Minus, lapsus et mordicus
18. Langues romanes en Italie
CHAPITRE 18
LANGUES ROMANES EN ITALIE
À tout seigneur, tout honneur : c’est en Italie que nous commencerons notre voyage sur les traces des langues issues du latin puisque c’est effectivement en Italie que tout avait commencé. Comme nous l’avons déjà vu (ch. 1 Le latin, depuis des siècles), c’est dans la région du Latium que le latin s’était développé (ch. 1 Carte des langues dans l’ancienne Italie).
Le latin, face aux autres langues dans l’Italie ancienne
À regarder à nouveau la carte des langues de l’ancienne Italie (1re partie, La place du latin dans l’Italie ancienne), on ne peut qu’être frappé par le grand nombre de langues qui entouraient le latin à cette époque, et qui ont toutes disparu : l’étrusque, bien sûr, mais également des langues indo-européennes comme l’osque et l’ombrien, auprès du falisque, du sabin, ou du picène, dont les noms n’évoquent de nos jours que des temps révolus.
Le falisque, pratiqué au nord de Rome, et proche du latin, semble n’avoir subsisté que jusque vers 150 av. J.-C., tandis que le sabin, dont une variété était le volsque, au sud-est de Rome, avait pu in uencer le latin.
On pense d’ailleurs que le mot lingua, « langue », pourrait être un emprunt au sabin, langue du groupe osco-ombrien.
L’osque (Italie méridionale) et l’ombrien (vallée du haut Tibre) semblent avoir connu une période d’assez grande expansion, et l’osque, dont les premières attestations remontent au IVe siècle avant notre ère, ne s’est sans doute éteint que vers le Ier siècle avant notre ère. On sait qu’il avait été jusque vers cette date la langue des inscriptions of cielles dans plusieurs cités d’Italie du Sud, comme à Capoue ou à Pompéi, mais il semble qu’il n’y ait pas eu de littérature en osque. Le poète Ennius (–239/–169), par exemple, qui savait l’osque aussi bien que le latin, n’a jamais écrit en osque, mais seulement en latin.
L’ombrien, on l’a déjà vu (1re partie ch. 1 Le latin, depuis des siècles, D’autres langues autour du latin) est connu par une trentaine d’inscriptions, dont la plus importante (les Tables eugubines), datée du IIIe siècle av. J.-C., décrit des rites religieux.
Un peu d’osco-ombrien en latin
Des considérations phonétiques permettent de faire l’hypothèse que c’est à l’osco-ombrien que le latin doit :
anas, « canard » bos, « bœuf » casa, « maison » comilium, « délibération » lacrima, « larme » lupus, « loup » scrofa, « truie » turdus, « grive » ursus, « ours »
Un latin fragmenté en plusieurs dialectes
Les caractéristiques déjà signalées dans les chapitres précédents pour le latin parlé étaient évidemment partagées par les habitants du reste de l’Italie, selon des modalités qui se différencieront par la suite sur le plan géographique en plusieurs groupes dialectaux :
– au nord : le piémontais, le ligure, le lombard, l’émilien romagnol, le
vénitien, ainsi que le ladin et le fxioulan ;
– au centre : le toscan, avec le orentin en position centrale ;
– plus au sud :
1. le groupe des Marches, de l’Ombrie, de Rome ; 2. le groupe des Abruzzes, des Pouilles du Nord, de Molise,
Campanie et Lucanie ;
3. le groupe de Salento, de la Calabre et de la Sicile ;
– le groupe sarde (Sardaigne, à l’exception de l’îlot catalan d’Alghero, et
de deux îlots génois).
Les premiers textes « italiens »
Comme on a pu le remarquer, l’italien n’a pas été cité ci-dessus, car on ne sait pas à quelle date on peut en xer la naissance. En revanche, on peut signaler que c’est en Italie qu’a été trouvé le document sans doute le plus ancien de toute la « Romania » ; il se présente sous la forme d’une énigme, l’Inovinello veronese « la devinette de Vérone », qui date de la n du VIIIe ou du début du IXe siècle.
RÉCRÉATION
L’INDOVINELLO VERONESE, PREMIÈRE
ATTESTATION D’UNE LANGUE ROMANE
Se pareba boves, « des bœufs se préparaient » ;
alba pratalia araba « ils labouraient une prairie blanche » ;
albo versorio teneba « ils tenaient une charrue blanche » ;
negro semen seminaba « ils semaient une semence noire ».
De quoi s’agit-il ?
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La traduction proposée ci-dessus est approximative et pose encore des problèmes, mais on peut néanmoins faire plusieurs remarques grammaticales, et en particulier souligner l’absence de désinence consonantique dans les quatre verbes à l’imparfait (pareba, araba, teneba, seminaba) où l’on attendrait, à l’image du latin classique, soit la désinence de la 3e personne du singulier, -at, soit celle du pluriel, -ant.
Plus généralement, ce texte manifeste une réalité incontestable : ce n’était déjà plus du latin, mais ce n’était pas encore de l’italien, comme cela est con rmé par le maintien du /b/ latin entre deux voyelles, alors que cette consonne évoluera en /v/ en italien, tout comme le latin habebat, « il avait », deviendra aveva en italien.
On peut donc con rmer qu’au IXe siècle, on était encore assez loin de l’italien, et il faudra d’ailleurs attendre encore plus d’un siècle pour trouver des documents juridiques considérés comme de l’ancien italien ; il s’agit de quatre témoignages prêtés sous serment au sujet de terrains appartenant à trois monastères bénédictins de Monte Cassino, que des notaires avaient consignés sous la forme évoluée qu’avait prise le latin dans la région de Capoue : I placiti cassinesi (960-963).
La situation de l’Italie au Moyen Âge
Le pays était alors divisé en une quantité de petits États rivaux, parmi lesquels on peut distinguer le royaume de Sicile au sud et les États de l’Église au centre, tout en constatant l’importance de plus en plus envahissante de quelques grandes villes du Nord : Florence, Gênes, Milan, Venise. Dans chacun de ces États de plus ou moins grande taille s’était donc développée une forme de langue particulière, à partir du latin, qui s’était fragmenté en un grand nombre de dialectes, modelés progressivement au hasard des rencontres des habitants avec d’autres populations parlant des idiomes différents, et tout d’abord des langues germaniques.
L’apport des langues germaniques
Le vocabulaire de l’italien actuel témoigne encore de la présence d’apports lexicaux de plusieurs langues germaniques anciennes, mais il est souvent dif cile de faire la distinction entre les éléments qui sont dus aux Longobards, aux Ostrogoths ou aux Francs.
Les Ostrogoths s’étaient installés en Italie à la n du Ve siècle et c’est sans doute à leur in uence que l’italien doit le verbe bandire, « bannir », ou encore des noms comme gruppo, « groupe » ou guerra, « guerre ».
Les Longobards, ces Germains « à la longue barbe », originaires du sud de la Scandinavie, étaient arrivés en Italie vers le milieu du VIe siècle en y créant un royaume qui durera un peu plus de deux siècles. On a pu établir, par exemple, qu’un certain nombre de mots aujourd’hui italiens, tels que zaino, « sac, cartable », scaffale, « étagère », scherzare, « plaisanter », ciuffo, « touffe de cheveux », zazzera, « tignasse », zanna, « croc », spaccare, « casser », ont été des emprunts au longobard.
Arrivés plus tard, les Francs, déjà un peu bilingues (germanique/latin) après leur long séjour en Gaule transalpine, transmettront à leur tour à l’italien en devenir un grand nombre de formes lexicales, parmi lesquelles : bosco , « bois », guadagnare, « gagner », abbandonare, « abandonner », guarire, « guérir », troppo, « trop », galoppare, « galoper », tregua, « trêve », guanto, « gant ».
Nous sommes alors à l’époque qui a succédé à la chute de l’Empire romain d’Occident (datée symboliquement de l’année 476), et où commence une période obscure, très mal documentée sur la réalité des langues parlées, en Italie comme ailleurs, et il faudra attendre encore de longs siècles pour que l’on voie émerger les langues romanes que nous connaissons, déjà in uencées par des langues venues d’ailleurs, parmi lesquelles l’arabe.
La culture arabe en Sicile
C’est vers le IXe siècle que l’in uence arabe va s’exercer, surtout à travers la Sicile, qui, pendant plus de deux siècles (de 827 à 1091), connaîtra la domination arabe. Palerme, qui était devenue la capitale prestigieuse d’un émirat arabe, à la fois centre administratif et foyer de culture renommé, allait le rester longtemps encore car, malgré l’arrivée des Normands en 1091, l’arabe n’avait pas disparu. En effet, les rois normands s’étaient entourés de conseillers, de poètes, d’artistes, de médecins, d’historiens, de géographes d’origines diverses, où brillaient d’un éclat particulier ceux de langue arabe.
Un géographe arabe célèbre : Idrissi
Au milieu du XIIe siècle, le roi normand Roger de Hauteville, devenu Roger II de Sicile, avait demandé au célèbre géographe arabe al-’Idrissi (Idrissi) de réunir en un grand ensemble toutes les connaissances géographiques du monde alors disponibles. Il en est résulté ce que l’on peut considérer comme la première grande fresque géographique de l’Europe.
L’ouvrage élaboré par Idrissi est connu comme le Livre de Roger (1154) dont le titre en arabe peut se traduire par « Le livre de la promenade de celui qui désire aller au-delà des horizons ».
Poussant ses recherches bien au-delà du monde islamique, l’auteur apporte par exemple des précisions sur les villes de France et d’Italie, tel ce passage extrait de la description de Rome, où, après avoir signalé que la ville comptait douze cents églises et mille bains, l’auteur s’attarde sur un autre aspect de la ville : « On voit à Rome le palais du prince que l’on nomme pape. Ce prince est supérieur en pouvoir à tous les rois ; ceux-ci leur sont inférieurs et le respectent à l’égal du Créateur. Il gouverne avec justice, punit les oppresseurs, protège les faibles et les misérables et empêche qu’il ne soit commis de vexations. »
Des emprunts lexicaux à l’arabe
À la n du XIIe siècle, la couronne de Sicile passe à Frédéric II Hohenstaufen, petit- ls de Roger II d’une part et petit- ls de Frédéric Barberousse de l’autre, qui fera de sa cour un lieu prestigieux où se croisaient savants et artistes des trois religions (chrétiens, juifs et musulmans). C’est ainsi que de nombreux éléments de vocabulaire d’origine arabe se sont introduits dans la langue italienne en formation.
Les emprunts à l’arabe ont un caractère concret, et ils relèvent la plupart du temps du domaine des sciences et du commerce. La liste ci-dessous en présente une sélection.
Liste des emprunts de l’italien
à l’arabe
On pourra constater que certains de ces mots d’origine arabe se retrouvent également dans d’autres langues de l’Europe.
Les vents
libeccio, « vent du sud-ouest », de l’arabe lebeq, « qui vient de Libye »
scirocco, « vent chaud du sud-est », en français sirocco
L’activité commerciale
dogana, « douane »
fardello, de l’arabe farda, « lourde charge » (en français fardeau)
fondaco, de l’arabe funduq, « logement pour les marchands »
gabella, « impôt ». Il en est résulté une expression familière dont
l’équivalent en français serait faire l’âne pour avoir du son : fare il tonto per non pagar gabella (= faire l’idiot pour ne pas payer la taxe).
magazzino, « entrepôt » tariffa, « tarif »
quintale , « quintal »
L’habillement et les tissus
bazzana , « basane », ne peau de chèvre, utilisée pour relier les livres
burnùs, « manteau de laine à capuche », attesté en italien depuis le
XVIe siècle
cotone, « coton »
giubba , « veste, casaque »
facchino, « portefaix ». Ce nom a une longue histoire. Il vient de l’arabe
faqîh, « jurisconsulte, théologien », puis « inspecteur des douanes ». Mais vers le XVe siècle, de « véri cateur des douanes », on est passé à « porteur de colis » : cela s’explique en raison de la grave crise économique du monde arabo-islamique qui contraignit les anciens fonctionnaires à se contenter du commerce des étoffes, qu’ils portaient sur les épaules, de marché en marché.
La nourriture et les épices
zafferano, « safran »
albicocco, « abricot »
carciofo, « artichaut »
melanzana, « aubergine »
limone, « citron »
zibibbo, « raisin sec »
marzapane, « massepain »
L’astronomie
azimut, « azimut » < arabe classsique as-samt, « chemin », terme
d’astronomie permettant d’indiquer la position d’un astre
zenit , « zénith » (point de la sphère céleste à la verticale de l’observateur)
< arabe classique samt al-ra’s, « chemin au-dessus de la tête », où samt
Â
a été lu par erreur senit par les scribes du Moyen Âge
nadir , « nadir » (point de la sphère céleste opposé au zénith) < arabe
nadir , « opposé » (au zénith)
almanacco < arabe al-manâh à l’origine lieu de repos pour les chameaux,
puis tables astronomiques permettant de déterminer les jours de la semaine, la position du soleil, de la lune et des planètes
La pharmacopée
alcool < arabe al-kohl, « antimoine pulvérisé », par le latin des
alchimistes, qui désignaient ainsi une opération de distillation
giulebbe, « julep » < arabe jullâb, lui-même du persan gul-âb, « eau de
rose »
sciroppo , « sirop » < arabe charâb « boisson »
Les mathématiques
algebra < arabe al-jabr, « réduction » (à une forme plus simple), titre d’un
ouvrage du mathématicien al-Khuârizmi (IXe siècle), traduit en latin dès le début du XIIe siècle
algoritmo , « ensemble des règles permettant de résoudre un problème » <
arabe al-Khuârizmi, nom d’un mathématicien arabe du IXe siècle
cifra, « chiffre » < arabe şifr, « vide »
zéro, « zéro » < arabe şifr, « vide ». Le mot arabe, d’abord latinisé sous la
forme ze rum par le mathématicien Fibonacci, évolua ensuite en ze ro, puis zefro, pour aboutir à zéro, et c’est nalement la forme italienne qui est passée en français et dans les langues de l’Europe.
Nous sommes alors au cœur du Moyen Âge, à l’époque où prend de plus en plus d’importance l’idiome régional qui va devenir la langue littéraire de l’Italie : le toscan, dans sa variété orentine.
Émergence du toscan
Au centre de la Péninsule, c’est en effet vers la n du XIIIe siècle que le dialecte toscan commence à se répandre hors de Toscane et à servir progressivement de moyen de communication privilégié entre les différentes régions ; non que le toscan soit plus proche du latin (le sarde l’est bien davantage), ni que les premières œuvres littéraires aient été écrites dans ce dialecte (une poésie sicilienne de valeur exceptionnelle avait pris forme à la cour de Frédéric II près d’un siècle avant les grandes œuvres toscanes), ni du fait de sa position géographique centrale (les grandes routes romaines contournaient la Toscane).
L’ÉCOLE SICILIENNE
On nomme ainsi une école poétique très brillante, qui s’est développée au XIIIe siècle en
Sicile, à Palerme, à la cour de Frédéric II Hohenstaufen, dont le rayonnement s’étendait alors sur toute la Péninsule.
Tout d’abord in uencés par la poésie provençale de l’« amour courtois », les poètes
siciliens ont ensuite créé des œuvres originales, en ajoutant à leur poésie raf née des considérations philosophiques sur la nature de l’amour.
Ils ont également inventé de nouvelles formes poétiques, parmi lesquelles le sonnet, dont
on attribue la paternité à l’un d’entre eux, Jacopo da Lentini : un genre littéraire destiné à un grand avenir puisqu’il a ensuite acquis un prestige inestimable grâce à Pétrarque.
De plus, l’école sicilienne marque une date importante dans l’histoire de la littérature
italienne, car elle est aussi à la base de l’inspiration des écrivains toscans du « dolce stil novo », où brillait Dante.
Si le toscan, et plus particulièrement le dialecte de Florence, nira par s’imposer, c’est parce que c’est dans cette variété romane que se sont exprimés les créateurs d’une littérature nouvelle, représentée par Dante et le « dolce stil novo », mais aussi par Boccace le conteur et par Pétrarque le poète. Tous trois nés à Florence, ils écrivaient dans cette langue, et leurs œuvres obtiendront une vaste audience dans l’ensemble de la Péninsule, ce qui aura pour conséquence la di usion du toscan dans toute l’Italie. Très vite, Rome, qui pourtant pratiquait un dialecte spéci que, le romanesco, devient elle-même un puissant foyer d’expansion du toscan, estimé bien supérieur. Il faut savoir qu’il y avait déjà à Rome, pour la langue parlée, deux usages concomitants : d’une part le dialecte romanesco, et d’autre part le toscan parlé, avec des interférences de l’un à l’autre.
Toutefois, dans le reste de l’Italie, c’est-à-dire partout sauf à Florence et à Rome, le toscan restera pendant des siècles une langue de savants et une langue que l’on réservait surtout aux usages écrits. Dans les conversations quotidiennes au contraire, les dialectes demeureront jusqu’à la n du XIXe siècle extrêmement vivaces, à l’exclusion même de tout autre usage : dans la deuxième moitié du XIXe siècle, au moment de l’unité italienne, seuls 2,5 % de la population totale de l’Italie étaient italophones.
Toscan écrit et prononciation
Aidé par l’action du Vatican, dont les prélats ont toujours maintenu des liens étroits avec les ducs de Toscane, c’est le toscan écrit qui sera largement diffusé dans toute l’Italie. Ce qui est vraiment paradoxal, c’est que cette langue orentine, qui était reconnue par tous comme la langue littéraire par excellence, et que l’on appelait d’ailleurs le « orentin illustre », n’était en fait valorisée et acceptée que sous sa forme écrite. À l’opposé, la prononciation toscane, loin d’être valorisée, était totalement rejetée, souvent tournée en ridicule, depuis les premiers temps, comme elle l’est encore parfois de nos jours.
Parmi les façons imagées de décrire cette prononciation, la plus courante est sans doute celle-ci : parlare coll’ovo in bocca (« parler avec un œuf dans la bouche »).
En conséquence, pendant longtemps c’est la formule « lingua toscana in bocca romana » qui a résumé l’idéal de la langue italienne, qui proclame sans ambages la suprématie des formes toscanes, mais sans les prononciations propres au dialecte toscan.
Toutefois, avant de les décrire dans le détail, il est utile de prendre tout d’abord appui sur la phonologie de l’italien standard tel qu’il est accepté de nos jours par la plupart des grammaires et des dictionnaires de prononciation de l’italien.
L’italien commun et sa prononciation
Parmi les études spéci ques sur les variétés régionales de l’italien, et grâce aux observations relevées par les différents descripteurs, on peut assez bien circonscrire les éléments de prononciation sur lesquels l’accord des locuteurs italophones se fait et ceux qui au contraire présentent des divergences sensibles.
L’usage choisi par la majorité des ouvrages normatifs se fonde, nous l’avons dit, sur le orentin cultivé, mais débarrassé de ses caractéristiques purement régionales.
Le système phonologique de l’italien dit « standard »
Voici les différentes voyelles et consonnes distinctives du système phonologique de base, qui présente quelques rares divergences pour les phonèmes en syllabe accentuée.
Le système vocalique en syllabe accentuée
L’italien étant une langue à accent libre, c’est-à-dire où la place de l’accent est pertinente (canto, « je chante », accentué sur la première syllabe – canto, « il chanta », accentué sur la dernière syllabe), les descripteurs de l’italien standard s’entendent pour identi er, en syllabe accentuée, 7 phonèmes vocaliques :
i u e o è O
a
Quelques restrictions sont à signaler pour les phonèmes d’aperture moyenne /e/, /è/, /o/, /O/ :
1. Les oppositions /e/ – /e/ et /o/ – /O/ n’existent que sous l’accent et se
neutralisent en syllabe inaccentuée.
2. Ces mêmes oppositions s’entendent surtout à Florence et à Rome et
semblent pratiquement absentes dans le reste de l’Italie, où n’existent qu’un seul /e/ et un seul /o/.
3. Dans les usages qui connaissent ces distinctions entre /e/ fermé et /è/
ouvert, entre /o/ fermé et /O/ ouvert, la distribution des phonèmes ouverts et fermés est variable dans les différents mots, et les grammairiens signalent, quand elles existent, les variations des prononciations entre Florence et Rome, et également les hésitations chez un même locuteur.
On peut comprendre la faiblesse et l’instabilité de ces distinctions entre les phonèmes d’aperture moyenne si l’on se rappelle que la différence entre un /e/ fermé et un /è/ ouvert, entre un /o/ fermé et un /O/ ouvert n’apparaissent pas dans la graphie traditionnelle de l’italien et que la diffusion de cette langue commune s’est faite pendant des siècles sous une forme uniquement écrite.
Le système consonantique
Si l’on ne tient pas compte de la position intervocalique, qui sera traitée plus loin, et de la position nale, où seuls /-m/, /-n/, /-l/, /-r/ peuvent apparaître, les consonnes de l’italien sont au nombre de vingt.
Les consonnes peuvent s’ordonner selon le tableau suivant :
TABLEAU DES CONSONNES
DE L’ITALIEN
labiales apicales sif antes chuintantes palatales vélaires
occl. sourdes p t ts tH k occl. sonores b d dz dj g fric. sourdes f s H fric. sonores v z nasales m n G latérales l λ vibrante r
Pour ces vingt phonèmes, on signale peu de divergences dans les différents usages si ce n’est pour la distinction /ts/ – /dz/, qui montre que là où, à Florence, on prononce par exemple zucchero « sucre » ou zappa « bêche » avec /ts/ (mais /dz/ dans zaino, « sac à dos »), dans les variétés septentrionales, seule la consonne /dz/ se réalise dans tous les cas.
La position intervocalique
C’est dans cette position qu’il existe à la fois le plus de distinctions possibles et que les divergences sont les plus sensibles.
Tout d’abord, c’est presque uniquement chez les locuteurs toscans que l’on peut trouver une sif ante sonore /z/ s’opposant à la sourde /s/ à l’intervocalique (rosa avec /z/, « rose », s’opposant à rosa avec /s/, « démangeaison »). Cette distinction existe surtout à Florence et les ouvrages de prononciation insistent pour la faire respecter.
Dans le reste de l’Italie, cette distinction n’existe pas, et la sif ante /s/ se réalise à l’intervocalique comme un [z] dans le Nord, comme un [s] dans le Midi (par exemple dans casa, « maison »).
De plus, il existe aussi, entre voyelles, une série de consonnes qui permet d’opposer phonologiquement, c’est-à-dire en apportant un changement de signi cation, quinze consonnes simples, à leurs partenaires géminées (réalisées comme des consonnes longues) de même point d’articulation, qui sont :
les sourdes /pp/, /ff/, /tt/, /ss/, /ttH/, /kk/
les sonores /bb/, /vv/, /dd/, /dd j/, /gg/
les nasales /mm/, /nn/
la latérale /ll/
la vibrante /rr/
La « gorgia toscana »
Mais la spéci cité la plus remarquée de la prononciation toscane est certainement ce que l’on nomme la « gorgia toscana », qui mérite un commentaire un peu plus long et un peu technique : elle résulte de la distinction de simple à géminée héritée du latin, et maintenue seulement dans la partie orientale de la Romania.
Elle se réalise de façon très originale en Toscane, où les géminées sourdes /pp/, /tt/, /kk/ à l’intervocalique se sont simpli ées tandis que les consonnes simples /p/, /t/ et /k/ se sont prononcées comme des consonnes très relâchées.
Plus précisément, l’opposition /pp/ à /p/ se réalise comme un [p] occlusif face à [Φ] (c’est-à-dire un [p] « mal fermé »), l’opposition /tt/ – /t/ comme un [t] occlusif face à [θ] (un [t] très relâché), l’opposition /kk/ – /k/ comme un [k] occlusif face à un [k] relâché (un peu comme la jota espagnole mais beaucoup plus faiblement articulée).
Le « neveu », il nipote, se prononce [il ni’Φoθ], la « maison », la casa quelque chose comme [la ’hasa]. C’est surtout cette dernière réalisation de l’occlusive vélaire simple /k/ comme une consonne relâchée, de même point d’articulation au niveau du voile du palais (ou quelquefois au niveau de la glotte, comme [h]), qui a frappé les observateurs, ce qui explique son nom, gorgia , « gorge ». Elle a été non seulement remarquée, mais également critiquée, voire stigmatisée par les grammairiens des différentes époques, surtout à partir du XVIe siècle.
L’italien et le toscan aujourd’hui
On se trouve ainsi aujourd’hui dans cette situation paradoxale, qui consiste à considérer l’usage orentin comme le plus digne d’être imité en tout, mais qui rejette la « gorgia », c’est-à-dire la prononciation très affaiblie des consonnes intervocaliques.
L’enquête sur la « gorgia toscana »
En 1965-1966, j’ai moi-même mené une étude à partir d’un corpus de plusieurs heures d’enregistrement d’une jeune informatrice originaire de Sienne et parlant en italien orentin courant.
Ce corpus a été complété par l’enregistrement d’une trentaine d’autres informateurs au cours de l’été 1966 sur la côte toscane, depuis Marina di Cecina jusqu’aux con ns du Latium. Chez tous ces informateurs était manifeste une opposition nette entre deux types de phonèmes à l’intervocalique, dont les réalisations étaient variables : de l’occlusive assez ferme jusqu’à la spirante la plus relâchée pour les consonnes simples, tandis que les géminées étaient le plus souvent réalisées comme des occlusives très fermes, mais rarement longues.
Ce qui est particulièrement intéressant à signaler, c’est que l’informatrice que nous avions choisie pour étudier les manifestations de la « gorgia » dans sa prononciation, avait également été retenue pour être enregistrée comme modèle dans un manuel d’italien par la méthode « audio-orale » à l’usage des étudiants francophones.
Le rapprochement des deux enregistrements – le mien et celui du manuel – fait apparaître que les différences de prononciation ne concernent ni les voyelles d’aperture moyenne, ni l’opposition /s/ – /z/, mais résident uniquement dans la réalisation de /p/, /t/ et /k/ à l’intervocalique : leurs réalisations sont assez généralement des occlusives fermes pour le manuel, et avec des degrés variables de relâchement – typique de la « gorgia » – dans mes propres enregistrements.
À
À la recherche de l’italien standard
Ce qu’il convient de souligner, c’est que pour les deux usages de cette informatrice, le système phonologique reste identique, et que seules les réalisations des phonèmes participant au phénomène de la « gorgia » en sont différentes.
Stabilité du système
À considérer l’ensemble du système qui vient d’être décrit, on peut s’étonner de voir le même système phonologique demeurer pratiquement inchangé au cours de son histoire (avec les rares points faibles signalés plus haut), pour une langue parlée par une communauté comptant plusieurs dizaines de millions de locuteurs. Cette situation ne peut s’expliquer que par la manière dont l’italien a été diffusé pendant des siècles : en restant une langue uniquement écrite, et qui n’était parlée réellement qu’à Florence et à Rome.
L’italien et le toscan aujourd’hui
On s’est donc longtemps trouvé dans la situation paradoxale décrite ci-dessus, qui consistait à considérer l’usage orentin à la fois comme le plus digne d’être imité en tout, et en excluant la « gorgia », c’est-à-dire la prononciation très affaiblie des consonnes intervocaliques.
Mais depuis le XIXe siècle, et surtout depuis le début du XXe siècle, plusieurs signes semblent annoncer certaines des évolutions à venir car la situation de communication a changé. L’école, le service militaire, la radio, la télévision, la mobilité facilitée des populations, permettent et favorisent un contact plus fréquent et plus régulier entre les locuteurs de différentes régions, et il convient de souligner en particulier que l’af ux de plus en plus considérable de populations méridionales dans les riches régions du Nord – le triangle industriel Milan, Gênes, Turin – a des chances de modi er l’équilibre linguistique en Italie et de faire perdre au toscan la suprématie qui a été incontestée pendant les siècles où il a été la langue commune d’un peuple qui, pourtant, ne l’utilisait que dans ses usages écrits.
Quelle norme écrite pour l’italien ?
Malgré les interminables discussions au XVIe siècle sur la « questione della lingua » entre les partisans du toscan le plus strict et ceux qui favorisaient un italien plus ouvert sur les autres usages, la norme écrite a longtemps été nettement en faveur de la tradition toscane.
En fait, la fondation en 1583 de l’Accademia della Crusca marque en quelque sorte la victoire des partisans du toscan, jusqu’au milieu du XIXe siècle, où Alessandro Manzoni, né et éduqué à Milan, auteur du célèbre roman I promessi sposi, « Les Fiancés », va jusqu’à réécrire son roman, qu’il publie en 1842, en le débarrassant de tout ce qui était trop milanais ou trop archaïsant. Il substituera par exemple ubbedire, typiquement toscan, à ubbidire, de tradition septentrionale, ou angelo, usuel en Toscane, à angiolo, ou encore domandare à dimandare.
Par ailleurs, le XVIe siècle est aussi celui où l’italien commence à devenir l’enfant chéri de l’Europe ; en France, en Angleterre, des livres sont traduits en italien, Milton écrit même des poèmes en italien, on imite Pétrarque et ses sonnets, François Ier peut converser en italien, Elizabeth d’Angleterre aime bien écrire en italien, et Arnault et Lancelot rédigent en France une Méthode pour apprendre facilement et en peu de temps la langue italienne.
Le couple français/italien
Par la suite, les contacts entre les deux langues ont été si constants et si intimes que jusqu’au milieu du XXe siècle, c’est à l’italien que le français avait le plus emprunté et, réciproquement, c’est dans la langue française que l’italien avait le plus puisé.
Échanges entre l’italien et le français
Parmi les emprunts les plus anciens de l’italien au français, on peut citer viaggio (à partir de voyage), mangiare, ou tovaglia « nappe », du vieux français touille, « serviette, nappe ». Vers le XVe siècle, on trouve burro « beurre » ou mostarda « moutarde ».
Au XVIe siècle, les échanges sont réciproques : tandis que le français emprunte des termes de la guerre comme bataillon (de battaglione), ou sentinelle (de sentinella), l’italien emprunte bagaglio, « équipage militaire », ou artiglieria. C’est aussi l’époque où s’introduisent en italien des termes de cuisine français ( confettura, ou crema). Le XVIIe siècle est celui où l’on commence à publier des dictionnaires bilingues français-italien.
Mais c’est au XVIIIe siècle que l’in uence du français prend des proportions exceptionnelles, avec l’entrée de ragù, de besciamella, de bignè ou de sciampagna, de papà, caffè, liquore. Dans le domaine juridique et administratif on crée des calques comme accusatore pubblico, lavori forzati, et dans celui de l’économie, buono del tesoro, dans celui de la vie militaire parola d’ordine, sulpiede di guerra, et dans celui de la cuisine, purè, maionnese, marrons glacés, omelette, ristorante, menu, brioche. Au XXe siècle : collant, couture, lamé, maquillage, dé lé, croissant, souf é, garage, chauffeur, à la page, bricolage…
En fait la longue cohabitation de ces deux langues et leurs rapports intimes avec le latin entraînent une réelle facilité pour passer d’une langue à l’autre : dans des mots comme agitation, occupation ou situation, seul le suf xe doit être modi é, d’où agitazione, occupazione, situazione. La même régularité peut être constatée pour aridité, calamité, densité, in nité, qui deviennent respectivement aridità, calamità, densità, in nità…
Voilà d’excellents « amis », dont on n’aurait aucun mal à allonger la liste, mais qui ne doivent pas faire oublier les « faux amis » que sont certaines formes trompeuses comme par exemple le verbe français salir, « salir » et le verbe italien salire, « monter ».
Quelques faux amis entre l’italien et le français
On remarquera que les quelques mots présentés ci-dessous mettent quelquefois l’accent sur des faux amis partiels : par exemple asilo renvoie aussi à « asile », maschera désigne également le « masque », medicina est aussi la « médecine », et peccato, le « péché ».
affollato (adj.), « rempli de monde » (où l’on reconnaît folia, « la foule »)
asilo, « école maternelle »
binocolo, « jumelles » (« binocle » : occhiali a stringinaso)
bolliti, « pot-au-feu » (mot à mot « les bouillis »)
budino, « an, crème renversée » (mais le « boudin » se dit sanguinaccio)
caméra, « chambre », alors que la « caméra » se dit cinepresa
caramella, « bonbon »
carriola , « brouette » (mais « carriole » se dit carretta)
celeste (adj.), « bleu ciel » (mais aussi « céleste »)
colazione, « déjeuner » (« collation » se dirait spuntino)
con dente, « indicateur » (de police)
con denza, « familiarité » (mais aussi « con dence »)
contemplare , « prévoir » (signi e aussi « contempler »)
contomo, « garniture » (légumes accompagnant un plat)
costipazione, « rhume » (se dit aussi raffreddore)
date un esame , « passer un examen »
decoro, « décorum, dignité »
diligente (adj.), « appliqué »
discreto (adj.), « assez bon, passable »
facchino, « porteur » (de colis, de valises…)
fantasia , « imagination »
fermare, « arrêter » (« fermer » se dit chiudere)
in gamba, « ingambe, alerte, en pleine forme »
lenzuolo, « drap » (« linceul » se dit lenzuolo funebre)
marinare la scuola, « sécher l’école »
marmitta , « pot d’échappement » (« marmite » se dit pentola)
maschera , « ouvreuse » (dans une salle de spectacle)
medicina, « médicament » (mais aussi « médecine »)
morbido, « doux, moelleux » (« morbide », se dit morboso)
nome , « prénom » (le « nom de famille » se dit cognome)
omaggio, « cadeau »
onomastico , « jour de la fête »
ordinario, « titulaire » (professeur titulaire dans une université)
palazzo , « immeuble » (mais aussi « palais »)
patente, « permis de conduire »
peccato !, « dommage ! » (peccato signi e « péché »)
ricetta , « ordonnance » (du médecin)
ripresa, « prise de vue »
salire, « monter » (« salir » se dit sporcare)
savoiardo, « biscuit à la cuiller » (savoiardo signi e « savoyard »)
semaforo , « feu (de la circulation) »
sentire, « entendre »
trucco, « maquillage, fard » (mais aussi « truc »)
verdura, « légumes »
Les pièges du genre grammatical
Parfois peuvent surgir des dif cultés inattendues, car, bien que toutes deux d’origine latine, les deux langues n’ont pas adopté le même genre grammatical, comme on peut le voir dans les quelques exemples suivants :
Genre masculin (italien) Genre féminin (français)
l’affresco (m.) la fresque l’attacco (m.) l’attaque (f.)
il dettato la dictée
il ore la eur
il margine la marge
l’orrore (m.) l’horreur (f.)
il pianeta la planète
Genre masculin (français) Genre féminin (italien)
le chiffre la cifra
le chocolat la cioccolata
le guide la guida
le jade la giada
le mimosa la mimosa
l’onyx (m.) l’onice (f.) le plastique la plastica l’esclavage la schiavitù
le tigre la tigre
le zèbre la zebra
L’italien et l’anglais
Alors que les rapports entre l’italien et le français ont été précoces et constants depuis le Moyen Âge, l’in uence de l’anglais sur l’italien n’a commencé à se manifester qu’à partir du XVIIIe siècle, mais surtout vers la
n du XIXe siècle, et la plupart du temps à travers le français : dans le
domaine politique, avec par exemple coalizione, comitato, lista civile, mozione, ou dans celui de la mode, avec redingo tto (de riding coat, par le français redingote). Du XIXe siècle datent meeting, leader, boicottare, dandy ou fashionable et smoking, locomotiva et vagone, foot ball, tennis et handicap, rosbif et sandwich. Mais c’est surtout au XXe siècle que les emprunts à l’anglais se sont multipliés : par exemple c’est de l’anglais tout court que l’on va retrouver en italien slogan, marketing, gag, sketch, lm, fan, nylon, boss, gangster, pipeline, shampoo, puis jeans, cameraman,
ashback, jogging, terminal, fty fty, lobby, sponsor, self service, ticket,
gay, computer, check-up, tabloid, mass, relax et stress, sexy, media, Aids ( Acquired immune de ciency syndrome). Le projet de remplacer ce dernier par sida, comme en français, n’a pas eu de succès.
Et ces exemples ne sont qu’un petit échantillon des emprunts de l’italien à l’anglais depuis le début du XXe siècle.
Le latin, malgré tout
En n, c’est du latin tout court – sous forme de mots et d’expressions – que l’on va retrouver mêlé à l’italien de tous les jours.
Liste « latin-latin » en italien
Dans cet échantillon de mots et expressions tels qu’ils existaient en latin classique, et qui survivent en italien, on constatera qu’une grande partie d’entre eux gure aussi dans d’autres langues (par exemple en français, ch. 4, en grec, ch. 2, ou en anglais, ch. 5).
ab urbe condita, « depuis la fondation de Rome », qui s’oppose à A.D.,
anno domini, « depuis la naissance de Jésus-Christ »
addendum, « ce que l’on va ajouter », où l’on retrouve la même forme
delenda Carthago, « il faut détruire Carthage »
ad kalendas graecas, « aux calendes grecques » = « jamais », puisque dans
le calendrier grec il n’y a pas de calendes
ad libitum, « à volonté » (formé sur libet, « il plaît »)
af davit, « témoignage écrit sous serment », du verbe af dare, « témoigner
sous serment », transmis par l’anglais. C’est aussi la déclaration par laquelle l’émigrant aux États-Unis garantit qu’il a les moyens de subsistance durant son séjour.
a fortiori, « à plus forte raison »
agenda , « carnet où sont notées les choses à faire » album, « cahier de
feuilles blanches où l’on peut coller photos, timbres… »
alea jacta est, « le sort en est jeté »
alias , « avec un autre nom ». Il faut sous-entendre vices (alias vices :
« d’autres fois, en d’autres circonstances »)
alibi, de alius « autre » et ibi « là »
aula magna , « grande salle, réservée dans les universités aux cérémonies
of cielles »
aut aut , mot à mot « soit soit », par ex. porre un aut aut, « poser une
alternative »
bis, « deux fois »
busillis , résultat d’une méprise. Cette forme s’explique ainsi : à l’occasion
d’une dictée comportant in diebus illis, « en ces jours-là », un élève ayant écrit in die busillis, il n’arrivait pas à trouver busillis dans le dictionnaire. Depuis, busillis est devenu synonyme de « dif culté, obstacle » : qui sta il busillis, « voilà le hic ».
cum quibus, sous-entendu nomisma, « pièces de monnaie », cum quibus,
« avec lesquelles (on peut faire beaucoup de choses) ». L’expression a même été transformée en conquibus.
de cit, 3e personne du singulier du présent de l’indicatif du verbe de cere
« manquer ». Désigne ce qui manque pour que les entrées de fonds équivalent aux dépenses. Cette formule a été employée pour la première fois en France au XVIe siècle.
duplex , en latin « double ». Actuellement, au téléphone ou à la télévision,
dispositif permettant à deux personnes de communiquer avec une seule ligne.
errata, abréviation de errata corrige, « corrige les erreurs », autrefois liste
de fautes de frappe glissée par l’imprimeur dans le livre imprimé, dont le premier exemple date de Gutenberg.
forum , le sens ancien de « place publique » est perdu, pour être remplacé
par « lieu virtuel de discussions et de partage ».
gratis, « sans payer », de gratiis, de gratia, « grâce, faveur »
grosso modo , « plus ou moins, dans les grandes lignes »
habitat , 3e personne du singulier du présent de l’indicatif du verbe
habitare, « habiter »
hic et nunc , « ici et maintenant »
horribile dictu , « horrible à dire »
incipit , « (ainsi) commence », 1re personne du présent de l’indicatif du
verbe incipere « commencer » (cf. af davit, dé cit et habitat). Désigne la première phrase d’un livre.
in folio, désigne les livres imprimés sur une feuille ayant une seule pliure,
c’est-à-dire de format gigantesque. Actuellement, les formats les plus communs sont in 8o ou in 16o.
in nuce , « dans un noyau de noix », c’est-à-dire sous forme synthétique,
ou en germe
interim, « pendant ce temps, en attendant ». Employé comme substantif,
désigne une fonction provisoire.
item , « également »
ius primae noctis, « droit de la première nuit », en français droit de
cuissage
lapis , « pierre » ; en italien, désigne le « crayon » (nommé ainsi à cause du
graphite pulvérisé)
latinorum , génitif pluriel de latinus pour désigner familièrement une
façon de parler volontairement savante
lavabo, abréviation de lavabo inter innocentes manus meas, phrase que le
prêtre prononce durant la messe. Lavabo a ensuite désigné l’appareil sanitaire installé dans la sacristie, puis n’importe quel lavabo.
locanda, « modeste restaurant avec logement ». La locution complète
serait caméra locanda « chambre à louer » (cf. agenda, mémorandum ou referendum).
legenda, « qui doit être lu »
mass media , locution à moitié anglaise (mass) et à moitié latine (media),
entrée en italien à travers l’anglais mémorandum, « chose dont il faut se souvenir »
mutatis mutandis, « ayant changé les choses qu’il faut changer » (cf.
addendum , « ce qu’il faut ajouter ») nova, « nouvelle étoile » passim, « çà
et là »
pinxit, « il a peint ». Inscription, à la suite du nom, sur la partie inférieure
de tableaux anciens (cf. dé cit, habitat)
qui pro quo, « quiproquo », mot à mot « qui au lieu de quo »
quorum, formule utilisée d’abord en Angleterre au XVe siècle pour établir
le nombre de juges nécessaire pour valider une décision
rebus , jeu consistant à deviner un mot ou une phrase au moyen de dessins
représentant des objets ( rebus est l’ablatif pluriel de res « avec les choses »)
referendum, « qui doit être rapporté »
salve, « salut ! ». Se dit en Italie quand on rencontre une personne dont on
ne sait pas si on va la tutoyer ou la vouvoyer.
sine die, « sans limite de date »
sponsor, appartient à la même famille que spondere, « promettre,
garantir »
symposium, « congrès de spécialistes »
tandem, « nalement »
una tantum , « une seule fois »
vale, « porte-toi bien ». C’était le dernier mot d’une lettre. Les Romains la
commençaient souvent avec le sigle S.V.B.E.E.V. Si vales bene est ego valeo « Si tu vas bien, c’est bien. Moi, je vais bien ».
vulgata, abréviation de Éditio vulgata, la version latine de la Bible par
saint Jérôme
L’italien, langue de l’État italien
Alors que pendant tout le Moyen Âge, la langue parlée est nommée « volgare » face au latin, le XVIe siècle, où se déroule une longue polémique sur la « questione della lingua », on voit apparaître de plus en plus souvent le terme italien pour la désigner.
Le latin avait encore une position privilégiée, par exemple dans l’enseignement, mais la prise de position de Galilée est exemplaire ; alors qu’en 1610, il avait publié son ouvrage Sidereus nuncius, « Le messager astral », en latin, il commence à écrire de préférence en italien dès l’année suivante, et, à partir de 1612, c’est en italien qu’il publiera tous ses ouvrages.
Mais de quel italien s’agit-il ?
La publication de la première édition de l’Accademia della Crusca en 1612 con rme une volonté de valoriser les archaïsmes du toscan de Florence. Toutefois il s’agit là uniquement de la langue écrite, alors que les différents dialectes continuaient à régner sans partage dans la langue parlée.
La situation est bien différente de nos jours, où, aux côtés des dialectes, toujours bien vivants pour certains d’entre eux, l’italien s’entend dans toute la péninsule et dans les îles sous la forme de ses multiples variétés.
Les circonstances économiques actuelles mettent l’accent sur le triangle industriel Milan-Gênes-Turin, qui attire des travailleurs venus en masse des provinces méridionales, et pourraient modi er la donne et favoriser les usages septentrionaux. L’ancienne préférence de la « lingua toscana in bocca romana » sera-t-elle supplantée par une nouvelle norme donnant une place de plus en plus prégnante aux habitudes linguistiques des gens du Nord ?
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