Les héritiers du rêve et les prisonniers des deux mondes Tome 2 (French Edition)

Chapitre IV

 

Un moment émouvant

Peu de temps après que Karine eut quitté l’orphelinat, Marty s’installa dans son lit et sombra dans ses pensées. Tant de questions et si peu de réponses le tourmenta. Sournoisement, la fatigue s’empara de lui. Il replongea dans un profond état de somnolence. Abruptement, l’adolescent se retrouva dans une énorme grotte qui ne lui semblait pas inconnue. À sa grande surprise, il venait de franchir le monde réel vers celui du rêve, et ce, sans vraiment y avoir consenti.

Marty avait acquis la faculté de passer d'un monde à l'autre sans trop d'efforts puisque sa bague étoilée avait tout simplement augmenté son don. Toutefois, il ne comprit pas vraiment de quelle façon il avait pu réussir à se retrouver à cet endroit tandis que normalement, c'est lui-même qui décidait de l'endroit où il voulait être transporté. Bien que cela lui semblât inhabituel, sa curiosité le poussa à continuer…

Dans l’antre où il se trouvait, l’atmosphère mortuaire de cet endroit avait un effet glacial sur lui. Malgré cette sensation désagréable, l'adolescent respirait l’air ambiant avec dévotion. Il y avait si longtemps que Marty ne s’était pas retrouvé dans ce lieu. En même temps, tout au fond de lui, il espérait revoir l’école ainsi que ses amis. Observant autour de lui, il vit au plafond des stalactites givrées qui pendaient. En baissant son regard, il remarqua une nappe brumeuse qui couvrait le sol. Maintenant qu’il y repensait, il comprenait peut-être la raison qui expliquait l'échec de ses tentatives de rentrer en contact avec ce monde, quelques semaines auparavant. Tout en y réfléchissant davantage, probablement avait-il trop forcé la note, se dit-il. À quelques mètres de lui, un homme apparut. La moitié de son visage baignait dans l’ombre. Aussitôt qu’il s’approcha de plus près, le jeune homme constata avec stupeur que cet individu lui semblait familier.

- Bonjour ! lança l’inconnu.

- Bonjour, répondit Marty sur un ton méfiant.

- Je sais, tu ne dois sûrement pas te rappeler de moi et c’est normal

puisqu’à l’époque tu étais si jeune… alors que, maintenant, je vois presque un adulte devant moi.

- Papa ? C’est bien toi ? demanda-t-il, stupéfait.

Il le reconnut, car le souvenir d'une photo qu’il avait trouvée dans le coffret que ses parents lui avaient légué refit surface. Aussitôt, il se lança dans ses bras comme un gamin qui retrouve son ourson adoré.

- PAPA !!!!!

- Je suis si heureux de te revoir fiston, après de si longtemps années

d’attentes. Mes craintes étaient si profondes à l’idée de ne plus te revoir. Heureusement, tu es là et c’est tout ce qui compte pour moi maintenant.

Jonathan l'examina de la tête aux pieds et le serra à nouveau dans ses bras. Sous l’étreinte de son père, Marty sentit une intense douleur à ses côtes comme s’ils allaient se rompre. Déstabilisé et sous l’émotion de ces retrouvailles, Jonathan laissa échapper quelques larmes. Ses yeux ridés confirmaient les traces qu’avaient laissées le temps et les tourments, puis, il prit le menton de Marty pour le relever afin de voir davantage les traits de son visage. Avec stupéfaction, il ne pouvait nier la ressemblance frappante avec sa défunte femme. Il lui ressemble tellement ! pensa-t-il. Son cœur chavirait en repensant à elle puisque son chagrin n’avait jamais cicatrisé.

Après ces instants remplis d’intensités, le père et le fils se mirent à marcher côte à côte. Trottant d’un pas joyeux, le regard de Marty s’arrêta par pur hasard sur les doigts de son père. Une question effleura soudainement son esprit. Pourquoi son père n’avait-il plus sa bague étoilée au doigt ? Un soupçon le transperça comme la pointe d’un couteau enfoncé directement au cœur. Le doute vint s’installer dans l’esprit du jeune homme, ce qui mit un frein à son enthousiasme et au bonheur que lui avaient apporté ces retrouvailles. Bien qu’il sentît une vague d’amertume, il n’en démontra pas pour autant les symptômes. S’il y avait « anguille sous roche », il devait à tout prix le découvrir, puis, il eut une idée et la mit aussitôt à exécution.

- Je t’ai reconnu tout de suite quand j’ai pu clairement te voir, car je

me souvenais de t’avoir vu sur une vieille photo avec maman.

- Ah oui ?

- Pour protéger la photo de la lumière et de l’humidité, grand-mère

l’avait rangée dans un coffret. Elle me l’a remise dès que j’ai eu atteint l’adolescence.

À vrai dire, Marty mentait puisque Martha n’avait jamais eu l’intention de lui rendre cet objet qui avait appartenu à sa belle-fille et à son fils. Elle entretenait une rancune excessive envers la mère du jeune homme, et elle s’était jurée de faire payer son petit-fils pour les erreurs du passé commises par sa belle-fille. Quelques heures auparavant, l’adolescent s’était senti dans l’obligation de la menacer. Néanmoins, il n’avait pas la certitude qu’il avait réussi à la convaincre de lui concéder le coffret de ses parents.

- Je suis étonné de sa part, mais content qu’elle ait conservé cette

photo dans l’intention de te donner un souvenir de moi ainsi que de ta mère.

- J’aimerais savoir certaines choses ayant rapport à toi et maman.

- Bien sûr, fiston !

- Comment toi et maman vous êtes-vous rencontrés ?

- À l’école que tu fréquentes actuellement, à Gosfercity.

- Je trouve étrange que tu saches quelle école je fréquente

présentement puisque je ne me souviens pas de te l’avoir mentionné.

- Heuuu… fit-il, estomaqué par la vivacité d’esprit de cet adolescent.

Son visage exprima un malaise flagrant.

Avec une seule question, l’adolescent avait réussi à démasquer cet imposteur. Marty comprit à cet instant que cet homme n’était pas ce qu’il prétendait être. Quoiqu’il ait espéré avoir tort, son intuition ne lui avait pas menti. Désormais, l’adolescent savait que la personne qui se tenait devant lui n’était pas son père. D’une façon prompte et frustrée, il lui jeta à la figure :

- Cesse ton petit jeu, tu n’es pas mon père et je le sais !

- Que dis-tu là mon garçon ?

- Je dis que tu es un imposteur ! J’exige de voir ton vrai visage, peu

importe qui tu es !

- Bon, je vois que j’ai mal joué ma carte. Tu es plus intelligent et

malin que je ne le pensais. Donc, tu veux vraiment voir de quoi j’ai l’air.

- OUI !

- Plusieurs en ont payé de leur vie mais bon, si tu ne crains pas de

mourir, qu’il en soit ainsi !

Sans avertissement, Marty sentit quelque chose d’humide et de rugueux sur sa peau, ce qui l’aspira brusquement du rêve vers le monde réel…

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