"Præterita": souvenirs de jeunesse
Préface
On ne crie plus: «Des chevaux! des chevaux!» en arrivant aux auberges. On réclame d'autres «moteurs» du marchand d'essence, debout sur le pas de sa porte, entre ses bicyclettes et ses bidons. Le pittoresque a perdu, sans doute, dans l'intérieur de la ville. Mais, en pleine campagne, pourvu qu'on ne soit pas affolé de vitesse, on peut retrouver beaucoup des impressions du voyage en chaise de poste qui étaient perdues depuis les chemins de fer. On y sera aidé en lisant ce livre. Des ombres voyageuses se lèveront pour flotter avec nous sur la route solitaire, lorsque l'âcre parfum des herbes de la vallée semble l'âme errante de la nuit claire. Aventures de coches, carrosses rencontrés, chaises versées sous les balustres de la vieille terrasse, torches sortant du château inconnu, destinées frôlées pendant une heure, silhouettes entrevues et disparues à jamais: tout ce qu'évoquait à nos imaginations le voyage de nos pères vient repasser devant nos yeux, aux lueurs rapides des fanaux de l'automobile. Les pages qu'on va lire étaient oubliées, hier encore, comme nos grandes vieilles routes de France, depuis soixante ans abandonnées pour la voie ferrée. Aujourd'hui, les routes se remplissent à nouveau et revivent. Ces pages aussi. Multa renascentur...
ROBERT DE LA SIZERANNE.
PRÉFACE