Le théâtre des aveugles

Adar Karagöz · Chapitre 4 sur 6

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Le théâtre des aveugles

Chapitre III

 

Deux existences distinctes (un père et une fille, et même un prêtre et un amoureux) sont dans un désespoir où ils se débattent pour gagner du temps, stupéfaits de pouvoir être visibles d’autrui. Or, les regards mélancoliques, les propos hachés, le sourire froid et distrait de la fille du prêtre me venaient sans arrêt à l’esprit, c’est pourquoi j’avais en réalité très envie d’aller voir le prêtre. Pour autant que je me rappelle et que je me représente la maison, il me semblait que la fille me regardait avec des yeux froids et engourdis derrière les volets fermés. Je n’ai pas pu résister davantage, je me suis mis à marcher vers la maison, après une semaine…

…………..

Je me tenais immobile comme du poison devant cette maison, alors que les gens les plus simples vivent cela. Mon regard s’est engourdi, mais mes yeux étaient encore plus vivants, mais qui avaient le désir d’entrer dans la maison depuis le devant du jardin. J’avais la tête prise et ce chemin était venu depuis très loin. Ces pensées ont été arrachées des mondes mystérieux, terrifiants, sordides et seuls en arrivant, et il était évident qu’elles avaient vécu plus de choses que moi. Or, il aurait fallu qu’elles soient silencieuses.

Pourquoi est-ce qu’il y a maintenant autant de voix au tréfonds de mon cerveau ?

………….

À quel point les gens désirent-ils dire deux mots dans cet air frais, en ayant des attentes ? Je vois, les secrets de la journée se cachent et continuent même à rire. Est-ce que tu n’entends pas ? Non, tu ne peux pas, ce sont ceux qui ont des attentes de conversations secrètes. C’est pour fuiter en attendant de l’intérieur dans les moments les plus faibles.

……………

Je déambule désormais dans le jardin. Celui-ci a depuis longtemps abandonné les faux éclats de rire restants de cette nuit. Je peux jurer qu’il a un aspect plus naturel et sobre lorsqu’il n’y a pas de gens. Elle est assise à une petite table sur le côté de la porte du jardin, avec le livre sacré qu’elle tient devant elle comme un emprunt. Je progresse lentement vers là où elle se trouve.

— Bonjour, j’ai été vraiment surpris de votre effort de vous débarrasser par la religion de la bohème se trouvant sur vous. Je n’avais pas deviné que vous étiez aussi amoureuse et que vous souffriez autant. — Que faites-vous ici ?

— J’ai eu une conversation interrompue avec votre père. Je suis venu pour lui, mais je suis surtout venu parce que je suis curieux de vous. Comment allez-vous depuis ce jour ?

— Mon père a désormais appris tout ce que vous avez dit à un moment être secret. Je suppose que quelqu’un est venu lui raconter il y a quelques jours. Depuis ce jour, mon dos déjà courbé s’est effrité sous le poids…

Elle a raconté, les yeux humides, ce qui s’était passé jusqu’à ce moment, elle s’est ensuite mouchée fermement, elle s’est transformée en quelqu’un d’autre et a poursuivi son discours :

— Est-ce que vous ne voyez pas à quel point ça fait fondre secrètement ? Comment cela me fait terriblement mal à l’intérieur, en ce qui reste de moi ? Tu es en train de crier à côté d’un puits pendant que le monde dort, tout le monde l’écoute comme une berceuse. Le temps tourne dans mon cœur et une voix inconnue me demande dans les profondeurs de ma raison : « Est-ce que tu as le cœur de pouvoir supporter ceci ? ». — Il y a la colère de l’orgueil dans les courbes de son âme, il faut éloigner des gens qui veulent t’utiliser chaque fois sous le nom de l’innocence et de l’honnêteté. Pendant que tu t’attristes au nom des choses que tu as perdues, les gens ordinaires dont les sentiments changent sans arrêt comme une saison printanière, t’ont jugée et jetée à la poubelle depuis longtemps. N’oubliez pas, ces terres donnent raison à la majorité. Personne ne ressent le besoin de demander qui a raison s’il a trouvé la force en face de soi. Pendant que le jugement est fait de la façon la plus humiliante, tu ne peux pas être dans une autre position où tu vas participer ou être rejetée de ce processus imbécile. Si tu as réfléchi au point de pouvoir voir cette situation, et que tu as finalement réalisé le monde dans lequel tu vis, tu comprendras alors comment ton âme t’est extirpée pièce par pièce. De nombreuses personnes qui se sont crues être autant de pierres ont lutté avec ces foules. Elles ont toutes fini par sombrer par la folie au beau milieu de leur être. Si tu te rebelles, que tu vas peut-être à leur côté, que tu cries ce que tu ressens, ils vont tous se taire jusqu’à ce que ta colère s’apaise ou que tu quittes les lieux, mais ce silence ne vient pas de la honte. Ce n’est pas autre chose que la malignité des lâches. Disons que ton orgueil s’est adouci, et que l’affection a même remplacé toutes tes autres pensées restantes. À ce moment, tout ce que tu auras fait, chaque pas que tu auras jeté et chaque mot que tu auras dit seront considérés comme de la vengeance. L’affection est une insulte pour les gens faibles parce qu’elle rappelle la petitesse si tu n’es pas une mère. En bref, ces gens sont toujours un danger pour toi, car ils ont eu tout un moment et ils n’ont rien actuellement. C’est pourquoi, plutôt que de te transformer en pierres, il faut que tu choisisses avec discernement les moyens de te joindre. De cette façon, ceux qui veulent te joindre seront purifiés de toutes leurs charges pour y arriver. Sans défense, nus, exactement comme au moment de leur naissance ou de leur mort… — Le monde serait donc profond, n’est-ce pas ? Un désespoir me saisit au milieu de la nuit et il me dit que cette solitude est plus profonde que l’impasse dans laquelle je tombe pendant la journée. Regarde, je n’ai pas compté combien de fois, mais tu viens à chaque fois me murmurer à l’oreille des récits d’amour au nom de la mort, et tu me dis ensuite de me sauver. Tu dis parfois que le fait de souffrir davantage va me sauver. Est-ce que tu te moques de moi ? Je souffre seulement, et j’ai très honte… — Les prêtres disent que la plus grande souffrance est celle de Dieu, tu sembles aujourd’hui avoir de la foi, ton père au moins ne t’aura pas privée de ces formations. Il faut que tu trouves un motif pour alléger ta souffrance, tends la main vers sa souffrance. Ah, regarde, en parlant de Dieu, ton père est apparu finalement de l’autre côté du jardin. — Ne va surtout pas lui dire quelque chose à mon sujet !… — Tu es le bienvenu, fils.

— Bonjour, Prêtre, il m’a fallu un peu de temps pour venir, mais je m’occupais des écrits de mon ami. C’est toute une histoire concernant les années de guerre.

— Ah bon ? Les années de guerre ?

— C’est malheureusement le cas, je ne peux pas dire que j’ai beaucoup apprécié, mais la vie nous fait parfois faire des choses qu’on n’apprécie guère !

— Est-ce qu’il y a quelque chose que tu apprécies dans cette vie ? — J’apprécie ceux qui se nourrissent de leur peur, qui vomissent leur colère à leurs dieux, qui ont oublié leur propre image, qui vivent comme s’ils avaient détruit le moment, et ceux qui ont été oubliés. Mes favoris sont tout particulièrement ceux qui perdent de façon spectaculaire face aux petits événements. En effet, aucun de ceux que j’apprécie ne ressemble à votre sentiment d’affection.

— Fils, l’affection comporte de nombreux sentiments en son sein ! C’est le début d’être compréhensible. C’est la partie lumineuse de l’être humain. — Finalement, une partie de l’existence humaine est toujours obscure, cette salle n’est pas autre chose que quatre murs où les solitaires peuvent d’abord s’abriter. L’insécurité est la seule nourriture que ces personnes solitaires prennent chaque jour. Leurs découvertes commencent avec la recherche des lieux qui ne sont pas désirables pour les gens qui aiment les foules. Un jeu de suspicion commence entre la conscience et l’ego lorsque l’on est complètement emprisonné en soi. C’est du moins le cas pour moi, il m’est impossible de me rendre compréhensible. Mais le sentiment de la projection est beaucoup plus intense que celui de la solitude.

La fille du prêtre qui avait écouté nos conversations en spectatrice avait littéralement transpiré face aux réponses que j’avais données. Je donnais un peu aussi ces réponses pour elle en réalité. La possibilité même qu’un individu comme moi devienne son ami pouvait indisposer son père au plus haut degré selon elle. Mais sa diminution jusqu’à devenir littéralement invisible face à son père me faisait plaisir. En même temps, je savais que toutes les réponses que j’avais données allaient l’entraîner rapidement vers sa solitude. Quel dommage que les âmes fragiles ne se brisent pas en une seule fois en deux par leur milieu, pour que l’on puisse voir l’âme faible se trouvant en eux-mêmes !

Son père s’est mis à faire quelques pas devant moi pour marcher un peu avec moi, sa fille a demandé congé pour rentrer dans sa chambre. Mes pensées erraient autour de la fille, et mes pas derrière le prêtre… Chaque conversation qui a suivi est restée crue, comme le fruit précoce d’un sujet que je n’allais pas écouter… Je n’ai pas écouté. Une discussion beaucoup plus importante avait déjà commencé dans ma tête :

«  Je regarde avec surprise les actes qui sont nés par les souffrances de l’esprit. Il y avait un sujet que j’avais rencontré il y a peu de temps dans mes lectures, je ne savais pas exactement où ni comment. Il paraît que les gens dont des extrémités ont été arrachées continuent de souffrir même après cela, malgré l’absence d’un phénomène physique pouvant observer la permanence de la situation de la souffrance ou d’un signal qui irait au cerveau. Est-ce que l’être humain ressent la même souffrance lorsqu’il perd un être cher ou lorsqu’il lui est arraché ? Je dois changer les points focaux de mes réflexions, j’ai besoin de l’assistance d’une voix tout autre, ce n’est pas comme des voix qui seraient l’annonce du printemps, mais plutôt comme une voix humaine qui irriterait l’oreille humaine. » Mes attentes ont commencé à écraser mes sentiments avec une impatience incompréhensible. Et puis, pourquoi est-ce que la fille souligne qu’elle m’a vu à de nombreuses reprises ? Il va falloir que je soulève ce sujet la prochaine fois. Quoi qu’il en soit, je dois maintenant sortir de cette maison !

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J’ai passé les quelques semaines suivantes dans la maison, à réfléchir sur les périodes sorties de ma mémoire, avec les livres que je me suis réservés et l’armoire à pharmacie de Hrant. Je suis allé seulement quelques fois à la bibliothèque, juste comme aujourd’hui, la routine de prendre des nouveaux livres en rendant les anciens d’abord était plus ennuyeuse. Un nouveau avait commencé à travailler, je ne peux pas dire qu’il me soit très sympathique, il faut dire que c’est également un sujet de discussion que de me demander si j’avais considéré quoi que ce soit qui me fut sympathique dans mon existence. Je ne pouvais cependant pas vaincre ma curiosité, quelle était la situation actuellement dans cette maison, cette curiosité prenait beaucoup trop de place de façon superflue dans mon ordre du jour, et j’aurais pu parler juste pour cela une heure de plus avec le prêtre. C’est pourquoi j’allais aller de nouveau ce soir là-bas. Je devais cependant d’abord rentrer à la maison, je pense que Hrant doit descendre en ville pour une semaine, ou quelque chose de ce genre, je ne me rappelle pas très bien. Je prendrai ainsi au moins le thé de 17 heures avec lui.

Le fait que tous les volets soient fermés attire mon attention lorsque j’arrive à la porte du jardin de la maison. Est-ce que par hasard cet homme allait partir le matin ? J’étais désormais convaincu qu’il n’y avait personne à la maison lorsque j’ai ouvert la porte. Les sols étaient lavés, même la vaisselle avait été lavée à la cuisine. Il avait de nouveau laissé quelques écrits sur la petite table du salon pour moi, et il était parti. Au lieu de m’attrister de ne pas l’avoir vu avant son départ, je me suis plaint d’avoir de nouveau du travail à faire pour le lendemain. Cependant, le calme de la maison m’a plu. Le fait qu’il n’y ait personne, que tous les échos proviennent de moi m’a fait plaisir. Je suis monté dans ma chambre et je me suis débarrassé de mes charges. Je me suis versé une coupe de vin, je désirais jouir de l’après-midi. Je ne m’énerverai même pas en corrigeant ses écrits s’il m’a laissé un vin de qualité.

Il y avait littéralement un trésor gisant dans l’armoire en bois de la cuisine, il ne faut pas s’étonner que cet homme soit aussi sentimental ! Il semblerait que du vin coule des sentiments de Hrant chaque nuit. Pourquoi est-ce qu’il y en a autant ?

J’en ai choisi un au hasard parmi eux, avec une ignorance typique, je suis descendu au jardin. Je me suis assis seul pendant assez longtemps dans le jardin, j’essayais de jouir de l’existence avec ces cadeaux donnés par mon ami. Si quelqu’un me voyait ainsi, il penserait que je jouissais des fruits d’un long investissement, mais la vérité est quelque chose de honteux pour quelqu’un de normal. J’ai arrêté depuis longtemps de ressentir de la honte, je pense que cela a quelque chose à voir avec mon vieillissement précoce. Depuis que j’ai appris à maîtriser mes vérités que je crois mélancoliques et depuis longtemps perdues, j’ai l’âme d’un vieux radoteur. Cela remonte à très longtemps. Je choisis au hasard l’un des écrits de Hrant ;

À l’attention de la revue Lire

Est-ce qu’un phénomène susceptible de satisfaire la nostalgie de

l’existence est possible ?

L’attitude pauvre de mes nostalgies vit au beau milieu de mes pensées me

poussant vers le vide, me laissant dans un coin.

J’étais prêt en réalité depuis longtemps à être oublié, si les questions

pleines de curiosité des personnes dont je ressentais l’habitabilité et avec

lesquelles je m’étais divisé n’avaient pas retenti à mes oreilles. Mais ils

répètent chaque jour : « Qu’est-ce que tu vas faire maintenant au beau

milieu de cette solitude ? »

Tout ce qui a été vécu a déjà pris sa place dans ma mémoire, avec les

souvenirs dans lesquels je me suis divisé, de façon à devenir un jour un

sourire.

Un passé qui n’est pas purifié de la honte en raison des registres anciens

règne sur mon lendemain. Je me demande maintenant à moi-même : « À

quoi est-ce que je devrais maintenant m’éveiller pour le prochain… ? »

Sans ressentir le besoin de rechercher quoi que ce soit, sans être obligé

de porter une seule fois les costumes ou les masques, en marchant dans

le chemin sans précipitation et en pensant juste pour une fois à ceux qui

vont venir et non à ceux qui sont partis…

Non, c’est différent cette fois, il faut cette fois se renfermer dans les

maisons.

Les souvenirs sont cachés là-bas, dans une chambre, une femme dans

cette chambre, d’une profondeur qui ne peut s’abriterque dans la

poitrine d’une femme, avec peut-être une affection maternelle.

Qui accueille en son sein tous ceux qui sont assoiffés ; mais à ce

moment, pourquoi est-ce que tous ont des yeux morts ?

Ce cri jaillira dans l’éternité humaine, autant que l’indicible des

personnes qui portent l’espoir de trouver l’existence de nouveau.

Je regarde désormais l’état le plus cauchemardesque de la peur à

l’impasse du lendemain ou c’est peut-être la délivrance de ces vents

violents…

Intéressant ! C’est un écrit différent des autres. Ou alors, je peux dire que j’ai beaucoup bu. On dirait qu’il y en a encore beaucoup comme ça parmi les papiers, et puis je pense que c’est la suite d’un moment qu’il a écrit. Cela va attirer l’attention de la fille du prêtre. Je saisis la suite du roman interrompu avec le vide sentimental créé par le vin sur moi, et je me dirige dans la précipitation vers la maison du prêtre.

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