OceanofPDF.com Villa urbaine Urban Villa French Edition
E
Ce chapitre est long, il est donc découpé en 3 parties.
A Photographie historique / Historical photograph,
Zurich
B Villa urbaine / Urban Villa, Hottinger, Zurich
C Città ideale
D Photographie historique / Historical photograph,
103 E Villas urbaines / Urban Villas, Fluntern, Zurich Zurich
104
Huit villas urbaines : Façades
Eight Urban Villas: Facades
105
1902 Avenue Édouard Dapples 10 Architecte E. Moachon
0 2
1 5
0 1 2 5 106 1904 Avenue des Alpes 2b Architectes G. Chessex et C.-F. Chamorel-Garnier
0 2
1 5
107 0 1 2 5
1905 Avenue d’Ouchy 26 Architectes C. Mauerhofer et A. van Dorsser
0 2
1 5
0 1 2 5 108 1906 Chemin de la Joliette 6 Architectes C. Mauerhofer et A. van Dorsser
0 2
1 5
109 0 1 2 5
1931 Chemin de Grande-Rive 5 Architecte A. Guignet
0 2
1 5
0 1 2 5 110 1932 Chemin De Chandolin 4 Architecte H.-R. Von der Mühll
0 2
1 5
111 0 1 2 5
1936 Avenue de Riant-Mont 21 Architecte P. Mayor
0 2
1 5
0 1 2 5 112 1938 Avenue du Mont d’Or 53 Architecte R. Méroni
0 2
1 5
113 0 1 2 5
114
Densité des expériences sensibles — Sensual Density
Martin Steinmann
FR La nouvelle signification d’un ancien type d’habitation Deux fois par jour, la rue était, durant quelques minutes,
L’immeuble de rapport ou d’habitation en ordre dispersé pleine de vélos. C’étaient les ouvriers de la « Weidmann »
est redevenu d’actualité, sous différentes appellations : qui rentraient chez eux, midi et le soir, en discutant fort.
villa locative, villa urbaine, maison urbaine, maison dans Dans les années quarante, il n’y avait que peu de voitures,
le parc… Et avec ce type d’habitation issu du 19e siècle, et elles n’étaient pas pour les ouvriers. C’était « mon
le mode d’urbanisation ouvert qu’il implique — même si monde » et il présentait, depuis chacune des pièces de
c’est sous d’autres formes et pour d’autres raisons qu’au- l’appartement, une facette différente. La vie autour de la
trefois : si la maison urbaine, comme j’entends l’appeler ici, maison changeait au rythme des saisons, et avec elle les
permet de densifier des quartiers dont la morphologie est perceptions. Le bruit du rouleau à l’aide duquel les ou-
ouverte sans en modifier fondamentalement le caractère, vriers hissaient les plaques d’Heraklit au niveau du dépôt
elle permet également une urbanisation du paysage qui, et l’odeur de ciment de ces plaques resteront toujours
pour être ouverte, n’en présente pas moins une certaine graves dans ma mémoire.
densité. Or, celle-ci ne relève pas seulement de l’ordre du
construit. Elle est aussi une densité des expériences sen- Pourquoi évoquer ce monde qui n’est plus ? Pour décrire
sibles. Se trouvent ici associés les qualités de la ville et la densité des expériences sensibles que l’on pouvait faire
celles de la campagne, les équipements collectifs et les en traversant l’appartement. C’était aussi l’expérience
espaces naturels. (Le fait qu’il y ait aussi à ce phénomène des bâtiments proches et des espaces profonds qui les
des raisons politiques doit être relevé au moins entre pa- séparaient, celle du vert des jardins et du gris des places de
renthèses : II s’agit de créer en ville des conditions qui stockage. Contribuaient aussi à cette densité le grenier et
constituent une alternative à la « maison à la campagne », la cave : ces lieux particuliers de la maison que Bachelard
pour garder ou ramener en ville les bons contribuables.) décrit de façon saisissante — mais qui, hélas, sont perdus
dans la maison urbaine actuelle.
Les immeubles d’habitation dont A
il sera question ici ne se II y a donc différentes raisons de se pencher sur ce type
trouvent pas forcement dans d’habitation. II convient à ce titre de mentionner encore la
des quartiers urbains. La ge- perméabilité des espaces libres, que l’on observe lorsque
nèse du type dont ils relèvent les jardins ne sont pas, comme autrefois, comme chez
à cependant affaire avec la nous, séparés par des murs ou des haies. Cette perméabi-
ville, plus précisément avec lité compense la proximité des bâtiments et contribue à
les quartiers qui, au 19e siècle, la richesse des perceptions. L’espace qui sépare les nou-
se sont développés autour de velles maisons urbaines n’est plus, comme jadis, attribue
la ville médiévale. Y furent aux appartements du rez-de-chaussée. II est un espace
construits, sur des parcelles collectif, entretenu par des tiers.
de 500 à 600m2, des im-
meubles comptant deux ou D’actualité dans les années trente…
trois étages, et autant d’ap- Nous touchons ici à l’une des raisons qui font que de tels
partements. II s’agit de la plus appartements sont demandés. Parmi les gens qui avaient
ancienne forme d’immeuble déménagé dans une maison à la périphérie à cause des en-
réalisée dans le but de rap- fants, beaucoup reviennent en ville une fois que ces der-
porter au propriétaire une niers ont quitté la maison. Plus exactement : reviendraient
petite rente. Ce dernier habitait souvent l’appartement volontiers en ville s’ils y trouvaient des appartements
"la première maison" du rez-de-chaussée, qui donnait sur le jardin. Quant aux alliant les qualités de la ville et celles de la « campagne ». Alfred & Emil Roth, Marcel Breuer: Ludwig Otte: mansardes, elles pouvaient être louées. Ils souhaiteraient pouvoir bénéficier au quotidien des
de Martin Steinmann équipements de la ville, tout en habitant dans un cadre Doldertal-Häuser, 1932-36 Stadtvilla in Berlin Zehlendorf, 1905 Les maisons urbaines constituant des volumes isolés, les vert, sans devoir s’occuper d’un jardin. Pour la vie en plein
fenêtres des logements donnent sur tous les côtes. Ces air, une grande terrasse suffit (sur laquelle ils peuvent
immeubles donnaient aux habitants l’impression de vivre arranger des roses, des hortensias et des lauriers roses en
en dehors de la ville, même si les jardins — contrairement pots). Le Corbusier s’était déjà exprimé en termes désobli-
à ceux des maisons de campagne du 18e siècle, réalisés geants sur le jardinage. La terrasse, il recommandait de
devant les fortifications — étaient petits. Ils offraient ainsi l’utiliser plutôt pour y faire de l’exercice et se maintenir
une alternative aux immeubles d’habitation mitoyens en forme — ce qu’il faisait du reste lui-même.
de la ville médiévale, dans lesquels on avait peu à peu B
aménagé des appartements. Par rapport à ces derniers,
souvent profonds et sombres, les logements des nouvelles
maisons urbaines apparaissaient généreux et lumineux.
L’idée de maison
0 5 Si Gaston Bachelard a raison, si l’idée de maison est
déterminée par la maison dans laquelle on a grandi, « la
maison première », ■ alors cela explique la fascination 1
qu’exerce sur moi ce type d’habitation. J’ai grandi dans
une telle maison. Elle ne se trouvait pas dans une rue chic
— c’est la Zürcherstrasse qui était chic, avec ses villas.
Notre rue avait été construite à la fin du 19e siècle, avec
quelques maisons urbaines. Mais on y trouvait également
d’autres bâtiments : une fabrique d’articles en ciment,
et l’arsenal, au crépi gris-vert. Notre jardin butait contre
une maison semblable à la nôtre : deux étages et deux Burkhalter & Sumi: Morger & Degelo: 115 appartements.
Haustyp für Siedlung in Wallisellen ZH, 1997 Haustyp für Siedlung in Wallisellen ZH, 1997
"la première maison" Alfred & Emil Roth, Marcel Breuer:
Dans les années trente, la construction de nouvelles C
maisons urbaines constituait une « tâche d’une actualité
particulière », comme l’écrit Arthur Rüegg dans son ou-
vrage sur les maisons du Doldertal. ■ II s’agissait alors 2
de vérifier la pertinence des idées du Neues Bauen lors-
qu’elles étaient appliquées à l’habitat de la classe moyenne
éclairée, qui était précisément porteuse de ces idées. Ce
constat est cependant à mettre au conditionnel, car on ne
trouvait à l’époque que peu d’exemples de ce type d’habi-
tation, hormis justement ces maisons construites en 1936
à la demande de Sigfried Giedion.
La description qu’en donne Rüegg met le doigt sur l’une
des principales raisons de la — nouvelle — popularité de
la maison urbaine, à savoir l’imbrication des espaces in-
térieurs et extérieurs. Alfred Roth, l’un des architectes
des maisons du Doldertal, décrit la possibilité qu’offre la
maison urbaine de vivre tranquillement aussi bien dedans
que dehors — une possibilité qui libère de l’idée « désa-
gréable » d’habiter un immeuble. ■ On tombe sans cesse, 3
dans les rapports de l’époque, sur des mots comme « libre »
ou « libérer », et l’on se souvient du petit livre de Giedion
intitule « L’habitat libéré », qui — sans que cela soit expli-
citement mentionné — se referait bien à l’habitat de la
classe moyenne. ■ 4
Alfred & Emil Roth, Marcel Breuer: La Photographie figurant en couverture de ce livre, accom- construits par Ludwig Otte à Berlin-Zehlendorf en 1905 Ludwig Otte:
Doldertal-Häuser, 1932-36 pagnée des mots « lumière », « air », « ouverture », montre et les appartements groupes par quatre de la cite ouvrière Stadtvilla in Berlin Zehlendorf, 1905 un espace conçu par Max Ernst Haefeli. Elle montre de 1853 à Mulhouse. également ce que Roth écrivait à propos des maisons du
Doldertal, à savoir que de tels bâtiments permettent un Suivit en 1984, dans le cadre de l’IBA — l’exposition inter-
« habitat libre et de Standing ». L’imbrication de l’intérieur nationale du bâtiment à Berlin —, la construction, par
et de l’extérieur résulte par ailleurs également des Stim- différents architectes, de neuf maisons urbaines à la
mungen changeantes du cadre environnant, qui colorent Rauchstrasse. Celles-ci portaient l’étiquette de « villa
en quelque sorte les espaces : le ruisseau, les arbres, et, urbaine », ce qui, au vu des appartements réalisés — qui
au loin, en contrebas, la ville et le lac. tous correspondaient aux normes du logement social
ordinale —, trompait sur la marchandise. Le projet le plus
Contrairement aux maisons urbaines du 19e siècle, les intéressant était signé Giorgio Grassi. II s’inscrivait, de
maisons du Doldertal ne sont pas séparées par des haies. par sa forme, dans la tradition de la « palazzina », la maison
A l’unité de la parcelle correspond une surface gazonnée urbaine italienne telle qu’elle nous est familière. Mais le
uniforme. Ainsi ces maisons présentent-elles un nouveau projet en représentait en même temps la critique. Grassi
rapport à l’espace extérieur : celui-ci devient un espace écrivait que l’on pouvait déceler dans son « petit im-
collectif, un « parc », pas un jardin ; il est l’espace qui sé- meuble d’habitation » la volonté de mettre la villa urbaine
pare les maisons et non l’espace que s’approprient les ha-6 en difficulté. ■
bitants. La critique adressée aux Siedlungen des années
vingt ou cinquante parle de surfaces dont le seul but est La « palazzina » nous est familière en tant que forme de
de maintenir à distance les différents bâtiments. D’un logement destinée à la classe moyenne, avec des espaces
point de vue urbanistique, c’est la relation — délicate répondant aux exigences de celle-ci, notamment des
— entre espaces intérieurs et extérieurs qui, dans le cas chambres et des escaliers réservés aux domestiques et
de la maison urbaine, nous intéresse. Au 19e siècle, cette d’autres locaux annexes. Je pense à des exemples romains,
relation était réglée par le fait que les appartements du comme la maison urbaine construite à la Viale Buozzi
rez-de-chaussée étaient surélevés par rapport aux jardins. par Luigi Moretti entre 1947 et 1950, le « Girasole », qui re-Morger & Degelo: Gigon / Guyer Architekten: C’est aussi le cas dans les maisons du Doldertal, où les ap- présente probablement, pour des raisons architecturales,
partements inférieurs se trouvent par endroits surélevés, la « palazzina » la plus célèbre, ou encore la belle maison Haustyp für Siedlung in Wallisellen ZH, 1997 Wohnhäuser am Zürichberg, 1998-2000 en raison de la pente, d’un étage entier par rapport au sol. urbaine construite à la Via Innocento X par Ludovico
Ainsi voit-on depuis ces appartements le parc comme on 7 Quaroni entre 1952 et 1954. ■ Dans tous ces exemples, les
voit une scène depuis les loges, et le titre de la pièce que salles de séjour et de réception des deux appartements
l’on y joue est « nature ». d’un même étage forment front sur la rue. S’y greffent des
ailes latérales, qui abritent les chambres à coucher et for-
… comme dans les années septante ment une cour ouverte ou — chez Moretti — fermée. C’est
Dans les années septante, le pendant réformiste de la la profondeur de cette cour qu’occupent les escaliers,
construction par îlots a, dans le sillage du débat sur les l’ascenseur et la cuisine. (On trouve déjà ce plan dans
formes urbaines historiques, repris part au jeu urbanis- les maisons urbaines berlinoises du tournant du siècle,
tique : Dans un séminaire tenu en 1977 à Berlin, Oswald notamment dans celles d’Otte.)
Matthias Ungers, Hans Kollhoff et Arthur Ovaska ont pro-
posé de travailler sur les « villas urbaines ». ■ Les bases 5 Grassi reprend ce type d’immeuble dans son projet. Mais
théoriques de cette étude étaient cependant définies de les cinq appartements que rassemble chaque étage
façon peu précise ; en effet, la notion finit par s’étendre s’éloignent ici de l’organisation spatiale qui, dans la « palaz-
à des réalisations aussi différentes que les logements zina », produit cette forme. C’est comme si l’on avait après- 116
coup subdivisé une telle maison urbaine en appartements sont destinés à l’habitation et aux activités. L’espace qui
plus petits et moins prestigieux. Mais ce faisant, on fait sépare les bâtiments, recouvert de cailloutis, peut être
violence — intentionnellement, si l’on en croit Grassi — parcouru dans toutes les directions, à pied comme en
au type de base ; on le transforme au point que l’on véhicule. II n’est structure que par des fosses de drainage
doive répondre par un nouveau type aux conditions qui et les haies qui les accompagnent. Ces éléments soulignent
contraignent à la transformation. Je pense que c’est à l’orientation des constructions vers le lac.
cela que fait allusion la remarque de Grassi. II s’agirait ici
d’un type dans lequel l’organisation spatiale ne fonderait Imaginons ce projet réalisé : Le rez-de-chaussée des bâti-
aucun ordre hiérarchique, ni à l’intérieur, ni à l’extérieur. ments est réservé aux activités, aux espaces communs et
Cela implique que l’environnement immédiat d’une mai- aux places de stationnement couvertes. Les logements
son de ville doive présenter un caractère uniforme. Dès occupent les trois autres étages. L’espace libre est plan-
lors, les différentes pièces d’un appartement ne sont plus té d’arbres qui poussent sur des sols gravillonnes, par
en relation avec une rue, un parc ou une cour — elles exemple des bouleaux ; ceux-ci créent une Stimmung qui
ne tirent donc plus leur caractère particulier d’une telle correspond à de tels lieux. Leurs troncs, de même que les
relation. Elles sont en relation avec un environnement piliers et les locaux du rez-de-chaussée, structurent le
homogène, sur les qualités duquel nous reviendrons. site. Ils donnent lieu à des expériences sensibles variées :
resserrement et ouverture, ombre et lumière, couleurs
A qui appartient l’espace libre ? — le bleu ou gris du lac, le brun des roseaux, le vert des
Dans leur projet de 1990 pour le Röntgenareal à Zürich, Isa prairies environnantes, les couleurs des voitures… L’es-
Stürm et Urs Wolf ont tiré les conséquences urbanistiques pace qui sépare les bâtiments échappe ici à toutes les ca-
de ce nouveau type de maison de ville. Avant sa construc- tégories urbanistiques : il n’est pas une place, il n’est pas
tion, ce site attenant aux voies de chemin de fer servait de urbain, il n’est pas non plus un parc, malgré les arbres.
place de stockage. Les architectes ont tenu compte de ce Ainsi les architectes décrivent-ils leur ensemble, de façon
fait en concevant neuf immeubles d’habitation entre les- conséquente, comme obéissant à un ordre « comparable à
quels l’espace libre est perçu comme ouvert et homogène. celui des places de camping ».
Les immeubles, qui comptent sept étages, sont décalés les
uns par rapport aux autres. Ceci confère à l’espace qui les Recherches…
sépare une tension à laquelle répond la double orientation Le projet élaboré en 1997 pour un ensemble d’habita-
des appartements : occupant les quatre angles du bâtiment, tion à Wallisellen livre sans doute l’étude la plus intéres-
ces derniers abolissent toute notion d’avant et d’arrière, sante menée sur le type de la maison urbaine, ou plutôt,
de rue et de cour, de montré et de caché. Le fait que les en l’occurrence, de la maison dans le parc. Le site de
balcons — légèrement de biais, de manière à constituer des 15 000m2 devait accueillir de grands logements, comme il
limites naturelles — fassent le tour du bâtiment, renforce en manque sur le marché. A cette fin, les promoteurs de
l’équivalence des différentes façades. ■ 8 l’opération mandatèrent sept architectes pour dévelop-
per en commun un modèle d’urbanisation. Le résultat se
Le rez-de-chaussée de ces maisons urbaines abrite égale- compose de volumes disposés en échiquier, entre lesquels
ment des appartements. Cela confère à l’espace libre un D l’espace libre s’étend, de tous côtés, de façon homogène.
statut ambigu : d’un côté, il appar-
tient à tout le monde — il est donc
public ; de l’autre, il appartient aux
locataires de ces appartements. D’au-
cuns ont qualifié d’urbain l’amalgame
de ces qualités : selon eux, on n’a pas
ici l’impression de pénétrer dans la
9 sphère privée d’autrui. ■ Or j’ai, moi,
cette impression, et elle contamine
pour moi tout l’espace qui sépare
les immeubles, auquel les locataires
s’efforcent d’ailleurs d’arracher, au
moyen de haies clairsemées, un mini-
mum de privacité. Mais cette privaci-
té est tout aussi perméable que celle
des balcons, avec leurs balustrades en
tôle perforée. Elle transforme la vie à
l’extérieur en une représentation au
cours de laquelle les locataires jouent
et voient jouer les autres.
Le projet que Daniele Marques et
Bruno Zurkirchen ont proposé, en
1994, pour le site de la Steinfabrik de
Pfäffikon, tire les conséquences de ce
10 conflit. ■ Ce projet poétique, qui re-
vêt dans le débat sur une urbanisation
à la fois ouverte et dense une impor-
tance de premier plan, occupe son ex-
traordinaire site au bord du lac par des
bâtiments allongés, qui, légèrement
117 décalés les uns par rapport aux autres, Isa Stürm & Urs Wolf:
Wohnüberbauung Röntgenareal Zürich, 1990-2000
Cet espace devait être planté comme un parc accessible on ne trouve au rez-de-chaussée que des espaces de travail
au public. II devait accueillir des immeubles qui repré- et des caves — en partie enterrées. L’espace qui sépare les
sentent une version périurbaine de la maison de ville, volumes est revêtu d’un gravier grossier, ce qui le sous-
mais avec des logements plus grands, occupant souvent trait à toute destination univoque : la cour n’est pas une
tout un étage — soit 200 bons mètres carrés. Les pièces cour, de même que le parc n’est pas un parc. De telles
de ces appartements devaient s’ouvrir, de tous côtés, sur catégories urbanistiques sont abolies dans l’« espace sans
un environnement dont les maisons et les arbres struc- qualités » qui entoure les bâtiments.
turent la perception en différentes constellations. ■ 11
L’ensemble d’habitation de Wallisellen, pour y revenir en-
La plupart des immeubles qu’ont proposés les architectes core, aurait pu s’inscrire dans la tradition des recherches
invités — à raison de deux projets par bureau — sont des menées à l’échelle 1 : 1 dans le domaine du logement, par
volumes compacts posés sur une surface proche du carré. exemple dans le cadre des Siedlungen du Werkbund des
Les différences, conditionnées par les plans, conduisent années vingt. Mais il n’en est rien sorti. Les promoteurs
à de subtils écarts dans les relations qu’entretiennent les ont finalement décidé de construire tous les bâtiments
volumes entre eux. D’après leurs plans, les immeubles selon les plans de Sabine Hubacher et Christoph Haerle.
peuvent être classés en deux types, qui, chacun à sa L’ensemble a été occupé en 2000. Reste, comme l’écrit
manière, thématisent les qualités de la maison dans le Andreas Janser, que le processus engagé et l’effort collec-
parc. Dans le premier cas, la cage d’escaliers constitue 13 tif des architectes impliqués sont remarquables. ■ Or, un
un noyau central, que les espaces — les couloirs et les effort comparable est actuellement entrepris dans le cadre
chambres — enveloppent comme les pelures d’un oignon. de la planification d’un ensemble d’habitation à l’Ouest de
Les chambres donnent ici résolument sur l’extérieur, sur l’agglomération viennoise. Ce projet est censé explorer
le parc. Plusieurs architectes ont conçu des immeubles les possibilités typologiques de maisons à trois étages,
comptant, comme les « palazzine », deux appartements ainsi que l’emploi du béton pour ce type d’habitation (la
par étage. Je trouve particulièrement beau le plan de planification a été lancée à l’instigation de l’industrie du
Meinrad Morger et Heinrich Degelo, où les chambres ciment). Ce projet fait partie des efforts entrepris par la
forment une sorte de conglomérat générateur de rela- Ville de Vienne pour lutter, à travers de nouvelles formes
tions spatiales pleines de tension. La possibilité de relier d’habitat « dans la verdure », contre l’exode de la popula-
les deux appartements ne convainc en revanche, du fait tion dans les communes voisines. Comme l’écrit Christian
de leur symétrie, dans aucun de ces immeubles. Kühn dans sa description du projet : « Du point de vue de
l’aide à la construction de logements, la « Vienne rouge »
Dans le deuxième cas, la cage d’escaliers et les pièces saute ici prudemment par-dessus son ombre idéologique,
« équipées » constituent des noyaux périphériques éclai- la petite maison dans la verdure représentant en effet
rés naturellement, qui structurent l’appartement. II en 14 la forme de l’habitat bourgeois par excellence. » ■
résulte un espace continu qui se répand comme de l’eau
entre les pierres. Cet espace peut être subdivise en pièces Un ensemble d’habitation à la périphérie de Vienne
conventionnelles par de grandes portes coulissantes. Et Ici, neuf bureaux provenant des trois pays germano-
lorsque l’on traverse l’appartement, le parc se déploie par phones ont conçu douze immeubles — d’où le nom donne
séquences — comme dans un film. A Wallisellen, ce type a à l’entreprise : « 9 = 12 ». Le projet urbanistique est signé
été développé par Marianne Burkhalter et Christian Sumi, Adolf Krischanitz. Ce dernier a disposé les volumes al-
ainsi que par Annette Gigon et Mike Guyer. C’est lui gui longés sur les deux bords du site, de manière à ménager
se rapproche le plus d’une interprétation contemporaine au centre un espace libre. Les bâtiments sont légèrement
de la maison urbaine du tournant du siècle, où les diffé- décalés les uns par rapport aux autres. Le dénivellé du
rentes pièces étaient reliées entre elles, conformément site — en pente vers l’Ouest — renforce ce décalage et
aux règles de la vie bourgeoise. Aujourd’hui, les portes ébranle l’ordre de l’ensemble. L’espace libre est traité en
coulissantes permettent par contre de créer, de cas en all-over ; il est plante selon un motif tacheté comparable à
cas, un nouvel ordre. celui des tenues de camouflage, brun-vert-beige : « la na-
15 ture se camoufle en tant que nature ». ■ Les bâtiments se
… et réalisations comportent par rapport à cela de façon neutre, c’est-à-
Gigon Guyer ont poursuivi leurs recherches typolo- dire que les appartements s’ouvrent — dans une mesure
giques dans le cadre du concours organisé en 1998 pour différente — sur tous les côtés. Les arbres constituent un
la construction de logements au Zürichberg. ■ Ils ont 12 deuxième niveau de végétation.
proposé de repartir ces logements dans trois maisons
urbaines, que l’on peut effectivement, au vu de leur situa- Les architectes disposaient — sauf aux coins du site —
tion, nommer ainsi. Le projet a entre-temps été réalisé, d’une surface d’environ 11.50 × 23.00 mètres. En fonction
et il constitue un jalon important dans la réflexion sur le de leur plan, les immeubles s’écartent plus ou moins de
type d’habitation qui nous occupe. Le recours à ce type cette surface. Ils se tiennent à faible distance les uns der-
trouve ici sa justification dans l’ordre du quartier, qui est rière les autres, ce qui met en crise les qualités de l’es-
occupé par des maisons et des villas, et dans la volonté pace libre de façon encore plus violente que dans le cas
d’exploiter mieux qu’autrefois la parcelle relativement des maisons urbaines et des maisons dans le parc évo-
grande, sans toutefois perturber cet ordre. C’était aussi, quées plus haut. Les appartements s’étendent tantôt sur
soit dit entre parenthèses, la raison de la forme urbaine un, tantôt sur deux, voire trois niveaux, les deux types
ouverte du Doldertal : le Service des constructions de la cohabitant parfois dans un même immeuble. Parmi les lo-
Ville avait jugé « étrangère au quartier », et donc refuse, la gements en duplex, ceux qu’ont conçus Diener & Diener
construction de maisons en rangées, telles que les avaient me paraissent particulièrement complexes. Les chambres
d’abord proposées les architectes. à coucher et les pièces où travailler présentent une hau-
teur conventionnelle de 2.50m, les pièces de séjour, en
La disposition variée des loggias confère aux différents revanche, une hauteur de 3.75m. Ces espaces corrodent
appartements, ouverts sur tous les côtés, un caractère la perception de l’habitat par étages; ils créent une autre
particulier. Les logements sont tous au-dessus du sol ; forme de densité des expériences sensibles. 118
L’ensemble, qui porte le nom de la rivière dont il borde le a été explore dans le cadre d’un unique bâtiment, comme
lit — Mauerbach — , sera présenté en automne au Centre la maison urbaine construite par Büsser & Hürlimann à
d’architecture de Vienne et, par la suite, au Musée d’archi- Thalwil en 2001. Le fait que les appartements s’organisent
tecture de Bâle. Je puis donc me concentrer ici sur un pro- ici sur deux demi-niveaux procure l’impression d’habiter
jet qui correspond dans une large mesure à ma conception dans une maison. Contrairement à la maison urbaine du
de la maison dans le parc. Ce projet, signé Peter Märkli, 19e siècle, l’appartement du propriétaire occupe ici l’étage
compte trois appartements, répartis sur trois étages dont supérieur, un jardin totalement privé pouvant en outre être
la partie apparente des dalles est épaissie. On pourrait aménagé sur le toit. La maison dans le parc construite par
décrire ce bâtiment comme un volume simple auquel on Dettli & Nussbaumer à Emmenbrücke entre 1997 et 1998,
aurait enlevé différents morceaux dans les angles, de sorte présentée dans la documentation du présent numéro,
que le bâtiment et l’espace qui l’entoure s’imbriquent. peut-elle aussi être mentionnée dans ce contexte.
À quatre endroits, les fenêtres — dont la hauteur cor-
respond à celle des étages — font saillie, si bien que les Comme nous le disions en début d’article, il y a au nouveau Alfred & Emil Roth, Marcel Breuer: Ludwig Otte: chambres apparaissent, à l’extérieur, comme des volumes. débat sur cet ancien type différentes raisons, des raisons
À deux autres endroits, les fenêtres sont au contraire pla- d’ordre sociopolitique et socioculturel, des raisons qui Doldertal-Häuser, 1932-36 Stadtvilla in Berlin Zehlendorf, 1905
cées en retrait. Reliés ou, justement, imbriqués de cette concernent donc une transformation des valeurs qui, dans
manière, les espaces intérieurs et extérieurs abolissent le domaine de l’habitat, reflète les transformations sociales
en fin de compte la limite qui les sépare. elles-mêmes. Ce débat ne fait que commencer. À suivre.
Le présent texte présente les premiers résultats
d’une recherche que le Laboratoire de l’habitation
E urbaine de l’Institut d’architecture et de la ville EPF
Lausanne publira en 2003.
New meaning for an old building type
EN Free-standing apartment buildings have reappeared, under
various names: town house, urban villa, park house, point
building… And as well as this type of building dating from
5 the 19th Century, people are also taking a new look at the
open development methods it calls for, though in differ-
ent forms and for different reasons than the ones that
used to apply: the town house, as the author intends to
call it here, has two main advantages: it makes it possi-
ble to increase the density of openly developed quarters
without fundamentally changing their character, but to
develop a landscape that is open and yet has a certain
degree of density as well. This density is not just architec-
tural. It is also the density of sensual experiences.
Burkhalter & Sumi: Morger & Degelo: Ce constat s’applique également au rapport entre les This new density combines qualities of the city and the
Haustyp für Siedlung in Wallisellen ZH, 1997 chambres. Certaines portions de leurs murs sont rabat-countryside, social institutions and natural spaces. (It Haustyp für Siedlung in Wallisellen ZH, 1997 tables. Mais la forme simple et claire des chambres à should be said at least in brackets that there are politi-
coucher, pièces où travailler et autres, les empêche de cal reasons as well. It is about creating conditions in the
se dissoudre dans l’espace complexe du salon. Ces ap- city that offer an alternative to the “house in the country”
partements n’ont rien à voir avec la maison construite and keep high-earning residents in the city, or bring them
par Gerrit Rietveld à Utrecht en 1924, où il est possible, back to the city.)
en faisant coulisser les parois qui séparent les chambres,
d’abolir complètement l’ordre interne de la maison. Dans The buildings discussed in this article are not necessarily
le bâtiment de Märkli, cet ordre est conservé : il constitue in urban districts. But their type emerged in a way that
la norme à laquelle se mesure l’infraction à cette même does have something to do with towns, or more precise-
norme. C’est comme si l’espace emplissait le logement ly with the districts that were attached to the medieval
en un mouvement ample depuis le sas d’entrée — comme town in the 19th Century. Blocks with two or three sto-
de l’eau, encore une fois –, instaurant de fait une nouvelle reys and the same number of dwellings were built on par-
forme de continuité spatiale. Ainsi, Märkli poursuit ici la cels of 500 or 600m2. This is the oldest form of rented
recherche architecturale qu’il a engagée en 2001 avec la accommodation, built by the owner to create a small in-
maison Azmoos, et même déjà en 1998 avec le bâtiment come for himself. He would often live in the bottom flat,
du Zürichberg (dans le cadre du concours qu’ont remporté with access to the garden. The mansards in the attic could
Gigon Guyer avec leurs trois maisons urbaines). Ce pro- be let additionally.
jet propose sa propre conception de l’« habitat libéré »,
tel qu’est capable de le réaliser la maison dans le parc. Town houses are free-standing, the windows in the flats
face in all directions. They made their original occu-
Hormis les recherches exemplaires sur la maison urbaine pants feel that they lived outside the town, even though
ou la maison dans le parc qui viennent d’être présentées, the gardens were small, unlike the gardens of the coun-
nombre de projets construits et non construits relèvent de try houses that were built outside the fortifications in
ce type d’habitation. Je pense aux trois maisons urbaines the 18th Century. This made them into an alternative to
— c’en sont vraiment — qu’ont construites Burkard Meyer the houses in the medieval town, which had gradually
à Baden entre 1998 et 1999, ou aux cinq maisons dans le been converted into flats. These flats were often deep
parc que Burkhalter & Sumi ont réalisées en 2001 à Alten- and dark, while the flats in the new, free-standing town
119 dorf. Mais je pense aussi aux cas où le potentiel de ce type houses made a more welcoming impression.
The idea of a house Rüegg’s description of them identities some essential
If Gaston Bachelard is right, if the house you grew up in, reasons for the attention that is being paid to the town
“la premiere maison”, determines your idea of a house, ■ 1 house — again: linking interior and exterior spaces. Alfred
this would explain the fascination that this type of build- Roth, one of the architects, writes about living undis-
ing has for me. I grew up in a house like that. It was not turbed both inside and outside; he says that it liberates
in a smart street — the Zürcherstrasse with its villas was people from the “unpleasant” idea of living in a block of
smart. Our street, which contained some town houses, 3 rented flats. ■ Words like “free” and “liberate” crop up all
had been built in the late 19th Century. But there were the time in contemporary reports, and one is reminded
other buildings as well: a cement goods factory and the of Giedion’s little book “Befreites Wohnen” (Liberated
grey-green painted armoury. There was another house Living), which refers to this kind of middle-class living —
like ours next to our garden: two floors and two flats. 4 without identifying it expressly. ■
The street was full of cyclists for a few minutes twice a The photograph on the cover of the book shows a room
day. These were the “Weidmann” workers going home at by Max Ernst Haefeli, with the words light, air, open
midday and in the evenings, talking loudly to each other. space printed on it… It also shows something that Roth
Alfred & Emil Roth, Marcel Breuer: Cars were a rarity in the 40s, and not just for workers. — also wrote about the Doldertal houses: that they permit Ludwig Otte: That was “my world”, and you could see a different side “high-quality, free living”. This also leads to the interlink-
Doldertal-Häuser, 1932-36 of it from every window in the flat. Life around the house ing of inside and outside through the changing moods Stadtvilla in Berlin Zehlendorf, 1905 changed with the time of day and with it the way we saw of the surroundings, which colour the rooms to a certain
things. The noise of the roller that the workers used to extent: the stream, the trees, and far below the town and
shift the Heraklit slabs along in the outdoor storage area the lake.
and the smell of cement from these slabs is for ever etched
on my memory.
Why do I summon up memories of this world that no F
longer exists? I do it because I want to describe the den-
sity of the sensual experiences it was possible to have
when moving around the flat. They were also experiences
of nearby buildings and the deep spaces between them, of
green gardens and grey storage areas. The attic and the
cellar were part of this density. Bachelard describes these
special places in the house very impressively — but they
no longer exist in today’s town houses.
So there are various reasons for concerning oneself with
this type of house. They also include the permeability of
the open spaces that happens if gardens are not divided by
walls or hedges as was formerly the case, as in our house.
This compensates for the proximity of the buildings and
contributes to the richness of the perceptions. The space
between the new town houses is not allotted to individual Morger & Degelo: Gigon / Guyer Architekten: dwellings like the flats on the ground floor, as it used to Unlike the 19th Century town house, the Doldertal houses
be. It is common land, and it is looked after by contractors. are not separated from each other by hedges. The unity of Haustyp für Siedlung in Wallisellen ZH, 1997 Wohnhäuser am Zürichberg, 1998-2000
the parcels derives from a uniform expanse of lawn. They
Up to the minute in the 30s… thus show a new relationship with open space: this is
Here we come across one of the reasons why homes like common space, it is a “park”, not a garden, it is space that
this are in demand. Many people who have moved into a separates the houses and that is not appropriated by the
house in a suburb because of the children move back into individual occupants. Criticism expressed about estates
the city after the children have left home. Or more accu- in the 20s or 50s talks about areas intended to keep
rately, they would like to go back if there were flats in the the buildings apart. — From the point of view of urban
city that combine the advantages of city and “country”. development it is the — tricky — relationship between
They would like to use the facilities of the city in their interior and exterior spaces that concerns us when
daily lives and yet live surrounded by greenery without thinking about the town house. In the 19th Century it is
having to look after a garden. All they need in order to regulated by the fact that the flats at the bottom of the
spend time in the open air is a large terrace (on which they building are higher than the gardens. This also applies
then assemble roses, hydrangeas and oleander to form a to the Doldertal houses, where the parts of the bottom
container garden). Even Le Corbusier spoke disparaging- flats are a whole floor above ground level because of the
ly about gardening and advised gymnastics on the ter- sloping plots. So you look out at the park from them as if
race to keep in shape instead — and he practised what he looking at a stage from a box. The play that is being put
preached. on is called “Nature”.
In the 30s the town house was “a particularly up to the … as in the 70s
minute task”, as Arthur Rüegg wrote in his book about the While historical development forms were being analysed,
Doldertal houses. ■ It was all about testing out the ideas of 2 their opposite number as a reform, open development,
Neues Bauen on homes for the enlightened middle classes, came back into play in the 70s alongside perimeter block
who were the supporters of these ideas. This statement development. Oswald Matthias Ungers, Hans Kollhoff and
should be made in the subjunctive, as there were very few Arthur Ovaska commissioned work on the “urban villa”
examples of this house type at the time, including these 5 at a seminar in Berlin in 1977. ■ The theoretical bases
very ones, built for Sigfried Giedion in 1936. of this study were not very clear, however; ultimately 120
the concept was extended to cover things as different 8 the sides. ■ The ground floor of these town houses is
as the homes built by an architect like Ludwig Otte in occupied by flats. This makes the open space ambiguous.
Zehlendorf, Berlin in 1905, to which it does apply, but On the one hand it belongs to everyone, and so it is public,
also to the dwellings built together in fours in the 1853 but it also belongs to the tenants in these flats. And so
“cité ouvrière” in Mulhouse. this mixture of qualities has been described as urban: you
are said not to feel that you are invading someone else’s
Nine such town house were subsequently built by several 9 privacy. ■ But I do feel that, and for me it contaminates
architects in Rauchstrasse in 1984, as part of the IBA the whole space between the buildings. The tenants try
International Building Exhibition. They were labelled to wring a little privacy out of it with skimpy hedges. It
“urban villas”, which could be seen as labelling fraud, is as permeable as the balconies with their perforated
as the homes comply with the requirements for normal sheet metal parapets. It makes life on these balconies into
social housing. The most interesting design is by Giorgio a performance in which the tenants act and see others
Grassi. It is in the formal tradition of the “palazzina”, the acting at the same time.
kind of town house that is familiar from Italian cities.
Ludwig Otte: The design was a criticism at the same time! Grassi writes The 1994 design by Daniele Margues and Bruno Zur- that he felt as if he were using his “little block” to get the kirchen for the development of stone factory site in 6 Isa Stürm & Urs Wolf:
Stadtvilla in Berlin Zehlendorf, 1905 so-called urban villa into difficulties. ■ Pfàffikon draws conclusions from this conflict. ■ Their 10 Wohnüberbauung Röntgenareal Zürich, 1990-2000 poetic design, which is important for the analysis of a
The palazzina is familiar as a building form for the dense, open mode of development, occupies this extra-
middle classes, with rooms to meet their requirements, ordinary lake-side site with long buildings slightly stag-
which frequently includes accommodation for servants, gered in relation to each other. The open space between
a servants’ staircase and other additional rooms. I am the buildings, which are used for work as well as housing,
thinking of examples in Rome like Luigi Moretti’s town is covered with gravel and can be walked or driven on in all