Œuvres complètes de Mathurin Regnier / accompagnées d'une notice biographique et bibliographique, de variantes, de notes, d'un glossaire et d'un index

-- III. Cependant qu’en la croix

Pere immense du jour, dont la clarté vermeille, Produit, nourrit, recrée, & maintient ces bas lieux.

Comment t’eblouïs-tu d’vne flamme mortelle,

Qui du soleil vivant n’est pas vne étincelle, Et qui n’est devant luy sinon qu’obscurité ?

Mais si de voir plus outre aux Mortels est loisible,

Croy bien, tu comprendras mesme l’infinité, Et les yeux de la foy te la rendront visible.

 

III.

 

Cependant qu’en la Croix plein d’amour infinie,

Dieu pour nostre salut tant de maux supporta, Que par son juste sang nostre ame il racheta Des prisons où la mort la tenoit asservie,

Alteré du desir de nous rendre la vie,

I’ay soif, dit-il aux Iuifs ; quelqu’vn lors apporta Du vinaigre, & du fiel, & le luy presenta ;

Ce que voyant sa Mere en la sorte s’écrie :

Quoy ! n’est-ce pas assez de donner le trepas

A celuy qui nourrit les hommes icy bas,

Sans frauder son desir, d’vn si piteux breuvage ?

Venez, tirez mon sang de ces rouges canaux,

Ou bien prenez ces pleurs qui noient mon visage, Vous serez moins cruels, & i’auray moins de maux.