OceanofPDF.com Villa urbaine Urban Villa French Edition
E
A Les Chamettes – 1896
B Avenue Davel – 1885
C Avenue de Beaulieu – 2021
D Les Bergières – 1953
E Avenue Eugène-Rambert – 1949
1 Frédéric Gilliard, Notes d’urbanisme, dimanche 22 12 Règlement concernant le Plan d’extension de la Ville
décembre 1935. Document inédit déposé aux Ar- de Lausanne, Lausanne, 1911, article 51. chives de la Ville de Lausanne cité par / Unpublished 13 Plan général d’affectation, règlement du 26 juin 2006,
document deposited at the Archives de la Ville de Lausanne, Direction des travaux, service d’urbanisme.
Lausanne quoted by Didier Challand: Habiter la ville 14 Selon le Dictionnaire historique de la langue française,
ouverte – nouvelle actualité de la villa urbaine, EPFL sous la direction d’Alain Rey, Paris, Le Robert, 1992.
thesis n°4579, 2010, p. 206. According to the Dictionnaire historique de la langue
2 Chemin des Charmettes 4. française (Historical Dictionary of the French Lan-
3 À noter que la villa « La Colline », avenue Davel 1, abritait guage), edited by Alain Rey, Paris, Le Robert, 1992.
un pensionnat de jeunes filles et a été transformée en 15 Respectivement n°4 et 12, ce dernier sensiblement
5 La première loi cantonale sur la police des construc-Communal. Mis à part le nombre d’étages en ville et à aujourd’hui démoli ; « Chalet Beaulieu », avenue des Ouchy, il règle essentiellement des questions relatives Bergières 1, 1886, H. Krafft, architecte / “Chalet à la sécurité des constructions / Apart from the num- Bergières,” formerly No. 31 of the avenue, now demoli- ber of floors in town and on Ouchy, it mainly regulates shed; “Chalet Beaulieu,” 1 Avenue des Bergières, questions relating to construction safety. H. Krafft, architect, 1986. 18 Jacques Regamey, architecte, 1897. tions est adoptée le 22 mai 1875 / The first cantonal 19 Chemin des Charmilles n°5, 7 & 9, villas individuelles law on the construction authority was adopted on May individual villas; n°11, 2, 6 & 10, villas locatives / rental 22, 1875. Règlement sur la police des constructions villas, 1912-1913. de la commune de Lausanne, 1881. 20 Chemin des Pâquerettes 3-5-7-9, 1912-1914 & chemin 6 Ces documents conservés par les Archives de la Ville de Barberine 2-4-6, 1913-1915. de Lausanne constituent aujourd’hui une source 21 Chemin des Noisetiers 5, 7, 8, 11 & chemin des Pâquer- historique essentielle pour identifier les maîtres de ettes 11-13. Ernest Rapin occupe le n°11, ancien- l’ouvrage et les auteurs des constructions ainsi que nement n°14, mentionné comme « maison Rapin » pour les dater / These documents conserved by the dans l’Annuaire vaudois / Ernest Rapin occupies Archives de la Ville de Lausanne today constitute an No.11, formerly No.14, mentioned as “maison Rapin” essential historical source to identify the clients and 4 Règlement de la Police des constructions, Lausanne, was transformed into a school after its purchase in Chemin de Chandolin 5 et « Les Muguets », 1897, ac- tuellement chemin de Chandolin 2 / “Chalet Belle- 1899 by the City of Lausanne. Vue,” which no longer exists, at the location of the 5 Chemin de Chandolin and “Les Muguets,” 1897, now Imprimerie Genton, Voruz et Dutoit, place du Crêt 21 2 Chemin de Chandolin. & 22, 1863. Entériné le 31 mai 1864 par le conseil 17 « Chalet Bergières », anciennement n°31 de l’avenue, It should be noted that the villa “La Colline”, Avenue significantly transformed. 16 « Chalet Belle-Vue » disparu, à l’emplacement du Davel 1, housed a boarding school for young girls and école après son rachat en 1899 par la Ville de Lausanne transformé / Respectively No.4 and No.12, the latter
in the Annuaire vaudois.
the builders as well as to date them. 22 L’Annuaire Vaudois, édition 1922, mentionne un
7 Gilbert Coutaz, Du maisonneur à l’architecte de la Ville Marius Rapin, étudiant à l’avenue des Bergières 28,
ou l’histoire d’une fonction communale du Moyen même adresse qu’Ernest, entrepreneur / The Annuaire
Àge à aujourd’hui 1883-1983, Lausanne : Service Vaudois, 1922 edition, mentions a Marius Rapin, stu-
d’architecture de la Ville de Lausanne, 1984. dent at 28 Avenue des Bergières, the same address
8 Règlement concernant le plan d’extension de la ville as Ernest, a contractor.
de Lausanne, Lausanne, 1897. Conseil Communal de 23 Ch. des Fontenailles 21-23, av. Edouard-Rod 11-17.
Lausanne, 10.V.1897. 24 Avenue Henri-Warnery 9-11-13, puis / then avenue
9 Ibid. art. 30. Edouard-Rod 1-3 & 5-7 et avenue de Cour 17-19.
10 Règlement sur la Police des constructions dans la 25 James Ramelet n°8 & 16, respectivement en / respec-
Commune de Lausanne, 1902. tively in 1930 & 1933; C. Gros, n°12 & 14 en / in 1933 ;
11 Règlement concernant le Plan d’extension de la Ville François-Charles Hoguer, n°18-22 entre / between
33 de Lausanne, Lausanne, 1904, article 38. 1931 & 1933.
34
Exposition : Plot — Atlas d’une particularité lausannoise
Exhibition: Plot — Atlas of a Lausanne Feature
35
FR Du 19 septembre au 20 octobre 2019 eut lieu au Forum d’architec-• Le 3 octobre 2019, « Urbanisme et ville ouverte », en présence du
tures de Lausanne (F’AR) l’exposition Plot – atlas d’une particularité maître d’enseignement Didier Challand (HEPIA), du photographe
lausannoise. Cette exposition fut la première étape de l’étude abou- Filip Dujardin et des architectes Matthieu Jaccard et Jean-Paul
tissant au livre Villa urbaine – l’exemple lausannois. Jaccaud. Le contenu graphique du présent livre fut celui exposé en grand for-• Le 17 octobre 2019, « Typologie du plot », en présence des architectes mat au F’AR. La disposition de chaque série d’éléments ici agen- Marco Bakker, Ralph Blättler, Marc Loeliger, Jonathan Sergison et
cée sous la forme de chapitres fut alors présentée par différentes du critique Martin Steinmann. pièces. Lorsque l’on se situe dans une des pièces de la scénographie,
il nous est possible de comparer facilement les plans, situations, Afin que l’expérience soit réellement spatiale, la scénographie repro-formes urbaines ou ornements, tout en gardant un regard traversant duisait dans l’espace d’exposition de 350m2 du Forum d’Architec-sur d’autres éléments de comparaison. Le va-et-vient d’une page à tures de Lausanne, à l’échelle 1 : 1, le plan de l’étage type de la villa l’autre fut alors spatial. urbaine située avenue d’Ouchy 26.
Le contenu textuel quant à lui fut à l’origine de trois tables rondes :
• Le 19 septembre 2019, « Histoire et avenir du plot lausannois »,
en présence du doyen de la faculté des lettres Dave Lüthi (UNIL),
du professeur Luca Ortelli (EPFL) et de la déléguée à la protection
du patrimoine bâti Martine Jaquet (ville de Lausanne).
EN From September 19 to October 20, 2019, the exhibition Plot—atlas • On October 3, 2019, “Urbanisme et ville ouverte” (Urbanism and the
of a Lausanne feature took place at the Forum d’architectures of open city), in the presence of the lecturer Didier Challand (HEPIA),
Lausanne (F’AR). This exhibition was the first step of the study lead- the photographer Filip Dujardin and the architects Matthieu Jaccard
ing to the book Urban villa – the Lausanne example. and Jean-Paul Jaccaud. The graphic content of this book was the one exhibited in large for-• On October 17, 2019, “Typologie du plot” (Typology of the plot), in mat at the F’AR. The arrangement of each series of elements herein the presence of the architects Marco Bakker, Ralph Blättler, Marc
organized in the form of chapters was then presented by different Loeliger, Jonathan Sergison and the critic Martin Steinmann.
pieces. When we are in one of the rooms of the scenography, it is
possible for us to easily compare the plans, situations, urban forms In order for the experience to be truly spatial, the scenography repro-or ornaments, while keeping a clear eye on other elements of com-duced in the 350m2 exhibition space of the Forum d’architectures de parison. The movement from one page to another was then spatial. Lausanne, at a scale of 1 : 1, the plan of the typical floor of the urban
villa located at avenue d’Ouchy 26.
The textual content was in turn the source of three round tables:
• On September 19, 2019, “Histoire et avenir du plot lausannois”
(History and future of the Lausanne plot), in the presence of Dave
Lüthi, Dean of the Faculty of Letters (UNIL), Professor Luca Ortelli
(EPFL) and Martine Jaquet, Delegate for the protection of the archi-
tectural heritage (city of Lausanne).
37 Plan de l’exposition / Plan of the exhibition
40
À Lausanne, sur ses pentes — In Lausanne, on its Slopes
Luca Ortelli
FR Pendant douze années, à Lausanne, j’ai
vécu dans un plot. Aujourd’hui, néanmoins,
je m’interroge : je ne suis pas sûr que le bâ-
timent qui m’a laissé tant de jolis souvenirs
puisse être considéré comme un plot…
Dans le cadre de l’exposition — à laquelle
le présent livre garantira une plus grande
autonomie et une plus longue durée —
nombre de présentations, conférences et
débats posaient, de manière plus ou moins
explicite, la question fondamentale : qu’est-
ce qu’un PLOT ?
Difficile de répondre, mais une chose est
certaine : le plot refuse tous rapports de
contiguïté : il est construit à l’intérieur
d’une parcelle et respecte les distances
des limites de propriété imposées par les
règlements urbains. Cette condition, certes
nécessaire, n’est pour autant pas suffisante.
En effet, plusieurs bâtiments satisfont à une telle condi-A entre ces deux ordres, entre contiguïté et non-contiguïté.
tion, indépendamment de leurs dimensions, de l’époque de L’épisode exemplaire, à ce propos, est constitué par les
construction et de leur raison d’être. différents projets relatifs à la connexion entre la gare
ferroviaire et la place St-François et le débat qu’ils pro-
En effet, la position que le plot occupe à l’intérieur de voquèrent. La position de la gare, inaugurée en 1856, en
sa parcelle est commune, entre autres, à la villa, ou à la contrebas de la ville, exigeait un tracé routier entre ces
maison de maître. Si je reviens au plot où j’ai vécu, par deux pôles, avec une attention particulière au site dé- 0 5 exemple, son plan ne diffère fondamentalement pas du nommé Georgette. Le projet adopté par la Municipalité
plan d’une villa lausannoise de la fin du e xix siècle. Si la produira un morceau de ville hybride, opposant à la haute
cage d’escalier y est positionnée de manière correcte, densité de la zone ouest celle, bien plus réduite, du sec-
elle peut distribuer deux étages habités par une seule et teur est, où furent réalisés les quatre villas caractérisant
même famille ou un nombre variable d’appartements, cha- encore aujourd’hui cet endroit. À propos de l’urbanisation
cun occupant un étage autonome. Il était assez courant déterminée par la construction de la voirie, les auteurs
pour les villas lausannoises d’offrir le rez-de-chaussée du texte de l’INSA s’expriment ainsi : « On observe une
et le premier étage aux membres de la famille, selon un prédominance d’opérations “non spéculatives” : les villas
dispositif bien efficace et répandu — et il est aujourd’hui familiales ou locatives sont édifiées par des privés avant
surprenant de constater que dans une villa, à l’époque, la tout pour leur propre usage et les immeubles locatifs des
surface habitée par la famille était pratiquement doublée Avenues de Rumine et de Villamont sont occupés par leur
par les espaces de service (buanderie, caves, locaux tech- propriétaire qui se réserve un, voire deux étages et loue
niques et combles). On pourrait donc raisonnablement 2 le reste de la maison. » ■
affirmer que la différence la plus marquante et immédiate
entre villa et plot est relative au nombre d’étages. Dans Les raisons ayant déterminé le bas gabarit des quatre
ce sens, il est légitime de parler de villa familiale ou de villas de Georgette sont nombreuses et, parmi elles, il
villa locative sans qu’une telle différenciation présente convient de souligner la volonté de ne pas gâcher la vue
des contradictions fondamentales du point de vue stric- vers le lac et les montagnes aux bâtiments situés plus haut.
tement typologique. La seule discordance concerne, en À noter que, parallèlement à la construction du secteur
revanche, la forme urbaine et ce qui découle de l’adoption de Georgette (sur des terrains de propriété communale),
d’un ordre dispersé ou continu. B une série d’immeubles locatifs vient s’implanter le long
de la Rue Beau-Séjour. Il s’agit, dans ce cas, d’opérations
spéculatives proposant des immeubles contigus avec cage
d’escalier distribuant deux appartements par étage. Au-
delà des vicissitudes historiques, l’aspect qui me semble
présenter un indéniable potentiel est la coexistence de
deux types d’urbanisation si différents : ordre contigu serré
et ordre épars. En effet, le débouché sur Georgette depuis
Beau-Séjour constitue pour Lausanne, au-delà des qualités
décidément médiocres des édifices, une des plus belles
réussites urbaines de la seconde moitié du e xix siècle.
Les deux modèles reposent sur les ambitions contrastées
d’une bourgeoisie cultivant, d’un côté, le rêve d’habiter en
ville en contact avec la nature d’un jardin privé et des vues
à tout azimut sur les alentours et, de l’autre côté, le mi-
rage des rentes garanties par la construction d’immeubles
de rapport. Le compromis le plus répandu entre ces deux
vocations est représenté par « l’immeuble isolé d’un gabarit
3 élevé » ■ caractéristique, entre autres, de la partie finale
Dans le texte incontournable consacré à la ville de Lausanne de l’Avenue de Rumine vers l’est. Les bâtiments occupant
dans l’Inventaire suisse d’architecture 1850-1920, ■ les au-1 le côté sud de l’avenue, confrontés au dénivelé important
41 teurs illustrent le rapport, dialectique ou dichotomique, entre la chaussée et le terrain naturel, se présentent en tant
L’image que ce complexe offre quand on
l’observe depuis le bas diffère profondé-
ment de la séquence rythmée de villas ur-
baines, évoquant plus ou moins judicieu-
sement différents styles et langages. Les
efforts des bâtisseurs et des architectes,
finalisés à la définition de l’identité ar-
chitecturale de chaque édifice, semblent
s’effondrer dans les façades méridio-
nales, incapables de respecter tout ordre
ou modèle préétablis. On assiste, dans ce
cas, à l’infirmation des règles de compo-
sition par l’incontournable, et peut-être
inconsciente, déformation imposée par
la nature du terrain. Plus proches de tours
que de villas urbaines, les plots du Chemin
de Boston frappent l’observateur qui les
regarde, assis dans le métro. C’est cet as-
pect franc et direct qui m’a toujours fasci-
que véritables villas urbaines, ou suburbaines, si nous C né, plus que l’emphase des bâtiments, certainement plus
les observons depuis le trottoir, quand en réalité ils pos- nobles, de l’Avenue de Rumine. Pour cette même raison,
sèdent le même nombre d’étages au-dessus et en dessous je préfère, en matière de plots, les plus simples et petits,
de l’entrée principale. Cette évidente déformation du mo- que nous trouvons, par exemple, à l’Avenue d’Echallens et
dèle de référence — à l’occasion, de manière un peu gé- en général dans les zones de développement à l’ouest du
nérique, la villa florentine — constitue à mes yeux l’aspect centre-ville.
le plus caractéristique et fascinant de la famille, décidé-
ment étendue, des plots lausannois. Observés depuis le Dans le répertoire de plots établi par Didier Challand
bas, ces édifices semblent écraser les constructions avoi- dans sa thèse, monumentale et précieuse, Habiter la ville
sinantes, délinéant ainsi une image plastique et explicite ouverte. Nouvelle actualité de la villa urbaine il y en a cer-
de la prise de possession des terrains les plus privilégiés 7 tains, ■ moins nobles mais pas moins significatifs, qui
de la part d’une bourgeoisie riche et (banalement) sensible appartiennent à cette famille plus modeste. Il s’agit de
aux vues imprenables. petits immeubles de rapport réalisés, dans la plupart des
cas, sans la participation d’un architecte. Les plus beaux
Malheureusement, la ville de Lausanne n’a pas été capable ont un plan proche du carré, les pièces y sont distribuées
de profiter des potentialités intrinsèques d’un bon dosage avec moins d’attention aux effets spectaculaires qu’à
de ces deux formes urbaines : la rangée et le plot. Dans l’efficacité pratique du quotidien.
l’incertitude qui a caractérisé son développement, la ville
présente en effet, aujourd’hui, une alternance hasardeuse La possibilité de décliner les plots avec différents degrés
entre quartiers à densité fortement variée, entre compa- de représentativité, des dimensions variables et la pré-
cité et ouverture. « La fièvre constructrice des promoteurs sence ou l’absence de balcons, loggias ou bow-windows,
lausannois » ■ a naturellement privilégié les formes d’habi-4 en fait indéniablement un type aux contours assez stricts.
tation plus en vogue, en déterminant la forme de vastes Mais quelles seraient les limites plausibles d’une typolo-
zones à bâtir, comme dans le cas de l’énorme opération gie de plots lausannois ? En d’autres termes : un immeuble
lancée en 1891 par la Société Foncières des Boulevards, de rapport en ordre non-contigu, avec deux appartements
comprenant 125 parcelles à vendre ■ au sud et au sud-5 par étage, serait-il un plot ? Il serait certainement une
ouest de la gare. Il est regrettable que la masse de mai- villa urbaine, selon la définition qui s’est implicitement
sons édifiées dans les deux décennies autour du passage affirmée dans les années 1980, suite à la « redécouverte »
de siècle ■ n’ait pas pu être réglée par un dessein général 6 d’un type historiquement présent et apprécié dans la ville
tenant compte des opportunités qu’une composition sa- du e xix siècle. Ce que j’entends, au-delà d’un débat pro-
vante de rangées et de plots aurait pu produire, grâce aussi prement typologique ou stylistique et des dérives aca-
à l’orientation favorable des terrains en pente vers le lac. démiques qui en découleraient, est que le terme plot de-
Une telle lecture, évidemment tendancieuse, ne tient pas vrait s’appliquer exclusivement ou prioritairement aux
compte d’une troisième forme urbaine — l’îlot fermé ca- bâtiments d’habitation n’ayant qu’un appartement par
ractéristique de l’urbanisme du e xix siècle — qui a quand étage. Considérer en tant que plots les immeubles à deux
même participé à la construction de la ville. appartements ou plus par étage produirait en effet une
certaine confusion : une telle catégorisation ne pren-
Le succès des plots à Lausanne, à l’époque de son dévelop- drait en compte que l’adoption d’une morphologie fondée
pement, est indéniable et le phénomène ne concerne pas sur un ordre non contigu, en ignorant les profondes dif-
uniquement les zones privilégiées et les classes sociales férences entre le plot et d’autres formes d’habitation,
plus riches. Des vastes zones, à l’époque périphériques, telles, par exemple, la palazzina italienne du deuxième
sont en effet parsemées de plots. S’il est certain que le après-guerre. Pour cette raison, j’observe avec suspicion
plot, en tant que villa familiale ou locative, ne constitue les tentatives d’affirmer une généalogie reliant selon
pas une spécificité lausannoise, il est en revanche vrai une ligne supposée directe le plot, en tant que déforma-
que sa déclinaison, en présence de terrains en pente, tion plus ou moins consciente de la villa, et les immeubles
a été abordée de manière particulière dans la capitale d’habitation isolés. Au-delà des nombreuses différences
vaudoise. La dizaine de plots du Chemin de Boston en et contrairement aux blocs d’appartements, les plots lau-
est la démonstration. Les édifices absorbent le dénivelé sannois plus caractéristiques montrent sans artifices
en “gagnant” deux ou trois étages en contrebas de la leur nature intime, témoins silencieux d’une époque où
chaussée depuis laquelle on accède à la cage d’escalier. les acteurs du développement n’étaient pas uniquement 42
les grandes sociétés immobilières ou les insti-
tutions publiques. C’est à leur modestie, à leur
caractère plus campagnard qu’urbain, parfois
maladroit, à l’absence de toute rouerie, que
les plots lausannois doivent leur attrait et leur
adéquation aux caractère d’une ville qui n’a
jamais réussi à en être une.
EN I lived in a plot for twelve years in Lausanne.
Today, however, I wonder if the building,
which gave me so many beautiful memories,
can be considered as a plot.
In the context of the exhibition, which the
present book will guarantee greater auton-
omy and a longer life span, many presenta-
tions, lectures and debates asked, more or
less explicitly, the fundamental question of
what a PLOT is. It is difficult to answer, but
one thing is certain. The plot refuses all rela-
tions of contiguity. It is built inside a parcel
and respects the distances of property limits
imposed by urban regulations. Although nec-
essary, this condition is not sufficient. Actually, several D “We observe a predominance of ‘non-speculative’ opera-
buildings satisfy such a condition, regardless of their tions: family or rental villas are built by private individuals
dimensions, the period of construction and their purpose. primarily for their own use and the rental buildings on
Avenue de Rumine and Avenue de Villamont are occupied
The position that the plot occupies within its parcel is by their owners who reserve one or even two floors for
common to the villa, or the mansion, among others. If I go 2 themselves and rent the rest of the house.” ■
back to the plot where I lived, for example, its plan does
not differ fundamentally from the plan of a Lausanne vil- The reasons which have determined the small size of
la at the end of the 19th century. If the staircase is posi- Georgette’s four villas are numerous and, among them,
tioned correctly, it can serve two floors inhabited by a it is worth highlighting that they will not spoil the view
single family or a variable number of apartments, each towards the lake and the mountains from the buildings
occupying an independent floor. It was quite common located higher up. It should be noted that, in parallel with
for Lausanne villas to offer the first floor and the second the construction of the Georgette quarter (on communally
floor to family members, according to a very efficient and owned land), Rue Beau-Séjour has seen the construction
widespread arrangement. Likewise, it is surprising today of a series of rental buildings along the street. In this case,
to note that in a villa, at the time, the surface area inhab- they are speculative operations proposing contiguous
ited by the family was practically doubled by the service buildings with staircases distributing two apartments per
spaces (laundry room, cellars, technical rooms and attic). floor. Beyond the historical vicissitudes, the aspect which
Therefore, one could reasonably assert that the most sig- seems to me to present an undeniable potential is the co-
nificant and obvious difference between villa and plot is existence of two radically different types of urbanization:
relative to the number of floors. Thus, it is legitimate to contiguous order and scattered order. Actually, the access
speak of family villa or rental villa without such a differ- to Georgette from Beau-Séjour constitutes for Lausanne,
entiation presenting fundamental contradictions from a beyond the decidedly mediocre qualities of the buildings,
strictly typological point of view. However, the only dis- one of the most beautiful urban achievements of the
cordance concerns the urban form and what follows from second half of the 19th century.
the adoption of a dispersed or continuous order.
The two models are based on the contrasting ambitions
In the major work devoted to the city of Lausanne in the of a bourgeoisie cultivating, on the one hand, the dream
Inventaire suisse d’architecture 1850-1920, ■ the authors 1 of a city life in contact with nature with a private garden
illustrate the dialectical or dichotomous relationship and sweeping views of the surroundings and, on the other
between these two orders, between contiguity and non- hand, the mirage of rents guaranteed by the construction of
contiguity. In this respect, the exemplary episode consists investment properties. The most widespread compromise
of the various projects relating to the connection between between these two functions is represented by “the de-
the railway station and Place St-François and the debate tached high-rise building,” which is characteristic, among
they generated. The position of the train station, inaugu- other things, of the final section of the Avenue de Rumine
rated in 1856, in a lower part of the city, required a road 3 to the east. ■ The buildings occupying the south side of
layout between these two poles, with particular attention the avenue, faced with the significant gradient between
to the quarter called Georgette. The project adopted by the roadway and the natural terrain, present themselves
the Municipality will produce a hybrid, urban fragment, as real urban or suburban villas, if we observe them from
contrasting the high density of the western area with the the sidewalk, when in reality they have the same number
much smaller density of the eastern area, where the four of floors above and below the main entrance. This obvi-
villas that still characterize this place today were built. ous distortion of the reference model, occasionally the
Regarding the urbanization determined by the construc- villa Florentine in a slightly generic manner, constitutes, in
tion of the roads, the authors of the INSA series (Swiss my opinion, the most characteristic and fascinating aspect
43 Inventory of Architecture) express themselves as follows: of the definitely extended family of Lausanne’s plots. Observed from below, these buildings seem to overwhelm we are witnessing the invalidation of the rules of com-
the neighboring buildings, thus delineating a plastic and position by the inevitable, and perhaps unconscious,
explicit image of the takeover of the most privileged land deformation imposed by the nature of the terrain. Closer
by a wealthy bourgeoisie and (ordinarily) sensitive to to towers than to urban villas, the plots of the Chemin de
breathtaking views. Boston strike the observer who is looking at them, seated
in the subway.
Unfortunately, the city of Lausanne has not been able to
take advantage of the intrinsic potentialities of a good It is this frank and direct aspect that has always fascinated
balance between these two urban forms: the row and the me, more than the emphasis on the buildings, certainly
plot. In the uncertainty that has characterized its devel- nobler, of the Avenue de Rumine. For this same reason,
opment, in fact, the city today presents a random varia- I prefer, with regard to plots, the simpler and smaller ones,
tion between neighborhoods with highly varied densities, which we find, for example, on the Avenue d’Echallens
between compactness and openness. “The building fever and in general in the development areas west of the city
of Lausanne’s promoters” ■ naturally favored the more 4 center.
fashionable forms of housing, determining the shape of
vast building zones, as in the case of the huge operation In the repertoire of plots established by Didier Challand in
launched in 1891 by the Société Foncière des Boulevards his monumental and precious doctoral thesis, Habiter la
[The Real Estate Company of the Boulevards], compris- ville ouverte. Nouvelle actualité de la villa urbaine [Living
ing 125 parcels for sale to the south and southwest of the in the open city. Current news from the urban villa], there
train station. It is unfortunate that the mass of houses are some less noble ones, but no less significant, which
built in the two decades around the turn of the century ■ 5 belong to this more modest family. These are small
could not be regulated by a general planning taking into investment properties produced, in most cases, without
account the opportunities that a skillful composition of 6 the participation of an architect. ■ The most beautiful
rows and plots could have produced, also thanks to the ones have a plan close to the square, the rooms being
favorable orientation of the lands sloping towards the lake. distributed with less attention to the spectacular effects
Such an obviously tendentious approach does not take into than to the practical efficiency of daily life.
account a third urban form, the closed block, which was
characteristic of nineteenth-century urban planning and The possibility of declining the plots with different degrees
which, nonetheless, participated in the construction of of representativeness, variable dimensions and the pres-
the city. E ence or absence of balconies, loggias or bow windows,
undeniably creates a type with rather strict contours.
But what would be the plausible limits of a plot typo-
logy in Lausanne? In other words, would an apartment
building in a non-contiguous order, with two apartments
per floor, be a plot? It would certainly be an urban villa,
according to the definition implicitly established in the
1980s, following the “rediscovery” of a type historically
present and appreciated in the city in the 19th century.
What I mean, beyond a strictly typological or stylistic
debate and the academic drifts that would result from
it, is that the term of plot should apply exclusively or pri-
marily to residential buildings having only one apartment
per floor. To consider as plot buildings with two or more
apartments per floor would indeed produce some confu-
sion: such a categorization would only take into account
the adoption of a morphology based on a non-contiguous
order, ignoring the deep differences between the plot and
other forms of housing, such as, for example, the Italian
F palazzina of post-World War II period. For this reason,
The popularity of the plots in Lausanne, at the time of its
development, is undeniable and the trend does not only
concern privileged areas and richer social classes. Vast
areas, which were peripheral at the time, are indeed
strewn with plots. If it is certain that the plot, as a family
or rental villa, does not constitute a specific Lausanne
feature, it is however true that its variation, in the pres-
ence of sloping land, has been approached in a particular
way in the Vaud capital. The ten plots of the Boston Road
are a demonstration of this. The buildings absorb the gra-
dient by “gaining” two or three stories below the roadway
from which one can access the staircase. The image that
this complex offers when observed from below differs
profoundly from the rhythmic sequence of urban villas,
more or less judiciously evoking different styles and lan-
guages. The efforts of builders and architects, aimed at
defining the architectural identity of each building, seem
to be disintegrating in the southern facades, unable to
respect any pre-established order or model. In this case, 44
I watch with suspicion the attempts to assert a genealogy
linking in a supposedly direct line the plot, as a more or less
conscious deformation of the villa, with the isolated resi-
dential buildings. Beyond the many differences and con-
trary to apartment blocks, the most distinctive Lausanne
plots show their intimate nature without artifice.
They are silent witnesses of a time when the actors of
development were not just large real estate companies or
public institutions. It is to their modesty, to their more
rural than urban, sometimes clumsy character, and to the
absence of any artifice, that the Lausanne plots owe their
appeal as well as their appropriateness to the character
of a city that has never managed to be one.
0 5
A Avenue de Georgette – 1873
B Rue du Valentin 54 – 1896
C « En Georgette » – 1896
D Avenue d’Ouchy 7 – 1893
E Avenue d’Echallens 109 – 1905
F Avenue d’Echallens 54 – 1896
1 Joëlle Neuenschwander Feihl, Gilles Barbey, Georg
Germann, Jacques Gubler, Lausanne, dans / in INSA
Inventaire Suisse d’Architecture 1850-1920 – Villes,
Orell Füssli, 1990.
2 Idem, p. 278.
3 Idem, p. 294.
4 Idem, p. 270.
5 Idem, pp. 295 et 297.
6 Idem, p. 375. Les auteurs citent le passage suivant
de Gilbert Coutaz, Du maisonneur à l’architecte de
la ville, ou l’histoire d’une fonction communale du
Moyen-Âge à aujourd’hui, Lausanne, 1984 : « Entre
1890 et 1900, pas moins de 600 nouvelles maisons
sortirent de terre, et entre 1900 et 1910, ce sont plus
de 900 maisons qui furent réalisées. » / The authors
quote the following passage from Gilbert Coutaz,
Du maisonneur à l’architecte de la ville, ou l’histoire
d’une fonction communale du Moyen-Âge à au-
jourd’hui, Lausanne, 1984: "Between 1890 and 1900,
no less 600 new houses were built, and between
1900 and 1910, more than 900 houses were built."
7 Didier Challand, Habiter la ville ouverte – Nouvelle
actualité de la villa urbaine, EPFL thesis n°4579,
2009. Le Volume 2 (sur 3) contient, entre autres, les
plans cadastraux, les photographies et les plans, soi-
gneusement redessinés, d’une quinzaine de plots ou
villas urbaines / Volume 2 (of 3) contains, among other
things, cadastral maps, photographs and plans, care-
45 fully redrawn, of about fifteen plots or urban villas.
46
Huit villas urbaines : Plans de situation
Eight Urban Villas: Site Plans
47
1902 Avenue Édouard Dapples 10 Architecte E. Moachon
48
1904 Avenue des Alpes 2b Architectes G. Chessex et C.-F. Chamorel-Garnier
50
1905 Avenue d’Ouchy 26 Architectes C. Mauerhofer et A. van Dorsser
52
1906 Chemin de la Joliette 6
Architectes C. Mauerhofer et A. van Dorsser