Un Parisien à Madagascar

Etienne Grosclaude · Chapitre 6 sur 6

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Un Parisien à Madagascar

Annexe Iii

 

 

NOTE SUR LA PRODUCTION AGRICOLE ET

FORESTIÈRE

 

Par L. MEURS et L. BOUSSAND.

 

Les ressources minières, si intéressantes qu’elles puissent être, ne suffisent pas à assurer une prospérité durable. La véri-table richesse d’un pays réside dans son sol plutôt que dans son sous-sol. Que seraient aujourd’hui la Californie et l’Australie si à côté de leurs gisements prodigieux, qui suffirent tout d’abord à attirer des populations entières, ces régions n’avaient offert des ressources agricoles telles que leur mise en valeur les place au nombre des pays les plus riches et les plus prospères ?

Une mine s’épuise vite, la fertilité d’un sol demeure.

L’avenir agricole de notre nouvelle colonie répond-il à son avenir minier ? Nous le croyons. De même que nous sommes convaincus que les mécomptes que l’on a eu à enregistrer sont dus uniquement à une étude insuffisante ou mal dirigée des conditions géologiques et climatériques de l’île. – Madagascar offre en effet, au point de vue du climat et du sol, deux zones bien distinctes : la zone côtière, chaude et humide, où la plupart des cultures tropicales pourront être entreprises, et la zone cen-trale, plutôt froide, qui leur est absolument contraire, mais où, par contre, tous les fruits, légumes et graines d’Europe se trou-vent fort bien.

À Madagascar, comme partout ailleurs, certaines régions sont plus ou moins favorables à certains produits spéciaux : n’allons donc point, soucieux avant tout de nos propres com-

 

– 314 – modités – voisinage agréable, proximité d’un centre, salubrité parfaite, – cultiver au sud ce qui réussit au nord et réciproque-ment. De trop nombreux exemples attestent déjà que les mé-comptes sont, en ce cas, aussi rapides que cruels.

Ressources agricoles. – Plateau central. – La question du café à Madagascar a soulevé et soulève encore autant de contro-verses que la question de l’or. – Notre nouvelle colonie est-elle oui ou non une terre propice à cette culture si intéressante ? Nous répondrons très catégoriquement « OUI » pour certaines parties des côtes et l’ensemble de l’extrême nord ; « NON » pour toute la zone des hauts plateaux.

Quels sont les caractères principaux de terrains éminem-ment favorables à la culture du caféier ? Au Brésil et au Mexique, on distingue deux terres principales, « la terra roxa » – la plus estimée – et la « terra massape ». Toutes les deux sont friables, légères, perméables à une grande profondeur ; aussi le pivot principal de la plante peut-il se développer librement sans risque d’être arrêté par un obstacle, ce qui, infailliblement, pro-voque le dépérissement et la mort du sujet. – De plus, les ex-ploitations sont presque toujours, au Brésil du moins, situées en forêt, c’est-à-dire merveilleusement abritées du vent, grand en-nemi de ce genre de plantations.

Or les hauts plateaux de Madagascar sont entièrement constitués par une argile rouge, compacte, très dure, absolu-ment imperméable. Pour remédier à cela on emploie un mode de culture spécial : des trous immenses, dépassant souvent un mètre cube, sont creusés. Après un long aérage de six mois, par-fois un an, on mélange un tiers environ de la terre retirée à deux tiers de fumier, cendre, humus de rizières, etc., et l’on repique le jeune plant dans le trou ainsi préparé.

C’est en somme une véritable culture en pots ! Mais en pots que l’on ne peut changer au fur et à mesure de la croissance de la plante, en pots qui rapidement deviennent trop étroits et dans lesquels, au bout de peu d’années, le caféier s’étiole et meurt après avoir, par la vigueur des débuts, donné les meil-

 

– 315 – leures espérances, résisté même victorieusement aux premières atteintes de l’Hemileia vastatrix.

De plus les plateaux dénudés de la zone centrale n’offrent aucun obstacle aux vents violents et froids qui les balayent presque constamment et causent les plus grands dommages aux jeunes plantations. Le caféier demande, avant tout, à être très soigneusement abrité. Les indigènes l’avaient si bien compris qu’ils n’essayaient cette culture qu’autour de leurs villages et dans les larges fossés qui les défendent.

C’est ainsi que l’on peut remarquer un peu partout et à Ta-nanarive même, à l’entour des maisons, des caféiers de telle ve-nue, chargés de fruits. De là à conclure, pour le voyageur, que sol et climat étaient favorables à ce genre de culture, il n’y avait qu’un pas et il fut souvent franchi.

L’expérience a du reste été faite. L’essai entrepris à Ivato, près de Tananarive, où d’une vaste plantation il reste à peine aujourd’hui quelques vestiges malingres, est concluant. Nous avons pu voir d’autre part, dans le Betsileo, quelques cultures entreprises depuis quelques années soit par des indigènes, soit par des Européens : toutes nous ont paru en voie de dépérisse-ment. Les cultures tropicales, en général, n’ont, croyons-nous, aucune chance d’avenir dans les hauts plateaux. Par contre, tous les arbres fruitiers et les légumes d’Europe y réussissent fort bien. Nous avons pu voir à Antsirabé des essais de blé très satis-faisants, laissant prévoir la possibilité, avec des chaulages préa-lables, de produire nos diverses céréales. Le tabac, l’embrevade – dont on nourrit le ver à soie, – le mûrier, pourront être encore utilement cultivés.

Côte Est. – Le café Liberia donne des résultats excellents sur la côte Est jusqu’à Fort-Dauphin, spécialement dans les en-droits où les eaux fluviales ont accumulé des couches suffisantes d’humus. Le liberia est un arbuste vigoureux et très productif. Il donne un produit de qualité inférieure, mais le bas prix auquel il s’écoule est en partie compensé par le surplus de la production.

 

– 316 –

La canne à sucre, le cacaoyer, la vanille, y seront utilement exploités. – Le giroflier donne de bons résultats, notamment à Sainte-Marie. Les cultures à recommander plus spécialement, surtout dans certaines parties humides et fertiles des districts de Mahanoro et Mananjary, seraient le cacao, la vanille et le caoutchouc à feuille de manioc.

Sud. – Une des principales richesses de cette région rési-dait, il y a quelques années, dans les forêts d’euphorbes à caout-chouc situées entre Fort-Dauphin et Tullear. – Cette contrée a été explorée par un ingénieur de nos amis, M. Réchniewski, puis par M. Chapotte, inspecteur du service forestier.

D’euphorbes il n’en existe plus : les indigènes ont tout dé-truit, coupant les plants pour en extraire plus rapidement le précieux suc. – Mais l’on songe à reconstituer cette abondante source de revenus, et nous croyons qu’il y aura en ce sens de très intéressantes exploitations à créer et sans grands frais et sans aléas, l’euphorbe se trouvant là dans son terrain de produc-tion spontanée.

Nord. – L’extrême nord de l’île, hier encore complètement ignoré, nous semble être à tous les points de vue appelé à con-centrer les plus nombreux efforts de la colonisation européenne.

Il résulte tout d’abord des conditions géographiques mêmes du pays, des avantages énormes pour les futures exploi-tations. La côte Nord-Ouest de Majunga à Diego-Suarez, extrê-mement découpée, offre une série de baies profondes qui sont de merveilleux ports naturels. Chacune de ces baies reçoit de nombreux cours d’eau navigables, pour la plupart, très haut dans l’intérieur. – La Sofia, la Loza, la Sambirano, l’Ifasy, la Mahavany, peuvent être remontés en pirogue à deux et trois jours de marche de la côte. – Je ne cite que les principaux. – Quoi de plus précieux pour une entreprise quelconque que les voies naturelles permettant les transports les plus écono-miques ?

 

– 317 –

D’autre part, sur la côte Nord-Est, Loky, Vohemar, Ma-roantsetra – ce dernier au fond de la baie d’Antongil – sont des ports suffisamment sûrs. – Nous ne parlons pas de Diego-Suarez, un peu en dehors de cette zone spéciale. – Depuis Loky jusqu’à Antalah, toutes les cultures tropicales peuvent être en-treprises avec chances de réussite. – Le café se trouve très bien de ces terres sablonneuses et M. Meurs a rencontré maintes fois des caféeries de plusieurs centaines de pieds d’arabica, datant de 15 à 16 ans et très productives encore.

Nous croyons cependant que la culture à recommander dans cette région est plutôt celle du coprah : le cocotier, dont les frais de culture sont les plus réduits, ne demande plus aucun entretien à partir de la troisième année ; il commence à rappor-ter à cinq ans, et à sept peut donner un produit brut de 2 fr. 50 à 3 francs par arbre. Cette exploitation est l’une de celles qui comportent le moins d’aléas ; aussi les Anglais ont-ils couvert de plantations de ce genre toutes les îles sablonneuses à proxi-mité de Maurice. Aux Seychelles, l’exploitation du coprah fait la fortune de tout l’archipel. Le seul inconvénient de ce genre d’affaires est la lenteur de la production, laquelle, très tardive, nécessite au moins cinq années d’attente. Le colon désireux de tirer de sa ferme un produit plus immédiat pourra joindre à cela quelques plantations de vanille et de café rapportant dès la troi-sième année.

 

Nous arrivons maintenant à la région que nous considé-rons comme la plus intéressante au point de vue des cultures tropicales, celle dont nous ne saurions trop recommander l’étude attentive aux colons désireux de fonder à Madagascar des exploitations agricoles, c’est-à-dire à la zone forestière qui s’étend des hauteurs de Befandriana jusqu’au fleuve Mahavany, au nord de Nossi-Bé.

M. Meurs a rencontré là, au contact des terrains éruptifs du massif central et des formations sédimentaires inférieures (grès et calcaires), à une altitude variant de 200 à 400 mètres, une

 

– 318 – série de vallées sensiblement parallèles à la côte et d’une sur-prenante fertilité. La forêt y acquiert une prodigieuse ampleur; le sous-bois qui, partout ailleurs dans l’île, forme un inextricable fourré où l’on ne peut se faire jour que la hache à la main, dispa-raît complètement, étouffé sous une futaie de plus de trente mètres de hauteur.

Le sol friable, perméable, chargé d’humus, est d’une fécon-dité étonnante. La canne à sucre atteint dix centimètres de dia-mètre, le manioc y devient un arbre haut de cinq mètres, le ta-bac offre des feuilles de plus d’un mètre de longueur. Le café, le cacaoyer y poussent avec une vigueur remarquable et donnent de superbes résultats.

Enfin, comme nous allons le voir au cours de l’étude indus-trielle de ces forêts, la main-d’œuvre est abondante et le climat suffisamment salubre.

Forêts. – La zone boisée qui s’étend de la baie d’Antongil à la montagne d’Ambu, et principalement la partie envisagée ci-dessus, nous paraît être, dans l’île, la seule méritant une étude approfondie en vue d’une exploitation méthodique. Partout ail-leurs – excepté peut-être dans le Mavohazo et le Manerinerina, au-dessous de la baie de Baly, contrées mal connues encore et que l’on dit boisées, – la forêt ne peut offrir qu’un intérêt d’industrie locale limitée aux seuls besoins du pays, étant don-nés son éloignement de la mer et l’absence totale de moyens de transports fluviaux. Tant à l’est qu’à l’ouest du plateau central, la forêt se réduit à une longue bande large de dix à vingt kilo-mètres, rarement plus. Aussi les indigènes en ont-ils depuis longtemps exploité à fond les produits les plus intéressants, caoutchouc, gomme, copal, etc., dont les essences productives ont été presque totalement détruites.

Tout autre est l’immense massif forestier de l’extrême Nord. De vastes étendues, encore absolument vierges, présen-tent un intérêt considérable non seulement au point de vue des bois précieux, mais surtout par l’abondance et la variété des es-sences à caoutchouc.

 

– 319 –

Voici, du reste, à ce sujet quelques notes prises sur place par M. Meurs :

Essences principales. – Une étude rapide nous a permis de déterminer une grande quantité d’essences à latex utilisable. Les principales sont :

Le Barabanja, dont nous avons reconnu trois espèces et qui se rencontre le plus souvent par groupes de 3 et 4 arbres et même davantage. Cet arbre donne un latex très estimé.

Le Lonzy, l’Ampalibe atteignent des proportions remar-quables, 3 et 4 mètres de circonférence et jusqu’à 25 et 30 mètres de futaie. Leur latex est très abondant ; on rencontre des arbres en produisant 8 et 10 litres. C’est là une exception, mais l’on pourrait certainement, sans nuire à leur conservation, ta-bler sur un produit moyen de 1 litre 1/2 à 2 litres par arbre.

Le Vinantana produit un latex très foncé, presque noir, dont le caoutchouc a une élasticité remarquable.

Les feuilles du Vongo et du Mandraboka renferment un lait abondant. Le bois, qui est imputrescible, sert à la construc-tion des pirogues.

Les nombreuses variétés de lianes à caoutchouc, que les indigènes désignent sous le nom générique de Dityvaha, sont très abondantes et produisent un caoutchouc excellent, entre autres celui connu dans l’industrie sous le nom de caoutchouc rose de Madagascar, qui se prête merveilleusement à la fabrica-tion des objets moulés. Aussi est-il particulièrement recherché des fabricants de jouets et d’articles de chirurgie, pour lesquels est presque indispensable cette gomme qu’il est difficile, assure-t-on, de se procurer ailleurs qu’à Madagascar.

Il existe une autre variété de lianes, connue sous le nom de Robangy. Les indigènes ne l’ont jamais exploitée, ignorant le moyen de faire coaguler le latex.

Cette forêt a été un peu exploitée par les indigènes aux en-virons des villages situés dans les vallées de l’Ifasy, de la Rame-

 

– 320 – na et du Sambirano ; mais ils n’ont réellement causé quelque dommage que dans un rayon de 5 ou 6 kilomètres autour des principaux centres.

On peut estimer la densité du boisement à raison de 400 arbres à l’hectare, sur lesquels nous avons constaté en moyenne 1/20 d’essences à caoutchouc, en laissant complètement en de-hors de cette estimation toutes les lianes, dont les produits sont cependant tout particulièrement estimés et dont la production est susceptible de s’élever à un quart de celle des arbres en ques-tion.

Il est également à noter que l’exploitation indigène n’a por-té jusqu’à ce jour que sur les essences à latex abondant et coagu-lant facilement. Mais il est à supposer qu’il existe d’autres varié-tés analogues au Robangy déjà cité, inutilisé par suite des diffi-cultés de traitement, et dont une exploitation méthodique pour-ra tirer un excellent parti.

Autres essences. – L’essence principale est le Tontorna, dont la feuille ressemble à celle du manguier. Son bois est blanc, assez léger et se prêterait à tous les usages auxquels est employé le bois de peuplier. Il conviendrait également au boisage des travaux de mines. Il offrirait donc à ce point de vue un intérêt particulier pour le Transvaal, obligé de tirer d’Europe tous les bois qui lui sont nécessaires. Le Tontorna est remarquable par les dimensions qu’il atteint. Nous en avons mesuré de 6, 8 et 10 mètres de circonférence, avec 30 et 35 mètres de hauteur.

Le Hazovola, joli bois d’ébénisterie, le bois de rose, l’ébénier, le palissandre et bien d’autres essences pourraient être exploités avantageusement en raison d’abord de leur valeur et des facilités des transports fluviaux.

Main-d’œuvre. – La main-d’œuvre peut être fournie par les Antakara, tribu très nombreuse, qui, longtemps avant l’occupation, avait accepté notre protectorat ; par les Sakalaves, commandés par Tsi-Aras, qui, depuis longtemps aussi, recon-naît notre souveraineté : enfin par les Tsimihety, peuple doux et

 

– 321 – travailleur habitant la forêt et ne demandant qu’à travailler pour le compte d’Européens, comme nous avons pu nous en assurer dans les nombreux kabarys au cours desquels nous avons eu maintes fois l’occasion de nous entretenir avec eux de ce sujet si capital de la main-d’œuvre.

Salubrité. – Ce qui distingue cette région des autres parties de l’île, c’est l’absence des marécages et des vallées plates tour-beuses qui caractérisent les hauts plateaux. C’est probablement à cela et au régime très tranché des saisons pluvieuses et sèches qu’il faut attribuer l’état de salubrité de ce pays, où nous avons pu voyager et même résider pendant plusieurs mois sans aucun inconvénient pour notre santé. D’autre part, nous avons pu constater ce fait remarquable que les indigènes n’y sont jamais atteints de fièvre comme dans le reste de l’île.

Élevage. – À côté de ces ressources déjà nombreuses, vient se placer naturellement l’industrie de l’élevage – que nous ne ferons qu’indiquer, – qui est destinée à jouer un rôle marqué dans le développement commercial de l’île.

Madagascar, par l’extrême abondance du bétail, par sa si-tuation géographique, nous paraît devoir être, à brève échéance, appelée à pourvoir aux besoins, non seulement des îles voisines, Bourbon, Maurice, etc., mais de la plus grande partie de l’Afrique australe, pays de consommation sans cesse croissante

De fructueuses opérations pourront encore être tentées avec l’élevage du cheval et du mulet dans les hauts plateaux. Le climat, presque européen, du massif central, ses pâturages très étendus sinon très riches, les prix élevés qu’atteindront long-temps encore les produits permettent d’envisager favorable-ment des entreprises de ce genre.

Avenir des races. –Il nous reste encore, messieurs, pour que cette étude des ressources de Madagascar soit complète, à vous parler d’une richesse spéciale, pas assez connue, insuffi-samment appréciée, destinée cependant à devenir l’un des fac-teurs les plus importants de la mise en œuvre immédiate du sol

 

– 322 – malgache et de la pénétration des idées civilisatrices dans les parties les plus reculées de l’île.

Nous voulons parler de la race hova.

« Les Européens qui fréquentent les côtes de Madagascar auront de la peine à croire qu’au centre de l’île, à trente lieues de la mer, dans un pays jusqu’à présent inconnu qu’entourent des peuplades brutes et sauvages, il y a plus de lumière, plus d’industrie, une police plus active que sur les côtes. »

Ceci était écrit en 1777 par Mayeur, interprète de Beniows-ki, au retour d’un voyage à Tananarive.

Aujourd’hui comme au siècle dernier, la zone côtière est habitée par les mêmes populations d’êtres à peau noire et à che-veux crépus, tous probablement issus des primitifs Vazimbas, « les aborigènes, la vieille race d’avant la conquête hova1 ». Et ces peuplades réfractaires à tout progrès – curieuse ceinture de barbarie autour d’une ébauche de civilisation – sont demeurées brutes et sauvages, tandis que le Hova, l’étranger d’origine ma-laise, le conquérant à peau jaune et aux cheveux plats, conti-nuait à affirmer la supériorité de sa race, en affinant son esprit et en poliçant ses mœurs.

D’une intelligence vive, souple et déliée, d’esprit non créa-teur mais essentiellement imitateur, le peuple hova est suscep-tible de s’assimiler très vite et d’une façon très complète nos usages, nos coutumes, tous les raffinements de notre civilisa-tion.

Avant dix ans, le Hova consommera couramment les pro-duits les plus divers de notre industrie, et le commerce de la métropole trouvera au fur et à mesure du développement de cette race une source de débouchés toujours croissants.

 

1 E. Gauthier, Ambohimanga, la ville sainte.

 

– 323 –

Le Hova – quelque paradoxale que puisse paraître cette opinion – doit être considéré comme le véritable élément colo-nisateur des hauts plateaux et des parties insuffisamment fé-condes de l’île.

Là ou l’Européen ne pourra s’établir,pour une cause quel-conque – insuffisance de ressources, insalubrité, etc., – avec son tempérament de Chinois industrieux, travailleur, économe, pro-lifique, faisant du commerce en cultivant le sol, le Hova s’implantera et fondera une famille.

Le but à poursuivre nous paraît être la mise en œuvre mé-thodique par cette race intelligente de tous les points de l’île inexploitables par l’Européen,les peuplades de race noire, la plupart nomades et inassimilables, finissant par disparaître, absorbées par l’envahissement continu du Hova.

En somme, favoriser le développement progressif de cette race sera, en même temps, favoriser l’extension d’un débouché naturel pour nos produits métropolitains et l’accroissement d’une main-d’œuvre intelligente, que la nécessité de satisfaire à des besoins nouveaux obligera à travailler et à produire.

L. MEURS ET L. BOUSSAND.

 

– 324 –

Table des matières

 

FRAGMENT DES MÉMOIRES D’UN EXPLORATEUR .......... 3

PRÉFACE ................................................................... 10

PREMIÈRE PARTIE : DE PARIS À TANANARIVE .............. 21

I. EN MER. À bord du Yang-Tsé. – Départ du général

Gallieni. – L’Intruse. – Une nuit dans le canal de Suez. –

Tout le monde sur le pont. – Le coup de chaleur. – Les

rafraîchissements de Djibouti. – Gare au cap Guardafui ! ... 22

II. LE BOMBARDEMENT DE ZANZIBAR. Les deux sultans.

– Quinze cents coups de canon en trois quarts d’heure. –

La Tour du Cadran. – Exactitude britannique. – Ce que

c’est qu’un protectorat. ................................................ 35

III. AUTOUR DE MADAGASCAR. Une élégante à Mayotte.

– Les tristesses de Majunga. – Nossi-Bé. – Feux de

brousse sur la côte. – L’hémicycle d’Antsirane. – Les

requins de Sainte-Marie. – Ça mord ! ............................. 44

IV. TAMATAVE. Un port à cyclones. – L’atoll. – Épaves et

coraux. – La question des bourjanes. – M. Laroche et les

Hovas. – La politique de protectorat. – Gallieni. .............. 55

V. LA ROUTE DE TANANARIVE. Le départ de l’État-major.

– Rowing malgache. – La bosse de zébu. – Chiens et

crocodiles. – Le parc odorant. – Barcarolles noires. .......... 65

VI. VERS L’ÉMYRNE. Ravins et mamelons. – L’arbre du

voyageur. – La forêt. – Hazo et Tazo. – Une embuscade. –

Les Haoussas. – Fahavalos sur les crêtes. – Le panorama

de Tananarive. .......................................................... 75

 

– 325 –

VII. LE RETOUR DE M. LAROCHE. Le résident à cheval. –

Tout le monde sur la route d’étapes. – Le fahavalisme aux

portes de Tananarive. – La condamnation des ministres.

– Une explosion. – Projet de massacre général. –

Ranavalo mal conseillée. – Sa déposition imminente. –

Amenez le pavillon hova ! ............................................ 84

VIII. LA VIE À TANANARIVE. La cité aérienne. – Crise

d’approvisionnements. – Le « rallié » Rasanjy. – Le

manque de chemin de fer. – Le Zoma. – Les grands

magasins du Houve. – Une visite au Palais de la Reine. ..... 97

DEUXIÈME PARTIE : CHEZ LES SAKALAVES ................ 107

IX. LA MISSION DE L’OUEST. Un convoi d’exploration. –

Les rizières de l’Ikopa. – Nos Sénégalais. – Colonisation

militaire. – L’attaque de Soavinandriana. – Cratères et

lacs volcaniques. – Le fidèle Yamodou. – Je deviens

nègre. .................................................................... 108

X. DANS LE DÉSERT MALGACHE. La chasse aux bœufs

sauvages. – Prospections aurifères. – Le cure-dents du

crocodile. – Les crevasses de la mer de Feu. – Un serpent

qui n’est pas fier. – Le col des bœufs. – Betsiriry. –

Première collision avec les Sakalaves. – Vahaza Parasol ! 134

XI. À LA RECHERCHE DE BEKOPAKA. Les nuits de

Manandazza. – L’or du Bongolava. – Ankavandra ! – Un

Mesmacker sakalave. – Les angoisses du vieil Oscar. –

Adieux déchirants. – Du Manambolo au Bemaraha. – Un

chien savant. – Le défilé. – Ce satané Beaucanard ! .......... 161

XII. LES JOIES DU RETOUR. Il n’est si bonne compagnie

qui ne se quitte ! – Escrime sénégalaise. – Chaleur. – On

demande du pétrole. – Le placer de Rafiatokona. –

Tsiromandidy. – La traversée du Sakay. – « Y en a

caïmans ! » – Les gris-gris. – Le rhamulet. – Où les balles

pleuvent… – Blanc partout. ........................................ 190

 

– 326 –

TROISIÈME PARTIE : LA ROUTE DE LA CONQUÊTE ..... 229

XIII. DE TANANARIVE À MAJUNGA. L’Émyrne en

culture. – Un bat-l’eau. – La colonne légère. – De

l’audace, encore de l’audace ! – Où fut massacré Garnier.

– Sommaire de l’expédition. – Considérations

philosophiques sur la voiture Lefèvre et les 270 manières

de s’en servir. – Suberbieville. – Deux nuits en pirogue. –

La course au steamer. ............................................... 230

QUATRIÈME PARTIE : AUJOURD’HUI ET DEMAIN ....... 262

XIV. LA PACIFICATION, L’ORGANISATION ET

L’EXPLOITATION. Occupation progressive. – Le 14

juillet à Tananarive. – L’âge de l’agriculture et de la

construction. – Comme quoi les colonies ne sont pas

faites pour les fainéants ! – Les forêts, le caoutchouc, le

bétail. – Plante d’abord ! – Madagascar nourrira le

Transvaal. – L’or malgache. – La question du chemin de

fer. – Ce qu’il faut lire. .............................................. 263

ANNEXES ................................................................. 292

ANNEXE I : L’AFFAIRE DES MISSIONS ........................ 293

ANNEXE II : NOTE SUR LES GISEMENTS AURIFÈRES À

MADAGASCAR Par L. MEURS et L. BOUSSAND. .............. 306

ANNEXE III : NOTE SUR LA PRODUCTION AGRICOLE

ET FORESTIÈRE Par L. MEURS et L. BOUSSAND. ........... 314

 

– 327 –

Note sur l’édition

 

Le texte a été établi à partir de l’édition originale. Comme il man-

quait quelques pages dans l’exemplaire à ma disposition, je me suis tour-né vers Jean-Marie de la Beaujardière, qui a créé et met à jour un site indispensable : Encyclopédie de Madagascar et dictionnaire malgache :

http://mondemalgache.org/bins/homePage Il m’a aimablement fourni les pages manquantes et je l’en remercie

vivement. Sans lui, vous n’auriez pas cet ouvrage devant les yeux.

L’ouvrage paru en 1898 ne comprenait pas le Fragment des mé-

moires d’un explorateur que j’ai ajouté en guise d’avant-propos après en avoir trouvé le texte dans une anthologie de Paul Acker, Humour et hu-moristes (1899). C’est un autoportrait en situation d’Étienne Grosclaude ainsi qu’un éclairage sur les circonstances de son départ.

À propos du texte toujours, je me suis permis de corriger deux gra-

phies de noms propres : Ratsiniamanga en Ratsimamanga et Galliéni en Gallieni. Grosclaude, qui fait fréquemment ces erreurs (il en fait aussi d’autres, que je n’ai pas corrigées), a introduit la version correcte à une reprise pour le premier, et dans Fragment des mémoires d’un explora-teur pour le second. L’argument m’a semblé suffisant.

La mise en page doit tout au travail du groupe Ebooks libres et gra-

tuits (http://www.ebooksgratuits.com/) qui est un modèle du genre et sur le site duquel les volumes de la Bibliothèque malgache électronique sont disponibles. Je me suis contenté de modifier la « couverture » pour lui donner les caractéristiques d’une collection dont cet ouvrage constitue le quarante-huitième volume. Sa vocation est de rendre disponibles des textes appartenant à la culture et à l’histoire malgaches.

Vos suggestions et remarques sont bienvenues, à l’adresse :

bibliothequemalgache@bibliothequemalgache.com.

Tous les renseignements sur la collection et les divers travaux de la

maison d’édition, ainsi que les liens de téléchargements et les sites annexes se trouvent ici : www.bibliothequemalgache.com.

 

Pierre Maury, février 2009

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