Oeuvres Completes de Rollin Tome 1 / Histoire Ancienne Tome 1

Première Partie.

 

DESCRIPTION DE L'ÉGYPTE, ET DE CE QUI S'Y TROUVE

DE PLUS REMARQUABLE.

 

Herod, lib. 2 cap. 177. L'Égypte, dans une étendue assez bornée,

renfermait autrefois 25 un grand nombre de villes, et une multitude

incroyable d'habitants 26.

 

Note 25: (retour) On marque que, sous Amasis, il y avait en Égypte vingt mille villes habitées.

 

Note 26: (retour) La population de l'ancienne Égypte n'a rien d'incroyable. Seulement il faut distinguer, dans les textes anciens qui en font mention, ceux qui donnent un renseignement positif, de ceux qui n'offrent que des circonstances vagues dont on croit pouvoir conclure la population de ce pays.

 

Diodore de Sicile dit qu'autrefois, et de son temps, l'Égypte contenait sept millions d'habitants (I, § 31).

 

Josèphe, environ un siècle après, porte la population de ce pays à sept millions cinq cent mille ames, sans compter celle d'Alexandrie (Jos. Bell. Jud. II, c. 16, §4), qui était, selon Diodore, de trois cent mille ames.

 

Il résulte de ces deux passages clairs et positifs que, depuis les temps anciens jusqu'au règne de Titus, la population de l'Égypte était constamment restée au-dessous de huit millions d'habitants.

 

Comme la surface habitable de ce pays est d'environ deux mille deux cents lieues carrées, on voit que la population était de trois mille quatre cents à trois mille cinq cents habitants par lieue carrée de terre habitable; ce qui n'a rien d'extraordinaire, quand on songe à la prospérité de l'ancienne Égypte.

Quant à la population qu'on a voulu conclure du nombre d'un million de soldats qui sortaient des cent portes de Thèbes, ou bien encore des dix-sept cents enfants mâles nés, selon Diodore de Sicile, le même jour que Sésostris (I, § 54), elle serait en effet incroyable; car elle monterait à quarante ou cinquante millions d'individus. Mais, de ces deux faits, le premier est fondé sur une erreur de mots; le second, sur une erreur faite par Diodore de Sicile, ou peut-être sur une des exagérations familières aux prêtres égyptiens, qui ont débité tant de contes aux voyageurs grecs. C'est ce que j'établis dans un Mémoire dont je n'ai pu présenter ici que le principal résultat.--L.

 

Elle est bornée au levant par la mer Rouge et l'isthme de Suez, au midi par l'Éthiopie, au couchant par la Libye, et au nord par la mer Méditerranée. Le Nil parcourt du midi au nord toute la longueur du

pays dans l'espace de près de deux cents lieues 27. Ce pays se trouve resserré de côté et d'autre par deux chaînes de montagnes, qui souvent ne laissent entre elles et le Nil qu'une plaine d'une demi-journée de chemin, et quelquefois moins.

 

Du côté occidental, la plaine s'élargit en quelques endroits 28 jusqu'à une étendue de vingt-cinq ou trente lieues. La plus grande largeur de l'Égypte se prend d'Alexandrie à Damiette, dans un espace

d'environ cinquante lieues 29.

 

Note 27: (retour) La longueur de la vallée de l'Égypte, y compris ses sinuosités, est de cinq cent soixante-dix milles géographiques, ou deux cent trente-sept lieues de vingt-cinq au degré, et cent quatre-vingt-dix lieues de vingt au degré.--L.

 

Note 28: (retour) Par exemple, dans la partie de l'Égypte moyenne, qu'on appelle le Faïoum, ancien nome Arsinoïtes, dont le point le plus éloigné du Nil en est distant de quarante milles géographiques, ou quatorze lieues environ.--L.

 

Note 29: (retour) La plus grande largeur se prend d'Alexandrie à Péluse: la distance est de cent quarante milles, ou quarante-six lieues.--L.