Les héritiers du rêve et les prisonniers des deux mondes Tome 2 (French Edition)

Chapitre XIV

 

Le piège de Felgard

D’un pas lent, une ombre descendait un vieil escalier menant à une grotte souterraine. Dans le couloir de la descente, de nombreuses torches allumées apposées sur chaque côté des murs éclairaient de façon saccadée. Un nombre incalculable de toiles d’araignées tapissaient le bas et le haut de ce chemin menant vers « le cachot infernal. » Plus l’aubergiste descendait et plus la chaleur y était de moins en moins soutenable. L’air était imprégné de cette odeur nauséabonde de moisissure et d’humidité.

Finalement, il atteignit le fond et devant lui, il y avait une grande porte en bois rongée par les termites et décorée par des filaments d’araignées. Felgard prit l’une des torches sur le côté afin de combler un peu plus l’éclairage menant dans les couloirs du cachot. L’homme poussa le portail en y mettant toutes ses forces. Dans ce lieu obscur, tout ce qui était de matière organique ou métallique pourrissait ou rouillait plus rapidement à dû au taux d’humidité très élevé. L’écho d’un grincement retentit dans ce long couloir. L’aubergiste n’était pas seul dans ce lieu puisqu’à travers la noirceur qui y sévissait, de nombreux yeux d’un rouge feu épiaient ses moindres gestes et l’observaient s’avancer dans la pénombre. Même si Felgard connaissait les « Morgons » depuis des lustres, il n’en demeurait pas moins que leur regard flamboyant l’intimidait. Toutefois, par l’entremise de la flûte de soumission que Khaos lui avait donné, l’aubergiste savait qu’il possédait l’arme intransigeante qui lui donnait sur ces immondes créatures le pouvoir d’obéissance. Cet instrument projetait des notes si aigües qu’elles n’étaient perceptibles que par ces êtres qui avaient une ouïe ultra-sensible aux ondes sonores. Ces bipèdes qu’on surnommait « les géants de l’enfer », mise à part leurs yeux de feu, avaient des bras et des jambes élancés, une corpulence massive et une peau d’une couleur grisâtre semblable à la roche. L'aubergiste craignait leurs regards, mais davantage leur physique imposant puisque certains d’entre eux pouvaient atteindre jusqu’à deux mètres de haut et leur force était supérieure à dix fois celle d’un ours. Quoi qu’il en soit, l’objet qu’il tenait en sa possession lui assurait une protection… et si cet objet par malchance se brisait… à coup sûr… Il s’enfuirait comme un lapin !

Felgard prit l’instrument et s’exécuta. Même s’il semblait y avoir un peu de résistance parmi eux par leurs grognements de protestation, les bipèdes se rassemblaient devant lui pour former ce qui pouvait être une file indienne.

- J’aimerais que vous transfériez les prisonniers des cachots quinze,

trente-sept et soixante-cinq, à la chambre des tortures. Allez-y sans délicatesse, sans pour autant les tuer, bien sûr. Hé ! Hé ! Hé ! ricana l’aubergiste.

Les bipèdes se mirent à bouger d’un mouvement lent et se dirigèrent vers les cellules des prisonniers par groupe de cinq. L’un avait un trousseau et l’autre tenant ce qui ressemblait à une tige de métal avec au bout une corde munie d’un collet coulant qu’il enfilait autour du cou ou bien au haut du corps des prisonniers, de façon à avoir une meilleure emprise sur eux. Étant donné la stature et la force surnaturelle de ces créatures, aucun prisonnier ne pouvait leur opposer de résistance. Lorsqu’elle serrait moindrement le nœud, sous risque d’être étranglé ou bien de se faire tordre les côtes, le sujet ne pouvait que s'y soumettre.

Après avoir brassé un peu les prisonniers sous le regard satisfait de l’aubergiste, les Morgons les transportèrent dans la chambre des tortures sous l’ordre de Felgard. Cette pièce était très grande et tapissaient presque les trois quarts de la pièce. Elle comptait plusieurs appareils et mécanismes de torture aussi bizarres les uns que les autres. Une forte odeur de sang séché mélangé à la terre et à l’humidité, envahissait ce lieu et procurait à certains des prisonniers des nausées, voire des vomissements. Les créatures géantes ainsi que Felgard ne semblaient pas être affectés par cette puanteur environnante. Parmi les capturés, un jeune garçon aux traits familiers fut installé le premier dans l’une des machines de tortures.

- Que me voulez-vous ? demanda-t-il à l’aubergiste.

- Ferme ta grande gueule ! C’est moi qui pose les questions le jeunot,

répondit sèchement Felgard.

- Je ne comprends pas pourquoi on m’a fait prisonnier alors que je

suis de votre côté.

- Ah bon ! Qui es-tu ?

- Je m’appelle Sinclair Rinfret.

- Ce nom-là ne me dit rien.

- Je ne sais pas, mais je vous demande votre sympathie afin que vous

libériez mes parents de l’esclavage. S’il-vous-plaît libérez-les, je

deviendrais votre serviteur, votre esclave ou bien votre taupe s’il le faut.

- Sympathie ? Je ne connais pas ce mot. Tu ne crois tout de même

pas que ton imploration va me faire prendre pitié de toi ?

- Si je vous révélais que j’ai fréquenté l’école Murphéus où sont

formés les héritiers du rêve, cela pourrait peut-être faire la différence, n’est-ce pas ?

- Intéressant… J’ai besoin de plus que cela, jeunot. Que devrais-je

savoir à ton sujet ? demanda l’aubergiste intrigué par ce que l’adolescent s’apprêtait à lui révéler. Felgard l’examina de ses yeux globuleux pour étudier ses moindres faits et gestes.

Avant même que Sinclair n’eût le temps de prononcer un mot, l’un des prisonniers s’écria :

- NE L’ÉCOUTEZ PAS SIR, C’EST UN TRAÎTRE ET UN

MENTEUR PUIS IL EST VENDU AU JEUNE TRAVIS !!!

- Tiens ! Tiens ! Voilà qui est intéressant de savoir cela. Je peux

constater par le fait même qu’il y a de la compétition dans l’air. J’aime ça ! Dit-il satisfait, affichant un sourire en coin. Le jeune venait de lui donner une idée pour un plan et piéger Rinfret. Ce qui serait une vengeance assurée contre celui qui avait fait échouer ces plans antérieurs. En plus, la compétition entre les deux adolescents le faisait jubiler.

- Et tu es qui pour oser nous interrompre, puceron ?

- Je m’appelle Josua, Josua LeDuc, sir.

- Très bien. Mais qu’as-tu d’autre à me dire te concernant et qui

pourrait m’intéresser ? L’aubergiste semblait montrer une impatience face à ce jeune garçon aux traits sombres et au visage pâle tel celui d’un mort-vivant.

- Mon père a donné son âme afin de faire partie des plus fidèles

disciples du maître des cauchemars.

- Quoi d’autre ?

- Mon père a sacrifié ma mère comme offrande afin de lui prouver

son indéniable foi envers le seigneur des cauchemars. Je crois que c’est une preuve irréfutable.

- Voilà qui devient de plus en plus intéressant puceron. Mais la

question que je me pose est la suivante… Est-ce que toi, tu serais prêt à sacrifier ton âme pour glorifier notre maître ?

- Sans aucune hésitation, sir !

L’aubergiste tourna la tête vers l’autre adolescent.

- Et toi le jeunot, le ferais-tu ? le défia-t-il.

- Heuuuuuuuu, bien sûr… répondit Rinfret. Son hésitation confirma

qu’il n’avait ni le courage ni la détermination pour en venir à se sacrifier. Même si Rinfret semblait franc lorsqu’il lui avait mentionné qu’il ferait tout pour ses parents, il n’en demeurait pas moins qu’il n’avait jamais eu l’intention d’aller jusqu’à vendre son âme au seigneur du mal.

- NE ME MENTS PAS JEUNOT !!! tempêta Felgard.

Le jeune fut tellement apeuré par son cri qu’il en mouilla son pantalon. En voyant ce que l’adolescent eut comme réaction, l’aubergiste s’époumona de rire et son visage exprima soudainement du dégoût et du mépris pour ce jeune adolescent terrorisé.

- Tu es vraiment pathétique !!! Une vraie mauviette !!! lança-t-il.

- Je… Je vais… Je vais vous dire tout ce que je sais… épargnez moi,

je vous en supplie.

Le jeune Rinfret tomba à genoux devant l’aubergiste qui lui assimila un vilain coup de pied au visage. Le jeune fit une culbute et atterrit aux pieds de l’un des prisonniers qui jeta un regard rempli de colère à l’aubergiste. Le prisonnier portait de vieux vêtements sales et défraichis. Il avait un visage en forme d’œuf et des yeux d’un bleu clair et des cheveux d’un blond cendré. Sous son habillement crasseux, se cachait un corps d’athlète. Deux autres prisonniers firent un pas en avant laissant les autres derrière eux. L’un avait un visage rondelet, des yeux verts, des cheveux châtains en bataille et n’était pas très grand ni costaud. Par contre, le deuxième avait les traits du visage opposés ainsi qu’un physique plus squelettique, ce qui donnait l’illusion qu’il était plus grand.

Inopinément, au milieu du front de l’homme aux yeux bleu clair, un troisième œil apparut et un halo de lumière orangé l’enveloppa de la tête aux pieds en quelques secondes. Il émit un beuglement et son corps se transforma en une gigantesque créature qui ressemblait à un géant de pierre. En prenant cette forme, d’un seul coup de poing, il envoya valser l’une des créatures infâmes de l’enfer.

Pendant ce temps, l’homme rondelet créa avec son œil central une bulle verdâtre qui enveloppa les prisonniers qui se trouvèrent derrière lui. Entre temps, le troisième personnage projeta de son œil central des charges électriques rougeâtres sur les créatures des ténèbres. Voyant la menace qui sévissait sur lui, Felgard joua un air de flûte et instantanément, les autres créatures de l’enfer s’élancèrent sur l’individu qui avait pris la forme d’un monstre de pierre. Malgré son apparence massive et sa grandeur, il bougeait avec une impressionnante agilité. Dès qu’un Morgon s’avançait vers lui, il était inopinément projeté, brisant sur son passage machines à torture et endommageant la muraille de la pièce. Tout ce branle-bas créa de la confusion parmi les créatures tout en provoquant de terribles secousses souterraines. Malgré les dégâts qui étaient considérables dans la salle des tortures, cela n’eut aucun dommage corporel sur les prisonniers puisqu’un halo de protection les protégeait.

Finalement, après que les deux personnages mirent quelques créatures hors d’état de nuire, les autres s’enfuirent à toutes jambes. Entretemps, l’aubergiste s’était dit qu’il allait se venger puisqu’il avait eu le temps d’échafauder un plan contre « une vraie mauviette » comme il avait surnommé l'adolescent. Lui et le jeune Josua profitèrent de la cohue pour partir en douce.

L’homme de pierre reprit sa forme normale. Bien que les trois héros aient épuisé toutes leurs énergies, ils rassurèrent les autres prisonniers pour les encourager en leur disant qu’ils ne couraient plus de danger.

- Mes chers amis… il fit une pause afin d’attirer l’attention de tous et

poursuivit. Je tiens à vous rassurer, ils sont partis et j’ai une vague impression qu’ils ne reviendront pas avant un bon bout de temps ! lança-t-il pour faire rire les autres et, il poursuivit. J’attire votre attention afin de me présenter à vous et par la suite, je laisserai le soin à mes autres collègues d'en faire autant. Je suis le Professeur Ménor Tréviz, enseignant de l’art du camouflage et de la transformation à l’école de Murphéus. Pour ainsi dire, nous travaillons en étroite collaboration avec le directeur Vadeboncoeur. Notre mission est de vous ramener sains et saufs dans un endroit sécurisé par notre directeur. De plus, je voudrais que vous sachiez que nous faisons partie à part entière du regroupement des héritiers du rêve.

Les deux autres se présentèrent, le plus rondelet était le Professeur Thomas Lecavalier, enseignant des boucliers de la défense et l’autre, le Professeur Vastien Halo, enseignant des attaques énergétiques. Le Professeur Trémiz, reprit la parole.

- Je vous demanderais de nous suivre afin que l’on puisse tous sortir

en vie de cet endroit qui empeste le mal et les ténèbres.

À quelques mètres de là, Felgard ordonna à l’aide de sa flûte magique aux géants de l'enfer de créer des secousses en frappant sur les parois afin de provoquer un énorme éboulement de roches. Dès que les créatures commencèrent à frapper sur les murs, un gigantesque tremblement déclencha un immense amoncellement rocailleux et boucha en quelques secondes l’entrée principale.

- MAINTENANT ET POUR TOUJOURS, VOUS SEREZ LES

PRISONNIERS DE NOTRE MONDE INFERNAL… HA ! HA ! HA ! Son rire diabolique retentit en écho dans ce couloir de l’enfer…

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