Le vétérinaire volant
Chapitre VIII: Baignade Tragique : Un Hippopotame S’endort…
CHAPITRE VIII
BAIGNADE TRAGIQUE :
UN HIPPOPOTAME S’ENDORT…
BIEN que les soins à donner aux animaux exotiques exercent une fascination sans bornes, ce n’est pas tous les jours qu’un vétérinaire doit faire face à un drame tel que celui de Cuddles. Néanmoins, ce qui peut débuter comme un simple travail de routine (pour autant qu’une telle expression corresponde au travail d’un vétérinaire de zoo !) se transforme parfois en situation catastrophique requérant une action rapide pour sauver un animal précieux.
C’est ainsi qu’un nouvel hippopotame, Hercule, arriva un après-midi au zoo de Manchester, dans une caisse massive de grosses planches bardées de fer. L’hippopotame n’est pas un animal à traiter avec légèreté ! Il peut se jeter en avant ou pivoter sur ses pattes de derrière avec une remarquable agilité ; il est aussi difficile à stopper qu’un char d’assaut quand il charge, et il mord assez fort pour vous broyer un membre.
Afin de nous l’expédier en toute sécurité, le zoo de Whipsnade qui, à cette époque, avait une plus grande expérience que nous en la matière, avait injecté à Hercule une dose de phencyclidine, et recommandé qu’une nouvelle piqûre lui soit donnée juste avant qu’on le sorte de sa caisse. On craignait que l’hippopotame, facilement irritable, n’émerge de la caisse à la vitesse d’un train express et ne se fraie un chemin, à travers murs et obstacles divers, jusqu’au centre de la ville.
Le dessus de la caisse fut retiré. Escaladant la paroi, je pus jeter un œil sur la peau fumante du gros hippopotame. Il semblait assez calme, ne montrait aucun signe d’agitation ni aucune somnolence due au sédatif. Je n’avais jamais déchargé d’hippopotame avant celui-ci. Personnellement, j’aurais volontiers incliné à négliger la seconde piqûre de phencyclidine ; mais Whipsnade avait fortement insisté sur ce point. Ils avaient même expédié la dose exacte à injecter.
Je remplis la seringue, me penchai sur le bord de la caisse et plantai ma plus robuste aiguille dans la fesse de l’hippopotame. Hercule réagit vivement en me coinçant le poignet contre la paroi de bois. J’étais pris au piège. Hercule maintenait la pression de tout son poids ; puis il se mit à remuer l’arrière-train, broyant ma main prisonnière. Je me mordis les lèvres et frappai vainement de l’autre main le derrière d’Hercule. Il ne consentit à s’écarter qu’au bout de quelques minutes et je retirai ma main gonflée, engourdie, noire et horriblement éraflée. Il y a quinze ans de ça et une partie de mon poignet est toujours insensible.
Un quart d’heure après la piqûre, Hercule se tenait toujours debout mais ses oreilles s’affaissaient un peu et un filet de salive pendait de sa mâchoire. Je décidai de le laisser sortir. On déboulonna la porte blindée, la porte de derrière pour le faire sortir à reculons et l’empêcher ainsi de charger. Hercule ne bougea pas. On eut beau faire, lui taper sur le nez avec un bâton, lui offrir de la nourriture ou lui claquer les fesses, il n’avait aucune envie de passer la marche arrière. Avec mille précautions, on ouvrit donc la porte de devant. Hercule regarda fixement le lieu où il allait vivre désormais, renifla avec dédain et cligna des yeux avec un air endormi.
Puis, il aperçut le bassin d’eau tiède préparé pour lui et la buée légère qui montait de sa surface scintillante. D’un pas pesant, Hercule se mit en marche. Il sortit de sa caisse, s’arrêta une seconde, puis se dirigea lentement vers le bassin. Il descendit la rampe placée sur le côté, presque sur la pointe des pieds, renifla l’eau, la trouva sans doute à sa convenance et, gracieusement, se laissa glisser dedans. A travers l’eau claire, pas encore souillée de ses déjections, on le vit se poser doucement sur le fond, et, là, s’endormir en paix.
La seconde dose de phencyclidine et l’effet calmant du bain chaud comportaient un risque mortel. Un hippopotame conscient peut retenir plusieurs minutes sa respiration sous l’eau, mais il doit remonter de temps en temps à la surface pour respirer. Les choses risquaient d’être bien différentes avec un hippopotame sous narcose. Et si Hercule inhalait gaiement une bonne quantité d’eau tandis qu’il rêvait au fond de son bassin ? Je ressentis une seconde d’angoisse.
« Je crois qu’il dort ! criai-je aux gardiens qui m’entouraient. Des cordes, vite ! ou nous aurons des ennuis !… »
Les hommes se précipitèrent. Le directeur du zoo resta avec moi pour surveiller la silhouette allongée à un mètre au-dessous de la surface de l’eau. Quand les cordes arrivèrent, Matt Kelly et moi fîmes la seule chose à faire : sauter à l’eau après nous être déshabillés presque entièrement. Il n’est pas facile de trouver son chemin sur une anatomie d’éléphant quand on n’a pas de lunettes de plongée et qu’on tire une lourde corde derrière soi. Je revins vite à la surface et discutai rapidement d’un plan d’action avec Matt.
« Essaie de lui passer une corde autour des pattes de derrière, Matt ; moi, je vais tenter de lui en mettre une autour du cou… »
Matt plongea de nouveau et je le suivis de près. Hercule somnolait toujours, sans se soucier de ces visiteurs qui se débattaient maladroitement dans sa chambre aquatique. Je ne me risquerais pas à faire pareille chose avec un hippopotame éveillé ! Après maints efforts et plusieurs retours à la surface, les cordes furent à peu près placées où nous voulions. J’ordonnai aux gardiens de haler ; à mon grand soulagement, Hercule sortit du bain, un peu moins gracieusement que Vénus, toutefois… Ses grosses narines se dilatèrent dès que sa tête creva la surface et il souffla doucement. Ses yeux étaient mi-clos, et le sourire habituellement sinistre de l’hippopotame semblait s’être adouci.
Il était impossible de tirer à terre la lourde bête. Nous n’étions pas assez nombreux et les hippopotames n’offrent pas de prises faciles. De plus, je craignais que les cordes ne blessent le cou et les côtes d’Hercule. Dans l’eau, il pesait beaucoup moins ; nous n’avions donc qu’à passer des cordes sous son ventre et à le maintenir à la surface jusqu’à ce qu’il se réveille. Pour soutenir sa tête en l’air, on l’entoura de serviettes qu’on relia à un palan. Affublé de la sorte, Hercule semblait souffrir d’une rage de dents et avoir trop abusé de la bouteille pour soulager sa douleur.
Au bout de quelques heures, Hercule commença à s’agiter sur son berceau de cordes. Il ouvrit grand les yeux et regarda l’étrange scène d’un air sombre. Quand il se rendit compte que le bandage de serviettes l’empêchait de mastiquer, il s’énerva ; j’en conclus qu’il était suffisamment revenu à lui pour se tirer d’affaire tout seul.
Dès qu’on le détacha, il se réfugia au fond de son bassin et, de cette retraite sûre, il nous jeta un regard sinistre. Quelques minutes plus tard, je le vis refaire surface pour respirer profondément. Hercule était en parfaite condition !
Vraiment parfaite !
Il se prit d’amour pour son bassin placé dans une imitation de jungle tropicale, avec cascades, petites îles et végétation luxuriante. Son arrivée fut cependant désastreuse pour quelques autres habitants de cette jungle made in Manchester : des tapirs, des capibaras (rongeurs géants de plus d’un mètre de long) et une foule d’oiseaux exotiques. Hercule se mit à les traquer et, si possible, à les dévorer. Il jouait les crocodiles, se tenant sous la surface de l’eau, noire maintenant à cause de ses déjections, et utilisant ses yeux protubérants comme des périscopes miniatures. Quand un tapir descendait boire ou qu’un oiseau se posait sur un rocher au bord de l’eau. Hercule glissait lentement vers eux, en vrai sous-marin pirate. Il chargeait, quand il n’était plus qu’à quelques centimètres de sa proie et, la saisissant, la broyait dans l’étau puissant de ses mâchoires.
Alors, Hercule se régalait jusqu’à ce que rien ne reste. Pour un végétarien, il adorait la viande, et il l’adore toujours. Quelquefois, quand il est affaibli, je me mets sur les rochers qui bordent le bassin et lui lance des pâtés farcis de vitamines et de remontants. Je dois surveiller attentivement la paire d’yeux brillants qui dépassent à peine de l’eau et s’avancent vers mes pieds avec une lente détermination. Dans ces moments-là, je recule sans honte.
Hercule, semble-t-il, aurait aimé goûter un peu de viande de vétérinaire, sans doute pour rompre la monotonie du régime quotidien. C’est peut-être la même raison qui pousse les animaux de zoo à avaler des objets insolites. Parfois, il s’agit d’un simple accident ; dans d’autres cas, il s’agit d’actes volontaires et, à l’état sauvage, l’otarie se promène sans danger avec des cailloux dans l’estomac. Ces pierres servent de lest et permettent à l’animal de mieux plonger, exactement comme les ceintures lestées de plomb des hommes-grenouilles. De fait, les espèces qui plongent le plus profondément ont tendance à emporter plus de pierres que les espèces vivant sur les bas-fonds.
En captivité, cette habitude naturelle et limitée d’avaler des cailloux peut se dérégler. Quand les otaries sont mises dans de l’eau douce, sans sel à proximité, notamment si on les place dans un simple bassin creusé dans le sol, elles peuvent tenter de satisfaire leur besoin de sel en avalant des pierres et de la terre. Pour éviter cela, je m’arrange pour qu’on ajoute du sel de table aux repas de poisson des otaries confiées à mes soins.
Malheureusement, il m’arrive encore de voir les tristes résultats de cette manie d’avaler des pierres. Une otarie d’un « Safari » d’Angleterre mourut brusquement après une longue période de troubles alimentaires. Pendant des mois, elle avait montré un bel appétit qu’elle perdait après avoir mangé un ou deux poissons. Puis, comme si elle avait dîné dans un restaurant chinois, elle réclamait de nouveau une demi-heure après. Les propriétaires ne s’inquiétaient pas car l’animal semblait prendre du poids.
Ce n’était que trop vrai !
Quand je vis le cadavre, il avait un ventre rondouillet qui devait être plein de graisse. Je commençai l’autopsie et, dès les premiers coups de scalpel, je me trouvai devant un spectacle effarant. En réalité, l’otarie était maigre et dénuée de toute réserve de graisse. L’estomac, qui se niche sous la cage thoracique et est habituellement de la forme et de la taille de celui de l’homme, était horriblement distendu. Il emplissait l’abdomen, écrasant le foie, les reins et les intestins. Il débordait de partout, plongeait dans la queue ; je n’en voyais pas la fin. Il se prolongeait dans le bassin où seule la vessie restait visible. Et, dans cet estomac, il n’y avait que des cailloux, des centaines et des centaines occupant tout l’espace possible et dilatant l’estomac au point de rendre la paroi aussi mince que du papier à cigarette. On retira les cailloux : ils emplissaient trois seaux et pesaient près de vingt kilos. Ce fut le pire cas de corps étrangers que je vis jamais.
Il y avait au Safari d’autres otaries du même âge que la victime et… sait-on jamais ?… Les animaux paraissaient en pleine forme et prenaient un plaisir visible à présenter aux visiteurs leurs étonnants numéros d’équilibre ; j’avais pourtant bien envie de les passer tous aux rayons X pour m’assurer qu’aucun d’eux ne transportait de pierres dans son estomac. J’interrogeai leur dresseur pour savoir s’il avait remarqué quelque symptôme anormal. Il réfléchit un moment avant de secouer la tête.
« Non, je ne vois pas… » Il s’interrompit, fronça les sourcils, puis reprit : « Mimi !… Elle est un peu comme Otto, le mâle qui est mort : elle a toujours faim mais elle est vite rassasiée. »
Je me dirigeai vers Mimi qui se tenait avec élégance sur son tabouret. Elle me renifla avec méfiance, puis frappa ses nageoires devant elle dans l’espoir d’une friandise. Le dresseur l’appela ; Mimi se laissa glisser du tabouret et se traîna vers le baquet de poissons. A son passage, j’entendis un bruit doux et inhabituel, évoquant le clapotis de l’eau sur une plage de gravier, le roulement des cailloux sur eux-mêmes. Il y avait trop de bruit venant des autres otaries et des visiteurs pour bien entendre ; j’ordonnai donc de transporter Mimi dans le calme de l’infirmerie. Là, j’écoutai de nouveau. Quand Mimi bougeait, on entendait distinctement le bruit de gravier. Je caressai l’otarie pour m’en faire une amie, puis lui pressai doucement l’estomac. Scrrrrrach ! J’avais l’impression de plonger la main dans un sac de billes : Mimi était pleine de cailloux !
L’otarie est, avec la girafe, l’animal le plus difficile à anesthésier. Chez elle, c’est sa faculté de retenir sa respiration, comme en plongée, qui crée des problèmes avec les gaz anesthésiants. Je résolus néanmoins de l’opérer. Ouvrir l’estomac d’un chien pour en retirer des objets avalés est une intervention banale, sans grande difficulté ; la chose est beaucoup plus compliquée quand il s’agit de l’otarie. Il existe un risque d’infection post-opératoire dû à la peau qui sert d’habitat à toutes sortes de bactéries sournoises. Pour le chirurgien lui-même, le contact avec cette peau ou d’autres tissus recèle un danger si ses gants de caoutchouc sont percés ou s’il a des coupures aux mains. Ces microbes, inoffensifs pour la peau de l’otarie, peuvent causer de graves maladies aux cochons et aux dauphins, et déclenchent chez l’homme une déplaisante dermatose des doigts connue de longue date par des générations de baleiniers et de chasseurs de phoques.
De l’estomac de Mimi, je retirai une à une 124 pierres pesant au total près de 8 kilos. Pas étonnant qu’elle ait été affamée, puisqu’elle n’avait plus de place pour loger un vrai repas ! Quand elle fut recousue, Mimi était beaucoup plus mince. Je fus heureux de la voir manger un solide déjeuner, deux kilos de harengs, quelques jours après que les sutures s’étaient cicatrisées et qu’elle avait pu abandonner son régime de convalescence, du bouillon de poisson.
D’autres animaux ont avalé des objets insolites : tel cet éléphant du parc Belle-Vue qui engloutit un jour un parapluie et ne sembla pas le moins du monde incommodé par les pointes des baleines. Par contre, une veste de laine fut trop indigeste pour un bon gros vieil éléphant de mer du zoo de Cleethorpes : il mourut étouffé.
Il n’est pas toujours nécessaire d’ouvrir l’abdomen pour atteindre l’estomac. De plus en plus, et notamment pour les dauphins, redoutables avaleurs de bric-à-brac, nous employons un ingénieux appareil mis au point pour explorer profondément l’intérieur de l’homme. Il s’agit du gastroscope Olympus, à fibres optiques, appareil très cher qui fait merveille et qu’il suffit d’enfoncer simplement, et sans anesthésie, dans la gorge de l’animal. Mince et flexible, il comporte une forte source lumineuse, une tête optique mobile, un tube d’arrivée d’eau, un autre d’air pour gonfler les organes à inspecter et un assortiment d’outils spéciaux.
En regardant par l’oculaire, on voit, agrandi et en couleurs, chaque recoin de l’estomac ; on peut descendre plus bas, dans l’intestin et remonter, même, dans le canal biliaire. La tête optique peut être inclinée pour explorer derrière les anses. Les instruments chirurgicaux miniaturisés, glissés le long du tube, permettent de cautériser des ulcères, faire des biopsies, saisir des objets avec des boucles ou des pinces. Dilatés par l’air venu du gastroscope, l’estomac et les intestins deviennent des cavernes fascinantes, des grottes dans lesquelles, grâce aux instruments télécommandés, nous pouvons partir à la recherche d’objets avalés ou d’organes malades.
Cet instrument nous a permis de prendre la première photo en couleurs de l’intérieur d’un dauphin vivant. Depuis nous avons constitué des archives de diapositives sur les différentes bactéries, les champignons et les divers autres agents pathogènes qui peuvent affecter les trois estomacs de nos amis les cétacés.
Un des premiers malades sur lequel on utilisa le gastroscope à fibres optiques fut Brandy, talentueuse vedette du spectacle de dauphins à Palma Nova, Majorque. Un jour, sans raison apparente, Brandy avala un des anneaux de plastique souple, de quinze centimètres de diamètre, avec lequel il jouait dans son numéro. L’anneau tomba dans son estomac et y resta. Tout d’abord, il ne se passa rien. Brandy continuait à manger et à travailler normalement. Mais les puissants acides de son estomac rongeaient lentement le plastique et transformaient l’objet souple et lisse en un objet dur et râpeux.
David Mudge, directeur du Marineland et un de mes vieux amis, s’inquiéta de ne pas voir l’anneau rejeté comme il l’avait espéré Le plus grave, c’est que Brandy cessa de se bien porter au bout de quelques jours ; il devint irascible, perdit son appétit et son travail s’en ressentit. David en conclut que Brandy souffrait de l’estomac.
Quand l’anneau avait été avalé, nous avions discuté au téléphone et décidé d’attendre, en plaçant simplement l’animal en observation. Il était maintenant évident qu’il nous fallait intervenir. Andrew, mon associé, s’envola pour Majorque avec le gastroscope, accompagné de David Wild, le meilleur « conducteur », ainsi qu’il se nomme lui-même, de cet appareil complexe.
Brandy avait l’air bien malade. Il était pâle, semblait souffrant et tendu ; son caractère d’ordinaire espiègle et joueur avait tourné à la morosité agressive. Il n’était plus du tout le don Juan de tous les dauphins mâles de Palma Nova et ne courtisait plus son harem de femelles pâmées. L’analyse du sang prouvait la présence d’ulcères gastriques. Sans plus attendre, on attrapa Brandy, on le sortit du bassin et on le plaça sur un doux matelas de caoutchouc.
Hors de l’eau, les dauphins rayonnent une forte chaleur et si on ne les arrose pas fréquemment leur peau craque et pèle. Un homme fut chargé d’y veiller pendant qu’Andrew achevait ses préparatifs. Tout d’abord, on entoura de serviettes humides les mâchoires supérieure et inférieure de Brandy et on s’en servit pour lui maintenir la bouche ouverte. Doucement, Andrew enfonça le gastroscope préalablement lubrifié derrière la langue du dauphin, sur un des côtés du larynx, puis dans l’œsophage jusqu’au premier estomac.
Agenouillé derrière Andrew, David Wild surveillait par le viseur la progression de l’extrémité de l’instrument, pulvérisant de l’eau sur les lentilles quand les sécrétions gastriques menaçaient de brouiller la vision, et gagnant de la place en repoussant les parois de l’estomac grâce à la pression de l’air amené par un des tubes. Andrew pouvait suivre les opérations sur un autre viseur. Bientôt les deux hommes découvrirent sur la muqueuse gastrique une série d’ulcères sanguinolents ; partout on voyait du sang noir en partie digéré. David fit tourner la tête optique du gastroscope. L’anneau était là ! Ils distinguèrent le morceau de plastique rouge baignant dans une mare de sang. Les contractions normales de l’estomac contre l’anneau durci engendraient ulcère sur ulcère dans le velours fragile de la muqueuse.
Restait maintenant à retirer l’anneau. Un système spécial permit de descendre un mince fil métallique le long du gastroscope. Il fut passé à l’intérieur de l’anneau puis ramené vers l’extrémité du gastroscope et solidement fixé ; on le retira en même temps que l’appareil. Brandy eut un énorme renvoi quand l’anneau remonta dans son œsophage. Cet organe, heureusement, est d’une élasticité remarquable chez les dauphins, ce qui leur permet d’avaler de gros poissons. Sinon, nous aurions risqué de le déchirer.
Brandy parut soulagé, mais Andrew redescendit le gastroscope pour inspecter les dégâts. Les plus gros ulcères furent cautérisés électriquement et on en prit des photographies. A sa grande joie, on rendit ensuite Brandy à son bassin et à ses épouses. Sa convalescence fut hâtée par un traitement de pilules habituellement prescrites aux P.D.G. quadragénaires et dyspeptiques.
Pour célébrer sa guérison, Brandy s’accoupla longuement et amoureusement avec une de ses épouses. Onze mois plus tard, un bébé dauphin naquit à Palma Nova…
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