Oeuvres Completes de Rollin Tome 1 / Histoire Ancienne Tome 1
Chapitre Premier.
L'ancienne Égypte peut se diviser en trois principales parties: la haute Égypte, appelée autrement Thébaïde, qui était la partie la plus méridionale; l'Égypte du milieu, nommée Heptanome, à cause des sept nomes ou départements qu'elle renfermait; la basse Égypte, qui comprenait ce que les Grecs appellent Delta, et tout ce qu'il y a de pays jusqu'à la mer Rouge, et le long de la Strab. l. 17, pag. 787. mer Méditerranée jusqu'à Rhinocolure, ou au mont Casius. Sous Sésostris, toute l'Égypte fut réunie en un [Diod. Sic. I § 54.] seul royaume, et divisée en trente-six gouvernements ou nomes: dix dans la Thébaïde, dix dans le Delta, et seize dans le pays qui est entre-deux.
Les villes de Syène et d'Éléphantine séparaient l'Égypte Tacit. Ann. l. 2, c. 61. et l'Éthiopie; et, du temps d'Auguste, elles servaient de bornes à l'empire romain: claustra olim romani imperii.
CHAPITRE PREMIER.
THÉBAIDE.
Thèbes, qui donna son nom à la Thébaïde, le pouvait disputer aux plus belles villes de l'univers. Ses cent portes chantées par Homère sont connues de tout le Hom. II. 1, vers. 381. monde, et lui font donner le surnom d'Hécatompyle, pour la distinguer d'une autre Thèbes située en Béotie. Elle n'était pas moins peuplée qu'elle était vaste, et on a dit qu'elle pouvait faire sortir ensemble deux cents Strab. l. 17, pag. 816. chariots et dix mille combattants par chacune de ses portes. Les Grecs et les Romains ont célébré sa magnificence Tacit. Ann. l. 2, c. 60. et sa grandeur, encore qu'ils n'en eussent vu que les ruines, tant les restes en étaient augustes.
Voyage de Thévenot. On a découvert dans la Thébaïde (on l'appelle maintenant le Sayd) des temples et des palais encore presque entiers, où les colonnes et les statues sont innombrables. On y admire sur-tout un palais dont les restes semblent n'avoir subsisté que pour effacer la gloire des plus grands ouvrages. Quatre allées à perte de vue, et bornées de part et d'autre par des sphinx d'une matière aussi rare que leur grandeur est remarquable, servent d'avenues à quatre portiques dont la hauteur étonne les yeux. Encore ceux qui nous ont décrit ce prodigieux édifice n'ont-ils pas eu le temps d'en faire le tour, et ne sont pas même assurés d'en avoir vu la moitié; mais tout ce qu'ils ont vu était surprenant. Une salle, qui apparemment faisait le milieu de ce superbe palais, était soutenue de six-vingts colonnes de six brassées de grosseur, grandes à proportion, et entremêlées d'obélisques que tant de siècles n'ont pu abattre. La peinture y avait étalé tout son art et toutes ses richesses. Les couleurs même, c'est-à-dire, ce qui éprouve le plus tôt le pouvoir du temps, se soutiennent encore parmi les ruines de cet admirable édifice, et y conservent leur vivacité: tant l'Égypte savait imprimer un caractère d'immortalité à tous ses ouvrages. Strabon, qui avait été sur les Lib. 17, pag. 805. lieux, fait la description d'un temple qu'il avait vu en Égypte, presque entièrement semblable à ce qui vient d'être
rapporté 30.
Pag. 816. Le même auteur, en écrivant les raretés de la Thébaïde, parle d'une statue de Memnon, fort célèbre, dont il avait vu les
restes 31. On dit que cette statue, lorsqu'elle était frappée des premiers rayons du soleil levant, rendait un son articulé. En effet Strabon entendit ce son; mais il doute qu'il vînt de la statue.
Note 30: (retour) Ce temple est celui d'Héliopolis. Voyez l'explication que j'en ai donnée dans la traduction française, tom. V, p. 386 et suiv.--L.
Note 31: (retour) «Germanicus aliis quoque miraculis intendit animum, quorum præcipua fuêre Memnonis saxea effigies, ubi radiis solis icta est, vocalem sonum reddens, etc.» TACIT. Annal. lib. 2, cap. 61.