc. 10), dit ce qu’il doit «à Jame et à Béquet,
tant en chevaux de selle que de carrosse.»
Il y a plusieurs Selliers Carossiers, qui tiennent dans leurs Chantiers des Carosses tous faits et des Chaises montées; par exemple, les Sieurs Gervais et Vignard, rue saint Martin; Bailleul et des Moulins, rue des vieux Augustins; Stoquet, dans l’enclos de la foire saint Germain[5]; Moreau, rue Mazarini; le Roux, rue des petits Champs; Treverger, rue de Berry; l’Amiral, au petit Marché; Marceau, rue des quatre Vents; la Ville, rue de Tournon; Poivret, rue de Taranne; la Place, rue de l’Esgoust, etc.
[5] «Il y a un grand nombre de carrossiers qui ont leurs magasins dans
l’enclos de la foire Saint-Germain.» Edit. 1691, p. 51.
Plusieurs Boureliers sont renommez pour les Harnois de la plus grande propreté; par exemple, les Sieurs Barbier, rue Coquilliere; Miquelet et Langlois, rue de Seine[6], etc.
[6] Liger, p. 385, en indique aussi rue Saint-Antoine.
Les beaux et magnifiques Carosses de louage pour les Princes, Ambassadeurs et grands Seigneurs etrangers, se trouvent chez les Sieurs Dalençon[7], rue Mazarini; Dauphiné et du Puis, rue du Four saint Germain; Clovet, rue des vieux Augustins; David et l’Escuyer, rue de Seine; et Guérin, rue des Boucheries saint Germain[8].
[7] «Et chez la veuve Chavanon…» Edit. 1691, p. 51. On y voit aussi
indiqués: «Champot, rue de Seine, et Ferrat, rue des Boucheries»,
qui ne se trouvent pas ici.
[8] Lister qui, étant à la suite d’un ambassadeur, le comte Portland,
crut pouvoir prendre une de ces voitures, en fut fort content:
«Elles sont, dit-il, ch. II, bien dorées, ont de bons chevaux et des
harnois propres. Les étrangers les prennent au jour ou au mois, sur
le pied de trois écus d’Angleterre par jour, c’est-à-dire dix-huit
ou dix-neuf francs à peu près.»
La veuve le Roux, derrière l’Hotel de Salé[9], a aussi de très beaux Carosses de louage[10].
[9] Il existe encore, avec sa principale entrée, rue de Thorigny.
C’est aujourd’hui l’Ecole centrale. Il fut bâti sous Louis XIII par
Aubert, fermier de la Gabelle du sel, ce qui lui fit donner par le
peuple le nom d’hôtel Salé.
[10] Cet article, dans l’édit. précédente, p. 51, est plus détaillé:
«Il y a encore des magasins de carrosses rue Michelle-Comte,
vieille rue du Temple, derrière l’hôtel Salé; rue de Bussy, et rue
du Four du faubourg Saint-Germain.»
Les Remises où l’on tient d’ailleurs des Carosses de louage au mois, à la journée, sont encore rue Mazarine, rue des vieux Augustins, rue des Boucheries saint Germain, rue des Petits Champs, rue de Hurepoix, rue Gît-le-Cœur, rue des grands Augustins, rue de Bussy, etc.[11].
[11] Dans l’édition précédente, au chapitre XXXIII, consacré aux mêmes
objets, sous ce titre: Des voitures parisiennes, se trouvent
d’assez curieuses différences, p. 50-51: «Il y a des calèches
attelées à vingt sols par heure, dans tous les temps du jour, sur le
quay des Augustins, place du Palais-Royal, Croix du Tiroir, rue de
la Ferronnerie, rue Mazarine et rue Saint-Antoine, devant les
Jésuites.—Aux mêmes endroits, et en divers autres carrefours et
places, on trouve des chaises à deux porteurs pour un écu par
demi-journée, et des chaises à ressorts traînées par un seul homme,
à un écu par jour, ou dix sols par heure.»—L’existence des
carrosses à l’heure n’étoit encore que tolérée. Elle ne devint
légale et privilégiée que par ordonnance du mois d’août 1698. Le
tarif en fut alors plus élevé. On paya 25 sols la première heure, et
20 sols les autres. Les fiacres n’eurent plus alors le droit de
stationner sur les places, réservées désormais à ces carrosses à
l’heure. Ils redevinrent des voitures de remises qu’on ne pouvoit
louer qu’à la demi-journée, au jour ou au mois. (_Traité de la
Police_, t. IV, p. 441-442.)
On trouve des Mulets et des Littières à loüer chez M. Mariette, Capitaine des charrois de Monsieur, près la porte saint Jacques, et chez un Bourelier fort stilé aux équipages de mulets, à l’entrée de la rue de Richelieu.
Les Sieurs Rousseau, près la porte du Pont aux Choux[12]: Dole, vieille rue du Temple: Didier, rue des Fossez de Condé: et Jourdain, rue de Bourbon, font des Corps de Carosse qui resistent fort longtemps.
[12] Elle se trouvoit à l’endroit où la rue du Pont-aux-Choux
débouchoit sur le rempart, et devoit son nom au pont-levis jeté sur
le fossé, à quelques pas d’un marais planté de choux, comme un autre
situé un peu plus en avant dans la ville, où croissoit l’oseille,
avoit donné son nom à la rue de l’Oseille. La porte du
pont-aux-Choux s’étoit d’abord appelée porte Saint-Louis.
On trouve de bons ouvriers pour les Ressorts et Arcs de Carosses et de Chaises au petit Arsenal, rue de Limoge au Marais, rue des Gravilliers, porte saint Antoine, rue du Sepulcre[13] et enclos de la Foire St Germain[14].
[13] C’est aujourd’hui la rue du Dragon.
[14] Cet article est différent dans l’édit. précédente, p. 59: «Il y a
un taillandier à l’Arsenal, un autre près Saint-Roch, et un
troisième devant les Premontrez du faubourg Saint-Germain, qui font