Pour tous mes péchés (Romans étrangers) (French Edition)

Chapitre 5.

5.

 

C’est un dimanche ensoleillé qui s’écoule avec légèreté, Linda voudrait qu’il ne finisse jamais. Elle court avec lui depuis dix kilomètres environ, profitant de la chaleur et du parfum de cette matinée de fin de mai. Ils sont fatigués et heureux, ils ont encore un peu de souffle pour plaisanter, sourire, se moquer l’un de l’autre.

Ils se sont donné rendez-vous, à 10 heures, au croisement qui mène à la Maison bleue et, de là, en traversant les vignes, ils ont continué jusqu’à la limite de la forêt. Davide est arrivé, ponctuel, vêtu d’un jogging et de chaussures techniques, équipées d’émetteurs directement reliés à son iPhone. Mais Linda était déjà en place, à l’attendre, avec ses shorts minuscules et son débardeur moulant. Après le soir du concert, Davide l’a appelée à plusieurs reprises. Il a commencé par le classique « Salut, comment tu vas ? » puis, la seconde fois, lui a proposé d’aller courir ensemble. Linda ne s’est pas fait prier : cet homme l’intéresse suffisamment pour qu’elle tente autre chose avec lui après l’excellente performance dans la voiture, l’autre jour. Elle ne sait pas résister aux défis, et elle veut lui prouver qu’elle n’est pas douée uniquement au lit.

— On s’arrête à la fin de la route et on repartira après cinq minutes d’étirements, lance Davide, avec son air sûr de coach sportif.

— Tu es déjà fatigué ? se moque-t-elle en l’entendant haleter bruyamment.

— Bien sûr que non… je disais ça pour toi ! répond-il en lui donnant une petite tape sur les fesses.

— Pour moi ? feint de s’étonner Linda tandis que, dans le fond, elle jouit de sa suprématie. On ne dirait pas, si l’on juge à ton souffle…

— Tu veux te retrouver, demain, avec les muscles des mollets déchirés ?

David essaie de récupérer en soufflant à fond, puis poursuit :

— Crois-moi, après trois montées et descentes, comme nous venons de faire, c’est bien si on s’étire un peu.

— OK, concède Linda.

Mais elle est encore pleine d’énergie, elle pourrait courir quelques kilomètres de plus.

Ils vont au bout du chemin de terre, face à eux, puis s’attardent sur l’herbe des bas-côtés. Désormais Linda a, elle aussi, les pieds fatigués et le souffle court, bien qu’elle continue à se donner du mal afin de prouver à Davide le contraire. Ils détendent leurs muscles en faisant quelques petits bonds sur place. Davide écarte ensuite légèrement les jambes et commence une série de flexions. Linda, de son côté, exécute quelques mouvements de stretching et penche son buste en avant jusqu’à attraper ses chevilles. Elle le provoque, et elle en est bien consciente, même si elle ne mesure pas l’ampleur de l’effet qu’elle a sur lui : il ne parvient pas à détacher son regard de ses seins, si généreux, fermes… et qui ne cèdent pas un centimètre à la force de gravité.

— On va faire quelques exercices, maintenant, dit Davide, qui doit fournir un effort surhumain pour lever les yeux.

Il saisit sa cheville droite avec sa main et tire sa jambe le plus haut possible. Linda l’imite, mais elle n’est pas attentive… elle est plus occupée à faire les yeux doux. Ils répètent le même geste avec la jambe droite, puis Davide l’invite à s’asseoir sur l’herbe molle. Ils sont l’un face à l’autre, en miroir. Linda écarte les jambes, comme Davide, soulève haut les bras, les allonge en diagonale vers le pied droit, vers le centre et enfin vers le pied gauche. Lorsqu’elle recommence la séquence, leurs mains se rencontrent. C’est alors qu’elle serre sa prise et, en s’appuyant sur ses talons, fait basculer son corps sur le sien. Elle sourit, mais un instant seulement, elle lui décoche immédiatement après un coup de poing dans l’estomac avec toute la force de son bras.

Davide pousse une sorte de couinement animal, il sent l’air sortir intégralement de ses poumons, tandis qu’il se plie en deux. Il tente de reprendre son souffle, puis la regarde, ébahi.

— Mais t’es dingue ? Tu m’as fait mal !

— Vraiment ? dit Linda. Tu es si fragile ?

— Bien sûr, ça te plairait bien… comme ça tu pourrais me maîtriser ! réplique Davide avec un sursaut d’orgueil.

Il se redresse et retrouve une expression normale. Au bout de quelques secondes, il réussit même à sourire. Linda aussi.

— Pas mal, comme vision…

D’un bond elle est debout et, le prenant par la main, l’oblige à se relever avant de l’entraîner vers un petit groupe d’arbres un peu plus en avant.

Brusquement, elle l’attrape par les épaules et l’embrasse sur la bouche. Davide lui répond en enfilant sa langue entre ses dents et en lui dénouant les cheveux : une masse blonde et désordonnée glisse sur ses yeux et retombe, sauvage, le long de son cou.

Linda pousse Davide à terre, sur un tapis d’herbe, d’argile et de feuilles. Ses cheveux lui font de l’ombre. Elle appuie ses lèvres contre les siennes, leurs langues se cherchent, leurs fronts se touchent. Linda est chaude, sinueuse, insistante : elle ne lâche pas sa proie, elle se serre contre lui, le domine de ses mains et de ses jambes.

Davide tente de se relever afin de mieux la regarder dans les yeux, mais elle repousse sa tête en arrière, l’écrase avec force sur l’herbe. Il réagit alors à cette pression qui le chauffe. À son tour, il prend Linda et la retourne, en l’appuyant contre le sol. Elle le regarde d’en bas, les pupilles dilatées, les lèvres entrouvertes, les joues en feu. Davide est allongé sur elle, une jambe entre les siennes, à mi-chemin entre l’excitation et l’inquiétude : bien sûr, les premières maisons sont loin, pense-t-il, mais ils sont tout de même à ciel ouvert, un dimanche matin, quelqu’un pourrait passer par là d’un moment à l’autre. Mais pour Linda l’heure a sonné, elle doit le faire ici et maintenant, elle ne veut plus attendre. Avec une prise de judo, elle le renverse de nouveau et appuie son corps contre le sien avec toute la force du désir qui monte en elle. Elle lui embrasse la bouche, le cou, remonte jusqu’à son oreille : elle y enfile sa langue et en mord le lobe. Elle tortille le marcel de Davide, puis les cordons en nylon qui ferment son jogging : enfin elle les défait et glisse une main à l’intérieur.

— Attends une minute, dit-il.

Il essaie de l’arrêter mais l’espace est trop étroit entre leurs deux corps et Linda n’a aucune intention de l’écouter. Ses doigts sont déjà sous le tissu tandis qu’il se débat comme un animal pris au piège.

— Attends, putain !

David saisit son poignet. Linda relève la tête, perplexe.

— Qu’est-ce qu’il y a ?

— Rien, répond Davide.

En se reculant un peu, il s’appuie sur ses coudes et regarde autour de lui, méfiant.

— Tu ne veux pas ? lui demande-t-elle en retirant sa main de son pantalon.

— Bien sûr que je veux, réplique Davide. C’est seulement que…

De nouveau, il regarde derrière lui, comme s’il était en territoire ennemi et qu’un commando armé fût susceptible de faire irruption à l’improviste.

— Mais comme ça, en plein air ? Et si quelqu’un arrive ?

Linda secoue doucement la tête, ses pupilles se referment.

— Comme tu veux, murmure-t-elle avec une indifférence affichée. C’est pas grave.

Elle retire un brin d’herbe de ses cheveux et se relève en secouant ses vêtements. Parfois, lâcher prise fonctionne bien mieux, elle le sait parfaitement. Elle feint de s’en aller et, en effet, la réaction de Davide ne se fait pas attendre.

— Eh, Linda, non…, dit-il en l’attrapant par les poignets. Tu vas voir comme c’est grave !

Il la serre contre elle et l’embrasse avec ardeur, possédant sa bouche avec toute sa langue.

Puis il la renverse de nouveau sur le sol et s’accroche à ses genoux. Il caresse ses cheveux, son cou, descend sa main sur un sein avant d’arracher, d’un seul geste, son short et sa culotte. Il la regarde, la respire, il est si proche d’elle que les sensations et les gestes se superposent et se confondent en un magma unique. C’est elle, maintenant, qui tente de lui opposer résistance, mais ce n’est pas une vraie tentative de défense, simplement un jeu furieux de muscles et d’hormones, dont il a désormais perdu le contrôle. Il peut seulement remonter le long de ses cuisses fermes et lisses de joggeuse, jusqu’à la chaleur et à l’humidité qu’elles renferment. L’incertitude qu’il ressentait encore un instant auparavant s’est dissoute en un fleuve impétueux qui l’emporte sans lui laisser le moindre espace pour une pensée vaguement rationnelle. Il a l’impression d’être revenu aux origines du monde, dans une explosion sauvage d’instinct et de sens. Il se libère de ses vêtements, s’allonge entre les jambes de Linda jusqu’à pénétrer la tension élastique de sa féminité avec une urgence et une envie de possession incontrôlables. Elle, de son côté, appuie son corps contre le sien, cède à son rythme primitif en se cambrant, glisse en avant et en arrière afin de le sentir plus profondément en elle, ondule avec une intensité croissante, une frénésie qui pourrait augmenter sans limite. Pourtant ses barrières tombent, sans qu’elle puisse les contrôler, et elle se libère en un souffle monté du plus profond d’elle-même. Un tremblement la traverse tout entière, fait se contracter ses cuisses : ils jouissent ensemble. Ils ne sont plus que deux corps qui se fondent l’un dans l’autre : cris, gémissements, humeurs se mélangent et s’amplifient, outrepassant les arbres, saturant d’énergie la lumière blanche du ciel.

— Tu vois, personne n’est venu, dit Linda, avec un air complice, en relevant doucement la tête.

Davide émerge petit à petit de son orgasme tribal et la regarde, rêveur.

— Quand bien même, je ne me serais arrêté pour rien au monde.

Elle se met à rire, puis son regard s’attarde sur son mollet droit qui la picote depuis quelques instants.

— Oh, merde !

— Qu’est-ce qu’il y a ? demande-t-il.

— Ça doit être une petite araignée dit Linda, en soulevant la jambe.

Elle n’a pas l’air très inquiète. Davide jette un œil à la rougeur légère.

— Allons-y, dit-il, tu dois mettre quelque chose là-dessus.

Il veut se relever, mais Linda l’interrompt de sa main.

— C’est bon. Je suis habituée aux insectes.

Puis, elle l’embrasse et saisit son sexe encore dur.

Elle est prête à recommencer, et lui avec elle. Aucun d’eux n’a d’attentes : ils savent très bien qu’il n’y aura pas d’autres fois, qu’ils n’iront pas au-delà de cette prairie, que tout prendra fin entre ces arbres. Personne ne tombera amoureux, et personne ne se fera mal.

 

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