Un roman dont vous êtes la victime - Mercurochrome

Vic Verdier · Chapitre 2 sur 5 · partie 2/3

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Un roman dont vous êtes la victime - Mercurochrome

Lui, il a le mercurochrome sur la…

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 3 parties.

Ils crient : « Casques bleus, Nazi bleus ! Casques bleus, Nazi bleus ! Casques bleus, Nazi bleus ! Casques bleus, Nazi bleus ! »

Fred et Max se tiennent par la main. Elles attendent de recevoir le vaccin, comme les autres. Elles discutent discrètement.

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CHAPITRE 13 — un roman dont vous êtes la victime

— On est immunisées, Fred. C’est overkil , me semble.

— Non. Ils le disent partout, tout le monde : le virus change tout le temps. Je veux pas mourir.

— Ils vont… Ils vont voir nos…

— Ben non, le maquillage va tenir. Le mercurochrome est complètement caché. Ils vaccinent n’importe qui, en plus.

Max se calme. Les deux sœurs se rapprochent de l’entrée.

Fred regarde les manifestants. Elle les trouve imbéciles.

Elle se penche sur son mobile et consulte son fil d’actualité.

Les informations qu’elle y lit vont toutes dans le sens de vacciner tout le monde, même les supposés immunisés. Fred ne veut pas mourir comme sa mère en hurlant que la maison est en feu et qu’on cherche à la tuer. Il n’en est pas question.

Max lui lâche la main. Fred se retourne.

— Je m’excuse, Fred, je peux pas.

— Ben, va-t’en. Mais ferme ta gueule. Pas un mot à papa.

— Non. Promis.

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CHAPITRE 13 — un roman dont vous êtes la victime CHAPITRE 14

Vic se réveille en sursaut quand son verre lui glisse des mains.

Heureusement, il était vide. C’était le cinquième et dernier verre de la bouteille ; Vic l’a bu en remontant au loft, après avoir allumé son four crématoire. Les corps des râleux ont cramé, comme les autres avant, grâce au gel antiseptique à base d’alcool dont Vic a des stocks quasi inépuisables. La production de ce genre de désinfectant a été telle, pendant la pandémie, que les archéologues en trouveront probablement des millions d’hectolitres gardés un peu partout dans les entrepôts. Le produit flambe avec intensité. Vic asperge les cadavres de ce liquide, ajoute des matériaux de la cour à bois voisine et POUF !, les flammes font leur ouvrage à l’intérieur du four artisanal qu’il a construit. Des blocs de béton sur trois côtés, des plaques de métal sur le quatrième et sur le toit, une longue cheminée qui produit un excellent tirant d’air ; quand il ferme la porte du four, la chaleur grimpe jusqu’à ne laisser que les os. Parfois rien du tout.

Vic a mis le feu, puis est remonté boire son dernier verre.

Il a dû s’endormir.

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CHAPITRE 14 — un roman dont vous êtes la victime La bouteil e de Château Montelena se trouve toujours à ses pieds. Le disque de Simon et Garfunkel est terminé depuis longtemps, probablement. L’horloge de la cuisine indique 8 h 15 du soir.

Il y a eu un bruit ? Hein ? Mais qu’est-ce que… ?

Vic tend l’oreil e. Le son se précise. C’est un moteur. Encore.

Pendant quelques instants, Vic a peur que la Communauté soit à sa porte. Mais ce n’est pas le son d’un véhicule militaire.

Vic saisit sa gaffe, le Remington et quelques cartouches.

Il grimpe sur le toit de l’édifice. De là, il constate qu’un gros VR, un autobus reconverti, se trouve devant la grille de l’Atelier. Une femme tient le volant, elle scrute les alentours.

Vic s’appuie sur son fusil. Il parle d’une voix forte. La femme le repère rapidement.

— Hé ! Qu’est-ce que vous faites ici ?

— On est censés vous dire un mot important : papillon.

C’est ça ? C’est à vous qu’il faut dire ça ?

Vic a convenu d’un mot de passe avec le groupe de ses non-immunisés. S’ils veulent entrer dans l’enceinte, ils l’utilisent. « Papillon » est le surnom qu’il donnait à sa femme.

Ces gens-là connaissent le code. Donc, soit ils ont la confiance de quelqu’un du groupe – ce qui est possible –, soit ils ont obtenu l’information de force et le groupe est peut-être déjà réduit à douze ou moins. Après le lynchage de Daniel par la Communauté, Vic prend ses précautions.

— OK, attendez, je descends. Vous êtes combien ?

— Six, incluant moi.

— Avez-vous de quoi manger ?

— Pas beaucoup.

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CHAPITRE 14 — un roman dont vous êtes la victime CHAPITRE 14

— Stationnez-vous de l’autre côté, dit Vic en pointant le terrain vague, derrière l’Atelier. Je vous apporte des pâtes et de la sauce.

En les faisant stationner hors de la cour protégée, Vic s’assure de ne pas leur donner un accès facile à tout ce qu’il protège. Il va pouvoir sortir par la porte arrière de la palissade, se renseigner prudemment et décider de ce qu’il doit faire.

En redescendant, il revêt sa chemise renforcée et ses brassards. Il fourre quelques paquets de pâtes alimentaires dans un sac, de même que de la sauce Alfredo. Le fusil en bandoulière dans le dos et sa gaffe entre les mains, Vic s’approche de l’espèce d’autobus.

La femme au volant descend en levant les mains. Elle a dans la cinquantaine. Vic s’arrête à une dizaine de mètres du véhicule.

— Bonsoir, dit-il.

— Bonsoir.

— Pouvez-vous demander à vos amis de sortir de l’autobus ? J’aimerais faire connaissance.

— Oui, monsieur Verdier. Bien sûr.

— Vous connaissez mon nom ?

— Oui. Nous avons rencontré un de vos amis. Il nous a dit : grand, chauve, avec une espèce de lance-crochet.

Vic attend de voir les voyageurs descendre du VR pour poser les questions qui lui brûlent les lèvres. Un homme noir, bâti comme joueur de basketbal , sort en premier, une femme blanche dans la vingtaine à sa suite. Elle tient contre elle un bébé probablement né après la Chute.

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CHAPITRE 14 — un roman dont vous êtes la victime Pauvre enfant… Je n’ai jamais réfléchi que les grossesses se sont poursuivies. Il y a des bébés dans ce monde d’enfer.

Un homme d’âge plus mûr, l’air d’un Polonais ou d’un Hongrois, descend après la jeune maman, suivi par une grande femme noire avec un afro bien entretenu malgré les circonstances. Les deux hommes ont des haches usées et la grande femme porte un revolver à la cuisse. Tous se couvrent le visage avec des masques N99.

Ils sont sur le qui-vive.

Vic s’attend à ce genre de comportement. Il dépose son sac devant lui, sur la gravelle, doucement.

— Des pâtes et de la sauce pour tout le monde. Comme promis.

— Merci, dit la chauffeuse. Je m’appelle Geneviève Lacoursière.

— Qui vous a parlé de moi ?

— Daniel Robitaille.

Vic hoche la tête. Voilà qui explique un peu ce qui est arrivé à Daniel. Il est sorti. Il les a rencontrés, eux, puis il a été repéré, lui.

— Qu’est-ce qu’il vous a dit ?

— Il m’a dit que vous aviez les trois points rouges.

— Hmmm. Et vous ?

— Non. On pense que non.

— Comment ça, « on pense » ?

— Mon fils a jamais été testé, dit la jeune maman. Daniel a dit que vous aviez des kits de test ? C’est vrai ?

— Il en dit des choses, Daniel.

La chauffeuse reprend la parole.

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— Il m’a aussi dit que vous pourriez être intéressé à bouger d’ici.

— Pourquoi donc ?

— Pour trouver mieux, hein ? Vous avez décidé d’aider un groupe de personnes, comme nous. J’imagine que vous al ez pas arrêter du jour au lendemain. J’imagine que vous voulez que ces gens-là survivent ? Non ?

— Je vous écoute.

— On arrive de Blainville, juste à côté. On peut pas toujours vivre cachés. Votre groupe non plus… La secte habite trop proche. Ils nous chassent.

— La Communauté ?

Le groupe de voyageurs, dans son entier, hoche la tête.

Ils sont terrifiés.

— Vous les avez évités ?

— Jusqu’à présent, oui. Mais ils en ont eu d’autres…

Maintenant, ils ont une cérémonie quand ils trouvent un non-immunisé. C’est dégueulasse.

— Une lapidation. Je sais. Ils ont eu Daniel aujourd’hui.

Son corps était en miettes. Je viens de l’enterrer.

L’expression que font les yeux de la femme indique à la fois la surprise, l’horreur et la prise de conscience que Daniel est mort quelque temps seulement après leur avoir parlé.

Tout ça rassure Vic. Ce ne sont pas des fous. Mais il doit être prudent. Si la patrouille de la Communauté a eu Daniel, elle est peut-être déjà sur la piste de ces personnes-là.

— OK, dit-il, vous voulez manger ?

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• • •

Vic invite les voyageurs à l’intérieur de l’enceinte de l’Atelier.

Ils s’installent autour du foyer-barbecue, à bonne distance les uns des autres. La Peste-Bleue est toujours très réelle pour ces gens-là.

L’eau bouille rapidement et la sauce réchauffe en même temps.

Vic comprend que Joueur-de-Basket est le père de l’enfant et que la jeune mère est la fille de Geneviève. Polonais-Hongrois est le beau-frère de Geneviève, du côté de feu son mari, et Afro-Revolver est la grande sœur de Joueur-de-Basket.

Les noms ont été mentionnés, mais Vic y a peu porté attention.

Tous ces gens se sont fait vacciner à la maison. La série de vaccins devait être des placebos. La jeune maman, el e, n’a pas été vaccinée en raison des risques pour sa grossesse.

L’histoire tient la route.

C’est Geneviève qui a mené la conversation avec l’hôte, un peu en retrait des autres.

Bilan : la confrérie du campeur est en route vers ce qu’elle croit être la meilleure option de survie. Ensemble, les membres de ce groupe ont glané des informations de sources diverses, de tous ceux et celles qu’ils ont croisés, et ils tentent leur chance avant qu’il ne soit trop tard.

Le raisonnement va comme suit :

L’objectif est de survivre à l’hiver parce que les râleux n’y survivront probablement pas, eux. Il est donc intelligent de 124

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demeurer dans un secteur où il fait froid plutôt que de tenter de rallier les climats chauds, au sud.

Il ne faut pas se diriger trop vers l’ouest, parce qu’il reste des centrales nucléaires qui pourraient exploser n’importe quand. Cette crainte est réelle.

Ils ne peuvent pas demeurer sur la couronne nord de Montréal parce que la Communauté se fait chaque jour plus dangereuse.

La clé est l’énergie : il y a peut-être une centrale électrique privée à Rawdon, avec un groupe qui rechercherait du monde pour reconstruire un semblant de société. Il est possible que ce groupe soit comme la Communauté, donc les voyageurs oublient cette possibilité. L’information n’est pas corroborée.

Les survivants non immunisés se rassembleraient dans la vil e souterraine, à Montréal. Il y aurait là des réserves de carburant pour chauffer et faire circuler l’air. Il suffit d’attendre sous terre et de laisser la pandémie terminer son œuvre.

Vic a écouté avec attention. Il n’est pas certain de vouloir bouger la douzaine de personnes qui dépendent de lui. D’un autre côté, si la Communauté poursuit ses patrouilles et sa purge, il va bien finir par y avoir un affrontement.

Vic offre une seringue-test pour la Peste-Bleue. Il lui en reste toute une boîte. Geneviève a administré la triple injection au bébé, el e-même. Les voyageurs se sont rassemblés en espérant que l’enfant formerait trois points rougeâtres.

Non. La peau est demeurée telle quelle. L’enfant s’est mis à pleurer. Le groupe a soupiré comme un seul homme.

Une chance sur cent mil e…

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— Geneviève, écoutez. Je vous comprends, mais je peux pas encore partir d’ici. J’ai tout ce qu’il faut pour mon monde, de quoi tenir pour deux ans, si je gère bien. On va passer l’hiver ici, à garder la distance sanitaire et à attendre la fin de la fin du monde.

— Vous êtes sûr ? Parce que la Communauté est para-noïaque au possible. Elle est obsédée par son Nouveau Monde Purifié à construire et vos amis ne peuvent pas en faire partie.

— Je suis sûr. De quoi avez-vous besoin ? J’ai du lait mater-nisé en poudre, des couches…

À ces mots, Joueur-de-Basket sourit à pleines dents.

— Ma fille allaite, mais des couches, oh oui, des couches, dit Geneviève. On a besoin d’un peu tout…

— OK, dit Vic, venez faire votre magasinage.

Ils pénètrent dans l’Atelier en ouvrant l’immense porte coulissante. L’espace est vaste, avec les rangées d’étagères bien garnies. Vic a calculé ses surplus ; il les offre avec plaisir.

On entend les râleux qui hurlent à la lune, parfois dans le lointain, parfois plus proche. Pendant la nuit, ça paraît toujours pire. Ce soir, les hurlements sont comme la muzak des centres d’achat : on l’entend, mais on ne l’écoute pas.

Les voyageurs lorgnent aussi du côté des armes que Vic a forgées. Ils repartent avec deux longues machettes, trois dagues et une grosse cognée pour fendre les têtes, que Polonais-Hongrois a pris en affection. Vic aiguise aussi les deux haches qu’ils avaient déjà.

— Avez-vous des munitions ?

— Rien pour des revolvers, désolé.

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Afro-Revolver se résigne à utiliser une dague.

Vic songe à leur confier un des serveurs déjà plein des connaissances qu’il a accumulées. Il faudrait que ça serve…

Est-ce que je suis certain de pouvoir les utiliser, moi ? Puis, Vic se ravise : les serveurs sont probablement sa possession la plus précieuse – il en aura besoin plus tard, pour apprendre par lui-même ou comme outil de négociation. Ce monde ne sera peut-être pas le Nouveau Monde Purifié de la Communauté, mais il sera certainement rempli de difficultés. Vic ne sait pas encore de quoi ce monde sera fait, ni de quoi il aura besoin.

Il n’est pas encore prêt à se départir d’un serveur.

Il y a trop d’incertitudes.

Après le repas et le magasinage, le bébé recommence à pleurer. C’est l’heure où les poupons fatigués sont chigneux, rien ne les apaise, puis ils sombrent dans le sommeil profond des bébés. Les voyageurs font mine de retourner dans le VR.

— Allez-vous reprendre la route tout de suite ? demande Vic.

— Selon nos renseignements, la meilleure entrée de la ville souterraine est la station de métro Crémazie. C’est pas très loin. Je pensais rouler de noirceur, pour ne pas attirer l’attention.

— C’est plus dangereux, aussi, la nuit. Pourquoi pas le petit matin ? Dormez un peu, ici. Je peux brancher le VR, si vous voulez. Dès qu’il y a un peu de clarté, vous prenez la route et vous serez à Montréal en moins d’une heure. Le pont Papineau est toujours utilisable, je pense.

— D’accord, répond Geneviève.

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CHAPITRE 14 — un roman dont vous êtes la victime Vic sort avec Joueur-de-Basket. Ils déroulent une longue rallonge électrique jusqu’au véhicule et branchent ce dernier.

Une bruine commence à tomber sur les deux hommes. Il fait un noir d’encre et les hurlements font partie de la nuit.

De retour au sec, sous le toit de l’Atelier, les voyageurs semblent moins pressés de partir. Vic offre un verre d’alcool, avant d’aller se coucher.

— J’ai vraiment de tout.

Afro-Revolver aime le schnaps, Polonais-Hongrois et Geneviève veulent du scotch, Joueur-de-Basket préfère le rhum. Vic remonte chercher les bouteilles.

La jeune maman ne boit pas, elle en profite pour passer au petit coin. Vic promet de lui rapporter un coke.

• • •

Valérie change la couche de son bébé. Cette fois, elle n’aura pas à laver le tissu souillé.

C’est comme une petite vacance.

L’enfant est au sec, maintenant, mais il continue de se plaindre. Valérie se sent crevée. Quand elle sort de la toilette, el e constate que tout le groupe se réchauffe un peu plus sous l’effet de l’alcool fort. Ses compagnons de route sont assis en cercle, autour d’une lanterne.

Elle s’éloigne. Elle ne veut pas boire et elle sait que sa volonté est faite de papier de soie.

Valérie trouve la porte arrière, dont elle soulève le lourd loquet. Il suffit de suivre le fil orangé de la rallonge pour se rendre au VR.

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Elle a grand besoin de sommeil et l’enfant aussi. Il se tord et chigne doucement. Et puis, il est possible qu’il reste encore quelques Kit Kat dans le VR – si elle arrive avant les autres, elle pourra les manger discrètement, avant le dodo.

Mon Dieu, faites qu’il en reste encore… j’ai une rage de sucre.

Le hurlement la surprend à peu près à mi-chemin entre l’Atelier et l’autobus.

Quelle conne !

Valérie serre son fils contre sa poitrine et se précipite vers le VR. Le hurleur est tout près.

Si vous avez choisi que Vic se précipite vers ses filles, le soir fatal de la rage de Fred, rendez-vous au chapitre 9.

Si vous avez choisi que Vic se précipite vers l’extincteur, le soir fatal de la rage de Fred, rendez-vous au chapitre 16.

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CHAPITRE 15

— Qu’est-ce que tu faisais là ?

Vic est passé au tutoiement depuis le départ des hommes de la patrouil e. La blessée ne répond pas. El e hoche la tête. Vic la secoue un peu.

— Hé ! Hé ! Regarde-moi ! On parle, tu restes consciente.

— Ça va. Ça va…

— Explique-toi. Pourquoi la génératrice ? C’est vraiment niaiseux.

— J’avais pas le choix, ma valise réfrigérée est presque à plat. Il fallait que je la branche.

La femme pointe un contenant en thermoplastique, sur le siège arrière.

— Ben voyons. T’as peur de perdre des aliments ?

La femme toussote. Elle se tient les tempes.

— Ça fait mal ?

— Oui, je me suis blessée aux côtes en tombant et j’ai la tête qui résonne. Il m’a frappé vraiment fort, le bâtard. Je m’excuse. J’avais pas croisé de hurleur depuis longtemps, je me disais que je l’entendrais arriver…

— Il en reste assez pour te faire bouffer.

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CHAPITRE 15 — un roman dont vous êtes la victime La blonde rit malgré la douleur.

— OK, OK. Les autres, c’était qui ?

— La Communauté. Des exaltés de Dieu. Ils sont tous immunisés et ils pensent que le mercurochrome les place au-dessus des gens comme toi. Ils les lapident.

— Arrête, je te crois pas.

— J’ai enterré un ami, il y a quelques jours. C’était atroce.

— On a perdu beaucoup d’amis, hein ? répond-elle en soupirant. En tout cas, merci. Le coup de la brouette… j’ai failli étouffer, mais c’était brillant.

Vic est à l’affût des signes de commotion cérébrale. Ça n’a pas l’air d’être le cas, mais ces choses-là peuvent se manifester plus tard.

— Écoute. J’ai de l’électricité. Tu vas pouvoir recharger ta valise.

— Merci. Merci, vraiment.

La femme est blonde, comme Jennifer. À peu près de la même taille. Sa façon de prendre une pause avant de dire

« vraiment », Vic pense entendre son amoureuse. On dirait une cousine.

Ils arrivent à l’Atelier. La porte automatique s’ouvre.

— Je suis Vic. Vic Verdier.

— Du célèbre Atelier Verdier ?

Vic éclate de rire. La femme a manifestement lu l’enseigne.

El e est rapide.

— C’était mon frère. J’ai repris le commerce, dit Vic, comme si le renseignement était important.

Elle sourit.

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CHAPITRE 15 — un roman dont vous êtes la victime CHAPITRE 15

— Je m’appelle Jennifer Bellavance. Enchantée, Vic. Mes amis m’appellent Jenn.

Au son du prénom de sa femme, Vic fait des yeux ronds.

La blessée se redresse sur les accoudoirs du siège en grognant.

— Ça va, Vic ?

— Oui, certainement. Oui, oui. Bon. On se stationne et on branche ton affaire. Qu’est-ce que c’est ?

Jenn hésite avant de répondre.

— Du matériel médical.

— Ah oui ?

— Ce sont mes recherches. Il faut que ça reste gelé, sinon, je perds tout.

— Bon, d’accord. Ça a l’air important.

Jenn regarde l’Atelier, les lumières électriques, la clôture automatique. Elle semble fascinée.

— Est-ce que t’aurais pas aussi une douche, par hasard ?

Ça doit faire cent ans que j’ai pas pris de douche.

— J’ai de l’eau chaude, inquiète-toi pas.

— Sans farce ?

Du sang commence à s’accumuler dans le coin de l’œil de Jenn. Elle tend la main vers l’arrière et saisit un torchon.

Elle s’éponge. Il doit y avoir une coupure qui saigne quelque part dans ses cheveux.

— Il faut examiner tes blessures. Après la douche.

Jenn acquiesce.

— Toi ? Il t’a quand même pas ménagé, le hurleur.

— Rien de cassé. Des gros bleus, c’est tout.

Jenn soupire, elle secoue la tête en souriant.

— Quoi ? demande Vic

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— Je repensais juste à ce que t’avais dit. Les gens de la Communauté avec leur mercurochrome qui les place au-dessus des autres… Mercurochrome. C’est vrai que les trois points ressemblent à ça.

• • •

— Tu faisais quoi, avant ?

Vic et Jenn sont installés dans le salon de l’appartement.

Ils ont décidé que les masques ne servaient plus à rien, pas après avoir frôlé la mort ensemble. La blonde sort de la douche, Vic lui a fait quelques points de rapprochement, désinfecté ses coupures et versé un verre de vin trop plein.

Elle continue de grimacer en respirant.

Le contenant réfrigéré est branché dans la chambre que Vic lui a prêtée – celle des filles.

— Je suis infectiologue.

Jenn hausse les épaules et ajoute :

— Je sais, on aurait pu prévoir tout ça… mieux tester…

Vic ne mord pas à cet hameçon.

— Vraiment ? Infectiologue ?

— Je fais de la recherche.

— Sur la Peste-Bleue ?

— Y a-t-il autre chose dont la communauté scientifique devrait se préoccuper ?

J’aime son sens de l’humour.

— Ben, quoi dire ? Tant mieux. Un médecin, c’est jamais de trop.

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— Pas vraiment médecin. La recherche, c’est pas de la médecine de terrain… Toi ? Si c’était à ton frère, ici, t’es pas le proprio ?

— Non, dit Vic. Pas vraiment. Je t’explique ça rapido, OK ?

— OK.

— J’ai réalisé des effets spéciaux de films et des scènes de jeux vidéo pendant quinze ans. C’était mon entreprise et je l’ai vendue en 2020. Mon frère, lui, a pris sa retraite de l’armée pour acheter l’Atelier. Il était plus prévoyant que moi. J’ai emménagé ici juste avant la Chute, après la mort de ma femme.

Maintenant, je tue des râleux, je forge des têtes de masses d’armes pour des fanatiques religieux et j’essaie de garder en vie des personnes qui peuvent mourir de la peste n’importe quand.

Jenn sourit en coin. Elle prend une gorgée de vin.

— Des râleux… j’aime ça. Et ça aussi.

Elle montre son verre.

— C’est du gros calibre. Américain ?

Vic hoche la tête.

— Château Montelena… Les bonnes bouteilles ont été abandonnées, hein ? Pourquoi se priver ? Donc, où tu vas, comme ça, Jenn ?

— J’étais dans une équipe de recherche installée dans un bunker à Saint-Jérôme. Après un certain temps, on a décidé de diviser le groupe pour améliorer nos chances de succès.

— Saint-Jérôme… tu me niaises ?

— Je suis sérieuse. Le pied carré coûtait pas cher, à l’époque. Il y a un groupe qui se rendait à Montréal, avec Sylvain Karczewski. Moi, je dois essayer de trouver un bon emplacement.

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CHAPITRE 15 — un roman dont vous êtes la victime Vic réfléchit en finissant son premier verre. La soirée s’annonce longue.

— Je peux peut-être t’aider. Mais j’ai aussi besoin d’aide.

— Sans farce ? Qu’est-ce que je peux faire ?

Rendez-vous au chapitre 30.

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CHAPITRE 15 — un roman dont vous êtes la victime CHAPITRE 16

Valérie court dans le noir. Les gargouillis de son fils se mêlent aux grognements tout proches.

Le VR se trouve à quelques mètres seulement, mais cette distance semble énorme. Valérie tombe au sol, plaquée par un hurleur qui n’avait qu’à suivre le son du bébé qui chigne.

Une douleur aigüe lui vrille le genou.

La créature est forte. Valérie ne tente même pas de se débattre, el e couvre l’enfant avec son corps. Le hurleur pousse des cris simiesques, en sautant à répétition de tout son poids contre le dos de Valérie. Il frappe ses côtes et sa nuque, utilisant ses poings comme des marteaux.

Valérie voudrait crier, mais elle serre les dents.

Cette pluie de coups étourdit la jeune femme. El e devient confuse, el e se relâche, l’énergie la quitte. Roulant sur le côté, el e laisse tomber au sol l’enfant emmail oté. Le hurleur saisit la petite chose bruyante et y plante ses dents. Il arrache le nez et les lèvres avec sa première bouchée. La deuxième déchire la chair tendre du cou, ce qui met un terme aux brail ements et remplit de sang chaud la gueule de la créature.

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CHAPITRE 16 — un roman dont vous êtes la victime Le hurleur n’a pas le temps de prendre une troisième bouchée. Une lame transperce son corps de part et part pendant qu’une autre lui fend la tête jusqu’au milieu du visage.

— PAPA ! hurle Max. PAPA, J’AI BESOIN D’AIDE !

Valérie se redresse, toujours sous le choc. Elle a de la difficulté à respirer. Quelque chose la brûle en dedans.

Quand Vic et le reste du groupe accourent avec la lanterne, quelques secondes plus tard, la lumière est suffisante pour que Valérie constate deux faits simultanés qui provoquent des sentiments opposés. L’image devant elle est comme un tableau en deux parties. D’un côté, une jeune femme en habit de motocross, armée de ce qui ressemble à deux longs couteaux, se tient debout au-dessus de la dépouil e massacrée du hurleur qui la tabassait. Elle est sauvée, le soulagement est intense. De l’autre côté de l’image, elle voit bien que le petit corps de son fils se trouve toujours entre les mains de la créature, et que l’enfant n’a plus de visage. Il a été dévoré ? Matis est mort ? Une douleur puissante la prend au ventre, lui nouant l’estomac.

C’est ma faute ! Mon Dieu, c’est ma faute ! songe-t-elle.

Joueur-de-Basket ne porte aucune attention à Max. Il ramasse précautionneusement l’amas de chair vive qu’est devenu son fils et il porte son regard sur Valérie.

— À quoi tu pensais, Val ? À quoi tu pensais ?

Le jeune maman ne répond rien. Elle baisse la tête.

Les hurlements dans la nuit sont maintenant lointains et monstrueux. La plainte qui sort de la gorge du papa, elle, est désespérément humaine.

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CHAPITRE 16 — un roman dont vous êtes la victime CHAPITRE 16

• • •

La dépouille du petit repose sur la bûche qui servait de siège à Vic. Ce dernier examine Valérie, assise près de la forge.

Max entre par la grande porte du devant. Sa moto électrique ne produit aucun son. Le groupe de voyageurs l’observe. La jeune femme commence par brancher son engin, puis elle retire son casque de motocross. Il est léger et protège l’essentiel de son visage.

Max est plus grande encore qu’Afro-Revolver, avec des cheveux aux reflets auburn, noués en une tresse serrée.

Normalement, elle aurait dû se trouver en plein cœur de son entraînement pour la saison de vol eyball 2022-2023. Ce sera pour après la fin du monde.

Elle détache ses sacoches, qu’elle dépose à l’intérieur, avec sa veste de protection et ses deux glaives. Vic a forgé une paire de xiphos à la grecque pour sa fille. Elle a voulu des lames percées de trous, à la fois robustes et légères, capables de transpercer une poitrine ou de découper. Sa courte lance, elle, demeure accrochée à la moto – en fait, il s’agit d’une espèce de couteau acéré avec un long manche de quatre-vingt-dix cm.

Max fait un signe de la tête à son père.

El e a trouvé. Parfait.

Vic revient à Valérie. Les impacts des poings de la créature ont tuméfié son visage et cassé plusieurs os : le nez, évidemment, et probablement des côtes. C’est ce qui cause sa douleur quand el e respire.

Si son poumon est perforé, on pourra rien faire.

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CHAPITRE 16 — un roman dont vous êtes la victime

— Geneviève, je vous présente Maxime, ma fille.

Geneviève qui s’est écroulée sur une chaise, le regard vide, salue Max d’un geste de la tête.

— Laisse-moi faire, papa, j’ai plus de pratique.

Max se lave les mains, met son masque et s’applique à nettoyer les plaies de Valérie. Celle-ci sanglote, ce qui forme une espèce de bulle rougeâtre à sa narine droite. Max essuie délicatement le visage ensanglanté.

Max remarque qu’el e évite de croiser les regards du groupe.

— Qu’est-ce qu’on va faire ? demande Afro-Revolver.

— Le petit est mort, dit Polonais-Hongrois. Qu’est-ce que tu veux qu’on fasse ?

— On peut rien faire pour Matis, c’est sûr, répond Afro-Revolver. Mais est-ce qu’on peut se permettre d’attendre une minute de plus ici ? Je dis qu’on fonce au métro Crémazie.

Geneviève se lève. Quelque chose s’est rallumé en elle.

Vic se dit que c’est la fuite en avant. On laisse tout derrière, tout ce qu’on a pas pu sauver. On avance pour ne pas mourir.

— Il faut bouger. C’est vrai. Monsieur Verdier a été géné-reux, mais –

Sa voix se brise. Elle se reprend.

— Je pense qu’il a fait ce qu’il pouvait. C’est déjà beaucoup. On continue, hein ? Il faut continuer.

Papa-en-Deuil acquiesce, de même que Polonais-Hongrois et Afro-Revolver.

Valérie, elle, fixe le paquet emmailloté qui contient les restes de son fils. Elle hésite.

— Mais… Mais Matis ?

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CHAPITRE 16 — un roman dont vous êtes la victime CHAPITRE 16

— Tu le sais, hein ? Tu sais que tu as tué Matis autant que le hurleur ? crache Papa-en-Colère.

— Je… Je sais, je sais, je le sais très bien ! Se fâche-t-elle.

J’étais fatiguée, pis lui aussi. Je voulais qu’il dorme, OK ? C’est un bébé ! Vous étiez tous en train de boire… J’ai juste voulu le ramener dans son berceau. C’est pas un crime ! J’aurais dû vous le dire. . J’aurais dû demander à mononcle Andrej de m’accompagner. Je le sais. OK ?

— On dirait du steak haché…, crache Papa-en-Crise.

— Tu veux te faire un gros burger juteux, peut-être ?

répond Valérie. Hein ? T’as encore faim ?

Papa-en-Furie lève enfin les yeux vers Valérie et fait mine de s’approcher d’elle.

— Le hurleur nous est tombé dessus, babe. Un fuckin’

hurleur de marde. Je me suis placée en boule, comme un bouclier pour protéger Matis, OK ? J’ai mangé ses coups partout sur le corps, OK ?

— Fuck ! Matis est mort, Val !

— Je sais, babe, j’ai tenu aussi longtemps que j’ai pu. Je serais morte pour lui, tu comprends ? J’ai failli mourir, moi aussi ! Mais je suis là.

Valérie adresse un remerciement silencieux à Maxime.

— Je suis vivante, babe. Pis là, je partirai pas sans lui. OK ?

Papa-en-Rogne serre les poings.

— Je peux l’enterrer, dit Vic. Matis, c’est ça ? Je peux m’occuper de lui.

L’intervention de Vic fait diversion.

— Il y a de la place dans le cimetière, en bas de la côte, continue Vic. Je peux mettre une pierre sur sa tombe.

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CHAPITRE 16 — un roman dont vous êtes la victime

— Pourriez-vous écrire Matis Louissaint dessus ? demande Valérie. Matis pas de H, Louissaint tout d’un bout, sans trait d’union. Il est né le 14 juillet. De cette année, évidemment.

— Je peux certainement faire ça. Pas de problème. Prends une boîte d’anti-inflammatoires et d’antidouleurs, d’accord ?

Max, tu peux lui donner ça ?

— Merci, dit monsieur Louissaint.

Vic propose un moment de silence pour Matis. Valérie et son Joueur-de-Basket Louissaint vont jusqu’à se tenir par la main. Il aide sa blonde à marcher jusqu’au VR.

Polonais-Hongrois et Afro-Revolver transportent les caisses de denrées que Vic leur a offertes jusqu’au VR. Vic et Geneviève surveil ent le chargement. Joueur-de-Basket demeure auprès de sa blonde.

— Station Crémazie, dit Geneviève. L’entrée est supposée être à la hauteur des rames de métro en direction Côte-Vertu. OK ?

— OK, dit Vic. Bonne chance.

Quand le VR quitte le stationnement, Vic se dit que ces gens devraient avoir le droit de pleurer le petit Matis.

La Peste-Bleue leur a ôté ce droit. Aujourd’hui, pour eux, il n’y a que la fuite.

Max et lui ont les taches de mercurochrome sur la paume.

Ils peuvent rêver de plus.

• • •

— C’était qui ça, papa ? Depuis quand tu laisses entrer du monde dans l’Atelier ?

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CHAPITRE 16 — un roman dont vous êtes la victime CHAPITRE 16

— Ils ont dit « papillon ».

— Quoi ?

— Ils voulaient qu’on les accompagne à Montréal, avec tout le groupe. J’ai refusé.

— Comment ils ont su pour « papillon » ?

— Ils connaissaient Daniel Robitaille.

— Comment ça, « connaissaient » ? Ils le connaissent plus ?

T’es ben drôle, papa.

Vic soupire, il s’accoude à la table près de la forge.

— C’est vrai, tu sais rien encore… Assieds-toi. Je vais te raconter ça. Mais avant, as-tu trouvé ce que je voulais ?

— Mieux.

Max plonge sa main dans une de ses sacoches de moto.

Elle en ressort avec deux boîtes de carton.

— Boutique Micro-Fix-Expert, à Mascouche, caché dans l’entrepôt. Pas un, mais deux signal boosters, non pas de troisième, mais de quatrième génération. En plus, j’ai trouvé une fabrique de minimaisons sur roues. Ça serait parfait. Il y en avait trois déjà montées dans le stationnement.

— Répète-moi ton plan ?

— On agrandit la cour vers Arboricol 2000, on installe les minimaisons au fond et on fait pousser ce qu’il nous faut.

— Il faudrait rehausser la clôture sur tout le périmètre, mais ce serait possible.

— Papa, l’idée, c’est d’alimenter les minimaisons pour le groupe. Les gens vivent chacun de leur côté, avec des génératrices qui vont manquer d’essence. Ils font du camping dans leur maison.

— OK. Oui, on peut y penser.

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CHAPITRE 16 — un roman dont vous êtes la victime La jeune femme est fière d’elle. Ses sorties sont fruc-tueuses et elle les effectue en solo. Se déplacer pour du ravitaillement n’est jamais sans risque.

— Combien de râleux ?

— Pas un. À part celui de tout à l’heure. Je te le dis, papa, il y en a presque plus quand tu quittes les zones résidentiel es…

— OK.

Vic sait que sa fille ne lui dit pas tout. Il voit, dans la sacoche, du canevas roulé. Max s’est introduite dans une pro-priété privée pour récupérer une autre toile. El e se passionne pour la peinture et elle se dit que les belles choses sont faites pour être contemplées. Elle a déjà deux Riopelle, un Pellan, un Marc-Aurèle Fortin et un Besner dans sa chambre.

Vic aime particulièrement les hiboux de Riopelle, ce sont des morceaux du monde d’avant.

Il ne lui en veut pas, il travaille lui-même à s’insérer dans les systèmes informatiques qui fonctionnent toujours pour copier un maximum d’information pertinentes : techniques de construction, mécanique, agronomie, biologie, médecine, en passant par le génie, les mathématiques, les langues et la philosophie. S’il pouvait trouver comment entrer dans la bibliothèque du Congrès américain, il n’y aurait plus de trous dans ses recherches. Les satellites de télécom seront autonomes encore plusieurs années et la bibliothèque du Congrès bénéficie des meilleurs systèmes de redondance. Vic pense qu’il a de bonnes chances. De toute façon, avec ce qu’il a déjà, il n’est pas mal foutu.

— Toi, qu’est-ce que tu as à me dire ?

Max fait chauffer une boîte de fèves au lard.

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CHAPITRE 16 — un roman dont vous êtes la victime CHAPITRE 16

Vic raconte l’histoire de Ti-Gars dans la rue, qu’il a fail i tuer, la lapidation de Daniel, la discussion avec Nadia, puis l’arrivée de la « confrérie du campeur » et les propos de Geneviève.

Une autre maudite journée. Ça, c’est notre vie, à peine six mois après la Chute.

Rendez-vous au chapitre 8.

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CHAPITRE 17

Maxime regarde Thomas attentivement.

Le jeune homme se redresse lentement, mais il respire déjà mieux. Il est grand, probablement fort, raide comme de la corde.

Son histoire ne tient pas la route. Il lui ment en pleine face. Dès qu’il va en avoir l’occasion, il va la tuer avec son couteau ou son marteau.

La main de Thomas glisse sur le pommeau de son Bowie.

Maxime décide de ne prendre aucun risque. Elle pivote sur elle-même pour plus de vélocité et elle frappe avec la lame de son xiphos en poussant un cri. Elle vise la gorge.

Surpris, Thomas essaie d’esquiver en se laissant retomber au sol. La lame de Maxime manque le cou et se loge plutôt dans le visage de Tom à la hauteur de la bouche. L’acier défonce les dents et les joues. Le jeune homme ouvre de yeux exorbités.

Continuer : partie 3 sur 3