Le Sabotage

Emile Pouget · Chapitre 5 sur 13

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Le Sabotage

CHAPITRE IV Les procédés de sabotage

CHAPITRE IV

 

Les procédés de sabotage

 

Sur le champ de bataille qu'est le marché du travail, où les

belligérants s'entrechoquent, sans scrupules et sans égards, il s'en

faut, nous l'avons constaté, qu'ils se présentent à armes égales.

Le capitaliste oppose une cuirasse d'or aux coups de son

adversaire qui, connaissant son infériorité défensive et offensive,

tâche d'y suppléer en ayant recours aux ruses de guerre. L'ouvrier,

impuissant pour atteindre son adversaire de front, cherche à le

prendre de flanc, en l'attaquant dans ses œuvres vives: le coffre-fort.

Il en est alors des prolétaires comme d'un peuple qui, voulant

résister à l'invasion étrangère et ne se sentant pas de force à

affronter l'ennemi en bataille rangée se lance dans la guerre

d'embuscades, de guérillas. Lutte déplaisante pour les grands corps

d'armée, lutte tellement horripilante et meurtrière que, le plus

souvent, les envahisseurs refusent de reconnaître aux francs-tireurs

le caractère de belligérants.

Cette exécration des guérillas pour les armées régulières n'a pas

plus lieu de nous étonner que l'horreur inspirée par le sabotage aux

capitalistes.

C'est qu'en effet le sabotage est dans la guerre sociale ce que

sont les guérillas dans les guerres nationales: il découle des mêmes

sentiments, répond aux mêmes nécessités et a sur la mentalité

ouvrière d'identiques conséquences.

On sait combien les guérillas développent le courage individuel,

l'audace et l'esprit de décision; autant peut s'en dire du sabotage: il

tient en haleine les travailleurs, les empêche de s'enlizer dans une veulerie pernicieuse et comme il nécessite une action permanente et

sans répit, il a l'heureux résultat de développer l'esprit d'initiative,

d'habituer à agir soi-même, de surexciter la combativité.

De ces qualités, l'ouvrier en a grandement besoin, car le patron

agit à son égard avec aussi peu de scrupules qu'en ont les armées

d'invasion opérant en pays conquis: il rapine le plus qu'il peut!

Cette rapacité capitaliste, le milliardaire Rockefeller l'a blâmée…

quitte, très sûrement, à la pratiquer sans vergogne.

 

Le tort de certains employeurs, a-t-il écrit, est de ne point payer la somme

exacte qu'ils devraient; alors le travailleur a une tendance à restreindre son

labeur.

 

Cette tendance à la restriction du labeur que constate Rockefeller

—restriction qu'il légitime et justifie par le blâme qu'il adresse aux

patrons—est du sabotage sous la forme qui se présente

spontanément à l'esprit de tout ouvrier: le ralentissement du travail.

C'est, pourrait-on dire, la forme instinctive et primaire du

sabotage.

C'est à son application qu'à Beaford, dans l'Indiana, États-Unis

(c'était en 1908), se décidaient une centaine d'ouvriers qui venaient

d'être avisés qu'une réduction de salaire s'élevant à une douzaine

de sous par heure leur était imposée. Sans mot dire, ils se rendirent

à une usine voisine et firent rogner leurs pelles de deux pouces et

demi. Après quoi, ils revinrent au chantier et répondirent au patron:

«A petite paie, petite pelle!»

Cette forme de sabotage n'est praticable que pour les ouvriers à

la journée. Il est, en effet, bien évident que ceux qui travaillent aux

pièces et qui ralentiraient leur production seraient les premières

victimes de leur révolte passive puisqu'ils saboteraient leur propre

salaire. Ils doivent donc recourir à d'autres moyens et leur

préoccupation doit être de diminuer la qualité et non la quantité de

leur produit.

De ces moyens, le Bulletin de la Bourse du Travail de Montpellier

donnait un aperçu, dans un article publié dans les premiers mois de 1900, quelques semaines avant le Congrès confédéral qui se tint à

Paris:

 

Si vous êtes mécanicien, disait cet article, il vous est très facile avec deux

sous d'une poudre quelconque, ou même seulement avec du sable, d'enrayer

votre machine, d'occasionner une perte de temps et une réparation fort

coûteuse à votre exploiteur. Si vous êtes menuisier ou ébéniste, quoi de plus

facile que de détériorer un meuble sans que le patron s'en aperçoive et de lui

faire perdre ainsi des clients? Un tailleur peut aisément abîmer un habit ou

une pièce d'étoffe; un marchand de nouveautés, avec quelques taches

adroitement posées sur un tissu le fait vendre à vil prix; un garçon épicier,

avec un mauvais emballage, fait casser la marchandise; c'est la faute de

n'importe qui, et le patron perd le client. Le marchand de laines, mercerie,

etc., avec quelques gouttes d'un corrosif répandues sur une marchandise

qu'on emballe, mécontente le client; celui-ci renvoie le colis et se fâche; on lui

répond que c'est arrivé en route… Résultat, perte souvent du client. Le

travailleur à la terre donne de temps en temps un coup de pioche maladroit,—

c'est-à-dire adroit,—ou sème de la mauvaise graine au milieu d'un champ,

etc.

 

Ainsi qu'il est indiqué ci-dessus, les procédés de sabotage sont

variables à l'infini. Cependant, quels qu'ils soient, il est une qualité

qu'exigent d'eux les militants ouvriers: c'est que leur mise en

pratique n'ait pas une répercussion fâcheuse sur le consommateur.

Le sabotage s'attaque au patron, soit par le ralentissement du

travail, soit en rendant les produits fabriqués invendables, soit en

immobilisant ou rendant inutilisable l'instrument de production, mais

le consommateur ne doit pas souffrir de cette guerre faite à

l'exploiteur.

Un exemple de l'efficacité du sabotage est l'application

méthodique qu'en ont fait les coiffeurs parisiens:

Habitués à frictionner des têtes, ils se sont avisés d'étendre le

système du schampoing aux devantures patronales. C'est au point

que, pour les patrons coiffeurs, la crainte du badigeonnage est

devenue la plus convaincante des sanctions.

C'est grâce au badigeonnage—pratiqué principalement de 1902

à mai 1906,—que les ouvriers coiffeurs ont obtenu la fermeture des

salons à des heures moins tardives et c'est aussi la crainte du badigeonnage qui leur a permis d'obtenir, très rapidement (avant le

vote de la loi sur le repos hebdomadaire) la généralisation de la

fermeture des boutiques, un jour par semaine.

Voici en quoi consiste le badigeonnage: en un récipient

quelconque, tel un œuf préalablement vidé, le «badigeonneur»

enferme un produit caustique; puis, à l'heure propice, il s'en va

lancer contenant et contenu sur la devanture du patron réfractaire.

Ce «schampoing» endolorit la peinture de la boutique et le patron

profitant de la leçon reçue devient plus accommodant.

Il y a environ 2.300 boutiques de coiffeurs à Paris, sur lesquelles,

durant la campagne de badigeonnage, 2.000 au moins ont été

badigeonnées une fois… sinon plusieurs. L'Ouvrier coiffeur, l'organe

syndical de la Fédération des Coiffeurs a estimé approximativement

à 200.000 francs les pertes financières occasionnées aux patrons

par le procédé du badigeonnage.

Les ouvriers coiffeurs sont enchantés de leur méthode et ils ne

sont nullement disposés à l'abandonner. Elle a fait ses preuves,

disent-ils, et ils lui attribuent une valeur moralisatrice qu'ils affirment

supérieure à toute sanction légale.

Le badigeonnage, comme tous les bons procédés de sabotage

s'attaque donc à la caisse patronale et la tête des clients n'a rien à

en redouter.

 

Les militants ouvriers insistent fort sur ce caractère spécifique du

sabotage qui est de frapper le patron et non le consommateur.

Seulement, ils ont à vaincre le parti-pris de la presse capitaliste qui

dénature leur thèse à plaisir en présentant le sabotage comme

dangereux pour les consommateurs principalement.

On n'a pas oublié l'émotion que soulevèrent, il y a quelques

années, les racontars des quotidiens, à propos du pain au verre pilé.

Les syndicalistes s'évertuaient à déclarer que mettre du verre pilé

dans le pain serait un acte odieux, stupidement criminel et que les ouvriers boulangers n'avaient jamais eu semblable pensée. Or,

malgré les dénégations et les démentis, le mensonge se répandait,

se rééditait et, naturellement, indisposait contre les ouvriers

boulangers nombre de gens pour qui ce qu'imprime leur journal est

parole d'évangile.

En fait, jusqu'ici, au cours des diverses grèves de boulangers, le

sabotage constaté s'est borné à la détérioration des boutiques

patronales, des pétrins ou des fours. Quant au pain, s'il en a été

fabriqué d'immangeable,—pain brûlé ou pas cuit, sans sel, ou sans

levain, etc., mais, insistons-y, jamais au verre pilé!—ce ne sont pas,

et ce ne pouvaient pas être, les consommateurs qui en ont pâti, mais

uniquement les patrons.

Il faudrait, en effet, supposer les acheteurs pétris de bêtise… à

en manger du foin!… pour accepter, au lieu de pain, un mélange

indigeste ou nauséabond. Si le cas se fût présenté ils eussent

évidemment rapporté ce mauvais pain à leur fournisseur et eussent

exigé à la place un produit comestible.

Il n'y a donc à retenir le pain au verre pilé que comme un

argument capitaliste destiné à jeter le discrédit sur les revendications

des ouvriers boulangers.

Autant peut s'en dire du «canard» lancé en 1907 par un

quotidien,—spécialiste en excitations contre le mouvement syndical,

—qui raconta qu'un préparateur en pharmacie, féru du sabotage,

venait de substituer de la strychnine et autres poisons violents à

d'innocentes drogues prescrites pour la préparation de cachets.

Contre cette histoire, qui n'était qu'un mensonge,—et aussi une

insanité,—le syndicat des préparateurs en pharmacie protesta avec

juste raison.

En réalité, si un préparateur en pharmacie avait intention de

sabotage, jamais il n'imaginerait d'empoisonner les malades… ce

qui, après avoir conduit ceux-ci au tombeau, l'amènerait lui-même

en cour d'assises et ne causerait aucun sérieux préjudice à son

patron.

Certes, le «potard» saboteur agirait autrement. Il se bornerait à

gaspiller les produits pharmaceutiques, à en faire une généreuse

distribution; il pourrait encore employer pour les ordonnances les

produits purs,—mais très coûteux,—en place des produits frelatés

qui s'emploient couramment.

En ce dernier cas, il se dégagerait d'une complicité coupable…

de sa participation au sabotage patronal,—criminel celui-là!—et qui

consiste à délivrer des produits de basse qualité, d'action quasi

nulle, au lieu des produits purs ordonnancés par le médecin.

Il est inutile d'insister davantage pour démontrer que le sabotage

pharmaceutique peut être profitable au malade, mais qu'il ne peut

jamais,—au grand jamais!—lui être nuisible.

C'est d'ailleurs par des résultats similaires, favorables au

consommateur, que, dans bien des corporations,—entre autres celle

de l'alimentation,—se manifeste le sabotage ouvrier.

Et s'il y a un regret à formuler c'est que ce sabotage ne soit pas

davantage entré dans les mœurs ouvrières. Il est triste, en effet, de

constater que, trop souvent, des travailleurs s'associent aux plus

abominables frelatages qu'il soit, au détriment de la santé publique;

et cela, sans envisager la part de responsabilité qui leur incombe

dans des agissements que le Code peut excuser, mais qui n'en sont

pas moins des crimes.

Un appel à la population parisienne—dont ci-dessous est

reproduit l'essentiel,—lancé en 1908 par le syndicat des Cuisiniers,

en dit plus long sur ce sujet que bien des commentaires:

 

Le 1er juin dernier, un chef cuisinier, arrivé du matin même dans un

restaurant populaire, constatait que la viande qui lui était confiée s'était

tellement avariée, que la servir eût été un danger pour les consommateurs; il

en fit part au patron qui exigea qu'elle soit quand même servie; l'ouvrier,

révolté de la besogne qu'on voulait de lui, refusa de se faire complice de

l'empoisonnement de la clientèle.

Le patron, furieux, de cette indiscrète loyauté, se vengea en le congédiant

et en le signalant au syndicat patronal des restaurants populaires La

Parisienne, afin de l'empêcher de se replacer.

Jusqu'ici, l'incident révèle seulement un acte individuel et ignoble du

patron et un acte de conscience d'un ouvrier; mais la suite de l'affaire révèle,

comme on va le voir, une solidarité patronale tellement scandaleuse et

dangereuse, que nous nous croyons obligés de la dénoncer:

Quand l'ouvrier s'est représenté à l'office de placement du syndicat

patronal, le préposé à cet office lui déclara: qu'à lui, ouvrier, ça ne le regardait

pas si les denrées étaient ou non avariées, que ce n'était pas lui qui était

responsable; que du moment qu'on le payait il n'avait qu'à obéir, que son acte

était inadmissible et que désormais il n'avait plus à compter sur leur service

de placement pour avoir du travail.

Crever de faim ou se faire au besoin complice d'empoisonnement, voilà le

dilemme posé aux ouvriers par ce syndicat patronal.

D'autre part, ce langage établit bien nettement que, loin de réprouver la

vente des denrées avariées, ce syndicat couvre et défend ces actes et

poursuit de sa haine les empêcheurs d'empoisonner tranquillement!

 

Il n'est sûrement pas un spécimen unique dans Paris, ce

restaurateur sans scrupules qui sert de la viande pourrie à sa

clientèle. Cependant, rares sont les cuisiniers qui ont le courage de

suivre l'exemple donné.

C'est que, hélas, à avoir trop de conscience, ces travailleurs

risquent de perdre leur gagne-pain,—voire d'être boycottés! Or, ce

sont là des considérations qui font tourner bien des têtes, vaciller

bien des volontés et mettent un frein à bien des révoltes.

Et c'est pourquoi, trop peu nous sont dévoilés les mystères des

gargottes,—populaires ou aristocratiques.

Il serait pourtant utile au consommateur de savoir que les

énormes quartiers de bœuf qui, aujourd'hui, s'étalent à la devanture

du restaurant qu'il fréquente sont des viandes apétissantes qui,

demain, seront trimballées et détaillées aux Halles… tandis qu'à la

gargote en question se débiteront des viandes suspectes.

Il lui serait également utile, au client, de savoir que le potage

bisque d'écrevisses qu'il savoure est fait avec les carapaces de

langoustes laissées hier,—par lui ou d'autres,—sur l'assiette;

carapaces soigneusement raclées, pour en détacher le pulpe y

adhérant encore et qui, broyé au mortier, est finement délayé par un

coulis qu'on teinte en rose avec du carmin.

De savoir aussi: qu'on «fait» les filets de barbue avec de la lotte

ou du cabillaud; que les filets de chevreuil sont de la «tranche» de

bœuf, pimentée grâce à une marinade endiablée; que pour enlever

aux volailles la saveur «passée» et les «rajeunir» on promène dans

l'intérieur un fer rouge.

Et encore, que tout le matériel de restaurant: cuillers, verres,

fourchettes, assiettes, etc., est essuyé avec les serviettes

abandonnées par les clients après leur repas,—d'où contagion

possible de tuberculose… sinon d'avarie!

La liste serait longue,—et combien nauséeuse!—s'il fallait

énumérer tous les «trucs» et les «fourbis» de commerçants rapaces

et sans vergogne qui, embusqués au coin de leur boutique, ne se

satisfont point de détrousser leurs pratiques, mais encore trop

souvent, les empoisonnent par dessus le marché.

D'ailleurs, il ne suffit pas de connaître les procédés; il faut savoir

quelles sont les maisons «honorables» qui sont coutumières de ces

criminelles manières de faire. C'est pourquoi nous devons souhaiter,

dans l'intérêt de la santé publique, que les ouvriers de l'alimentation

sabotent les réputations surfaites de leurs patrons et nous mettent

en garde contre ces malfaiteurs.

Observons, au surplus, qu'il est, pour les cuisiniers, une autre

variété de sabotage: c'est de préparer les plats d'excellente façon,

avec tous les assaisonnements nécessaires et en y apportant tous

les soins requis par l'art culinaire; ou bien, dans les restaurants à la

portion, d'avoir la main lourde et copieuse, au profit des clients.

 

De tout ceci il résulte donc, que, pour les ouvriers de cuisine, le

sabotage s'identifie avec l'intérêt des consommateurs, soit qu'ils

s'avisent d'être de parfaits maîtres-queux, soit qu'ils nous initient aux

arcanes peu ragoûtantes de leurs officines.

Certains objecteront peut-être que, dans ce dernier cas, les

cuisiniers font, non pas acte de sabotage, mais donnent un exemple

d'intégrité et de loyauté professionnelle digne d'encouragement.

Qu'ils prennent garde! Ils s'engagent sur une pente très

savonnée, très glissante et ils risquent de rouler à l'abîme… c'est-à-

dire à la condamnation formelle de la société actuelle.

En effet, la falsification, la sophistication, la tromperie, le

mensonge, le vol, l'escroquerie sont la trame de la société

capitaliste; les supprimer équivaudrait à la tuer… Il ne faut pas

s'illusionner: le jour où on tenterait d'introduire dans les rapports

sociaux, à tous les degrés et dans tous les plans, une stricte loyauté,

une scrupuleuse bonne foi, plus rien ne resterait debout, ni industrie,

ni commerce, ni banque…, rien! rien!

Or, il est évident que, pour mener à bien toutes les opérations

louches auxquelles il se livre, le patron ne peut agir seul; il lui faut

des aides, des complices… il les trouve dans ses ouvriers, ses

employés. Il s'en suit logiquement qu'en associant ses employés à

ses manœuvres—mais non à ses bénéfices—le patron, dans

n'importe quelle branche de l'activité, exige d'eux une soumission

complète à ses intérêts et leur interdit d'apprécier et de juger les

opérations et les agissements de sa maison; s'il en est qui ont un

caractère frauduleux, voire criminel, cela ne les regarde point.

«Ils ne sont pas responsables… Du moment qu'on les paie, ils

n'ont qu'à obéir…», ainsi l'observait très bourgeoisement le préposé

de la «Parisienne» dont il a été question plus haut.

En vertu de tels sophismes, le travailleur doit faire litière de sa

personnalité, étouffer ses sentiments et agir en inconscient; toute

désobéissance aux ordres donnés, toute violation des secrets

professionnels, toute divulgation des pratiques, pour le moins

malhonnêtes, auxquelles il est astreint, constitue de sa part un acte

de félonie à l'égard du patron.

Donc, s'il se refuse à l'aveugle et passive soumission, s'il ose

dénoncer les vilenies auxquelles on l'associe, il est considéré

comme se rebellant contre son employeur, car il se livre envers lui à

des actes de guerre,—il le sabote!

Au surplus, cette manière de voir n'est pas particulière aux

patrons, c'est aussi comme acte de guerre,—comme acte de

sabotage,—que les syndicats ouvriers interprètent toute divulgation

préjudiciables aux intérêts capitalistes.

Cet ingénieux moyen de battre en brèche l'exploitation humaine

a même reçu un nom spécial: c'est le sabotage par la méthode de la

bouche ouverte.

L'expression est on ne peut plus significative. Il est, en effet

certain que bien des fortunes ne se sont édifiées que grâce au

silence qu'ont gardé sur les pirateries patronales les exploités qui y

ont collaboré. Sans le mutisme de ceux-ci, il eût été difficile, sinon

impossible aux exploiteurs de mener à bien leurs affaires; si elles ont

réussi, si la clientèle est tombée dans leurs panneaux, si leurs

bénéfices ont fait boule de neige, c'est grâce au silence de leurs

salariés.

Eh bien! ces muets du sérail industriel et commercial sont las de

rester bouche close. Ils veulent parler! Et ce qu'ils vont dire va être si

grave que leurs révélations vont faire le vide autour de leur patron,

que sa clientèle va se détourner de lui…

Cette tactique de sabotage qui, sous ses formes anodines et

vierges de violences, peut être aussi redoutable pour bien des capitalistes que la brutale mise à mal d'un précieux outillage est en

passe de considérable vulgarisation.

C'est à elle que recourent les travailleurs du bâtiment qui

dévoilent, à l'architecte ou au propriétaire qui fait construire, les

malfaçons de l'immeuble qu'ils viennent de terminer, ordonnées par

l'entrepreneur et à son profit: murs manquant d'épaisseur, emploi de

mauvais matériaux, couches de peinture escamotées, etc.

Bouche ouverte, également, lorsque les ouvriers du métro

dénoncent à grand fracas les criminels vices de construction des

tunnels;

Bouche ouverte, aussi, quand les garçons épiciers pour amener

à composition les maisons réfractaires à leurs revendications ont

avisé, par voie d'affiches, les ménagères des trucs et des filouteries

du métier;

Bouche ouverte, encore, les placards des préparateurs en

pharmacie—en lutte pour la fermeture à 9 heures du soir—

dénonçant le coupable sabotage des malades par des patrons

insoucieux.

Et c'est de même à la pratique de la bouche ouverte qu'ont

décidé de recourir les employés des maisons de banque et de

Bourse. Dans une assemblée générale, tenue en juillet dernier, le

syndicat de ces employés a adopté un ordre du jour menaçant les

patrons, s'ils font la sourde oreille aux revendications présentées, de

rompre le silence professionnel et de révéler au public tout ce qui se

passe dans les cavernes de voleurs que sont les maisons de

finance.

Ici, une question se pose:

Que vont dire de la bouche ouverte les pointilleux et tatillons

moralistes qui condamnent le sabotage au nom de la morale?

Auxquels des deux, patrons ou employés, vont aller leurs

anathèmes?

Aux patrons, escrocs, spoliateurs, empoisonneurs, etc., qui

entendent associer leurs employés à leur indignité, les rendre complices de leurs délits, de leurs crimes?

Ou bien, aux employés qui, se refusant aux malhonnêtetés et

aux scélératesses que l'exploiteur exige d'eux, libèrent leur

conscience en mettant public ou consommateurs en garde?

 

Nous venons d'examiner les procédés de sabotage mis en

œuvre par la classe ouvrière, sans suspension de travail, sans qu'il y

ait abandon du chantier ou de l'atelier; mais le sabotage ne se limite

pas à cette action restreinte; il peut devenir,—et il devient de plus en

plus,—un aide puissant au cas de grève.

Le milliardaire Carnegie, le roi du Fer, a écrit:

 

Attendre d'un homme qui défend son salaire pour les besoins de sa vie,

d'assister tranquillement à son remplacement par un autre homme, c'est trop

attendre.

 

C'est ce que ne cessent de dire, de répéter, de clamer les

syndicalistes. Mais, il n'y a pire sourds, on le sait, que ceux qui ne

veulent pas entendre,—et les capitalistes sont du nombre!

Cette pensée du milliardaire Carnegie, le citoyen Bousquet,

secrétaire du Syndicat des Boulangers parisiens, l'a paraphrasée

dans un article de la Voix du Peuple 5 :

 

[5] Dans le numéro du 21 mai 1905.

 

Nous pouvons constater, écrivait-il, que le simple fait de l'arrêt du travail

n'est pas suffisant pour l'aboutissant d'une grève. Il serait nécessaire et même

indispensable, pour le résultat du conflit, que l'outillage,—c'est-à-dire les

moyens de production de l'usine, du tissage, de la mine, de la boulangerie,

etc.,—soit réduit à la grève, c'est-à-dire au non fonctionnement…

Les renégats vont travailler. Ils trouvent les machines, les outils, les fours

en bon état,—et ce, par la suprême faute des grévistes qui, ayant laissé en

bonne santé ces moyens de production, ont laissé derrière eux la cause de

leur échec revendicatif…

Or, se mettre en grève et laisser en état normal les machines et outils, est

du temps perdu pour une lutte efficace. En effet, le patronat, disposant des

renégats, de l'armée, de la police, fera fonctionner les machines… et le but de

la grève ne sera pas atteint.

Le premier devoir avant la grève est donc de réduire à l'impuissance les

instruments de travail. C'est l'A B C de la lutte ouvrière.

Alors, la partie devient égale entre le patron et l'ouvrier, car, alors, la

cessation du travail qui est réelle, produit le but désiré, c'est-à-dire l'arrêt de la

vie dans le clan bourgeois.

Désir de grève dans l'alimentation?… Quelques litres de pétrole ou autre

matière grasse et odorante répandue sur la sole du four… Et renégats ou

soldats peuvent venir faire du pain. Ce pain sera immangeable, car les

carreaux (pendant au moins trois mois) garderont l'odeur de la matière et

l'inculqueront au pain.

Résultat: four inutilisable et à démolir.

Désir de grève dans la métallurgie?… Du sable ou de l'émeri dans les

engrenages de ces machines qui, montres fabuleuses, marquent l'exploitation

du prolétariat; ce sable fera grincer ces machines, encore plus fort que le

patron et le contre-maître, et le colosse de fer, le pondeur de travail, sera

réduit à l'impuissance et les renégats aussi…

 

C'est la même thèse qu'a effleurée dans sa brochure Le

Syndicalisme dans les Chemins de fer, le citoyen A. Renault,

employé de l'Ouest-État, thèse qui lui a valu, en septembre dernier,

d'être révoqué par le Conseil d'enquête, qui en la circonstance, a eu

figure de conseil de guerre:

 

Pour être certain du succès, expliquait Renault, au cas où la majorité des

employés de chemins de fer ne cesserait pas le travail au début, il est

indispensable qu'une besogne dont il est inutile de donner ici une définition,

soit faite, au même instant, dans tous les centres importants, au moment de la

déclaration de grève.

Pour cela, il faudrait que des équipes de camarades résolus, décidés,

coûte que coûte, à empêcher la circulation des trains, soient dès maintenant

constitués dans tous les groupes et les points importants. Il faudrait choisir

des camarades parmi les professionnels, parmi ceux qui, connaissant le

mieux les rouages du service, sauraient trouver les endroits sensibles, les

points faibles, frapperaient à coup sûr sans faire de destruction imbécile et,

par leur action efficace, adroite, intelligente autant qu'énergique, rendraient,

d'un seul coup, inutilisable pour quelques jours le matériel indispensable au

fonctionnement du service et à la marche des trains.

Il faut penser sérieusement à cela. Il faut compter avec les jaunes, les

soldats…

Cette tactique qui consiste à doubler la grève des bras de la

grève des machines peut paraître s'inspirer de mobiles bas et

mesquins. Il n'en est rien!

Les travailleurs conscients se savent n'être qu'une minorité et ils

redoutent que leurs camarades n'aient pas la ténacité et l'énergie de

résister jusqu'au bout. Alors, pour entraver la désertion de la masse,

ils lui rendent la retraite impossible: ils coupent les ponts derrière

elle.

Ce résultat, ils l'obtiennent en enlevant aux ouvriers, trop soumis

aux puissances capitalistes, l'outil des mains et en paralysant la

machine que fécondait leur effort. Par ces moyens, ils évitent la

trahison des inconscients et les empêchent de pactiser avec

l'ennemi en reprenant le travail mal à propos.

Il y a une autre raison à cette tactique: ainsi que l'ont noté les

citoyens Bousquet et Renault, les grévistes n'ont pas que les

renégats à craindre; ils doivent aussi se méfier de l'armée.

En effet, il devient de plus en plus d'usage capitaliste de

substituer aux grévistes la main d'œuvre militaire. Ainsi, dès qu'il est

question d'une grève de boulangers, d'électriciens, de travailleurs

des Chemins de fer, etc., le gouvernement songe de suite à énerver

la grève et à la rendre inutile et sans objet en remplaçant les

grévistes par des soldats.

C'est au point que, pour supplanter les électriciens, par exemple,

le gouvernement a dressé un corps de soldats du génie, auxquels

on a appris le fonctionnement des machines génératrices

d'électricité, ainsi que la manipulation des appareils et qui sont

toujours prêts à accourir prendre la place des ouvriers de l'industrie

électrique au premier symptôme de grève.

Il est donc de lumineuse évidence que si les grévistes, qui

connaissent les intentions gouvernementales, négligent,—avant de

suspendre le travail,—de parer à cette intervention militaire, en la

rendant impossible et inefficace, ils sont vaincus d'avance.

Prévoyant le péril, les ouvriers qui vont engager la lutte seraient

inexcusables de ne pas y obéir. Ils n'y manquent pas!

Mais alors il arrive qu'on les accuse de vandalisme et qu'on

blâme et flétrit leur irrespect de la machine.

Ces critiques seraient fondées s'il y avait de la part des ouvriers

volonté systématique de détérioration, sans préoccupation de but.

Or, ce n'est pas le cas! Si les travailleurs s'attaquent aux machines

c'est, non par plaisir ou dilettantisme, mais parce qu'une impérieuse

nécessité les y oblige.

Il ne faut pas oublier qu'une question de vie ou de mort se pose

pour eux: s'ils n'immobilisent pas les machines ils vont à la défaite, à

l'échec de leurs espérances; s'ils les sabotent, ils ont de grandes

chances de succès, mais par contre, ils encourent la réprobation

bourgeoise et sont accablés d'épithètes malsonnantes.

Étant donné les intérêts en jeu, il est compréhensible qu'ils

affrontent ces anathèmes d'un cœur léger et que la crainte d'être

honnis par les capitalistes et leur valetaille ne les fasse pas renoncer

aux chances de victoire que leur réserve une ingénieuse et

audacieuse initiative.

Ils sont dans une situation identique à celle d'une armée qui,

acculée à la retraite, se résout à regret à la destruction des

armements et des approvisionnements qui gêneraient sa marche et

risqueraient de tomber au pouvoir de l'ennemi. En ce cas, cette

destruction est légitime, tandis qu'en toute autre circonstance elle

serait folie.

En conséquence, il n'y a pas plus raison de blâmer les ouvriers

qui, pour assurer leur triomphe recourent au sabotage, qu'il n'y a lieu

de blâmer l'armée qui, pour se sauver elle-même, sacrifie ses

impedimenta.

Nous pouvons donc conclure qu'il en est du sabotage, ainsi que

de toutes les tactiques et de toutes les armes: la justification de leur

emploi découle des nécessités et du but poursuivi.

C'est à cette préoccupation des nécessités inéluctables et du but

à atteindre qu'obéissaient, il y a quelques années, les employés des

tramways de Lyon qui, pour rendre impossible la circulation des «cars», avec des renégats pour wattmen, coulaient du ciment dans

les aiguilles des rails.

Autant peut s'en dire également du personnel du chemin de fer

du Médoc qui se mit en grève en juillet 1908: avant de suspendre le

travail il avait eu soin de couper la ligne télégraphique reliant les

gares et, lorsque la Compagnie voulut organiser un service de

fortune il fut constaté que les organes de prise d'eau des

locomotives avaient été dévissés et cachés.

Un original procédé est le suivant, qui fut appliqué à Philadelphie

dans une grande maison de fourrures, une de ces dernières années:

avant de quitter le travail les ouvriers coupeurs furent invités par le

Syndicat à modifier la grandeur de leurs «patrons» régulièrement

d'un pouce en plus ou en moins. Chaque ouvrier suivit le conseil,

rognant ou augmentant ses «patrons» à sa guise… Après quoi, le

travail ayant cessé des «jambes noires» furent embauchés sans que

les grévistes en soient émus. Ces jaunes se mirent au travail et ce

fut un beau gâchis! Les coupeurs coupèrent… et rien ne s'accordait!

Tant et si bien qu'après avoir perdu beaucoup de dollars, le patron

fut dans l'obligation de réembaucher les grévistes… Chacun reprit

son poste et chacun redressa ses «patrons» en plus ou en moins.

On n'a pas oublié la formidable désorganisation qu'apporta au

printemps de 1909 la grève des Postes et Télégraphes. Cette grève

étonna bien des aveugles volontaires, auxquels échappent les

symptômes sociaux les plus accentués; ceux-là eussent manifesté

moins de stupéfaction s'ils avaient su que le Cri Postal, l'organe

corporatif des sous-agents des P. T. T., déclarait, dès le mois d'avril

1907:

 

Vous nous parlez coups de trique, nous répondrons coups de matraque…

Ce que vous ne pourrez jamais empêcher, c'est qu'un jour, les

correspondances et les télégrammes pour Lille aillent faire un tour à

Perpignan. Ce que vous ne pourrez jamais empêcher, c'est que les

communications téléphoniques soient subitement embrouillées et les

appareils télégraphiques subitement détraqués. Ce que vous ne pourrez

jamais empêcher, c'est que dix mille employés restent à leur poste, mais les

bras croisés. Ce que vous ne pourrez jamais empêcher c'est que dix mille

employés vous remettent le même jour, à la même heure, leur demande de

mise en disponibilité et cessent le travail légalement aussitôt. Et ce que vous

ne pourrez jamais faire, c'est les remplacer par des soldats…

 

Bien d'autres exemples seraient à citer. Mais, n'écrivant pas un

traité de sabotage, il ne peut être question d'exposer ici les moyens,

aussi complexes que variés, auxquels recourent et peuvent recourir

les travailleurs. Les quelques-uns que nous venons de rappeler

suffisent amplement pour faire saisir sur le vif les caractères du

sabotage.

 

Outre les procédés exposés ci-dessus il en est un autre,—qui

s'est passablement répandu depuis l'échec de la deuxième grève

des Postiers,—et qu'on pourrait qualifier de sabotage par

représailles.

A la suite de cette deuxième grève, des groupes de

révolutionnaires, dont les recherches de la police et du parquet n'ont

pas réussi à découvrir la filière, décidèrent de saboter les lignes

télégraphiques et téléphoniques, pour protester contre le renvoi en

masse de plusieurs centaines de grévistes. Ils annoncèrent leur

intention de s'acharner à ces guérillas d'un nouveau genre tant que

les postiers révoqués pour faits de grève, n'auraient pas été

réintégrés.

Une circulaire confidentielle envoyée aux adresses sûres que ces

groupes,—ou ce groupe,—s'étaient procurées, précisait dans

quelles conditions devait s'opérer cette campagne de sabotage des

fils.

 

Les camarades qui t'envoient ce papier, disait cette circulaire, te

connaissent si tu ne les connais pas; excuse-les de ne pas signer.

Ils te connaissent pour un révolutionnaire sérieux.

Ils te demandent de couper les fils télégraphiques et téléphoniques qui

seront à ta portée dans la nuit de lundi à mardi 1er juin.

Les nuits suivantes tu continueras sans autre mot d'ordre, le plus souvent

que tu pourras.

Quand le Gouvernement en aura assez il réintégrera les 650 postiers qu'il

a révoqués.

 

Dans une seconde partie, cette circulaire contenait un formulaire

détaillé et technique qui exposait les différentes façons de couper les

fils tout en évitant d'être électrocutés. Elle recommandait aussi, avec

beaucoup d'insistance, de ne pas toucher aux fils des signaux ni aux

fils télégraphiques des compagnies de chemins de fer et, pour

rendre impossible toute erreur, il était insisté minutieusement sur les

moyens de reconnaître les fils des compagnies de ceux des lignes

de l'État.

L'hécatombe des fils télégraphiques et téléphoniques fut

considérable sur tous les points de la France et elle se continua

sans répit jusqu'à la chute du ministère Clemenceau.

A l'avènement du ministère Briand il y eut une sorte d'armistice,

une suspension des hostilités contre les lignes télégraphiques, les

nouveaux ministres ayant laissé entrevoir comme prochaine la

réintégration des victimes de la grève.

Depuis, en diverses circonstances, certains groupes, voulant

protester contre l'arbitraire du pouvoir, ont pris l'initiative de

s'adonner à cette guerre aux fils télégraphiques et téléphoniques.

Voici, à titre documentaire, l'un des bilans d'un des groupes les plus

actifs en ce genre d'opérations:

 

Septième bilan du groupe révolutionnaire secret de la région de Joinville et

ses succursales:

Fils télégraphiques et téléphoniques coupés pour protester contre

l'arrestation arbitraire du camarade Ingweiller, secrétaire de l'Union syndicale

des ouvriers sur métaux, les poursuites scandaleuses engagées contre le

comité de grève du Bi-Métal et les condamnations prononcées le 25 juillet

1910.

Opérations faites par le comité révolutionnaire secret de la région de

Joinville et le comité de Seine-et-Oise du 8 au 28 juillet 1910:

Région de Montesson, le Vésinet, Pont du Pecq 78 lignes

25 juillet.—Route de Melun à Montgeron 32 —

25 juillet.—Route de Corbeil à Draveil. 24 —

28 juillet.—Ligne du P.-L.-M. (Porte de Charenton) 87 —

Total 221 lignes

Report des 6 précédents bilans. 574 —

Total 795 lignes

 

Jusqu'ici, nous n'avons envisagé le sabotage que comme un

moyen de défense utilisé par le producteur contre le patron. Il peut,

en outre, devenir un moyen de défense du public contre l'État ou les

grandes compagnies.

L'État—à tout seigneur tout honneur!—en a déjà pâti. On sait

avec quelle désinvolture il exploite les services publics qu'il a

englobés. On sait aussi que les voyageurs du réseau de l'Ouest

sont, entre tous, les plus mal lotis. Aussi, à bien des reprises, un

vent de colère a-t-il passé sur eux et il y a eu alors, en une crise de

révolte, fusion des classes contre l'État maudit.

Nous avons assisté à un rude sabotage de la gare St-Lazare…

mais ce ne fut qu'un geste d'exaspération impulsif et momentané.

Or, voici qu'un syndicat de «défense des intérêts des voyageurs»

vient, à fin août dernier, de se constituer et, dès sa naissance,

convaincu de l'inanité des moyens légaux, il a (dans une réunion

tenue à Houilles) affirmé sa volonté de recourir, pour obtenir

satisfaction, à tous les moyens possibles et imaginables et s'est

déclaré partisan d'un sabotage intensif du matériel.

C'est preuve que le sabotage fait son chemin!