Minus, lapsus et mordicus
6. Le latin des sciences et des techniques
CHAPITRE 6
LE LATIN DES SCIENCES ET DES
TECHNIQUES
Toutes les nomenclatures scienti ques sont dèles au latin, mais il convient de faire une place à part aux sciences naturelles, car en zoologie ou en botanique, cet attachement va beaucoup plus loin puisque, de nos jours, la seule façon de s’y retrouver, pour désigner une espèce de plante ou d’animal, est de recourir à leur nom latin.
Mais ne nous y trompons pas ! Ce latin des sciences naturelles n’est ni le latin classique de Cicéron ou de Virgile, ni le latin populaire qui a donné naissance aux diverses langues romanes, mais un latin très particulier, connu sous le nom de latin scienti que ou latin des naturalistes, et qui n’a pris naissance qu’au XVIIIe siècle.
Le latin des naturalistes
Devant l’extrême diversité du monde vivant – plus d’un million d’espèces animales ont été répertoriées dans le monde, et on en découvre de nouvelles tous les ans – les spécialistes ont créé une nomenclature à base plus ou moins latine a n de leur attribuer des appellations sans équivoque, face aux dénominations variables adoptées par le grand public. Cette nomenclature s’appuie sur un classement scienti que rigoureux des différentes espèces.
Le classement des espèces
Malgré quelques rares divergences entre les spécialistes, on peut dire que le classement des espèces animales s’appuie sur un critère de base universellement reconnu : on estime en principe qu’appartiennent à la même espèce des individus capables de se reproduire dans leur milieu naturel.
Dans le domaine des mammifères, les zoologistes distinguent par exemple six espèces pour la famille des camélidés : en français, leurs noms sont d’une part le chameau proprement dit, ou chameau à deux bosses, et le dromadaire , ou chameau à une bosse (deux espèces distinctes, que le non-spécialiste confond très souvent sous le nom unique de chameau), et d’autre part le lama, le guanaco, l’alpaga et la vigogne, aux noms d’origine amérindienne, et qui gurent rarement dans le vocabulaire courant des Européens, sinon pour désigner par métonymie les tissus de laine soyeuse dont ils sont la source.
À chacune de ces espèces a été attribué un nom latin particulier, tout comme c’est le cas pour le mammifère que le commun des mortels de langue française nomme une chauve-souris, où la disproportion entre le nombre de noms savants et celui des noms courants est encore plus incroyable. Alors que l’on compte près de mille espèces de chauves-souris, chacune étant identi ée par un nom scienti que unique en latin des naturalistes, les dictionnaires usuels du français n’en recensent que sept : le verspertilion, la pipistrelle, l’oreillard, la noctule, la roussette (ou renard volant ), le rhinolophe (ou fer à cheval) et le vampire.
La langue courante semble donc bien démunie devant la multiplicité des espèces auxquelles il importe pourtant d’attribuer un nom, et un seul, à chacune d’entre elles. Cette carence s’explique tout naturellement par l’impossibilité où se trouve l’observateur ordinaire de reconnaître les traits physiques ou comportementaux permettant de distinguer ces différentes espèces. En ce qui concerne les chauves-souris, par exemple, il sait seulement que le vampire (parfaitement désigné sans équivoque en latin des naturalistes sous la forme Desmodus rotundus) a coutume de sucer le sang des animaux pendant leur sommeil, mais il ne connaît certainement pas les noms du millier d’autres chauves-souris qui s’en différencient.
Désignations des espèces dans les usages ordinaires
En revanche, cette même langue courante se montre parfois prodigue puisqu’il lui arrive d’attribuer deux, ou même trois noms à la même espèce animale : en français, le rat des champs se nomme aussi campagnol, et le rat d’égout est également connu sous le nom de rat gris ou de surmulot. D’autre part, le renne est parfois appelé caribou – au Canada – et le nom baleine blanche a un synonyme, emprunté au russe, bélouga.
Cette diversité lexicale selon les lieux n’est pas pour surprendre le linguiste, car il est habitué à observer avec la plus grande attention la multiplicité des variantes dans toutes les langues du monde. Et il ne s’en inquiétera pas, jusqu’au moment où il s’apercevra que bélouga n’est pas uniquement le nom du cétacé également connu sous le nom de baleine blanche, mais aussi celui d’un esturgeon réputé pour la qualité du caviar qu’on en tire, l’esturgeon bélouga.
En n, renne et caribou n’ont qu’une même dénomination en latin des naturalistes (Rangifer tarandus), et le campagnol ou rat des champs n’a qu’un seul nom scienti que, Microtus arvalus (tridactyla).
De toute façon, on l’a bien compris, le seul moyen sûr de se référer à une espèce donnée passe obligatoirement depuis Linné par le nom scienti que qui lui a été attribué en latin des naturalistes.
Mais qu’est-ce exactement que ce latin des naturalistes ?
Tout d’abord, on doit bien se rendre compte qu’il s’agit seulement d’un latin réduit à son lexique et qui ne permet pas toujours de reconnaître les racines latines de ces formes. En effet, on l’a déjà dit, ce n’est ni le latin classique tant estimé, ni le latin populaire des légions de l’armée romaine qui s’est diversi é au cours des siècles en plusieurs langues bien répertoriées et aujourd’hui toujours vivantes, mais un compromis entre des formes en majorité latines (Ursus, « ours », ou Canis, « chien »), mais aussi des formes grecques plus ou moins latinisées (Alopias vulpinus, par exemple, pour le requin-renard), ou même des formes venues d’ailleurs (Martes zibellina pour la zibeline, où zibellina représente son nom russe latinisé).
Ainsi, Alopex lagopus « renard aux pieds de èvre » est le seul nom qui désigne scienti quement le renard polaire, connu également en français sous le nom de renard bleu ou isatis, et Monodon monoceros « [qui a] une seule dent », est le nom scienti que permettant d’identi er à coup sûr le narval, qui est une sorte de licorne des mers arctiques. Principes généraux de cette nomenclature binaire
Ce nom dit « latin » se compose nalement de deux parties indispensables, dont la première désigne le genre, et la seconde, une des caractéristiques de l’espèce, qui peut être :
Une caractéristique de l’animal
(forme, couleur, habitat, comportement), par exemple :
Canis latrans , mot à mot « chien hurleur », pour le coyote ;
Ailuropoda melanoleuca, où l’on reconnaît, sous melanoleuca, une forme
grecque latinisée signi ant « noir et blanc », et sous Ailuropoda, « aux pieds agiles ». C’est le nom scienti que du grand panda ou panda géant, mondialement célèbre pour avoir été choisi comme le représentant fétiche des espèces en danger ;
Atilax paludinosus pour la mangouste des marais.
Une appartenance géographique, comme :
Castor canadiensis pour le castor américain.
Un nom de personne en rapport
avec l’espèce ainsi nommée :
Ce nom est latinisé selon les formes de la deuxième déclinaison latine, et
gure toujours au génitif (sous la forme -i ou -ii), par exemple :
Equus grevyi, pour le zèbre de Grévy ;
Phocoenides dalli , pour le marsouin de Dali ;
Okapia johnstoni , pour l’okapi de Johnston.
Un bilinguisme propre aux naturalistes
Grâce à l’analyse de ces noms scienti ques à partir des racines latines ou grecques sur lesquelles ils reposent, on se rend compte que si, à l’origine, ces noms sont en principe motivés, ils fonctionnent en dé nitive comme des noms propres, ce qui justi e la lettre majuscule à l’initiale. Cette indication suggère en particulier que ce sont des noms susceptibles de perdre leur signi cation à la longue et que, comme pour les noms propres, chacun d’entre eux renvoie par dé nition à une espèce unique.
C’est cette qualité de stabilité consensuelle, reconnue par la communauté scienti que internationale, qui permet aux naturalistes de tous les pays du monde d’identi er sans équivoque les différentes espèces du règne animal et végétal grâce à ce pseudo-latin si original, face aux appellations forcément imprécises de la langue courante.
Il faut bien sûr ajouter que le bilinguisme un peu particulier auquel il donne lieu (langue courante et langue scienti que) se manifeste surtout à l’écrit et presque uniquement chez les spécialistes des sciences de la nature et de la vie, et que seuls certains amateurs passionnés, et plutôt rares, se font un devoir – et un plaisir – d’apprendre à connaître les termes savants des diverses espèces en plus de leurs appellations courantes ou régionales. Une dernière remarque : même les petites brochures touristiques décrivant la faune et la ore d’une région ne manquent pas de présenter, à côté du nom français, le nom savant dans ce latin des zoologistes et des botanistes.
Mais ce latin si spécial reste toutefois le propre des sciences naturelles, face à toutes les autres sciences, qui ont engrangé sans compter des milliers de noms du latin classique au cours des siècles.
C’est le vocabulaire de la chimie qui nous retiendra à présent un peu plus longuement.
Le latin et la chimie
Après la lointaine époque dominée par l’alchimie, où les éléments de base avaient des noms plus imagés que scienti ques, l’avènement de la chimie au XVIIIe siècle se caractérise en particulier par l’établissement d’une
nomenclature précise, nalement devenue internationale : on est alors passé du ou artistique des alchimistes au langage rigoureux de la chimie, où les bases latines ont largement été mises à contribution.
RÉCRÉATION
DE L’ALCHIMIE À LA CHIMIE
Voici sept noms d’éléments tels qu’ils guraient dans des traités d’alchimie (de 1 à 7).
Dans la chimie moderne, ces termes correspondent mais dans le désordre, aux sept autres (de A à G). Pouvez-vous faire les rapprochements nécessaires ?
1. sucre de Saturne A. acétate de calcium 2. safran de Mars apéritif B. acétate de plomb 3. lune cornée C. acide sulfurique 4. huile de vitriol D. chlorure d’argent 5. cristaux de Vénus E. oxyde ferrique 6. pierre infernale F. nitrate d’argent 7. sel d’yeux d’écrevisse G. nitrate de cuivre
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Si l’on observe attentivement la centaine des éléments chimiques regroupés dans le tableau de Mendéléiev, il apparaît clairement que la moitié d’entre eux ont des noms d’origine latine (ou grecque, par le latin), et que, parmi les représentants de l’autre moitié, c’est bien souvent la terminaison latine -ium qui s’ajoute à un nom propre de savant (gadolinium sur le nom du chimiste nlandais Gadolin, einsteinium sur celui de Einstein…).
Malheureusement les symboles qui les représentent ne sont pas toujours immédiatement transparents.
RÉCRÉATION
POURQUOI LE SYMBOLE Na
POUR LE SODIUM ?
Alors que, pour désigner l’argent, les anglophones continuent à dire et à écrire silver, les
Allemands, Silber, sauf dans leurs communications scienti ques, où c’est le symbole Ag qu’ils utilisent (un symbole établi à partir du latin argentum), comment peut-on expliquer le symbole Na, devenu international, pour le sodium ?
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Le latin et l’informatique
Même le vocabulaire de l’informatique, qui nous vient surtout de l’anglais, repose aussi en grande partie sur des bases latines : les termes anglais computer, code, test, numerize ne sont que quelques exemples de formes d’origine latine dans ce domaine.
Computer et ordinateur
Sous computer, on reconnaît le verbe latin computare, « calculer, compter ». C’est ce terme, computer, qui avait été emprunté en français aux tout débuts de l’informatique, avant d’être remplacé par ordinateur (lui-même également formé sur le latin). La proposition de ce terme français en avait été faite en 1955, par le professeur Jacques Perret, spécialiste de latin, et le nom ordinateur avait nalement été adopté par la société IBM France dans les années 1960.
La lettre ci-après, adressée au dirigeant de la société IBM France par Jacques Perret, explique très clairement les raisons de son choix. On voit qu’au lieu de favoriser la notion de calcul qui se trouve dans computer, c’est la fonction de mise en ordre des données qui a été privilégiée, en relation avec le verbe latin ordinare, « mettre en ordre ».
LA LETTRE DE JACQUES PERRET
Université de Paris
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FACULTÉ
DES
LETTRES
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Paris, le 16 IV 55
Cher monsieur,
Que diriez-vous d’ordinateur ? C’est un mot correctement formé, qui se trouve même
dans le Littré comme adjectif désignant Dieu qui met de l’ordre dans le monde.
Un mot de ce genre a l’avantage de donner aisément un verbe ordiner, un nom d’action
ordination. L’inconvénient est que ordination désigne une cérémonie religieuse ; mais les deux champs de signi cation (religion et comptabilité) sont si éloignés et la cérémonie d’ordination connue, je crois, de si peu de personnes que l’inconvénient est peut-être mineur.
D’ailleurs votre machine serait ordinateur (et non ordination) et ce mot est tout à fait
sorti de l’usage théologique. […]
« Systémateur » serait un néologisme, mais qui ne me paraît pas offensant ; il permet
« systématisé » ; – mais système ne me semble guère utilisable – « combinateur » a l’inconvénient du sens péjoratif de « combine » ; « combiner » est usuel donc peu capable de devenir technique ; « combination » ne me paraît guère viable à cause de la proximité de « combinaison ». Mais les Allemands ont bien leurs « combinats » (sorte de trusts, je crois), si bien que le mot aurait peut-être des possibilités autres que celles qu’évoque « combine ».
« Congesteur », « digesteur » évoquent trop « congestion » et « digestion ». « Synthétiseur »
ne me paraît pas un mot assez neuf pour designer un objet spéci que, déterminé comme votre machine. En relisant les brochures que vous m’avez données, je vois que plusieurs de
vos appareils sont désignés par des noms d’agent féminins (trieuse, tabulatrice). « Ordinatrice » serait parfaitement possible et aurait même l’avantage de séparer plus encore votre machine du vocabulaire de la théologie. Il y a possibilité aussi d’ajouter à un nom d’agent un complément : « ordinatrice d’éléments complexes » ou un élément de composition, par exemple : « sélecto-systémateur ». « Sélecto-ordinateur » a l’inconvénient de deux « o » en hiatus, comme « électro-ordinatrice ».
Il me semble que je pencherais pour « ordinatrice électronique ». Je souhaite que ces
suggestions stimulent, orientent vos propres facultés d’invention. N’hésitez pas à me donner un coup de téléphone si vous avez une idée qui vous paraisse requérir l’avis d’un philologue.
Vôtre,
Jacques PERRET
Code, test, numériser
Sous le nom anglais code, on retrouve le substantif latin codex, dont le premier sens était « tablette à écrire », puis « livre de comptes », et il s’y ajoute, dans les usages modernes, une extension sémantique pour désigner un système de signes permettant de transformer un message en vue d’une utilisation particulière. Cette nouvelle acception s’applique parfaitement aux réalisations de l’informatique, qui utilise un code binaire, c’est-à-dire un système de numération de base 2 (les chiffres 0 et 1).
De son côté, test est un mot qui a beaucoup voyagé, et qui a une longue histoire puisqu’il remonte au latin testum, « vase d’argile », qu’il est ensuite passé par l’ancien français test pour désigner, au Moyen Âge, un pot de terre servant aux expériences des alchimistes, en particulier pour l’essai de l’or, avant d’être emprunté par l’anglais, et employé dans le sens de « essai, épreuve ». Et c’est dans ce dernier sens qu’il a fait le voyage de retour au français à la n du XIXe siècle.
En n, on peut sans dif culté voir sous le verbe to numerize la racine latine numerus, « nombre », la numérisation étant la transformation d’un texte, d’un son ou d’une image, en une forme numérique directement utilisable par un système informatique.
Un cas très particulier : le Lorem ipsum
Ce nom mystérieux d’apparence toute latine a pour synonyme bolobolo, pour désigner, en imprimerie, du « faux texte » en attente, mais dont la constitution est semblable à du vrai texte, lorsque le texte dé nitif n’est pas disponible et que l’on désire calibrer l’espace qu’il recouvrira dans la maquette d’un livre, d’un article ou d’une publicité. Sous sa forme pseudo-latine, sa lecture ne dérangera pas le lecteur, qui pourra ainsi se concentrer sur le seul aspect graphique.
En réalité, Lorem n’est pas un mot latin, bien qu’il soit, semble-t-il extrait d’un texte de Cicéron (De nibus bonorum et malorum). On pense qu’il a été utilisé comme du faux texte dans les imprimeries depuis les années 1500, mais en le modi ant pour le travestir plus sûrement. À partir du texte de Cicéron « Nequeporro quisquam est, qui dolorem ipsum quia dolor sit omet, consectetur, adipisci velit… » « Il n’existe personne qui aime la souffrance pour elle-même, ni qui la recherche ni qui veuille pour ce qu’elle est… » On voit bien que dolorem ipsum a été tronqué pour devenir lorem ipsum, tout à fait inconnu et donc apte à jouer le rôle de simple remplissage.
Le latin et le droit
En France, le latin a été pendant des siècles la langue de la justice et du droit, et cette situation s’est maintenue jusqu’à l’Ordonnance de Villers-Cotterêts, par laquelle, en 1539, François Ier met n à une situation qui ne pouvait plus durer, les accusés tout comme les victimes ne réussissant plus à suivre ce qui se disait dans les tribunaux. En effet, la langue parlée par le peuple de France avait pris une forme de latin tellement évoluée que cette langue ne ressemblait plus que de loin au latin des juges et des avocats, devenu aux justiciables aussi incompréhensible qu’une langue étrangère.
Exit le latin, mais pas tout à fait
15 août 1539 : une date emblématique dans l’histoire du français car elle marque l’entrée of cielle de la langue française dans la vie du royaume, à la faveur de cette Ordonnance de Villers-Cotterêts promulguée par François Ier sur la réforme de la justice.
Dans le souci d’une meilleure compréhension entre les parties et d’une réduction de l’incertitude dans l’interprétation des textes administratifs et of ciels ainsi que dans l’application des décrets et des lois, deux articles, l’article 110 et l’article 111, portent spéci quement sur la langue des tribunaux et de l’administration : désormais, tout devait être parfaitement clair dans les plaidoiries et dans les jugements, et la solution était d’en exclure le latin.
Les raisons en sont nettement exposées dans le texte de cette ordonnance (où l’orthographe d’origine a été respectée) :
« Et a n qu’il n’y ait cause de douter sur l’intelligence desdits arrests, nous voulons et ordonnons
qu’ils soient faits et escrits si clairement, qu’il n’y ait ne puisse avoir aucune ambiguïté ou
incertitude, ne lieu à demander à interprétation. »
La mesure sera suivie d’effet dans toutes les juridictions, et le latin devra disparaître de tous les actes écrits ou parlés de la vie publique, comme cela est précisé dans les lignes ci-dessous :
« Et pour ce que de telles choses souuent aduenues sur l’intelligence des mots latins contenus
esdits arrests, nous voulons dores en auant que tous arrests ensemble toutes autres procedures,
soient de nos cours souueraines et autres subalternes et inferieures, soient de registres, enquestes,
contrats, commissions, sentences, testaments et autres quelconques actes et exploicts de justice, ou
qui en dependent, soient prononcez, enregistrez et délivrez aux parties en langaige maternel
françois et non autrement. »
Le latin est donc très clairement visé, et il disparaîtra effectivement des usages parlés et écrits des tribunaux… tout en laissant de nombreuses traces dans le langage du droit.
Survivances du latin dans le langage du droit et de la justice
En parcourant, encore de nos jours, plaidoiries et jugements rédigés en français, on peut trouver quelques locutions latines comme :
ad nutum, « à son gré » (littéralement, « à un signe de tête »)
ab intestat, (l’héritier) « lorsque le défunt n’a pas laissé de testament »
affectio societatis , « intention de s’associer »
de cujus, abréviation de de cujus successione agitur, « la personne dont on
règle la succession »
sui generis, « [une disposition] qui n’est réductible à aucune catégorie
préexistante »
intuitu personae , « en tenant compte de la personne »
corpus delicti, « le corps du délit »
exequatur , « que soit exécuté »
alibi, « ailleurs, dans un autre lieu »
donatio post nuptiae, « donation après mariage »
secundum legem, « selon la loi »
bona des, « bonne foi »
Il existe aussi de très anciens adages du droit qui peuvent gurer en latin dans des textes juridiques, bien qu’ils soient de nos jours le plus souvent traduits en français :
testis unus, testis nullus , « un seul témoin, pas de témoin »
nulla poena sine lege , « nulle peine sans loi »
Toutes ces expressions latines gardent généralement en français une prononciation « à la française », ce qui n’est pas le cas pour une autre variété de latin, plus proche de la tradition, et reconnaissable entre toutes : celle du latin d’église.
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