Poésies choisies de André Chénier

André Chénier · Chapitre 4 sur 14 · partie 3/3

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Poésies choisies de André Chénier

Qui, cher à ses amis, à l’amour indocile

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 3 parties.

Lance-toi dans l’espace; et, pour franchir les airs,

Prends les ailes des vents, les ailes des éclairs,

Les bonds de la comète aux longs cheveux de flamme.

Mes vers impatients, élancés de mon âme, 30

Veulent parler aux dieux, et volent où reluit

L’enthousiasme errant, fils de la belle nuit.

Accours, grande nature, ô mère du génie;

Accours, reine du monde, éternelle Uranie.

Soit que tes pas divins sur l’astre du Lion 35

Ou sur les triples feux du superbe Orion

Marchent, ou soit qu’au loin, fugitive, emportée,

Tu suives les détours de la voie argentée,

Soleils amoncelés dans le céleste azur,

Où le peuple a cru voir les traces d’un lait pur, 40

Descends; non, porte-moi sur ta route brûlante,

Que je m’élève au ciel comme une flamme ardente.

Déjà ce corps pesant se détache de moi.

Adieu, tombeau de chair, je ne suis plus à toi.

Terre, fuis sous mes pas. L’éther où le ciel nage 45

M’aspire. Je parcours l’océan sans rivage.

Plus de nuit. Je n’ai plus d’un globe opaque et dur

Entre le jour et moi l’impénétrable mur.

Plus de nuit, et mon oeil et se perd et se mêle

Dans les torrents profonds de lumière éternelle. 50

Me voici sur les feux que le langage humain

Nomme Cassiopée et l’Ourse et le Dauphin.

Maintenant la Couronne autour de moi s’embrase.

Ici l’Aigle et le Cygne et la Lyre et Pégase.

Et voici que plus loin le Serpent tortueux 55

Noue autour de mes pas ses anneaux lumineux.

Féconde immensité, les esprits magnanimes

Aiment à se plonger dans tes vivants abîmes,

Abîmes de clartés, où, libre de ses fers,

L’homme siège au conseil qui créa l’univers; 60

Où l’âme, remontant à sa grande origine,

Sent qu’elle est une part de l’essence divine…’

 

IV

 

L’ART D’AIMER

 

FRAGMENT I

 

Ah! tremble que ton âme à la sienne livrée

Ne s’en puisse arracher sans être déchirée.

Même au sein du bonheur, toujours dans ton esprit

Garde ce qu’autrefois les sages ont écrit:

‘Une femme est toujours inconstante et futile, 5

Et qui pense fixer leur caprice mobile,

Il pense, avec sa main, retenir l’aquilon,

Ou graver sur les flots un durable sillon.’

 

FRAGMENT II

 

Que sert des tours d’airain tout l’appareil horrible?

Que servit à Juno cet Argus si terrible, 10

Ce front, de jalousie armé de toutes parts,

Où veillaient à la fois cent farouches regards?

Mais quoi que l’on oppose et d’adresse et de force,

Quand nul don, nul appât, nulle mielleuse amorce

Ne pourraient au dragon ravir l’or de ses bois, 15

Et du Triple Cerbère assoupir les abois;

On t’aime, garde-toi d’abandonner la place.

Il faut oser. L’amour favorise l’audace.

Si l’envie à te nuire aiguise tous ses soins,

Toi, pour te rendre heureux, tenterais-tu donc moins? 20

Il faut savoir contre eux tourner leurs propres armes;

Attacher leurs soupçons à de fausses alarmes;

Semer toi-même un bruit d’attaque, de danger;

Leur montrer sur ta route un flambeau mensonger.

Et tandis que par toi leur prudence égarée 25

Rit, s’applaudit de voir ton attente frustrée,

Aveugles, auprès d’eux ils laissent échapper

Tes pas, qu’ils défiaient de les pouvoir tromper.

Tel, car ainsi que toi c’est l’amour qui le guide,

Un fleuve, à pas secrets, des campagnes d’Élide, 30

Seul, au milieu des mers, se fraye un sentier sûr,

Parmi les flots salés garde un flot doux et pur,

Invisible, d’Enna va chercher le rivage,

Et l’amer Téthys ignore son passage.

 

FRAGMENT III

 

Aux bords où l’on voit naître et l’Euphrate et le jour, 35

Plus d’obstacle et de crainte environne l’amour.

Aussi………………………………………….

 

………………………………………………

 

… Sans se pouvoir parler même des yeux,

On se parle, on se voit. Leur coeur ingénieux 40

Donne à tout une voix entendue et muette.

Tout de leurs doux pensers est le doux interprète.

Désirs, crainte, serments, caresse, injure, pleurs,

Leurs dons savent tout dire; ils s’écrivent des fleurs.

Par la tulipe ardente une flamme est jurée; 45

L’amarante immortelle atteste sa durée;

L’oeillet gronde une belle; un lis vient l’apaiser.

L’iris est un soupir; la rose est un baiser.

C’est ainsi chaque jour qu’une sultane heureuse

Lit en bouquet la lettre odorante, amoureuse. 50

Elle pare son sein de soupirs et de voeux;

Et des billets d’amour embaument ses cheveux.

 

V

 

LA RÉPUBLIQUE DES LETTRES

 

Fragment

 

Il n’est que d’être roi pour être heureux au monde.

Bénis soient tes décrets, ô sagesse profonde!

Qui me voulus heureux, et, prodigue envers moi,

M’as fait dans mon asile et mon maître et mon roi.

Mon Louvre est sous le toit, sur ma tête il s’abaisse; 5

De ses premiers regards l’orient le caresse.

Lits, sièges, table y sont portant de toutes parts

Livres, dessins, crayons, confusément épars.

Là, je dors, chante, lis, pleure, étudie et pense.

Là, dans un calme pur, je médite en silence 10

Ce qu’un jour je veux être; et, seul à m’applaudir,

Je sème la moisson que je veux recueillir.

Là, je reviens toujours, et toujours les mains pleines,

Amasser le butin de mes courses lointaines:

Soit qu’en un livre antique à loisir engagé, 15

Dans ses doctes feuillets j’aie au loin voyagé;

Soit plutôt que, passant et vallons et rivières,

J’aie au loin parcouru les terres étrangères.

D’un vaste champ de fleurs je tire un peu de miel.

Tout m’enrichit et tout m’appelle; et, chaque ciel 20

M’offrant quelque dépouille utile et précieuse,

Je remplis lentement ma ruche industrieuse.

 

POÉSIES DIVERSES

 

I

 

HYMNE A LA JUSTICE

 

A LA FRANCE

 

France! ô belle contrée, ô terre généreuse,

Que les dieux complaisants formaient pour être heureuse,

Tu ne sens point du nord les glaçantes horreurs,

Le midi de ses feux t’épargne les fureurs.

Tes arbres innocents n’ont point d’ombres mortelles; 5

Ni des poisons épars dans tes herbes nouvelles

Ne trompent une main crédule; ni tes bois

Des tigres frémissants ne redoutent la voix;

Ni les vastes serpents ne traînent sur tes plantes

En longs cercles hideux leurs écailles sonnantes. 10

Les chênes, les sapins et les ormes épais

En utiles rameaux ombragent tes sommets,

Et de Beaune et d’Aï les rives fortunées,

Et la riche Aquitaine, et les hauts Pyrénées,

Sous leurs bruyants pressoirs font couler en ruisseaux 15

Des vins délicieux mûris sur leurs coteaux.

La Provence odorante et de Zéphire aimée

Respire sur les mers une haleine embaumée,

Au bord des flots couvrant, délicieux trésor,

L’orange et le citron de leur tunique d’or, 20

Et plus loin, au penchant des collines pierreuses,

Forme la grasse olive aux liqueurs savoureuses,

Et ces réseaux légers, diaphanes habits,

Où la fraîche grenade enferme ses rubis.

Sur tes rochers touffus la chèvre se hérisse, 25

Tes prés enflent de lait la féconde génisse,

Et tu vois tes brebis, sur le jeune gazon,

Épaissir le tissu de leur blanche toison.

Dans les fertiles champs voisins de la Touraine,

Dans ceux où l’Océan boit l’urne de la Seine, 30

S’élèvent pour le frein des coursiers belliqueux.

Ajoutez cet amas de fleuves tortueux:

L’indomptable Garonne aux vagues insensées,

Le Rhône impétueux, fils des Alpes glacées,

La Seine au flot royal, la Loire dans son sein 35

Incertaine, et la Saône, et mille autres enfin

Qui, nourrissant partout, sur tes nobles rivages,

Fleurs, moissons et vergers, et bois et pâturages,

Rampent au pied des murs d’opulentes cités

Sous les arches de pierre à grand bruit emportés. 40

Dirai-je ces travaux, source de l’abondance,

Ces ports où des deux mers l’active bienfaisance

Amène les tributs du rivage lointain

Que visite Phoebus le soir ou le matin?

Dirai-je ces canaux, ces montagnes percées, 45

De bassins en bassins ces ondes amassées

Pour joindre au pied des monts l’une et l’autre Téthys,

Et ces vastes chemins en tous lieux départis,

Où l’étranger, à l’aise achevant son voyage,

Pense au nom des Trudaine et bénit leur ouvrage? 50

 

Ton peuple industrieux est né pour les combats.

Le glaive, le mousquet n’accablent point ses bras.

Il s’élance aux assauts, et son fer intrépide

Chassa l’impie Anglais, usurpateur avide.

Le ciel les fit humains, hospitaliers et bons, 55

Amis des doux plaisirs, des festins, des chansons;

Mais, faibles, opprimés, la tristesse inquiète

Glace ces chants joyeux sur leur bouche muette,

Pour les jeux, pour la danse appesantit leurs pas,

Renverse devant eux les tables des repas, 60

Flétrit de longs soucis, empreinte douloureuse,

Et leur front et leur âme. O France! trop heureuse

Si tu voyais tes biens, si tu profitais mieux

Des dons que tu reçus de la bonté des cieux!

Vois le superbe Anglais, l’Anglais dont le courage 65

Ne s’est sentais qu’aux lois d’un sénat libre et sage,

Qui t’épie, et, dans l’Inde éclipsant ta splendeur,

Sur tes fautes sans nombre élève sa grandeur.

Il triomphe, il t’insulte. Oh! combien tes collines

Tressailliraient de voir réparer tes ruines, 70

Et pour la liberté donneraient sans regrets

Et leur vin, et leur huile, et leurs belles forêts!

 

J’ai vu dans tes hameaux la plaintive misère,

La mendicité blême et la douleur amère.

Je t’ai vu dans tes biens, indigent laboureur, 75

D’un fisc avare et dur maudissant la rigueur,

Versant aux pieds des grands des larmes inutiles,

Tout trempé de sueurs pour toi-même infertiles,

Découragé de vivre, et plein d’un juste effroi

De mettre au jour des fils malheureux comme toi. 80

Tu vois sous les soldats les villes gémissantes;

Corvée, impôts rongeurs, tributs, taxes pesantes,

Le sel, fils de la terre, ou même l’eau des mers,

Sources d’oppression et de fléaux divers;

Mille brigands, couverts du nom sacré du prince, 85

S’unir à déchirer une triste province,

Et courir à l’envi, de son sang altérés,

Se partager entre eux ses membres déchirés!

O sainte Égalité! dissipe nos ténèbres,

Renverse les verrous, les bastilles funèbres. 90

Le riche indifférent, dans un char promené,

De ces gouffres secrets partout environné,

Rit avec les bourreaux, s’il n’est bourreau lui-même,

Près de ces noirs réduits de la misère extrême,

D’une maîtresse impure achète les transports, 95

Chante sur des tombeaux, et boit parmi des morts.

Malesherbes, Turgot, ô vous en qui la France

Vit luire, hélas! en vain, sa dernière espérance;

Ministres dont le coeur a connu la pitié,

Ministres dont le nom ne s’est point oublié, 100

Ah! si de telles mains, justement souveraines,

Toujours de cet empire avaient tenu les rênes!

L’équité clairvoyante aurait régné sur nous;

Le faible aurait osé respirer près de vous;

L’oppresseur, évitant d’armer d’injustes plaintes, 105

Sinon quelque pudeur, aurait ou quelques craintes;

Le délateur impie, opprimé par la faim,

Serait mort dans l’opprobre, et tant d’hommes enfin,

A l’insu de nos lois, à l’insu, du vulgaire,

Foudroyés sons les coups d’un pouvoir arbitraire, 110

De cris non entendus, de funèbres sanglots,

Ne feraient point gémir les voûtes des cachots.

 

Non, je ne veux plus vivre en ce séjour servile!

J’irai, j’irai bien loin me chercher un asile,

Un asile à ma vie en son paisible cours, 115

Une tombe à ma cendre à la fin de mes jours,

Où d’un grand au coeur dur l’opulence homicide

Du sang d’un peuple entier ne sera point avide,

Et ne me dira point, avec un rire affreux,

Qu’ils se plaignent sans cesse et qu’ils sont trop heureux; 120

Où, loin des ravisseurs, la main cultivatrice

Recueille les dons d’une terre propice;

Où mon coeur, respirant sous un ciel étranger,

Ne verra plus des maux qu’il ne peut soulager;

Où mes yeux, éloignés des publiques misères, 125

Ne verront plus partout les larmes de mes frères,

Et la pâle indigence à la mourante voix,

Et les crimes puissants qui font trembler les lois.

 

Toi donc, Équité sainte, ô toi, vierge adorée,

De nos tristes climats pour longtemps ignorée, 130

Daigne du haut des cieux goûter le libre encens

D’une lyre au coeur chaste, aux transports innocents,

Qui ne saura jamais, par des voeux mercenaires,

Flatter, à prix d’argent, des faveurs arbitraires,

Mais qui rendra toujours, par amour et par choix, 135

Un noble et pur hommage aux appuis de tes lois.

De voeux pour les humains tous ses chants retentissent:

La vérité l’enflamme, et ses cordes frémissent

Quand l’air qui l’environne auprès d’elle a porté

Le doux nom des vertus et de la liberté. 140

 

II

 

…Terre, terre chérie

Que la liberté sainte appelle sa patrie;

Père du grand sénat, ô sénat de Romans,

Qui de la liberté jetas les fondements;

Romans, berceau des lois, vous, Grenoble et Valence, 5

Vienne; toutes enfin! monts sacrés d’où la France

Vit naître le soleil avec la liberté!

Un jour le voyageur par le Rhône emporté,

Arrêtant l’aviron dans la main de son guide,

En silence, debout sur sa barque rapide, 10

Fixant vers l’Orient un oeil religieux,

Contemplera longtemps ces sommets glorieux;

Car son vieux père, ému de transports magnanimes,

Lui dira: ‘Vois, mon fils, vois ces augustes cimes.’

Au bord du Rhône, le 7 juillet 1790.

 

III

 

LE RAT DE VILLE ET LE RAT DES CHAMPS

 

Un jour le rat des champs, ami du rat de ville,

Invita son ami dans son rustique asile.

Il était économe et soigneux de son bien;

Mais l’hospitalité, leur antique lien,

Fit les frais de ce jour comme d’un jour de fête. 5

Tout fut prêt: lard, raisin, et fromage, et noisette.

Il cherchait par le luxe et la variété

A vaincre les dégoûts d’un hôte rebuté,

Qui, parcourant de l’oeil sa table officieuse,

Jetait sur tout à peine une dent dédaigneuse. 10

Et lui, d’orge et de blé faisant tout son repas,

Laissait au citadin les mets plus délicats.

 

‘Ami, dit celui-ci, veux-tu dans la misère

Vivre au dos escarpé de ce mont solitaire,

Ou préférer le monde à tes tristes forêts? 15

Viens; crois-moi, suis mes pas; la ville est ici près:

Festins, fêtes, plaisirs y sont en abondance,

L’heure s’écoule, ami; tout fuit, la mort s’avance:

Les grands ni les petits n’échappent à ses lois;

Jouis, et te souviens qu’on ne vit qu’une fois.’ 20

 

Le villageois écoute, accepte la partie:

On se lève, et d’aller. Tous deux de compagnie,

Nocturnes voyageurs, dans des sentiers obscurs

Se glissent vers la ville et rampent sous les murs.

La nuit quittait les cieux quand notre couple avide 25

Arrive en un palais opulent et splendide,

Et voit fumer encor dans des plats de vermeil

Des restes d’un souper le brillant appareil.

L’un s’écrie, et, riant de sa frayeur naïve,

L’autre sur le duvet fait placer son convive, 30

S’empresse de servir, ordonner, disposer,

Va, vient, fait les honneurs, le priant d’excuser.

 

Le campagnard bénit sa nouvelle fortune;

Sa vie en ses déserts était âpre, importune:

La tristesse, l’ennui, le travail et la faim. 35

Ici l’on y peut vivre; et de rire. Et soudain

Des valets à grand bruit interrompent la fête;

On court, on vole, on fuit; nul coin, nulle retraite.

Les dogues réveillés les glacent par leur voix;

Toute la maison tremble au bruit de leurs abois. 40

Alors le campagnard, honteux de son délire:

‘Soyez heureux, dit-il; adieu, je me retire,

Et je vais dans mon trou rejoindre en sûreté

Le sommeil, un peu d’orge et la tranquillité.’

(Trad. d’Horace.)

 

IV

 

LA FRIVOLITÉ

 

Mère du vain caprice et du léger prestige,

La fantaisie ailée autour d’elle voltige,

Nymphe au corps ondoyant, né de lumière et d’air,

Qui, mieux que l’onde agile ou le rapide éclair,

Ou la glace inquiète au soleil présentée, 5

S’allume en un instant, purpurine, argentée,

Ou s’enflamme de rose, ou pétille d’azur.

Un vol la précipite, inégal et peu sûr.

La déesse jamais ne connut d’autre guide.

Les Rêves transparents, troupe vaine et fluide, 10

D’un vol étincelant caressent ses lambris.

Auprès d’elle à toute heure elle occupe les Ris.

L’un pétrit les baisers des bouches embaumées;

L’autre, le jeune éclat des lèvres enflammées;

L’autre, inutile et seul, au bout d’un chalumeau 15

En globe aérien souffle une goutte d’eau.

La reine, en cette cour qu’anime la folie,

Va, vient, chante, se tait, regarde, écoute, oublie,

Et, dans mille cristaux qui portent son palais,

Rit de voir mille fois étinceler ses traits. 20

 

V

 

LE POÈTE

 

… Pour lui

L’ombre du cabinet en délices abonde.

S’il fuit les graves riens, noble ennui du beau monde,

Ou si, chez la beauté qui l’admit en secret, 5

Las de parler, enfin il demeure muet,

Il regagne à grands pas son asile et l’étude:

Il y trouve la paix, la douce solitude,

Ses livres, et sa plume au bec noir et malin,

Et la sage folie, et le rire à l’oeil fin. 10

 

ODES

 

I

 

A VERSAILLES

 

O Versaille, ô bois, ô portiques,

Marbres vivants, berceaux antiques,

Par les dieux et les rois Élysée embelli,

A ton aspect, dans ma pensée,

Comme sur l’herbe aride une fraîche rosée, 5

Coule un peu de calme et d’oubli.

 

Paris me semble un autre empire,

Dès que chez toi je vois sourire

Mes pénates secrets couronnés de rameaux,

D’où souvent les monts et les plaines 10

Vont dirigeant mes pas aux campagnes prochaines,

Sous de triples cintres d’ormeaux.

 

Les chars, les royales merveilles,

Des gardes les nocturnes veilles,

Tout a fui; des grandeurs tu n’es plus le séjour: 15

Mais le sommeil, la solitude,

Dieux jadis inconnus, et les arts, et l’étude,

Composent aujourd’hui ta cour.

 

Ah! malheureux! à ma jeunesse

Une oisive et morne paresse 20

Ne laisse plus goûter les studieux loisirs.

Mon âme, d’ennui consumée,

S’endort dans les langueurs. Louange et renommée

N’inquiètent plus mes désirs.

 

L’abandon, l’obscurité, l’ombre, 25

Une paix taciturne et sombre,

Voilà tous mes souhaits: cache mes tristes jours,

Et nourris, s’il faut que je vive,

De mon pâle flambeau la clarté fugitive

Aux douces chimères d’amours. 30

 

L’âme n’est point encor flétrie,

La vie encor n’est point tarie,

Quand un regard nous trouble et le coeur et la voix

Qui cherche les pas d’une belle,

Qui peut ou s’égayer ou gémir auprès d’elle, 35

De ses jours peut porter le poids.

 

J’aime; je vis. Heureux rivage!

Tu conserves sa noble image,

Son nom, qu’à tes forêts j’ose apprendre le soir,

Quand, l’âme doucement émue, 40

J’y reviens méditer l’instant où je l’ai vue,

Et l’instant où je dois la voir.

 

Pour elle seule encore abonde

Cette source, jadis féconde,

Qui coulait de ma bouche en sons harmonieux. 45

Sur mes lèvres tes bosquets sombres

Forment pour elle encor ces poétiques nombres,

Langage d’amour et des dieux.

 

Ah! témoin des succès du crime,

Si l’homme juste et magnanime 50

Pouvait ouvrir son coeur à la félicité,

Versailles, tes routes fleuries,

Ton silence, fertile en belles rêveries,

N’auraient que joie et volupté.

 

Mais souvent tes vallons tranquilles, 55

Tes sommets verts, tes frais asiles,

Tout à coup à mes yeux s’enveloppent de deuil.

J’y vois errer l’ombre livide

D’un peuple d’innocents qu’un tribunal perfide

Précipite dans le cercueil. 60

 

II

 

A MARIE-ANNE-CHARLOTTE CORDAY

 

Quoi! tandis que partout, ou sincères ou feintes,

Des lâches, des pervers, les larmes et les plaintes

Consacrent leur Marat parmi les immortels,

Et que, prêtre orgueilleux de cette idole vile,

Des fanges du Parnasse un impudent reptile 5

Vomit un hymne infâme au pied de ses autels.

 

La vérité se tait! dans sa bouche glacée,

Des liens de la peur sa langue embarrassée

Dérobe un juste hommage aux exploits glorieux!

Vivre est-il donc si doux? De quel prix est la vie, 10

Quand, sous un joug honteux, la pensée asservie,

Tremblante, au fond du coeur, se cache à tous les yeux?

 

Non, non, je ne veux point t’honorer en silence,

Toi qui crus par ta mort ressusciter la France

Et dévouas tes jours à punir des forfaits. 15

Le glaive arma ton bras, fille grande et sublime,

Pour faire honte aux dieux, pour réparer leur crime,

Quand d’un homme à ce monstre ils donnèrent les traits.

 

Le noir serpent, sorti de sa caverne impure,

A donc vu rompre enfin sous ta main ferme et sûre 20

Le venimeux tissu de ses jours abhorrés!

Aux entrailles du tigre, à ses dents homicides,

Tu vins redemander et les membres livides

Et le sang des humains qu’il avait dévorés!

 

Son oeil mourant t’a vue, en ta superbe joie, 25

Féliciter ton bras et contempler ta proie.

Ton regard lui disait: ‘Va, tyran furieux,

Va, cours frayer la route aux tyrans tes complices.

Te baigner dans le sang fut tes seules délices,

Baigne-toi dans le tien et reconnais des dieux.’ 30

 

La Grèce, ô fille illustre! admirant ton courage,

Épuiserait Paros pour placer ton image

Auprès d’Harmodius, auprès de son ami;

Et des choeurs sur ta tombe, en une sainte ivresse,

Chanteraient Némésis, la tardive déesse, 35

Qui frappe le méchant sur son trône endormi.

 

Mais la France à la hache abandonne ta tête.

C’est au monstre égorgé qu’on prépare une fête

Parmi ses compagnons, tous dignes de son sort.

Oh! quel noble dédain fit sourire ta bouche, 40

Quand un brigand, vengeur de ce brigand farouche,

Crut te faire pâlir aux menaces de mort!

 

C’est lui qui dut pâlir, et tes juges sinistres,

Et notre affreux sénat et ses affreux ministres,

Quand, à leur tribunal, sans crainte et sans appui, 45

Ta douceur, ton langage et simple et magnanime

Leur apprit qu’en effet, tout puissant qu’est le crime,

Qui renonce à la vie est plus puissant que lui.

 

Longtemps, sous les dehors d’une allégresse aimable,

Dans ses détours profonds ton âme impénétrable 50

Avait tenu cachés les destins du pervers.

Ainsi, dans le secret amassant la tempête,

Rit un beau ciel d’azur, qui cependant s’apprête

A foudroyer les monts et soulever les mers.

 

Belle, jeune, brillante, aux bourreaux amenée, 55

Tu semblais t’avancer sur le char d’hyménée;

Ton front resta paisible et ton regard serein.

Calme sur l’échafaud, tu méprisas la rage

D’un peuple abject, servile, et fécond en outrage,

Et qui se croit alors et libre et souverain. 60

 

La vertu seule est libre. Honneur de notre histoire,

Notre immortel opprobre y vit avec ta gloire;

Seule, tu fus un homme, et vengeas les humains!

Et nous, eunuques vils, troupeau lâche et sans âme,

Nous savons répéter quelques plaintes de femme; 65

Mais le fer pèserait à nos débiles mains.

 

Non, tu ne pensais pas qu’aux mânes de la France

Un seul traître immolé suffît à sa vengeance,

Ou tirât du chaos ses débris dispersés.

Tu voulais, enflammant les courages timides, 70

Réveiller les poignards sur tous ces parricides,

De rapine, de sang, d’infamie engraissés.

 

Un scélérat de moins rampe dans cette fange.

La Vertu t’applaudit; de sa mâle louange

Entends, belle héroïne, entends l’auguste voix. 75

O Vertu, le poignard, seul espoir de la terre,

Est ton arme sacrée, alors que le tonnerre

Laisse régner le crime et te vend à ses lois.

 

III

 

LA JEUNE CAPTIVE

 

‘L’épi naissant mûrit de la faux respecté;

Sans crainte du pressoir, le pampre tout l’été

Boit les doux présents de l’aurore;

Et moi, comme lui belle, et jeune comme lui,

Quoi que l’heure présente ait de trouble et d’ennui, 5

Je ne veux point mourir encore.

 

‘Qu’un stoïque aux yeux secs vole embrasser la mort,

Moi je pleure et j’espère; au noir souffle du nord

Je plie et relève ma tête.

S’il est des jours amers, il en est de si doux! 10

Hélas! quel miel jamais n’a laissé de dégoûts?

Quelle mer n’a point de tempête?

 

‘L’illusion féconde habite dans mon sein.

D’une prison sur moi les murs pèsent en vain,

J’ai les ailes de l’espérance; 15

Échappée aux réseaux de l’oiseleur cruel,

Plus vive, plus heureuse, aux campagnes du ciel

Philomèle chante et s’élance.

 

‘Est-ce à moi de mourir? Tranquille je m’endors,

Et tranquille je veille, et ma veille aux remords 20

Ni mon sommeil ne sont en proie.

Ma bienvenue au jour me rit dans tous les yeux;

Sur des fronts abattus mon aspect dans ces lieux

Ranime presque de la joie.

 

‘Mon beau voyage encore est si loin de sa fin! 25

Je pars, et des ormeaux qui bordent le chemin

J’ai passé les premiers à peine.

Au banquet de la vie à peine commencé,

Un instant seulement mes lèvres ont pressé

La coupe en mes mains encor pleine. 30

 

‘Je ne suis qu’au printemps, je veux voir la moisson;

Et comme le soleil, de saison en saison,

Je veux achever mon année.

Brillante sur ma tige et l’honneur du jardin,

Je n’ai vu luire encor que les feux du matin: 35

Je veux achever ma journée.

 

‘O mort! tu peux attendre; éloigne, éloigne-toi;

Va consoler les coeurs que la honte, l’effroi,

Le pâle désespoir dévore.

Pour moi Palès encore a des asiles verts, 40

Les Amours des baisers, les Muses des concerts;

Je ne veux point mourir encore!’

 

Ainsi, triste et captif, ma lyre toutefois

S’éveillait, écoutant ces plaintes, cette voix,

Ces voeux d’une jeune captive; 45

Et secouant le faix de mes jours languissants,

Aux douces lois des vers je pliai les accents

De sa bouche aimable et naïve.

 

Ces chants, de ma prison témoins harmonieux,

Feront à quelque amant des loisirs studieux 50

Chercher quelle fut cette belle:

La grâce décorait son front et ses discours,

Et, comme elle, craindront de voir finir leurs jours

Ceux qui les passeront près d’elle.

Saint-Lazare.

 

ÏAMBES

 

I

 

HYMNE

SUR L’ENTRÉE TRIOMPHALE

DES SUISSES RÉVOLTÉS ET AMNISTIÉS DU RÉGIMENT

DE CHATEAUVIEUX

 

Salut, divin triomphe! entre dans nos murailles;

Rends-nous ces guerriers illustrés

Par le sang de Désille et par les funérailles

De tant de Français massacrés.

Jamais rien de si grand n’embellit ton entrée; 5

Ni quand l’ombre de Mirabeau

S’achemina jadis vers la voûte sacrée

Où la gloire donne un tombeau;

Ni quand Voltaire mort et sa cendre bannie

Rentrèrent aux murs de Paris, 10

Vainqueurs du fanatisme et de la calomnie

Prosternés devant ses écrits.

Un seul jour peut atteindre à tant de renommée,

Et ce beau jour luira bientôt:

C’est quand tu conduiras Jourdan à notre armée, 15

Et Lafayette à l’échafaud.

Quelle rage à Coblentz! quel deuil pour tous ces princes,

Qui, partout diffamant nos lois,

Excitent contre nous et contre nos provinces

Et les esclaves et les rois! 20

Ils voulaient nous voir tous à la folie en proie.

Que leur front doit être abattu!

Tandis que parmi nous quel orgueil, quelle joie

Pour les amis de la vertu,

Pour vous tous, ô mortels, qui rougissez encore 25

Et qui savez baisser les yeux,

De voir des échevins que la Râpée honore

Asseoir sur un char radieux

Ces héros que jadis sur les bancs des galères

Assit un arrêt outrageant, 30

Et qui n’out égorgé que très peu de nos frères

Et volé que très peu d’argent!

Eh bien, que tardez-vous, harmonieux Orphées?

Si sur la tombe des Persans

Jadis Pindare, Eschyle, ont dressé des trophées, 35

Il faut de plus nobles accents.

Quarante meurtriers, chéris de Robespierre,

Vont s’élever sur nos autels.

Beaux-arts, qui faites vivre et la toile et la pierre,

Hâtez-vous, rendez immortels 40

Le grand Collot d’Herbois, ses clients helvétiques,

Ce front que donne à des héros

La vertu, la taverne et le secours des piques.

Peuplez le ciel d’astres nouveaux,

O vous, enfants d’Eudoxe et d’Hipparque et d’Euclide, 45

C’est par vous que les blonds cheveux

Qui tombèrent du front d’une reine timide

Sont tressés en célestes feux;

Par vous l’heureux vaisseau des premiers Argonautes

Flotte encor dans l’azur des airs. 50

Faites gémir Atlas sous de plus nobles hôtes,

Comme eux dominateurs des mers.

Que la nuit de leurs noms embellisse ses voiles,

Et que le nocher aux abois

Invoque en leur galère, ornement des étoiles, 55

Les Suisses de Collot d’Herbois.

(Journal de Paris, 15 avril 1792.)

 

II

 

Quand au mouton bêlant la sombre boucherie

Ouvre ses cavernes de mort,

Pâtres, chiens et moutons, toute la bergerie

Ne s’informe plus de son sort.

Les enfants qui suivaient ses ébats dans la plaine, 5

Les vierges aux belles couleurs

Qui le baisaient en foule, et sur sa blanche laine

Entrelaçaient rubans et fleurs,

Sans plus penser à lui, le mangent s’il est tendre.

Dans cet abîme enseveli 10

J’ai le même destin. Je m’y devais attendre.

Accoutumons-nous à l’oubli.

Oubliés comme moi dans cet affreux repaire,

Mille autres moutons, comme moi,

Pendus aux crocs sanglants du charnier populaire, 15

Seront servis au peuple-roi.

Que pouvaient mes amis? Oui, de leur main chérie

Un mot à travers ces barreaux

Eût versé quelque baume en mon âme flétrie;

De l’or peut-être à mes bourreaux… 20

Mais tout est précipice. Ils ont eu droit de vivre.

Vivez, amis; vivez contents.

En dépit de–-soyez lents à me suivre.

Peut-être en de plus heureux temps

J’ai moi-même, à l’aspect des pleurs de l’infortune, 25

Détourné mes regards distraits;

A mon tour, aujourd’hui; mon malheur importune:

Vivez, amis, vivez en paix.

Saint-Lazare.

 

III

 

Comme un dernier rayon, comme un dernier zéphyre

Animent la fin d’un beau jour,

Au pied de l’échafaud j’essaye encor ma lyre.

Peut-être est-ce bientôt mon tour;

Peut-être avant que l’heure en cercle promenée 5

Ait posé sur l’émail brillant,

Dans les soixante pas où sa route est bornée,

Son pied sonore et vigilant,

Le sommeil du tombeau pressera ma paupière.

Avant que de ses deux moitiés 10

Ce vers que je commence ait atteint la dernière,

Peut-être en ces murs effrayés

Le messager de mort, noir recruteur des ombres,

Escorté d’infâmes soldats,

Ébranlant de mon nom ces longs corridors sombres, 15

Où seul, dans la foule à grands pas

J’erre, aiguisant ces dards persécuteurs du crime,

Du juste trop faibles soutiens,

Sur mes lèvres soudain va suspendre la rime;

Et chargeant mes bras de liens, 20

Me traîner, amassant en foule à mon passage

Mes tristes compagnons reclus,

Qui me connaissaient tous avant l’affreux message,

Mais qui ne me connaissent plus.

Eh bien! j’ai trop vécu. Quelle franchise auguste, 25

De mâle constance et d’honneur

Quels exemples sacrés doux à l’âme du juste,

Pour lui quelle ombre de bonheur,

Quelle Thémis terrible aux têtes criminelles,

Quels pleurs d’une noble pitié, 30

Des antiques bienfaits quels souvenirs fidèles,

Quels beaux échanges d’amitié,

Font digne de regrets l’habitacle des hommes?

La peur blême et louche est leur Dieu,

La bassesse, la honte. Ah! lâches que nous sommes! 35

Tous, oui, tous. Adieu, terre, adieu.

Vienne, vienne la mort! que la mort me délivre!…

Ainsi donc, mon coeur abattu

Cède au poids de ses maux!—Non, non, puisse-je vivre!

Ma vie importe à la vertu. 40

Car l’honnête homme enfin, victime de l’outrage,

Dans les cachots, près du cercueil,

Relève plus altiers son front et son langage,

Brillant d’un généreux orgueil.

S’il est écrit aux cieux que jamais une épée 45

N’étincellera dans mes mains,

Dans l’encre et l’amertume une autre arme trempée

Peut encor servir les humains.

Justice, vérité, si ma main, si ma bouche,

Si mes pensers les plus secrets 50

Ne froncèrent jamais votre sourcil farouche,

Et si les infâmes progrès,

Si la risée atroce, ou plus atroce injure,

L’encens de hideux scélérats,

Ont pénétré vos coeurs d’une large blessure, 55

Sauvez-moi. Conservez un bras

Qui lance votre foudre, un amant qui vous venge.

Mourir sans vider mon carquois!

Sans percer, sans fouler, sans pétrir dans leur fange

Ces bourreaux barbouilleurs de lois! 60

Ces vers cadavéreux de la France asservie,

Égorgée! ô mon cher trésor,

O ma plume, fiel, bile, horreur, dieux de ma vie!

Par vous seuls je respire encor:

Comme la poix brûlante agitée en ses veines 65

Ressuscite un flambeau mourant.

Je souffre; mais je vis. Par vous, loin de mes peines,

D’espérance un vaste torrent

Me transporte. Sans vous, comme un poison livide,

L’invisible dent du chagrin, 70

Mes amis opprimés, du menteur homicide

Les succès, le sceptre d’airain,

Des bons proscrits par lui la mort ou la ruine,

L’opprobre de subir sa loi,

Tout eût tari ma vie, ou contre ma poitrine 75

Dirigé mon poignard. Mais quoi!

Nul ne resterait donc pour attendrir l’histoire

Sur tant de justes massacrés!

Pour consoler leurs fils, leurs veuves, leur mémoire!

Pour que des brigands abhorrés 80

Frémissent aux portraits noirs de leur ressemblance!

Pour descendre jusqu’aux enfers

Nouer le triple fouet, le fouet de la vengeance

Déjà levé sur ces pervers!

Pour cracher sur leurs noms, pour chanter leur supplice! 85

Allons, étouffe tes clameurs;

Souffre, ô coeur gros de haine, affamé de justice.

Toi, vertu, pleure si je meurs.

Saint-Lazare.

 

FIN

 

NOTES[50]

[Footnote 50: N.B.—In the notes the student is occasionally referred to the following works:—

AYER (C.). Grammaire comparée de la Langue française, quatrième édition, Paris, G. Fischbacher, 1885.

DARMESTETER (A.). Cours de grammaire historique de la Langue française, ive partie: Syntaxe, pub. par les soins de M. Léopold Sudre, 2e édition, Paris, Delagrave, n.d.

HAASE (A.). Syntaxe française du XVIIe siècle, traduite par M. Obéit, Paris, Alph. Picard, 1898.

MEYER-LÜBKE (W.). Grammaire des Langues romanes, traduction française par A. Doutrepont et G. Doutrepont, t. iii: Syntaxe, Paris, H. Welter, 1900.]

 

BUCOLIQUES.

 

I. L’AVEUGLE.

 

L. 1.Iliad, i. 37: ‘Hear, thou god that bear’st the silver bow, O Smintheus.’—CHAPMAN.

L. 3. cet aveugle, meaning ‘himself,’ is a Greek, and also Latin, idiom. Seneca, writing of himself, uses the phrase in hoc sene, which Montaigne (Ess. II. XXXV. translates en ce vieillard, followed by his own translator, Cotton, with: ‘in this old fellow.’ Corneille, Polyeucte, V. iii: ‘C’en est assez: Félix, reprenez ce courroux Et sur cet insolent i.e. me) vengez vos dieux et vous.’

L. 4. C’est ainsi qu’achevait l’aveugle… Et près des bois marchait. The inversion is quite usual, but what is less so is the absence of a subject before marchait. Here is, however, another instance of the same construction from Racine, Idylle de la Paix: ‘Déjà marchait devant les étendards Bellone, les cheveux épars et se flattait d’éterniser les guerres’…

L. 6. S’asseyait. A very happy enjambement. The rhythm also stops as if for very weariness.

L. 18. à la prière. Is this a Latinism, a translation of the Latin ad preces, or an extension of the use of à=pour so common in French? See note to p. 3, l. 88.

L. 26. pures, i.e. sans mélange, ‘unmixed, unalloyed.’

Ll. 27, 28. Cf. in the Odyssey (viii. 64): Demodocus, ‘the blind singer, to whom, in recompense of his lost sight, the Muses had given an inward discernment, a soul and a voice to excite the hearts of men and gods to delight.’—Lamb, Advent. of Ulys., vii.

Ll. 31, 32. Menander in Stobaeus, Florilegium, xcvi.

Ll. 33-38. Od. vii. 208.

L. 39. Thamyris. The story is told in the Iliad (ii. 594): ‘the muses…. Because he proudly durst affirm he could more sweetly sing than that Pierian race of Jove…. Bereft his eyesight, and his song that did the ear enchant, and of his skill to touch his harp disfurnished his hand.’—CHAPMAN.

L. 45. puisse… changer ta destinée, for puisse ta destinée changer. The same construction may be seen in: ‘Puisse périr comme eux quiconque leur ressemble.’—Racine, Athalie, IV. ii.

Ll. 46, 47. ce que… tient la peau. For the inversion of the subject in relative clauses see Meyer-Lübke, iii. § 751, and A. Darmesteter-Sudre, Syntaxe, § 492.

L. 48. Ils versent… The verb verser, ‘to cause a liquid to flow out of a vessel,’ is extended to solids, e.g. ‘verser du blé dans un sac’ (LITTRÉ).

Ll. 49, 50. les olives huileuses,… et les figues mielleuses. ‘The honied fig and unctuous olive smooth.’—Cowper, Od. vii. 139.

L. 56. venus de Jupiter. In the sense in which Nausicaa, Od. vi. 207, says: ‘From Jove come all strangers, and the needy of a home.’—CHAPMAN.

Ll. 57-67. Od. vi. 154.

L. 62. ce palmier de Latone. In Lamb’s Adventures of Ulysses, the hero says to Nausicaa: ‘Lately at Delos (where I touched) I saw a young palm which grew beside Apollo’s temple; it exceeded all the trees which ever I beheld for straightness and beauty: I can compare you only to that.’ Under this palm-tree Latona gave birth to Apollo and Diana. See also Solomon’s Song, vii. 7: ‘This thy stature is like to a palm-tree.’

L. 69. aura vu… The future is here used in order to express an hypothesis, as in this: ‘Comment se fait-il qu’il ne soit pas encore arrivé?—Il aura oublié.’ See Ayer, Gram. comp. de la langue française, § 203. For another similar use of the future see p. 25, l.