Oeuvres poétiques Tome 2
Vii.—epitre A Eustache Morel
Indépendamment des recueils mss. que nous avons signalés dans notre tome I et qui renferment le dit de la Pastoure, ce poème se trouve transcrit séparément dans le ms. fr. 2184 de la Bibl. Nat. C'est une copie du xve siècle sur vélin, comprenant 45 feuillets, et reliée en maroquin rouge au chiffre de Louis XIV sur le dos, elle provient de la bibliothèque de Colbert (n° 5239) et a porté ensuite le n° 7993 du catalogue de 1739. Nous lui avons assigné dans la généalogie la lettre B4.
Un autre ms. du même genre figure au catalogue de la collection Barrois d' «Ashburnham Place» sous le n° LXXII. Ce volume, relié en maroquin vert, comprend 15 feuillets. Il n'est pas au nombre des mss. de cette provenance qui ont fait retour à la Bibliothèque Nationale.
Une troisième transcription isolée du dit de la Pastoure existait aussi dans l'ancienne bibliothèque de Bourgogne et est signalée par Barrois dans sa Bibl. protypographique aux inventaires de 1467 sous le n° 1368 et de 1487 sous le n° 2128. Nous ne savons ce qu'est devenu ce ms.
VII.—EPITRE A EUSTACHE MOREL
Cette lettre, écrite la même année que le dit de la Pastoure, présente un certain intérêt en ce sens qu'elle est la seule parvenue jusqu'à nous qui permette de constater les relations de Christine avec l'un des meilleurs poètes de son époque. Elle a pour objet la critique des moeurs contemporaines, thème si souvent traité par Eustache Deschamps dans le style incisif et personnel qu'on lui connaît.
La lettre de Christine, au contraire, se distingue par sa forme recherchée; malheureusement l'abus des rimes équivoquées en rend la lecture difficile et fatiguante, mais, aux yeux des contemporains, cette recherche était un mérite. Eustache Deschamps y répondit par une ballade pleine d'éloges et de compliments (voy. édit. Queux de Saint-Hilaire, VI, p. 251).
Les deus mss. de la famille A (Bibl. Nat. fr, 605 (_A_1) et Mus. Brit. Harl. 4431 (_A_2), que nous avons signalés dans l'introduction du tome I, renferment seuls l'Épître à Eustache Morel.
[1] Il n'est peut-être pas sans intérêt de faire remarquer que la Chronique du maréchal Boucicaut renferme, au chap. XXXVIII de la 1re partie, la relation d'une requête présentée au roi par des dames qui se plaignent «d'aucuns puissans hommes qui par leur force et puissance les vouloient desheriter de leurs terres, de leurs avoirs et de leurs honneurs…». Bien que ce fait ne soit pas absolument semblable à celui exposé au début de l'Épître au dieu d'amours, il y a pourtant entre eux une certaine analogie et une coïncidence de date qui ne peuvent passer inaperçues. Toutefois il ne faut pas perdre de vue que la Chronique du maréchal Boucicaut paraît avoir été composée par Christine elle-même, ainsi que l'a indiqué pour la première fois M. Kervyn dans son Étude littéraire sur Froissart, I, p. 230. Les divers rapprochements que nous avons faits de notre côté semblent également confirmer cette opinion.
[2] Jean Gerson fit un sermon dans lequel il défendit la lecture du roman de la Rose et écrivit, le 18 mai 1402, un traité allégorique contre l'immoralité de ce poème.
[3] Voy. le rôle que Christine fait jouer au maréchal, Livre des faicts, 1re partie, chap. XXXVIII.
[4] Jean de Montreuil, prévôt de Lille, fut secrétaire du Dauphin, du duc de Bourgogne, puis de Charles VI. Il mourut à Paris en 1418 l'une des premières victimes de la trahison de Perrinet Leclerc. Un choix de ses lettres a été publié par D. Martène (Amplissima Collectio, II, p. 1311 à 1465), mais d'autres en assez grand nombre sont encore inédites (Voy. A. Thomas. De Johannis de Monsteriolo vita et operibus. Thèse de la Faculté des Lettres de Paris, 1883).
[5] Cette réplique n'est pas datée, mais il paraît certain qu'elle a du être écrite en 1401. Elle se trouve avec les lettres suivantes parmi les «Epistres du debat sur le Rommant de la Rose.» (Bibl. Nat. fr. 835, 604, 1563 et 12779).
[6] Issu d'une famille de la bourgeoisie de Sens, Gontier Col était dès 1879 receveur des aides «es terres entre les rivières de Seine et de Dyve» (Delisle, Mandements de Charles V, n° 1869). Secrétaire du roi en mars 1380 (Douet-D'Arcq, Comptes de l'Hôtel, p. 22) il fut, à partir de 1395, chargé de plusieurs missions importantes qui lui valurent bientôt la réputation d'un fin diplomate. Il se fit surtout remarquer par ses habiles négociations avec le roi d'Angleterre. Condamné au bannissement en 1412 pour avoir soutenu le parti du duc d'Orléans (Arch. Nat. X'IA*[** not sure about this word**] 1479 fol. 207 et 278), il rentra bientôt en faveur et reçut dès 1414 une mission auprès de Jean VI, duc de Bretagne; il fit également partie l'année suivante de l'ambassade envoyée en Angleterre et composée, suivant le témoignage du Religieux de Saint-Denys, «des personnages les plus considérables et des plus fameux orateurs du royaume» (Chr. V, p. 507). En même temps qu'il acquérait une grande renommée d'homme politique, Gontier Col se distinguait aussi comme érudit et philosophe. Il était devenu l'ami intime du grand théologien Nicolas de Clemangis et avait réuni une collection d'ouvrages savants de la plus haute valeur. On remarque, en effet, qu'il autorisa le pape Benoît XIII à faire faire la copie d'un exemplaire des lettres de Pline le jeune existant dans sa bibliothèque (Delisle, Cabinet des Mss., I, p. 486) et qu'il offrit aussi au duc de Berry «une bien grande mappemonde bien historiée, enroollée dans un grand et long estuy de bois» (Delisle, Cab. des mss., III, librairie du duc de Berry, n° 191).
Gontier Col avait épousé Marguerite Chacerat appartenant à une famille de riches marchands drapiers de Sens, et était devenu seigneur de Paron.
Il eut un fils, Nicolas Col, né en 1397, qui fut maître des requêtes de l'Hôtel et prévôt de Sens. (Arch. de l'Yonne, E. 300 et H. 528
[7] Nous devons rectifier ici une erreur qui s'est glissée dans la Préface de notre tome 1er, p. xviii, note, où sur la foi d'un ms. et de nombreux auteurs, nous avons incidemment avancé que la requête de Christine à la reine était datée du 1er février 1407; la date exacte est 1401, la plus vraisemblable d'ailleurs et qui se trouve seule confirmée par tous les autres ms. Toutefois l'induction que nous avions tirée de la date en question ne se trouve en aucune façon détruite par le fait de cette inexactitude, car le ms. du duc de Berry renferme d'autres oeuvres composées à une époque très voisine de 1407.
[8] Voy. A. Piaget, Chronologie des Épîtres sur le roman de la Rose, dans Études romanes dédiées à Gaston Paris, 1891, p. 113 à 120.
[9] Voy. «le Bien des Femmes» (Romania, VI, 500), «la Bonté des Femmes» (Romania, XV, 315), etc., mais les pièces dirigées contre le sexe faible étaient bien plus nombreuses, M. P. Meyer en a donné une liste dans Romania, VI, 499.
[10] A partir du milieu du xve siècle la littérature en faveur des femmes comprend un très grand nombre de pièces importantes, telles que le Chevalier aux dames, le Miroir des dames de Bouton, la déduction du procès de Honneur féminin ou l'Advocat des dames par Pierre Michaut, etc. M. A. Piaget en a donné un aperçu fort intéressant dans son Martin Le Franc, Thèse de la Faculté des Lettres de Genève, Lausanne, 1888, p. 127 à 167.
[11] Voy. divers extraits de ces auteurs donnés par R. Thomassy dans son Essai sur les écrits politiques de Chr. de Pisan, p. 92 à 102.
[12] Voy. Harisse, Excerpta Colombiniana, Paris, 1887, p. 80, n° 46
[13] Nous ne parlons pas d'un ms. appartenant à Westminster Abbey et signalé par M. Paul Meyer (Bull, de la Société des Anc. Textes, 1875). C'est une copie sur papier faite au milieu du xve siècle et qui ne paraît pas avoir une bien grande valeur. Elle renferme à la suite de diverses poésies l'Épître au Dieu d'Amours et le Dit de la Pastoure de Christine de Pisan.
[14] Barrois, Bibliothèque protypographique ou Librairie des fils du roi Jean, Paris, 1830, p. 204.