Le livre commode des adresses de Paris pour 1692, tome 1/2

Monsieur de (Nicolas) Blégny · Chapitre 9 sur 12 · partie 1/2

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Le livre commode des adresses de Paris pour 1692, tome 1/2

très-bien des arcs de carosses.» On y…

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 2 parties.

très-bien des arcs de carosses.» On y lit aussi, p. 51: «les

ressorts de la bonne trempe se font au même faubourg

(Saint-Antoine), près la porte et rue de Charenton, devant les

Filles angloises»; et, un peu plus bas: «on trouve de vieux arcs et

ressorts de carrosses à l’épreuve, chez un grand nombre de

dépesseurs (_sic_) du quai de la Mégisserie.»

Pour les Glaces de Carosse, voyez l’article des marchandises des Miroitiers.

On fait et on vend dans plusieurs boutiques et angards du Fauxbourg saint Antoine, des Chaises et Soufflets[15] à juste prix.

 

[15] Les soufflets étoient une sorte de chaise roulante à deux roues

et fort légère, pour une ou deux personnes, dont le dessus de cuir

ou de toile cirée se plioit ou se replioit comme un soufflet,

suivant le temps. Louis XIV se servoit souvent d’une de ces petites

voitures. (_Journal de la santé du Roi_, publié par M. Le Roy, 1862,

in-8, p. 299.)

Les Courtiers qui font vendre et acheter toutes sortes d’équipages, sont les Sieurs de Mouy, rue Geoffroy Langevin: des Lauriers, rue du Four, près l’Hôtel Impérial: la Montagne, place Maubert: la Croix, cul de sac des quatre vents: Jurande et le Breton, rue Bourlabé: le Febvre, rue du petit Heuleu[16], etc.

 

[16] Pour la fin de cet article, il y a quelques détails de plus dans

l’édit. de l’année précédente, p. 33: «Jacques Jurande, rue

Bourlabé, chez un maréchal, fait courtage de chevaux et d’équipages.

Autant en font le Breton, même rue, à la Croix de Fer, le Febvre,

rue du Petit-Huleu, Cavé, rue Geoffroy-Lasnier, et la Croix, rue du

Cœur-Volant, près la foire Saint-Germain.»

Le nommé Loüis, logé devant les murs saint Martin, fait principalement le courtage des mules et mulets.

Les Sieurs Brie devant les Incurables; et Bouton, rue Git le Cœur, au Gallion, sont des particuliers qui ont de bons Remedes pour les maladies des Chevaux[17].

 

[17] Du temps de Liger, c’est un nommé Prieur, rue aux Ours, qui étoit

le plus expert de ces «médecins de chevaux», comme il les appelle,

p. 387.

Entre les Marchands en réputation pour le même fait, sont les Sieurs Rabeau, rue de la Corne: du Gas, vieille rue du Temple: Mars, carrefour des trois Maries; et Lafond, près l’Hotel d’Angoulesme.

La veuve Robillon, Carrossiere au fauxbourg saint Michel, nettoye parfaitement bien les Carosses et Chaises[18].

 

[18] «On trouve tous les dimanches et fêtes, dit l’édit. de 1691, p.

51, et encore tous les mécredis et samedis, des charrettes

couvertes à la porte de Saint-Denis, qui mènent aux villages

circonvoisins.—On trouve en tous temps aux environs du Pont-Royal,

des batelets couverts qui conduisent où l’on veut à la descente de

la rivière.» A la porte Saint-Denis le «passage du bois de Boulogne»

doit son nom aux voitures qu’on y prenoit pour cette promenade.

 

PASSETEMPS ET MENUS-PLAISIRS.

 

Le Théâtre du Palais Royal[1], où sont representées les Tragedies, les Pastoralles et autres Piéces en Musique, est ouvert pour toutes les representations les Mardis, les Vendredis et les Dimanches, et encore les Jeudis, lors qu’il s’agit de Pièces nouvelles[2].

 

[1] L’Opéra, qui occupoit dans l’aile droite du palais, du côté où

s’ouvre aujourd’hui la rue de Valois, la salle que Richelieu avoit

fait bâtir pour les représentations de sa Mirame, et qui avoit

ensuite servi de théâtre à Molière. C’est à sa mort que Lulli se

l’étoit fait donner par le roi.

 

[2] «Lors qu’une pièce commence à vieillir, le théâtre est fermé les

jeudis. On paye à la porte un louis d’or pour les places des

premières loges, un demi-louis pour celles des secondes, et trente

sous pour celles du parterre et du second amphithéâtre.» Edit. 1691,

p. 8.

Les Livres du sujet se vendent à la porte du Théâtre trente sols en paroles seulement, et en partition onze livres en blanc[3], et douze livres dix sols reliez[4].

 

[3] C’est-à-dire brochées.

 

[4] «Un louis d’or reliez en basane, ou douze livres dix sols reliez

en veau», p. 9.

M. Berrin, Dessinateur ordinaire du Cabinet du Roy[5], qui donne les Desseins de toutes les décorations, habits et machines des Opera, etc., demeure aux galleries du Louvre[6].

 

[5] Jean Bérain, qui eut de son temps une si grande réputation, que

l’on ressuscite un peu dans le nôtre. C’est pour ses décorations de

théâtre que Mariette (Abecedario, t. I, p. 119) fait surtout son

éloge: «Jamais il n’y eut, dit-il, de décorations de théâtre mieux

entendues, ni d’habits plus riches et d’un meilleur goût que ceux

dont il a donné les dessins pendant qu’il étoit employé pour

l’Opéra, c’est-à-dire pendant presque toute sa vie.» La maquette de

sa décoration du 5e acte d’_Armide_, en 1686, figure en ce moment à

l’exposition théâtrale de l’Exposition universelle. On a de lui un

recueil in-fol. de 99 planches d’ameublement: Ornements inventez

par J. Bérain.

 

[6] Il y mourut le 26 janvier 1711: «Il a un cabinet fort curieux, dit

Brice, où l’on trouve avec des tableaux rares une quantité

très-grande de dessins, entre lesquels les siens ne sont pas la

moins belle partie.»

Les Comediens François qui ont leur Hotel rue des fossez saint Germain des prez[7], représentent tous les jours alternativement des Tragedies et des Comedies.

 

[7] Aujourd’hui rue de l’Ancienne-Comédie, nom qui lui est venu de ce

théâtre même, qui, du reste, existe encore en partie au fond de la

cour de la maison qui fait face au café Procope. On y emmagasine des

papiers peints. Ce fut l’atelier de Gros.

Les Comediens italiens, représentent les Dimanches et les jours que le Theatre de l’Academie Royale de musique est fermé, sur leur Theâtre de l’Hotel de Bourgogne, rue Mauconseil[8].

 

[8] A l’endroit où, comme on sait, fut plus tard la Halle aux cuirs.

Messieurs Baraillon pere, fameux Tailleur pour les habits de Theatre[9], et M. son fils pour les masques et autres choses necessaires pour les Ballets et Comedies, demeurent ruë saint Nicaise[10].

 

[9] Jean Baraillon, qui avoit commencé par être tailleur de la troupe

de Molière. Une sœur utérine de la comédienne Mlle de Brie étoit sa

femme depuis 1673. Le fils, dont il est parlé ici après lui, étoit

né de ce mariage. C’est lui qui, avec le chevalier d’Arvieux, avoit

organisé la mascarade turque du Bourgeois gentilhomme, en 1670.

D’après un compte retrouvé par M. Campardon, il n’y avoit pas fourni

moins de cent trente-huit habits.

 

[10] L’administration et ce qu’on appeloit «le magasin de l’Opéra»,

s’y trouvoit déjà. Ils y restèrent jusqu’à la fin du règne de Louis

XV.

Les Sieurs du Creux, au bout du pont Notre Dame, et Boille, rue du Colombier saint Germain, vendent aussi des Masques de Theâtre et de Carnaval[11].

 

[11] Ducreux fit aussi les fournitures pour le _Bourgeois

gentilhomme_. On voit par le compte cité tout à l’heure, et qui

s’élève pour lui à 454 livres, que non-seulement il y fournit les

masques, mais «les jarretières, perruques, barbes et autres

ustenciles.»

Mademoiselle Poitiers, vis à vis les Quinze-Vingts, rue saint Honoré, fait des Coëffures en cheveux pour les Balets et Opera.

Les Sieurs Frangeon et la Croix, Brodeurs des Habits pour les Balets du Roy, demeurent le premier rue saint Estienne, à la Ville neuve, et l’autre, rue neuve saint Denis, proche la porte.

Le Sieur Roussard, Plumassier du Roy, tient un grand magasin de Plumes pour les Balets et Tragedies, rue saint Honoré.

Messieurs Cossard et Guerinois vendent toutes sortes d’Etoffes or et argent pour les Balets, Opéra et Mascarades, ils demeurent ruë saint Denis, près le grand Châtelet.

Autant en fait, M. Harlier, ruë de la Coutellerie, qui fait et vend des Etoffes brodées or et argent.

Le Sieur du Vandiet, Sculpteur, pour la fabrique des Marionnettes et Mannequins, demeure rue de Hurepoix, près le pont saint Michel[12].

 

[12] Il est appelé «Du Vaudiet» dans l’édit. de 1691, p. 49, et son

adresse y est différente: «rue de la Huchette au Tambour.»

Le Sieur Careme, qui fait les Feux d’artifices de l’Hotel de Ville et de l’Opera[13], demeure rue Frementeau[14].

 

[13] Denis Caresme, dont le père, Thomas Caresme, mort en 1688, avoit

été «ingénieur des feux d’artifice de S. M.» Denis étoit concierge

des basses cours du Louvre, ce qui explique son logement rue

Fromenteau. Ses feux d’artifice figurés et colorés n’étoient pas que

pour l’Opéra. Il en fit aussi pour la Comédie italienne. V. le

Théâtre de Ghérardi, t. I, avertissement. Il mourut en 1700. Son

père, qui logeoit au Marché-Neuf, faisoit non seulement des feux

d’artifice pour le roi, mais pour la Ville. (_Bibliogr. des

Mazarin._, t. I, p. 388.) En cela, comme on le voit ici, il lui

avoit succédé. Charles-Nicolas Guérin lui succéda à lui-même.

(_Archives de l’Hôtel-Dieu_, t. I, p. 130.)

 

[14] Caresme est mentionné au chapitre XXXIX de l’édition de 1691, p.

59, mais sans qu’il y soit dit qu’il travailloit pour l’Opéra. «Le

sieur Morel», qui vient après, s’y trouve aussi. On lit de plus, à

la suite: «le sieur Moisy, qui a une boutique sur le Pont-Neuf, et

une veuve qui en a une devant la Bastille, font des fusées pour les

merciers et pour les particuliers qui en ont besoin.»

Le Sieur Morel, même talent, demeure rue de Tournon.

Le Sieur du Mont, place Maubert, montre les tours de Gibeciere[15].

 

[15] On s’en amusoit même chez le Roi. V. dans les _Mélanges

histor._ de Michault, t. I, p. 16-19, l’anecdote d’un de ces

prestidigitateurs qui, pendant une soirée de Versailles, escamota un

verre énorme et le fourra dans les chausses un peu trop lâchées de

ce pauvre abbé Genest, l’académicien.

On tient tous les Dimanches matin sur le quay de la Mégisserie, du costé du Châtelet, une espèce de marché d’Animaux vivans pour le plaisir; sçavoir, Lapins, Pigeons, Oiseaux de cages[16], Cochons d’Inde, etc.

 

[16] Les oiseaux de cage étoient surtout le commerce de ce quai, le

dimanche. Quelques-uns se payoient très-cher. Les serins, par

exemple, qui étoient encore des oiseaux assez rares, montoient

jusqu’au prix de deux cents livres. (Hervieux, _Traité des Serins de

Canaries_, 1709, in-12, chap. XXIII.) Sous la Régence, les grandes

dames en faisoient trafic. Après qu’on les avoit bien stylés chez

elles, elles les envoyoient revendre sur le quai. (Lémontey, _Hist.

de la Régence_, t. II, p. 319.)

La Demoiselle Guerin, rue du petit Bac[17], fait commerce de petits Chiens pour les Dames[18].

 

[17] «Près les Petites maisons.» Edit. de 1691, p. 33.—On l’appelle

aujourd’hui, par interversion, petite rue du Bac.

 

[18] C’est-à-dire les chiens de chambre ou de manchon. Les plus à la

mode étoient encore à ce moment, quoique déjà un peu en baisse,

comme on le verra plus loin, les chiens de Bologne, sorte de

carlins, qu’on frottoit aussitôt nés d’esprit de vin à toutes les

jointures pour les empêcher de croître. Ils se vendoient quelquefois

fort cher. Tallemant (édit. P. Paris, t. III, p. 304) raconte qu’un

extravagant d’italien, nommé Promontorio, en offrit un à la

princesse Marie de Mantoue, pour cinquante pistoles à payer quand

elle serait reine. Elle accepta, et dix-huit mois après devint,

contre toute apparence jusque-là, reine de Pologne. On comprend

qu’elle paya alors gaîment les cinquante pistoles. L’espèce des

chiens de Bologne s’est perdue, même à Bologne. (Valery, l’_Italie

confortable_, p. 78-80.) Sur la fin du règne de Louis XIV, les

chiens Burgos commençoient à les remplacer. Ils préludoient à la

mode des chiens d’Espagne, ou épagneuls, qui date de la Régence.

Entre eux et les bolonois s’étoient un instant glissés les chiens

loups: «On ne carresse plus, lisons-nous dans la Lettre italienne

déjà citée, que ceux qui ont le museau de loup et les oreilles

coupées, et plus ils sont difformes, plus ils sont honorés de

baisers et d’embrassements.»

Les Boules de Buis et de Gayac à jouer, se font en perfection par le Sieur Baudry, Tourneur, rue du petit Lion, et par un autre Tourneur de la rue Troussevache.

Les Epiciers Orangers de la rue de la Cossonnerie, font venir des Boules de Marseille qu’ils donnent à fort grand marché.

Les Jeux d’Echets et Triquetracs se font et se vendent chez les Tablettiers du Marché Neuf et de la rue des Assis.

Les Academies de Jeux de Cartes ont été defendues, et on ne joue publiquement dans les Jeux de Paume qu’au Billard[19].

 

[19] La défense contre les jeux de cartes n’étoit sans doute pas aussi

sévère quand avoit paru l’édition de l’année précédente, car voici

ce qu’on y trouve, p. 49: «On joue aux cartes et au billard dans

presque tous les jeux de paume, qui sont en plus grand nombre au

faubourg Saint-Germain qu’ailleurs.»—Les jeux défendus dans les

maisons publiques ne pullulèrent que plus frauduleusement dans les

particulières. C’est alors que l’on vit partout de «ces femmes

brelandières» dont parle la Xe Sat. de Boileau, et que visoit

l’abbé de Villiers dans une de ses Epîtres, 2e édit., p. 375,

lorsqu’il nous rappelle

 

… L’industrieux génie

Qui trouve par le jeu l’art d’avoir compagnie.

 

«—Eh! dit Colombine dans l’_Avocat pour et contre_, acte III, sc.

7, ne pouvons-nous pas donner à jouer à la bassette, et vivre

honorablement dans Paris, comme une infinité de gens aussi gueux que

nous.» Il y eut jusqu’à des femmes de conseillers au Parlement qui

tinrent ainsi des maisons de jeux. V. P. Clément, la Police sous

Louis XIV, p. 340-341.

Pour les fameux Maîtres de Dance et de Paume, voyez l’article des Nobles Exercices.

Pour les Joueurs d’Instrumens, voiez l’article de la Musique.

Le Sieur Alexandre Vauboam[20], rue des Assis, fait des Castagnettes en perfection.

 

[20] Lisez Roboam. C’est le même qui a été nommé plus haut, p. 211,

comme «fabricant de guitares en perfection.»

 

JARDINAGES.

 

Monsieur le Marquis de Villacerf[1], SurIntendant et Ordonnateur des Batimens et Jardins du Roy[2], demeure rue de l’Egout, près la place Royale.

 

[1] Edouard Colbert, marquis de Villacerf, déjà mentionné plus haut,

p. 124.

 

[2] Il avoit eu cette place à la mort de Louvois, auquel il tenoit par

sa mère, comme par son père il tenoit à Colbert. Il dut s’en

démettre, en 1699, à la suite des trop longues malversations de

Mesmin, «son commis principal, en qui, dit Saint-Simon, il se fioit

de tout.»

M. le Nostre, Directeur et Controlleur des Batimens et Jardins de Sa Majesté[3], demeure aux Tuilleries[4].

 

[3] André Le Nostre, trop célèbre pour ses travaux à Versailles, à

Trianon, à Saint-Germain, aux Tuileries, pour que nous ayons à

parler de lui longuement.

 

[4] Il y mourut, le 15 septembre 1700, à quatre-vingt-sept ans. Il s’y

étoit fait, dans une de ses dépendances, une collection de tableaux

de maîtres, de médailles, de porcelaines, etc., dont on peut lire la

description au chap. IV du Voyage de Lister, et au commencement de

la Jeunesse de Bachaumont, qui fut publiée en 1859 par les soins

de Fréderic Lock, d’après un manuscrit de l’Arsenal, dans les

premières livraisons du Magasin de Librairie.

M. le Bouteux, neveu de M. le Nostre[5] et Directeur de l’Orangerie des Tuileries[6], demeure à l’Arsenal.

 

[5] Michel Le Bouteux, fils de celui qui avoit eu un si beau jardin,

rue de la Madeleine, à la Ville-l’Evêque, où tout le monde pouvoit

s’aller promener, comme on le voit dans le roman de Mme de

Villedieu: Mémoires de la vie de Henriette-Sylvie de Molière,

édit. de 1701, p. 110. On a du père: _Plans des bastiments et jardin

de la Norville_; Plan du jardin et château de Louvois; _Plan du

château de Presles, près Beaumont_, etc.; et du fils: _Plan et

élévation du château de Villacerf_, toutes planches très-rares.

 

[6] Il avoit de plus, en survivance, la conciergerie de cette

Orangerie. (Etat de France, 1692, p. 498.)

M. Molet, Jardinier ordinaire de Sa Majesté[7], demeure au vieux Louvre[8].

 

[7] Charles Mollet, fils de Claude Mollet, qui avoit été sous Henri

IV, sous Louis XIII et dans les premiers temps du règne de Louis

XIV, «jardinier ordinaire et dessinateur des plans, parcs et jardins

des maisons royales», et de qui l’on a un livre si curieux: _Théâtre

des plants et jardinages_, etc., 1652, pet. in-4º. Un autre de ses

fils, André, frère de Charles, qui est ici, avoit été maître des

jardins de la reine de Suède, et avoit publié à Stockolm, en 1651,

in-fol.: _le Jardin de Plaisir, contenant plusieurs dessins de

jardinages, tant parterre en broderie, compartiments de gazon,

bosquets et autres_.

 

[8] Sa charge, qu’il transmit en survivance à son fils Armand, le 1er

février 1692, étoit celle de «jardinier du Petit-Jardin parterre,

qui est au-devant des fenêtres du Louvre.» Il étoit donc tout

naturel qu’il logeât dans ce palais. Son père avoit demeuré tout

près à l’hôtel de Matignon, et il avoit fait planter, vers 1606, sur

la belle place, qui étoit alors au-devant, «quantité de mûriers

blancs.» (Archives curieuses, 1re partie, t. IX, p. 130.)

M. Carbonnet, aussi Jardinier de Sa Majesté, demeure près saint Roch, tous trois après M. le Nostre, ont un grand talent pour les desseins de Parterres, de Bosquets, etc.

M. Balon, Directeur de la Pépiniere du Roule[9], demeure là même.

 

[9] On sait que c’est de cette pépinière du Roule que le nom de la rue

de la Pépinière est venu. Voici ce qu’on lit sur Balon qui la

dirigeoit alors, dans l’Etat de France de 1692: «M. Balon, qui est

au jardin de la pépinière au Roule, établie en 1670, est directeur

des plants d’arbres des maisons royales.» Noël de Morlaix, que

Lister y alla voir (V. son Voyage, ch. X), fut le successeur de

Balon à la pépinière du Roule.

Il y a encore divers autres Jardiniers de grands Seigneurs, qui sont renommez pour les compartimens, par exemple,

Messieurs de la Saulsaye à l’Hotel de Condé: de Marne, rue de l’Egout près la place Royale: Godeau, près saint Roch à l’Hôtel de saint Poüange[10], etc.

 

[10] Il s’ouvroit rue Neuve-des-Petits-Champs et devoit son nom au

cousin de M. de Villacerf, le marquis Gilbert Colbert de

Saint-Pouange, dont le fils eut, par mariage, en 1702, la

principauté de Chabannais. La rue, qui fut percée de 1775 à 1777 sur

l’emplacement de l’hôtel et de son jardin, prit ce dernier nom

qu’elle porte encore.

Les Jardiniers qui sont exercez à la construction des cabinets et ornemens de treillages[11], sont entr’autres Mrs de la Saulsaye[12] et Godeau ci-devant désignez: Carpentier à l’Hotel de Lesdigüires[13], et au Fauxbourg saint Antoine: le Roux, rue de Pincourt: Hennetin, rue de la Muette[14]: et le Normand, rue de Montreuil.

 

[11] On peut voir sur les estampes du temps, qui représentent des

jardins, et dues pour la plupart aux jardiniers-artistes, qui en

avoient dessiné l’ordonnance, quelles proportions monumentales on

donnoit à ces treillages: «le grand avantage, dit Lister, qu’ils ont

dans les villes, c’est, outre la beauté du travail, de cacher le

vilain aspect des maisons voisines.» Voyage à Paris, chap. IX.

 

[12] On a vu tout à l’heure qu’il étoit jardinier de l’hôtel de Condé.

Il s’y étoit fort distingué, comme le prouvent les deux planches

très-rares où sont figurés les treillages du jardin, à cette époque.

 

[13] Lisez de Lesdiguières. C’étoit l’ancien hôtel que Zamet avoit

fait bâtir sous Henri IV, rue de la Cérisaie, près du petit Arsenal,

dont il n’étoit séparé que par une impasse. Il appartenoit alors, à

Françoise de Gondi, veuve du duc de Lesdiguières. Mme de Sévigné,

dans ses Lettres, en vante la beauté, mais en regrette la trop

grande solitude et le difficile accès. (Edit. Hachette, t. X, p. 374

et 467.) Les jardins surtout en étoient magnifiques. Carpentier qui

en avoit la direction, et qui excelloit, comme on le voit ici, pour

les treillages, ne les y avoit pas épargnés: «Celui du fond, dit

Lister, étoit fort noble, et avoit coûté dix mille livres; un autre

en avoit coûté six mille. J’en remarquai un plus petit, et, le seul

que j’ai vu ainsi, tout en feuillage de fer peint en vert.»

 

[14] Ou de la Meute, comme on l’appeloit en 1540, à cause de quelque

maison de chasse. C’est dans cette rue, qui va de la rue de Charonne

à celle de la Roquette, que Tamponnet, peut-être sur le même

terrain, eut sous le premier Empire et la Restauration, ses

admirables serres qui ne contenoient pas moins de cinq mille

orangers de toutes tailles, et où l’on vit la première collection de

camélia. (Dufey, Memorial parisien, 1821, in-12, p. 67.)

Les Jardiniers qui font commerce de Fleurs, Arbres et Arbustes pour l’ornement des Jardins, sont au Fauxbourg saint Antoine[15]: les Sieurs Julien et Guyot dit petit Claude, ruë de Pincourt: Chevalier, ruë des Amandiers: Tremel et Grebey, rue de la Raquette: le Breton, rue de Charonne: du Puis, Huby et Hely, ruë de Baffroy[16]: Gaumont Jacques et du Buisson, grande ruë du Fauxbourg: Marechal, rue saint Bernard, etc.

 

[15] V. sur ces floristes du faubourg, le Mercure d’avril 1721, p.

176, et celui de juin-juillet de la même année, 2e partie, p. 112.

 

[16] Elle est adjacente à la rue de Charonne.

Et en divers autres quartiers de la Ville et des Fauxbourgs sont les Sieurs Thibaut fils, rue des Boullais: Baptiste, près les Invalides: Jacques, ruë de Taranne[17]: des Crochets, près la porte saint Martin: Besnard, Fauxbourg saint Laurent, etc.

 

[17] Le jardin de Morin, dont ce Jacques étoit peut-être le jardinier,

se trouvoit rue Taranne, derrière la Charité. C’étoit un des plus

célèbres de Paris pour les plantes rares. Le premier filaria, dit

Sauval, t. III, p. 4, y fut planté.

Le Sieur Billette, Jardinier du Roy, dont la femme est Bouquetiere de Sa Majesté, a de très belles fleurs et de très beaux arbustes: mais il est ordinairement en Cour.

Le Sieur Baudouin, Jardinier Marager[18], près la Barrière des Incurables[19], cultive toutes sortes de Fruits et de Legumes precosses avec un succez merveilleux.

 

[18] C’étoit l’ancien mot, que celui de «maraîcher» remplaça. Jaubert

l’emploie encore dans son Dictionnaire des arts et métiers, t.

III, p. 49. La Quintinie avoit cependant consacré l’autre depuis

longtemps, avec une simple différence d’orthographe, dans son livre

sur Les jardins, préface, p. XVII. Distinguant ceux qui s’occupent

d’arbustes et de fleurs de ceux qui s’occupent de légumes, il dit:

«les uns qu’on nomme simplement jardiniers, les autres qu’on nomme

maréchais.»

 

[19] Il est singulier que Blegny n’ait cité ici que ce «marager» de la

barrière des Incurables ou de Sèvres. Dans les faubourgs

Saint-Antoine et Saint-Martin, où affluoient les fleuristes, ils

étoient, eux aussi, en nombre, et cela depuis longtemps. Dans _les

Registres criminels du Châtelet_ (1389-1392), il est parlé, t. II,

p. 252 et 522, des marais qu’ils cultivoient et des gardes qui les

préservoient contre les maraudeurs. Charles V avoit protégé cette

culture de la banlieue parisienne, et il en existe des preuves chez

quelques descendants de ceux qu’il avoit privilégiés: «On conserve,

dit M. A. Ysabeau dans un article reproduit par _le Salon

littéraire_ du 21 août 1843, p. 12, on conserve avec soin dans

plusieurs familles de maraîchers—les Dulac, Deberg et autres—des

chartes de Charles V, concédant aux ancêtres de ces familles des

marais, à la condition de les dessécher pour les convertir en

jardins. Depuis cinq siècles, les familles désignées sur ces chartes

n’ont pas cessé d’exercer de père en fils, sans interruption, la

profession de jardinier.»

M. Tournesol[20], demonstrateur au Jardin du Roy, entend particulierement la culture des plantes medecinales[21].

 

[20] Lisez Tournefort. C’est le célèbre botaniste-voyageur, qui étoit

professeur au Jardin Royal depuis 1683, et de l’Académie des

Sciences depuis un an seulement. Lister le vit souvent, et parle

beaucoup de lui dans son Voyage.

 

[21] Il combinoit, en effet, la botanique et la médecine, comme on le

voit par son Traité des matières médicales.

Aussi fait un des Pères Minimes de la Place Royale.

On trouve chez les Provençaux, au cul de sac de saint Germain l’Auxerrois[22], rue de l’Arbre sec, des Orangers, des Citronniers, des Jasmins, des Mirthes et des oignons de Tubereuses, de Narcisses de Constantinople, de Hiacinthes Orientales, de Lis Alphodelles, de Martagons Pomplions, etc.

 

[22] Il est derrière le chevet même de l’église, et il prit alors pour

le garder jusqu’à présent le nom de ces Provençaux qui y faisoient

leur commerce.

Les Mercredis et Samedis on tient sur le quay de la Megisserie, une espèce de marché franc pour les fleurs, arbres et arbrisseaux[23]; où l’on trouve d’ailleurs des graines de choux-fleurs, et des cardons d’Espagne.

 

[23] Ce marché aux fleurs s’étoit d’abord tenu à l’Ile-Saint-Louis,

«le long du quai Bourbon», dit Sauval, qui en vit la fin. On

l’appeloit «la foire aux oignons», à cause des fleurs à oignons dont

on y faisoit surtout le commerce. «Tous les ans, dit Sauval, t. II,

p. 662, on voit ce quartier, tout couvert qu’il soit de maisons, se

métamorphoser en un instant, et devenir un jardin fleuri, bien

varié, et qui sent si bon que l’air en est tout embaumé.»

Les Jardiniers d’Orléans qui apportent tous les ans à Paris vers la fin de Septembre, une fort grande quantité d’arbres fruitiers à hautes et basses tiges, logent pour la plûpart grande rue du Fauxbourg saint Antoine, au Nom de Jésus et aux deux Clefs[24].

 

[24] Il y avoit déjà plus d’un siècle qu’on avoit fait à Orléans de

grands progrès dans la culture des jeunes arbres fruitiers,

forestiers et d’agrément. A la fin du dernier siècle, on n’y

évaluoit pas à moins de 200,000 le nombre des pieds d’arbres qui s’y

vendoient sur place, ou qui s’y exportoient à Paris ou ailleurs,

chaque année. Les forestiers étoient surtout fournis par les

faubourgs Saint-Marc et Saint-Vincent, et les arbres à fruit ou

d’agrément par le faubourg Saint-Marceau, où cette culture s’est

maintenue et même étendue.

On peut d’ailleurs en tous temps trouver un grand assortiment d’arbres fruitiers chez les Sieurs Le Faucheur à Bagnolet, et Robineau au Menil-Montant.

Le Sieur de la Forest, concierge de la Samaritaine[25], fait des Pompes et autres machines pour l’elevation des eaux.

 

[25] La Samaritaine, sur le Pont-Neuf, étant considérée comme Château

Royal, avoit un concierge, comme nous le voyons ici, et un

gouverneur.

Ruë saint Pierre, du coté de la rue Montmartre, on fabrique une sorte de pompe industrieuse qui n’est pas d’une grande depense, et au moyen de laquelle un seul homme peut elever sans peine et sans effort huit ou dix muids d’eau par heure, l’Inventeur offre d’en faire la demonstration aux curieux, aussi bien que des Orloges et Cadrans pour les vens, au soleil et à la lune, qu’il fabrique d’ailleurs pour la commodité du public.

Pour les livres de Jardinages, voyez l’article du commerce de Librairie.

Le Sieur le Febvre, sur le quay de la Mégisserie, a un grand assortiment de graines et oignons de Jardins[26].

 

[26] Lister, ch. X, ad finem, nous parle de ce M. Lefebvre «le

marchand de graines», qui avoit, en outre de sa boutique du quai, où

le même commerce se fait encore, un fort beau «jardin fleuriste.»

Ses tulipes étoient particulièrement superbes: «Il en avoit, dit-il,

une grande et belle collection, beaucoup de panachées et d’une

grande variété.»

On vend des pots de terre à ances bronzez et dorez pour l’ornement des Jardins, chez le Sieur du Vivier, grande rue du Fauxbourg saint Antoine, à l’entrée de laquelle on vend d’ailleurs des caisses peintes en fayances.

Chacun peut faire fabriquer à son gré des pots de fayance pour les Jardins à la Fayancerie de saint Cloud.

Ceux qui sont emaillez en violet et tachetez de blanc, viennent de la Fayancerie de Roüen[27].

 

[27] Il sera parlé plus loin de cette fayencerie, ainsi que de celle

de Saint-Cloud.

 

TAPISSERIES[1] ET MEUBLES ORDINAIRES.

 

[1] Le Sicilien, dont la lettre sur Paris fut traduite dans le _Saint

Evremoniana_, s’étonna de voir des tapisseries partout, sur les

murailles des chambres. «C’est un usage général, dit-il, comme en

Italie de les embellir par des sculptures.»

 

Il y a un magasin de Tapisseries de Flandres[2], rue du petit Lion[3], et un autre pour les Tapisseries de Beauvais[4], rue de Richelieu.

 

[2] Tapisseries de haute lisse—c’est-à-dire faites sur un métier

perpendiculaire—et à personnages ou à verdures. Les ouvriers

flamands que Henri IV avoit fait venir en 1603, avoient perfectionné

ce genre de fabrication aux Gobelins, où ils avoient été établis.

 

[3] «Derrière l’hôtel de Bourgogne.» Edit. 1691, p. 35.

 

[4] «Au milieu de la rue de Richelieu.» Id.—La manufacture de

Beauvais étoit une création de Colbert, en 1660. Les ouvriers

flamands, qu’il y avoit établis, y travailloient en haute lisse

comme aux Gobelins.

Les Marchands Forains qui negotient les Tapisseries d’Aubusson[5], sont rue de la Huchette et aux environs.

 

[5] Elles étoient de basse lisse, c’est-à-dire faites sur un métier

horizontal. Fabriquées par des femmes, et avec des laines moins

fines, le bon marché en rendoit le débit bien plus général que celui

des tapisseries de Beauvais. Le tarif des douanes de 1664 et années

suivantes le prouve.

M. Dansvüiche[6], carrefour sainte Opportune, fait commerce en gros de Bergames[7] et Tapisseries de Rouen, façon de Hongrie[8].

 

[6] Son nom est écrit «D’Answihc» dans l’édit. précéd.—C’étoit

certainement un flamand.

 

[7] Les bergames étoient un mélange de laine et de bourre de soie que

l’on teignoit ordinairement en gris ou en rouge.

 

[8] On en faisoit aussi à Paris. Elles étoient fabriquées avec de la

tonture ou tontisse de laine. C’est de là que les premiers papiers

peints, qui remplacèrent les tapisseries, en les imitant de leur

mieux, furent appelés des papiers-tontisses.

Les Tapisseries Bergames, Damas-Caffart[9], petites Etoffes, Satin de Bruge[10], Taffetas des Indes et diverses etoffes à faire du meuble, se vendent en détail et en diverses boutiques et magasins près l’aport de Paris.

 

[9] Sorte de damas, dont la trame étoit de fil, et les chaînes de

soie. C’étoit une étoffe «légère, commode et de grand débit», qu’en

1604, un marchand de Troyes demanda au Roy de fabriquer dans son

pays avec privilége. (Archives curieuses, 1re série, t. XIV, p.

 

232.)

 

[10] Sorte de damas-caffart, mais avec une rayure différente, et qui

se rapprochoit aussi beaucoup du satin de Chine. Le marchand de

Troyes, cité dans la note précédente, demanda aussi à fabriquer de

ces satins de Bruges, en 1604.

Les Marchands Tapissiers renommez pour les meubles magnifiques, sont entre plusieurs autres Messieurs Bon l’ainé, Tapissier du Roy, rue Tictonne; Bon le cadet, Tapissier de Monsieur, rue aux Ours[11]; Barelle, à Luxembourg; Montonnet, Cellier et Mendron, rue Michel le Comte[12]; Bernier et Malet, rue des Bourdonnois, etc.

 

[11] «Les sieurs Le Bon frères, fameux tapissiers, demeurant rue aux

Ours et rue Platrière.» Edit. 1691, p. 36.—Leur vrai nom étoit, en

effet, Le Bon. C’est ainsi que l’aîné, Louis, est nommé dans l’_Etat

de France_ de 1692, p. 179 et 682, en qualité de tapissier du Roi

pour le trimestre d’avril, et de tapissier ordinaire du duc de

Bourgogne. Coulange le nomme dans sa chanson sur _Un vieux lit de

famille_, p. 72 de son Recueil, mais c’est Bon qu’il l’appelle pour

la mesure du vers:

 

Autant de modes que d’années,

Aujourd’hui le tapissier Bon,

A si bien fait par ses journées

Qu’un lit tient toute une maison.

 

Ces énormes lits des frères Le Bon étaient célèbres. V. le

Mercure galant, t. III, p. 300.

 

[12] C’est le fils de ce Mandron, tapissier comme lui, mais Vieille

rue du Temple, qui créa chez lui le théâtre de société, d’où sortit

Lekain. Mandron lui-même y jouoit «les rois». V. une lettre de lui

dans le Journal de Paris, 1er mars 1778, p. 238.

Messieurs Cussy aux Gobelins, Boulle aux galeries du Louvre[13], le Febvre, rue saint Denis au Chesne vert[14], etc., travaillent par excellence aux meubles et autres ouvrages de marquetterie.

 

[13] Il a beaucoup mieux l’article qu’il mérite dans l’édit. de 1691.

Le voici avec celui qui le précède, et qui devroit aussi se

retrouver ici: «les meubles d’orfèvrerie sont fabriquez avec grande

perfection par M. De Launay, orfèvre du Roy, devant les galeries du

Louvre. M. Boul, son voisin, fait des ouvrages de marquetterie d’une

beauté singulière.»—Nous n’avons pas à nous étendre sur

Charles-André Boulle, le merveilleux ébéniste du grand règne, que

l’on connoît aujourd’hui par de si intéressantes notices, à

commencer par celle de Mariette dans l’Abecedario, où il dit: «Ses

meubles enrichis de bronzes magnifiques et d’ingénieux ornements de

marquetterie sont d’un goût exquis, et la mode ne leur fait rien

perdre de leur prix.» Il avoit le goût passionné des tableaux, des

estampes plus encore, et des dessins. Il s’y ruina. En 1686, il

étoit déjà la proie de ses créanciers, et se trouvoit bien que le

Louvre, où il logeoit, fut lieu d’asile. Louvois, furieux un jour de

ce qu’il ne s’exécutoit pas assez vite pour quelques meubles de

l’appartement du Dauphin, où il avoit déjà décoré un si admirable

cabinet tout de glaces et de marquetteries, menaça de lui enlever ce

refuge. Voici la lettre impitoyable qu’il écrivit à ce sujet, le 4

février 1686, à son agent La Chapelle: «Boulle promet à Mgr le

Dauphin, depuis longtemps, quelques sièges, lesquels il n’achève

point. Je vous prie de voir en quel état ils sont, et de lui dire

que, s’il ne les achève, je le ferai sortir du Louvre, et le ferai

mettre au For-l’Evêque à la discrétion de ses créanciers, et que je

ferai faire son ouvrage par d’autres.» Citée par M. Rousset, _Hist.

de Louvois_, t. III, p. 381. En 1704, la gêne de Boulle étoit encore

plus grande et ses embarras plus pressants. Le Roi l’en sauva.

(_Correspond, admin. de Louis XIV_, t. II, p. 843.) Le plus grand

deuil de sa vie fut l’incendie de son chantier au Louvre, et la

destruction par les flammes de la plus grande partie de sa

collection, dans la nuit du 20 août 1720. Quoique déjà bien vieux,

il eut assez d’énergie pour survivre. Il ne mourut que douze ans

plus tard, le 1er mars 1732. Il avoit quatre-vingt-neuf ans et

quelques mois. V. sur lui, dans les Archives de l’Art françois,

par MM. de Chenevières et de Montaiglon, t, IV, p. 321-350, un

travail qui résume à peu près tout ce qu’on sait sur lui.

 

[14] Fils de Claude Lefebvre, dit Saint Claude, qui avoit travaillé

comme tapissier chez Fouquet, à Vaux.

M. Marseille, ruë S. Denis, près la Sellette, vend des Tapisseries de cuir doré de Flandres.

Celles de France se fabriquent près la porte saint Antoine.

Les Cabinets[15], Bureaux, Biblioteques et autres meubles de placages[16], de noyers, d’ébène, de cedre, etc., sont fabriquez et vendus au Fauxbourg saint Antoine, à la porte saint Victor, rue neuve saint Mederic, rue Grenier S. Lazare, rue du Mail, etc.

 

[15] Richelet décrit ainsi, en 1688, dans son Dictionnaire, ces

meubles, dont la mode revient: «Espèce d’armoire avec des tiroirs,

faite d’ébène, de noyer ou d’autre beau bois, propre à serrer des

hardes.» On en vendoit aux foires. Le Sganarelle de _L’Amour

médecin_, act. I, sc. 2, veut donner à sa fille «un cabinet de la

foire St-Laurent.» Dans le Tarif des droits d’entrée, etc., du 18

sept. 1664, se trouvent de curieux détails sur ces cabinets.

 

[16] «Et de marqueterie.» Edit. 1691, p. 35.

Il y a sur la Ville Neuve un très grand nombre de Menuisiers qui travaillent à toutes sortes de meubles tournez et non tournez[17].

 

[17] C’étoient des ouvriers du faubourg Saint-Antoine, que, sous Henri

IV et sous Louis XIII, grâce à une exemption de taille et au droit

de pouvoir travailler sans maîtrise, on avoit attirés dans ce

quartier encore désert de la Ville-Neuve-sur-Gravois, c’est-à-dire

de la butte Bonne-Nouvelle, rue Bourbon-Villeneuve—aujourd’hui

d’Aboukir,—et rue de Cléry, etc., où, comme on sait, le même métier

et le même commerce des meubles s’exercent encore.

Les Tapissiers-Fripiers qui vendent et loüent toutes sortes de meubles[18] faits, sont pour la plupart sous les pilliers des Halles, rue de la Truanderie, Montagne sainte Genevieve, Descente du Pont Marie, et[19] rue Grenier sur l’eau.

 

[18] Ces «louages de meubles» aux Halles sont gaîment tournés en

ridicule dans une pièce du Théâtre Italien, Le grand Sophy, jouée

en 1689: «GROGNARD. Je ne sais à quoi il tient que je ne jette tous

les meubles par la fenêtre.—MEZZETIN. N’allez pas faire cette

sottise-là, s’il vous plaît, il faut que je les rende au fripier. Je

ne les ai loués que pour deux heures. Allons, meubles, sous les

piliers des Halles! (_Tous les meubles se plient et

disparoissent._)» Théâtre de Ghérardi, t. II, p. 158.

 

[19] «Derrière Saint-Gervais.» Edit. précéd., p. 36.

Le Sieur Quenel, rue des Bourdonnois, fait venir des Chaises de Jonc d’Angleterre[20].

 

[20] «Les tourneurs qui vendent des chaises garnies de jonc et

de paille, sont pour la plupart au Marché-Neuf, rue

Grenier-Saint-Lazare et rue Neuve-Saint-Médéric.» Id.—L’usage ne

s’en répandit pas chez nous, car lorsque Grosley alla en Angleterre

au siècle suivant, il trouva ce genre de chaise excellent, et nous

le recommanda, comme si l’essai n’en avoit pas encore été fait. Il a

été plus heureux de nos jours. V. le curieux livre de Grosley,

Londres, édit. de 1755, t. I, p. 238.

Il y a plusieurs Argenteurs et Doreurs pour les meubles de fer rue Dauphine, rue de la Verrerie et Fauxbourg saint Antoine[21].

 

[21] L’art. est plus détaillé dans l’édit. précéd., p. 36: «les

argenteurs et doreurs, qui vendent des chenets, foyers, girandoles,

vaisselles et autres ouvrages de fer et de leton dorez et argentez,

ont leurs boutiques rue Dauphine et rue de la Verrerie.»

Le Sieur Baudry, Tourneur, rue du petit Lion, fait et vend des Mortiers et Pilons de Boüis pour les officiers[22], d’une propreté particulière.

 

[22] Lisez: les officines.

Pour les Tableaux et Meubles de la Chine, voyez l’article des Curiositez de cabinet.

Il faut neanmoins ajouter que les Sieurs Charpentiers et Bourgeois, quay de l’Ecole, peignent et vendent les portraits de la Cour en bordures[23] pour l’ornement des chambres et des salles.

 

[23] Nous dirions «en cadres.» Richelet dit en effet dans son

Dictionnaire: «BORDURE, bois de menuiserie pour mettre un portrait

ou une glace de miroir.»

Pour les Lits de Camps, Tentes et Pavillons, voyez l’article des Armes et Bagages de Guerre.

Pour le Linge, voyez l’article des Toilles et Dentelles de fil.

Les Sieurs Roügeot, vieille rue du Temple, et Landois, rue Neuve saint Honoré, ont une grande habitude à bien raccommoder et remettre en couleur les Tapisseries de haute lisse.

Les Tapisseries peintes sur du Bazin façon de haute lisse[24], se vendent dans un magasin prés les Quinze vingts.

 

[24] On les peignoit aussi sur du coutil. L’abbé Jaubert en parle dans

son Dictionnaire des arts et métiers, t. IV, p. 205: «Ces autres

tapisseries, dit-il, que l’on fait de coutil, sur lequel, avec

diverses couleurs, on imite assez bien les personnages et les

verdures de la haute lisse.» Il écrivoit cela en 1773, et ajoutoit

que c’était une invention assez nouvelle. On voit ici qu’elle datoit

de quatre-vingts ans au moins.

On vend des Coutils en gros au Bureau des Marchands Tapissiers rue saint Martin, et encore chez Messieurs Milon, même rue, et Prevost, près l’Hotel de la Monnoye.

 

CHAIR ET POISSON.

 

Pour le Bureau des Marchands-Bouchers, voyez l’article des Bureaux publics.

Les Boucheries de Paris qui sont ordinairement ouvertes sont près l’aport de Paris, place aux Rats[1], quartier des Quinze-vingts[2], marché du Temple[3], coin de S. Paul[4], porte S. Antoine[5], marché Neuf[6], montagne sainte Geneviève[7], place Maubert[8], Fontaine S. Severin, quartier S. Nicolas des Champs[9], rue Montmartre[10], rue Comtesse d’Artois, pointe saint Eustache; rue de Bussy, petit Marché, Croix rouge[11], et ruë des Boucheries saint Germain.

 

[1] Rue Saint-Jacques-la-Boucherie, près de l’impasse du Chat-Blanc.

Sous Louis XV, cette boucherie de l’Apport-Paris appartenoit aux

anciennes familles bouchères La Dehors et Saint-Yon. Mercure, mars

1739, p. 439.

 

[2] C’est-à-dire en face des Quinze-Vingts, de l’autre côté de la rue

Saint-Honoré, à l’endroit où se trouvoit la rue Jeannisson, qui,

jusqu’en 1830, s’étoit appelée pour cela rue des Boucheries.

 

[3] Il étoit où fut construite, en 1811, la rotonde du Temple, pour

la Halle aux vieux linges.

 

[4] Dans la rue Saint-Antoine même.

 

[5] Du côté de la Bastille.

 

[6] Dans la partie qui avoisinoit le pont Saint-Michel. C’étoit une

des plus anciennes boucheries de Paris. Il s’y trouvoit, audessus

de la porte, des sculptures qu’on disoit de Jean Goujon. On

l’abattit au XVIIIe siècle, et le Marché-Neuf en fut de beaucoup

agrandi. Suivant la légende, les mouches n’entroient pas dans cette

boucherie, et «les viandes, dit M. de Paulmy, s’y conservoient par

conséquent beaucoup plus fraîches que partout ailleurs.» _Mélanges

d’une grande Bibliothèque_, t. XLIII, p. 263.

 

[7] Un peu audessus du collége de la Marche.

 

[8] Auprès de la fontaine, qu’on y avoit depuis peu transférée de la

place de Grève.

 

[9] Dans la rue Saint-Martin même.

 

[10] Près de l’égout, c’est-à-dire à la hauteur à peu près du passage

du Saumon.

 

[11] Vis-à-vis la rue du Cherche-Midi.

Dans toutes ces Boucheries, un Boucher seulement vend les jours maigres pour les malades.

En Carême, le détail de la viande de Boucherie, de la Volaille et du Gibier appartient à l’Hotel Dieu où se tient alors la principale Boucherie[12], mais on ne laisse pas de vendre de la viande pour les malades au profit de cet Hopital à la Boucherie du petit Marché saint Germain, à celle du marché du Temple, à celle de la place aux Rats, et à celle de la rue saint Honoré près les Quinze-vingts.

 

[12] La rigueur étoit telle sous Louis XV, pour cette observance du

maigre en carême, que Servandoni ayant voulu, dans la pièce de

Léandre et Héro, jouée pendant le carême de 1750, au théâtre des

Tuileries, mêler un sacrifice à son spectacle, dut obtenir de

l’Hôtel-Dieu la permission d’acheter la génisse et le veau, qui

devoient y jouer les rôles de victimes. V. à cette date,

l’_Inventaire des archives de l’Hôtel-Dieu_, t. I. V. aussi _Rev.

des Provinces_, 15 fév. 1866, p. 351.

M. Thibert, Boucher de cet Hopital, demeure près l’aport de Paris[13].

 

[13] Il étoit—nous l’avons déjà vu plus haut, note sur Le

Coulteux—d’une des plus anciennes familles de Paris. Son nom, comme

celui des Saint-Yon, des Legoix, etc., remontoit à l’époque du règne

des bouchers et de Caboche. Il le savoit, et, de concert avec les

représentants des autres vieilles familles bouchères, il en usoit

pour se créer un privilége et un monopole sur tous les étaux de la

grande boucherie—celle de l’Apport-Paris—et sur ceux du cimetière

Saint-Jean. (Depping, introduct. au Livre des Métiers d’Est.

Boileau, p. LVI.) Le roi, pour en finir avec ce monopole de Thibert

et des autres, en fit don à Mme de Montespan et à sa sœur Mme de

Thiange. Ils résistèrent, et, en 1691, l’époque même où nous sommes,

il en résulta un curieux procès, dont on peut lire, aux mss. de la

Bibliothèque Nationale, les pièces et les factums dans la

Collection Delamarre, nº 21, 656, fol. 1-185.

Entre les Bouchers qui font de grosses fournitures à la livre pour les grands Seigneurs, sont à l’aport de Paris, Messieurs Boücher, Maücousin, Crochet et Tibert; au cimetiere saint Jean, Messieurs Charles de Liziere et Aubry; près saint Nicolas des Champs, Mrs Laval, Triplet, Laurent et la veuve Hotaüt; à la grande Boucherie saint Germain, Mrs Madelin, Cottard, Valet, Bricet et Gallier; à la rue Montmartre, M. Parisot; et montagne sainte Genevieve, Mrs Gaudron et le Lievre.

Les Detailleurs de Tripes et de Pieds de Moutons qui sont dispersez dans tous les quartiers, les achetent en gros tous les matins près l’aport de Paris.

Le Marché aux Bœufs et Moutons se tient à Sceau près le Bourg la Reine, les Lundis et Mardis; et celui des Veaux à Paris sur le Port de la Greve presque tous les jours et principalement le Vendredi[14].

 

[14] Lister, tout anglois qu’il fût, ne trouva pas, sauf sur un point,

la viande de Paris mauvaise: «le mouton et le bœuf, dit-il, sont

bons, et valent à peu près les nôtres, sans les surpasser toutefois.

Quant au veau, il n’en faut pas parler: il est rouge et grossier. Je

ne pense pas, d’ailleurs, qu’il y ait pays en Europe, où l’on

réussisse pour cet élevage aussi bien qu’en Angleterre.» (_Voyage à

Paris_, ch. VI.) Quoique inférieure, cette viande entroit pour

beaucoup dans la consommation, que la lettre du Sicilien, déjà

citée, évalue ainsi, probablement avec plus de fantaisie que de

vérité: «On dit que l’on mange à Paris, chaque jour, quinze cents

gros bœufs, et plus de seize mille moutons, veaux ou porcs.» V. plus

bas, note 17, sur les offices de Vendeurs de veaux.

Le Marché de la Volaille, du Gibier[15], des Agneaux et des Cochons de lait se tient sur le quay des grands Augustins presque tous les jours[16], mais principalement les Mercredis et Samedis[17].

 

[15] La même lettre dit que la consommation du gibier et de la

volaille étoit «prodigieuse.»

 

[16] La consommation de la viande étoit telle, même à l’Hôtel-Dieu,

qu’on y avoit dressé un tournebroche qui pouvoit en faire rôtir

1,200 livres à la fois. (_Inventaire des Archives hospitalières_,

Hôtel-Dieu, p. 330.)

 

[17] Il y avoit, pour ce marché, des «jurés vendeurs et conducteurs de

volailles», dont les jetons—le Cabinet des médailles en possède un

de 1709—sont des plus curieux. Ils représentent, au revers, Adam et

Eve entourés des animaux de la création, et on y lit cette devise:

Proderit his pecus et volucer, le troupeau et l’oiseau viendront à

eux.—En 1694, on créa de nouveaux offices de vendeurs de veaux et

volailles, qui produisirent, avec ce que rapporta en même temps «le

traité des eaux et fontaines», 4,536,400 liv. (Forbonnais, _Essai

sur les Finances_, année 1694.)

Les Rotisseurs fameux pour les grandes fournitures, sont les Sieurs Guerbois près la Boucherie saint Honoré[18], et Meüsnier rue du Temple, qui entreprend d’ailleurs les plus grandes Nopces et Festins avec beaucoup de réputation.

 

[18] C’étoit, en effet, un des plus renommés de Paris pour les bons

repas. Il étoit du meilleur ton d’aller, comme on disoit, dîner chez

La Guerbois, car c’est la femme qui étoit en réputation plus encore

que le mari. V. ce que nous avons dit de ce cabaret dans notre

Histoire de la Butte Saint-Roch, p. 126-128. Le nom de Guerbois,

qui se trouve comme enseigne sur la boutique de quelques

pâtissiers-traiteurs: rue Croix-des-Petits-Champs, rue des

Saints-Pères, etc., est un dernier débris de cette renommée

culinaire.

Entre les Charcutiers renommez, sont les Sieurs du Cerceaü rue de l’Arbre sec, pour les Jambons façon de Mayence; Robinot montagne sainte Genevieve[19] pour les Andoüilles; et de Flandres ruë des Barres pour les bons cervelats.

 

[19] «Devant le portail des Carmes de la place Maubert.» Edit. 1691,

p. 27. Il y est, comme ici, nommé pour la façon des «bonnes

andouilles.» Après lui vient, pour la même renommée, «la veuve

Maheult, rue Montmartre.»

La foire du Lard et des Jambons se tient le Mercredi Saint ruë et parvis Notre Dame[20].

 

[20] Il est parlé ainsi de cette foire du Parvis dans une mazarinade,

Suite de la révélation, ou _le second oracle rendu par le Jeûneur

du Parvis Nostre-Dame_, 1649, in-4º p. 3:

 

Dans ce Parvis, où l’on contemple

La face d’un superbe temple,

Jambons croissent de tous côtés,

Ainsi que s’ils étoient plantés.

 

Le Jeûneur de la mazarinade étoit une statue que l’on croyoit

antique, et qui se trouvoit entre la fontaine du Parvis et la porte

de l’Hôtel-Dieu. On l’appeloit ainsi parce qu’elle étoit seule à ne

pas prendre sa part des monceaux de victuailles de la foire «au Lard

et aux Jambons» du Parvis. «Oyez», dit une autre mazarinade:

 

Oyez la voix d’un sermonneur,

Vulgairement nommé Jeûneur,

Pour s’estre vu, selon l’histoire

Mille ans sans manger et sans boire.

M. Fagnaült Ecuyer de cuisine[21] de Monseigneur le Prince, fait de très excellentes andoüilles qu’il vend à des personnes de connoissance.

 

[21] C’étoit le nom que prenoient la plupart des gens de cuisine dans

les maisons princières. Chez le Roi, où le principal s’appeloit

«Ecuyer-bouche», il y avoit, rien que pour le cuisinier-commun ou du

grand commun: douze écuyers, plus huit maîtres queux, et douze

enfants de cuisine ou galopins.

Le Sieur Olivet près la porte de Richelieu, fait un commerce particulier de Boudin blanc et de pieds à la sainte Menehoult.

Le Sieur Boursin Traiteur près la place des Victoires, est renommé pour le Boudin blanc[22].

 

[22] Au chapitre XXXIX, p. 59, de l’édition de 1691, il est aussi

mentionné. On y trouve, de plus, l’indication de son enseigne: «Au

Mont Sainte-Catherine», ce qui prouveroit qu’il étoit de Rouen.—Les

boudins blancs commençoient d’être une friandise à la mode, quoique

ce ne fût guère que l’ancien «blanc manger» du moyen-âge, qui,

suivant Didier Christol, dans sa traduction du De obsoniis de

Platine, au chapitre Jusculum album, se composoit d’amandes et de

blancs de chapons pilés avec de la mie de pain mollet, du sucre et

du gingembre, etc.

On peut par le Messager de Blois recouvrer en hiver de très bonnes Andouilles et Langues de porc fourrées, et par celuy de Troyes des Langues de porc et de mouton fumées.

On trouve des Mortadelles d’Italie et des Saucissons de Boulogne[23], chez le Sieur Pilet Epicier grossier[24] rue de l’Arbre sec devant saint Germain l’Auxerrois.

 

[23] C’est ainsi qu’on prononçoit Bologne.

 

[24] Epicier en gros.

On en trouve aussi quelque fois tout proche chez les Provençaux[25].

 

[25] V. plus haut ce que nous avons dit sur eux et sur le cul-de-sac

auquel ils ont laissé leur nom.

Le marché du Poisson d’eau douce pour la vente en gros, se tient au quartier des Halles à l’entrée de la rue de la Cossonnerie.

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