Sous les traits du mensonge

Johansen Iris · Chapitre 5 sur 8 · partie 2/3

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Sous les traits du mensonge

Lisser l’argile. Délicatement. Avec sensibilité. Libérer ses…

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 3 parties.

Un silence passa. ” A quoi pensezvous ? demandat-il.

- Certainement Pas à Chadbourne.

- A votre fille ? “

Elle tressaillit. ” Je vous conseille de ne pas utiliser mon enfant pour vous rapprocher.

- Je suis curieux, c’est tout. En vérité, je ne comprends pas cette passion pour l’identification des ossements. Je sais que votre fille n’a jamais été retrouvée, mais vous ne vous attendez tout de même pas à…

- Je ne veux pas en parler.

- Je vous ai observée avec Mandy et ensuite avec Ben Chadbourne. Il y avait dans vos gestes comme… de la tendresse.

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- Ce qui indique que je suis peutêtre un peu dérangée, mais pas que je prête une âme à ces os.

- Croyez-vous à l’âme éternelle ?

- Parfois.

- Parfois seulement?

- La plupart du temps, disons. “

Il se tut, lui laissant l’initiative de parler si elle le désirait. ” Quand Bonnie est née, reprit-elle après un long silence, elle était… comment dire? Elle-même. Entière et merveilleuse. Comment une telle chose serait-elle possible si on ne venait pas au monde avec une âme ?

- Une âme éternelle ?

- Comment le saurais-je ? Je ne peux que l’espérer.

- Alors pourquoi cette détermination à rendre ces ossements aux familles ? Après tout, quelle importance ?

- Ilyen aune.

- Laquelle ?

- La vie. La vie devrait faire l’objet de respect, on ne peut pas la jeter comme n’importe quel déchet. Chacun devrait avoir un foyer. Quand j’étais petite, nous allions de meublé en meublé, de motel en motel. Maman était… oh! ce n’était pas sa faute! J’ai essayé de donner à Bonnie une maison agréable, où je pouvais l’aimer et prendre soin d’elle. Après que Fraser l’eut tuée, j’avais des cauchemars à l’idée qu’elle gisait quelque part dans un bois et était la proie des charognards et… ” Elle se tut un instant et sa voix tremblait un peu quand elle continua. ” Je voulais que son corps repose en paix, dans une tombe devant laquelle j’aurais pu me recueillir, partager un moment avec elle… Il lui avait pris la vie, mais ce qui me faisait le plus horreur, c’est qu’il me prive de ces pleurs qu’on verse sur la dépouille de ceux qu’on a tant aimés.

- Je comprends. ” Bon Dieu! il comprenait bien plus qu’il n’aurait voulu! ” Et… vous avez encore des cauchemars ? “

Elle attendit un peu avant de lui répondre. ” Non, pas des cauchemars.” Ramassant ses sandales, elle se releva. ” Je rentre… si votre curiosité est satisfaite.

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- Pas entièrement. Mais je sais que vous ne m’en direz pas plus.

- Exact. ” Elle le regarda. ” Surtout, n’allez pas vous imaginer que vous m’avez mise dans votre poche après cette petite conversation. Je ne vous ai rien dit de plus que je n’aurais confié à n’importe qui d’autre. Joe m’a depuis longtemps encouragée à parler de Bonnie.

- C’est de Chadbourne que nous devons nous entretenir, Eve.

- Pas ce soir. “

Il la regarda s’éloigner. Forte femme. Exceptionnelle. Elle monta les marches menant à la maison et, un instant, sa silhouette élancée se découpa dans la lumière des fenêtres. Il prit soudain conscience que ce corps magnifique était en danger d’être blessé, brisé, détruit, et qu’il en serait le responsable. Il avait essayé de renouer le lien rompu avec elle, sans doute peutêtre aurait-il mieux fait de s’abstenir. Elle était sortie plus forte et plus indépendante encore de ce moment d’intimité alors que luimême doutait plus que jamais non seulement de l’issue de cette folle aventure, mais plus encore de luimême.”

Je songeais à une chose, murmura Kevin à l’oreille de Lisa. Peutêtre qu’on devrait… je ne sais pas ce que tu en penses… faire un enfant. “- Seigneur! Un enfant ? “

Il se souleva sur un coude pour la regarder. ” Oui, quoi de plus populaire qu’un bébé à la MaisonBlanche ? Si nous nous y mettions tout de suite, il nàîÎtrait juste après le début de mon second mandat. ” Il se tut, un peu timide, puis ajouta: ” Ça… ça me plairait beaucoup. “

Elle lui caressa la joue. ” À moi aussi, rien ne me ferait plus plaisir. J’ai toujours voulu en avoir un. Malheureusement, ce n’est pas possible.

- Pourquoi ? Tu disais que Ben ne pouvait pas en avoir, mais ce n’est pas mon cas.

J’ai quarante-cinq ans, Kevin.

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- Il y a des traitements pour stimuler la fécondité, aujourd’hui. “

Evidemment, la tentation était grande. C’était la vérité elle avait toujours désiré être mère. Elle et Ben avaient tout essayé. Il disait alors, comme Kevin maintenant, qu’un bébé était un joker dans la manche d’un politicien. Mais, à l’époque, elle se fichait des atouts politiques. Elle voulait un enfant… pour elle-même.

Allons, oublie. Les larmes qui mouillaient ses yeux en cet instant n’étaient pas feintes. ” Ne me parle pas de ça, ça me fait trop de peine.

- Pourquoi ne pourrions-nous pas en avoir un ?

- Ce serait trop difficile. À mon âge, je ne serais pas à l’abri d’un problème de santé. Imagine que je doive observer un repos complet pendant les derniers mois de la grossesse. Cela arrive à des femmes plus jeunes. Je ne pourrais pas être à tes côtés pendant la campagne présidentielle, et cela pourrait nous être fatal.

- Mais tu es solide et en pleine santé, Lisa. “

Il devait y penser depuis longtemps pour se montrer aussi insistant. ” C’est un risque qui nous est interdit. ” Elle marqua une pause, pour mieux assener l’argument suivant, qui ôterait à Kevin toute velléité de poursuivre le sujet. ” Bien sûr, nous pourrions toujours abandonner l’ambition de briguer un second mandat. Mais tu fais un très bon président, tout le monde t’admire et te respecte. Voudrais-tu abandonner cela ?

- Tu es sûre que le risque serait aussi grand ? “

La paternité lui paraissait déjà moins agréable, surtout si elle signifiait le retour à l’anonymat, après tout le pouvoir et la notoriété auxquels il s’était si bien habitué. ” En tout cas, ce n’est pas le moment, affirmat-elle. Mais nous pouvons remettre le projet à plus tard. ” Elle suivit du bout du doigt les lèvres de Kevin. ” Je suis très touchée que tu aies eu cette idée. Et j’aimerais tellement… “

La sonnerie du téléphone sur la table de nuit l’interrompit. Elle décrocha.

C’était Timwick. ” Le corps est arrivé à l’hôpital de Bethesda.”

Le cadavre. Quelle brutale transition que de passer de l’évocation d’une naissance à la mort d’un homme!”

Très bien, ditelle.

- Avezvous pu prendre contact avec Maren

- Non, il est en déplacement en Jordanie. J’essaierai encore.

- Nous n’avons plus beaucoup de temps.

- Je vous répète que je m’en occuperai.

- Les médias font déjà le siège de l’hôpital. Est-ce que nous lâchons le morceau ?

- Non, laissez-les mijoter, et balancez-leur la nouvelle demain matin. Ils seront tellement affamés qu’ils dévoreront la moindre miette d’information. ” Elle raccrocha.”

Timwick ?” interrogea Kevin. Elle répondit d’un hochement de tête, songeuse. ” Je n’aime pas ce salaud. Est-ce que nous avons encore besoin de lui ?

- Tu devrais être un peu plus reconnaissant, ditelle d’un ton moqueur. C’est lui qui t’a découvert.

- Il me traite toujours comme si j’étais le dernier des idiots.

- Pas en public ?

- Il ne manquerait plus que ça!

- Tu devrais peutêtre te séparer de lui. Tu pourrais le nommer ambassadeur en Afrique, au Zaïre, par exemple. Après tout, c’est toi, le Président. “

Il eut un rire joyeux. ” Ha! ha! le Zaïre! “

Elle se leva et enfila un peignoir. ” Ou Moscou. C’est devenu, parait-il, un vrai placard pour les diplomates.

- Mais tu lui as promis la vice-présidence, dans le prochain mandat, et c’est à ce titre qu’il mènera campagne avec moi. ” Il fit la grimace. ” Et ça, il ne l’abandonnera pas sans combattre. “

Non, Kevin se trompait. La vice-présidence n’avait jamais été que la carotte brandie sous le nez de l’ambitieux Timwick pour l’attirer dans le complot. Il avait été très forte—

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ment déçu que Ben ne lui confie aucun maroquin, et Lisa savait qu’un appétit de pouvoir aussi fort que celui de Timwick lui poserait un jour un problème. Mais, pour le moment, elle avait d’autres chats à fouetter. 4( Nous verrons bien comment contourner cette difficulté, ditelle.

- Cela aurait été beaucoup mieux si nous avions gardé Chet Mobry comme vice-président. Il ne nous a jamais causé le moindre problème.- Il aurait pu, si nous ne l’avions pas éloigné en lui confiant toutes ces missions de bons offices. Il n’approuvait pas vraiment notre politique. Et nous pourrions exiler Timwick de la même façon.

- Tu as peutêtre raison, mais… où vas-tu ?

- J’ai une petite affaire à régler. Rendors-toi.

- C’est pour ça que Timwick t’a appelée ? ” Il fronça les sourcils. ” Tu ne me dis jamais ce que tu fais.

- Parce que je ne veux pas t’ennuyer avec des détails. Occupe-toi du fond, et je prendrai soin de la forme. “

Il secoua la tête d’un air faussement dépité. ” Tu reviendras quand tu auras fini ? “

Elle hocha la tête. ” Je serai dans mon bureau. Je tiens à consulter certains dossiers en vue de ta rencontre avec Tony Blair. “

Il reposa sa tête sur l’oreiller. ” Ce sera du gâteau, après l’ambassadeur japonais. “

Il devenait bien sûr de lui, pensa-t-elle. Mais cela valait mieux que cette timidité qu’il avait manifestée quand il avait endossé pour la première fois l’habit de Ben. ” Nous verrons. ” Elle lui envoya un baiser. ” Dors. Je te réveillerai. “

Elle ferma la porte et gagna son bureau. Il ne lui fallut pas plus de dix minutes pour avoir Scott Maren en ligne et lui expliquer l’urgence de la situation.”

Bon Dieu! Lisa, ce n’est pas si facile. Quelle excuse pourrais-je donner pour écourter mon séjour ici ?

- Je te fais confiance pour trouver un bon prétexte. J’ai besoin de toi, Scott, ajouta-t-elle d’une voix fébrile.

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- Tout ira bien, Lisa. Tiens bon. Je vais appeler l’hôpital et ordonner qu’on remette sine die l’autopsie. Je serai là aussi vite que possible. “

Elle raccrocha. Seigneur! elle avait de la chance d’avoir Scott de son côté. Il était le seul à pouvoir limiter les dégâts.

Elle se tourna vers l’ordinateur, entra son mot de passe et ouvrit le dossier Eve Duncan. Tout semblait bien se présenter, et ils allaient sans doute sauver leur peau, mais elle n’arrivait pas à chasser un sentiment d’angoisse.

L’image d’Eve apparut sur l’écran. De belles boucles rousses, un maquillage presque imperceptible, des traits fins, de grands yeux marron derrière des lunettes à monture acier. Le visage exprimait un tel caractère qu’il fascinait encore plus qu’il ne séduisait. Mais cette femme ignorait et, probablement, méprisait les règles de base du pouvoir, car il était manifeste qu’elle se souciait peu de sa beauté ou de son charme. Lisa avait l’impression de se revoir quand, jeune étudiante, elle prenait l’intelligence et la détermination pour la clé de la réussite. Bon sang, cela paraissait si loin! Elle devait avoir un regard aussi fiévreux que celui d’Eve. Toutefois, elle n’avait pas tardé à comprendre que l’intensité mettait les gens mal à l’aise et qu’il valait mieux dissimuler ses passions sous un sourire suave.

Les antécédents d’Eve Duncan démontraient qu’elle était une survivante. Lisa en était une elle-même, sinon elle n’aurait jamais pu tenir le coup durant ces deux dernières années. Elle eut un sourire triste et caressa doucement l’image d’Eve.

Des soeurs. Les faces opposées d’une même pièce. Dommage. Elle commença à lire le dossier, cherchant une faiblesse et le moyen de vaincre.

Elle était parvenue aux deux tiers du rapport quand elle trouva.

Gil et Logan étaient assis devant le téléviseur quand Eve entra dans le salon, le lendemain matin.

” Merde, dit Gil. J’aimais cette vieille baraque.

- Que s’est-il passé ? s’inquiéta Eve. Barrett House ? “

Gil hocha la tête. ” Apparemment, il semblerait que John ait négligé d’entretenir l’installation électrique. “

L’image montrait des ruines fumantes, au milieu desquelles se dressaient deux cheminées intactes.”

Mais vous serez ravie d’apprendre qu’il a été puni de son insouciance. John a péri dans l’incendie.

- Quoi?

- Carbonisé au point de ne pas être identifiable. Seule l’analyse dentaire et l’expertise d’ADN confirmeront. Un homme si remarquable! Detwil vient de se fendre d’une déclaration pour regretter la disparition d’une personnalité appréciée et respectée de tous -, il a même ajouté qu’il devait se rendre sur l’invitation de John à Barrett House, le week-end prochain, pour s’entretenir avec lui de politique.

- Pourquoi un tel mensonge?

- Comment le saurais-je ? répliqua Gil. C’est n’importe quoi. ” Il éteignit le poste et passa dans la cuisine. ” Je ne peux plus voir ça. John et moi étions si proches, pratiquement des frères. Petit déj pour tout le monde ? “

Eve se tourna vers Logan. ” C’est complètement fou. Vous n’êtes pas exactement un inconnu. Est-ce qu’ils pensent vraiment pouvoir s’en tirer comme ça?

- Pendant quelque temps. Ils feront en sorte que les analyses d’ADN confirment que c’est bien moi. Ils ont emmené le corps à l’hôpital de Bethesda.

- Pour quelle raison ?

- Bethesda est un hôpital militaire, autrement dit sous le contrôle du gouvernement. Ils ont certainement un homme dans la place, qui veillera à ce que tout se déroule selon leur désir. Ainsi, ils gagneront du temps.

- Qu’envisagez-vous ?

- Ma foi, je n’ai pas l’intention de me montrer pour leur prouver qu’ils se trompent. Je me retrouverais enfermé pour imposture dans une cellule de haute sécurité et je mourrais d’un regrettable accident. ” Il se leva. ” En outre, j’ai deux ou trois choses à faire avant de me rendre.

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- Qui peut être cet homme qui a péri dans l’incendie ? ” Logan répondit d’un haussement d’épaules. Eve frissonna. Voilà, c’était l’horreur. Un homme était mort.”

Café ? ” proposa Gil. Elle refusa. ” Est-ce que nous pourrions parler de Chadbourne ? s’enquit Logan. Il me semble que la situation est en train de s’aggraver.

- Oui, parlons-en, répondit-elle avec flamme. Ma mère doit être protégée. Je ne veux pas la voir périr dans l’incendie de ma maison.

- Je vais appeler Margaret, l’avertir que je suis toujours de ce monde et trouver un lieu sûr pour votre mère.

- Tout de suite.

- Pour le moment, elle est très bien gardée. Est-ce que je peux terminer mon café ? ” Il la regarda pardessus sa tasse. ” Allezvous m’aider, Eve ?

- Peutêtre. Si je n’ai pas l’impression que vous me menez une fois de plus en bateau. ” Elle se tourna vers Gil. ” J’aimerais en savoir un peu plus sur ce Timwick, sous les ordres duquel vous avez travaillé. “

Gil hocha la tête. ” Vous savez, je n’étais pas l’un de ses proches, mais simplement un agent du Service.

- Mais comment est-il? Vous avez pu vous faire une opinion de lui, non ?

- Il est intelligent, ambitieux, et sait tirer les ficelles pour parvenir à ses fins. Personnellement, je n’aimerais pas l’avoir derrière moi en cas de pépin. Je l’ai vu exploser trop souvent. Il a tendance à s’affoler quand il est sous pression. ” Il marqua une pause. ” Et il est dangereux. Très. La nervosité se transforme souvent en violence incontrôlée.

- Et Fiske ?

- Ce n’est qu’un homme de main. Calculateur, rusé, efficace. Un pervers. Il aime tuer. Autre chose ?

- Non, je vous écoute. Je ne serais pas étonnée d’apprendre qu’ils sont une bonne douzaine de plus à nos trousses.

- Sûrement pas, assura Logan, ils ne peuvent pas engager trop de monde dans cette opération. De plus, ce serait idiot de notre part de vous cacher quoi que ce soit, désormais. Vous en savez autant que nous, et toutes les cartes sont sur la table. Alors, vous nous aiderez ?

- À condition que ma mère soit à l’abri. ” Elle le fixa. ” Et ce n’est pas vous que je vais aider, mais moimême. Il faudrait être débile pour ne pas comprendre que je suis désormais leur cible. La seule façon que j’aie de me protéger d’eux, c’est de prouver que Ben Chadbourne est mort. L’ADN et les dents sont les seules preuves légalement recevables. Il faut donc nous les procurer.

- omment ?

- Je ne suis pas experte en la matière, et je ne vois pas d’autre solution que d’apporter le crâne à l’un des meilleurs anthropologues médico-légaux de la profession et de voir s’il peut extraire assez d’ADN pour établir une empreinte génétique.

- Mais le crâne a subi une chaleur intense.

- Il se peut, malgré tout, que l’analyse soit possible, mais je suis sûre que vous le savez aussi bien que moi, de même que vous devez savoir déjà à qui vous allez confier ce travail.

- Oui, le docteur Ralph Crawford, de l’université de Duke. Il a les qualifications requises. “

Elle secoua la tête. ” Gary Kessler. Emory.

- Il est meilleur ?

- Il est très bon, et je le connais.

Il y a un pathomachin dans Au nom de la loi, dit Gil. Cette série télé fait enrager Gary. Non seulement c’est une vraie foire aux erreurs, mais elle confond les pathologistes avec les anthropologues médico-légaux. Ces derniers ne sont pas diplômés en médecine, ils ont des doctorats d’anthropologie, et quelques-uns d’entre eux se spécialisent dans le système osseux humain et son évolution au cours d’une vie. C’est la filière qu’a suivie Gary Kessler. Il exerce avec plusieurs pathologistes à Atlanta et est très

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respecté dans le milieu. En outre, vous n’êtes certainement pas le seul à avoir pensé à Crawford, qui est très connu.

- Vous savez, ils ont certainement enquêté de votre côté et dressé la liste de tous les spécialistes que vous connaissez.

- Oui, et ils auront découvert que j’ai travaillé avec une douzaine d’anthropologues à Los Angeles, New York et New Orleans, et que j’ai été bombardée de demandes depuis ce reportage dans Soixante Minutes. Ça leur prendra du temps pour vérifier la spécialité de chacun, et ils considéreront Gary comme peu probable, vu que je n’ai pas bossé avec lui depuis deux ans. “

Logan hocha lentement la tête. ” Vous avez raison. Compte tenu des circonstances, il vous sera peutêtre plus facile de convaincre l’une de vos connaissances de nous aider.

- Et le profil dentaire ?

- La question est plus épineuse. Le dentiste de Chadbourne était une femme du nom de Dora Bentz. ” Il secoua la tête d’un air navré. ” Fiske l’a tuée juste après votre arrivée à Barrett House. Et vous pouvez parier que le dossier dentaire de Chadbourne a disparu.

- C’était elle, le témoin assassiné dont vous m’aviez parlé ? ” Elle leva la main. ” Pas la peine de vous justifier, je ne veux plus de mensonges.

- Je n’ai pas l’intention de me justifier, mais vous devez comprendre que je ne pouvais pas à ce moment-là vous dévoiler le nom de Dora Bentz et les implications de sa mort. “

Elle se tut un instant, reconnaissant la pertinence de l’explication. ” Alors, il ne nous reste plus que l’ADN. Mais que se passera-t-il si l’analyse se révèle impossible ? N’y a-t-il aucun moyen e orcer Detwil à faire un test pour prouver son identité ?

- Non. Il est le Président. C’est à nous d’apporter des preuves. Et son dossier médical serait falsifié, comme ils s’apprêtent à falsifier le mien.

- Mais on pourrait tout de même essayer. Il doit avoir de la famille, non ?

- En dehors de sa mère, qui est morte il y a sept ans, il avait un demi-frère.

- Avait ?

- James Cadro. Lui et sa femme ont été tués, le lendemain du meurtre de Dora Bentz. “

Bon Dieu! ” Inutile d’avoir un parent très proche. Pas de cousin, de neveu ?

- Pas à notre connaissance. Le choix de Detwil a été soigneusement planifié.

- Et la mère ? Il est possible de l’exhumer…

- Sans vouloir faire d’humour macabre, on n’a pas le temps de creuser plus profond. Quand nous nous montrerons à découvert, il nous faudra avoir la preuve en main.

- Pourquoi n’aurait-on pas le temps ?

- Parce que, sitôt sortis du bois, nous n’aurons plus que quelques heures à vivre, expliqua Gil. D’après les informations, John est déjà mort. Il ne reste donc que nous deux, et ils ont la puissance de la présidence avec eux. Je suis sûr que le scénario est déjà en place. Rapide, logique et minutieux. Timwick ne laisse jamais rien au hasard. “

Eve frissonna. ” Il doit y avoir une autre piste… quelqu’un d’autre.

- Oui, il y a Scott Maren.

- Un parent ? Alors il doit être mort, lui aussi.

- Non. C’est le médecin particulier de Ben Chadbourne. Il était à l’étranger quand j’ai ouvert la boîte de Pandore. C’est sans doute ce qui lui a sauvé la vie. Mais je ne suis pas certain qu’on puisse l’utiliser. Je le soupçonne d’être impliqué dans la disparition du Président.

- De quelle façon ?

- Il y a deux ans, le 2 novembre au matin exactement, Ben Chadbourne a été admis à l’hôpital de Bethesda pour son check-up annuel. Dans la nuit du 3 novembre, Timwick a déposé le corps chez Donnelli.

- C’est donc entre le 2 et le 3 que la substitution a été opérée ?

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- Oui, et l’opération a été soigneusement minutée, avec le vrai Ben Chadbourne entrant et le faux sortant vingtquatre heures plus tard. Il est probable que Maren lui a fait une injection mortelle en lui laissant croire que c’était de la vitamine B ou je ne sais quoi.

- C’est donc lui, leur homme de confiance à Bethesda “, dit Eve, songeuse. La manceuvre était diaboliquement astucieuse. ” Cependant, Maren n’est pas devenu par hasard le médecin privé du Président. Il devait répondre à des critères non seulement professionnels, mais moraux.

- C’est un praticien très respecté par ses pairs, poursuivit Gil, et il était l’ami personnel de Chadbourne. Lui, le président et Lisa se connaissaient depuis l’université. Et c’est en partie à cette amitié que Maren doit son poste de chef de clinique à Bethesda.

- Pourquoi donc aurait-il participé à une telle entreprise et pris un tel risque ? “

Logan haussa les épaules, perplexe. ” Je ne sais pas, mais je suis convaincu de sa complicité. C’est pourquoi j’ai voulu le joindre: pour essayer de m’en faire un allié et de le persuader de dénoncer Timwick et Lisa Chadbourne.

- Pourquoi le ferait-il, s’il a été leur complice ? Cela équivaudrait à se condamner luimême.

- Peutêtre. A moins que nous ne lui prouvions qu’il est un homme mort s’il ne les neutralise pas. De tous ceux que Lisa et Timwick ont intérêt à éliminer, Maren est de loin le plus dangereux. “

Eve resta pensive un moment. ” Oui, il est en effet le seul témoin capable de révéler le lien entre Lisa Chadbourne, Timwick et la mort du président.

- Exact. Et, en supposant que la disparition de Chadbourne soit découverte, Lisa et Timwick pourraient, en l’absence de tout témoin, crier à un complot terroriste, prétendre avoir été victimes d’une formidable machination. Après tout, personne n’a jamais relevé un quelconque changement entre le Président entré un matin à Bethesda et celui qui en est sorti le lendemain. Hélas! pour eux, Maren est témoin, et la théorie de la conspiration ne tient

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plus. Accusé de meurtre, il y a de fortes chances qu’il parle et dévoile toute l’affaire. C’est pour cette raison que j’ai toujours pensé que, à l’instant même où le plan était conçu, Maren était un homme mort.

- Mais le croira-t-il ?

- Qui ne tente rien n’a rien. Par ailleurs, nous n’avons pas le choix. Il est notre unique espoir.

- Vous disiez qu’il était à l’étranger ? Où ça ?

- Detwil l’a expédié en Jordanie, dans le cadre de l’aide sanitaire américaine. Officieusement, ce serait le roi luimême qui aurait réclamé les services de Maren.

- Mais en réalité ?

- J’y vois une manoeuvre de Timwick. Fiske n’aurait aucun mal à tuer Maren là-bas et à en faire porter la responsabilité à un groupe terroriste antiaméricain. Bentz et Cadro ont été éliminés pour m’empêcher de les approcher, mais Maren est certainement dans leur collimateur depuis le début.

- Jamais il ne coopérera, dit Eve. S’il a prêté la main à l’assassinat du Président, il est mort de toute façon.

- A moins de conclure un marché avec lui.

- Quel moyen auriez-vous de… qu’avezvous en tête exactement ?

- Ce que je veux, c’est que Lisa Chadbourne soit éjectée de la MaisonBlanche, et peu importe comment. ” Il marqua une pause. ” Même si je dois pour cela aider Maren à dispareître quelque part, nanti d’un solide compte en banque.

- Vous passeriez un accord avec un assassin ?

- Et si nous ne pouvons pas obtenir cette preuve par l’ADN ? Avezvous autre chose à proposer ? “

Elle avait les idées trop confuses pour répondre à une telle question. ” Qu’est-ce qui empêche Fiske de se rendre en Jordanie pour liquider Maren ?

- La situation a changé. Ils ont besoin de lui, et ils ne le tueront pas tant qu’il leur sera utile. ” Il sourit. ” Souvenezvous, ils ont emmené mon corps à Bethesda. Seul Maren peut couvrir la supercherie. Il devait rentrer après-demain, mais je suis sûr qu’il va rappliquer en quatrième vitesse.

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Pendant que nous irons, vous et moi, à Emory pour rencontrer Kessier, Gil se rendra à Bethesda afin de tenter d’intercepter Maren.

- Comment Gil fera-t-il pour ne pas être intercepté luimême?

- Grâce à la magie du déguisement, intervint l’intéressé. Je vais me métamorphoser en infirmière. Blonde, je pense. Avec de gros nichons.

- Quoi ?

- Je plaisante. Ne vous inquiétez pas, je me débrouillerai. “

Elle était déjà folle d’inquiétude. Elle craignait pour la vie de Gil. Il était le complice de Logan et avait largement contribué à la tromper, mais le bonhomme avait du coeur… et du charme. Et puis, il y avait déjà eu assez de morts. Des gens qu’elle ne connaissait pas, mais dont la disparition brutale avait un lien avec elle. Elle avait l’impression d’être dans l’oeil d’un cyclone ravageant tout autour. Dieu merci, les êtres qui comptaient le plus pour elle étaient pour le moment épargnés.”

Vous parlez comme si nous pouvions aller et venir sans danger, ditelle à Gil. Avec quelles pièces d’identité ? Quelles cartes de crédit ?

- Logan s’est occupé de ça. J’ai plusieurs faux permis de conduire. Vous avez désormais pour nom Bridget Reilly. D’origine irlandaise, ainsi qu’il sied à une rousse. La photo n’est pas fameuse, elle a été prise dans un Photomaton.

- Ma photo ? ” Elle se tourna vers Logan. ” Vous aviez déjà pensé à me procurer de faux papiers ? “

Il haussa les épaules. ” Gouverner, c’est prévoir. Gil s’est chargé de pourvoir tous ceux qui étaient à Barrett House de faux papiers, comme vous dites. J’étais sûr, hélas! que nous en aurions besoin, tôt ou tard. “

Le diable l’emporte! Il avait tout envisagé, y compris le danger mortel qu’elle courrait. ” Et je suppose que vous avez aussi pensé à nous fournir en fausses cartes de crédit ? “

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Il eut un geste de dénégation. ” J’ai là assez de liquide pour nous sortir de toutes les situations.

- Vous êtes incroyable.

- Il fallait être prêt. “

Refrénant son envie de le frapper, elle préféra quitter la pièce. ” Je vais téléphoner à ma mère pour lui dire de se préparer à par-tir.

- Sa ligne est certainement sur écoute.

- Je ne suis pas une idiote, je sais bien qu’ils doivent la surveiller. Je serai prudente, mais elle doit être avertie. J’appellerai sur son portable.

- Elle en a un ?

- Évidemment. C’est Joe qui nous a incitées à en acheter. Il dit que les portables ont sauvé la vie de pas mal de gens victimes d’accidents de la circulation ou d’agressions.

- L’omniprésent M. Quinn, murmura Logan. Cet homme pense décidément à tout.

- C’est un ami et il veille sur nous, mais je peux comprendre que cela vous échappe “, lança-t-elle pardessus son épaule.

Chapitre 13

Sandra avait vu le journal télévisé, et Eve dut attendre qu’aient déferlé les exclamations de soulagement et les questions vibrantes d’inquiétude de sa mère pour lui annoncer l’arrivée de Margaret.”

Comment ça, je dois quitter la maison ? s’écria-t-elle. Que se passe-t-il, Eve ?

- Rien de bon, mais je ne peux pas t’en parler.

- Est-ce que John Logan est vraiment mort ?

- Non. Écoute, maman, ça va barder, et je veux que tu sois en sécurité quelque part, hors d’atteinte.

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- Mais je suis en sécurité, ici. Joe passe tous les deux jours, et il y a une voiture de police garée devant la maison pendant la nuit.

- Maman, insista Eve, cherchant désespérément l’argument susceptible de convaincre sa mère. Je t’en prie, fais ce que je te dis. C’est moche, crois-moi. J’ai peur de ce qu’il peut arriver.

- Peur, toi ? ” Sandra se tut. ” Je l’entends à ta voix, tu n’as pas été dans cet état depuis Fraser… ” Elle hésita. ” Bon, il faut que je te voie.

- le ne peux pas venir. Cela te mettrait en danger.

- A quoi es-tu mêlée, Eve ?

- Je ne peux pas te le dire non plus. Alors, tu feras ce que je te demande ?

- Mais j’ai mon travail, je ne peux tout de même pas…

- Ils te tueront. Ou bien ils se serviront de toi pour me tuer. C’est ça que tu veux? Téléphone à ton bureau, préviens-les que tu as un problème familial, un cas d’urgence. Crois-moi, c’est très grave.

- Te tuer ? répéta Sandra d’une voix émue. Je vais appeler Joe.

- Non, laisse-moi l’appeler. Mais il ne pourra peutêtre pas t’aider. Ne quitte la maison sous aucun prétexte et n’ouvre à personne, sauf à la femme que je t’envoie.

- Qui est-elle ? “

Et s’ils avaient trouvé le moyen d’écouter leur conversation ? se demanda Eve avec crainte. Elle ne pouvait mettre Margaret en péril. ” Elle aura une pièce d’identité. Je te faxerai… ” Non, sa machine avait été détruite avec le reste de son équipement, et l’envoi d’un fax présentait des risques. ” Ecoute, je me débrouillerai pour te faire parvenir une photo d’elle et deux ou trois questions à lui poser, au cas où elle te donnerait rendezvous quelque part. En attendant, refuse d’ouvrir ou de suivre quiconque viendrait frapper à ta porte, même s’il brandit une plaque de police ou du FBI ou du Service secret.

- Quand cette femme viendra-t-elle ?

- Je ne sais pas, mais bientôt. Je ne sais même pas comment elle prendra contact avec toi, mais fais ce qu’elle te dira, une fois que tu te seras assurée qu’elle est bien la personne que je t’envoie.

- Inutile de répéter, Eve, je ne suis plus une enfant. “

Elle soupira. ” Je suivrai à la lettre tes instructions. Bon sang, comme j’aurais aimé que tu n’entendes jamais parler de John Logan!

- Moi aussi, maman, moi aussi.

- Fais attention à toi.

- Oui, n’aie crainte. ” Elle se tut, puis ajouta sans réfléchir : ” Je t’aime.

- Bon Dieu! tu me fais peur! Je ne t’ai pas entendue… Moi aussi, je t’aime, Eve. ” Elle raccrocha.

Eve resta songeuse. Il ne leur avait jamais été facile, à l’une comme à l’autre, d’exprimer leur affection. Il y avait eu de trop nombreuses années de silence entre elles. Mais Sandra se savait aimée de sa fille, Eve n’avait pas besoin de le lui dire.

Elle appela Joe sur son portable. Il répondit immédiatement.”

Joe ?

- À quoi tu joues ? demandat-il abruptement.

- Je peux parler ? Tu es seul ?

- Je sors sur le parking. Pourquoi ne m’as-tu pas appelé plus tôt ? Et pourquoi…

- Arrête de crier.

- Je ne crie pas. ” C’était vrai, mais chaque mot était lourd de colère. ” J’ai envie de t’étrangler.

- Tu n’es pas le seul.

- C’est censé être drôle ?

- Non, je suis dans la merde, Joe.

- Je sais. C’est toi qui as tué Logan ?

- Quoi ?

- Est-ce que tu l’as tué ?

- Tu es fou ?

- Réponds-moi. Écoute, si c’est arrivé, je me doute bien que tu l’as fait en état de légitime défense, mais je dois savoir avant d’intervenir.

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- Mais pourquoi penses-tu une chose pareille? Comment auraisje pu le tuer ? D’ailleurs, il n’est pas mort. Tout ça n’est qu’un coup monté. “

Il y eut un silence. ” Alors, tu as raison, tu es vraiment dans la merde. Tu n’as pas regardé CNN ?

- L’incendie de Barrett House ?

- Non, le dernier flash d’information. Tu es soupçonnée de l’avoir tué.- Quoi ?

- Novak, l’avocat de Logan, a été interviewé, et il a déclaré que tu étais partie avec Logan à Barrett House. Il a dit que tu étais sa meîtresse et qu’il lui avait confié que tu présentais parfois des signes de déséquilibre rendant votre relation très difficile.

- Le salaud!

- Et… il a été question de Lakewood. “

Elle encaissa le coup. ” Comment savent-ils ? C’est toi qui as r cupéré mon dossier et tu m’avais promis de le planquer et…

- C’est ce que j’ai fait. Jamais je n’aurais pensé que quelqu’un puisse le ressortir.

- Tu aurais dû être plus… ” Merde! voilà qu’elle reprochait à Joe une chose dont il n’était même pas responsable!”

Je t’avais dit à l’époque qu’il n’y avait aucune raison de faire un mystère de ton passage à Lakewood. Rien de grave ni de honteux à cela…

- Oui, seulement tout le monde n’est pas de cet avis, la preuve… “

Joe jura tout bas. ” Dis-moi où tu es, je te rejoins.

- Non, il vaut mieux pas. Inutile que tu sois impliqué, sinon tu ne pourras pas…

- Arrête. Dis-moi où tu es, sinon je chercherai, et quand je cherche je trouve toujours. “

Il ne mentait ni ne se vantait. Elle connaissait ses capacités et sa détermination. ” Je dois aller à Atlanta, pour y rencontrer Kessler. Rendezvous sur le parking de chez Hardee, à dix heures demain matin. C’est à six cents mètres de l’université d’Emory.- Entendu. ” Il se tut pendant quelques secondes. ” Ça se présente mal ? demandat-il enfin.

- Ça ne pourrait pas être pire.

- Si, ça pourrait… si je n’étais pas là pour intervenir. “

Elle sourit malgré elle. ” C’est vrai. ” Soudain, elle eut une idée. ” Pourrais-tu te procurer une photo d’identité de Margaret Wilson, l’assistante de Logan, et l’apporter à ma mère ? Dis-lui que c’est cette femme qui va venir l’aider.

- L’aider à faire quoi ?

- Elle va emmener maman quelque part en sûreté.

- Mais je peux m’en charger, riposta-t-il sèchement. Tu n’as pas besoin d’autre aide.

- Non, Joe. J’ai besoin de toute l’aide que je peux, et encore ce ne sera pas assez. Veux-tu faire ce que je te demande?

- Bien sûr, mais tu as intérêt à avoir une bonne raison de ne pas me faire confiance.

- Mais je te fais confiance… ” Sans doute comprendraitil mieux si elle pouvait lui expliquer. ” Pourrais-tu trouver aussi des photos de James Timwick et d’un certain Albert Fiske, qui travaille pour lui ? Et les apporter avec toi demain matin ?

- Pas de problème pour Timwick, il passe souvent à la télé, mais qui est Albert Fiske ?

- Un nom sur lequel j’ai besoin de mettre un visage. Au revoir, Joe. ” Elle éteignit l’appareil.

Lakewood. Bon Dieu! Elle rangea son portable dans son sac et se leva. Elle entendait la télévision dans la pièce voisine. Logan et Gil avaient sûrement pris connaissance du dernier bulletin d’informations. Mais ce ne devait pas être une surprise pour Logan. C’était lui qui avait payé ce chien de Novak pour aller renifler dans le passé d’Eve Duncan.

Les deux hommes levèrent la tête quand elle entra. ” Le complot s’enrichit d’heure en heure, commenta Logan en éteignant le poste.

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- Oui, vous êtes mort et je suis folle, ditelle. Ils ne reculent devant rien pour nous empêcher de bouger.

- Ce séjour à Lakewood, c’est une invention ou une réalité ? demanda Gil.

- Interrogez Logan.

- Me croirez-vous si je vous dis que je l’ignorais ? rétorqua celui-ci. Novak a gardé cette information pour lui, ou plutôt pour la vendre à Timwick.

- Quoi? Vous saviez qu’il était en cheville avec eux?

- Non, mais cela ne m’étonne pas. Novak est un homme ambitieux. Toutefois, dans quelle mesure cette information leur est-elle utile ? Combien de temps êtes-vous restée làbas ?

- Trois semaines.

- Qui vous y a envoyée?

- Joe.

- Merde, autrement dit les autorités. Ça la fout mal.

- Pas les autorités, répliqua-t-elle avec plus de violence qu’elle n’aurait voulu. C’était Joe, et lui seul.

- Mais Quinn était encore un agent fédéral à cette époque.

- Le Bureau n’en a rien su. Personne, en vérité, n’en a été informé. Pas même ma mère.

- C@est votre plus proche parente. Comment aurait-elle pu l’ignorer ? Un placement dans…

- Lakewood n’est pas une institution publique, c’est un établissement privé en Georgie du Sud. Joe m’y a fait admettre sous le nom d’Anna Quinn. Il a prétendu que j’étais sa femme.

- Et vous y êtes allée de votre plein gré ?

- Non, Joe peut être aussi persuasif qu’un bulldozer, parfois. Il m’y a littéralement poussée.

- Pourquoi ? “

Elle ne répondit pas. ” Pourquoi, Eve ? “

Elle haussa les épaules. De toute façon, il l’apprendrait tôt ou tard. ” La nuit où Fraser a été exécuté, j’ai fait une overdose de tranquillisants. J’avais pris une chambre dans

un motel proche de la prison, et c’est Joe qui m’a découverte en venant voir comment j’allais. Alors, il m’a fait vomir et marcher jusqu’à ce que je reprenne complètement conscience. C’est après ça qu’il m’a conduite à Lakewood. Il est resté là-bas avec moi pendant les trois semaines. Au début, le médecin voulait me placer sous psychotropes, mais Joe s’y est opposé. Il leur a expliqué que ce n’était pas pour me mettre sous camisole chimique qu’il m’avait amenée là. Il m’a fait parler avec tous les psychiatres de l’endroit. Parler de Bonnie. De Fraser. De ma mère. Merde, il m’a fait parier de mon père, qui nous a abandonnées, ma mère et moi, je ne devais même pas avoir un an. Mais Joe a estimé que je ne m’ouvrais pas assez, aussi, au bout de trois semaines à Lakewood, on a dit au revoir à tous ces bons docteurs, et nous sommes partis pour l’île de Cumberland, où nous avons passé toute une semaine.

- L’Île de Cumberland ? répéta Gil.

- Oui, c’est une -Île très sauvage, au large de la Caroline du Nord. Il n’y a qu’un seul hôtel, mais Joe n’en a pas voulu. Nous avons campé, et il m’a fait suivre une thérapie de son invention : parle et libère-toi ou… crève.

- Et ça a marché ?

- Joe ne m’a pas donné le choix. ” Elle eut un sourire triste. ” Difficile de résister à un bulldozer. Alors, j’ai parlé et je me suis libérée.

- Quinn doit avoir une sacrée force de persuasion, constata Gil.

- Oui, aucun doute là-dessus. Je ne connais personne d’aussi obstiné. ” Elle gagna la fenêtre et regarda les vagues. ” J’ai résisté et me suis défendue comme une diablesse, mais il ne m’a pas lâchée.

- Dommage qu’il n’ait pas mieux enterré le dossier de Lakewood.

- Je le regrette également. Là où j’ai grandi, les timbrés étaient nombreux, cependant il fallait vraiment déjanter pour se retrouver à l’asile. Mais Joe ne pense pas comme ça. Pour lui, quand quelque chose est cassé, on va chez le réparateur. Il trouve naturel qu’on aille dans un établisse-195

ment psychiatrique si on a un problème. Ça ne lui fait pas peur.

- Et vous, à ce moment, ça vous faisait peur ? “

demanda Logan.

Elle hésita avant de répondre: ” Oui.

- Pourquoi ?

- Parce que je redoutais d’être à ma vraie place là-bas.

- Allons, c’est ridicule. Vous aviez subi un choc qui aurait plongé n’importe qui dans une dépression nerveuse. _ Il est tellement facile de franchir la frontière séparant une dépression de la folie. On ne s’aperçoit qu’on marche sur une corde raide qu’au moment où on manque tomber dans le vide.

- Mais vous avez su réagir.

- Sans Joe, je n’aurais pas pu. ” Elle croisa les bras sur sa poitrine. ” Ensuite, je me suis révoltée. Il n’était pas question que Fraser m’enlève ce qui me restait : ma vie et ma raison. Non, pas question qu’il gagne. ” Elle fit face à Logan. ” Et je ne laisserai pas Timwick et Lisa Chadbourne s’en tirer indemnes. Le problème, maintenant, est de trouver le moyen de les empêcher de répandre la rumeur que je suis folle.

- Je ne vois pas comment, alors que nous sommes réduits à nous défendre. Nous ne pourrons rien faire tant que nous n’aurons pas les moyens de lancer une offensive. “

C’était l’évidence même, mais elle avait espéré de bonnes nouvelles, et non le rappel cruel de la réalité. ” Vous avez appelé Margaret ?

- Oui, elle est en route.

- Où va-t-elle conduire ma mère

- Pour le moment, elle en discute avec le service de sécurité qui monte la garde autour de votre maison. Mais quel que soit l’endroit où ils les enverront, j’ai demandé à Margaret d’exiger la présence d’un des vigiles à leur côté. Avezvous averti votre mère ?

- Oui, et j’ai rendezvous demain avec Joe, à Atlanta. “

Elle remarqua l’expression contrariée de Logan. ” Qu’est-ce qu’il y a?

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- Oh 1 rien! Je pensais seulement qu’il serait plus sage de ne pas le mêler à cette histoire. Moins nous serons et mieux…

- Foutaises! s’écria-t-elle, préférant oublier qu’elle avait eu la même réaction que lui. Je lui fais davantage confiance qu’à vous deux réunis.

- Je comprends pourquoi, fit Gil. Je suis impatient de rencontrer le passionnant M. Quinn. Je vais marcher un peu. Ça te dit, John ? “

Logan hocha la tète. ” Oui, un peu d’air me fera du bien. “

Il se dirigea vers la porte. ” Nous ne serons pas longs. Suivez les informations, vous voulez bien, Eve ? “

Elle savait qu’ils voulaient discuter entre eux de la situation, et elle ne pouvait les en empêcher, mais ils apprendraient bientôt à ne plus l’écarter des décisions.

Par ailleurs, elle n’était pas mécontente d’être seule. Et demain, elle reverrait Joe. Logan s’était servi d’elle et, au besoin, il recommencerait. Quinn était le seul en qui elle avait confiance. Ils faisaient équipe depuis si longtemps tous les deux. Ensemble, ils étaient fort capables de triompher de tout, y compris de Timwick et de Lisa Chadbourne.

Elle se demanda soudain si la femme du défunt Président était véritablement à la tête de la conspiration. Les signaux qu’elle adressait à Detwil prouvaient sa complicité mais ne la désignaient pas nécessairement comme la cheville ouvrière du complot. Cependant, la femme qu’elle avait observée sur les bandes vidéo n’était pas du genre à accepter un second rôle; elle respirait la confiance en soi et possédait un rare charisme.

La description que Gil lui avait faite de Timwick ne correspondait pas à celle d’un homme susceptible de monter une supercherie de cette ampleur. Il fallait des nerfs d’acier. Or, selon Gil, Timwick résistait mal en cas de tourmente.

Si Lisa Chadbourne était la maîtresse du jeu, elle méritait qu’on l’étudie de plus près, se dit Eve. Elle sortit de son sac les cassettes qu’elle avait emportées de Barrett House

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et, après avoir glissé la première dans le magnétoscope, elle s’assit sur le canapé devant le téléviseur.

Le visage souriant de Lisa Chadbourne apparut à l’écran. Belle, intelligente, fascinante. Eve sentit une étrange tension s’emparer d’elle. Penchée en avant, elle s’absorba dans la contemplation des images.”

Que faites-vous ? s’enquit Logan en entrant, deux heures plus tard. Notre Lisa nationale ? “

Eve éteignit le magnétoscope. ” Oui, j’ai eu envie de l’étudier de plus près.

- Et de déchiffrer leur langage de sourds-muets ?

- Ça y ressemble, effectivement. Mais je me suis surtout attachée aux expressions de son visage; et elles sont parlantes.

- Vraiment ? Je doute qu’elles puissent nous apprendre grandchose, car elle a le don de dissimuler ses émotions.

- Dans le cadre de mon travail, j’ai beaucoup appris sur les mimiques faciales, j’ai même suivi des cours d’expression corporelle. La gestuelle est nécessairement liée à la psychologie, et son étude nous livre une véritable mine de renseignements sur la personne. Un visage sans expression est comme une assiette vide.

- Alors, qu’avezvous appris sur Lisa ?

- Il y a de l’arrogance en elle, de l’audace, mais aussi de la prudence. Et un rien de vanité.” Elle fronça les sourcils, songeuse. ” Non, elle a trop confiance en elle pour être vaniteuse. Elle connaîît sa valeur, et en tire un plaisir évident.

- Suffisante ?

- Non, ce n’est pas de la suffisance, elle est trop intelligente pour ça. ” Elle hésita. ” Elle est… très consciente d’elle-même, mais également de tout ce qui l’entoure. Évidemment, la situation dans laquelle elle se trouve exige une vigilance extrême. Enfin, on la sent seule. Et elle l’est, indubitablement.

- Dites donc, vous avez une boule de cristal ou quoi ? s’exclama Gil, admiratif.

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- Oh! ce ne sont que des hypothèses, mais fondées sur l’observation! Il est possible de contrôler la plupart des muscles faciaux, sauf ceux qui entourent les yeux. Ils sont beaucoup plus difficiles à maîtriser et nous révèlent souvent ce que des lèvres scellées et un front volontairement lisse essaient de nous cacher. Mais, pour en revenir à Lisa, je parie qu’elle a très peu d’amis et qu’elle n’est guère mondaine. “

Logan fronça les sourcils. ” Ce n’est pas l’impression que j’ai eue quand je l’ai rencontrée. Je vous assure qu’elle était parfaitement sociable et suprêmement à l’aise dans les mondanités.

- Oui, mais c’est une tactique de séduction. Elle a su vous charmer. Les hommes gouvernent le monde, et elle a appris à s’en accommoder. Chez elle, l’homme propose et la femme dispose.

- J’en déduis qu’elle n’a pas réussi à vous tromper ?

- Oh! elle y serait probablement parvenue si je n’avais pas eu la possibilité d’étudier à travers ces cassettes toute la palette de ses expressions! Quand elle joue un rôle déterminé, elle n’en dévie presque jamais. Si ça lui arrive, elle reprend dans la seconde l’air adapté à la situation. Dieu merci, l’arrêt sur image permet de fixer ces fugitifs instants de défaillance.

- Vous en déduisez donc qu’elle est une femme seule, incomprise et entrée malgré elle dans une diabolique machination ? demandat-il, moqueur.

- Non, je la crois parfaitement capable de tuer un homme. Elle dégage une détermination et une intensité hors du commun. Rien ne semble l’effrayer et elle est tout sauf un pion. Née pour gouverner. ” Elle ralluma le téléviseur. ” Pardonnez-moi de ne pas avoir suivi les infos, vous allez pouvoir vous rattraper.

- Cela fait beaucoup de suppositions à partir de quelques images vidéo, vous ne pensez pas ?

- Croyez-moi ou non, cela m’est égal.

- Oh! toute cette histoire de gestuelle et d’expression corporelle est très à la mode dans les séminaires sur l’art

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de négocier dans les affaires! Mes cadres y sacrifient régulièrement. Ce que je veux dire, c’est qu’il vaut mieux se garder de tout a priori concernant Lisa Chadbourne. Cette femme est plus opaque qu’un encrier.

- Un encrier rempli de poison, compléta Eve en se levant. Je vais faire un tour sur la jetée.

- Je peux vous accompagner ? tenta Logan.

- Non, je ne me souviens pas d’avoir été invitée à votre petite promenade avec Gil.

- Aïe! ” fit celui-ci. Elle descendit les marches menant à la plage déserte, hormis quelques jeunes qui jouaient au volley. Elle se demanda si elle n’était pas imprudente de se promener à visage découvert. CNN devait avoir déjà diffusé le portrait de cette dangereuse paranoliaque du nom d’Eve Duncan, meurtrière de son amant, John Logan.

Paranoïaque. Elle grimaça. Lisa Chadbourne avait su trouver la faille. Eve l’imaginait cherchant le point faible et, le découvrant, y enfonçant ses crochets de veuve noire. Elle était certaine que cette dernière attaque était signée Lisa. Cette femme ne sous-estimerait pas une autre femme, car elle avait trop de respect pour elle-même.

Elle s’assit sur une pierre. Elle avait à présent l’intime conviction de ne pas s’être trompée, ni d’avoir exagéré ses déductions, ainsi que l’avait sous-entendu Logan. Ce qu’elle éprouvait à l’égard de Lisa Chadbourne était cette sensation d’intimité ressentie chaque fois qu’elle avait fini de sculpter un visage. Une impression de connaissance profonde, instinctive.

Oui, elle connaissait Lisa, comme elle avait connu Fraser. Elle frissonna au rappel du nom honni. Lisa et Fraser n’avaient rien en commun. Alors pourquoi avait-elle associé le tueur psychopathe à cette femme ambitieuse ? La réponse semblait limpide: la peur était de retour. Elle avait reparu avec le saccage de son atelier. Elle se rappelait avoir pensé à Fraser à ce moment-là. Et c’était sur l’ordre de Lisa Chadbourne qu’on lui avait porté atteinte pour la première fois.

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Fraser avait été possédé par une folie étrangère à Lisa, mais tous deux étaient pétris de ce même sentiment d’assurance et d’impunité qui naît du pouvoir. Et c’était du pouvoir encore que dérivait un plaisir si puissamment motivant. Fraser le trouvait dans le meurtre. Lisa Chadbourne dans quelque chose de plus complexe, mais tout aussi dévastateur. La puissance sur une échelle aussi vaste que la direction d’une nation présentait un danger à côté duquel la misérable jouissance d’un tueur pervers n’était rien.

Au diable les ambitions d’impératrice. Rien n’était plus grave que la perte de Bonnie. Après tout, le monde était fait d’histoires individuelles, de tragédies personnelles, et l’assassinat de son époux par Lisa Chadbourne n’était pas plus excusable que les actes barbares d’un Fraser.

Tous deux avaient détruit la vie, et la vie était sacrée. Elle n’était pas certaine que Detwil pût être dangereux, ainsi que le pensait Logan. Eve ignorait la chose politique et ses arcanes, mais elle savait ce qu’était le meurtre. Elle vivait avec depuis si longtemps. Et, Seigneur, qu’elle le haîssait!”

Continuez de surveiller la mère, James. ” Le front plissé, Lisa regardait le dossier d’Eve Duncan sur l’écran de son ordinateur. ” Duncan lui est très attachée, et je crois que nous tenons là le moyen de pression que nous cherchions.

- La mère est sous surveillance depuis le début, répondit Timwick. Notre homme sur place nous a rapporté qu’elle avait reçu un appel de sa fille, sur son portable. Grâce à son amplificateur de son, il a pu saisir quelques bribes, d’après lesquelles on peut parier que Duncan tente de mettre sa mère à l’abri. “

Lisa hocha la tête. C’est ce qu’elle ferait elle-même. Prévenir plutôt que guérir. ” Il faut absolument l’en empêcher. Je compte sur vous.

- En éliminant la mère? “

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Bon Dieu, Timwick ne connaissait-il donc d’autre solution que la violence ? ” Certainement pas; on peut avoir besoin d’elle.

- Elle est protégée par Madden Security, un service dont Logan est client, mais aussi par la police d’Atlanta. Il nous sera difficile d’intervenir avec toute la discrétion voulue.

- Faites de votre mieux. Envoyez Fiske, il a très bien mené l’opération à Barrett House. Où en êtes-vous en ce qui concerne l’anthropologue médicolégal ?

- Nous surveillons Crawford à l’université de Duke.

- Et les autres spécialistes avec lesquels Duncan a travaillé ? - Nous en avons la liste, et nous l’épluchons, mais cela prend du temps.

- Ça ne devrait pas être trop difficile, pourtant. L’homme doit avoir de l’expérience dans le domaine de l’ADN.

- Ils sont légion, aujourd’hui, à surfer sur la vague de l’ADN.

- Envoyez-moi cette liste, je m’en occuperai. ” Elle jeta un coup d’oeil à sa montre. ” Il faut que je vous laisse, j’ai un rendezvous. Je vous rappellerai. “

Elle raccrocha et regarda une dernière fois l’image d’Eve Duncan, avant d’éteindre l’ordinateur. Elle savait que la fille essaierait de protéger la mère, bien que celleci n’eût rien fait pour mériter tant de reconnaissance. Elle avait laissé son enfant grandir dans la rue et n’avait rien tenté pour l’empêcher de tomber enceinte et d’avoir un enfant illégitime.

Continuer : partie 3 sur 3