Les héritiers du rêve et les prisonniers des deux mondes Tome 2 (French Edition)

Chapitre XXVIII

 

Le choc

Pendant que les deux agentes entrèrent du côté sud de la forêt des lamentations, du côté opposé, un groupe pénétra presque au même moment.

- Ça me rappelle l’histoire de nos ancêtres à chaque fois que je viens

ici, lança Vendor avec un peu de nostalgie.

- Je vous comprends et c’est normal puisqu’avant c’était le havre de

paix de l’autre moitié de votre âme. Selon ce que j’en ai su dans mes cours avec madame Freluche, qui nous enseignait la clef des songes, c’est cette même moitié d’âme que le maître des cauchemars retiendrait prisonnière, n’est-ce pas ?

- Tout à fait ! Bravo ! Vous avez bien suivi vos leçons d’histoire.

- Disons plutôt que ma mémoire y est pour quelque chose, sourit

Marty en répondant au manguora.

- De notre côté, les manguoras ont généralement une mémoire

émotive…

Le visage de Marty exprima l’interrogation, car il ne pouvait comprendre qu’une mémoire puisse être émotive. En voyant son expression faciale, Vendoc s’expliqua.

- Pour vous faire comprendre ce qu’est la mémoire émotive, je peux

vous donner comme exemple un classeur avec plusieurs tiroirs.

- Désolé, mais je ne comprends pas plus, s’exclama Marty n’ayant

pas tout à fait saisi le sens de son explication.

- Notre mémoire est faite de sorte de classeurs qui emmagasinent

plusieurs informations différentes, qu’elles soient auditives ou bien sensorielles. Elles sont classées dans chacun des tiroirs de notre classeur qui est représenté par nos émotions. Lorsque nous avons besoin de cette information, elle revit en nous par le biais de nos émotions !

- Je crois avoir compris.

- Je sais que cela paraît un peu compliqué pour vous les êtres

humains, mais sachez que pour nous, l’émotion n’est pas spontanée.

- Oui, je sais. Je me souviens que lorsque j’avais tenté de convaincre

votre défunt ami Fradoc, cela avait pris un peu de temps à le faire réagir émotivement.

- Effectivement, les émotions pour nous sont plus complexes.

Pendant que Vendoc continuait à expliquer la complexité des phénomènes émotifs de sa race, de l’autre côté d’eux, les deux agentes continuaient de s’enfoncer de plus en plus dans la forêt. Dans le ciel, on avait l’impression que les soleils semblaient parfois se cacher, comme si le ciel s’ennuageait. Ce qui en fait, n’était pas le cas. Plus elles avançaient et plus les arbres étaient gros et feuillus. À travers ce feuillage, des yeux les observaient. Carolina jasait avec Angelyna la mère de Marty.

- Je dois te mettre en garde Carolina.

- Pourquoi ?

- Nous sommes suivies.

- Quoi ?

- Je ressens des présences maléfiques.

- Où ça ? demanda Carolina, un peu inquiète.

- Tout autour de nous, mais fais comme si tu ne le savais pas et reste

le plus calme possible.

- Ça ne sera pas évident ! lança-t-elle.

- Je sais, mais si tu ne le fais pas, ça va leur donner une arme de plus

contre nous.

- Comment ça ?

- Ta peur risquerait de te paralyser lorsqu’ils apparaîtront. Sois sûre

qu’ils vont profiter de cette occasion, puisque dans ces moments, on devient pour eux une proie plus accessible. De plus, il n’y a pas que cela, ils vont savoir que tu es une personne normale.

- Et qu'est-ce que ça fait comme différence pour eux ?

- Votre chair est plus fraîche et lorsque la peur vous envahit, vous

sécrétez une hormone qui les attire davantage. Tu comprends maintenant ?

- Oui, très bien. Je vais faire en sorte de ne pas leur donner un

avantage sur nous.

- Très bien Carolina. De mon côté, je vais me préparer à leur attaque.

- Comment vas-tu faire pour tous les repousser ? J’imagine qu’il n’y

en a pas qu’un seul, d’après ce que tu viens de me dire.

- Écoute, je voudrais que tu me fasses confiance. Si je te dis, sauve-

toi…

Sauve-toi, d’accord ?

- Il n’est pas question que je te laisse toute seule ! rouspéta l’agente

Lopez.

- Arrête ! Je ne te le demande pas, tu le fais un point c’est tout !

tempêta Angelyna. Tu m’as bien comprise ?

- Oui, oui ! répondit Angelyna, voyant qu’elle n’aurait pas le dessus

sur elle.

- Bon, j’aime mieux ça ! Dès que je les aurai attirés vers moi et à

mon signal, j'exige que tu te sauves le plus rapidement possible. Je veux que tu tentes par tous les moyens de traverser la forêt et d’atteindre l’autre côté. De cette façon, je serai sûre que tu seras en sécurité, car les créatures qui habitent cette forêt n’en sortent jamais.

- Très bien, j’attendrai ton signal.

- Excellent ! Maintenant, laisse-moi me concentrer.

- Bien sûr.

- Et une dernière chose ?

- Laquelle ?

- La prochaine personne qui te parlera, tu lui diras que je l’aime.

- Pardon ?

- Fais ce que je te dis. Ne tente pas de m'en dissuader.

- Très bien, lança Lopez sans vraiment avoir compris quelque chose

à sa demande.

Pendant qu’Angelyna se concentrait, autour d’elles un groupe de monstres des cauchemars appelés les chiens de l’enfer entamèrent les premiers pas vers leurs futures proies. De l’œil central d’Angelyna émergea une énorme boule rougeâtre. Celle-ci se divisa en plusieurs particules de petites bulles énergétiques. Elles semblèrent flotter sur place et demeurèrent immobiles. À peine quelques secondes venaient de s’écouler qu’une vingtaine de chiens de l’enfer se jetèrent littéralement sur eux comme s’ils n’avaient pas mangé depuis des jours. Vive comme l’éclair, Angelyna projeta une multitude de bulles énergétiques qui atteignirent leurs cibles sans problème. Elle lança le signal à Lopez qui comprit qu’elle n’avait pas le choix. Carolina réussit à se faufiler facilement parmi la nuée de bulles énergétiques qui faisaient « mouche. » Ce qui en même temps lui permettait d’esquiver toute attaque. L’agente Lopez prit ses jambes à son cou et couru comme elle ne l’avait jamais fait dans toute sa vie. Les arbres ainsi que les créatures de l’enfer défilaient de chaque côté d’elle sans l’atteindre une seule fois puisqu’Angelyna attirait l’attention de ses agresseurs. Après avoir franchi quelques mètres en entendant un cri de la mère de Marty, elle fut tentée de rebrousser chemin, mais elle ne le fit pas. Pendant ce temps, le groupe des manguoras et Marty s’étaient approchés d’eux et n’étaient qu’à environ cent cinquante mètres d’elles.

- Marty, tu as entendu !

- Non ! Quoi Vendoc ?

- Il y a quelqu’un qui s’approche de nous et semble courir dans notre

direction.

- C’est peut-être une créature de la forêt.

- Peut-être, ne courons aucun risque. À couvert tous ! ordonna

Vendoc à ses confrères. Ceux-ci s’exécutèrent aussitôt.

Lopez arrêta à bout de souffle, juste au même endroit où les manguoras et Marty étaient installés.

- Ouffff ! Je suis à bout de souffle ! dit-elle.

- Qui es-tu ? lança une voix venue de nulle part.

- Quelqu’un d’autre que moi a besoin d’aide ! s’écria-t-elle

essoufflée.

- Et qui est-il ?

- Elle s’appelle Angelyna.

Marty resta bouche bée ainsi que Vendoc qui faisait la voix en écho. Le groupe sortit de leur cachette et Marty s’avança vers Carolina.

- Vous êtes sérieuse ?

- Oui, je le suis. Vite ! Elle est en danger, il faut vite partir la

rejoindre !

- D’accord on vous suit ! ajouta-t-il, un peu incrédule.

- Suivez-moi !

L’adolescent fit un signe à Vendoc, qui comprit qu'ils devaient rester sur leur garde. Par télépathie, il désigna quatre de ses confrères pour faire les sentinelles de l’air, pendant qu’eux suivraient l’agente Lopez. Par la suite, tout se passa en un coup d’éclair. Les manguoras foncèrent vers ce qui restait des chiens de l’enfer pour les entortiller avec leurs membres élastiques, pendant que Marty projeta des jets d’énergies sur les autres créatures qui étaient en train de marteler sa mère à coup de griffes et de morsures. Des lambeaux de chair et des éclaboussures de sang qui jonchaient le parterre démontrèrent l’agressivité et leur brutalité sanguinaire. Celle-ci était étendue de son long, continuait tout de même de se débattre. Au même moment où Marty projeta sa dernière boule d’attaque, la créature de l’enfer donna un coup fatal à sa mère. Elle émit un dernier cri tandis qu’au même instant, l'attaque de son fils atteignait la créature de plein fouet et un amas de sang se répandit sur le corps d’Angelyna. Elle venait de rendre l’âme…

Marty s’approchait d’elle et la prit dans ses bras tâchant en même temps ses vêtements. L’adolescent fondit en larmes et ne remarqua même pas que l’apparence d’Angelyna prit les traits physiques de Sisly. Lopez s’approcha de lui en tentant de le consoler.

- Je comprends votre souffrance.

- Snifff... Vous… Snifff… Croyez vraiment me comprendre ?

- Du moins, je ne peux que l’imaginer.

- Snifff… C’est la seconde fois que je la perds…

Snifff…

- Je suis sincèrement désolée, c’est ma faute, lança-t-elle avec un

sentiment de remords.

- Je… Sniff… Je ne vous en veux pas. Snifff… Vous avez tenté de

lui venir en aide… Sniff… Comment pourrais-je vous en vouloir pour cela ?

- Je n’aurais pas dû l’écouter.

Marty se ressaisit et essuya avec la manche de son chandail. D’une voix tremblante, il lui demanda ;

- Que s’est-il passé ?

- Eh bien, je ne sais pas comment, mais elle a senti que nous étions

suivies. Après, elle m’a ordonné de partir quoiqu’il arrive. Ah oui ! Je viens de me souvenir de quelque chose qu’elle m’a dit d’étrange avant que je parte.

- Ah oui ! Quoi ?

- De dire à la prochaine personne que je rencontre qu’elle vous

aimait.

Le cœur de Marty se crispait à nouveau d’émotion « Elle le savait, » se dit-il à l’intérieur de lui, « elle le savait. » Quelques larmes apparurent sous ses yeux et Carolina s’approcha de lui pour le prendre dans ses bras et tenter de le consoler.

- Pardonne-moi de ne pas avoir tenté de la sauver, je me sens

vraiment coupable. Pardonne-moi !

- Cessez de me demander pardon puisque ce n’est pas votre faute,

mais de la leur. Je vous promets qu’ils vont le payer cher !!!

Les yeux de Marty fixèrent les créatures de l’enfer qui gisaient sur le sol. Avant de partir de cet endroit, l’adolescent et les manguoras firent un dernier hommage à l’agente Sisly, qui avait été l’hôte de sa mère. Tous réunis autour, ils l’enflammèrent avec des jets d’énergie de façon qu’aucune autre créature des ténèbres ou le maître des cauchemars ne puissent s’en servir. Ils tournèrent le dos à cette forêt qui venait de prendre l’âme de sa collègue ainsi que celle de sa mère. Ils poursuivirent leur route…

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