Les héritiers du rêve et les prisonniers des deux mondes Tome 2 (French Edition)
Chapitre II
Une visite inattendue
Après avoir terminé ses corvées, Marty en profita pour étudier des notions de mathématiques avancées. Soudain, une personne frappa à sa porte.
- Entrez ! lança-t-il.
La porte s’ouvrit et la sœur Clarance du pensionnat apparut à l’entrée.
- Je venais vous informer que vous avez de la visite qui vous attend
dans la salle d’invités.
- Je range mes livres et j’y vais, merci !
- Très bien.
Elle referma doucement la porte. Quelques secondes après, Marty sortit de la chambre en se demandant qui pouvait bien être la personne qui venait lui rendre visite. Il se souvint que sa meilleure amie lui avait dit qu’elle viendrait le voir après le souper. Arrivé tout près de la porte, il entendit une voix qui lui semblait étrangement familière, mais qui n’était pas celle de Karine.
- Lui avez-vous dit qui venait le visiter, ma sœur ? interrogea cette
voix familière.
- Non madame.
Incessamment, Marty ouvrit la porte et fut ébahi de voir que la personne qui venait lui rendre visite était… Sa grand-mère ! Elle le vit et lui fit un sourire forcé.
- Bon bien, je crois que je vais vous laisser, trancha la religieuse, en
regardant Marty.
Elle sortit précipitamment de la pièce en prenant la peine de ne pas refermer la porte complètement. Cependant, Marty connaissait sa réputation de fouineuse et il comprit qu’elle l’avait intentionnellement laissée entrouverte afin d’épier leur conversation. Alors, dès qu'il la vit franchir le seuil de la porte, il la ferma derrière elle d’un coup sec puis l’entendit maugréer. L’adolescent se retourna et demanda à sa grand-mère sur un ton direct.
- Que me voulez-vous ?
- Heuuuu… Eh bien… Je voulais prendre de tes nouvelles, mentit-
elle maladroitement.
- Et vous croyez que je vais vous croire ?
- En fait… Je venais te voir pour te demander si tu savais quelque
chose au sujet de ton grand-père.
- Je suis un peu étonné que vous me posiez cette question. Pourtant,
c’est vous qui m’avez interdit de lui parler ou de le voir. L’aviez-vous oublié ?
- Bien sûr que non ! Permets-moi de te dire que je le regrette.
- Quoi ? Ai-je bien entendu ? s’étonna Marty.
- Oui, tu as bien entendu.
- Il est un peu tard pour les regrets, ne pensez-vous pas grand-mère ?
- Je suis consciente que je me suis très mal conduite avec toi et que
je t’ai fait payer à cause du mépris et de la haine que je ressentais envers ta mère. J’avoue que tu n’avais pas à subir les contrecoups de tout ça et j'espère que tu accepteras de me pardonner.
- C’est bien de vous en rendre enfin compte, admonesta Marty.
- Écoute, je sais que je ne mérite pas ton pardon et je comprends ta
réaction qui est tout à fait normale. Toutefois, j’ai vraiment besoin de ton aide.
- Ah bon.
- Je suis très sérieuse.
- J’avoue que vous commencez à m’intriguer. Que s’est-il passé ?
- Il semble que ton grand-père s’est volatilisé de l’hôpital.
L’infirmière responsable m’a dit qu’elle n’avait trouvé qu’un tas de cendre dans son lit.
- Quoi ??
- Tu as bien compris.
- Comment cela peut-il être possible ?
- Justement, je comptais sur toi pour le savoir.
- Mais qui aurait eu avantage à faire ça ? se demanda-t-il.
- Tu ne crois tout de même pas que…
- Je n’ai rien dit de tel, voyons grand-mère !
- Que veux-tu insinuer ?
- En fait, je me posais la question à haute voix.
- Ah ! D’accord.
Elle lui lança un regard d’incertitude.
- Combien de temps cela fait-il ?
- Depuis la nuit dernière.
Marty fut interrompu dans son instant de réflexion par une question de sa grand-mère.
- Tu crois que ce serait à cause du prince machinchouette. Bref, tu
sais de qui je veux parler.
- Oui, je le sais.
- Alors ?
- Je ne saurais le dire… Mais d’après ce que vous me dites, ça
correspond au même moment où j’ai fait mon cauchemar.
- Tu… Tu… Tu veux dire quoi par-là ?
- Heuuuu… Rien, rien du tout. Oubliez ça ! se reprit-il.
L’adolescent ne voulut surtout pas lui dire ce qu’il avait vu dans son cauchemar et encore moins ce que son grand-père avait connu comme fin atroce, si tel était vraiment le cas. De toute façon, se dit-il, elle ne me croirait sûrement pas et me prendrait encore pour un fou. Habilement, il détourna la conversation.
- J’aurais quelque chose à vous demander.
- Si c’est pour de l’argent, je n’en ai pas, coupa Martha.
- Non. Je voulais savoir si vous aviez toujours le coffret de ma mère.
- Mais comment connais-tu l’existence de ce coffret ?
- J’ai tout simplement fouillé dans votre garde-robe. répondit Marty
d’une façon arrogante et qui frôlait même l’impolitesse.
- Tu as franchement du culot de me dire ça en plein visage sans
éprouver la moindre honte.
- Pourquoi en aurais-je ? C’est bien à moi que ce coffret revenait,
non ?
- Non, mais !
- Répondez à ma question ! l’interrompit l’adolescent.
- Bien oui ! Mais pour une question de sécurité, je me suis permise
de ne pas te le donner. Si j’avais su que cela mettrait nos vies en danger à l’exception de la tienne (elle le regarda avec un air de dégoût), je l’aurais détruit depuis le début. En voyant l’erreur qu’elle venait de commettre en lui dévoilant la rancœur qui l’animait toujours, elle tenta de se reprendre. Euh… Pardonne-moi. Mes paroles ont dépassé mes pensées. Je dois cesser d’agir de cette
façon avec toi, mais une habitude n’est pas facile à changer, tu comprends ?
Le mépris que sa grand-mère portait envers lui, il la ressentait au plus profond de son être et il s’y était habitué depuis le temps. Il poursuivit la conversation.
- Je sais que vous ne me portez pas dans votre cœur contrairement à
grand-père. D’ailleurs, j’ai compris que c’est votre colère qui vous aveugle et pour cette raison, je ne peux pas vous en vouloir.
Il y avait de la déception dans le ton de sa voix. Au plus profond de lui,
il aurait tant rêvé qu’elle lui démontre un peu d’affection. Pourtant, il savait très bien que ce ne serait jamais le cas. Martha relança la discussion.
- De toute façon, tu ne comprendras jamais mes…
Inopinément, le grincement d’une porte mit fin à leur discussion. Derrière celle-ci, un visage d’ange fit irruption. En voyant cette figure familière, Marty afficha un sourire radieux. La grand-mère la dévisagea et lança à son petit-fils d’un ton qui reflétait un agacement :
- Bon, je crois qu’il est temps que je parte ! Je vais réfléchir à ta
demande.
- Mais de toute façon, cet objet m’appartient. répliqua Marty.
- Peut-être, mais quoi qu’il en soit, ce coffret est entre mes mains,
n’est-ce pas ?
- Oui, je pourrais décider de ne pas vous aider pour grand-père.
Malgré ce qu’il venait de lui dire à l’instant, il n’était pas sûr de rien. Il préférait croire que son grand-père soit encore vivant. Ou dans le pire des scénarios, qu’il soit prisonnier du prince des cauchemars… Quoiqu’au fond de lui-même, il savait que la mort serait sûrement plus douce à ses yeux que de faire partie des esclaves de cet être infâme et perverti… La grand-mère le tira de ses pensées.
- Oserais-tu me faire du chantage ?
- Si vous ne me donnez pas le choix, pourquoi pas ?
Elle se leva d’un bon. Enragée, elle trébucha et fit une culbute des plus hilarante et acrobatique. Lui et Karine durent se retenir de toute leur force afin de ne pas éclater de rire. Martha se releva comme une gazelle sentant la menace d’un prédateur, puis en sortant de la pièce, elle leur lança un regard de mépris et ferma la porte d’un geste brusque. Après qu’elle fut partie, ils rirent aux larmes pendant quelques minutes. Dès que leurs fous rires cessèrent, une conversation s’engagea entre eux.
- Alors, que te voulait-elle ? T’accuser d’avoir envahi ses rêves ?
- Tu es vraiment drôle quand tu veux toi, hein ? lança Marty.
- Ça m’arrive !
- Non, sans blague ! Je crois qu’elle m’a mis la puce à l’oreille.
- Que veux-tu dire ?
- Tu te souviens du rêve que j’ai fait la nuit passée ?
- Je ne suis pas près d’oublier ça, crois-moi !
- Imagine-toi que mon grand-père a disparu la même nuit. De plus,
l’infirmière n’a trouvé que de la cendre dans son lit.
- Étrange ! De plus en plus étrange !
- Tu sais, le plus curieux c’est que nous n’arrivons plus à entrer en
contact avec l’école de Murphéus. Il va falloir trouver un moyen d’y parvenir.
- J’en conviens, mais comment allons-nous faire ?
- Laisse-moi y réfléchir quelques instants si tu veux bien.
- Certainement !
Marty affichait un point d’interrogation. Et soudain, il s’illumina.
- EURÊKA !
- Quoi ?
- Je crois que je viens d’avoir une idée.
- Ah oui ? Laquelle ?
- Je pense que mon grand-père m’a donné la solution.
- Que veux-tu dire ?
- J’ai trouvé notre clef pour passer de l’autre côté.
- J’aimerais que tu m’expliques.
- Dans mon cauchemar, mon grand-père m’a dit que le coffret
m’aiderait.
- De quel coffret parles-tu ?
- Celui que m'ont laissé mes parents.
- C’est de ce coffret dont tu parlais avec ta grand-mère ?
- Exactement !
- Il se pourrait que tout comme nos dons, cela ne fonctionne pas.
- Je le sais. On ne perd rien en essayant.
- Tu as raison ! Mais comment allons-nous procéder si nous ne
l’avons pas ?
- Ne t’inquiète pas, je m’occupe de convaincre ma grand-mère et toi,
pendant ce temps-là, tu t’occupes de trouver une place pour faire
notre tentative ainsi qu’une incantation dans tes livres.
- Je croyais que tu voulais faire ça dans ta chambre.
- Soit sérieuse ! Crois-tu vraiment que les religieuses te permettront
de coucher dans ma chambre ?
- Non, bien sûr que non ! Où avais-je la tête ? Oublie ce que je viens
de dire.
- Il faudrait trouver un endroit sûr, où nous serions certains de ne pas
nous faire déranger.
- Pourquoi ne le ferions-nous pas chez moi ! suggéra
Karine.
- Tu… Tu es sérieuse ?
- Affirmatif.
- Excellent !!!
Marty et Karine repensèrent à la culbute que Martha avait exécutée quelques secondes auparavant, et ils éclatèrent de rire à nouveau.
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