Un roman dont vous êtes la victime - Mercurochrome

Vic Verdier · Chapitre 2 sur 5 · partie 3/3

Pages du PDF

Un roman dont vous êtes la victime - Mercurochrome

Lui, il a le mercurochrome sur la…

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 3 parties.

— Merde ! lâche Maxime.

Elle plante son autre xiphos dans le ventre du fanatique.

Tom meurt dans un gargouillis mouillé.

INT_Victime_Mercurochrome.indd 147

21-09-08 16:08

CHAPITRE 17 — un roman dont vous êtes la victime

• • •

Max essuie ses lames sur la vareuse de Tom. Ensuite, el e fouil e les sacoches du vélo. El e trouve un tire-pierre usé, un carnet, un ouvre-boîte, deux conserves de fèves au lard, un roman de Philippe Kerr.

Le carnet est rempli de dessins. Tom avait un certain talent. La silhouette de la motocycliste lui ressemble, avec sa lance accrochée à la moto. La même lance qu’elle vient de briser dans la roue du vélo.

Rien qui parle de Dieu, pas de remarques violentes.

Rien qui parle de fanatisme.

Quelques al usions à ses al ées-venues et des commentaires entourés avec le stylo Bic. Max remarque une ligne soulignée.

« Elle aime la peinture. Elle a l’air heureuse. Elle est belle, ça me fascine. »

Max se dit que Tom avait peut-être vraiment le désir de quitter la Communauté.

C’est trop tard maintenant.

• • •

Le lendemain, Max et Vic roulent vers chez Nadia. Elle a demandé de l’aide médicale d’urgence par le réseau du groupe.

Les Verdier ont pris la route avec une trousse de premiers soins et une boîte remplie de médicaments. Nadia est infirmière, si el e a besoin d’aide, c’est que la situation est sérieuse.

L’ambiance est tendue dans le camion.

— Gros Gilles est d’accord. J’ai oublié de te dire ça.

148

INT_Victime_Mercurochrome.indd 148

21-09-08 16:08

mercurochrome —

CHAPITRE 17 — un roman dont vous êtes la victime CHAPITRE 17

— Quoi ?

— Pour les minimaisons.

— Ah, OK. C’est bon. On continue, même si…

— Je sais.

La veil e, quand Max est revenue à l’Atelier, el e a raconté sa journée, mais elle s’est concentrée sur Tom. Vic a compris que sa fille n’avait pas eu le choix. Il sent bien que le temps leur est compté. Ça complique les choses. La discussion de la veille les force à réfléchir ; tant que la Communauté insiste pour exterminer les non-immunisés, il n’y aura pas de répit.

Il faudrait trouver une façon de se débarrasser d’eux.

— J’ai repensé à ça, papa.

— À quoi donc ?

— On pourra jamais se défaire des fanatiques de la Communauté.

Vic est surpris de constater que sa fille pense aux mêmes choses que lui, en même temps.

— Je sais. Il faudrait des armes. Il faudrait du monde. Ils sont une quarantaine… Ils vont se rendre compte que le jeune est mort.

Max baisse les yeux.

— T’aurais fait quoi, toi ?

Vic serre le volant plus fort.

— Comme toi, fille, comme toi. Mais tabarnak…

— On peut pas rester.

Vic se retourne vers sa fille. Elle continue.

— Dans le fond, ça donnerait quoi de les éliminer ? Le Québec était déjà grand avant la Chute. Il y a pas mal plus de place aujourd’hui. On a juste à partir.

149

INT_Victime_Mercurochrome.indd 149

21-09-08 16:08

CHAPITRE 17 — un roman dont vous êtes la victime

— On ferait ça comment ?

— Trois pickups, plus le cybertruck, trois minimaisons, un grand trailer pour le plus de stock possible. Gil es, toi, Mendez et moi, au volant.

Vic aime que sa fille se place dans l’action. Elle tue un homme et elle continue de foncer.

— Mendez en a déjà un. Il faut du gaz.

— Si je monte vers Saint-Lin, genre, je peux en rapporter, c’est sûr.

— On va où ?

— Vers l’est, je sais pas encore.

Vic réfléchit en tournant sur le chemin de Château-Salins.

Ils sont presque arrivés.

— OK. On en parle ce soir pour tester ton plan. Ça vaut la peine.

150

INT_Victime_Mercurochrome.indd 150

21-09-08 16:08

CHAPITRE 17 — un roman dont vous êtes la victime CHAPITRE 18

Vic et Max placent leur masque sur leur visage et enfilent des gants de latex avant d’entrer chez Nadia.

Nadia est pratiquement en panique. Elle a du sang un peu partout sur elle. La mère affolée a pris le dessus sur l’infirmière.

— Je… Je pense que je l’ai tué, dit-elle. Peux-tu vérifier, Vic ?

Ti-Gars gît sur le divan. Malgré un bandage autour du crâne, son sang imbibe les coussins. Nadia se rejoue les événements dans sa tête.

• • •

Nadia lit dans sa chambre. Elle garde un œil dehors, parce que les feuilles qui tombent l’apaisent. Surtout qu’elle ne doit pas les ramasser. Le groupe a convenu de ne pas entretenir les maisons pour ne pas attirer l’attention.

Elle aperçoit Ti-Gars, qui s’exerce à la danse dans la cour arrière. Son fils a toujours aimé la danse. Il était trop grassouillet pour partager ses chorégraphies sur Tik Tok – le jeu INT_Victime_Mercurochrome.indd 151

21-09-08 16:08

CHAPITRE 18 — un roman dont vous êtes la victime ne valait pas le risque d’intimidation. Par contre, le rythme et la coordination ont toujours été au rendez-vous.

Nadia sourit.

Son sourire disparaît quand elle se rend compte qu’un fil pend du kangourou du garçon. Il danse en écoutant son iPod. Ti-Gars n’est jamais supposé garder ses écouteurs sur ses oreilles à l’extérieur de la maison. C’est une consigne claire. Elle se lève pour lui ordonner de rentrer à l’intérieur.

Mais son fils danse, les feuilles volent dans le vent, c’est joli – non, c’est beau. Elle décide de l’observer quelques instants.

Les larmes montent à ses yeux ; Nadia n’aime pas quand elle devient aussi prise par ses émotions. C’est pire depuis la Chute. Elle passe à la salle de bain pour récupérer des mouchoirs. Un hurlement, tout proche, la surprend alors qu’el e se regarde dans le miroir.

Quand elle revient à la fenêtre, elle voit une forme humaine qui saute par-dessus la clôture de la cour.

Ti-Gars continue de danser, il fait dos à la créature.

Nadia descend les marches de l’escalier si rapidement qu’elle trébuche. Elle atterrit au rez-de-chaussée la face la première en se tordant la cheville. Elle se relève, serre les dents et se précipite vers l’arrière.

La machette que Vic a fabriquée pour les membres du groupe devrait se trouver sur le bord de la porte. Elle n’y est pas. Nadia voit une hurleuse, une femme dans la cinquantaine qui ne porte plus qu’un short de sport, agripper Ti-Gars par le capuchon et le projeter au sol.

Le cri de Nadia couvre le hurlement de la bête.

152

INT_Victime_Mercurochrome.indd 152

21-09-08 16:08

mercurochrome —

CHAPITRE 18 — un roman dont vous êtes la victime CHAPITRE 18

Nadia repère la machette, dehors, fichée dans le tronc d’un arbre. Ti-Gars a probablement voulu s’amuser avec l’arme. El e sort en essayant d’attirer l’attention de la hurleuse.

Cel e-ci a déjà sa proie. Ti-Gars se débat. Il parvient à éloigner le monstre à coups de pied.

Nadia sait qu’il ne tiendra pas longtemps.

Elle comprend pourquoi la machette n’est pas retournée à sa place : la lame est sacrément bien enfoncée dans l’écorce.

Nadia frappe à deux mains contre le manche. La lame se déloge de l’arbre, mais elle l’entaille au visage avant de tomber sur les feuilles mortes.

Ti-Gars hurle à son tour. La hurleuse chevauche maintenant le corps du garçon et elle est parvenue à le mordre.

Nadia couvre la distance qui la sépare de son fils en deux ou trois secondes qui en paraissent mille. Elle n’entend plus rien, sa vue se brouille. Elle frappe la hurleuse, entaillant profondément son dos. La créature ne bronche pas.

« Le cœur ou la tête », les mots de Vic résonnent dans la mémoire de Nadia. La tête de la bête est trop proche de cel e de son fils. La mère enfonce la machette entre les côtes de la hurleuse. Celle-ci relâche son emprise.

Ti-Gars pousse contre le corps de la créature. Nadia l’aide à se dégager. L’oreille droite du garçon a disparu. Ils rentrent précipitamment dans la maison en verrouillant derrière eux.

• • •

Vic et Max s’étaient tous deux précipités vers Ti-Gars.

— Non, Vic, pas lui, dehors.

153

INT_Victime_Mercurochrome.indd 153

21-09-08 16:08

CHAPITRE 18 — un roman dont vous êtes la victime Vic trouve la hurleuse devant la porte-patio. La bête est bel et bien morte. Il la chargera dans le pickup plus tard. Il est fier d’avoir eu l’idée des machettes, mais surtout de les avoir forgées avec un tranchant acéré aussi bien qu’avec une pointe aigüe. Si Max et lui ont appris à tuer chaque jour, les membres du groupe, eux, ne savent pas y faire ; ils ne peuvent pas prendre ce genre de risques. Les râleux ont été infectés par le Zandrin-Meyer, mais ça ne les empêche pas de porter souvent le virus de la Peste-Bleue.

Vic confirme la mort de la râleuse. Nadia, plus calme, reprend la situation en charge.

La plaie à l’oreille est soigneusement désinfectée. Max demande à Nadia si elle veut cautériser.

— Non. Une fois que le virus a été en contact direct avec le système sanguin, je pense pas que de brûler la chair soit une solution. On fait un bandage propre et on le laisse dormir.

Tout le long de l’intervention, Ti-Gars a gardé le silence.

Vic observe son visage.

Il est paralysé par la peur. Il a mal, mais il a surtout peur.

• • •

Dans la cuisine, Nadia sert deux verres de scotch. Un pour elle et un pour Vic. Max reste à l’eau. Ti-Gars, lui, dort comme une bûche après une piqûre de mépéridine.

Nadia s’est débarbouillée, elle s’est changée, et Max lui a fait un bandage pour sa coupure au visage. Vic a accroché sa chemise renforcée au dossier d’une chaise.

— Je lui avais dit. Il m’a pas écouté. Je lui avais dit…

154

INT_Victime_Mercurochrome.indd 154

21-09-08 16:08

mercurochrome —

CHAPITRE 18 — un roman dont vous êtes la victime CHAPITRE 18

— Je sais, Nadia, dit Vic en prenant le verre qu’elle a laissé sur l’îlot à son intention.

Nadia vide son verre d’un trait. Elle tremble encore un peu. Le deuxième verre disparaît presque aussi vite. Vic et Max savent bien qu’il ne sert à rien de faire des promesses.

« Ça va bien aller » est une formule proscrite depuis la Chute.

Nadia connaît les risques pour son fils, et pour elle, évidemment.

Il faut attendre.

Ça l’enrage et la vide de toute volonté en même temps.

Nadia contourne l’îlot. Vic fige. Elle se blottit contre sa poitrine.

— Nadia…

— Fuck it, Vic. On s’en câlisse. Je veux que tu me prennes dans tes bras. Peux-tu faire ça ?

Vic lève les bras et serre la femme contre sa poitrine.

La sensation de ce corps féminin, chaud et doux, col é au sien, lui procure un bonheur qu’il a de la difficulté à évaluer.

Ça fait un bien fou. Il sent son propre corps se réchauffer. Il a l’impression de rougir.

Max sourit. Elle sort de la cuisine avec son verre d’eau.

Rendez-vous au chapitre 37.

155

INT_Victime_Mercurochrome.indd 155

21-09-08 16:08

INT_Victime_Mercurochrome.indd 156

21-09-08 16:08

CHAPITRE 19

Maxime regarde Thomas attentivement.

Le jeune homme se redresse, il respire déjà mieux.

Il est grand, probablement fort, raide comme de la corde. Son regard a quelque chose de bienveil ant.

Max décide que son histoire est possible. Il porte les cheveux courts, alors que tous les autres ont laissé pousser les leurs. Il essaie de montrer qu’il est un outsider. S’il lui ment, elle risque gros, il pourrait la tuer avec son couteau ou son marteau.

La main de Thomas glisse sur le pommeau de son Bowie.

Maxime hésite. Elle pourrait lui planter sa lame dans la gorge maintenant. Après, ce sera plus difficile. Elle décide de prendre ce risque.

La main de Tom remonte jusqu’à son crâne. Il se masse l’arrière de la tête.

— OK. Commence par ton nom au complet. C’est quoi ton histoire ?

Max ne rengaine pas son glaive.

— John-Thomas Finn. Tout le monde m’appelle Tom.

J’étudie en design industriel à Concordia – j’étudiais…

INT_Victime_Mercurochrome.indd 157

21-09-08 16:08

CHAPITRE 19 — un roman dont vous êtes la victime

— Finn, c’est ton oncle pour vrai ?

— Yep. Mon père était le grand frère de Matthew. Chez nous, on était cinq dans la famille. J’avais deux sœurs, plus jeunes. Personne à part moi a eu le « triangle céleste ».

— Personne ?

— Pas dans ma famille proche. Juste mon oncle. Il a pas d’enfant. Maintenant, il a toute la Communauté. Les fidèles le prennent pour un prophète, je te jure. C’est lourd.

— Vous êtes combien ?

— Quarante-trois au dernier décompte. Trente-six hommes, sept femmes. Max soupire.

— Explique-moi ton plan, Tom. Tu dois avoir un plan ?

Tom soupire à son tour.

— Je sais pas. Je voulais partir, c’est tout. Peut-être me cacher quelque part ? Puis, on vous a rencontrés. Je me suis dit que je pouvais attendre un peu, vous observer, voir si…

Tu comprends ?

— Shit.

Max range son arme. Elle s’assoit sur un tronc d’arbre.

— Qu’est-ce qui va se passer si tu retournes là-bas ?

— Est-ce que je vais raconter ce que j’ai vu, tu veux dire ?

Max lève les yeux en serrant la mâchoire, Tom comprend qu’elle s’inquiète.

— Je veux te donner quelque chose, OK ?

Tom retourne à son vélo. Il sort un carnet de la sacoche.

— Tiens, je te donne mes notes, OK ? Tu vas voir, il y a rien là-dedans pour vous mettre dans la merde. J’ai jamais eu l’intention de dire quoi que ce soit. J’allais expliquer que vous 158

INT_Victime_Mercurochrome.indd 158

21-09-08 16:08

mercurochrome —

CHAPITRE 19 — un roman dont vous êtes la victime CHAPITRE 19

« faites le ménage », comme ton père dit, partout dans le coin.

J’allais dire des choses vraies, pour que ça sonne crédible.

Genre, comment vous attirez les hurleurs vers vous en faisant du bruit. Ou comment ton père plante son crochet dans l’épaule d’un infecté avant de lui trancher la tête.

Max pouffe.

— Pique-tchop. Il appelle ça le pique-tchop. T’as vu ça ?

— Au moins deux fois. C’est efficace en sale. En tout cas, j’aurais jamais dit que vous aidiez des gens normaux.

Max se renfrogne.

— Ils vont finir par les tuer, hein ? Tout le monde ?

Tom hoche la tête à l’affirmative.

— Vous aussi, s’ils l’apprennent. Ou si vous avez des choses qu’ils veulent.

— Par exemple ?

— Vos panneaux solaires.

— Shit. Shit !

Un silence inconfortable s’installe.

Max ouvre le carnet de Thomas.

Si vous pensez que le carnet ne contient qu’une série de faits, notés de façon systématique, rendez-vous au chapitre 35.

Si vous pensez que maxime va plutôt découvrir des notes, mais surtout des dessins dans le carnet, rendez-vous au chapitre 28.

159

INT_Victime_Mercurochrome.indd 159

21-09-08 16:08

INT_Victime_Mercurochrome.indd 160

21-09-08 16:08

CHAPITRE 20

Vic écoute le conseil de P.-E.

— Occupe-toi des filles !

On va tous mourir ici, si le feu ravage l’Atelier…

Il se précipite vers le rez-de-chaussée pendant que P.-E.

ouvre la porte de la chambre.

L’extincteur est effectivement accroché au mur, non loin du pied de l’escalier. Vic l’agrippe en vitesse. L’objet reste coincé au mur.

Crisse ! Comment ça marche ?

Vic cherche son calme. Il se concentre sur le mécanisme.

Il suffit de faire sauter un loquet avant de pouvoir dégager l’extincteur de son crochet.

Vite.

Vic reprend sa gaffe d’une main et l’extincteur de l’autre.

Il remonte à la hâte.

De retour dans l’appartement, il trouve l’espace enfumé.

Max se tient au centre du loft, recroquevillée sur elle-même, en état de choc.

Vic court jusqu’à l’incendie.

INT_Victime_Mercurochrome.indd 161

21-09-08 16:08

CHAPITRE 20 — un roman dont vous êtes la victime Dans la chambre, il tombe sur une scène qui se gravera dans sa mémoire au fer rouge. Il se souvient qu’à travers la fumée, il a d’abord cherché le hurleur.

Vic ne le repère pas tout de suite.

Où est-il ? Où est le monstre ?

Le feu vient du fond de la pièce, là où la lampe à l’huile a été renversée. Les rideaux sont en flammes ; la fenêtre, fermée. La tête de Vic n’est pas si loin du plafond, il respire de la fumée et se met à tousser.

Vic aperçoit enfin les épaules de son frère qui se découpent dans la boucane. P.-E. fait un pas d’esquive de côté alors qu’une forme humaine grogne en sautant vers lui. Une bouche se referme sur le vide alors qu’il abat son couperet sur le sommet du crâne du monstre.

La lame du couperet s’enfonce jusqu’aux oreilles. Une jeune femme s’écroule au sol.

C’est Fred ! P.-E. a tué ma fil e !

Vic sent la colère déferler de sa poitrine à la pointe de ses pieds. P.-E. lève les yeux vers son frère au moment où celui-ci enfonce le pieu de sa gaffe à travers son sternum.

— TU L’AS TUÉE, MON TABARNAK !

P.-E. réprime un cri. Il inspire une dernière fois.

— Elle… Elle était… en Rage… Re… Regarde sa peau, Vic… sa peau… Vic. Vic…

L’ex-militaire s’accroche une seconde aux épaules de son frère, puis s’écroule.

— Elle est immunisée, P.-E. ! Elle est immunisée !

Le doute s’insinue dans l’esprit du père. Vic traîne le corps de sa fille hors du brasier. Il la regarde comme il faut.

Sa peau est striée de veines bleutées.

162

INT_Victime_Mercurochrome.indd 162

21-09-08 16:08

mercurochrome —

CHAPITRE 20 — un roman dont vous êtes la victime CHAPITRE 20

La Peste-Bleue. Ça se peut pas.

Vic est sous le choc. Ses jambes se dérobent sous lui.

Vic entend le son émis par Max, qui utilise l’extincteur.

La fumée se fait plus opaque, au point de ne plus voir les traits de sa fille. On dirait que Fred s’efface devant lui, on dirait qu’elle disparaît dans le brouillard.

Après avoir éteint le feu et sommairement bandé son bras mordu par sa sœur, Max revient vers son père.

— Elle a voulu me tuer, papa.

— Je savais pas. Max, j’ai cru que… J’ai frappé avec la gaffe. Je pensais qu’il avait… P.-E… Je…

— Je sais, papa, je sais.

— Elle était supposée être immunisée. Elle aurait jamais dû… Elle a jamais eu le vaccin.

— Je sais, papa. Je comprends rien, moi non plus.

Max se détourne pour pleurer.

Le lendemain, Vic avait enterré Fred et P.-E. dans la cour.

Depuis ce jour, il chasse les râleux et les brûle sur leur tombe comme sur un autel païen.

Rendez-vous au chapitre 14.

163

INT_Victime_Mercurochrome.indd 163

21-09-08 16:08

INT_Victime_Mercurochrome.indd 164

21-09-08 16:08

CHAPITRE 21

— Qu’est-ce que tu faisais là ?

Vic est passé au tutoiement depuis le départ des hommes de la patrouil e. La blessée ne répond pas. El e hoche la tête. Vic la secoue un peu.

— Hé ! Hé ! Regarde-moi ! On parle, tu restes consciente.

— Ça va. Ça va…

— Explique-toi. Pourquoi la génératrice ? C’est vraiment niaiseux.

— J’avais pas le choix, ma valise réfrigérée est presque à plat. Il fallait que je la branche.

La femme pointe un contenant en thermoplastique, sur le siège arrière.

— Ben voyons. T’as peur de perdre des aliments ?

La femme toussote. Elle se tient les tempes.

— Ça fait mal ?

— Oui, je me suis fait mal aux côtes en tombant et j’ai la tête qui résonne. Il m’a frappée vraiment fort, le bâtard. Je m’excuse. J’avais pas croisé de hurleur depuis longtemps, je me disais que je l’entendrais arriver…

— Il en reste assez pour te faire bouffer.

INT_Victime_Mercurochrome.indd 165

21-09-08 16:08

CHAPITRE 21 — un roman dont vous êtes la victime La blonde rit, malgré la douleur.

— Les autres, c’était qui ?

— La Communauté. Des exaltés de Dieu. Ils sont tous immunisés et ils pensent que le mercurochrome les place au-dessus des gens comme toi. Ils les lapident.

— Arrête, je te crois pas.

— J’ai enterré un ami, il y a quelques jours. C’était atroce.

— Ouin, hein, c’est poche. En tout cas, merci pour le coup de la brouette… j’ai failli étouffer, mais ça a fonctionné.

Vic est à l’affût des signes de commotion cérébrale. Ça n’a pas l’air d’être le cas, mais ces choses-là peuvent se manifester plus tard.

— Écoute. J’ai de l’électricité. Tu vas pouvoir recharger ta valise.

— Merci. Merci, vraiment.

La femme est blonde, comme Jennifer. À peu près de la même taille. Sa façon de prendre une pause avant de dire

« vraiment », Vic pense entendre son amoureuse. On dirait une cousine.

Ils arrivent à l’Atelier. La porte automatique s’ouvre.

— Vic Verdier. Je suis Vic.

— Du célèbre Atelier Verdier ?

Vic éclate de rire. La femme a manifestement lu l’enseigne.

El e est rapide.

— C’était mon frère. J’ai repris le commerce, dit Vic comme si le renseignement était important.

Elle sourit.

— Jenn. Je m’appelle Jennifer Vinet-Pouliot. Enchantée, Vic.

166

INT_Victime_Mercurochrome.indd 166

21-09-08 16:08

mercurochrome —

CHAPITRE 21 — un roman dont vous êtes la victime CHAPITRE 21 Au son du prénom de sa femme, Vic fait des yeux ronds à la blessée qui se redresse sur les accoudoirs du siège en grognant.

— Ça va, Vic ?

— Oui, certainement. Bon. On se stationne et on branche ton affaire. Qu’est-ce que c’est ?

— Est-ce que tu aurais pas aussi une douche, par hasard ?

Ça doit faire cent ans que j’ai pas pris de douche.

— J’ai de l’eau chaude, inquiète-toi pas.

— Sans farce ? Tu niaises pas ?

Du sang commence à s’accumuler dans le coin de l’œil de Jenn. Elle tend la main vers l’arrière et saisit un torchon.

Elle s’éponge. Il doit y avoir une coupure qui saigne quelque part dans ses cheveux.

— Il faut examiner tes blessures. Après la douche.

Jenn acquiesce.

• • •

— Tu faisais quoi, avant ?

Vic et Jenn sont installés dans le salon de l’appartement.

Ils ont décidé que les masques ne servaient plus à rien, pas après avoir frôlé la mort ensemble. La blonde sort de la douche, Vic lui a fait quelques points de rapprochement, désinfecté ses coupures et versé un verre de vin trop plein.

Le contenant réfrigéré est branché dans la chambre que Vic lui a prêtée – celle des filles. Il s’agit de quelque chose qui a manifestement de l’importance pour Jenn, mais elle évite le sujet.

167

INT_Victime_Mercurochrome.indd 167

21-09-08 16:08

CHAPITRE 21 — un roman dont vous êtes la victime

— La douche a été fan-tas-tique. Je te remercie. Je me sentais sale, vraiment.

— Je te comprends.

Vic fronce les sourcils.

— Tu vas faire comme si de rien n’était ? C’est ça ? Tu diras rien ?

— J’ai fait plein de choses, Vic… Qu’est-ce que tu me demandes, au fond ?

— Je me demande ce qui peut être si important de recharger pour que tu décides de risquer d’ameuter tous les hurleurs de Lorraine.

— On est à Lorraine ?

— Arrête. C’est assez.

Jenn baisse les yeux.

— OK. Je commence, dit Vic. J’ai réalisé des effets spéciaux de films et des scènes de jeux vidéo pendant quinze ans.

C’était mon entreprise et je l’ai vendue. Mon frère, lui, a pris sa retraite de l’armée pour acheter l’Atelier. Il était plus prévoyant que moi. J’ai emménagé ici juste avant la Chute, après la mort de ma femme. Maintenant, je tue des râleux, je forge des têtes de masses d’armes pour des fanatiques et j’essaie de garder en vie des personnes qui peuvent mourir de la peste n’importe quand.

Jenn sourit en coin.

— Je racontais pas de menteries, Vic. J’ai été… garagiste.

J’ai été femme de ménage. J’ai travaillé dans une usine d’assemblage. J’ai été guide dans une ZEC. J’ai été danseuse, pendant un bout. J’ai fini par étudier en agronomie et ensuite, travailler pour une compagnie agricole, à Sainte-Adèle.

168

INT_Victime_Mercurochrome.indd 168

21-09-08 16:08

mercurochrome —

CHAPITRE 21 — un roman dont vous êtes la victime CHAPITRE 21

— Et ?

— Et pendant la pandémie, je suis restée dans le Nord.

Chez Bio-Seed, on avait des serres et une fermette. Ils faisaient des recherches, j’aidais les experts – ils ont trouvé… ils ont… En tout cas, j’ai pensé que je manquerais de rien en restant là.

— Pas con. J’attends le « mais »…

— Mais Jean-Guy. Le cave, la cervelle d’oiseau. Maudit innocent. Jean-Guy est sorti et il a ramené la Peste-Bleue. Je suis partie dès qu’ils ont commencé à mourir. J’allais être contaminée, tôt ou tard.

Vic hoche la tête.

— Où tu vas, Jenn ?

— N’importe où, Vic. Vraiment. Là où je serai en sécurité. Là où je peux être utile ?

Jenn termine son verre. Vic le remplit.

— OK. OK. Repose-toi donc. On reparlera demain.

Rendez-vous au chapitre 30.

169

INT_Victime_Mercurochrome.indd 169

21-09-08 16:08

INT_Victime_Mercurochrome.indd 170

21-09-08 16:08

CHAPITRE 22

Vous avez choisi que Vic repousse sa bière à plus tard et retourne à l’atelier.

Maintenant…

Si vous savez ce qui se passe au sous-sol de l’atelier Verdier, rendez-vous au chapitre 25.

Si vous ne savez pas ce qui se passe au sous-sol de l’atelier Verdier, mais que vous connaissez Thomas, rendez-vous au chapitre 26.

INT_Victime_Mercurochrome.indd 171

21-09-08 16:08

INT_Victime_Mercurochrome.indd 172

21-09-08 16:08

CHAPITRE 23

Le lendemain, Vic décide de ramasser la dépouille de la fille qu’il avait abandonnée sur le bord de la route en se rendant au cimetière. Elle s’appelait Sofia Del Vasto. C’est ce que les notes trouvées sur elle disent. Elle a survécu en se déplaçant beaucoup, d’après les premières pages qu’elle a écrites.

Pauvre fil e, el e n’écrira plus rien, mais el e a fait de son mieux.

Elle déblatère des idioties. Sofia prétend qu’elle a travaillé sur un nouveau vaccin et un traitement, quelque chose qui permettrait de faire oublier le Zandrin-Meyer. Elle divague.

Elle parle de souches artificielles et de tests réussis. Sofia prétend qu’elle aurait aidé à développer des doses efficaces, quelque part dans le Nord.

Les gens ont besoin de se raccrocher à quelque chose, même si ce quelque chose est un paquet de lubies.

Vic charge le cadavre dans la boîte du pickup, à côté de celui du petit Matis et d’une pelle. Il fait chaud, aujourd’hui. On dirait que l’été des Indiens s’installe sur les Basses-Laurentides. Vic veut enterrer les corps le plus vite possible.

INT_Victime_Mercurochrome.indd 173

21-09-08 16:08

CHAPITRE 23 — un roman dont vous êtes la victime Il se stationne en bordure du cimetière qui jouxte la montée Gagnon. Il remarque le chantier résidentiel abandonné, de l’autre côté de la rue.

Oh ! Une petite pel e… comme cel e que j’avais louée pour refaire le terrain, avec Jenn.

Vic monte dans l’engin. Sa femme l’avait piqué au vif, cet été-là. Elle avait bien pensé que Vic ne serait pas capable de manipuler le Kubota. Elle était beaucoup plus habituée à le voir à son écran d’ordinateur qu’aux commandes d’une pelle mécanique. Vic avait finalement trouvé le tour. Le paysagement avait été refait. Il avait fallu quelques jours de plus que prévu, mais le travail avait été complété.

Le moteur démarre à la quatrième tentative.

Vic traverse la route et trouve un endroit encore libre pour creuser ses tombes. Il décide d’en faire deux, maintenant qu’il a une pelle mécanique. Le moteur vrombit et Vic ne sait pas de combien de carburant il dispose, la jauge est brisée. Il travaille aussi vite que possible.

En quelques minutes, les deux trous sont suffisamment creux pour y déposer les corps. Vic retourne à son pickup. Il fait vraiment chaud.

Il faut trois allers-retours au camion : un pour le petit Matis, un pour Sofia et un autre pour la pelle à main et les deux croix.

Ces efforts fatiguent Vic.

Il songe à dire un mot à la mémoire des deux défunts. Il n’a pas vraiment le cœur à ça. Sa foi à lui n’a jamais pris racine. P.-E. et Vic ont suivi les cours de morale au lieu de la catéchèse.

174

INT_Victime_Mercurochrome.indd 174

21-09-08 16:08

mercurochrome —

CHAPITRE 23 — un roman dont vous êtes la victime CHAPITRE 23

Une fois les deux croix installées, Vic soupire. Il gravera peut-être une pierre pour le petit Matis. Un jour. Il lève les yeux au ciel et essuie la sueur sur son front.

J’ai de la bière dans la glacière, sur la banquette arrière.

Vic a apporté quelques bouteilles de broue avec de l’eau, évidemment, et un sandwich. Il pensait faire refroidir la bière et la boire en soirée. Maintenant, il lui semble qu’une pause au soleil avec une bière fraîche serait un beau cadeau à se faire.

Les cimetières sont pleins de gens qui sont vraiment morts.

C’est quand même mieux que d’être entouré de râleux. Par contre, si je remonte à l’Atelier tout de suite, je pourrais forger une première tête de masse d’armes, question de juger de la difficulté. La bière sera toujours là plus tard. Mais peut-être pas le soleil…

Si vous pensez que Vic devrait prendre sa pause, boire une bière à la mémoire de Matis et de Sofia, rendez-vous au chapitre 24.

Si vous pensez que Vic devrait garder sa bière pour plus tard et retourner à l’atelier, rendez-vous au chapitre 22.

175

INT_Victime_Mercurochrome.indd 175

21-09-08 16:08

INT_Victime_Mercurochrome.indd 176

21-09-08 16:08

CHAPITRE 24

Vic déplace la pelle mécanique sous un arbre. Il la laissera ici pour une prochaine fois. Parce qu’il y aura une prochaine fois. Inévitablement.

Le vacarme du moteur cesse.

Vic a soif.

Bientôt, les bouteil es de bières commerciales vont toutes devenir périmées. Normalement, après quelques mois, elles ne sont déjà plus fraîches. Vic sort une bouteille de la glacière. C’est de la Molson.

Il se ravise et en prend deux autres. À quoi bon attendre ?

Il s’adosse à l’arbre, un gros érable dont les racines se nourrissent des cadavres du cimetière. Il doit faire vingt-deux degrés Celsius. Vic déboutonne sa veste de moto et remonte ses manches.

Il débouche une bière.

Les premières gorgées sont comme une explosion de plaisir – de la satisfaction pétillante. Le fond de la bouteille arrive bien vite. Vic en ouvre une deuxième.

Il se revoit avec Jenn, presque quinze ans plus tôt. Il ne connaissait pas le coin. Les jumelles avaient deux ans, de INT_Victime_Mercurochrome.indd 177

21-09-08 16:08

CHAPITRE 24 — un roman dont vous êtes la victime vraies petites pestes. Ils venaient de vendre leur maison à Terrebonne, un secteur qu’ils n’avaient pas aimé. Lorraine leur avait plu.

Ils avaient emprunté la montée Gagnon pour revenir de la visite. Ils étaient sous le choc. La maison de la place de Toul, annoncée sous une bannière indépendante, leur avait fait du charme : une maison bourrée de défauts et pourtant, parfaite pour eux. Le propriétaire avait expliqué qu’il ne voulait pas faire affaire avec Sutton ou RE/MAX, parce que ces gens-là ne savaient plus comment s’occuper de leurs clients. Il avait ensuite laissé ses visiteurs entre les mains d’une agente d’immeubles avec un fort accent et une atti-tude désinvolte, vraiment désagréable. Vic et Jenn s’en fou-taient totalement. Ils avaient surtout tenté de garder leur calme, de ne pas trop montrer à la dame qu’ils étaient sous le charme de la maison.

Dans la voiture, ils avaient d’abord gardé le silence. Ce n’était, après tout, que la troisième maison qu’ils visitaient ensemble. Finalement, Jenn avait dit : « Non, mais je la veux !

Dis-moi que tu la veux toi aussi, hein ? » Vic avait stationné la voiture devant le IGA, au coin de la Grande-Côte – en face du cimetière où il se trouve présentement. Il avait embrassé sa blonde et ce baiser s’était transformé en une sérieuse séance de « french », comme des adolescents.

Ils s’étaient interrompus pour faire une offre télépho-nique et avaient recommencé à s’embrasser. Il faisait chaud, comme aujourd’hui. Jenn soufflait de plus en plus fort, elle haletait, elle grognait, elle râlait de plaisir – elle hurlait ?

Vic ferme les yeux et laisse le soleil le caresser.

178

INT_Victime_Mercurochrome.indd 178

21-09-08 16:08

mercurochrome —

CHAPITRE 24 — un roman dont vous êtes la victime CHAPITRE 24

Vic se réveille quand la hurleuse, attirée par le bruit de la pel e mécanique, lui arrache la pomme d’Adam. Sa deuxième bouteille de bière lui tombe des mains.

Il se redresse en bousculant la créature. Il voudrait crier, mais en est incapable. Il saisit sa pelle et tente de frapper la hurleuse. Celle-ci, vêtue d’un ensemble bleu foncé, évite le coup facilement.

Le sang se déverse de la gorge à la poitrine de Vic. Il vacille, puis met un genou au sol.

La hurleuse bondit sur le tronc de sa victime.

La dernière chose que Vic remarque est une épinglette de RE/MAX au revers du tailleur de la râleuse.

FIN

179

INT_Victime_Mercurochrome.indd 179

21-09-08 16:08

INT_Victime_Mercurochrome.indd 180

21-09-08 16:08

CHAPITRE 25

Vic déplace la pelle mécanique sous un arbre. Il la laissera ici pour une prochaine fois. Parce qu’il y aura une prochaine fois. Inévitablement.

Le vacarme du moteur cesse.

Vic a soif. Il décide de remonter dans le pickup.

Bientôt, les bouteil es de bières commerciales vont toutes devenir périmées. Normalement, après quelques mois, elles sont déjà loin d’être fraîches.

Vic sort une bouteille de la glacière. C’est de la Molson.

Il ouvre la bouteille et la coince entre ses jambes, comme quand il montait au chalet, avec son propre père.

Ce souvenir le fait sourire. Il baisse la fenêtre de son camion et se dirige vers la montée Gagnon, pour retourner à la maison.

Quand il tourne vers le nord, il se rend compte qu’une hurleuse, en tailleur bleu foncé, traverse la rue à partir du chantier, en direction du cimetière.

Vic pourrait s’arrêter et l’embarquer. Mais non, ce sera pour une autre fois. Il s’étonne d’avoir hâte de confectionner la tête de masse selon le design du jeune Thomas.

INT_Victime_Mercurochrome.indd 181

21-09-08 16:08

CHAPITRE 25 — un roman dont vous êtes la victime

• • •

Ce n’est qu’une fois que le prototype est réalisé que Vic constate l’heure qu’il est.

Vic s’est rendu compte que le plus simple était de forger un tuyau d’acier à la forme un peu oblongue du manche d’une hache, de découper les pièces triangulaires dans de l’acier inoxydable d’un demi-pouce, puis de souder les différents morceaux ensemble. Pas besoin de trempage pour ce genre d’ouvrage. Il faudra surtout un travail de meule, à la fin du processus, afin de réduire les aspérités des soudures et de donner un aspect lustré aux trente-trois têtes.

Bref, le prototype de la tête de masse d’armes est tout à fait présentable. Vic sait déjà quels seront les gabarits à fabriquer pour accélérer la production. Il faut « simplement » répéter la manœuvre trente-deux fois.

N’empêche qu’il se fait tard.

Vic respire un bon coup. Le mercure doit encore monter à une vingtaine de degrés Celsius, avec un vent chaud. C’est une journée exceptionnelle.

Ça va changer vite avec la tombée du jour.

Vic enlève sa chemise trempée par ses efforts. Il s’assèche, puis s’instal e dans la lumière du soleil qui descend. Son corps est plus dur qu’avant la Chute. Il s’est naturellement endurci, avec le travail quotidien et le ménage du secteur. Il ne ressemble plus à ses photos, sur Facebook.

Facebook… Calvaire. Si ça existait encore, je pourrais prendre un selfie avec mon prototype : « Une première tête de masse d’armes pour tuer des impurs ! Trente-deux à faire… 😜 » Je taguerais 182

INT_Victime_Mercurochrome.indd 182

21-09-08 16:08

mercurochrome —

CHAPITRE 25 — un roman dont vous êtes la victime CHAPITRE 25

Matthew Finn, mon nouvel ami dans le groupe privé des Vrais Enfants du Seigneur. Fred et Max pourraient liker ma publication.

Ta-bar-nak.

Au lieu de ça, Vic débouche une nouvelle bière froide.

Les premières gorgées sont comme une explosion de plaisir – de la satisfaction pétillante. Le fond de la bouteille arrive bien vite. Vic en ouvre une deuxième.

• • •

Fred est pleine d’énergie. El e vient de manger, ce qui apaise normalement les prédateurs. Chez les hurleurs, le fait de dévorer donne des forces, excite – et pousse à dévorer encore.

Vic tire le corps du vieil homme hors de la cellule.

— Fred, come on, t’as à peine mangé ! Commence par les jambes, je sais pas… Si tu lui arraches la pomme d’Adam, il crève trop vite. Tu manges jamais quand c’est froid.

Vic se dit qu’il pourrait peut-être donner les jambes comme il donne les avant-bras. Mais ce serait encore d’autres manipulations, un ajout à ses tâches. Déjà qu’il faut tout laver…

Il soupire.

Je suis dégueulasse.

Vic déplie un boyau d’arrosage. Il passe sa fil e, enchaînée au fond de la cellule, sous le jet puissant. Fred hurle, mais pas plus qu’à son habitude. Vic pousse les morceaux de chair vers le drain, au centre de la pièce.

Avant de sortir, le papa allume une télévision fixée dans un coin. Il place une clé USB dans le port du côté.

183

INT_Victime_Mercurochrome.indd 183

21-09-08 16:08

OceanofPDF.com