Procès-verbaux de l'Assemblée générale de la section des Postes 4 Décembre 1790 - 5 Septembre 1792
L'importante question sur la publicité des séances du Corps
L'importante question sur la publicité des séances du Corps
municipal a attiré, avant-hier soir, 10 du courant, une foule
considérable à l'Hôtel de Ville de Paris. La séance s'est ouverte
par la lecture d'une adresse signée d'un grand nombre de citoyens,
dont l'objet est de demander que les bustes des hommes vivants
(de _Necker_, _Bailly_, _La Fayette_) soient retirés de la salle
du Conseil. Les pétitionnaires ont rappelé, à l'appui de cette
demande, ce principe, depuis longtemps consacré, mais depuis
longtemps aussi méconnu par l'adulation, que ce n'est qu'après
leur mort qu'il est juste d'élever des statues aux grands hommes.
Après quelques débats, on parvient à arrêter qu'il serait fait
mention honorable de cette adresse, ainsi que d'une autre, moins
importante.
On passe à l'ordre du jour, et des orateurs, pour et contre
la publicité des séances du Corps municipal, se succèdent. La
discussion s'engage avec chaleur, et les tribunes, remplies de
citoyens, en partagent tout l'intérêt.
Le Conseil général n'avait rien décidé ce jour-là. Mais le 24
mars, d'après un texte que je donnerai plus loin (voyez la fin de
l'article du Thermomètre du jour du 22 avril, cité à la fin de la
note 359 de la page 98, p. 102), le Conseil général arrêta qu'il
n'y avait pas lieu à délibérer sur l'enlèvement des bustes. C'est
sur ces entrefaites que fut pris l'arrêté de la section de la
Fontaine-de-Grenelle, du 27 mars, dont je ne connais l'existence
que par le texte même du présent procès-verbal de la section
des Postes. Alors le Conseil général, revenant sur sa décision,
décida de discuter la question des bustes le mercredi 18 avril.
Mais la fête des soldats de Châteauvieux, célébrée le dimanche
15 avril (voyez ci-dessus, p. 88, n. 336), parut à beaucoup
de personnes, grâce au cérémonial adopté sur l'initiative de
Collot-d'Herbois (cf. ci-dessus; p. 86, n. 331) une manifestation
révolutionnaire. La glorification de l'indiscipline dans cette
solennité donna lieu à plusieurs protestations de sections.
Ainsi, le 15 avril même, les citoyens de la section de
l'Ile-Saint-Louis signèrent individuellement une _Adresse aux
Français_ contre la fête qui venait d'avoir lieu (TOURNEUX,
nº 8289) et, le 17 avril, la section des Thermes-de-Julien,
avant de s'occuper de la question des bustes de Bailly et de La
Fayette, tint à blâmer la conduite de deux des membres de son
Comité, les sieurs Dufourny et Canon qui n'avaient pas paru au
Comité le dimanche précédent (15 avril) sous prétexte qu'ils
faisaient partie du jury de jugement, mais très probablement
parce qu'ils avaient tenu à se mêler à «l'escorte fraternelle
des soldats de Châteauvieux».—Les sections que la manifestation
du 15 avril indignait protestèrent aussitôt contre le projet
du Conseil général de discuter, dans sa séance du 18 avril,
le déplacement des bustes de Bailly et de La Fayette. Dès le
15 avril, en même temps qu'elle rédigeait son _Adresse aux
Français_ contre la fête des soldats de Châteauvieux, la section
de l'Isle (Ile-St-Louis) protestait contre ce projet (voyez p.
95 et n. 349). Le 17 avril, la section des Thermes-de-Julien,
après avoir infligé, ainsi qu'on vient de le voir, un blâme à
deux des membres de son Comité, Dufourny et Canon, déclarait
improuver «la conduite de la Municipalité qui se permet de
délibérer sur le déplacement de deux bustes placés dans la Maison
Commune, quoiqu'ils ne soient pas la propriété des officiers
municipaux»; en même temps la section manifestait «son vœu
pour que désormais cette scandaleuse discussion ne [fût] pas
reproduite, promettant même de poursuivre par les voies légales
les provocateurs qu'elle pourrait avoir». (Feuille du jour, du
19 avril, pp. 872-873.) On trouvera le texte même de l'arrêté de
la section des Thermes-de-Julien dans l'_Assemblée nationale,
Corps administratifs et nouvelles politiques et littéraires de
l'Europe_, nº 200, du 22 avril 1792.—Le même jour, 17 avril,
comme on le voit par le présent registre, la section des Postes
discutait également l'arrêté pris, le 15 avril, par la section
de l'Isle contre le projet de la Municipalité au sujet des
bustes de Bailly et de La Fayette. Enfin, d'après un texte qui
est cité plus loin (article du Courrier des 83 départements
du 21 avril reproduit à la n. 359 de la p. 98), les sections
du Théâtre-Français et de la Grange-Batelière se prononcèrent
également contre le projet d'enlever les bustes.—Les bustes
restèrent en place jusqu'au 10 août (sur leur renversement par
le peuple à cette date, voyez F. BRAESCH, _La Commune du 10 août
1792_, p. 341 et n. 2 et 3).
[347] Voici tout ce qu'on trouve relativement à ce sujet,
dans les _Procès-verbaux du Comité d'Instruction Publique
de l'Assemblée Législative, publiés et annotés par M. J.
Guillaume_.—Paris, Imprimerie nationale, 1889.
Page 57: Dix-neuvième séance, du 19 décembre 1791:
Sur la motion de M. Vaublanc, faite à l'Assemblée nationale, de
décréter la manière d'accorder des honneurs et des récompenses
nationales aux militaires et aux citoyens qui se sont distingués
par des actions de courage, le renvoi de cet objet au Comité
ayant été décrété, on a nommé des commissaires au scrutin. Ces
commissaires sont MM. VAUBLANC, CONDORCET, DE BRY.
Page 59 (aux pièces annexes):
Dans la séance de l'Assemblée Législative du 15 décembre 1791,
au matin, les officiers de la garde nationale parisienne avaient
été admis à défiler devant l'Assemblée. Ce fut à cette occasion
que Vaublanc fit une motion relative aux récompenses militaires.
On lit ce qui suit au procès-verbal de la séance du 15 décembre:
«Dès que M. le Président peut se faire entendre, il offre
les honneurs de la séance à l'état-major de la garde nationale
parisienne. Un membre profite de la circonstance pour demander que
l'Assemblée nationale s'occupe incessamment d'une loi qui règle
les récompenses aux guerriers qui ont bien mérité de la patrie.
C'est ainsi, ajoute-t-il, que vous achèverez de faire oublier
la distinction de la naissance pour en créer de nouvelles qui
ne seront pas ridiculement dévolues au fils, souvent inutile et
méprisable, d'un grand homme. Il demande lui-même le renvoi de sa
motion au Comité d'Instruction publique, et l'Assemblée nationale
le décrète». (Procès-verbal de l'Assemblée, t. III, p. 16.)
Dans les séances du 13 janvier 1792 (p. 84), du 16 Janvier (p.
86), du 20 Janvier (p. 91), du 23 Janvier (p. 94), on discute les
articles d'un projet de décret relatif aux pompes triomphales, aux
honneurs à rendre aux soldats qui auront triomphé.
En fin de ce projet de décret, on trouve ceci, à la séance du 23
janvier 1792, vingt-neuvième séance (p. 96):
«Art. 21. L'Assemblée nationale charge son Comité d'Instruction
publique de lui présenter le plan des récompenses à décerner aux
citoyens distingués par leurs vertus, leurs talents et leurs
services.»
M. Guillaume donne, pages 99 et 100, des extraits du
procès-verbal de l'Assemblée législative d'où il résulte que «le
rapport du Comité de l'Instruction publique sur les récompenses à
décerner aux guerriers qui auront bien mérité de la patrie» a été
lu dans la séance du samedi 28 janvier 1792, au matin.
Enfin, j'ai trouvé ceci:
P. 330, 89e séance du 8 juin 1792:
«Arrêté, touchant les récompenses à donner aux défenseurs de la
patrie, que M. Marolles se concertera avec le Comité militaire
pour faire ajourner cette affaire à l'époque où le travail
général, relatif aux récompenses nationales, aura lieu.»
Et en note (note 3):
La question des récompenses militaires avait été ajournée depuis
l'époque de la présentation à l'Assemblée, par Viénot-Vaublanc,
d'un projet de décret sur les pompes triomphales (voir la séance
du 25 janvier, p. 99, à laquelle est jointe l'annexe citée
plus haut). Il ne sera plus question de cet objet dans les
procès-verbaux du Comité.
[348] Je n'ai malheureusement pas retrouvé cette délibération.
[349] Voici le texte même de cet arrêté, d'après l'imprimé
à part: pièce imp. in-8º de 2 pages. Bib. nat, Lb{40} 1890
(TOURNEUX, nº 8288).
SECTION DE L'ISLE.—_Délibération du 15 avril 1792,
l'an 4 de la liberté._—Sur la connaissance qui a été donnée aux
citoyens de la section, de la proposition qui a été faite, et
même mise en discussion dans le Conseil général de la Commune,
d'enlever les bustes de MM. Bailly et La Fayette de la place
qu'ils occupent dans la salle de l'Hôtel commun, l'Assemblée,
considérant que les services rendus à la chose publique par MM.
Bailly et La Fayette doivent les rendre chers à tous les amis de
la patrie, et qu'il importe à la chose publique d'honorer les bons
et utiles citoyens; déclare qu'elle désapprouve formellement la
proposition dont il s'agit, et que son vœu est que les bustes
de MM. Bailly et La Fayette continuent d'occuper une place où ils
rappelleront un souvenir précieux et de grands exemples.
Sera l'arrêté de la section communiqué à la Municipalité et aux
autres sections, avec invitations de s'occuper de cet objet.
_Signé_: COROLLER, président; BIENAYMÉ, secrétaire.
On trouvera aussi le texte de cet arrêté à la suite de l'_Adresse
aux Français_ du même jour par les citoyens de la section de
l'Isle, dans l'imprimé signalé à la fin de la n. 336, p. 88.
[350] Le texte de la pièce imprimée de la Bibliothèque de la
Ville de Paris signalée à la n. 342 de la p. 91, porte: «... ces
lectures finies....».
[351] Ce mot ne figure pas dans le texte imprimé.
[352] Le texte imprimé porte: «... ces...».
[353] Par une erreur évidente, le texte imprimé porte: «... ainsi
que de la présente délibération...».
[354] Texte imprimé: «... seraient...».
[355] Mot supprimé dans le texte imprimé.
[356] Le texte porte Justinart. Mais c'est Justinard qu'il
faut lire, comme à la séance du 12 août 1792. JUSTINARD,
Charles-André, marchand bonnetier, rue Trainée, membre du Comité
de la section en 1791.
[357] Le texte porte Giraud. Mais c'est Girault qu'il faut
lire, comme le porte d'ailleurs le registre à la séance du
21 avril (p. 98): GIRAULT, Charles-Louis-Albert, 45 ans, rue
Jean-Jacques-Rousseau, électeur du département de Paris en
1791 pour la section des Postes après avoir été président de
l'Assemblée primaire du 16 juin 1791 qui choisit les électeurs
(CHARAVAY, Assemblée électorale de 1791-92, Avertissement p. VI
en note, et p. 16).
[358] Ici s'arrête le texte de la présente séance du 17 avril
dans la pièce imprimée signalée à la note 342 de la page
91.—A ce texte la pièce imprimée ajoute la mention suivante:
«Fait et arrêté en Assemblée générale de la section, les jour
et an susdits. Signé: BOUSSAROQUE, président, et MARESCHAL,
secrétaire-greffier.»—Pour extrait conforme à l'original:
MARESCHAL, secrétaire-greffier.» Ensuite vient l'adresse de la
section des Postes au Conseil général de la Commune, adresse
dont l'impression avait été décidée, le 17 avril, ainsi qu'on
vient de le voir. Cette adresse occupe les pages 3 à 6 de la
pièce imprimée. Le Journal de Paris du 20 avril, p. 449, en
cite plusieurs passages en en faisant un grand éloge; en voici le
texte in extenso d'après la pièce imprimée.
SECTION DES POSTES
_AU CONSEIL GÉNÉRAL DE LA COMMUNE_
MESSIEURS,
Les Citoyens de la Section des Postes viennent parler en hommes
libres devant les Magistrats qu'ils se sont choisis. Le caractère
de franchise avec lequel ils s'expliqueront, sans doute n'étonnera
point les véritables amis de la liberté.
Vous devez agiter, Messieurs, une question qui a jeté quelques
alarmes dans les esprits. Peut-on élever des monuments à des
hommes vivants?
Tous les citoyens qui connaissent les partis qui divisent la
capitale, et par suite le royaume, craignent de retrouver dans
cette question un nouvel aliment à nos discordes. En effet, quel
temps choisit-on pour traiter un objet qui, dans un moment, ne
serait qu'oisif, s'il était isolé des circonstances funestes dont
nous sommes environnés!
Ces circonstances ont frappé la section des Postes; elle croit,
Messieurs, devoir vous les rappeler; elles ont partagé le public;
elles méritent toute votre attention.
La France est menacée d'une guerre prochaine. C'est la cause de
la liberté, c'est la crise des peuples et des despotes. Pour les
peuples, il s'agit de recouvrer leurs droits; pour les despotes,
il s'agit d'être tout ou rien, rien que des rois soumis, comme
nous, à des lois dont le règne s'étende sur tous. Les puissances
marchent réunies contre les droits que nous avons ressuscités;
marcherons-nous divisés d'intérêts, quand le plus grand des
intérêts les réunit contre nous? Non, Messieurs, vous le savez,
le succès le plus brillant nous attend au bout de la carrière;
mais vous devez savoir aussi que nous ne pouvons nous y présenter
qu'en nous serrant sous le bouclier de la patrie, égide immortelle
que des légions d'ennemis ne pourront briser. Et la question que
le Conseil général se propose de traiter ne serait-elle pas un
puissant obstacle à cette réunion si désirable?
Ne le dissimulons pas; un parti nombreux, renaissant, comme
l'hydre de l'Erne (_sic_), des blessures qu'il éprouve, déjà
frappé par vous, Messieurs, quand il s'est agi d'ôter de cette
enceinte les bustes de la Fayette et Bailly; ce parti veut se
relever de sa chute, en changeant la question primitive en cette
autre générale: Peut-on élever des monumens à des hommes vivans?
Car il s'agit de la Fayette et de Bailly, sous un sens détourné,
ou il ne s'agit que de la question elle-même; et sous ces deux
rapports, la section des Postes vous prie, Messieurs, de vouloir
bien l'entendre.
S'il ne s'agit que de la question elle-même, vous ne devez,
vous ne pouvez point la traiter. Vous ne le devez point; d'autres
affaires plus urgentes appellent votre attention; la section des
Postes se gardera bien de vous les indiquer; elle veut croire, et
croit avec complaisance, que vous avez présents à votre esprit
tous les objets d'une utilité majeure qui pressent tous vos
soins. Mais elle doit vous dire que vous ne pouvez point traiter
une question qui appartient toute entière au Corps législatif,
qui seul doit s'occuper des honneurs dont il faut encourager et
récompenser les services publics.
La section des Postes, Messieurs, croit que c'est vous en dire
assez que de vous rappeler aux décrets, qu'elle ne vous cite point
textuellement parce qu'elle doit être persuadée que vous ne les
perdez jamais de vue.
Vous ne devez donc point, et vous ne pouvez point traiter cette
question en elle-même; mais vous le devez bien moins s'il s'agit
en la traitant, d'attaquer dans un sens détourné, les honneurs
décernés à deux hommes qui se sont sacrifiés pour la cause de la
liberté: car ce seroit augmenter les germes, déjà trop multipliés,
des divisions qui séparent les citoyens, quand il s'agit de les
rapprocher, dans un moment où il y va de l'intérêt, ou plutôt du
salut de la patrie. Et vous le sentirez bientôt comme nous, si
vous voulez vous rappeller que la nature de ces honneurs tient
à la Révolution, et à des circonstances auxquelles il serait
imprudent de toucher.
Ce sont les Électeurs de 1789 qui ont placé le buste de M.
Bailly dans cette enceinte.
C'est le Congrès des États-Unis, qui a fait présent de celui
de M. de la Fayette, pour être tout à la fois une récompense
des services rendus à la liberté, et un gage d'union entre deux
peuples libres. Les États-Unis avaient cru n'avoir rien de plus
précieux à offrir à l'amitié des Français, que l'image d'un
Français qui avoit si généreusement combattu pour la liberté du
nouveau monde.
Souffririez-vous, Messieurs, que par une question indiscrète
quelques esprits jaloux de toute espèce de gloire, parce que toute
espèce de gloire leur est étrangère, voulussent, en touchant aux
honneurs de ces deux citoyens, flétrir de leur improbation et
de leur ingratitude ces Électeurs de 1789, qui se sont montrés
si dignes de la liberté naissante? et ce congrès, qui, dans un
nouveau monde, s'étonnait des prodiges de la liberté en France,
dont l'honneur le plus grand fut celui de l'imiter.
Non, Messieurs, vous ne le souffrirez point. La section des
Postes vous conjure de vous opposer à cette instabilité de
principes, à cette mobilité de caractère, qui flétrit aujourd'hui
ce qui était l'idole de la veille. La liberté ne veut point
d'idolâtrie, nous le savons; mais la liberté ne commande point
l'ingratitude; elle respecte les honneurs qu'elle a librement
décernés. Ces honneurs sont le germe qui féconde les grandes
actions; ils sont l'espérance et la sauve-garde de la Patrie dans
les hommes illustres qu'ils lui préparent. Mais ces honneurs,
s'ils étaient supprimés; si des mains ennemies venaient les
profaner, songez, Messieurs, qu'outre l'affront fait au Congrès et
à nos premiers Électeurs, ce serait navrer le cœur de tous ces
Français, qui, d'une voix unanime, ont proclamé ces deux citoyens
dignes des honneurs qui leur furent décernés.
Eh! que diraient les frères d'armes de la Fayette, cette brave
Garde-Nationale, qui regarde comme la plus belle récompense,
l'honneur d'avoir pendant tout le cours de la révolution, conservé
la sûreté et la propriété des citoyens, sous les ordres d'un
général que son estime a suivi jusqu'à Metz où il se prépare
à combattre d'autres ennemis! N'aurait-elle pas lieu de se
plaindre, que c'est l'outrager dans ce qu'elle a de plus cher? Ne
pourrait-il pas en résulter des divisions funestes quand jamais
il ne fut plus instant d'être réunis? Eh! voyez, Messieurs,
quelle issue pourrait avoir le succès de cette entreprise, aussi
injuste qu'impolitique! enlever à M. la Fayette ce témoignage
de reconnaissance publique, n'est-ce pas dire à l'armée qu'il
conduit: «Votre général est au-dessous de l'opinion que vous en
avez conçue, son génie ne vous ramènera point triomphants de vos
ennemis.» Que pourraient faire [de] plus les traîtres qui sont à
Coblentz.
Jugez maintenant, Messieurs, s'il serait prudent que la
Municipalité de Paris environnât la chose publique de ces dangers,
en traitant une question qui appartient au Corps législatif, et
qui ne peut avoir aucune utilité réelle pour le moment.
La section des Postes, pénétrée de votre zèle pour le bien
public, a cru qu'il était en son devoir de vous faire ces
observations, et qu'elle ne pouvait être plus agréable qu'en vous
parlant le langage de la vérité. Elle vous la doit, parce qu'elle
est digne de vous, parce qu'elle est utile à la Constitution, qui
vous est chère, et qui est devenue le premier besoin des Français.
Pour extrait conforme à l'original déposé au Comité de la
section des Postes.
MARESCHAL, _secrétaire-greffier_.
A Paris, de l'imprimerie de Pellier, Impr. de la section des
Postes et du bataillon de Saint-Eustache, rue des Prouvaires,
nº 61.
TRENTE-SIXIÈME ASSEMBLÉE.—DU SAMEDI 21 AVRIL 1792
Assemblée générale de la section des Postes du samedi vingt-un (sic) avril mil sept cent quatre-vingt-douze, l'an quatre de la liberté.
Les citoyens actifs de la section des Postes convoqués en la manière accoutumée et assemblés sur une pétition signée de cinquante-deux citoyens actifs,
M. Boussaroque, président du Comité a été nommé président et M. Légier a été nommé secrétaire.
M. le Président s'étant assuré par la liste d'enregistrement que le nombre des citoyens présents était de cent deux, et que par conséquent, conformément à la loi, l'Assemblée était en état de délibérer;
Il a été fait lecture du procès-verbal de la dernière séance du 17 de ce mois, lequel a été adopté.
M. Girault, l'un des commissaires nommés pour porter à la première Assemblée du Conseil général de la Commune, la délibération de la section du dit jour dix-sept, a fait rapport que, conformément au vœu de la section, il a fait lecture de cette délibération et des observations, au Conseil général de la Commune, en sa séance du jeudi dix-neuf de ce mois; l'Assemblée a applaudi au rapport de M. Girault[359].
Il a été ensuite fait lecture: 1º de la pétition relative à l'Assemblée, laquelle a pour sujet une prompte délibération, sur la question de savoir si la Commune sera convoquée pour s'occuper de l'état actuel de la police générale de la ville de Paris et aviser aux moyens de remédier aux inconvénients que présentent les nouvelles fonctions attribuées au juge de paix par le décret du 22 juillet dernier[360]; 2º d'un imprimé ayant pour titre Observations subsidiaires des commissaires de police sur l'état actuel de la police de la ville de Paris[361]; 3º d'un imprimé ayant pour titre, Rapport[362] des commissaires nommés par le Comité de la section des Postes par délibération du 9 mars 1792 sur l'état actuel de la police de la ville de Paris, ensuite duquel est l'arrêté du Comité du 29 du même mois[363]. 4º D'une délibération de la section de la place de Louis-XIV du trois de ce mois, relative au même sujet[364].
Après ces lectures, la question a été livrée à la discussion, et, après que plusieurs citoyens ont eu demandé et obtenu la parole, il a été unanimement arrêté que la section adhère à la délibération de la section du Ponceau du 26 mars dernier[365] dans tout son contenu, et la section émet formellement son vœu pour que la Commune soit convoquée dans le plus bref délai en ses quarante-huit sections pour avoir un vœu général sur cette question si importante[366].
La séance a été levée à neuf heures du soir.
Fait et arrêté en l'Assemblée générale de la section des Postes les jour et an susdits.
NOTES:
[359] On se rappelle (voyez ci-dessus, p. 92, n. 346) que le
Conseil général avait fixé au mercredi 18 avril la discussion
de l'affaire des bustes de Bailly et de La Fayette. En voyant
l'opposition soulevée par son projet dans un certain nombre de
sections [arrêtés de la section de l'Isle, du 15 avril; des
sections des Thermes-de-Julien et des Postes, du 17 avril; du
Théâtre-Français et de la Grange-Batelière (date inconnue)] et en
apprenant l'émotion suscitée dans ces sections par la fête du 15
avril en l'honneur des Suisses de Châteauvieux, le maire Pétion
jugea préférable d'attendre à plus tard _et le Conseil général
ne fut pas convoqué_ pour discuter cette question le 18 avril,
ainsi que cela avait été décidé (Feuille du jour, du 21 avril,
p. 888). Mais, comme la séance du 18 avril avait été annoncée
publiquement en même temps que l'objet qu'on devait y discuter,
certains membres du Conseil ne s'en présentèrent pas moins,
ainsi que les habitués des tribunes et les gardes nationaux en
armes: les premiers pour soutenir la proposition d'enlèvement des
bustes, les seconds, pour la combattre. De là les incidents très
violents qui marquèrent cette séance et qui se reproduisirent
à celle du lendemain jeudi 19 avril. J'ai trouvé de ces deux
séances particulièrement mouvementées, plusieurs récits détaillés
dans des journaux d'opinions diverses; je les reproduis ici à la
suite les uns des autres, sans commentaire.
Voici d'abord les récits, hostiles aux Jacobins partisans de
l'enlèvement des bustes, du journal La Feuille du Jour, des 21
et 22 avril.
_Feuille du jour_, 21 avril, pp. 888-889.—La question des
bustes était remise à mercredi dernier, 18 de ce mois.
M. Pétion, qui, quoi qu'on en dise, a sa tactique, ne jugea
pas le moment favorable. Quelques coups d'essais maladroits, le
factieux triomphe du dimanche, avaient ébranlé les bases du crédit
de la secte, même parmi ses zélateurs. Enfin, ce n'était pas le
moment d'entrer en lice avec MM. Lafayette et Bailly. Le Conseil
général ne fut pas convoqué.
Cependant l'ajournement était public, il avait été provoqué
par ceux-là même qui le rendaient illusoire. Au jour indiqué,
les habitués des tribunes étaient en place; et quelques gardes
nationales, chez qui la mémoire de leur ancien chef n'est pas
encore ternie parce que, lorsque les jacobins fuyaient le danger,
elles le partageaient avec lui, s'étaient rendues pour assister à
la discussion.
Quelques membres du Conseil général qui ne pensaient pas
non plus que la volonté du maire dût l'emporter sur celle de
l'Assemblée, ni qu'il eût le droit de révoquer l'ajournement fixé
par elle, étaient à leur poste.
La discussion s'engage; le doyen d'âge préside l'Assemblée. Il
est prouvé que tous les membres du Conseil général ne sont ni fous
ni jacobins; et que conséquemment tous n'admirent pas la conduite
de M. Pétion.
Les tribunes prennent parti dans les débats; Pétion est leur
dieu, on a tort de délibérer, de s'assembler sans lui; les
tribunes menacent de lever la séance, et d'emporter les bustes.
La garde nationale résiste, invite les tribunes à la paix; mais
bientôt leur obstination lasse sa patience, et l'un des mutins est
enlevé du milieu des siens, et conduit en sequestre.
Le courage, l'énergie de M. Manuel font place au sentiment de sa
conservation. Il quitte son siège, disparaît dans la foule, sans
même avoir requis..... Il est brave, M. Manuel.
Le tumulte s'accroît, l'indignation de la garde nationale se
manifeste; mais elle cède, et la paix se rétablit à la voix du
magistrat, qui réclame le respect dû à la loi.
La séance est levée.
Enfin, M. Pétion arrive; les débris du Conseil général se
réunissent en Comité secret, et là, chacun se dit ses vérités.
M. PÉTION. «C'est un oubli. J'en conviens».
M. DÉMOUSSEAUX. «Non, mais vous avez cru convenable de
différer; au moins fallait-il nous prévenir.»
M. MANUEL. «Je requiers que la place destinée dans
l'enceinte de la salle à la garde nationale soit supprimée, qu'il
ne lui soit plus permis de s'y présenter en armes; mais, comme il
serait peut-être périlleux de réitérer mon réquisitoire au Conseil
général, je lègue l'honneur de la découverte à quelqu'un de mes
courageux collègues.»
UN MEMBRE. «Volontiers, je m'en charge; mais à
condition que, de votre côté, vous supprimerez les convocations
des sociétés fraternelles, jacobins, cordeliers, etc... Qu'ainsi
vous vous mettrez à la diète des applaudissements, et que vous
aurez le courage de voir triompher la raison et les principes.»
On s'attendait que la séance du lendemain serait orageuse, et
qu'il faudrait lutter, avec quelques gestes imposants, contre la
puissance tribunitienne; mais tout s'est passé tranquillement.
Nous rendrons compte de cette séance.
_Feuille du Jour_, 22 avril, p. 896—La séance du 19 n'a pas
relevé les municipaux jacobins dans l'opinion publique; elle a
duré jusqu'à minuit. Il en est résulté que les bustes de _MM.
Lafayette_ et _Bailly_ resteraient en place.
Malgré les protestations de _MM. Raffron_ et _Boucher_, les
fureurs du jeune et petit _Baudouin_, les clameurs d'un _M.
Hu_, l'indécente réquisition de M. Danton, qui s'est échappé
de l'Assemblée seul et conspué; malgré deux ou trois fausses
dénonciations et plusieurs tracasseries imaginées pour désordonner
le Conseil, la lecture des différentes pétitions adressées par
les sections, et les discours vigoureux et pleins de sens de
_MM. Borie_, _Leroux_, _Levacher_, _Duplessis_, et surtout de M.
Lefèvre, ont déterminé le Conseil à se déclarer incompétent sur
la question générale de savoir si dorénavant on décernerait des
bustes; observant que, par son arrêté du 24, il avait prétendu
juger et jugeait définitivement la question particulière des
bustes de l'ancien maire et de l'ancien commandant général.
Le maire actuel (le grand Pétion) a souri, quand il a su que
le Conseil n'avait pas le droit d'empêcher les sections de lui
rendre les honneurs du buste par la suite, et cette chatouilleuse
considération peut l'avoir emporté, dans son esprit, sur toute
autre; car, à peine a-t-elle été présentée, qu'il est devenu sourd
aux menaces de ses amis, les Jacobins, qui sont, en ce moment,
très mécontents de lui. Quand il réussirait à s'en faire mépriser,
nous aurions bien de la peine à l'en estimer davantage.
Voici maintenant le récit, favorable à l'enlèvement des bustes,
du Courrier des 83 départements, des 21 et 22 avril 1792:
_Le Courrier des 83 départements_, du 21 avril 1792, pp. 305 à
308. (_Paris. Assemblée générale de la Commune._)—Les 2 dernières
séances ont été très orageuses. Une question juste au fond, mais
dont la malveillance se sert pour aigrir les esprits et diviser
la garde nationale des citoyens, c'est-à-dire, la garde nationale
d'elle-même, est la cause de cette tempête qui serait alarmante si
le génie de la liberté ne veillait pas sur nous. Cette question
est de savoir si l'on conservera on non les bustes de MM. Bailly
et la Fayette, que _l'idolâtrie_, ou si l'on veut, le _délire_
a consacrés dans le sanctuaire des magistrats du peuple. Nous
ne croyons pas que le moment soit bien choisi pour agiter cette
question qui en présente une infiniment plus grande. _Doit-on
faire l'apothéose des hommes vivants?_ mais enfin cette question
est à l'ordre du jour, et en attendant que la prudence ait
prononcé, nous en allons dire un mot.
Nous n'avons point assisté à l'avant-dernière séance; nous
savons seulement par le cri public qu'un homme revêtu des
couleurs de la liberté, s'est permis de tirer son sabre, qu'il a
été applaudi par d'autres hommes parés des mêmes couleurs. Nous
savons encore que le résultat de cette scène a été défiguré de la
manière la plus odieuse par les _universels calomniateurs_. La
séance d'avant-hier annonçait de nouveaux orages, et nous, ainsi
que plusieurs citoyens, avons entendu ces propres expressions
sortir de la bouche d'un de ces hommes sur les épaules desquels
l'intrigue a cousu un double galon: qu'on se disposait à sabrer,
si ce coquin de maire n'allait pas au pas, et que, l'expédition
faite, on se porterait au théâtre Molière, où dînaient les soldats
de Château-Vieux....; ce sont ses propres expressions[A].
[A] On feignait d'être de son parti pour en savoir davantage.
En conséquence, plusieurs bons citoyens, amis de l'ordre, se
sont rendus à l'Hôtel-de-Ville où la prudence et la fermeté
de M. Pétion ont triomphé dans la longue lutte qu'une cabale
criminelle avait préparée. Des pétitions, pour et contre le projet
d'enlever les bustes, ont été lues tour à tour. Les injures,
dont quelques-unes étaient parsemées, indignaient les tribunes
et étaient applaudies par une cohorte dont les gestes furieux
annonçaient les intentions. Les esprits s'aigrissaient, et le
sanctuaire de la magistrature populaire aurait pu être transformé
en une arène de gladiateurs, si M. le Maire, conservant au
milieu de cette agitation universelle le calme qui convenait au
premier magistrat d'un peuple libre, n'eût fait taire toutes les
passions par la loi sévère qu'il imposa de ne donner aucun signe
d'approbation ni d'improbation.
Les députations des sections de l'Ile, du Théâtre-Français,
de la Grange-Batelière, et des Postes[B], filèrent (_sic_)
successivement et présentèrent leur pétition contre le projet
d'enlever les bustes.
[B] La pétition de celle-ci était la seule qui méritât
d'être distinguée et qui fût écrite avec un peu de logique.
Sans doute il leur était libre d'exprimer leur vœu; mais
devait-on s'attendre à voir les individus qui les composaient se
prosterner devant les idoles qu'ils venaient encenser, et, après
avoir épuisé l'arsenal de la flatterie, sur L'IMMORTEL
Bailly et le GRAND Lafayette, apostropher, par des
sorties indécentes, des hommes sur lesquels la loi du devoir leur
imposait d'appeler le respect et la confiance?
De toutes ces pétitions, aucune n'était plus inepte et plus
insolente que celle de quelques individus qui affectèrent de se
présenter en uniforme et avec leurs épaulettes. Si l'on n'avait
pas été révolté du fonds de cette diatribe, on aurait pu rire du
ton grotesque de celui qui la lisait. Les chutes des périodes de
l'épauletier rappelaient, malgré qu'on en eût, le _Petit Jean_
qu'on avait fait venir d'Amiens exprès pour être suisse..... M.
Pétion, qui s'était borné, pour tous les autres pétitionnaires, à
deux mots de réponse, gourmanda vertement ceux-ci, et les rappela,
non pas à des procédés plus honnêtes (il est des êtres pour
lesquels l'honnêteté n'est pas de ce monde), mais au respect de la
Constitution et à la lettre de ses décrets.
Plusieurs autres pétitionnaires, notamment une députation de
Saint-Roch, plaidèrent la cause de la liberté contre l'idolâtrie.
Il fut arrêté, sur le fond, que les quarante-huit sections
émettraient leur vœu. Nous ne devons pas oublier qu'au milieu
de cet ouragan, quelques citoyens, parmi lesquels était un
grenadier de la garde nationale, sont venus réclamer contre les
places exclusives qu'occupait l'ancienne garde. _Les décrets_,
disent-ils, _ont déclaré que tous les citoyens étaient tous
gardes nationaux; nous concluons donc que tous les citoyens
doivent partager également l'avantage précieux d'environner
leurs magistrats_.—Dans le cours de sa harangue, l'orateur
avait parlé des sabres dont étaient armés, dans le séjour de la
paix, les citoyens qui étaient à sa gauche..... Un membre de la
Commission observe que le grenadier qui était à côté de l'orateur
était lui-même armé. A l'instant ce grenadier dépose son sabre
et son collègue s'écria: _Oui, Messieurs, il est armé, parce
que, voulant entrer dans cette enceinte, il n'a pu d'abord y
pénétrer sans avoir son sabre, et on lui a observé que c'était la
consigne. Je le dis hautement, et j'atteste cette vérité de ma
signature[C]._—(Cette pétition a été convertie en motion, sur
l'avis de M. Polverel.)
[C] On le demande: dans quelle intention cette consigne
a-t-elle pu être donnée?
Cette séance s'est trop prolongée pour que nous en pussions
attendre la fin; mais il paraît qu'elle n'a pas cessé
d'être tumultueuse[D]. Le peuple s'était porté en force à
l'Hôtel-de-Ville, et il paraît qu'il a exercé une utile
surveillance sur ses magistrats. L'un d'eux nous en donne une
preuve bien touchante. Dans une lettre qu'il nous adresse, nous
trouvons ces propres expressions: «_Comme ce peuple est bon! Je
m'en allais seul, à minuit et demi, sans voiture; les fiacres
même étaient couchés, et il pleuvait à verse. On me conduisait de
l'œil: et je ne m'en aperçus qu'en rentrant chez moi._»
[D] Nous recevons à l'instant la suite des détails de cette
séance; ils nous arrivent trop tard pour en faire usage; nous
les donnerons demain.
_Le Courrier des 83 départements_, du 22 avril 1792, pp.
329-331.—_Assemblée générale de la Commune._ (_Suite de la séance
de jeudi dernier._)—Voici les détails qui nous sont adressés et
qui terminent le récit de la séance orageuse dont nous avons rendu
compte en partie.
Il était près de 10 heures, lorsque tous les pétitionnaires
_pour et contre les images_, eurent été entendus. L'agitation
qui régnait dans l'Assemblée, l'impossibilité où l'on était de
délibérer librement au milieu de 300 hommes à sabres, semblaient
imposer la loi, ou de lever la séance, ou de s'occuper d'objets
moins capables d'échauffer les diverses passions. C'était le
vœu des véritables patriotes, mais les membres du _côté
gauche_, qui se voyait soutenu par des sabreurs, signifièrent
qu'ils passeraient la nuit plutôt que de désemparer avant que la
question fût décidée. Beaucoup de temps se perd avant de savoir si
l'on entamerait la question. Enfin M. Osselin propose d'attendre
que tous les faiseurs de questions aient émis leur vœu.
Opposition du côté gauche, qui ne voulait pas risquer une victoire
qu'il voulait emporter à _main armée_. Le musicien Lefevre
fredonna longuement sur les honneurs dûs aux grands hommes,
notamment au grand la Fayette. On objectait contre la motion de M.
Osselin que les Assemblées de la Commune ne pouvaient délibérer
que sur les objets _d'intérêt communal_. Les motifs que firent
valoir les opposants ne furent point écoutés et ne prévalurent
pas; en vain demandèrent-ils la parole pour combattre la question
préalable réclamée sur la motion de M. Osselin. Efforts inutiles!
le côté gauche, fort de ses spadassins, commanda, bien plus qu'il
ne requit, que la discussion fût fermée. Inutilement M. Pétion
et plusieurs membres du Conseil, objectèrent qu'il n'était pas
possible de fermer une discussion avant qu'elle ne fût ouverte.
Leurs voix furent étouffées par les clameurs de la gauche, bien
plus que par les contorsions ridicules et menaçantes des gens _à
sabres_; enfin, après cinq heures des plus tumultueux débats et
des scènes les plus révoltantes, il fut décidé _qu'il n'y avait
pas lieu à délibérer_.
Nous ajouterons un mot à ce court extrait: nous n'examinerons
pas si c'est à tort ou à raison que la question des bustes s'est
élevée dans l'Assemblée générale de la Commune, nous croyons même
(tout en consacrant le principe _qu'il n'y a que des esclaves qui
puissent consacrer de pareils honneurs à des hommes vivants_),
nous croyons, dis-je, qu'il est urgent de prendre un parti,
afin d'éviter que les délibérations des magistrats ne soient
pas à l'avenir gênées par des hommes armés, _se disant_ gardes
nationaux, et qui ne sont sans doute que des émissaires _à tant_
le geste, _à tant_ la clameur, _à tant_ la menace, qui viennent
faire le métier de _bravaches_ pour insulter les véritables
citoyens qui se rendent aux Assemblées pour y voir discuter leurs
intérêts[E].
[E] Il est bon d'observer que certain d'Hermigny qui, dans les
premiers jours de l'Assemblée législative, insulta un patriote
député, fut accusé par un membre du Conseil d'avoir menacé du
geste et de la voix le substitut du procureur de la Commune et
plusieurs autres magistrats du peuple.
NOTA.—Nous trouvons dans la _Gazette Universelle_ des
injures anonymes qui nous honorent trop pour ne pas les rapporter.
Il y est dit: _que nous étions présents à cette séance et que
nous y avons vomi mille imprécations, ainsi que beaucoup d'autres
scélérats qui faisaient chorus avec les émissaires de Coblentz_.
(Nous offrons à l'auteur de ce paragraphe la récompense que
mérite sa charmante calomnie, et un écu pour l'épithète de
scélérat dont il nous gratifie.)
Voici enfin, franchement hostile à Bailly et à La Fayette, la
narration du Thermomètre du jour, des 21 et 22 avril.
_Thermomètre du jour_, du 21 avril 1792. (Variétés, p. 163.)—La
question de l'enlèvement des bustes de MM. Bailly et la Fayette
a été agitée à la séance du Conseil général de la Commune de
Paris, du jeudi 19 avril, au milieu des plus violents orages. Qui
aurait cru que, dans un état libre, dans un état régénéré, il
serait mis en doute, si des hommages rendus à des hommes, sur le
patriotisme desquels l'opinion est divisée, doivent être suspendus
au moins jusqu'à la fin de leur carrière? Mais que la philosophie
est faible contre l'esprit de parti et contre le penchant à la
servitude, dont une longue habitude de la corruption a imprégné
certaines âmes!
A l'ouverture de la séance, des gardes nationales armées, ayant
à leur tête des commandants de bataillons, des épauletiers de
tout grade, se sont emparés d'une partie de la salle, moyen très
efficace pour _assurer la liberté_ des délibérations. M. le Maire
a ouvert la séance en annonçant qu'il espérait que le désordre
dont on paraissait menacé n'aurait pas lieu, et que de part et
d'autre on saurait contenir toutes marques d'approbation et
d'improbation.
On a lu diverses pétitions relatives à l'objet de la discussion.
Des gardes nationales, présidés par leurs officiers, ont fait
l'éloge pompeux du héros des deux mondes, et ils ont osé dire que
si la Municipalité faisait ôter les bustes de MM. la Fayette et
Bailly elle déshonorerait _l'armée parisienne_.
M. Pétion leur a répondu que les termes dont ils s'étaient
servis tendaient à établir une opinion très dangereuse, savoir que
l'armée parisienne peut être distinguée des citoyens de Paris. Il
leur a rappelé que cette armée n'était autre chose que la réunion
des citoyens actifs armés et revêtus d'un uniforme; que leur
discours tendrait encore à isoler les gardes nationales de Paris,
des gardes nationales des départements qui ont aussi pris les
armes pour la défense de la liberté, distinctions qui sont sans
fondements et également ennemies de l'égalité et de la concorde.
Des citoyens de la section du Palais-Royal ont exprimé un vœu
ennemi des bustes. D'autres, de la section des Thermes-de-Julien,
ont défendu les images. La section des Postes s'est aussi
déclarée leur adoratrice. Des citoyens signataires d'une pétition
individuelle, ont demandé que les bustes fussent enlevés, et,
s'il vous faut des bustes, ont-ils ajouté, élevez ceux des hommes
vertueux: que J.-J. Rousseau, que Franklin viennent remplacer ici
ces hommes qui ne parurent grands que parce qu'ils étaient montés
sur les échasses de la politique et de la flatterie..... A ces
mots, toutes les épaulettes, tous les uniformes, se lèvent, et
osent imposer silence à l'orateur. Le peuple qui remplissait les
tribunes demande à grands cris que la phrase soit recommencée. Le
tumulte était au comble. Quelques citoyens se montrent disposés
à franchir les balustrades, pour punir les vils _iconomanes_: ce
mouvement en impose enfin aux esclaves, et plus de cent cinquante
gardes nationaux se retirent.
_Thermomètre du jour_, 22 avril 1792. (_Suite de la discussion
sur les Bustes de la Fayette et Bailly._)—Après avoir entendu
tour à tour le langage de la bassesse et de l'idolâtrie, et celui
de la raison et de la liberté, le Conseil passe à l'ordre du jour.
Les défenseurs des bustes obtiennent que l'on agite sur le champ
la question de leur enlèvement. Une foule de motions incidentes
s'élèvent au milieu du tumulte. Après une heure de désordre, M.
Danton requiert que la séance soit levée, attendu l'impossibilité
de délibérer. Il se lève pour sortir. Quelques huées, parties du
côté des épauletiers, le forcent, ainsi que M. Manuel, à reprendre
sa place. M. Patris dénonce M. d'Hermigny, comme ayant insulté
le substitut de la Commune (_sic_) et demande qu'il soit informé
sur-le-champ devant le commissaire de police de la section. Une
foule de voix s'élèvent pour offrir leur témoignage. Alors M.
d'Hermigny, l'insolent d'Hermigny, ce même homme qui, dans le
sanctuaire même des lois, osa insulter et menacer les plus zélés
des défenseurs du peuple, prend la parole. Il nie que ce soit lui
qui ait hué M. Danton; et, quand je l'aurais fait, ajoute-t-il,
cela mériterait-il la lanterne? L'indignation du peuple se
manifeste par les cris les plus violents. M. Pétion parvient
enfin à rétablir le calme. M. Polverel en profite pour annoncer
qu'ayant eu affaire au secrétariat, l'entrée lui en fut refusée
par plusieurs gardes, qui lui ont dit que leur consigne était
de ne laisser entrer que des hommes en uniforme et en armes, et
que cette consigne venait de M. Guyard ou Riard, commandant de
bataillon. M. le Maire a promis de vérifier ce fait aussitôt que
la séance serait levée.
La discussion est reprise. M. Sergent fait la motion de s'en
référer à l'arrêté du 24 mars, qui porte qu'il n'y a pas lieu à
délibérer sur l'enlèvement des bustes, et telle est la décision
qui a été prise, après une heure consommée tour à tour par des
amendements et la question préalable.
Les zélateurs des images ont senti que cet arrêté laissait
encore dans son intégrité la question de savoir si l'on doit
élever des monuments aux hommes avant leur mort, et que la
décision de cette question vengerait bientôt la liberté outragée
par leurs viles flagorneries; aussi se sont-ils retirés consternés
de n'avoir pu obtenir qu'un triomphe éphémère, et peut-être
honteux de s'être montrés, avec si peu de profit, esclaves et
idolâtres. Les bons citoyens ont accompagné leur digne maire
jusqu'à sa voiture. C'était, disaient-ils, autant pour veiller à
sa sûreté que pour applaudir à la conduite sage et ferme qu'il
avait tenue dans une circonstance si difficile.
La Fayette, Bailly, hommes aveuglés par la vanité, quelles que
puissent être désormais vos vertus, vos exploits, vos bienfaits
envers la patrie, votre réputation ne passera à la postérité
qu'avec la tache que viennent de lui imprimer vos stupides
adulateurs.
[360] Il s'agit de la loi du 19-22 juillet 1791 relative à
l'organisation d'une police municipale et correctionnelle (Cf.
DUVERGIER, t. III, pp. 114-126).
[361] P. imp., in-4º de 18 p., Bib. nat., Lf{137} 15 (TOURNEUX,
nº 14203). La pièce est signée: «Pour ses collègues,
DUFOUR.» Dufour était commissaire de police de la section du
Marché-des-Innocents, d'après la liste des commissaires de police
qui figure au supplément de la Chronique de Paris du 22 avril
- Cette liste ne comprend que les commissaires de police
de 47 sections. Il y manque le nom du commissaire de police de
la section des Quinze-Vingts qui n'a pas signé la lettre au
bas de laquelle figurent les noms de ses 47 collègues. Cette
lettre est une réponse, en date du 21 avril 1792, écrite sur un
ton assez ironique, à une lettre du 5 avril aux commissaires
de police de la Ville de Paris, du procureur de la Commune,
Manuel, conseillant à ceux-ci d'enlever les boues des rues, les
pierres qui sont devant les portes, de régler la circulation
des carrosses, etc... Les signataires répliquent en indiquant à
Manuel ce que lui-même devrait faire.
[362] P. imp., in-4º de 7 p., Arch. nat., collection Rondonneau,
ADXVI 69, p. 35 (TOURNEUX, nº 8741).
Voici le texte de cette pièce.