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Prologue : Villa urbaine, l’exemple lausannois

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Prologue : Villa urbaine, l’exemple lausannois

Prolog: Urban Villa, the Lausanne Example Benoît Jacques

FR Si le titre choisi est « villa urbaine », bien que les possibili- Si le sous-titre choisi est « l’exemple lausannois » quand

tés varient, selon les époques, pour une même définition bien même il existe des villas urbaines presque partout,

— « villa locative », « maison à loyer » ou encore « plot » —, de Berlin à Vienne en passant par Tel-Aviv et dans des

c’est probablement, parce qu’il est le plus universel. Il se quartiers entiers, c’est certainement, parce qu’à Lausanne

rapproche du « Stadtvilla » allemand et du « urban villa » cette typologie trouve un certain apogée.

anglais. Cette association de deux mots peut paraître peu

évocatrice ou même susciter une image étrange ; à l’in- En effet, hormis le centre historique et industriel, presque

verse d’autres typologies plus concrètes comme la maison toute la ville est faite de villas urbaines, et comme presque

unifamiliale, la tour ou l’immeuble à cour. Avant d’entrer la ville entière est en pente, ces dernières profitent de

dans le vif du sujet, voici une définition personnelle pour cette topographie escarpée ; le panorama omniprésent

partir sur une notion commune : accentue les qualités offertes par cette typologie et le

Villa urbaine : immeuble d’habitation respectant l’ordre non- sentiment d’habiter une maison à la campagne. Arriver en

contigu, haut de trois à cinq étages comportant un ou plu- bateau à Lausanne est un spectacle des plus majestueux.

sieurs logements et liés par une cage d’escalier collective. Malgré le dénivelé, l’horizontalité prime dans le paysage

lausannois : celle du lac et de la rive au premier plan, puis

Cette typologie issue de la fin du e xix siècle a marqué celle des lignes courbes du terrain naturel, et enfin celle

l’urbanisme de certaines villes ou de certains quartiers des murs ou murets de soutènement qui créent de mul-

et s’est sans-cesse renouvelée pour rester un outil fiable tiples terrasses. Les villas urbaines tranchent par leur

de qualité urbaine et architecturale. Du point de vue verticalité, mettant en valeur non seulement le paysage

urbain, ce type d’habitation permet de créer en ville à la qui les entoure mais aussi leur propre architecture. La

fois une spatialité ouverte et une certaine densité. Si ces confrontation entre nature et construction est douce.

deux termes que sont « villa » et « urbaine » sont d’appa- On ne saurait situer exactement la jonction entre volon-

rence contradictoires, ils représentent certainement une té urbaine et disposition naturelle. Tout en étant « ville »,

conciliation entre ouverture paysagère et urbanité. Dans Lausanne offre les qualités d’un jardin à l’anglaise et

le contexte actuel de crise écologique, cette typologie est amène le promeneur (solitaire) dans l’errance poétique

également intéressante pour la présence d’espace natu- et la rêverie.

rel qui entoure l’habitat favorisant ainsi une plus grande

perméabilité des sols et aidant à la modération des fortes Sur cette approche « locale », le présent livre est composé

chaleurs dans les milieux urbains. d’une série d’éléments graphiques présentant Lausanne —

 la ville ouverte — et, plus en profondeur, huit villas ur-

Malgré nos engagements pour la planète, le confort indivi- baines. Sur les centaines de villas urbaines présentes

duel, représenté par la maison unifamiliale, reste convoité dans la ville, nous avons sélectionné huit bâtiments

par la majorité. Pourtant, la typologie de la villa urbaine que nous jugeons représentatifs de l’évolution de cet

est une alternative non-négligeable, pour ne pas dire une archétype pendant les deux principales périodes du dé-

possible solution. En effet, du point de vue architectural, veloppement urbain « ouvert » : les années 1900 et 1930.

on retrouve dans ce type d’habitation collective qui est Le nombre de huit est sans-doute limité, mais il suffit à

la villa urbaine les qualités de la villa individuelle : un comprendre une majeure partie des attributs et qualités

large panorama, une distance par rapport à la rue et aux de la typologie. Ceci-dit, un de mes souhaits serait de voir

bâtiments voisins et un jardin offrant un certain calme paraître un jour, en tome 2, un atlas complet et exhaustif

(malgré les mouvements de la ville qui l’entoure). des villas urbaines lausannoises.

 

Cette typologie donne également la possibilité de créer Comme une suite de variations d’un même schéma,

des appartements d’une très grande qualité s’ouvrant chaque chapitre du livre met en relation différentes ca-

sur trois ou quatre orientations. La cage d’escalier lu- ractéristiques des villas urbaines : la situation et la forme

mineuse, d’ordinaire vitrée et située en façade nord, est urbaine, l’organisation spatiale, l’atmosphère des inté-

source de rencontre pour les habitants peu nombreux rieurs habités, la composition des façades et l’expression

de l’immeuble, lui donnant un caractère de grande mai- extérieure in situ. Bien que l’illustration photographique

son. L’entrée des logements étant communément située de ces bâtiments, réalisée par Filip Dujardin, soit contem-

au cœur du bâtiment, la gradation spatiale se fait dans poraine, les plans et élévations sont redessinés sur la base

toutes les directions : le plan rayonne. des plans originaux mis à l’enquête. Ainsi, et grâce aux

archives de la ville de Lausanne, les différentes, et sou-

Grâce à ces multiples qualités évoquées, la typologie de vent malheureuses, altérations que les villas urbaines ont

la villa urbaine est souvent revenue sur les devants de subies depuis leurs constructions n’apparaîtront pas dans

la scène architecturale, à Rome au milieu du e xx siècle, les dessins.

à Berlin à la fin des années 1970 ou en suisse alémanique

à la fin des années 1990. Je vous souhaite maintenant une agréable promenade dans

ce livre ouvert.

Sur cette approche « universelle » de la villa urbaine, le

présent livre est composé d’une série de textes abordant

sa typologie de la villa urbaine sous différents points de

vue. Certains textes publiés ici ont été écrits bien avant

ce livre — j’espère que de là-haut, Oswald Mathias Ungers

ne s’est pas insurgé de voir son grand « manifeste » publié

à côté de mes quelques mots maladroits — ; d’autres ont

été écrit pour ce livre et je remercie leurs auteurs d’avoir

couché sur ce papier leurs mots à côté des miens.

 

3

Lausanne, plan – 1896 EN If the title chosen is “urban villa”, although the possibilities If the subtitle chosen is “the Lausanne example” even

vary depending on the period for the same definition — though there are urban villas almost everywhere, from

“rental villa”, “rental house” or even “plot”* (in french) — Berlin to Vienna via Tel Aviv and in entire districts, it is

it is probably because of it being the most universal. It is certainly because in Lausanne this typology finds a cer-

similar to the German “Stadtvilla” and the French “villa tain apogee.

urbaine”. This association of two words may not seem very

evocative or may even elicit a strange image; in contrast As a matter of fact, apart from the historical and industrial

to other more concrete typologies, such as the single- center, almost the entire city is made up of urban villas,

family house, the tower or the courtyard building. Before and since almost the entire city is on a slope, these villas

getting to the heart of the matter, here is a personal defi- take advantage of this steep topography; the omni-

nition to start with a common notion: present panorama accentuates the qualities offered by

Urban villa: residential building respecting a non-contiguous this typology and the feeling of living in a house in the

order, three to five floors high comprising one or more dwell- countryside. Arriving by boat in Lausanne is a most majes-

ings and linked by a collective stairwell. tic spectacle. Despite the declivity, horizontality prevails

in the Lausanne landscape: the one of the lake and the

This typology from the end of the 19th century has left shore in the foreground, the one of the curved lines of the

its mark on the urban planning of certain cities or neigh- natural terrain, and finally the one of the retaining walls

borhoods and has been constantly renewed to remain that create multiple terraces. The urban villas stand out

a reliable tool of urban and architectural quality. From by their verticality, highlighting both the landscape that

an urban point of view, this type of dwelling makes it surrounds them and their own architecture. The confron-

possible to create both an open spatiality and a certain tation between nature and construction is gentle, and one

density in the city. If these two terms “urban” and “villa” cannot locate exactly the junction between urban will and

are apparently contradictory, they certainly represent a natural disposition. While being a “city,” Lausanne offers

compromise between urbanity and open landscape. In the qualities of an English garden and brings the (solitary)

the current context of ecological crisis, this typology is walker into poetic wandering and reverie.

also interesting for the presence of natural space sur-

rounding the habitat, thus favoring a greater permeability Based on this “local” approach, this book is composed

of the grounds and helping the moderation of high tem- of a series of graphic elements presenting Lausanne —

peratures in urban areas. the open city — and, in greater depth, eight urban villas.

Out of the hundreds of urban villas present in the city,

Despite our commitment to the planet, individual comfort, we have selected eight buildings that we consider to be

embodied by the single-family home, remains coveted by representative of the evolution of this archetype during

the majority. However, the typology of the urban villa is a the two main periods of “open” urban development: the

non-negligible alternative, not to say a possible solution. 1900s and 1930s. Eight is undoubtedly a limited number,

Indeed, from an architectural point of view, we find in but it is sufficient to understand a major part of the attrib-

this type of collective dwelling that is the urban villa, the utes and qualities of the typology. That said, one of my

qualities of the individual villa: a wide panorama, a cer- wishes would be to see the publication one day, as part of

tain distance from the street and from the neighboring volume 2, of a complete and exhaustive atlas of Lausanne’s

buildings, as well as a garden offering a certain tranquility urban villas.

(in spite of the activity of the city surrounding it).

As a series of variations of the same scheme, each chapter

This typology also gives the possibility of creating apart- of the book connects different characteristics of urban

ments of very high-quality opening on three or four orien- villas: the location and urban form, the spatial organiza-

tations. The bright staircase, usually glazed and located on tion, the atmosphere of the inhabited interiors, the com-

the north façade, is a meeting place for the few inhabitants position of the façades and the external expression in situ.

of the building, giving it the feel of a large house. As the en- Although the photographic illustration of these buildings,

trance to the dwellings is commonly located in the heart of made by Filip Dujardin, is contemporary, the plans and

the building, the spatial gradation occurs in all directions: elevations are redrawn on the basis of the original plans.

the plan radiates. Thus, and thanks to the archives of the city of Lausanne,

the various and often unfortunate deteriorations that the

Thanks to these numerous qualities mentioned, the typo- urban villas have undergone since their construction will

logy of the urban villa has often returned to the forefront not appear in the drawings.

of the architectural scene, in the middle of the 20th cen-

tury in Rome, at the end of the 1970s in Berlin and at the I now wish you a pleasant promenade through this open

end of the 1990s in German-speaking Switzerland. book.

 

On this “universal” approach of the urban villa, the pres- * The word plot is unfortunately not translatable into

ent book is composed of a series of texts dealing with its English. The closest term would probably be “urban

villa” or “housing block,” however, this is not precise

 

typology of the urban villa from different points of view. enough. One rule, the plot has only one apartment per floor. We therefore agreed that the translation Some of the texts published here were written long be- would keep the French term. fore this book — I hope that from up there, Oswald Mathias

Ungers did not rebel at seeing his great “manifesto” pub-

lished next to my few clumsy words; others were written

for this book and I thank the authors for having written

their words next to mine.

 

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Lausanne et ses villas urbaines / Lausanne and its urban villas – 2020

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VILLA URBAINE — L’exemple lausannois

URBAN VILLA — The Lausanne Example

 

BIRKHÄUSER

9 BASEL

10

Villa urbaine / Urban villa Huit exemples lausannois / Eight examples from Lausanne

 

15 47 Benoît Jacques Plans de situation

Vers une ville ouverte Site Plans

Toward an Open City

71 Plans d’étage

19 Archives de Lausanne Floor Plans

Archives from Lausanne

81 Intérieurs

27 Martine Jaquet Interiors

Des p’tits plots, des p’tits plots,

toujours des p’tits plots… Des plots 125 Façades

de seconde classe, des plots de Facades

première classe…

149 Extérieurs

35 Exposition : Plot — Atlas Exteriors

d’une particularité lausannoise

Exhibition: Plot — Atlas

of a Lausanne Feature

 

41 Luca Ortelli

À Lausanne, sur ses pentes

In Lausanne, on its Slopes

 

65 Rui Filipe Pinto

Produit sorti d’un moule

Casting from a Mould

 

99 Jonathan Sergison

Typologie de la villa urbaine

Urban Villa Type

 

115 Martin Steinmann

Densité des expériences sensibles

Sensual Density

 

143 Oswald Mathias Ungers

La villa urbaine

The Urban Villa

 

125 Filip Dujardin

Lausanne, ville ouverte

Lausanne, Open City

 

167 Vittorio Magnago Lampugnani

Vers une ville aux multiples

visages

Towards a City of Many Faces

 

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FR « Les origines : Satan survole une magnifique contrée ; il porte un sac rempli

de maisons. Soudain, par hasard, le sac s’ouvre et les maisons dégringolent

sur les collines au-dessus d’un beau lac. C’est ainsi que Lausanne fut formé.

[…] un regard bienveillant, affirmateur, aperçoit autre chose ; les lignes har-

monieuses des coteaux bien tracés ; rien dans ce paysage n’est satanique,

négatif, triste. Lorsqu’on y descend, au contraire, on affirme l’existence,

admire le soleil et s’étonne de la fraîcheur des habitants. »

 

EN “The origins: Satan flies over a magnificent land; he carries a bag full of

houses. Suddenly, by accident, the bag opens and houses tumble down on the

hills above a beautiful lake. And so Lausanne was created. […] a benevolent,

affirming gaze sees something else; the harmonious lines of the well-drawn

hillsides; nothing in this landscape is satanic, negative, or sad. On the contrary,

when one goes down there, one affirms the existence, admires the sun and

wonders at the freshness of the inhabitants.”

 

Henri-Robert Von der Mühll, Journal de la construction, 15.03.1929

 

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Vers une ville ouverte — Toward an open city

Benoît Jacques

FR S’il était permis de croire aux légendes,

on pourrait penser que Satan s’est planté.

En effet, il est de l’avis de tous que l’ur-

banisme lausannois, ou le non-urbanisme

lausannois, s’approche plus d’une œuvre

divine que satanique.

Quoi qu’on puisse s’imaginer sur son ori-

gine, pittoresque est sans doute un des ad-

jectifs qui vient le plus souvent aux lèvres

des promeneurs sillonnant de haut en bas

(généralement dans ce sens) la ville de

Lausanne telle qu’elle est aujourd’hui. Il

est difficile de connaître toutes les raisons

qui ont amené à ce caractère bucolique

car, étant sans geste urbain fort, la ville

a souvent été ignorée des urbanistes de

l’époque ou même des historiens contem-

porains de l’architecture. Son développe-

ment urbain s’est fait sur deux principales

périodes, les années 1900 et 1930. A d’un siècle. Peu à peu, cette vogue s’est ouverte à une plus

Oscillant entre littérature générale suisse, dossiers de mise grande diversité de la population.

à l’enquête, rubrique « à louer » des gazettes de l’époque Ainsi nait ce nouveau type architectural que nous avons

et bien entendu la thèse de Didier Challand, Habiter nommé ici de façon généralisante la « villa urbaine ».

la ville ouverte, j’ai tenté de rassembler, dans ce premier La typologie des maisons de maître entourant la ville est

chapitre, quelques pistes permettant de comprendre com- assez claire : un bâtiment compact de base carrée ou rec-

ment Lausanne est devenue un exemple de ville ouverte. tangulaire, une implantation parallèle à la pente, une en-

trée au nord qui accentue la mise en scène du panorama et

Au milieu du e xix siècle, Lausanne est, comme la majeure une grammaire architecturale à dominante néo-classique.

partie des villes en Europe, en plein essor démographique. Le bâtiment est souvent composé de deux niveaux : le rez-

La zone urbanisée est cependant exiguë, encastrée entre de-chaussée contenant les espaces de réception et de dé-

les trois collines de son enceinte médiévale et ne profite monstration et l’étage avec les chambres à coucher. Les

que très peu du dégagement sur le lac. Cette forte densité villas urbaines reprennent alors de façon quasi mimétique

additionnée de constructions malsaines crée d’impor- ces caractéristiques en aplatissant les deux niveaux en un

tants problèmes d’insalubrité. Tout urbaniste de l’époque appartement puis en empilant les appartements sur trois à

le sait : la propagation des maladies est intimement liée cinq étages. Les pièces de réception sont alors au centre

à l’hygiène des logements et la majorité des villes euro- et au sud et les espaces privés occupent les autres façades.

péennes œuvre pour d’importants travaux d’assainisse-

ment dès le début du e xix siècle. Il faudra pourtant attendre La façade principale est traditionnellement la façade mar-

la grande épidémie de typhoïde de 1891 pour que les au- quant l’entrée. La bourgeoisie impose alors la démons-

torités de la capitale vaudoise commencent à réfléchir tration de sa puissance aux passants. Mais avec la villa

au problème. urbaine, la façade sud, celle du jardin, prend doucement le

Pendant ce temps, les plus pauvres s’entassent dans le dessus. Les trois autres façades sont souvent très réglées,

cœur de la ville où les latrines n’ont pas d’eau, où les sobres et symétriques alors que la façade sud s’orne de

chauffages sont défectueux, où les murs des bâtiments balcons et de vérandas Art nouveau où la fonte et le fer

s’écroulent sous le poids de l’humidité. La bourgeoisie forgé dialoguent avec la nature environnante.

lausannoise convoite évidemment un habitat plus hygié- Autour de 1900, le développement immobilier est très im-

nique, exposé au bon air et au soleil. Cet habitat doit ce- portant et se fait de façon très anarchique. Le gabarit de

pendant rester proche de la ville pour les affaires. Inspiré la villa urbaine s’impose presque partout dans le paysage

par Rousseau et ses promenades, l’habitat bucolique en lausannois. Les autres programmes, tels que les écoles,

lien avec la nature environnante devient en vogue. En les pensionnats ou les bains, prennent également la forme

rupture avec les fronts bâtis continus et congestionnés du de villas urbaines. Le développement se fait d’abord au

centre-ville, les architectes de l’époque se tournent vers sud de la ville, entre le bourg et le lac, puis sur toute la

une morphologie urbaine ouverte. Ce choix est également périphérie dès 1910. Cette typologie profite surtout aux

encouragé par la topographie qui contraint grandement les propriétaires terriens qui divisent leurs larges parcelles

constructions en ordre contiguës. agricoles en une multitude de plus petites.

 

Ce choix « bourgeois » a toutefois peu à peu amené leurs Dès le milieu du e xix siècle, les autorités lausannoises

habitants à des pratiques locatives. En effet, si une faible tentent d’instaurer des moyens de légiférer le bâti et l’ex-

partie a accès aux maisons de maître à l’extérieur de la tension de la ville. Les premiers règlements lausannois sur

ville, la grande majorité ne peut s’offrir ce luxe. Alors ces la police des constructions tentent de contrôler l’« excès

maisons évoluent pour répondre au coût supplémentaire d’indépendance des constructeurs », déjà bien engagé. Mais

qu’implique ce nouveau mode de vie : Les propriétaires leurs préoccupations se tournent plus vers les questions de

habitent, généralement, au rez-de-chaussée de leurs mai- tracés des futures voies et d’expropriation légale que sur

sons et louent un ou plusieurs des étages supérieurs afin les questions typo-morphologiques. Ces règlements vont

d’en dégager une rente et financer un tel habitat ; c’est en néanmoins encourager, sur la majeure partie de la ville,

quelques sortes, les débuts d’une spéculation immobilière la typologie de le villa urbaine en prônant tout d’abord ses

douce. Cette cohabitation des ménages les plus aisés dans vertus hygiénistes ; en effet, l’ordre non contigu favorise

des maisons isolées a sans doute été inspirée par des pra- le bon ensoleillement, le bon air et donc une meilleure

15 tiques similaires d’usages en France voisine depuis plus hygiène du bâti.

On trouve d’ailleurs les règlements concernant l’obligation Si aujourd’hui, l’ordre non contigu reste très présent à

de l’ordre non contigu ainsi que les distances aux limites Lausanne y compris dans les nouveaux quartiers, c’est

parcellaires à respecter (proportionnelles aux dimensions malheureusement plus souvent par respect d’anciennes

des bâtiments) dans le chapitre intitulé : Dispositions rela- règlementations d’urbanisme que par défense des vertus

tives à la salubrité publique et à celle des habitations. de la villa urbaine. Puisse ce livre contribuer à la préser-

vation et à la compréhension de cette typologie !

Il faut attendre 1905 pour l’adoption d’un règlement pour

le plan d’extension (RPE) et le plan lui-même. On découvre

alors dans un bulletin du conseil communal de Lausanne,

accompagnant le plan d’extension, cet extrait des plus ex- If it were permissible to believe in legends, one would EN

pressifs sur les volontés de la ville : « Ainsi l’idée de créer think that Satan had screwed up. Indeed, it is in the opin-

des voies droites, régulières, comme celles de la plupart ion of all that Lausanne urban planning, or Lausanne non-

de nos villes modernes a fait place dans quelque mesure urban planning, is closer to a divine work than a satanic

à celle tendant à introduire dans nos nouveaux quartiers one. Whatever one may imagine about its origin, pictur-

un peu plus de pittoresque et d’imprévu, quelque chose, esque is undoubtedly one of the adjectives that most often

dirons-nous, de moins ville et de plus village ». ■ 1 comes to the minds of walkers passing from top to bottom

Par ses dimensions et ses échappées visuelles entre les (generally in this direction) through the city of Lausanne

masses, une autre caractéristique de la villa urbaine est as it is today. It is difficult to know all the reasons that

certainement son aptitude à s’insérer et à alimenter un led to this bucolic character since, lacking a strong urban

paysage pittoresque. On comprend donc que si la ville de expression, the city was often ignored by the town plan-

Lausanne n’a pas été très active dans une réflexion typo- ners of the time or even by contemporary architectural

morphologique, elle a trouvé bon de laisser faire une historians. Its urban development took place over two

certaine forme d’anarchie urbaine, d’ordre dispersé, ou main periods, the 1900s and 1930s.

d’urbanisme ouvert. Oscillating between general Swiss literature, files for

inquiry, the “for rent” section of the gazettes of the time

Les années 1930 marquent, à Lausanne, une seconde and, of course, Didier Challand’s thesis Habiter la ville

période de forte croissance urbaine. La typologie de la ouverte (Living the Open City), I have tried to gather, in

villa urbaine évolue, l’immeuble comprend maintenant this first chapter, a few leads to understand how Lausanne

plusieurs appartements par étage (fin des Ein-Spänner à has become an example of a ville ouverte.

Lausanne), il n’est plus habité par son propriétaire et est

construit dans un but uniquement spéculatif. La surorne- In the middle of the 19th century, Lausanne, like most cities

mentation du e xix siècle laisse place à la sobriété et à in Europe, underwent a demographic boom. However, the

l’épuration décrétée par le mouvement moderne. Naturel- urbanized area is cramped, embedded between the three

lement, avec leurs appartements en plus, les villas urbaines hills of its medieval enclosure and takes little advantage

gagnent en dimension, leur « anarchie » s’organise petit à of the lake’s clearing. This high density, together with

petit sous la forme de quartier (Riant-Mont par exemple) unhealthy constructions, creates significant problems of

et une certaine recherche d’unité architecturale apparaît. insalubrity. Every town planner of the time knows it: the

Vous pourrez lire dans le texte de Luca Ortelli une pré- spread of diseases is intimately linked to the hygiene of

cision, que je rejoins, sur le lexique utilisé en français : housing, and the majority of European cities have been

c’est le moment où nous passons du « plot lausannois » working on major sanitation projects since the beginning

à la villa urbaine. of the 19th century. However, it was not until the great

typhoid epidemic of 1891 that the authorities in the Vaud

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, la villa urbaine capital began to think about the problem.

fait face à une forte période de récession et perd de Meanwhile, the poorest people are crowded into the

son engouement. Les performances économiques des heart of the city where the latrines have no water, the

constructions prennent alors (généralement) le dessus sur heaters are faulty, and the walls of the buildings are

les qualités architecturales et urbaines. Accompagnés par collapsing under the weight of humidity. The Lausanne

l’évolution des règlements d’urbanisme, les investisseurs bourgeoisie naturally covets a more hygienic habitat,

se tournent vers des formes plus efficaces comme la barre exposed to fresh air and sunshine. However, this habi-

ou la tour. B tat must remain close to the city for business. Inspired

by Rousseau and his walks, bucolic hous-

ing in connection with surrounding nature

becomes fashionable. Breaking away from

the continuous and congested built façades

of the city center, the architects of the time

turn to an open urban morphology. This

choice is also encouraged by the topogra-

phy which greatly constrains constructions

in contiguous order.

 

This “bourgeois” choice, however, gradu-

ally led their inhabitants to rental practic-

es. Indeed, while a small portion has access

to mansions outside the city, the vast ma-

jority cannot afford this luxury. So, these

houses evolve to meet the additional cost

involved in this new way of life: The owners

generally live on the ground floor of their

houses and rent one or more of the upper 16

floors in order to generate an income and finance such By its dimensions and its visual escapes between the mass-

housing; it is in a way, the beginnings of a soft real estate es, another characteristic of the urban villa is certainly its

speculation. This cohabitation of the wealthiest house- aptitude to fit into and nourish a picturesque landscape.

holds in isolated houses has undoubtedly been inspi- We therefore understand that if the city of Lausanne has

red by similar practices of use in neighboring France for not been very active in a typo-morphological reflection,

more than a century. Little by little, this vogue opened up it has seen fit to allow a certain form of urban anarchy, of

to a greater diversity of the population. dispersed order, or open town planning.

Thus, this new architectural type, which we have generally

called the “urban villa” here, is born. The typology of the The 1930s marked a second period of strong urban growth

mansions surrounding the city is quite clear: a compact in Lausanne. The typology of the urban villa is evolving,

building with a square or rectangular base, a layout parallel the building now includes several apartments per floor

to the slope, an entrance to the north which accentuates (end of the Ein-Spänner in Lausanne), it is no longer inha-

the staging of the panorama and a predominantly neoclas- bited by its owner and is built for speculative purposes

sical architectural grammar. The building is often made up only. The over-ornamentation of the 19th century gives

of two levels: the ground floor containing the reception way to the sobriety and purification promulgated by the

and demonstration areas and the upper floor with the bed- modern movement. Naturally, with their additional apart-

rooms. Urban villas then almost mimic these characteris- ments, the urban villas gained in size and their anarchy

tics by flattening the two levels into one apartment and gradually became organized in the form of neighborhoods

then stacking the apartments over three to five floors. The (Riant-Mont for example) and a certain search for archi-

reception rooms are then in the center and in the south tectural unity appeared. You will be able to read in Luca

and the private spaces occupy the other façades. Ortelli’s text a precision, which I agree with, on the lex-

icon used in French: this is the moment when we switch

The main façade is traditionally the façade marking the from the Lausanne plot to the urban villa.

entrance. Thus, the bourgeoisie imposes the demonstra-

tion of its power on passers-by. But with the urban villa, At the end of the Second World War, the urban villa faced

the southern façade, that of the garden, slowly takes over. a strong period of recession and lost its popularity. The

The other three façades are often very regulated, sober economic performance of buildings then (generally) takes

and symmetrical, while the south façade is adorned with precedence over architectural and urban qualities. Accom-

Art Nouveau balconies and verandas where castiron and panied by the evolution of town planning regulations,

wrought iron interact with the surrounding nature. investors are turning to more efficient forms such as the

Around 1900, real estate development is very significant slab or the tower.

and is done in a very anarchic way. The size of the urban If today, the non-contiguous order remains very present

villa imposes itself almost everywhere in the Lausanne in Lausanne, including in the new neighborhoods, it is

landscape. Other facilities, such as schools, boarding unfortunately due more to compliance with former urban

schools or baths, also take the form of urban villas. Ini- planning regulations than out of defense of the urban

tially, the development took place in the south of the city, villa’s advantages. May this book contribute to the preser-

between the center and the lake, and then on the entire vation and understanding of this typology!

periphery as of 1910. This typology mainly benefits land-

owners who divide their large agricultural plots into a

multitude of smaller ones.

 

As early as the middle of the 19th century, Lausanne author-

ities tried to establish means of legislating construction

and extension of the city. The first Lausanne regulations

on building policy intend to control the “excessive inde-

pendence of builders,” which is already well under way.

But their preoccupations turn more towards questions

of future routes and legal expropriation than on typo-

morphological questions. These regulations will never-

theless encourage the typology of the urban villa in most

parts of the city, by first advocating its hygienic virtues; in

fact, the non-contiguous order promotes good sunlight,

good air and therefore better hygiene of the building. The

regulations concerning the obligation of non-contiguous

order as well as the distances to the parcel boundaries

to be respected (proportional to the dimensions of the

buildings) can be found in the chapter entitled: Provisions

relating to public sanitation and that of dwellings.

 

It was not until 1905 that a Regulation for the Extension

Plan and the plan itself was passed. One can then discover

in a bulletin of the Lausanne city council, accompanying

the extension plan, this most expressive extract on the

city’s wishes: “Thus the idea of creating straight, regular

paths, like those of most of our modern cities, has given

way to some extent to the one tending to introduce into A Derrière Bourg – 1908

our new districts a little more of the picturesque and B Avenue Dapples – 1903

unexpected, something, shall we say, less city and more 1 Bulletin du conseil communal de Lausanne, séance du

17 village.” ■ 1 29 juillet 1905 / session of July 29, 1905, p. 893.

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