Œuvres complètes de Mathurin Regnier / accompagnées d'une notice biographique et bibliographique, de variantes, de notes, d'un glossaire et d'un index

La C. P. Infame bastard

L C. P.

 

Infame bastard de Cythere,

Fils ingrat d’vne ingrate mere,

Auorton, traistre & deguisé,

Si ie t’ay suiuy des l’enfance,

De quelle ingrate recompence

As tu mon seruice abusé ?

 

Mon cas fier de mainte conqueste

En Espagnol portoit la teste,

Triomphant, superbe & vainqueur,

Que nul effort n’eust sceu rabattre,

Maintenant lasche & sans combatre

Faict la cane, & n’a plus de cœur.

De tes Autels vne Prestresse

L’a reduict en telle detresse

Le voyant au choc obstiné,

Qu’entouré d’onguent & de linge,

Il m’est auis de voir vn singe

Comme vn enfant embeguiné.

Sa façon robuste & raillarde

Pend l’aureille & n’est plus gaillarde,

Son teint vermeil n’a point d’esclat,

De pleurs il se noye la face,

Et faict aussi laide grimace

Qu’vn boudin creué dans vn plat.

Aussy penaud qu’vn chat qu’on chastre,

Il demeure dans son emplastre,

Comme en sa coque vn limaçon,

En vain d’arrasser il essaye,

Encordé comme vne lamproye

Il obeyt au caueçon.

Vne saliue mordicante

De sa narine distillante

L’vlcere si fort par dedans,

Que crachant l’humeur qui le pique

Il baue comme vn pulmonique

Qui tient la mort entre ses dents.

 

Apollon, dés mon âge tendre

Poussé d’vn courage d’apprendre

Aupres du ruisseau Parnassin,

Si ie t’inuocqué pour Poëte,

Ores en ma douleur secrete

Ie t’inuocque pour medecin.

 

Seuere Roy des destinées,

Mesureur des vistes années,

Cœur du monde, œil du firmament,

Toy qui presides à la vie,

Garis mon cas ie te supplie

Et le conduis à sauuement.

Pour recompense dans ton Temple,

Seruant de memorable exemple

Aux ioüeurs qui viendront apres,

I’appendray la mesme figure

De mon cas malade en peinture

Ombragé d’ache & de cyprés.