Scottish Rhapsody (French Edition)

Delinda Dane · Chapitre 1 sur 44

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Scottish Rhapsody (French Edition)

Chapitre 1 - Erynn

Chapitre 1

 

Erynn

 

— Tu vas cartonner, Erynn !

Face au miroir, j’encourage mon reflet. Il n’y a pas de raison que ça foire, je me suis préparée comme une malade.

Tout va bien se passer…

Je le sens. C’est là, dans mes tripes, un pressentiment que je n’explique pas. Il paraît que les femmes de la famille ont dans le sang ce pouvoir de ressentir les choses. Puisque le positif attire le positif, je m’efforce de garder cette idée en tête et vérifie pour la énième fois mon maquillage.

Rien d’indécent, seulement une double couche de mascara et un trait de rouge à lèvres. Je lisse ma crinière rousse domptée en une queue-de-cheval haute et tapote mes pommettes.

Mon porte-documents dans une main, j’inspire profondément pour retrouver une contenance. À l’intérieur se trouvent mes références ainsi que mes diplômes. Je vérifie l’heure. Les aiguilles sur le cadran de ma montre indiquent que mon rendez-vous approche. Un rendez-vous que j’attends avec impatience car je compte bien avoir ce job chez Mountbatten Consulting, l’une des plus prestigieuses sociétés d’événementiel de Londres pour laquelle je rêve de travailler. Voilà, c’est dit !

Il paraît qu’ils ne recrutent que les meilleurs, mais malgré mon peu d’expérience, à vingt-quatre ans, je me sens prête à rentrer dans la cour des grands. Et puis, j’ai besoin de ce salaire. Le remboursement de mon prêt étudiant pompe toutes mes économies, et entre mon loyer et mes charges, il ne me reste plus rien à la fin du mois. Très franchement, j’en ai ma claque de vivre comme une pauvresse.

Requinquée à bloc, je quitte les toilettes des dames, traverse l’immense hall d’entrée et suis la plaque signalétique indiquant la direction des ascenseurs. Le menton haut, je me répète mentalement que je mérite ce poste de chargée des relations publiques et que j’ai déjà réussi les deux premiers entretiens.

Concentrée sur mes pensées, je ne remarque pas l’ombre dans mon dos, si bien que je sursaute quand une voix grave résonne à mon oreille.

— Salut, beauté.

De surprise, mon porte-documents m’échappe. Heureusement, je le rattrape avant qu’il ne déverse son contenu par terre.

— Bon sang, vous êtes dingue ! Vous m’avez fait la peur de ma vie !

Les mains dans les poches et un sourire canaille au coin des lèvres, le type me déshabille du regard.

— Désolé. Vous êtes nouvelle, n’est-ce pas ?

— Bien vu, Einstein.

En attendant que l’ascenseur arrive, je lui accorde mon attention. Il a des cheveux blonds coiffés sur le côté, ce qui me fait dire que son coiffeur a un peu trop regardé Dallas. Son style BCBG n’est pas celui des hommes que je fréquente. Il porte une chemise blanche sur un pantalon en velours marine et des mocassins, mais après tout, on ne juge pas un livre d’après sa couverture.

— Vous êtes libre ce soir ? s’enquiert-il.

— Ça dépend. Vous proposez quoi ?

En deux pas, il se retrouve face à moi, sa bouche un peu trop près de la mienne. OK, il ne manque pas d’air.

— Un japonais et deux orgasmes. Trois, si vous êtes sage.

Admettons que je sois embauchée, je crains que coucher avec un collègue ne soit pas recommandé. Toutefois, il est beau garçon et je ne résiste pas à des sushis.

— Pourquoi pas ? déclaré-je, encline à fêter mon futur poste comme il se doit.

Ne pas mettre la charrue avant les bœufs, ça te parle ma vieille ?

— Votre nom ?

— Erynn Wallace. Vous ?

Il glisse sa carte de visite sur mon porte-documents et je peux y lire : Grant Mountbatten.

OK, s’il est le fils du boss, je comprends mieux pourquoi il a autant d’assurance. Tout à coup, les sushis me semblent moins attrayants.

— Je passe vous prendre à quelle heure ?

Le ding de l’ascenseur nous interrompt.

— Je vous envoie un texto pour vous tenir au courant.

— Je préfère un sexto, réplique-t-il en m’adressant un clin d’œil aguicheur.

Je secoue la tête, stupéfaite par son excès de confiance en lui, et m’engouffre dans la cabine. Avant que les portes ne se referment, il me lance :

— Wallace, cette robe vous fait un cul d’enfer.

Au prix où je l’ai payée, j’espère bien ! Ma voisine et amie a cru défaillir quand elle a vu le prix, mais je me suis empressée de la rassurer : « C’est un investissement. » Si j’obtiens comme prévu ce poste, la robe sera amortie et j’aurai de quoi solder le crédit de mon prêt étudiant avant la fin de l’année.

Lorsque j’arrive au dernier étage, je me retrouve face à un long couloir fermé par une double porte en cèdre. Mes talons s’enfoncent dans l’épaisse moquette gris clair à mesure que je m’approche du bureau du directeur. Alors qu’il ne reste que quelques mètres, mon sein droit vibre.

Mince ! Mon téléphone !

Je scrute le plafond pour m’assurer qu’il n’y a pas de caméra et plonge les doigts dans mon décolleté afin de récupérer mon portable pour l’éteindre. Je fronce les sourcils devant le nom affiché sur l’écran. Il ne m’appelle jamais dans la journée, parce qu’il travaille et que moi, je me démène pour en faire de même.

Je décroche et murmure tout bas :

— Allô, papa. Tout va bien ? Je peux te rappeler plus tard ?

— Ma chérie…

Au son de sa voix, je comprends que quelque chose cloche. J’imagine tout de suite le pire.

— Qu’est-ce qui se passe ? Est-ce que tu vas bien ?

— C’est… c’est… ton grand-père, il vient de nous quitter.

La main crispée autour de mon téléphone, je ferme les yeux.

Oh non, pas grand-père Wallace…

— Il s’en est allé dans son sommeil.

Je ne l’ai connu que malade d’Alzheimer. À cause de cela nous n’avons pas pu créer un vrai lien de complicité. Et certainement aussi à cause du fait qu’il n’a jamais accepté ma mère. Il n’empêche que j’ai énormément de peine d’apprendre qu’il est parti.

— Papa, je suis désolée. Est-ce que je peux faire quelque chose ?

Un silence suivi d’un hoquet étouffé me parvient. Je comprends qu’il pleure et je suis bouleversée pour lui.

— J’aurais aimé que tu sois là, me confie-t-il.

C’est la première fois qu’il me fait un tel aveu. Papa ne m’a jamais rien demandé. Jamais. Il sait que j’ai très peu de moyens. C’est pour cette raison que c’est toujours lui qui est venu me voir à Londres, pour Noël ou pour mon anniversaire, et ce depuis mes sept ans, lorsque mes parents se sont séparés. Je comprends donc qu’il est bien plus ébranlé qu’il ne voudra l’admettre.

— Quand auront lieu les funérailles ?

— Demain matin.

Mes neurones se mettent déjà en branle et font le calcul. Si je me fais rembourser cette robe et me rends ensuite à l’aéroport, je peux réussir à choper un vol avec l’argent récupéré et ainsi être en Écosse avant ce soir. L’ennui, c’est que si je suis embauchée, je dois prendre mes fonctions dans les jours qui viennent. J’ai une brève seconde d’hésitation avant de déclarer :

— Je vais voir ce que je peux faire.

Le soupir de soulagement qu’il pousse ne m’échappe pas.

— Tu ferais ça ?

Pour toi, oui.

— Je vais essayer, papa. Je dois te laisser, mais je t’appelle dès que je peux.

Je raccroche, range mon téléphone dans mon soutien-gorge et m’autorise une seconde pour inspirer profondément afin de prendre une décision.

En réalité, je n’ai pas trente-six solutions. Mon choix est fait.

Je fais demi-tour et rebrousse chemin.

Adieu, job de mes rêves…

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