Le livre commode des adresses de Paris pour 1692, tome 1/2

Monsieur de (Nicolas) Blégny · Chapitre 6 sur 12 · partie 1/2

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Le livre commode des adresses de Paris pour 1692, tome 1/2

Administration des Hospitaux

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 2 parties.

Gouverneurs et Administrateurs de l’Hotel Dieu et des Incurables.

Monseigneur l’Archeveque de Paris, à l’Archeveché.

Monseigneur le Premier Président, Cour du Palais.

Monseigneur le Premier Président de la Chambre des Comptes, vieille ruë du Temple.

Monseigneur le Premier Président de la Cour des Aydes devant les Capucins du Marais.

Monseigneur le Procureur Général, rue Barbette.

M. de la Reynie, rue du Boulloy.

M. de Fourcy, rue de Jouy.

M. le Pelletier, vieille rue du Temple.

M. Chuppé, rue de l’Observance.

M. Acard, vieille rue du Temple[1].

 

[1] Aux Archives de l’Assistance publique se trouvoit le procès-verbal

de la prestation de serment, en la grand’Chambre du Parlement, des

sieurs Accart, Choart, et Baussan, nommés, en 1673, gouverneurs de

l’Hôtel-Dieu.

M. Guiloire, cul de sac Saint Dominique.

M. Champy, rue de la Harpe.

M. Petitpied, rue du Jour.

M. de Bragelonne, dans le Temple.

M. Goupy, rue Sainte Avoye.

M. Soufflot[2], rue des deux Ecus.

 

[2] Il fut un des administrateurs de l’Hôtel-Dieu jusqu’en 1717. Il

fit en 1707 un rapport, qui étoit aux Archives de l’Assistance

publique, sur une rébellion au faubourg Saint-Germain «contre

l’exempt et les archers préposez pour veiller aux fraudes de la

boucherie de l’Hôtel-Dieu, pendant le caresme.» On sait que c’est la

seule boucherie qui avoit à cette époque de l’année le droit

d’ouvrir et de vendre. En 1717, comme l’un des doyens, il fut chargé

de veiller à l’auto-da-fé des peintures licencieuses qui s’étoient

trouvées dans le legs que M. de Callières avoit fait à l’Hôtel-Dieu

de tous ses biens: «Sur ce qui a esté dit par M. d’Estrechy,

lisoit-on dans une pièce des Archives, que parmy les tableaux de la

succession de feu M. de Callières, il s’en est trouvé quatre

représentant des nudités et des postures indécentes capables de

blesser la pudeur et la modestie chrestienne s’ils estoient exposez

en vente, la Compagnie a aresté qu’ils seront jettés au feu, en

présence de Messieurs Soufflot et d’Estréchy.»

M. le Verrier, rue Percée.

M. Levêque de Vaugrineuse, rue Saint Martin.

M. Herblot, rue Saint Germain l’Auxerrois.

M. Marchand, rue Tictonne.

M. Destrichy[3], rue Bertin Poirée.

 

[3] Lisez d’Estréchy. C’est le même qui est nommé dans la note

précédente. En 1708, à l’époque d’une épidémie scorbutique à Paris,

il fit une déclaration curieuse: «M. d’Etrechy a dit que si

l’augmentation des malades venus à l’Hôtel-Dieu depuis quelques

jours continue, il y en aura trois mil ou environ dans dimanche

prochain.» (Archives hospitalières par Léon Brièle, 1877, in-8, p.

 

69.)

 

M. Clerambault, rue Jean Lointier.

M. Piquet, rue de la Tixeranderie.

 

Receveur de l’Hotel-Dieu.

M. Perlan, ruë Saint Martin.

 

Greffier de l’Hotel-Dieu.

M. Beaufort, Parvis Notre-Dame.

 

Receveurs et Greffiers des Incurables.

M. Garilde, rue du Four S. Germain.

Le Bureau de l’Hotel Dieu se tient tous les Mercredis et les Vendredis, depuis dix heures jusqu’à midi.

Il y a encore une autre scéance du même Bureau à l’Archeveché, tous les Samedis aux mêmes heures.

Messieurs du Bureau prennent une sorte de vacance pendant les vacations du Parlement, mais quelques uns ne laissent pas de s’assembler pour les affaires urgentes une fois la semaine seulement, alternativement au Bureau ordinaire et à l’Archeveché, le Vendredi au premier endroit et le Samedi à l’autre, aux heures ci-devant marquées.

 

Gouverneurs et Administrateurs de l’Hopital General.

 

CHEFS DE L’ADMINISTRATION.

Monseigneur l’Archevêque de Paris, Nosseigneurs les premiers Presidens du Parlement, de la Chambre des Comptes et de la Cour des Aydes, Monseigneur le Procureur Général, Monsieur de Fourcy et Monsieur de la Reynie, aux adresses ci-devant marquées.

 

ADMINISTRATEURS ORDINAIRES.

M. Pajot, rue du Bac, aux Missions Etrangères.

M. le Vieux[4], cul de sac des Bourdonnois.

 

[4] Quand les Hôpitaux et les Incurables firent banqueroute en 1689,

il passa pour y avoir contribué par ses malversations. C’est sur

cette banqueroute, d’où vint la ruine de tant de gens, qui avoient

prêté aux hôpitaux leurs deniers à rentes viagères ou à _fond

perdu_, que La Bruyère écrivit: «Le fonds perdu, autrefois si sûr,

si religieux et si inviolable, est devenu avec le temps et par les

soins de ceux qui en étoient chargés, un bien perdu.» _De quelques

usages_, § 39.—Les Clés disent qu’on chassa les administrateurs

accusés de friponnerie. Le Vieux, quoiqu’elles le nomment, n’en

étoit pas, puisque trois ans après nous le trouvons encore ici parmi

les administrateurs de l’Hôpital général.

M. Meliand, rue Saint Loüis du Marais.

M. Pinette, à l’Oratoire du Fauxbourg Saint Michel.

M. le Caron, rue Bardubec.

M. Hourlier[5], rue des fossez saint Michel.

 

[5] Nous le connaissons déjà comme bailli du Palais.—Le 14 août 1671,

il prit part aux mesures adoptées pour donner des nourrices aux

Enfants trouvés. Il émit alors une opinion intéressante sur la

recherche des pères pour cette catégorie d’enfants: «Monsieur

Hourlier, bailly du Palais, lisoit-on à cette date dans une pièce

des Archives hospitalières, a dit qu’il avoit esté cy-devant rendu

plusieurs sentences au Châtelet, portant condamnation contre

plusieurs particuliers trouvés estre pères d’aulcuns enfans trouvez,

lesquelles sentences n’ont point esté suivies d’exécution. A esté

arresté qu’on fera ses efforts pour retrouver lesdictes sentences,

et Monsieur le Procureur du Roy supplié d’en prendre soin.»

M. Blin, quay des Augustins.

M. Berthelot, près la place des Victoires[6].

 

[6] C’est Berthelot l’aîné, que nous avons vu plus haut au chapitre

des fermiers généraux des Monnoies. Devenu fort riche, il usoit bien

de sa fortune, et s’étoit ainsi donné des droits à prendre place

dans l’administration des Hospices. On lui dut en partie celui des

Convalescents: «Il a esté dit, lisons-nous dans le _Récolement des

archives hospitalières_ dressé par M. Brièle, que le prieuré de

Saint-Julien estoit plus propre à cet hospice, et mesme y avoit esté

destiné dès le commencement. On a dit aussi que M. Berthelot, qui a

donné 60,000 livres et promis quarante autres mille livres, a

témoigné n’avoir point d’attache pour le lieu.» (Janv. 1675.)

M. Petitpas, Parvis Notre Dame.

M. Husson, rue du Roy de Cicile.

M. Guilloire, cul de sac saint Dominique.

M. Rillart, près Saint Paul.

M. Petitpied, rue du Jour.

M. Briçonnet, près les Enfans Rouges.

M. de Bie, rue Bardubec.

M. le Bœuf, Isle Notre Dame.

M. le Febvre, près saint Sulpice.

M. Thieriac, près l’_Ave Maria_.

M. de Fremont[7], porte Gaillon.

 

[7] Nous avons parlé de lui plus haut au chapitre des _Gardes du

Trésor royal_.

M. Boucot[8], rue Hautefueille.

 

[8] Il figure déjà plus haut parmi «les gardes des rôles des offices

de France.»

M. David, cul de sac saint Sauveur.

M. Braquet, Cloitre Notre Dame.

M. Soubeiran, près l’Oratoire saint Honoré.

M. Gourdon[9], à l’Hotel de Guyse.

 

[9] Il avoit prêté serment, en 1681, comme «receveur charitable de

l’Hôpital général.»

M. Colin[10], Isle Notre Dame.

 

[10] Il semble avoir été chargé des aumônes de Mme de Miramion pour

les hospices: «Monsieur Colin, lisons-nous dans le _Récolement des

archives hospitalières_, p. 138, a apporté 64 louis d’or, valant 903

livres, que lui a donnés Madame de Miramion, procédés de la queste

faicte à la Cour.» (1694, 28 avril.)

M. Badoulleau, rue des Prouvaires.

M. le Febvre, Cousture sainte Catherine.

M. Pirot, rue de Ventadour.

 

BANQUIERS POUR LES REMISES DE PLACES EN PLACES.

 

Messieurs le Couteux[1], ruë de la Tixanderie, pour Normandie, Bretagne et païs étrangers.

 

[1] Nom qui fut longtemps célèbre dans la banque. En 1773, nous

retrouvons dans l’_Almanach d’indication_ de Roze de Chantoiseau:

«Le Coulteux et Compagnie, rue Montorgueil, négociants en banque;

une des plus anciennes maisons.» Roze disoit vrai, puisqu’alors

cette maison existoit, nous en avons la preuve ici, depuis plus de

quatre-vingts ans. Nous verrons tout à l’heure qu’elle remontoit

encore bien plus haut. A l’époque de la Révolution, le chef de la

famille, M. Le Coulteux de la Noraye, fut de la première

municipalité de Paris, et son fils Le Coulteux de Canteleu, député à

l’Assemblée constituante et au Conseil des Anciens, puis sénateur et

pair de France. C’est lui qui fit bâtir, vers 1790, de la rue

Montorgueil à la rue Montmartre, sur les terrains dépendant de sa

maison de banque, toute une rue à maisons uniformes, à laquelle

l’architecte Mandar, qui l’avoit construite, donna son nom. M. Le

Coulteux en fut longtemps l’unique propriétaire. Voici ce que

Berryer père, dans ses Souvenirs (1837, in-8, t. II, p. 320), dit

sur l’ancienneté des Le Coulteux: «C’étoit dans la banque de Paris

une maison antique, une des plus anciennes de la bourgeoisie de

Paris, dont l’existence remontoit sans interruption ni déviation en

plus ni en moins, aux époques d’où dataient les Thibert, les

Trubert, les Bouillerot, réputés les plus anciennes familles de la

capitale.»

M. André Hebert, cul de sac de la rue Quinquempoix[2], pour les mêmes lieux, et encore;

 

[2] On l’appeloit aussi cul de sac de Venise, à cause du voisinage de

la rue de ce nom, dans laquelle le comte de Horn, au plus fort de la

crise du Système, assassina un agioteur dans le cabaret de l’_Epée

de bois_. Ce sont les banquiers, logés alors en grand nombre rue de

Venise et surtout rue Quincampoix—nous en trouverons un plus

loin—qui avoient attiré de ce côté Law et tout son agio. Dancourt,

en 1710, dans sa Comédie des Comédiens (acte II, scène 9), fait

lancer par Mezzetin un lardon contre ces banques: «Je connois,

dit-il, un bonnetier de la rue Saint-Denis, et un banquier de la rue

Quincampoix, qui, avec 10,000 francs, qui n’étoient pas à eux, ont

trouvé moyen de se faire chacun cent mille écus qui ne leur

appartiennent guère.»

Messieurs Hébert Frères, près saint Julien des Menetriers.

Et M. Petit, ruë du Four, quartier saint Honoré.

M. Michel Heuh, rue Mauconseil, aussi pour les Provinces de Normandie et Bretagne, et encore pour tous les Etats d’Allemagne.

M. Pierre Heuh, rue saint Martin, pour les mêmes lieux.

M. Tourton, ruë de la Truanderie, aussi pour l’Allemagne et pour le Lionnois.

M. Sorbiere, rue Quinquempoix, pour la même Province.

Et M. Michon, rue Aubry Boucher.

M. de Meuves, cul de sac de la rue des Bourdonnois, pour Allemagne, Angleterre, Italie, Hollande, Lyonnois, Languedoc et Flandres conquise.

M. Rigioly[3], rue Quinquempoix, aussi pour l’Italie et pour le Lyonnois.

 

[3] C’étoit un de ses banquiers italiens, comme il y en avoit eu

beaucoup aux époques précédentes dans ce quartier, où ils avoient

même laissé leur nom aux rues des Lombards et de Venise. Sous Louis

XVI, il en existoit encore. Nous trouvons dans l’_Almanach général

des Marchands_ de 1778: Caccia, banquier, rue Saint-Martin,

vis-à-vis la rue aux Ours; Giambone, rue Mauconseil; Boggiano, place

des Victoires.

Messieurs Narcisses et Maçon, rue Thibaut Thodé, pour les mêmes lieux.

Et Messieurs Vallentin, rue

M. Helissant, rue saint Denis, pour Allemagne, Pologne, Angleterre, Hollande, etc.

M. Moreau, rue Michel le Comte, pour Espagne, Bretagne, etc.

M. le Nostre, rue Troussevache, pour Anjou, Touraine, Poitou, etc.

M. Patu, rue de la Chanverrerie, pour Espagne.

M. Artus, rue Mauconseil, pour Angleterre, Ecosse, Irlande, Hollande, Flandres conquise, etc.

M. Milochin, rue saint Denis, pour la Flandre Espagnole.

M. Herins, derriere saint Leu et saint Gilles, pour tous les Païs bas.

M. Foissin, rue saint Denis, pour Allemagne, Suède, Dannemarc, Hollande, Italie, etc.

Messieurs les Agens de change s’assemblent tous les jours ouvrables vers le midy à la place de change, joignant la conciergerie du Palais, pour la négociation des Lettres et Billets de Change[4].

 

[4] L’Almanach royal de 1702, qui donne à peu près, p. 64, le même

renseignement, ajoute: «Le public peut s’adresser à leur clerc, qui

y demeure, pour faire avertir lesdits Messieurs des billets perdus,

lettres de change, ou autres billets négociables.» Telle étoit alors

la Bourse de Paris: une voûte près d’une prison, pour s’assembler

une fois tous les huit jours; et un clerc, pour répondre à tout, le

reste de la semaine. L’anglais Evelyn, qui visita le Palais en 1644,

la trouva de bien mesquine apparence auprès de celle de Londres:

«Les galeries, où l’on vend les menues marchandises, dit-il,

n’approchent pas des nôtres, non plus que le lieu où se tiennent les

négociants, qui n’est qu’une simple voûte basse.» (V. Extraits de

son Voyage à la suite de celui de Lister, publié par la Société des

bibliophiles, p. 230.)

Pour les Banquiers Expeditionnaires en Cour de Rome, voyez l’article des affaires Ecclesiastiques.

 

ACADEMIES ET CONFÉRENCES PUBLIQUES[1].

 

[1] «Il y a diverses Académies qui ont toutes leurs utilitez

publiques. Si celles des Jeux n’avoient pas été défendues, on en

feroit de quatre espèces. Mais comme on ne joue plus que dans des

maisons particulières, et entre personnes connues, on reduira

seulement à trois espèces celles qui subsistent à présent; sçavoir

celles qui ont été établies pour perfectionner les Sciences, celles

qui regardent l’Education de la Noblesse, et celles qui concernent

les beaux arts.» Edit. 1691, p. 7-8.

 

Il y a maintenant à Paris deux Academies Royales, établies pour perfectionner les sciences. La plus ancienne est l’Academie Françoise dont le Cardinal de Richelieu a jetté les premiers fondemens et dont le Roy est protecteur.

Elle est composée de quarante Academiciens, tous gens illustres par leur qualité, par leur mérite, et par leur condition. Ils sont uniquement appliquez à reduire la langue Françoise dans toute la pureté qu’on peut desirer. Ils tiennent leurs assemblées trois fois la semaine[2] au vieux Louvre[3], où ils distribuent tous les ans à la saint Louis des prix considérables, à ceux qui ont le mieux travaillé sur une pièce proposée, et sur un sujet à la gloire du Roy[4].

 

[2] On ne s’étoit d’abord réuni qu’une fois par semaine, puis deux

fois. Enfin, l’on alla jusqu’à trois fois en 1675, pour presser le

travail du Dictionnaire, et, dès lors, ce fut la règle: «Depuis ce

temps là, dit l’abbé d’Olivet, dans une note sur l’_Histoire de

l’Académie_, par Pelisson, c’est l’usage que les trois jours

ordinaires d’assemblée soient le lundi, le jeudi, et le samedi.»

 

[3] «A la prière de Colbert, qui en étoit membre depuis cinq ans, le

Roi accorda à l’Académie françoise au rez de chaussée du Louvre,

près du pavillon des Cariatides… les Salles, qui, après la Fronde,

avoient été celles du Conseil, et qui sont aujourd’hui dans le Musée

de Sculpture les salles de Puget et de Coustou.» (_Hist. du Louvre_,

p. 66, dans Paris à travers les âges[5].)

 

[4] Ces deux prix étoient: celui d’éloquence, fondé par Balzac, qui ne

fut distribué qu’à partir de 1671; et celui de poésie, dont Pelisson

et trois autres académiciens firent les frais, et qu’ensuite

l’Académie en corps prit à son compte, jusqu’à ce qu’un de ses

membres, l’évêque de Noyon, M. de Clermont-Tonnerre, l’eût constitué

à perpétuité.

 

[5] «La salle, lisons-nous dans l’ouvrage que cite notre

avant-dernière note, la salle qui étoit à la suite de celle des

séances servoit pour le travail du Dictionnaire, dont le roi

payoit toutes les écritures; et pour l’examen des pièces envoyées au

concours des prix d’éloquence et de poésie que l’Académie

distribuoit tous les ans à la Saint-Louis sous la forme de deux

médailles d’or, de trois cents francs chacune. Ce jour là, comme la

chapelle, d’ailleurs fort délaissée, que Le Mercier n’avoit pu

achever au premier étage du pavillon des Cariatides de Sarrazin,

étoit à la disposition de l’Académie françoise, dont les salles se

trouvoient presque audessous, les Quarante y faisoient dire une

messe en musique et prononcer le panégyrique du saint Roi.»

La deuxième, est l’Academie des Sciences qui s’applique à faire des découvertes dans l’Anatomie, dans la Botanique, dans la Chimie, dans l’Astronomie, dans la méchanique, et generalement dans toutes les parties de la Philosophie et des Mathématiques.

Les Academiciens qui la composent s’assemblent tous les Mercredis et Samedis à la Biblioteque du Roi qui est presentement rue Vivienne[6], et qui sera bien-tot à la place de Vendôme[7].

 

[6] «Où se doivent adresser ceux qui ont des découvertes ou des

inventions nouvelles à proposer, dans le dessein d’être récompensez,

ou seulement recommandables. Lorsqu’il s’agit de faits

mathématiques, sur l’explication desquels on veut prévenir les

Académiciens de cette Académie, on peut s’adresser à l’Observatoire

royal, où ils ont chacun leur appartement.» Edit. 1691, p. 8.

 

[7] Ordre avoit été donné pour la construction de la Bibliothèque à la

Place Vendôme, le 19 mai 1691. On en trouve le texte dans les mss.

de la Collection Delamarre, à la Biblioth. Nat., t. 131, fol. 81.

Elle eût été construite au levant, dans la partie où fut bâti

l’hôtel Bourvalais, aujourd’hui Ministère de la Justice, et elle eût

absorbé, par derrière, une portion de l’espace occupé, depuis, par

les hôtels de la rue Neuve des Capucines, ainsi qu’on en peut juger

d’après les plans qui se trouvent au Cabinet des Estampes,

Topographie de Paris, Place Vendôme.

Ceux d’entr’eux qui professent les Mathématiques, ont leurs appartements à l’Observatoire Royal à l’extremité du Fauxbourg Saint Jacques.

Quoy-que la musique fasse partie des Mathematiques; elle a neanmoins son Academie particulière, parcequ’elle seroit entierement inutile, si comme les autres Arts liberaux, elle n’étoit soutenüe de la pratique[8]. Cette Academie s’exerce au quartier de saint Roch[9] chez M. de Francine qui en est Directeur[10] à la répétition des pièces de Theâtre qu’on nomme Opéra, et qu’elle représente ensuite sur le Théâtre du Palais Roial, ce qui peut être pratiqué par la Noblesse sans déroger.

 

[8] «L’Académie royale de musique, qu’on nomme Opéra, est

principalement occupée à représenter des tragédies en musique de la

composition de M. Quinault…» Edit. 1691, p. 8. (V. plus loin au

chap. Passetemps et Menus plaisirs.)

 

[9] Rue Saint-Nicaise. C’est ce qu’on appeloit «l’hôtel de l’Académie.

» (V. notre Hist. de la Butte Saint-Roch, p. 182.)

 

[10] Il avoit succédé à Lulli, dont il étoit le gendre.

La Societé Royale de Medecine est encore une espèce d’Academie[11] en laquelle on passe des règles à la pratique, ce qui fait qu’elle est composée de Philosophes, de Medecins, de Chirurgiens et d’Apoticaires artistes. Elle tient des Conférences publiques tous les Dimanches après Vepres, rue de Pincourt, Faubourg saint Antoine, chez Monsieur de Blegny qui en est Directeur, qui a commencé cet établissement par ordre du Roy, sous la protection de M. Daquin, premier Medecin de S. M. Il a deja publié plusieurs volumes d’Observations et d’Experiences, et il travaille sans relache à faire de nouvelles découvertes[12]. Cette Societé a des membres en plusieurs Villes de Provinces, qui travaillent utilement à la fin commune, qui est la perfection du plus important de tous les Arts.

 

[11] «… Est établie par ordre de la Cour, et… disciplinée sur le

pied des Académies d’établissement royal. Elle a pour sujet toutes

les sciences naturelles et les arts qui en dépendent.» Edit. 1691,

p. 12.

 

[12] «M. de Blegny… a l’avantage d’avoir pratiqué et enseigné

successivement toutes les parties de la philosophie et de la

médecine. Il a composé dix-huit volumes très-curieux sur les sujets

particuliers qui en dépendent, et inventé diverses machines fort

industrieuses, qui lui ont toujours attiré beaucoup d’auditeurs. Il

s’est retiré depuis quelque temps à son jardin médicinal à l’entrée

du faubourg Saint-Antoine, grande rue de Pincourt, où il tient une

pension pour les malades, dont il sera parlé ci-après (V. plus

bas, Pension pour les malades). Mais on ne laisse pas de le

trouver presque tous les jours chez M. son fils, apothicaire du Roi,

à l’entrée de la rue de Guénegaud, où il tient ses conférences en

hiver, ne les ayant établies l’été à Pincourt, qu’à cause des

plantes médicinales qu’il y fait élever pour la satisfaction et

l’utilité des médecins, chirurgiens et artistes, qui sont sous sa

direction, et qui s’y rendent les dimanches après le service divin,

pour conférer à l’ordinaire et consulter sur les indispositions des

malades, qui se présentent, et à qui l’on donne gratuitement les

ordonnances et délibérations. Mais en hiver, la conférence de la rue

Guénegaud se tient les jeudis non fêtez, et commence à trois heures

de relevée.» Edit. 1691, p. 12.

Il en est tout de même de l’Academie d’Architecture, c’est un Art qui a beaucoup de preceptes scientifiques, mais qui sont applicables à la mechanique active. Elle est d’etablissement Royal et a eu feu M. Colbert pour protecteur. Maintenant elle est sous la protection de M. de Villacerf[13] et tient ses assemblées tous les Lundis de relevée, au Palais Brion[14].

 

[13] Edouard Colbert, marquis de Villacerf, cousin du ministre.

 

[14] «Qui fait partie du Palais Royal, et qui a sa porte dans la rue

de Richelieu.» Edit. 1691, p. 9. C’étoit un pavillon, dont une salle

donnoit de plain-pied sur le jardin du Palais-Royal. Il devoit son

nom au duc de Damville, qui n’étoit que comte de Brion quand le roi

l’avoit fait bâtir, pour lui, en 1651. Il y logea plus tard Mme de

La Vallière. C’est là que se fit, en plein air, la première

exposition de peinture, en 1673. Le Théâtre françois en occupe à peu

près l’emplacement. On verra en effet plus loin que le Palais Brion

étoit «à l’entrée de la rue de Richelieu.»

Pour ce qui est des deux Academies établies pour la Peinture, pour la Sculpture et pour la Dance, elles n’ont presque pour objet que l’exercice. La premiere qui est pour les Peintres et pour les Sculpteurs, se tient aussi au Palais Brion, à l’entrée de la rue de Richelieu. Elle est composée d’un grand nombre de fort habiles Maitres qui apportent un soin particulier à l’éducation de leurs élèves, et qui leur fournissent continuellement pour le dessein, des modèles humains et vivans placez en différens jours et en diverses postures. Ils trouvent même cet avantage dans leurs études, que l’Academie fait distribuer des prix considérables à ceux qui font plus de progrès dans un certain espace de temps[15].

 

[15] «Pour être compris dans la liste des disciples, qui doivent y

avoir entrée, l’aspirant doit avoir pour professeur l’un des

Académiciens, qui, pour justifier la protection qu’il lui accorde,

lui donne un billet imprimé signé de lui, et adressant aux Officiers

de l’Académie auxquels il le présente. Après quoy ce billet ayant

été pareillement signé du Recteur qui est de quartier, et du

Professeur qui est en mois, le disciple a la liberté de se rendre

tous les jours à l’Académie, où il s’exerce avec tous les autres à

dessigner des modèles humains et vivants, placez en différents jours

et en diverses postures; ce qu’ils continuent pendant trois mois,

laissant toujours leurs desseins à l’Académie, où ils sont ensuite

examinez par les Officiers, qui distribuent une forte médaille d’or

à celuy qui a le mieux réussi, une médaille moins pesante du même

métail à celui qui approche le plus près de la force de ce premier,

et une médaille d’argent à celui dont les desseins prévalent sur

tous ceux des disciples auxquels l’Académie n’accorde aucun prix.

Après cela, on divise la troupe en trois classes, relativement à la

capacité des disciples. Ceux de la première entrent et se placent

avant les deux autres classes, qui gardent entre elles le même

ordre; mais avant que les entrées se renouvellent, on recommence

aussi la cérémonie des billets et des presentations cy-devant

expliquées. Outre les prix qui se distribuent, comme il vient d’être

dit, il s’en distribue encore quatre autres à la Saint Louis, qui

donnent encore plus d’émulation aux disciples; par cette raison que

ceux qui les ont gagnez sont envoyez et entretenuz à Rome durant

trois ans, aux dépens du Roi, même de couleurs et de pinceaux, en

travaillant seulement quatre jours la semaine à faire des copies

pour Sa Majesté: outre qu’étant revenus, ils sont préférés pour les

beaux ouvrages, et reçus sans peine membres de l’Académie, ce qui

leur donne de plein droit la liberté de travailler à Paris, et ce

qui les met dans un degré de distinction très honorable. Les élèves

des peintres et ceux des sculpteurs sont indifféremment admis à

disputer les prix, lorsqu’ils ont été jugés de force suffisante; à

cet effet, ceux qui aspirent à ce bénéfice, présentent chacun un

esquisse de leur façon; et, afin que l’Académie soit assurée

qu’aucune de ces esquisses n’a été supposée, les Professeurs font

faire en leur présence un impromptu à chacun de ceux qui ont

présenté de bonnes esquisses; et tous ceux de qui les impromptus

sont d’une force relative à leurs esquisses, sont admis à travailler

pour les prix qui sont au nombre de quatre, savoir: deux médailles

d’or, et deux d’argent, qui sont distribuées aux quatre disciples

qui ont travaillé avec plus de succès, entre lesquels le plus fort

reçoit encore un laurier de la main du surintendant de ces

Académies.» Edit. 1691, p. 9.

La deuxième qui est pour l’exercice de la Danse[16] tient Salle tous les Jeudis pour eprouver ses eleves, ruë Bailleuil, chez M. de Beauchamp qui en est Chancelier et Maître des Balets du Roy. Selon les statuts de cette Academie, elle ne devroit estre composée que de treize Académiciens; mais ce nombre a esté augmenté[17] par les grâces que le Roy a bien voulu faire, à quelques uns de ceux qui ont eu l’honneur de danser devant Sa Majesté avant d’y estre admis[18].

 

[16] «L’Académie royale de danse, qui est établie par lettres patentes

à l’instar de celles dont il vient d’être parlé, tenoit il n’y a

guère ses assemblées au Palais des Tuileries, dans l’antichambre de

Monseigneur, et les tient maintenant dans la salle de Monsieur

Beauchamp, maître des ballets du Roi, et chancelier de l’Académie,

en sa maison rue Bailleul, derrière l’hôtel d’Aligre.» Id., p.

10.—Les lettres patentes «pour l’établissement de l’Académie royale

de danse, en la ville de Paris», avoient été vérifiées au Parlement

le 30 mars 1662.

 

[17] «Et le sera probablement encore.» Edit. 1691, p. 10.

 

[18] «Trois de ces maîtres se rendent tous les jeudis à l’Académie,

pour exercer gratuitement les personnes de considération qui s’y

trouvent, et les élèves des Académiciens, qui aspirent d’être admis

à l’Académie, et qui ont, à cet effet, leurs protecteurs, par qui

l’Académie est certifiée de leur capacité lors de leur réception,

qui se fait toujours après la convocation de plusieurs personnes

qualifiées, et des maîtres de l’Académie, en présence desquels ils

font une expérience de chef-d’œuvre: après quoy, ils sont en plein

droit d’enseigner la danse à Paris, et de jouir de divers privilèges

que le Roi a eu la bonté d’accorder à cette Académie, où l’on est

reçu seulement en payant une somme très modique, et en donnant une

bourse de jetons d’argent qui sont distribués au nombre de deux à

chacun des maîtres qui se trouvent à l’Académie les jours d’exercice

et encore les premiers jeudis de chaque mois, afin de porter les

Académiciens à se trouver à l’Assemblée générale qui se tient ce

jour là à l’Académie pour délibérer sur les affaires communes, ainsi

que le premier jour de mai.» Id., p. 10.

 

CONFÉRENCES.

Il y a un concours de scavans toutes les aprésdinées chez M. l’Abbé Ménage, Cloitre Notre Dame[19], où l’on confère sur toutes sortes de sujets[20].

 

[19] Ménage, après la mort du cardinal de Retz, dont il étoit en

quelque sorte devenu le secrétaire, avoit pris un logis au Cloître:

«Il y tint régulièrement, dit La Monnoye dans la Notice en tête du

Menagiana, t. I, tous les mercredis de chaque semaine, une

assemblée, qu’il appeloit, à cause du jour, sa Mercuriale, où il

eut la satisfaction de voir toujours un grand concours de gens de

lettres, tant françois qu’étrangers.» La maison où il logeoit,

existe encore rue Massillon, nº 4. C’est celle où La Harpe mourut.

(_Rev. archéolog._, t. IV, 1re part., p. 144.)

 

[20] «La conférence de M. de la Courtière, qui se tient rue Saint-Jean

de Beauvais, a pour principal sujet la Philosophie, et pour

accessoires les nouveautez de tous genres.» Edit. 1691, p. 12.

M. de Villevant, Maître des Requestes, ruë Hautefeüille, donne aussi entrée chez lui toutes les aprésdinées aux Sçavans de considération, qui tiennent une conférence curieuse sur tous les sujets qui se présentent.

M. d’Herbelot[21], rue de Condé, tient une autre conférence chez lui tous les soirs après sept heures.

 

[21] C’est l’orientaliste, professeur en langue syriaque, au collége

Royal, secrétaire-interprète des langues orientales, auteur de la

Bibliothèque orientale, qui fut publiée in-fol. en 1697, deux ans

après sa mort.

Les Mardis de relevée, on tient une conférence curieuse chez M. le Marquis d’Angeau, Chevalier des Ordres du Roi, Place Royale[22].

 

[22] L’abbé de Dangeau, bien plus que son frère le Marquis, trop

occupé à la Cour, tenoit cette conférence presque entièrement

grammaticale, et qu’on appeloit la Martiale, parce qu’elle avoit

lieu le mardi. Le poëte Lainez, qui la fréquenta quelque temps, se

vengea de l’ennui qui l’y avoit gagné et des habitudes de purisme

qu’il y avoit failli prendre, par cette épigramme:

 

Je sens que je deviens puriste,

J’aligne au cordeau chaque mot,

Je suis les Dangeaux à la piste:

Je pourrois bien n’être qu’un sot.

Les Jeudis de relevée, chez M. l’Abbé de la Roque, ruë de Guénégaud, sur diverses matières scientifiques[23].

 

[23] L’abbé Jean-Paul de la Roque, qui, depuis 1675, dirigeoit le

Journal des Savants à la place de Gallois, et depuis 1683, le

Journal de Médecine, dont il étoit le fondateur. Ses conférences

du jeudi, rue Guénegaud, ont été curieusement décrites par Le Maire

dans son Paris ancien et nouveau, 1685, in-12.

Les Samedis aussi de relevée, chez M. le Chevalier Chassebras du Breau, Carrefour saint Benoist, quartier S. Germain, sur l’Histoire et sur les sciences[24].

 

[24] «Enfin, celle de M. de Fontenay, qui se tient les samedis, rue

Christine, a pour objet les Mathématiques.» Edit. 1691, p. 12.

 

BIBLIOTEQUES PARTICULIERES ET PUBLIQUES.

 

Les curieux peuvent avoir par faveur, quelques entrées dans les Biblioteques suivantes: sçavoir;

A la Biblioteque du Roy qui est encore rue Vivienne; et qui sera bientôt à la place de Vendosme[1], où l’on trouve encore une infinité de Livres et de Manuscrits rares, tout ce qu’il y a eu de plus considérable dans toutes les Langues orientales.

 

[1] V. un peu plus haut, au chap. des Académies.

Au Cabinet des Livres du Chateau du Louvre[2].

 

[2] On n’y conservoit guère alors que les livres à l’usage des rois,

et ceux qui leur avoient été offerts ou dédiés. Le P. Jacob en a

parlé dans son Traité des Bibliothèques, 1644, in-8, sans oublier

le conseiller d’Etat Chaumont qui en étoit alors le bibliothécaire.

A la Bibliotèque de Monseigneur l’Archeveque de Rheims[3]; ruë Saint Thomas du Louvre.

 

[3] Maurice Le Tellier, qui, étant directeur de la Bibliothèque du

Roi, s’étoit laissé gagner par l’amour des livres. Il en eut un

grand nombre qui passèrent tous à la Bibliothèque des chanoines de

Sainte-Geneviève, où, dit Baudelot de Dairval, «ils font un très bel

ornement par leur condition.» De l’utilité des Voyages, t. II, p.

418. Le catalogue en fut imprimé in-fol., à l’imprimerie Royale, en

1693, sous ce titre: Bibliotheca Telleriana. Le sorboniste Ph.

Dubois, bibliothécaire du prélat, l’avoit dressé. En 1700, Le

Tellier avoit donné la plupart de ses manuscrits, 500 environ,

françois, orientaux, latins surtout, à la Bibliothèque du Roi.

A celle de Monseigneur le Chancelier[4], rue S. Loüis du Marais.

 

[4] Boucherat, dont la bibliothèque avoit en effet son prix, depuis

surtout que M. M. de Brienne lui avoit donné, en 1685, une riche

collection de copies faites sur le recueil de M. de Loménie, dont

l’original étoit à la bibliothèque du Roi. Tous les livres de

Boucherat portent sa devise: un coq avec un soleil, avec ces mots:

Sol reperit vigilem.

A celle de Monsieur le Premier Président, Cour du Palais, qui est remplie d’excellens Tableaux, de Médailles et de Monnoyes antiques et modernes.

A celle de Monseigneur de Menars, Président à mortier, près la Porte de Richelieu, où sont la plus grand part des plus curieux livres de M. de Thou[5].

 

[5] Nous avons parlé de cette bibliothèque, à propos de son possesseur

M. de Ménars, au chapitre des Présidents à mortier.

A celle de Monseigneur Talon[6], aussi President à mortier, rue Saint Guillaume.

 

[6] Nous ayons aussi parlé de lui, au chapitre des Présidents à

mortier. Sa bibliothèque, qu’il accrut beaucoup, lui venoit de son

père, l’illustre Omer Talon. La jurisprudence, l’histoire, la

philosophie, en étoient, comme on le pense bien, le fond principal.

A celle de Monseigneur l’Avocat Général de la Moignon, à l’Hotel d’Angoulesme[7], où il y a un grand nombre de belles Médailles antiques[8].

 

[7] Sa bibliothèque avoit été formée par son père, le président de

Lamoignon, qui avoit eu le célèbre Adrien Baillet pour

bibliothécaire.

 

[8] Il les devoit en partie à Tavernier, qui les lui avoit rapportées

de ses voyages.

A celle de Monseigneur de la Moignon de Basville, Conseiller d’Etat[9], rue où sont les plus belles Médailles modernes.

 

[9] Nous avons parlé de lui au chapitre des Intendants. Il l’étoit

du Languedoc.

A celle de M. de la Proutiere, rue Saint Dominique, où il y a des Tableaux, des Bronzes, et des Médailles d’un choix particulier.

A celle de M. le Clerc de Lesseville, ruë Galande[10].

 

[10] Frère de celui que nous avons vu plus haut parmi les présidents

des Enquêtes.

A celle de M. Boucot, rue Hautefeuille[11].

 

[11] Nous l’avons vu figurer plus haut parmi «les gardes des offices

de France», et nous avons à ce sujet parlé de sa bibliothèque et de

ses collections.

A celle de M. Rousseau, rue de la Calandre, où il y a un grand nombre des plus rares estampes[12].

 

[12] «Le cabinet de M. Rousseau, où l’on voit plus de quatre-vingts

volumes, gros comme l’_Atlas_, lesquels contiennent tout ce qu’il y

a de beau dans tous les Etats du monde. Tous les hommes illustres et

tous les saints y sont représentés,—au moins ceux dont on a fait

des estampes.—Néanmoins cette bibliothèque ne doit passer que pour

un recueil.» (Le Gallois, _Traité des plus belles Biblioth. de

l’Europe_, 1680, in-8, p. 130-131.)

A celle de M. Bultault[13], près la place des Victoires.

 

[13] Louis Bulteau, qui mourut l’année suivante, 1693, chez les

Bénédictins. Son frère Charles, en faveur duquel il s’étoit démis de

sa charge de secrétaire du Roi, conserva la riche bibliothèque qu’il

lui légua. Elle ne fut vendue qu’en 1711, un an après sa mort.

Gabriel Martin en publia le catalogue: Bibliotheca Bulteriana, 2

vol. in-12. A cette vente, la Bibliothèque du Roi n’acquit pas moins

de 850 volumes.

A celle de M. l’Abbé de la Chambre[14], sur le quay de Nesle.

 

[14] «Sa grande inclination, dit Vigneul-Marville, dans l’éloge qu’il

a fait de cet académicien inconnu, étoit pour les livres Italiens et

Espagnols.» (_Mélanges d’histoire et de littérature_, t. I, p. 97.)

A celle de M. Chassebras de Cramailles, rue du cimetiere saint André, où il y a beaucoup de curiositez d’Italie et du Levant, d’Estampes, de Monnoies, etc.

A celle de la Sorbonne, où il y a de rares manuscrits de Théologie[15].

 

[15] Le Gallois, dans son Traité cité tout-à-l’heure, nous la donne,

p. 133, comme étant «sans contredit une des plus florissantes de

l’Europe.» C’étoit en 1680, elle augmenta beaucoup, depuis. Au

XVIIIe siècle, on n’y comptoit pas moins de 5,000 mss., et 60,000

volumes. Ses principaux bienfaiteurs avoient été Richelieu et l’un

de ses secrétaires, l’abbé Des Roches, que l’on connoît par l’Epître

que lui dédia Boileau. En 1796, les manuscrits furent portés à la

Bibliothèque Nationale, où on les réunit au fonds qui provenoit du

cardinal de Richelieu.

A celle du Collége de Loüis le Grand, rue saint Jacques, composée en partie de celle de M. Fouquet[16].

 

[16] Suivant une note fort juste de l’abbé Goujet, écrite en marge de

l’exemplaire du De Bibliothecis parisiensibus, de Dan. Maichel,

1729, in-8, p. 94, que nous possédons, le Fouquet auquel les

Jésuites devoient un fonds dont s’enrichit leur bibliothèque n’étoit

pas Fouquet, le surintendant, mais Fouquet, marquis de la Varenne.

Les livres acquis avec l’argent de son legs se distinguoient par un

double Φ, sur le dos de la reliure.

A celle des Chanoines Reguliers de sainte Geneviève du Mont[17].

 

[17] V. ce que nous avons dit plus haut, à propos de la bibliothèque

de Le Tellier. Celle des Génovéfains se trouvoit, où nous l’avons

vue encore, au dernier étage de cette partie de l’abbaye

Sainte-Geneviève, qui étoit devenue une dépendance du collége Henri

IV. En 1768, on la rendit publique trois fois par semaine, le lundi,

le mercredi et le samedi, de deux heures à cinq. Elle est maintenant

en de nouveaux bâtiments construits sur l’emplacement du collége

Montaigne. V. plus bas.

A celle de l’Abbaïe saint Germain des Prez[18].

 

[18] Elle étoit la plus riche après la Bibliothèque du Roi,

principalement en manuscrits, dont un grand nombre lui vinrent au

XVIIIe siècle de M. de Coislin, de l’abbé d’Estrées, de l’abbé

Renaudot, etc. V. ce qu’en dit D. Bouillart dans son _Hist. de

Saint-Germain des Prés_, 1724, in-fol.—Malgré l’incendie de 1792,

et un vol en 1791, qui fit passer 120 de ses mss. en Russie, la

Biblioth. Nat. n’en eut pas moins de 9,000 de cette seule

provenance.

A celle du Chapitre de Notre Dame[19].

 

[19] Elle étoit assez modeste, n’occupant que deux petites chambres

dans la cathédrale même, et ne comptant au XVIIIe siècle que 5,000

volumes au plus. Le principal fonds en étoit venu de Claude Joly,

dont nous avons parlé au chapitre des Affaires ecclésiastiques. Il

tenait de son grand-père, l’avocat Loisel, un certain nombre de mss.

qui passèrent avec les siens et les autres du chapitre à la

Bibliothèque du Roi, par une donation que firent les chanoines, le

24 avril 1756.

A celle du Collége de Navarre, montagne sainte Geneviève[20].

 

[20] Il est occupé aujourd’hui par l’Ecole Polytechnique. Sa

bibliothèque, dont le premier fonds venoit de Jeanne de Navarre,

fondatrice du collége, avoit pour principale richesse la plus grande

partie des livres de l’illustre curieux du temps de Louis XIII, le

provençal Peiresc, et de nombreux volumes sur peau vélin, avec

initiales en miniature. De ses nombreux mss. il n’en arriva que

124 à la Bibliothèque Nationale pendant la Révolution.

A celle du Collége de Boissy[21], rue du Cimetière saint André.

 

[21] Nous ne savons rien sur la bibliothèque de ce collége fondé en

1354 par Guill. de Boissy, qui lui donna son nom. Il étoit en 1692

en complète décadence, dont il ne se releva que l’an d’après. Sa

bibliothèque toutefois étoit, à ce qu’il paroît, restée assez riche.

A celle des Augustins Réformez de saint Germain des Prez[22].

 

[22] L’école des Beaux-Arts, rue Bonaparte, a pris la place de leur

couvent. La bibliothèque n’en devint importante que lorsque le

président de la Cour des Monnoies, Gilbert Mauguin, lui eut légué

ses 12,000 volumes de théologie et de jurisprudence, en 1674. Elle

s’augmenta encore, en 1728, de ceux du copiste Jean Pontal. On y

remarquoit 14 volumes in-fol. d’_Antiphonaires_, tous écrits, notés

et enluminés, au XVIIe siècle, par le P. Trochereau, un des moines

du couvent.

A celle des Augustins Déchaussez, rue des Victoires[23].

 

[23] Ce sont les petits Pères, de la rue Notre-Dame des Victoires,

dont il ne reste que l’église, une caserne des gardes de Paris,

ayant, depuis 1850, pris la place du couvent. On y comptoit, vers le

milieu du XVIIIe siècle, environ 30,000 volumes. Auprès de la

bibliothèque étoient un cabinet de peinture, et un autre d’histoire

naturelle et d’antiquités.

A celle des Célestins, près l’Arsenal[24].

 

[24] On y comptoit environ 20,000 volumes, non compris les manuscrits,

dont les plus précieux venoient de la bibliothèque que le frère de

Charles VI, Louis d’Orléans, conservoit dans son hôtel de _Pute y

musse_, voisin du couvent. Un des deux seuls exemplaires de

l’édition xylographique du Speculum humanæ salvationis, que l’on

connut au XVIIIe siècle, s’y trouvoit aussi.

A celle des Cordeliers, près l’Eglise saint Cosme[25].

 

[25] Brûlée en 1580, cette bibliothèque redevint peu à peu plus

importante qu’elle ne l’avoit été. L’incendie y avoit détruit 9,000

volumes; en 1680, elle en avoit 12,000, mais l’on n’y trouvoit plus

la plupart des beaux manuscrits donnés par Catherine de Médicis, ni

ceux des auteurs latins, dont les Alde et les Estienne s’étoient

servis pour leurs éditions. Les 163 qui en sont venus à la

Bibliothèque Nationale sont la plupart sans grande valeur.

A celle des Jacobins du Grand Couvent, rue saint Jacques[26].

 

[26] Elle n’étoit pas alors bien riche, les dons du chanoine lyonnois

Tricaud, et du duc d’Orléans, fils du Régent, ne l’ayant augmentée

qu’au siècle suivant. Les livres du prince, qui, au nombre de 6,800

volumes, formoient plus d’un tiers de la bibliothèque, s’y voyoient

dans une salle à part, nommée Bibliotheca Aureliana. Il n’est venu

des Jacobins à la Bibliothèque Nationale que 60 mss. environ des

XIIIe et XIVe siècles.

A celle des Jacobins Reformez, rue saint Honoré[27].

 

[27] «Somptueuse en édifices, écrivoit sous Louis XIII le P. Jacob,

mais de beaucoup moindre qualité en livres.» Elle s’enrichit plus

tard. Un des religieux du couvent lui légua, en 1649, toute la

bibliothèque de son père, médecin en Allemagne. Le sorboniste Picque

lui laissa, en 1699, les manuscrits arabes de son cabinet, qui

devaient passer en 1795 à la Bibliothèque Nationale, et auxquels se

joignirent ceux que le P. J. Goar avoit rapportés de Grèce. Sous

Louis XV, sans compter les manuscrits, il y avoit chez les Jacobins

de la rue Saint-Honoré 26,000 volumes. En 1748, le P. Bérenger avoit

dressé le catalogue des livres et manuscrits en 7 vol. in-fol. On

l’appeloit quelquefois la Bibliothèque de M. le Dauphin, parce qu’à

la naissance de Louis XIV, les Jacobins la lui avoient dédiée. Une

partie de la correspondance du cardinal de Noailles, aujourd’hui à

la Bibliothèque Nationale, s’y trouvoit.

A celle des Chanoines Réguliers de sainte Croix de la Bretonnerie[28].

 

[28] Nous ne savons rien sur cette bibliothèque d’un chapitre

d’ailleurs peu important.

A celle du Prieuré de saint Martin des Champs[29].

 

[29] On n’y trouvoit guère que 5 ou 6,000 volumes, mais beaucoup de

manuscrits, dont 112 sont aujourd’hui à la Bibliothèque Nationale;

et, comme dans tous les prieurés de Bénédictins, un grand nombre de

chartes et diplômes. Dom Chameaux, qui en étoit le conservateur,

sous Louis XV, en évaluoit le chiffre à 80,000. Ils avoient été

rassemblés par Dom Pernot dans la première moitié du XVIIIe siècle.

A celle des Minimes de la place Roïale[30].

 

[30] Un des religieux du couvent, le P. Joseph Renaud, avoit créé le

principal fonds de cette bibliothèque, en lui léguant la sienne. Le

savant Jean de Launoy en fit autant. C’est avec ces ressources que

les PP. Niceron et Mersenne composèrent leurs ouvrages si pleins de

recherches. Au XVIIIe siècle, la bibliothèque des Minimes, au lieu

de 8,000 volumes qu’elle possédoit sous Louis XIV, en comptoit

20,000; presque tous reliés en veau fauve, avec un soleil d’or sur

les plats, portant au centre le mot caritas, et en exergue

l’inscription: Conventus parisiensis Minimorum.—L’_Herbarium

vivum_, ms. en 15 vol. in-fol., du P. Prumier, contenant la

description de toutes les plantes qu’il avoit étudiées de 1675 à

1704, tant en Italie qu’en Amérique, étoit une des curiosités de la

bibliothèque des Minimes. Ce beau recueil lui fut enlevé, par ordre,

pour celle du roi, en 1768.

Outre les Biblioteques particulières, il y en a quelques unes à l’usage du public, dans lesquelles on donne entrée à tous venans aux jours et heures ci-après marquées; sçavoir,

Celle du Collége Mazarini qui est ouverte les Lundis et Samedis du matin et de relevée[31].

 

[31] «On commence aussi à donner entrée les lundis et jeudis en celle

du collége Mazarini.» Edit. 1691, p. 11.—Elle avoit été ouverte

pour la première fois, en octobre 1688, dans le pavillon du collége

Mazarin, aujourd’hui palais de l’Institut, où elle est encore, sous

le nom de Bibliothèque Mazarine. Le premier bibliothécaire fut

Ludovic Picques, à la suite d’une élection faite par la Société de

Sorbonne, qui seule avoit droit de nommer à cette place. Elle avoit

été, comme on sait, formée pour Mazarin, par G. Naudé, qui en parle

beaucoup dans son Mascurat. Un siècle après eux, elle avoit

presque doublé. On n’y comptoit que 27,000 vol. à la mort du

cardinal; en 1751, lorsque Desmarais en fit le catalogue, il n’y en

avoit pas moins de 45,000.

Celle de l’Abbaïe saint Victor où sont les Livres de feu M. Bouchet de Bournonville, qui est ouverte les Lundis, Mercredis et Samedis, le matin depuis sept jusqu’à onze heures, et l’aprésdinée depuis deux jusqu’à cinq[32].

 

[32] «Où l’on peut consulter les auteurs d’autant plus utilement

qu’elle est des plus complètes, et qu’on y met entre les mains des

curieux tous les livres qu’ils demandent.» Edit. 1691, p. 11.—C’est

la bibliothèque dont Rabelais a dressé un si burlesque catalogue. Au

XVIIe siècle, elle s’étoit assez sérieusement enrichie pour que l’on

ne s’en moquât plus. M. de Bournonville, conseiller de

grand’Chambre, dont il est parlé ici, lui avoit, en 1690,

non-seulement légué tous ses livres, mais aussi une rente pour en

acheter d’autres, à condition qu’elle serait publique trois jours

par semaine, le matin et l’après-dîner. On voit ici qu’il y fut fait

droit. Plus tard vint le don de M. de Tralage, neveu de La Reynie,

qui possédoit une collection inappréciable de cartes et plans, dont

le plus précieux étoit celui de Paris par Du Cerceau, qui prit, en

passant par la bibliothèque de l’abbaye, le nom de plan de

Saint-Victor. Ce legs de M. de Tralage, fait en 1698, fut suivi en

1703 de celui du président Cousin, qui donna tous ses livres aux

Victorins. Leur bibliothèque dut être alors agrandie de plus du

double. Les 3,000 manuscrits suffisoient pour remplir l’ancienne. La

Bibliothèque Nationale, depuis 1796, en possède 1265, dont un tiers

de mss. latins. Dans le nombre est le très-curieux catalogue de la

Bibliothèque Saint-Victor par Claude de Grandrue.

Et celle du Jardin Medicinal de Pincourt, qui est ouverte seulement les Dimanches après Vepres, en faveur des Medecins, des Chirurgiens et des Apoticaires artistes; qui confèrent en même temps sur les Nouvelles Découvertes qui se font dans les Sciences Naturelles et dans les Arts qui en dépendent.

 

COLLÈGES ET LEÇONS PUBLIQUES[1].

 

[1] «Il y a d’ailleurs dans l’étendue de l’Université divers colléges

où la jeunesse est instruite à très-peu de frais, et où il y a même

des bourses fondées pour l’entretien d’un certain nombre de pauvres

étudiants.» Edit. 1691, p. 11.

 

Les Collèges où il y a exercices ordinaires des Humanitez, de la Rhétorique et de la Philosophie, sont,

Celuy de Loüis le Grand et celuy du Plessis Sorbonne[2], rue saint Jacques. Celuy des Quatre Nations sur le quay de Nesle[3], celuy de Navarre[4], celuy de la Marche[5], et celuy de Montaigu[6] à la montagne sainte Genevieve; celuy d’Harcourt[7] et celuy de Lizieux, rue de la Harpe[8]; ceux de Beauvais[9] et de Presles[10], rue saint Jean de Beauvais, celuy du Cardinal le Moine[11], rue saint Victor, et celuy des Grassins[12], rue des Amandiers[13].

 

[2] Geoffroi Du Plessis, secrétaire de Philippe-le-Long, l’avoit fondé

en 1316. Réuni à la Sorbonne en 1647, il prit le double nom qu’il a

ici. Les facultés de Théologie, des Sciences et Lettres l’occupèrent

sous l’Empire et la Restauration jusqu’à ce qu’on y eût mis l’Ecole

normale.

 

[3] C’est le collége Mazarini, dont il a été parlé plus haut:

«Messieurs de Sorbonne, ajoute l’édit. de 1691, p. 11, qui ne

tiennent point chez eux de petites classes, ont la direction de ce

collége, où ils font enseigner gratis toutes les humanités, au désir

de la fondation du feu cardinal Mazarin. Les RR. PP. Jésuites en

font de même au collége de Louis-le-Grand, rue Saint-Jacques.»

 

[4] Fondé en 1364, avec un legs de la reine Jeanne de Navarre, femme

de Philippe-le-Bel, il fut rebâti et agrandi plus tard avec le prix

de la vente de la tour de Nesle, qui appartenoit aux rois de

Navarre. Depuis l’Empire, il est occupé par l’Ecole polytechnique.

La chapelle en est curieuse. (_Rev. archéolog._, t. I, p. 192-200.)

 

[5] Il datoit de 1420. Guillaume de La Marche l’avoit fondé pour des

écoliers de sa pauvre province. Supprimé à la Révolution, il devint

une pension célèbre du quartier Latin, la pension Vattier. Les

bâtiments en ont disparu, avec une partie de la rue de la

Montagne-Sainte-Geneviève, où ils se trouvoient sous le nº 37.

 

[6] Un des plus pauvres et des plus austères colléges de Paris.

Aycelin de Montaigu l’avoit fondé en 1314, Erasme y étudia. La

maigre pitance, à laquelle on y étoit soumis, l’avoit fait appeler

Collége des Haricots, nom qui resta à la prison militaire, qu’on y

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