Temps de Lune Saison 2 : Episode 1: Eclipse de Lune, Le Hurlement des Loups (French Edition)
Chapitre 6. 74
Chapitre 6
Le Seigneur des Louveteaux
« Nombreux sont les vivants qui mériteraient la mort. Nombreux les
morts qui mériteraient la vie. »
Je mourrai de chaud.
— Vous n’êtes pas des métas chiens.
En entendant cette phrase, j’ouvris aussitôt les yeux pour rencontrer ceux de Jensen qui dardait sur moi un regard incisif.
Puis, un rapide coup d’œil à ma droite et ma gauche m’aida à comprendre pour quelle raison mon très récent ami venait de me faire cette réflexion.
Erwan et Malcolm étaient pelotonnés contre moi tout en ronflant comme des bienheureux.
Je m’ébrouai afin de m’extraire de ce « hot-dog » humain, sans trop vouloir faire un jeu de mots douteux.
Cela ne les réveilla pas outre mesure.
— Pourquoi dis-tu cela ? lui demandai-je en essayant d’afficher un air dégagé.
Je m’évertuai de libérer ma jambe prisonnière de celle d’Erwan.
— Les métas chiens ont perdu cette habitude.
— Quelle habitude ?
De l’index, Jensen me désigna les deux loups en train de roupiller sur « mon » lit. Mon regard ne s’attarda pas plus de trois secondes sur le duo brun. Il revint promptement à mon interlocuteur.
Ce dernier m’ausculta attentivement de ses prunelles d’un joli vert et j’attendis patiemment qu’il s’explique d’avantage.
— Dormir les uns contre les autres. C’est typique des métas loups car ils ont gardé en eux cet instinct sauvage de meute. Ce qui s’applique quand ils dorment loin de leur tanière ou qu’il y a des tensions entre les membres. Cela sert autant à se réchauffer, qu’à s’apaiser, ou se rassurer. Les métas chiens n’ont pas ce genre d’instinct. On ne sait pas pour quelle raison, mais c’est un fait.
— Peut-être parce qu’ils sont plus humains que chiens.
Je ne niais pas. Son accusation était justifiée et de toute façon, nous n’allions pas rester indéfiniment dans les casernes des métas chiens. Je désirai juste récupérer Ulrich, Cahl puis aider Pixie et les autres.
Nous nous défiâmes mutuellement du regard, il hocha brièvement la tête pour ensuite sortir du dortoir.
Dès qu’il ne fut plus dans la pièce, je soufflais bruyamment l’oxygène inspirée, tout en essayant de détendre mes muscles contractés. Pour m’y aider, je remuai doucement la tête afin de soulager un peu la raideur de ma nuque.
— Je me demande bien quel est le programme de la matinée dans ce bastringue, marmonnai-je en contemplant Erwan et Malcolm, toujours dans les bras de Morphée.
Je revis mentalement « le » Cahl de la veille. Un Cahl à la fois identique et différent.
Il avait les yeux rouges. Même rouge que… Mallok ? Non. Même rouge que la créature ressemblant à Chimère, oui.
Je savais tenir là un détail capital pour comprendre toute cette histoire dont je n’avais que quelques pièces du puzzle.
Un méta chien en jogging entra dans le dortoir et quand il m’aperçut, sa réaction m’étonna : il se pétrifia en écarquillant les yeux.
Un relent aussi acide qu’un zeste de citron me parvint. Je fronçai le nez.
Pas aussi cool que ça d’avoir une super truffe. Ce méta est complètement flippé.
— Excuse-moi ! l’interpellai-je.
Il jeta un furtif coup d’œil vers la porte de sortie.
Oh ça va, je ne vais pas te bouffer !
— Excuse-moi, repris-je en ayant l’impression qu’il était prêt à détaler. Nous sommes censés faire quoi le matin ?
— Ce matin, c’est quartier libre mais cet après-midi, nous irons à la mine.
La mine ?
Soudain je songeai au grand type aux tatouages avec qui j’avais échangé quelques mots, un soir : Rahen Beähort. Cahl m’avait expliqué que c’était un berserkir, une sorte de métamorphe ours, et ce dernier avait bien parlé de « creuser ».
Lorsque je levai les yeux afin de remercier le méta du renseignement, je notai qu’il avait déjà pris la poudre d’escampette.
C’est complètement dingue. On peut dire que je lui fais un effet bœuf à celui-là !
Des bras m’entourèrent le cou pour m’étreindre puis une bouche m’embrassa rapidement la joue.
— ‘Lut Bébé. Je ne sais pas ce qu’on a foutu cette nuit, mais je suis fourbu. Si tu as abusé de moi pendant mon sommeil, ça me va. Par contre, si c’est l’autre Stanton, j’vais lui rendre la politesse version dominant.
« L’autre Stanton » en question lui donna une grosse claque sur l’arrière du crâne.
— T’es pas mon genre, crétin ! grogna Malcolm.
Erwan répliqua par une œillade assassine.
— Ah, parce que tu as un « genre » ? Je pensais que tu étais plutôt de ceux qui sautent tout ce qui bouge.
La prunelle intacte de Malcolm brilla d’une lueur amusée.
— Non. Mâles ou femelles, je suis très sélectif.
Minute papillon. Comment ça, « mâles ou femelles » ?
Je fixais le loup-garou qui esquissa un sourire railleur en retour.
Oh… oh. Je vois. J’ai compris. Il… il aime les deux. D’accord.
— Tu es choquée, Mère-Louve ? m’interrogea Malcolm, narquois.
Je m’efforçai d’arborer une attitude indifférente.
— Pas du tout. Comme le dis la publicité tu fais un peu ce que tu veux de… de tes cheveux.
— Mes cheveux ? répéta le méta en haussant un sourcil.
— Oui. Tes cheveux. Quoi ? L’analogie était trop subtile ? Tu aurais préféré que je te dise « Tu fais ce que tu veux avec ta queue ? » Parce que c’est bien connu, chiens et loups remuent souvent de la queue, surtout quand ils sont contents ! Ouais, plaisanterie pourrie est mon second prénom ! Bon. La minute ludique est terminée. Allons bouffer. J’ai faim.
Sur ce, je leur tournai le dos pour me diriger vers la porte. Une fois dans le couloir, ma super truffe se mis en mode pilotage automatique en repérant une odeur de nourriture.
Je me laissais guider vers l’extérieur, sans même vérifier si mes deux compagnons me suivaient.
Il y avait une queue de métas devant l’un des fameux bâtiments noirs, et c’était probablement ceux du même bloc que le mien.
Je repérai Jensen parmi eux.
— Qui te fait froncer les sourcils ?
C’était Erwan. Je croisais les bras sur ma poitrine sans quitter des yeux « mon nouvel ami ».
— Jensen.
— Jensen ? répéta Erwan. C’est qui Jensen ?
— Le type habillé en noir, dans la file d’attente.
Du coin de l’œil, je vis Malcolm également se placer à mes côtés.
Erwan examina longuement le méta que je venais de désigner, puis lâcha d’une voix aigre :
— Je ne l’aime pas, ton « Jensen ». C’est pas un clébard ordinaire, ton pote.
Je me tournai vivement vers lui, surprise.
— Comment ça ?
Mais ce fut Malcolm qui me répondit.
— Tu n’as pas remarqué son odeur ? Elle est différente des métas clébards qui vivent ici.
— Non… je veux dire, ma super truffe avait zappé ce détail.
Les deux loups-garous me fixèrent durant plusieurs secondes, sans piper mot.
— Je peux t’avouer quelque chose sans que tu paniques ? s’enquit doucement Erwan.
— Je ne sais pas si j’ai envie de l’entendre.
— Ton odeur change. Entre le premier jour où je t’ai rencontré et aujourd’hui, ton odeur est différente.
— Tu as gagné. Je panique maintenant, lâchai-je d’une voix blanche.
Erwan me passa un bras autour du cou afin de m’étreindre brièvement, surtout pour m’apaiser.
— Cela ne signifie pas forcément une catastrophe, suggéra-t-il.
Le doute trônait quelque part dans ses mots ; je pris le partit de l’ignorer.
— Vous n’avez pas remarqué un truc ? dis-je subitement en m’écartant du cousin de Cahl.
J’avais de nouveau capté toute leur attention, et désignai de l’index mon cou.
— Nous n’avons pas de collier. Je ne sais pas qui a eu l’idée de nous balancer ici, parmi les métas chiens, mais je ne crois pas que c’était pour faire de nous des esclaves.
Malcolm et Erwan semblèrent le réaliser et tâtèrent à le leur chacun leur tour tout en échangeant un drôle de regard.
— Je dois vous raconter ce qu’il s’est passé hier soir. Ensuite, faisons la queue comme tout le monde et gardons précieusement les gélules qu’ils nous donneront. Je ne suis pas certaine que Cahl ai pu faire expertiser celles de son frère.
Tout en marchant en direction de la queue leu leu de métas, je racontais tout de la soirée de la veille à mes deux compagnons. Ils ne paraissaient pas avoir gardé le moindre souvenir, même en ce qui concernait notre rencontre avec Cahl version bizarre qui parle le russe. Je ne leur épargnai pas leur chasse à mon encontre, question qu’ils se sentent honteux de leur comportement. Quand je constatais de visu qu’ils n’éprouvaient rien de tel, curieusement, cela ne m’étonna qu’à moitié.
Une demi-heure plus tard nous étions encerclés de gorilles Russkoffs dans une salle aux murs blancs dépouillée de meubles.
Eh oui. Logique.
Notre absence de collier, justement, n’était pas passée inaperçue.
Mains menottées dans le dos, à genoux, têtes baissées, nous attendions sagement la suite des évènements. Au début, Erwan et Malcolm voulaient physiquement se rebeller, mais mon intuition – géniale ou bien totalement inconsciente – me chuchota à l’oreille que c’était une mauvaise idée : je leur avais donc intimé d’obtempérer tranquillement aux « men-in-black », et ils n’avaient pas eu d’autre choix que d’obéir à cet ordre.
Nouveau truc cool d’Alpha : c’est qui le boss ? C’est moi le boss. Oh, yeah.
Mes narines frémirent en reconnaissant son odeur, avant même que mes yeux ne se lèvent pour vérifier si mon sens olfactif se trompait.
Hélas, aucune erreur. C’était Cahl. Le Cahl aux yeux rouges parlant le russe.
Nos regards s’accrochèrent et encore une fois j’eus l’étrange certitude qu’il ne me reconnaissait pas. Quelque chose de « surpris » ou « d’intrigué » dans sa façon de me scruter.
Lui renvoyais-je également ce genre de discours ?
Possible. J’ai un mal de chien à le considérer comme Cahl. Il a la même odeur, la même démarche, la même manière d’analyser du regard, pourtant… quelque chose ne va pas. Mais qu’est-ce que c’est ?
Au moment où l’un des Gorilles allait me frapper pour m’obliger à baisser les yeux, Erwan et Malcolm dévoilèrent agressivement leurs crocs tout en grondant. Mais ce ne fut pas cela qui interrompit l’employé d’Alek Swan, ce fut la main de « Cahl », celle qui saisit l’arme avant que cette brute ne m’en file un coup.
L’employé eut l’air surpris puis recula vivement. Cahl ne me quittait des yeux tandis que je lui rendais la politesse.
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— Vyyti. Vse , ordonna calmement Cahl, tout en déboutonnant sa
veste de costume.
Un bouton, deux boutons… il prenait visiblement son temps.
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— Ty uveren chto, Boss ? s’enquit celui qui avait voulu me taper.
Son regard fit plusieurs fois la navette entre son « patron » et moi, toujours à genoux, les lèvres pincées et les narines frémissantes de colère. Je défiais clairement cette version inconnue de celui censé être mon « mâle ».
Cahl opina en guise d’assentiment.
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— Da. No pust’ zhenshchina zdes’ .
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— Khorosho , lâcha le gorille.
Puis, d’un mouvement de tête marqué, il inventa ses compères à obéir.
— Ce n’est pas Cahl, ce type ! cracha Erwan entre ses dents alors qu’un des men-in-black l’obligeait à se relever par la force.
— Je sais, rétorquai-je sur le même ton, sans quitter la version russkoff de Cahl des yeux.
— Je ne veux pas te laisser seule avec ce mec, gronda-t-il ensuite en lançant un regard noir à l’homme de main de Swan.
— Ne vous occupez pas de moi. Débrouillez-vous pour rester en vie.
— Où est ce satané déviant ? Il n’est pas censé te coller aux basques ? intervint Malcolm tout en se débattant contre celui qui l’encerclait de ses bras pour le traîner hors de la pièce.
— Il… c’est compliqué. Considérez cela comme une autorisation de sortie pour lui.
Sans le vouloir, les deux loups-garous me jetèrent simultanément le même regard ahuri.
— T’es complètement barjot ! s’écria Erwan. Tu as un garde du corps capable de rétamer toute une armée à lui tout seul et tu… tu « l’autorises » à aller cueillir des pâquerettes dans les champs ?
J’abaissai brièvement les paupières pour chercher au fond de moi cette puissance d’Alpha que je souhaitais exercer. J’arrivais à faire des trucs fabuleux, comme zoomer avec mes oreilles mais sans avoir, pour l’instant, trouvé la télécommande qui m’aiderait à réaliser ces prodiges selon mon bon désir.
— OBEISSEZ ! Faites ce qu’il faut pour sauver votre peau !
Les deux métas grognèrent.
Je veux une voix d’Alpha… je veux une voix d’Alpha, bon sang !
Mon pouls s’accéléra ; l’extrémité de mes doigts se fit douloureuse au point où je cru qu’on m’en arrachait les ongles. En réalité, une courte vérification sur ses derniers manqua de me faire rendre mon repas : ils étaient longs, noirâtres et crochus.
Beurk. C’est dégueu.
Soudain, le miracle se produisit. Un de ces miracles presque divins tant ils ont été espérés. Une voix affreusement grave m’appartenant retentit dans toute la pièce, figeant chaque individu présent dans une immobilité parfaite. Le visage à peine redressé, mes prunelles étaient rivées sur Erwan et Malcolm qui cessèrent immédiatement de se débattre.
— J’ai dit : OBEISSEZ et SAUVEZ VOTRE PEAU.
L’espace d’une seconde, leurs yeux devinrent rouges et, lèvres retroussées sur des crocs proéminents, ils grondèrent d’une manière bien différente qu’un peu plus tôt. Ils se soumettaient à l’ordre.
Encore une fois, je fermai les yeux.
Enfin !
Ils se laissèrent traîner vers l’extérieur. Rien ne me surprenait dans le fait que les « men-in-black » parvenaient à les maîtriser : leur odeur piquait le nez. Je ne savais ce qu’ils étaient, méta ou autre chose, mais là, tout de suite, je votais pour autre chose.
Il ne restait plus que le Cahl-Russe et moi. Doucement, il reprit son streap-tease improvisé. Instinctivement, sans me redresser complètement, je reculai tout en le surveillant attentivement.
Le méta évoluait avec lenteur non loin de moi. Il continuait à se déshabiller sans que mon attitude agressive ne le perturbe. Lorsqu’il ôta sa chemise à la blancheur impeccable, je su… et mes derniers doutes s’envolèrent immédiatement.
Ce Cahl « là » possédait une musculature plus travaillée que celui que je connaissais. Son torse était une toile scarifiée de cicatrices et visiblement, assez anciennes pour n’être que des lignes irrégulières blanchâtres.
C’est un truc de dingue ! Mais qui est ce type ? Le frère jumeau caché de Cahl ?!
Vu la tendance de Simyan à semer des petits louveteaux de partout de par le monde, que cela soit effectivement l’explication de cette troublante ressemblance entrait parfaitement dans l’ordre du possible.
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— Interesno yesli vy znayete kak borot’sya , me dit tranquillement
mon interlocuteur tout en se détendant les muscles de la nuque en penchant alternativement la tête sur les côtés.
Il sautillait sur place tel un boxeur s’apprêtant à faire un match ; ses poings serrés fendaient l’air devant lui.
Il veut quoi ? Qu’on se tape dessus ? Sérieusement ?
— Je ne comprends rien à ce que tu racontes, grognai-je.
Ma position n’avait rien d’humaine et, inconsciemment, je m’aplatissais davantage, paumes contre le sol.
Il s’arrêta de gigoter et fit faire des moulinets à l’une de ses mains.
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— Borot’sya ?
Ce Cahl inconnu me jeta une œillade perplexe tout en secoua négativement la tête :
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— Ty ne khochesh’ ?
— Tu ne veux pas arrêter de baragouiner dans ta fichue langue, Ivan
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Drago junior ? Tu ne piges pas que je n’ai pas le décodeur ?!
Nous nous dévisageâmes l’un l’autre durant d’interminables secondes, puis, ses yeux plongés dans les miens, il articula difficilement :
— Te battre.
Oh mon Dieu ! Merci, merci ! On va peut-être finir par se comprendre !
— Pourquoi ? demandai-je méfiante et sur le qui-vive.
Il eut un sourire effrayant qui me rappelait un peu celui de Cahl lorsqu’il était en mode loup-garou.
— Tester… force… Alpha.
— Tu veux tester ma force d’Alpha ?
Sa joyeuse grimace flippante s’élargit :
— Da.
Espèce de grand malade !!
Je me redressai enfin sur mes deux jambes, tout en gardant une distance raisonnable entre lui et moi.
— Non, refusai-je.
— Non ?
— Da.
Par contre, le mien, de sourire, devait être un brin ironique.
Sans me lâcher de ses prunelles de la couleur du sang, il commença à défaire la boucle de sa ceinture. Je ne réalisai que la situation devenait franchement surréaliste que lorsqu’il se mit à retirer son pantalon à pinces.
— Oh ! l’interpellai-je d’une voix aigüe. Mais qu’est-ce que tu fabriques ?!
Il s’immobilisa, interrogateur, et j’agitai mon index en direction dudit vêtement presque entièrement enlevé.
Je notais, malgré moi et avec un réel amusement, qu’il portait des chaussettes mi-longues noires. Il y avait quelque chose de comique à le voir là, les pectoraux et les abdos bardés de cicatrices mais en caleçon-chaussettes.
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— Ya tyanu moi shtany… on ne mozhet uvidet ’ ? répondit-il en
haussant un sourcil.
A mon tour, j’arquais les miens.
— Pantalon… pfffiouut ! répéta-t-il en mimant de ses deux mains un objet qui s’envole.
— Merci, cependant, j’avais bien que tu enlevais ton froc, c’est la raison qui te pousse à le faire qui m’inquiète.
Encore une fois, nous nous scrutâmes mutuellement. Moi j’attendais patiemment qu’il se débrouille pour m’expliquer le pourquoi il « jetait son pantalon par-dessus les moulins » et lui… eh bien lui, je supposais qu’il cherchait ce fameux moyen.
— Grrr… grrrr ! grogna-t-il, les doigts repliés, les lèvres retroussées.
Je ne souriais plus. Je venais de comprendre et j’espérai sincèrement me planter.
— Tu vas te transformer ? Tu vas te transformer pour te battre avec moi ?
Le silence qui s’instaura après ma diatribe énoncée d’un ton anormalement calme, le genre de calme qui précède la tempête hystérique, surtout chez moi, aurait pu détenir la capacité de nous étrangler tant il était étouffant.
Il s’abstint de répondre, se contentant de me fixer de son regard rougeâtre.
— Pourquoi ? Pourquoi désires-tu tant te battre avec moi ? Là, j’ai l’impression d’être ta prisonnière, et que tu pourrais me tuer juste en claquant des doigts. Tu m’as sauvé la vie hier soir, et aujourd’hui, tu veux qu’on se batte comme des animaux dans une arène… pourquoi ?
Mais la version russe de Cahl s’abstint, là aussi, de s’exprimer verbalement sur le sujet qui me préoccupait, même dans sa langue natale. Il préféra ôter son caleçon et en réaction, je détournai pudiquement les yeux.
Je crois que je ne vais pas y échapper… crotte.
Le problème était que, personnellement, je n’avais pas passé les trois mutations obligatoires ; je ne pouvais pas me transformer quand bon me le semblait, contrairement à lui.
Fébrile, à compter chaque goutte de sueur froide dévalant mes tempes et mon dos, je fermai avec les yeux en souhaitant ardemment que les bruits et autres grognements que j’entendais étaient une sorte d’illusions auditives et que le type, celui qui ressemblait à Cahl et qui parlait Russe, n’était pas vraiment en train de se transformer en grosse bête velue.
Puis, les sons moururent pour laisser de nouveau le silence prendre ses aises. Ce n’était pas de bon augure, bien au contraire… je le savais. N’importe qui à ma place l’aurait su.
Ma respiration se fit affreusement bruyante : on aurait dit un cri dont l’écho se répercutait sur chaque millimètre carré de cette pièce terriblement vide.
Je les entendis avec une incroyable netteté : le son produit par ses griffes raclant le carrelage.
« Clic, clic, clic, clic »
Vers ma gauche. Doucement. Ah ça oui, il prenait son temps.
Qu’est-ce que je peux faire ? Comment lui faire comprendre que je suis incapable de me transformer ? Merde !
« Clic… clic, clic, clic »
Encore un peu plus à gauche. Mon corps pivota de lui-même, les ongles de mes doigts s’enfoncèrent dans la fine chair de mes paumes. Désormais, je percevais même de la sueur au-dessus de mes lèvres au point qu’en goûter la saveur âcre était tout à fait envisageable.
Quelle forme a-t-il ? Genre film d’épouvante, comme Mallok ? Ou bien comme les loups que je connais ?
J’avais envie de pleurer. Là, d’un seul coup, sans véritable raison hormis peut-être une fabuleuse trouille. Mon souffle tremblait. Il devait bien s’en rendre compte, à me tourner autour comme il s’amusait à le faire en cet instant précis.
Je gardai fermement les paupières closes en me donnant l’impression d’être projetée des années en arrières, comme lorsqu’une frayeur irrationnelle nous étreint tandis que nous sommes seuls dans notre chambre et que dans chaque objet se cache un potentiel monstre guettant le moment propice pour nous dévorer. Notre seule réaction était de fermer les yeux et se cacher sous la couverture à en suer à grosses gouttes.
Je n’étais pas dans ma chambre, encore moins sous ma couette à l’effigie du petit prince mais il y avait bel et bien un monstre propice à me dévorer et sûrement qu’avoir les yeux fermés ne me sauverait pas.
« Clic, clic, clic, clic »
Je vais le regarder. Je n’ai pas le choix si je veux tenter de me défendre un minimum, faut que j’ouvre mes satanés yeux !
Je déglutis péniblement, simplement parce que ma salive me faisait l’effet de s’être changée en boule de métal.
« Clic… clic »
Très proche cette fois-ci. Trop, trop, proche, même. Une à deux secondes après, je sentis quelque chose d’humide contre la peau fine et sensible de mon cou, là, entre la ligne la plus carrée de ma mâchoire et ma veine jugulaire. Je tournai machinalement la tête sans réussir à affronter visuellement la créature qui me terrorisait.
Il inspira. Longuement, comme s’il remplissait entièrement ses poumons.
Je dois me concentrer. Appeler cet animal qui vit en moi. Il doit exister un moyen de l’obliger à surgir…
Ma respiration se fit plus profonde. Autant, sinon plus que la sienne.
Il ne m’attaque pas en traître, c’est déjà ça.
Si je devais trouver un mot pour définir la douleur qui me ravagea arès cette pensée, je dirai « torture ». J’imaginais facilement que les victimes de l’ensemble des pratiques moyenâgeuses éprouvaient ce que j’endurai, là, en ce moment précis.
Quel animal se nichant au creux de mes entrailles était venue à ma rescousse ? Laquelle de ces deux entités m’avait prise en pitié ? La renarde ? La louve ?
Peu m’importait, au fond… parce que, de toute manière, je souffrais à implorer l’ange de la mort de se grouiller, question d’en terminer au plus vite.
Tous mes os se déboîtèrent simultanément et je mis un certain temps à réaliser que l’horrible cri qui me perçait les tympans m’appartenait. C’était moi qui hurlais à m’en brûler les poumons.
D’autres hurlements animaux y répondirent spontanément. Quelque part dans mon esprit noyé de douleur, je reconnus avec un étrange instinct le feulement de Erwan et de Malcolm, mais aussi, plus ténu, celui de Koran, Nomély, Macey, sans oublier Quent.
J’envoyais une seconde salve et c’était là un sacré rugissement qui explosa dans les airs : une interminable sirène ameutant les siens.
Je n’étais pas à proprement parlé à quatre pattes, simplement parce que cette position ne me semblait pas naturelle, gênante même. Ma vision était curieuse ; elle était teinté de rouge tirant sur le jaune orangé, floue sur les contours mais d’une incroyable précision en son centre. Mon souffle résonna curieusement à mes propres oreilles. Je m’étais transformée. Vraiment, mais en… quoi ?
Le plus étrange restait ma façon de penser. Je savais être moi, Beth, je n’avais pas perdu mon identité humaine, néanmoins, mes pensées ne se formulaient pas exactement de la même manière. C’était plus… plus… abstrait. Sans véritablement user des mots, davantage des idées éclatants comme des grains de maïs sous la pression d’une forte chaleur.
Je le vis. Enfin nous nous confrontions l’un à l’autre : Lui, sosie pratiquement parfait de Cahl mais qui sous sa forme métamorphe ressemblait plus à Mallok qu’à l’original, son « autre ».
Je désirai si ardemment parler, lui demander son nom, qui il était réellement, mais ce qui sortit de ma gueule ne fût qu’un ignoble grognement.
Les paroles de Mallok me revinrent en mémoire, autrement dit ce qu’il avait enduré afin de pouvoir s’exprimer et se faire comprendre sous cette forme-là. Je fermai les yeux. Une atroce réalité venait de surgir dans mon esprit en déroute : si je me tenais sur mes deux pattes arrière, cela signifiait que je ressemblais à Mallok bien plus qu’à mes compagnons canins.
Alors, quoi ? J’étais une « déviante » ? C’était bien cela, n’est-ce pas ?
Celui qui se tenait face à moi l’était aussi, indéniablement. Plus grand que moi et si j’avais le dixième de sa tête, je devais être bonne pour effrayer les petits enfants.
Comme s’il avait deviné mon agitation intérieure causée par l’acceptation d’une telle apparence physique, le méta jumeau-de-Cahl recula légèrement tout en se laissant tomber sur ses pattes avant.
Ce fort désir de se tenir sur nos quatre membres inférieurs au lieu des deux dans une façon plus « humaine » provenait probablement de la partie la plus lupine de nous-mêmes, car, vraiment, cette position, sans être douloureuse, restait extrêmement inconfortable.
Finalement, une chose innommable remua au fond de moi ; cela partait de l’estomac pour remonter le long de ma gorge. Cela grondait telle une tempête alourdie d’un tonnerre faisant vibrer jusqu’au sol sous nos pattes. Mon cri de guerre. Celui qui annonçait la couleur : « Je suis une Alpha, mon gars ».
En réaction, les oreilles de mon adversaire se plaquèrent sur son crâne bosselé et couvert d’un pelage très sombre. Ses babines roulèrent afin de découvrir d’énormes canines luisantes de salive. Ses prunelles se nouèrent aux miennes. Il n’y avait plus aucune trace d’humanité dans les siennes. Mon regard reflétait-il également cette rage sauvage, cette détermination à se battre à coups de griffes et d’immenses crocs ? Á tuer s’il fallait en arriver là ?
Lui aussi rugit. Et c’était rudement impressionnant car sa gueule n’était qu’à quelques malheureux millimètres de la mienne : il me soufflait sa soif de vaincre, de « m’éclater la tête », même si les mots n’étaient plus, c’étaient bel et bien ce qu’il mugissait. Pas de doute, il relevait le gant que je venais de lui jeter à la figure.
Dans un premier temps, nous nous tournâmes autour, formant un cercle imparfait de notre démarche étrange où chaque mouvement pouvait paraître fluide, mais en réalité, il réclamait plus d’efforts que de nécessaire.
Mon corps réagit avant mon esprit, ou il n’avait simplement pas besoin de lui, en tout cas en ce qui concernait la baston.
Je plongeais en avant, gueule ouverte. La suite des évènements fut série de morsures, de roulades. Je plantais mes canines dans la chair chaude dont les poils rêches me collaient étrangement à la langue. Le goût du sang m’était déjà plus familier. Cela me rappelait la fois où j’avais léché la blessure d’Erwan afin de le soigner. J’avais très bêtement relevé le défi dans un sursaut de fierté mal placée et peut-être aussi parce que j’avais blessé le méta loup. N’empêche que j’avais adoré cette saveur métallique. Le précieux liquide de vie avait eu une texture enivrante, douce-amère, qui réveillait la bête tapie aux tréfonds de mes entrailles, ou bien dans un coin reculé de mon âme.
Je retrouvais cette divine sensation en mordant cruellement l’épaule de mon ennemi.
J’avais visé le cou, malencontreusement, il avait deviné où se portait mon attaque et avait réussi à bouger suffisamment pour que je n’atteigne pas mon objectif.
Les grognements furieux résonnaient tout autour de nous et nous n’hésitions pas une seule seconde à échanger des coups d’une brutalité sanglante.
Je souffrais. Mes muscles me brûlaient comme si cette forme me réclamait trop d’énergie, trop de force : elle puisait, dans chaque molécule de mon être, le pouvoir dont elle avait besoin. Elle se nourrissait de moi pareil au prédateur se ravitaillant de sa proie. Ce qui était fichtrement comique étant donné que j’avais l’apparence d’un terrifiant prédateur. Les métamorphes n’étaient que de misérables poupées russes dont la psyché animale détruisait les autres.
Soudain, deux mains puissantes nous séparèrent, nous repoussant chacun d’un côté avec une déconcertante facilité.
J’en perdis l’équilibre, tombais au sol pendant qu’une terrible douleur se réveillait subitement, partant de la cuisse pour remonter jusque dans ma poitrine.
Je baissai automatiquement les yeux vers mes jambes. Effectivement, le sosie de Cahl ne m’avait pas loupé : ma chair souffrait d’une grosse trace de morsure sanglante. Si j’avais été sous ma forme humaine, je pense que j’en aurai rigolé. Exactement l’endroit où Cahl – le vrai – m’avait mordu afin de m’apposer sa deuxième marque.
Ma vision devint de plus en plus floue. Le rouge partait parfois pour laisser place aux couleurs. C’était un peu comme fixer l’écran d’un téléviseur particulièrement capricieux. Pour le reste, j’avais l’impression d’être sur le pont d’un navire en pleine tempête. Cela tanguait affreusement tout autour de moi.
— Hé… ! Beth, c’est ça ?
Cette voix masculine déformée provenait d’un visage vaguement familier positionné au-dessus du mien.
Par réflexe, parce que, vraiment, je n’avais aucune envie de le mordre, ma mâchoire claqua lorsque ses doigts s’aventurèrent trop près de ma gueule.
Loin de s’offusquer, cela le fit sourire.
— Je ne sais pas si tu te souviens de moi, je m’appelle Rahen. Nous avons échangés quelques mots lors d’une chouette soirée étoilée.
J’émis un grognement incertain. Je me faisais l’effet d’être une droguée venant de recevoir une belle grosse dose de sa came.
Après avoir roulé sur moi-même, je tentais la position stable à quatre pattes avec la détestable impression d’avoir eu l’idée saugrenue d’enfiler des patins à roulettes. Mes ongles exagérément longs griffèrent allègrement la surface lisse du carrelage.
— Beth ! m’interpella le « presque inconnu ». Calme-toi. Tu es en mode Berserker. Si tu veux retrouver ta forme humaine, tu dois avant tout te calmer. C’est à cette seule condition que tu…
Le reste se perdit dans sa bouche car le sosie de Cahl venait de lui foncer dessus.
Je tournai la tête dans leur direction ; oreilles plaquées vers l’arrière, babines retroussées, je leur grognai mon mécontentement.
Pour une obscure raison, j’avais une très forte envie de les déchiqueter tous les deux, mais là, en les voyant se battre, je me mettais automatiquement du côté de la créature me ressemblant le plus, alors que, ironie du sort, c’était certainement celui qui entrait définitivement dans la case « ennemi à éradiquer ».
Ce Rahen était sacrément fort : il n’était même pas transformé qu’il parvenait à repousser les attaques – sournoises – du sosie de Cahl.
En sus d’être une véritable torture, ma blessure me donnait de sacrées difficultés pour me mouvoir sans me vautrer misérablement.
Lorsque je parvins enfin à ses côtés, le pseudo-Cahl était en train d’envoyer Rahen dans les airs. Ce dernier finit son vol plané contre un mur ; vol plané qui lui coupa la respiration mais d’après ce que je pouvais en humer, il n’y avait pas de réels dommages physiques.
Une pincée de secondes plus tard, lorsqu’il revint à la charge avec la tête du guerrier qui va vous réduire en bouillie, je remarquais que la forme de ses yeux avait légèrement changé.
Faux-Cahl et moi nous nous tenions côte-à-côte, faisant front ensemble devant cet adversaire dont l’odeur nous hérissait le poil. Mon… « compagnon » inclina davantage sa gueule vers le sol, les crocs découverts jusqu’aux gencives dans une attitude au summum de son agressivité. Je l’imitai aussitôt, muscles tendus, tassé sur moi-même, prête à bondir.
Mon comportement coupa Rahen dans son élan : il paraissait sincèrement stupéfait que je me joigne à l’autre loup-garou.
— Il y a deux minutes tu cherchais à l’égorger et là… tu es avec lui ?! murmura-t-il, atterré, le poing dressé.
D’ailleurs il l’abaissa très lentement, peut-être même inconsciemment.
Avant que je puisse répliquer par le grognement qui roulait déjà dans ma gorge, ma vision passa définitivement des tons rougeâtres au technicolor mais mes forces me quittèrent définitivement et je m’écroulai sur le flanc. Mes paupières se fermèrent alors que j’éprouvai une sorte de soulagement que ces combats se terminent.
***
Deux choses me réveillèrent simultanément : la première était une douleur dans la jambe, le genre à vous faire pleurer comme un gros bébé. La seconde… la seconde était bien plus agréable : c’était le son régulier que produisait la pluie en tombant. Les gouttes frappaient sans cesse le carreau d’une fenêtre et je trouvais cette musique des plus apaisantes. Elle me rappelait ces moments douillets à la maison, bien à l’abri sous ma couette pendant que les éléments se déchaînaient à l’extérieur.
J’ouvris doucement les yeux et examinai minutieusement mon environnement. Je n’étais pas au dortoir des métas, pas de doute.
Qui est l’heureux propriétaire de ce « trois pièces » à la teinte monochrome ?
Je n’ai jamais vu autant de meubles noirs, ou de noir tout court dans une chambre, hormis peut-être celle de…
Je me redressai à demi dans le lit dans lequel je me trouvais.
… Cahl. Je suis chez le jumeau de Cahl. Je suis… je suis dans la merde !
Je rejetai vivement le drap me couvrant les jambes pour contempler, interloquée, ma complète nudité.
Où sont mes vêtements ?
Mes yeux cherchèrent désespérément mes habits, mais finalement, mon cerveau se mit en route et leur rappela que tant d’efforts était vain : j’avais muté en une grosse chose velue et mes vêtements devaient giser quelque part, morts au champ d’honneur.
Ce fut avec beaucoup de lassitude que mes mains vinrent couvrir mon visage.
— Je ne peux pas sortir d’ici à poil, quand même… murmurai-je.
J’écartai doucement les doigts, l’œil rivé au drap noir.
Oui, l’important était de trouver une façon de sortir d’ici sans encombre. Vivante, surtout. Capital, ça : de rester en vie.
Je tirai violemment sur le drap, puis, en grimaçant, m’extrait du lit pour transformer le linge en toge nouée sur l’épaule. Le strict minimum afin de préserver ma vertu.
J’ai l’impression de sentir encore ses crocs dans ma cuisse, songeai-je en trainant la patte.
Soudain, face à moi, trois portes.
— Crotte… zut, flûte, caca boudin.
Laquelle était celle menant à la sortie ?
Logiquement, cela devrait être celle face à moi. Celles de gauche et de droite, à d’autres pièces.
J’inspirai une grosse goulée d’oxygène et tournai la poignée de la porte devant moi.
— Merde… ! soufflai-je, les yeux exorbités.
Le faux-Cahl, entièrement nu – aussi – les cheveux humides, tentait apparemment de se soigner l’épaule.
Comme s’il s’était attendu à ce que j’ouvre cette porte, il dardait sur moi un regard à la fois amusé et interrogateur.
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