Ordonne-moi ! volume 3
5. Abandon
31 août
Je suis encore totalement troublée par la dispute qui vient d’avoir lieu mais aussi par la réconciliation pour le moins inattendue qui a suivi. David m’a demandé de lui faire une confiance absolue et je crois y être arrivée. L’étreinte qui a ponctué notre discussion est certainement la chose la plus énigmatique et enivrante qu’il m’ait été donné de connaître. La violence de notre conflit nous a obligés à être totalement ouvert l’un avec l’autre. Nos corps, eux, n’ont pas menti : ils se sont dit leur vérité.
Il est temps.
Je peux l’entendre chantonner sous la douche. Lorsqu’il sera revenu, je lui parlerai : je ne veux pas que la rentrée universitaire signe la fin de notre histoire.
Le voilà justement, une serviette à la taille, qui me rejoint. Il se laisse lourdement tomber sur le lit et m’embrasse dans le cou.
– Décidément, avec toi, je vais de surprise en surprise, Louisa.
J’éclate de rire.
– C’est toi qui dis ça ? Toi qui me fais vivre une vie à cent à l’heure et qui m’emmènes aux quatre coins du monde ?
– Ça ? Ce n’est rien. Quand je pense à toutes les autres choses qu’on a faites ensemble…
Il me fait pivoter sur lui.
– Oui, quand j’y pense… Je ne pense pas que cette serviette tiendra bien longtemps en place.
Je rougis et joue les femmes outrées.
– David Fulton ! Vous êtes totalement insatiable !
– Ou totalement accro, qui sait ?
Il me fait un clin d’œil.
Il est temps.
– Peut-être est-ce moi qui suis accro à toi ? C’est pour ça que j’ai traversé l’Atlantique, acheté des chaussures hors de prix et fait un numéro de charme effroyable à ta tante. Tu y as pensé ?
David se rembrunit.
– Oui, j’y ai pensé Louisa. J’y ai beaucoup pensé.
David se relève alors que je suis encore à califourchon sur lui. Il me repose sur le lit puis me tourne le dos et avance vers le fauteuil. Il commence à s’habiller en silence. Je le regarde avec un air inquisiteur mais il refuse de me faire face. Soudain, il lâche :
– Il ne faut pas que tu tombes amoureuse de moi, Louisa.
Quoi ?
Non, c’est impossible. Il n’a pas pu lancer ça comme ça. Pas maintenant, pas dans un moment si joyeux et si beau. Pas quand je m’apprêtais à lui dire que je voulais rester à New York à ses côtés, quitter Paris, m’inscrire à la faculté ici !
– Pas que je tombe amoureuse de toi ?
Ma voix semble dévastée. Je tente de me ressaisir mais ne peux que répéter, d’un ton haut perché :
– Pas que je tombe amoureuse de toi ?
Je me relève et m’élance vers lui. J’attrape son bras mais il se dégage. Je supplie :
– David, par pitié, regarde moi… Explique-moi pourquoi tu dis ça…
Il pose sur moi un regard dur.
– Je te le répète, Louisa : je ne sais pas faire ces choses-là.
– Mais quoi ? Quelles choses ? Je ne t’ai rien demandé, moi ! Rien de plus que ce que j’ai déjà… Ce que nous avons.
Il passe à côté de moi comme s’il ne me voyait pas, ne m’écoutait pas, et se dirige vers la commode.
– David, parle-moi.
Il redresse la tête et me lance un regard tellement… dur.
– Et te dire quoi Louisa ? Qu’on va continuer comme ça jusqu’à ce que je te rende misérable ? Jusqu’à ce que tu sacrifies tous tes rêves d’amour, de couple, de famille pour me suivre à travers le monde ? Jusqu’à ce que tu finisses par me haïr de ne pas être comme tout le monde, de ne pas savoir être heureux ? De ne pas reconnaître le bonheur quand il est là, juste là devant moi ?
Il s’avance vers moi.
– Je t’avais avertie : de ma vie d’homme, je n’ai jamais aimé personne.
Je m’écrie :
– Ça ne veut pas dire que tu n’aimeras jamais !
Son visage se défigure sous le coup de la douleur.
– Si. C’est exactement ce que ça veut dire.
Il me prend dans ses bras et parle à mon oreille, d’une voix d’autant plus cruelle qu’elle se veut douce.
– Tu ne comprends pas, Louisa, et pourtant je te l’ai déjà dit, je te l’ai même montré : je suis un jouet cassé, un pantin désarticulé. Rien n’a été normal ou apaisé dans ma vie, et rien ne le sera jamais. Aucune femme ne peut changer ça, pas même…
Il s’interrompt un instant.
– Pas même toi.
Il s’avance de nouveau vers le fauteuil club pour ramasser sa veste et l’enfile négligemment.
– Alors qu’est-ce que ça veut dire pour nous, David ?
L’air me manque. C’est atroce. Je ne peux pas croire que ce soit en train d’arriver.
– Qu’il faut que je te laisse partir.
Non. Non non non non non non.
Il pose sa main sur la poignée de la porte.
– David, attends !
Il se fige.
– Dis-moi. Dis-moi ce qui t’a rendu comme ça. Parle-moi : je peux tout entendre. Mais pas que tu ne veux pas de moi. Ça, je refuse d’y croire. Mon corps entier, mon âme savent que c’est faux.
– « Âme » ? Et où est-ce que ça se situe exactement, l’âme dont tu parles, Louisa ? Parce que moi, je t’assure que je ne la sens pas.
Il tourne son visage vers moi. Je peux voir une larme rouler sur sa joue. Pourtant, c’est d’une voix neutre qu’il lance :
– Je sors faire un tour. Prépare tes affaires, j’appelle Gary pour qu’il s’occupe du reste. Rentre à Paris ce soir, Louisa. Oublie-moi, trouve un homme qui sera un peu plus capable que moi de te donner ce que tu mérites.
– Et qu’est-ce que je mérite, exactement ?
– Tout. Absolument tout ce qu’un être humain peut être en mesure de donner à un autre.
Puis il tourne les talons et quitte la pièce.
Je suis en état de choc. Je ne ressens plus rien. Même la douleur me semble lointaine. Je l’examine comme si elle ne m’appartenait pas. Quant à mon corps, il ne répond plus. Je reste inerte, assise sur le lit, à contempler le sol. Pendant une heure, peut-être plus. Mon téléphone n’arrête pas de vibrer. Je l’entends sur la table de chevet. Au bout d’un moment, je réussis à tendre le bras et décroche.
– Mademoiselle Mars ? C’est Gary à l’appareil. La voiture vous attend en bas. J’ai réservé un vol pour vous. Puis-je monter vous aider ? Vos sacs sont prêts ?
Gary tente de garder un ton professionnel mais je peux sentir son inconfort.
– Oui, ils sont prêts. Je ne les avais pas défaits. Je n’en ai pas eu le temps.
Je me lève péniblement et referme la valise de laquelle David avait extrait le foulard, puis rassemble mes vêtements que j’enfile, apathique. Je me retourne et vois l’étoffe de soie qui repose sur le lit. Celle avec laquelle je me suis laissée bander les yeux en signe de confiance, durant l’ultime fois où j’ai fait l’amour avec David Fulton. Elle sera tout aussi bien là. Elle ne signifie plus rien pour moi. Tout est mort à l’intérieur. Tous mes rêves.
J’entends la sonnerie de l’ascenseur qui annonce l’arrivée de Gary. Le son de ses pas s’approche. Il frappe deux petits coups discrets à la porte restée entrouverte.
– Mademoiselle Mars ? Je peux entrer ?
Je me racle la gorge pour pouvoir émettre un son, ce dont je ne suis pas certaine.
– Oui Gary, c’est bon.
Gary porte à son bras mon trench. Avec une infinie douceur, il passe ce dernier autour de mes épaules. Il me tend également mon sac à main et m’aide à me relever. Puis il se penche pour ramasser mes bagages : un objet tombe de sa poche. Son portefeuille. Machinalement, je me baisse pour le récupérer. Une photo a glissé, pliée en deux, dont je me saisis également. C’est un tirage argentique. On voit Gary au centre. Il doit avoir douze ou treize ans. Un bras jaillit du côté gauche et enserre son cou, depuis la partie repliée, ce qui fait que je ne peux pas voir à qui il appartient. Gary sourit alors qu’une jolie rouquine du même âge, à sa droite, embrasse sa joue.
Je connais cette fille.
Judith Campbell ?
Gary m’arrache le portefeuille et la photo des mains.
– Merci, mademoiselle. Vous êtes prête à y aller ?
Je me laisse guider docilement jusqu’à la sortie du penthouse. Mon esprit vient de revenir à la vie. Les pensées tournoient dans ma tête. Si Judith et Gary se connaissaient à l’époque, pourquoi David m’a affirmé n’avoir rencontré son agent qu’à l’âge de dix-neuf ans ? La bâtisse, à l’arrière-plan… J’ai rêvé où c’est bien le foyer où ont grandi les deux garçons ? À qui appartenait le bras qu’on pouvait voir dépasser sur la photo ? Et d’ailleurs, pourquoi avoir plié celle-ci ? Et surtout : QUI tenait l’appareil ce jour-là ? Au moment de grimper dans la limousine, ma décision est prise : trop d’énigmes subsistent concernant le passé de David Fulton. Des énigmes qui pourraient expliquer son refus de me garder à ses côtés. Je dois rester à New York pour découvrir ce qu’il m’a caché. Je dois comprendre ce qui l’empêche de m’aimer.
À suivre,
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Quand Alma Lancaster rencontre Vadim Arcadi à la fac de cinéma de Los Angeles, tout les sépare. Alma, la jeune Franco-anglaise, a tout juste 18 ans, des parents aisés, un petit ami parfait et une vie toute tracée. Vadim, lui, est américain. Il a des origines russes, un passé trouble et ne possède ni famille ni attache. Elle est prisonnière de son milieu, lui est épris de liberté. Elle veut tout découvrir, lui ne veut rien lâcher. Pourtant, ces deux-là s'attirent, se défient, se repoussent, s'apprivoisent… La petite fille modèle et le mauvais garçon torturé n'en finissent plus de lutter pour ne pas s'aimer. Les deux étudiants ne le savent pas encore, mais cette rencontre va changer leur vie à jamais. Et c'est seuls contre tous que Vadim et Alma vont connaître l'amour, sa fougue et ses premiers émois.
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Chloe Wilkox