OceanofPDF.com Villa urbaine Urban Villa French Edition

Chapitre C

 

B

 

D

 

E | F

G

 

H | I

J

 

A La Chandoline – 1934

B Avenue de Morges 56 ~1916

C Villa locative ~1910

D Avenue de Riant-Mont – 1912

E Avenue Auguste-Verdeil 4 ~1910

F Route d’Oron 19 ~1910

G Avenue du Mont-d’Or 43 – 1951

H Villa locative ~1910

I Chemin de la Joliette 6 ~1940

25 J Avenue de Chailly 14 ~1910

26

 

 Des petits plots, des petits plots, toujours des petits plots… Des plots de seconde classe, des

plots de première classe…* Martine Jaquet

FR Lausanne présente une topographie complexe qui dé- La superposition de logements individuels génère un

termine de manière décisive sa morphologie urbaine : gabarit plus important.

un coteau orienté vers le sud — le lac — tailladé par deux

rivières à l’origine de vallées encaissées ; un obstacle, la Vers 1870, au nord-ouest de la ville, une opération immo-

moraine de Montbenon, oppose sa dureté au cours d’eau, bilière caractéristique voit le jour à l’avenue Davel, voie

complexifiant le dispositif. nouvelle greffée sur le Valentin, l’un des tracés historiques

conduisant vers le nord-ouest et Echallens. Cinq villas ur-

Au milieu des années 1930, la description qu’en fait l’archi-3 baines à l’architecture d’inspiration néo-classique ■ sont

tecte et urbaniste Frédéric Gilliard conserve aujourd’hui soigneusement alignées le long de l’avenue, dont elles sont

toute sa pertinence : « Les maisons de Lausanne se pressent séparées par une cour. Elles s’ouvrent sur de vastes jardins

comme une foule, toujours plus dense, dans un bel amphi- au sud et bénéficient d’une exposition favorable face au

théâtre formé par la nature ; et chaque fois qu’une voie nou- lac, surplombant l’ancien faubourg de l’Ale. Par son carac-

velle marque un sillon transversal dans les coteaux voisins tère d’ensemble, cette opération constitue un jalon pour le

de la ville, c’est un gradin aussitôt occupé. » ■ 1 passage de la villa, locative ou non, au plot et à l’urbanité

singulière qu’il génère. L’ordre et l’harmonie qui règnent

C’est une majorité de constructions en ordre non conti- dans cette rue relèvent peut-être davantage de l’initiative

gu, d’une volumétrie variable qui sont progressivement privée et du géomètre à l’origine du morcellement que de

dispersés sur les pentes, et donc vers la vue : des villas et l’édilité publique. Au cours de la seconde moitié du e xix

surtout de petits immeubles — villas locatives ou villas siècle, l’expansion du bâti au-delà des faubourgs, dans

urbaines, les fameux plots lausannois — progressive- les prés, les vergers et les vignes, semble dans un premier

ment rejoints ou remplacés par des édifices de taille plus temps résulter principalement de la juxtaposition et de la

importante. succession d’initiatives individuelles plus ou moins spécu-

latives, sans qu’une vision prospective édilitaire ne préside

Quelques observations croisées devraient contribuer à la à ce développement.

compréhension de ce phénomène considéré comme typi-

quement lausannois, à enrichir sa description, à question- Mettre de l’ordre

ner son origine et la définition d’un plot. Les autorités vont toutefois prendre des mesures afin

de codifier et encadrer le développement de la ville.

Colonisation progressive Le premier projet de règlement relatif à la police des

Jusque vers le milieu du e xix siècle, les coteaux sont pour 4 constructions est établi en 1863. ■ Mais en l’absence d’une

l’essentiel plantés de vignes et parsemés de maisons de loi cantonale, il faut attendre 1881 pour que les nouvelles

campagne desservies par un réseau viaire « vernaculaire ». constructions doivent être approuvées par les autorités,

Au-delà de la ville médiévale et de ses faubourgs, l’urba-5 en référence à des règles communes. ■ Pour la première

nisation gagne les pentes orientées vers le lac, de nou- fois, les plans de tout projet doivent être présentés à la

velles artères sont dessinées. A l’ouest, le faubourg du Municipalité avant que les travaux débutent. Dès 1887

Chêne conduit historiquement à Genève par Montbenon, les dossiers de plans sont soumis à l’enquête publique, ce

puis les actuelles avenues de Tivoli et Montoie ; l’avenue qui ne signifie pas forcément qu’ils ont été réalisés tels

d’Echallens est tracée vers 1845, l’avenue de Morges dix 6 quels. ■ Cette nouvelle pratique correspond à une période

ans plus tard. A l’est, le tracé historique de l’ancienne route de développement intense de la ville : entre 1890 et 1900

de Vevey par les Mousquines est doublé par l’actuelle ave- ce sont 600 maisons qui sont édifiées à Lausanne et plus

nue du Léman vers 1830 déjà. Avec l’arrivée du chemin de 7 de 900 au cours de la décennie suivante. ■

fer en 1856 et l’extension du réseau ferroviaire qui s’en

suit, Lausanne connaît un développement intense. L’une Il faut attendre le règlement lausannois du plan d’exten-

des étapes emblématiques de ce processus est la mise en sion de 1897 pour qu’une certaine unité de la rue soit

relation de la gare avec le centre historique et l’adaptation instaurée : il gère les alignements et permet de prescrire

du réseau viaire ; l’avenue du Théâtre relie Saint-François que « dans certains quartiers ou certaines rues, toutes

par Georgette en 1867, quartier qui devient au milieu des les maisons doivent être contiguës ou qu’elles doivent

années 1870 le lieu de l’expérimentation urbaine de deux 8 être isolées. » ■ En principe, les façades sont position-

types d’ordonnances, contigu et non contigu. Mais cette nées sur l’alignement défini mais il est aussi possible de

belle organisation est plutôt exceptionnelle. construire en arrière « s’il s’agit d’une maison isolée sur

les quatre faces ou d’un groupe de plusieurs maisons à

La colonisation des coteaux paraît avoir débuté sur le 9 construire selon un plan d’ensemble. » ■ Ce concept de

versant sud de la moraine de Montbenon, entre le niveau plan d’ensemble permet de concevoir des groupes de bâ-

de Saint-François et celui de la ligne de chemin de fer. timents qui présentent une morphologie commune. Quant

Seules ont subsisté aujourd’hui quelques constructions qui à la hauteur d’une construction, elle est proportionnée à

témoignent de l’évolution du type de la villa bourgeoise — la distance entre les alignements en vis-à-vis et peut at-

comme celle des Charmettes, vers 1870 ■ — à celui de la 2 teindre un maximum de 20 mètres. Quelques années plus

villa urbaine ou villa locative, avenue de Montbenon 3 et 4 tard, ce gabarit sera réduit à 18 mètres à la suite vraisem-

qui sont un peu plus tardifs. L’architecture néo-classique 10 blablement de réalisations peu heureuses. ■ Au fil des ré-

de « Riant-Site » — tel est le nom que porte cette opération visions successives de ces documents, la réglementation

immobilière — ne rachète pas la brutalité de l’implanta- concernant les bâtiments isolés ou en ordre non contigu

tion de ces bâtiments sur la ligne de crête de Montbenon évolue. Ils ne peuvent pas compter plus de trois étages sur

et leur haut gabarit qui « privatise » ainsi la vue, alors pu- rez et un étage de mansardes, la façade ne peut dépasser

blique, depuis la promenade. Cet exemple géographique-11 16 mètres. ■ Les proportions imposées entre longueur et

ment condensé tend à confirmer l’émergence du type de la hauteur du bâtiment — pas plus que le 1¼ de la longueur

villa urbaine comme une déclinaison de la maison de cam- — contribuent certainement à générer une volumétrie

pagne bourgeoise. Le logement doit se déployer sur un cubique observée sur de nombreuses constructions édi-

seul niveau tout en préservant certains usages et standing fiées à cette période. Ces prescriptions, conjuguées avec

27 et la surface de l’édifice augmente proportionnellement. celles portant sur les alignements et les distances avec la

certain luxe, le terme s’applique progressi-

vement au tournant des e xix et e xx siècles

à des maisons individuelles ou locatives,

toujours entourées d’un jardin. ■ A Lau- 14

sanne, simultanément à l’émergence de

villas urbaines qui déclinent le mode de vie

bourgeois en couches superposées, des

bâtiments plus modestes apparaissent

qui témoignent d’une inspiration plus lo-

cale et de la reconnaissance d’un envi-

ronnement encore « champêtre ». Aussi le

terme de chalet est-il fréquemment utilisé

pour nommer certaines de ces nouvelles

constructions. Popularisé par La Nouvelle

Héloïse de Jean-Jacques Rousseau (1761),

il témoigne à la fois d’un attrait pour une

nature souvent idéalisée, mais aussi d’un

type ou d’un « style architectural » réin-

terprétant le modèle alpestre originel.

Exporté dans sa version la plus emblé-

matique sous le nom de « swiss chalet »,

il est le plus souvent euphémisé à Lau-

limite de la propriété voisine, donnent une physionomie A sanne et se caractérise toutefois par sa toiture à deux

commune aux nouveaux lotissements. En 1911, la possibi- pans dessinant deux pignons, de larges avant-toits sou-

lité de réduire dans certains quartiers le nombre d’étage vent soutenus par des bras de force et des éléments de

et de limiter la hauteur à 13 mètres est ajoutée. ■ Le plan 12 charpenterie décorative et, pour les plus richement

d’extension adopté en 1932 confirme l’essentiel des dispo- décorés, par des garde-corps en bois découpé. Ce réfé-

sitions relatives à l’ordre non contigu, qui seront reprises rentiel alpestre est confirmé par les noms des construc-

dans leur principe par le Plan général d’affectation adopté tions. A titre d’exemple, à l’avenue Jolimont se côtoient à

en 2006. ■ 13 quelques années d’écart le « Chalet Jolimont » (1897) et un

15 « Chalet Fleuri ». ■ Dans le quartier des Mousquines,

Cette réglementation prescriptive progressivement mise on notera le « Chalet Belle-Vue » et le « Chalet des Mu-

en place a permis, depuis plus d’un siècle, l’émergence 16 guets ». ■ Le long de l’avenue des Bergières tracée dans

d’une typologie urbaine caractéristique de Lausanne. la seconde moitié du e xix siècle, on repère un « Chalet

Elle offre la possibilité de « draper » des constructions sur 17 Bergières » et un « Chalet Beaulieu ». ■ Le Village Suisse

un relief tourmenté en préservant une orientation ma- de l’exposition nationale de Genève en 1896 contribue-

joritairement tournée vers le lac et la vue. Elle exprime ra à la diffusion littérale de ce modèle mais aussi à son

probablement aussi la représentation que la ville se fait interprétation, parfois éloignée du modèle initial avec

d’elle-même, très éloignée de la ville industrielle du e xix l’abandon du bois comme matériau de construction mais

siècle. Lausanne fonde alors sa réputation et son éco- la conservation de sa silhouette caractéristique. Ce Hei-

nomie notamment sur l’enseignement et l’accueil d’étu- matstil ou régionalisme peut être considéré comme une

diants qui se matérialise par la présence de nombreux expression parmi d’autres de l’éclectisme fin de siècle,

pensionnats et sur un tourisme en particulier médical. ainsi qu’en témoigne le voisinage du « Chalet Beaulieu »

L’accent porté sur l’ordre non contigu participe à la pré- et de « Fleurs de Mai », une villa urbaine de composition

servation de son « capital paysage » et offre l’opportunité classique ornée de garde-corps délicatement ouvragés

aux constructeurs de s’exprimer à travers des langages 18 sous sa toiture à la Mansart. ■

architecturaux variés.

Construire en ordre non contigu, c’est aussi laisser « du

Envies de nature et évocations alpestres vide » occupé par des cours d’accès mais surtout par des

Comme d’autres auteurs réunis dans cet ouvrage, mon jardins. La nature est célébrée et désirée par les noms ap-

intérêt pour le plot lausannois relève aussi de l’expé- posés sur les portails ou les maisons : des fleurs — Jasmin,

rience autobiographique. Ayant habité près de vingt ans Myosotis, Edelweiss, Pensée, Verveine, Perce-Neige… —

au premier étage d’un plot de type chalet, mon biais des plantes et des arbres plus ou moins exotiques — Ceri-

d’observation ne coïncide pas entièrement avec la dé- sier, Rosier, Tilleuls, Airelles, Palmiers, Aralia, Noisetier…

finition du plot fondée sur l’évolution de la villa bour- — ou encore des oiseaux — Mésange, Hirondelles.

geoise. La collecte de quelques indices devrait permettre

d’envisager d’autres filiations. Ainsi des noms attribués C’est encore délimiter les contours de sa propriété par

aux constructions érigées à la fin du e xix siècle, pour la des haies, des murs ou murets et des barrières. Nombre

plupart des villas urbaines. Ils contribuent à dessiner de constructions portent le nom de « Clos » assorti d’un

l’imaginaire référentiel des maîtres d’ouvrage : Lausanne nom lieu, « Vert Clos », « Petit Clos » ou « Clos du Matin ».

serait-elle envisagée comme une vaste prairie parsemée La référence est rurale, comme une envie de domaine

de chalets ? ou de villas ? Pas d’ordonnancement urbain, ou de « maison de campagne » en miniature. Lausanne

pas de règles de construction contraignantes jusque dans se construit alors par juxtaposition de domaines privés,

les années 1880. plutôt que par la création d’espaces publics, d’ordonnan-

cements urbains. Aujourd’hui encore, certains chemi-

Le terme villa, quelle que soit la taille de la construc- nements de desserte de quartier résidentiels semblent

tion à laquelle il est attribué, est bien sûr fréquemment appartenir au domaine public mais sont en fait des che-

usité. Alors qu’il désignait à l’époque romantique une mins privés, même s’ils ont été pompeusement baptisés

maison de plaisance avec un jardin, attestant ainsi d’un avenues. La végétation qui les agrémente est celle des 28

jardins de particuliers qui déborde généreusement par- dizaine de plots sont construits entre 1930 et 1933, sept

dessus murs et barrières sans que des plantations ne 25 d’entre eux par trois protagonistes, tous architectes. ■

relèvent de l’édilité. Leur vocabulaire architectural est empreint de références

classiques, dont témoignent la composition symétrique

Des plots pour tous et en famille de la façade principale encadrée par des bow-windows.

Après le développement urbain du tournant du e xix siècle, Leur « air de famille » ne laisse pas forcément transpa-

le premier tiers du e xx siècle constitue une période faste raître leur dispositif intérieur, un ou deux logements par

pour le développement de ce type de constructions, par le étage, bien qu’ils occupent des surfaces comparables, un

morcellement de vastes propriétés ou de parcelles en li- peu en dessous de 200m2. Cet alignement de petits im-

mite de ville, mises en valeur par des entrepreneurs avisés. meubles est très similaire au type lausannois décliné au

Trois ensembles retiendront notre attention. chemin de Boston, quelques décennies plus tôt, de l’autre

côté de la ville.

Le quartier situé au nord-ouest du Palais de Beaulieu,

jouxtant l’ancienne campagne des Bergières, constitue Un plot ? des plots…

un exemple caractéristique de ce type d’opération. Les Cette modeste promenade géographique et historique,

premières villas locatives sont construites en 1904 au loin de clarifier les spécificités du plot lausannois sou-

chemin des Noisetiers par l’entrepreneur Ernest Rapin ligne la difficulté de se fier à la « bonne mine » d’un objet

qui est installé à deux pas, à l’avenue des Bergières 28. pour en déduire son appartenance ou non à ce type, fondé

Quelques années plus tard, l’architecte Robert Long- notamment sur la présence d’un seul logement par niveau.

champ édifie un groupe de sept villas locatives et villas La filiation issue de la villa bourgeoise pourrait être nuan-

individuelles au chemin des Charmilles dans un style ar- cée par l’aspiration de milieux plus modestes à bénéficier

chitectural régionaliste. ■ Au cours de la même période, 19 également d’un logement proche de la nature, entouré de

notre promoteur-constructeur édifie lui aussi sept villas verdure et ceint de murs rassurants, à laquelle répondent

locatives, ■ auxquelles s’ajouteront après la guerre six 20 des modèles architecturaux d’inspiration régionaliste.

autres constructions dont l’une pour lui-même. ■ 21 Des entrepreneurs habiles ont proposé et mis sur le mar-

ché des types capables de répondre à ces attentes, tirant

22 Tel père tel fils. ■ Marius Rapin poursuit

au sud de la ville une activité similaire à

celle de son père. Au chemin des Fonte-

nailles, le morcellement de l’ancienne

maison de campagne « Villa Souvenir »

donne naissance en 1926 à six villas loca-

23 tives. ■ Elles occupent une surface au sol

d’un peu plus de 90m2 ce qui nous donne

une indication relative au standing des

logements, ou plutôt à leur modestie. Le

même promoteur-entrepreneur réalise

trois ans plus tard trois petits immeubles

mais aussi trois immeubles jumelés qui

24 ne relèvent plus du plot. ■ Dans un péri-

mètre restreint, un même acteur produit

trois types de maisons locatives dont la

plupart correspondent à l’application des

règles de construction de l’ordre non

contigu, auquel les rattache leur caractère

sériel. Leur architecture soignée mais peu

inventive relève d’un régionalisme discret. Aux premières B ainsi parti d’une réglementation qui favorise l’ordre non

villas urbaines caractéristiques succèdent ainsi des types contigu. Enfin, ce sont essentiellement des opérations

intermédiaires. Il en faut pour tous les goûts ou plus pro- immobilières concertées, tel un alignement le long d’une

bablement pour toutes les bourses, puisque le quartier artère nouvellement tracée ou un lotissement, qui nous

d’Ouchy abrite également au voisinage de ses hôtels ré- paraissent réunir les caractéristiques urbaines permet-

putés un site industriel et artisanal occupé en particulier tant d’identifier des plots. Isolé dans un environnement

par les chantiers navals et l’usine à gaz. hétérogène, un plot ne serait alors qu’un petit immeuble.

 

Ces deux opérations sont réalisées sur des parcelles en

faible pente qui ne bénéficient pas du même effet « bel-

EN védère » orienté vers le lac de celles conçues à la fin du Lausanne has a complex topography that decisively deter-

xixe siècle. Ces promotions plus modestes, destinées à mines its urban morphology: a south-facing hillside — fac-

offrir des logements à des milieux plus populaires re- ing the lake — carved by two rivers at the origin of deep

courent à un vocabulaire architectural relevant du régio- valleys; an obstacle, the Montbenon moraine, opposes its

nalisme, peut-être plus proche des références de leurs hardness to the stream, making the layout more complex.

futurs habitants.

The description given by the architect and town planner

Plus tard, au début des années 1930, un ensemble appa- Frédéric Gilliard in the mid-1930s retains all its relevance

raît le long de l’avenue Eugène-Rambert, déjà tracée sur today: “The houses of Lausanne are packed like a crowd,

le plan de 1896 mais taillée peu auparavant à flanc de co- ever denser, in a beautiful amphitheater formed by nature;

teau, en dessous de l’avenue du Léman. Cette situation en and each time a new road marks a transverse furrow in

limite de la voie de chemin de fer n’empêche toutefois pas the hillsides neighboring the city, a tier is immediately

29 le développement au sud de généreux jardins. Une petite 1 occupied.” ■

It is a majority of constructions in non-contiguous order, nade, which was public until then. This geographically con-

of variable volumetry, which are gradually dispersed on densed example tends to confirm the emergence of the ur-

the slopes, and thus towards the view: villas and especial- ban villa type as a variation of the bourgeois country house.

ly small buildings—rental villas or urban villas, the famous The housing must be deployed on a single level while pre-

plots of Lausanne—progressively joined or replaced by serving certain uses and standards, and the surface area

larger buildings. of the building increases proportionally. The superposi-

tion of individual dwellings generates a larger template.

A few cross-observations should contribute to the under-

standing of this phenomenon considered to be typically Around 1870, to the northwest of the city, a characteris-

Lausanne-based, to the enhancement of its description, tic real estate transaction is launched at Avenue Davel,

to the questioning of its origin and the definition of a a new road grafted onto le Valentin, one of the historic

plot. routes leading to the northwest and Echallens. Five urban

villas with architecture inspired by neoclassicism are care-

Gradual Colonization fully aligned along the avenue, from which they are sepa-

Until the middle of the 19th century, the hillsides are main-3 rated by a courtyard. ■ They open onto large gardens to

ly planted with vineyards and dotted with country houses the south and benefit from a favorable exposure facing

served by a “vernacular” road network. Beyond the me- the lake, overlooking the old suburb of Ale. By its overall

dieval city and its suburbs, urbanization gains the slopes character, this operation constitutes a milestone in the

oriented towards the lake and new arteries are designed. transition from the villa, whether rented or not, to the plot

To the west, the Faubourg du Chêne historically leads and the singular urbanity it generates. The order and har-

to Geneva by Montbenon, then by the present Avenues mony that reign in this street are perhaps more a matter of

de Tivoli and Montoie; the Avenue d’Echallens is traced C private initiative and of the surveyor at the origin of land

segmentation than of public authority.

During the second half of the 19th cen-

tury, the expansion of buildings beyond

the suburbs, into meadows, orchards and

vineyards, initially seems to result mainly

from the juxtaposition and succession of

individual initiatives, more or less spec-

ulative, without a municipal prospective

vision presiding over this development.

 

Bringing Order

However, the authorities will take measures

to codify and frame the development of the

city. The first draft regulation relating to

building policy was established in 1863. ■ 4

But in the absence of a cantonal law, it is

not until 1881 that new constructions have

to be approved by the authorities, with

reference to common rules. For the first

time, the plans for any project must be

presented to the municipality before work

around 1845, the Avenue de Morges ten years later. To 5 can begin. ■ As early as 1887, plan files are submitted to

the east, the historic route to Vevey via les Mousquines is public inquiry, which does not necessarily mean that they

already doubled by the current Avenue du Léman around 6 are carried out as is. ■ This new practice corresponds to a

1830. With the arrival of the railway in 1856 and the exten- period of intense development in the city: between 1890

sion of the rail network that follows, Lausanne experienc- and 1900, 600 houses are built in Lausanne and more than

es an intense development. One of the emblematic stages 7 900 during the following decade. ■

in this process is the connection of the train station with

the historic center and the adaptation of the road network; It was not until the Lausanne regulation of the 1897

the Avenue du Théâtre links Saint-François via Georgette extension plan that a certain street unity is established:

in 1867, a neighborhood that in the mid-1870s becomes it manages alignments and makes it possible to prescribe

the site of urban experimentation with two types of ordi- that “in certain neighborhoods or streets, all houses must

nances, contiguous and non-contiguous. But this beautiful 8 be contiguous or isolated.” ■ In principle, the façades are

organization is rather exceptional. positioned on the defined alignment, but it is also possi-

ble to build behind it “if it is a house isolated on all four

The colonization of the hillsides seems to begin on the sides or a group of several houses to be built according

southern slope of the Montbenon moraine, between the to an overall plan.” This concept of a master plan makes

level of Saint-François and that of the railway line. Only it possible to design groups of buildings that have a com-

a few constructions have survived today which illustrate 9 mon morphology. ■ As for the height of a construction, it

the evolution from the bourgeois villa type — such as that is proportional to the distance between facing alignments

of the Charmettes, ■ around 1870 — to that of the urban 2 and can reach a maximum of 20 meters. A few years later,

villa or rental villa, at 3 and 4 Avenue de Montbenon, which this template will be reduced to 18 meters, probably as a

appear slightly later. The neoclassical architecture of 10 result of unfortunate developments. ■ With the succes-

“Riant-Site” — such is the name of this real estate opera- sive revisions of these documents, the regulations con-

tion — does not redeem the brutality of the implantation of cerning isolated or non-contiguous buildings evolve. They

these buildings on the crest line of Montbenon and their cannot have more than three floors above the ground floor

high stature thus “privatizing” the view from the prome-11 and one attic floor. The façade cannot exceed 16 meters. ■ 30

The proportions imposed between the length and height of “Swiss chalet,” it is most often euphemized in Lausanne

of the building — no more than 1¼ of the length — certainly and is characterized, however, by its two-sided roof featur-

contribute to generating a cubic volume observed on ing two gables, wide eaves often supported by braces, dec-

many constructions built during this period. These pre- orative carpentry elements and carved wooden railings,

scriptions, combined with those relating to alignments for the most richly decorated ones. This Alpine standard

and distances with the boundary of the neighboring prop- is confirmed by the names of the buildings. For example,

erty, give a common aspect to the new housing develop- on Avenue Jolimont, within a few years of each other, the

ments. In 1911, the possibility of reducing the number of “Chalet Jolimont” (1897) and a “Chalet Fleuri” can be

floors in certain neighborhoods and limiting the height 15 found side by side. ■ In the Mousquines neighborhood,

to 13 meters is added. ■ The extension plan adopted 12 one notes the “Chalet Belle-Vue” and the “Chalet des

 

non-contiguous order, which will be taken up in principle Bergières, traced in the second half of the 19th century, 13 by the general allocation plan adopted in 2006. ■ one can spot a “Chalet Bergières” and a “Chalet Beaulieu.” ■ 17 The Swiss Village at the national exhibition in Geneva in in 1932 confirms most of the provisions relating to the 16 Muguets.” (Lillies of the valley) ■ Along the Avenue des

This prescriptive regulation gradually implemented has 1896 will contribute to the literal diffusion of this model

allowed, for more than a century, the emergence of an as well as its interpretation, sometimes far from the ini-

urban typology characteristic of Lausanne. It offers the tial model with the discontinuation of wood as a build-

possibility of “draping” constructions over a tormented ing material while retaining its characteristic silhouette.

terrain while preserving an orientation mainly turned This Heimatstil or regionalism can be considered as one

towards the lake and the view. At the same time, it probably expression among others of fin de siècle eclecticism, as

expresses the representation that the city has of itself, evidenced by the neighborhood of the “Chalet Beaulieu”

far removed from the industrial city of the 19th century. and “Fleurs de Mai” (Mayflowers), an urban villa of clas-

Lausanne then bases its reputation and its economy in sical composition decorated with delicately worked rail-

particular on the teaching and reception of students, 18 ings under its Mansard-style roof. ■

which is materialized by the presence of numerous

boarding schools and on a tourism that is mainly medical. Building in a non-contiguous order also means leaving

The emphasis on non-contiguous order contributes to some “empty space” occupied by courtyard entrances but

the preservation of its “landscape capital” and offers the above all by gardens. Nature is celebrated and desired by

opportunity for builders to express themselves through the names affixed to gates or houses: flowers — Jasmine,

various architectural languages. Forget-me-not, Edelweiss, Pansy, Verbena, Snowdrop …

— more or less exotic plants and trees — Cherry, Rose,

In Search of Nature and Alpine Evocations Linden, Lingonberry, Palm, Aralia, Hazelnut … — or birds

Like other authors in this book, my interest in the — Chickadee, Swallow.

Lausanne plot also stems from an autobiographical

experience. Having lived for nearly twenty years on the Also, it is about marking out the contours of one’s prop-

first floor of a chalet-type plot, my observer bias does not erty with hedges, walls or low walls and fences. Many

entirely coincide with the definition of plot based on the buildings bear the name of “Clos” (enclosed field) along

evolution of the bourgeois villa. The gathering of a few with a place name, “Vert Clos” (Green Clos), “Petit Clos”

clues should make it possible to consider other filiations. (Little Clos) or “Clos du Matin” (Morning Clos). The ref-

Thus, names attributed to buildings erected at the end of erence is rural, like a desire for an estate or “country

the 19th century, mostly urban villas. They contribute to house” in miniature. Lausanne is then built by the jux-

drawing the referential imaginary of the project owners: taposition of private estates, rather than by the creation

would Lausanne be envisioned as a vast meadow dotted of public spaces and urban planning. Even today, some

with chalets? Or villas? No urban planning, no binding roads serving residential neighborhoods seem to belong

building regulations until the 1880s. to the public domain but are in fact private roads, even

if they have been pompously named avenues. The vege-

The term villa, regardless of the size of the building to tation that adorns them is that of private gardens over-

which it is attributed, is, of course, frequently used. While flowing generously over walls and fences without any

in the Romantic period it refers to a cottage with a garden, D plantations falling under municipal authority.

thus attesting to a certain luxury, the term

is gradually applied at the turn of the 19th

and 20th centuries to individual or rental

14 houses, always surrounded by a garden ■

in Lausanne, at the same time as the emer-

gence of urban villas reflecting the bour-

geois lifestyle in superimposed layers,

more modest buildings are appearing

which testify to a more local inspiration

and the recognition of an environment

that is still “rural.” For this reason, the

term chalet is frequently used to name

some of these new constructions. Popu-

larized by La Nouvelle Héloïse (The New

Eloise) by Jean-Jacques Rousseau (1761), it

testifies both to an attraction for a nature

that is often idealized, but also to a type

or an “architectural style” reinterpreting

the original Alpine model. Exported in its

31 most emblematic version under the name Plots for Everyone and Within the Family A plot several plots…

After the urban development of the turn of the 19th cen- This modest geographical and historical promenade,

tury, the first third of the 20th century was a prosperous far from clarifying the specificities of the Lausanne plot

period for the development of this type of construction, underlines the difficulty of relying on the “good looks” of

with the fragmentation of vast properties or parcels of an object to deduce whether or not it belongs to this type,

land at the city limits, developed by well-advised contrac- based in particular on the presence of only one apartment

tors. Three areas will hold our attention. per level. The connection with the bourgeois villa could

be nuanced by the aspiration of more modest circles to

The neighborhood northwest of the Palais de Beaulieu, also benefit from housing close to nature, surrounded

adjacent to the former Campagne des Bergières, is a typ- by greenery and enclosed by reassuring walls, to which

ical example of this kind of operation. The first rental regionalist inspired architectural models respond. Skillful

villas are built in 1904 on Chemin des Noisetiers by the contractors have proposed and marketed some types

contractor Ernest Rapin, who is located a stone’s throw that can meet these expectations, taking advantage of

away at 28 Avenue des Bergières. A few years later, the ar- regulations that favor non-contiguous order. Finally,

chitect Robert Longchamp builds a group of seven rental these are mainly concerted real estate operations, such

villas and individual villas on Chemin des Charmilles in as an alignment along a newly laid out artery or a housing

a regionalist architectural style. ■ During the same peri-19 development, which we believe bring together the urban

od, our promoter builder also builds seven rental villas, ■ 20 characteristics enabling the identification of plots. Iso-

with the addition of six other constructions after the war, lated in a heterogeneous environment, a plot would then

one of which being for himself. ■ 21 be just a small building.

 

Like Father, like Son. ■ In the south of the city, Marius 22 * Hommage à / Tribute to Serge Gainsbourg, Le poinçonneur des Lilas Rapin pursues an activity similar to that of his father. On

the Chemin des Fontenailles, the splitting up of the old

country house “Villa Souvenir” gives birth in 1926 to six

rental villas. ■ They occupy a floor area of just over 90m2, 23

which gives us an indication of the standard of accom-

modation, or rather their modesty. Three years later, the

same promoter-contractor builds three small buildings as

well as three semi-detached buildings which no longer

fall within the plot. ■ Within a limited perimeter, the 24

same player produces three types of rental houses, most

of which correspond to the application of the construc-

tion regulations of the non-contiguous order, tying them

to their serial aspect. Their neat but relatively uninven-

tive architecture is the result of a discreet regionalism.

The first typical urban villas are thus followed by inter-

mediate types. There is something for all tastes, or more

likely for all budgets, since the district of Ouchy also shel-

ters in the vicinity of its famous hotels an industrial and

artisanal site occupied in particular by the shipyards and

the gas factory.

 

These two operations are carried out on gently sloping

plots which do not benefit from the same “belvedere”

effect oriented towards the lake, as those designed at the

end of the 19th century. These more modest promotions,

intended to offer housing to more popular circles, use an

architectural vocabulary relating to regionalism, perhaps

closer to the references of their future inhabitants.

 

Later, at the beginning of the 1930s, a unit appears along

the Avenue Eugène-Rambert, already drawn on the 1896

map, but carved shortly before on the hillside below the

Avenue du Léman. This location at the edge of the rail-

way line, however, does not prevent the development of

generous gardens to the south. A dozen “plots” are built

between 1930 and 1933, seven of them by three main

figures, all architects. ■ Their architectural vocabulary 25

is imbued with classical references, as evidenced by the

symmetrical composition of the main façade framed by

bow windows. Their “family resemblance” does not nec-

essarily reveal their interior arrangement, one or two

apartments per floor, although they occupy comparable

surfaces, slightly below 200m2. This alignment of small

buildings is very similar to the Lausanne type used on the

Chemin de Boston, a few decades earlier, on the other

side of the city.

32