Un roman dont vous êtes la victime - Mercurochrome
Chapitre 25 — un roman dont vous êtes la victime
Ce chapitre est long, il est donc découpé en 3 parties.
— Je t’ai téléchargé la suite de Hal oween. C’est excel ent, je te jure. On l’a manqué quand il est sorti au cinéma, mais je l’ai regardé, hier. C’est vraiment bien filmé. Tu porteras attention aux scènes où les meurtres se font hors du champ de la caméra… je pense que c’est plus efficace comme ça. En tout cas, tu me diras.
Fred a toujours raffolé des films d’horreur. Vic essaie de lui faire plaisir. Demain, il lui lira un bout de roman. Ils sont au milieu d’un Conte Interdit qui transpose l’histoire de Jack et le haricot magique dans un thriller de cambriolage violent.
C’est vraiment bien ficelé.
• • •
Le vin, après la bière, aide à calmer Vic. Il est toujours tendu avant et après avoir nourri Fred.
Ça lui permet de réfléchir, aussi. Il taille des pièces pour fabriquer ses têtes de masses, il essaie de continuer son ménage, il s’occupe de Fred, il prépare ses livraisons – il n’a jamais travaillé aussi fort.
Cette fois, la Communauté lui revient à l’esprit et des idées se bousculent.
On pourra jamais se battre contre les fanatiques de la Communauté. Il faudrait des armes. Il faudrait du monde. Ils sont quoi, une centaine ? C’est pas possible.
Vic se dit qu’il pourra au moins évaluer la situation de visu quand il ira livrer les masses d’armes.
Une autre idée lui vient.
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CHAPITRE 25 — un roman dont vous êtes la victime CHAPITRE 25
Dans le fond, ça donnerait quoi de les éliminer ? Le Québec était déjà grand avant la Chute. Il y a pas mal plus de place aujourd’hui. On a juste à partir.
Vic songe à des grosses remorques, de type fifth-wheel.
Peut-être trois pickups, plus le cybertruck, un grand trailer industriel pour emporter le plus de stock possible…
Gil es, Francœur et Mendez pourraient conduire avec moi.
Mendez a déjà un gros Sierra, je pense.
Demain, il ira voir vers Mascouche.
Il me semble qu’il y avait des dealers de caravanes et de campeurs, dans le coin.
Rendez-vous au chapitre 12.
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CHAPITRE 26
Vic déplace la pelle mécanique sous un arbre. Il la laissera ici pour une prochaine fois. Parce qu’il y aura une prochaine fois. Inévitablement.
Le vacarme du moteur cesse.
Vic a soif. Il décide de remonter dans le pickup.
Bientôt, les bouteil es de bières commerciales vont toutes devenir périmées. Normalement, après quelques mois, el es sont déjà loin d’être fraîches.
Vic sort une bouteille de la glacière. C’est de la Molson.
Il ouvre la bouteille et la coince entre ses jambes, comme quand il montait au chalet, avec son propre père.
Ce souvenir le fait sourire. Il baisse la fenêtre de son camion et se dirige vers la montée Gagnon, pour retourner à la maison.
Quand il tourne vers le nord, il se rend compte qu’une hurleuse, en tailleur bleu foncé, traverse la rue à partir du chantier, en direction du cimetière.
Vic pourrait s’arrêter et l’embarquer. Mais non, ce sera pour une autre fois. Il s’étonne d’avoir hâte de confectionner la tête de masse selon le design du jeune Thomas.
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CHAPITRE 26 — un roman dont vous êtes la victime
• • •
Ce n’est qu’une fois le prototype réalisé que Vic constate l’heure qu’il est.
Vic s’est rendu compte que le plus simple était de forger un tuyau d’acier à la forme un peu oblongue du manche d’une hache, de découper les pièces triangulaires dans de l’acier inoxydable d’un demi-pouce, puis de souder les différents morceaux ensemble. Pas besoin de trempage pour ce genre d’ouvrage. Il faudra surtout un travail de meule, à la fin du processus, afin de réduire les aspérités des soudures et de donner un aspect lustré aux trente-trois têtes.
Bref, le prototype de la tête de masse est tout à fait présentable. Vic sait déjà quels seront les gabarits à fabriquer pour accélérer la production. Il faut « simplement » répéter la manœuvre trente-deux fois.
N’empêche qu’il se fait tard.
Vic respire un bon coup. Le mercure doit encore monter à une vingtaine de degrés Celsius, avec un vent chaud. C’est une journée exceptionnelle.
Ça va changer vite avec la tombée du jour.
Vic enlève sa chemise trempée par ses efforts. Il s’assèche, puis s’instal e dans la lumière du soleil qui descend. Son corps est plus dur qu’avant la Chute. Il s’est naturellement endurci, avec le travail quotidien et le ménage du secteur. Il ne ressemble plus à ses photos, sur Facebook.
Facebook… Calvaire. Si ça existait encore, je pourrais prendre un selfie avec mon prototype : « Une première tête de masse pour tuer des râleux ! Trente-deux à faire… 😜 » Je taguerais Finn et 188
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CHAPITRE 26 — un roman dont vous êtes la victime CHAPITRE 26
Thomas, mes nouveaux amis dans le groupe privé des Vrais Enfants du Seigneur. Fred et Max pourraient liker ma publication.
Ta-bar-nak.
Au lieu de ça, Vic débouche une nouvelle bière froide.
Les premières gorgées sont comme une explosion de plaisir – de la satisfaction pétillante. Le fond de la bouteille arrive bien vite. Vic en ouvre une deuxième.
• • •
Le vieux dépose Tom au viaduc du boulevard De Gaulle qui traverse la 640. Tom descend son vélo de la boîte du Ram, puis il l’enfourche.
— Je reviens à quelle heure ?
— À 20 h.
— OK.
— Pas demain, après-demain, dit Thomas.
— Hein ?
— T’as compris. Deux jours.
Tom s’éloigne en direction de la SAQ et de la pharmacie.
Le vieux se tord la barbe.
— Mais, je vais dire quoi à – ?
— On s’en fout du Ministre !
— Tom !
— Dis-lui que tu pensais que c’était entendu entre nous deux. Mon oncle a pas besoin de moi. J’ai tout ce qu’il faut pour quelques jours. Dis-lui de pas s’inquiéter. Je vais avoir les informations qu’il veut quand tu vas revenir.
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CHAPITRE 26 — un roman dont vous êtes la victime Le vélo s’éloigne sans un bruit. Le vieux reprend la route en sens inverse, vers le Costco de Boisbriand.
Max intrigue Thomas. Elle dégage quelque chose de frondeur qui pique sa curiosité. Le jeune homme veut en savoir plus. Il se dit que le mieux est de rouler méthodiquement partout à Lorraine et de garder les yeux grand ouverts.
Il finira par la trouver s’il est attentif et systématique. Il décide de commencer par le nord, où se trouvent les maisons les plus luxueuses.
Tom s’arrête un instant devant le Provigo. Il retire sa vareuse et la range dans une des sacoches de son vélo. Il remet son sac à dos par-dessus son seul chandail. La journée s’annonce chaude. D’abord, trouver une maison avec un poêle, parce que la nuit, elle, ne le sera pas.
• • •
Pendant que son père enterre Matis et la bonne femme qu’il a trouvée le long de la montée Gagnon, Max part en mission.
C’est comme ça qu’ils appellent leurs expéditions pour trouver des denrées utiles. La clé de la réussite est de disposer du bon équipement, d’être vigilant et de toujours porter les vêtements de protection.
La combinaison habituelle de Max est mal adaptée pour une journée chaude. Durant la dernière semaine, il était facile de garder la veste et les pantalons de motocross. Aujourd’hui, Max a choisi une camisole, un plastron de motocross, des protège-coudes et des jeans de moto qui contient du Kevlar.
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CHAPITRE 26 — un roman dont vous êtes la victime CHAPITRE 26
Elle expose un peu de peau, mais l’équipement, plus léger, demeure efficace.
Sur le boulevard René-d’Anjou, Max roule jusqu’à une maison où des travaux étaient en cours avant la Chute. Il y a souvent des outils utiles ou du carburant sur un chantier. Elle stationne sa moto électrique de l’autre côté de la rue.
En fait, il y a quelques jours, Max est passée par les bureaux de la mairie. Elle y a trouvé les demandes de permis de rénovation. Elle sait que les propriétaires faisaient creuser une cave à vin sous une extension de la maison. Les gens qui ont les moyens de se bâtir une cave comme celle-là ont probablement déjà le vin qu’ils vont y entreposer. Il ne faudrait pas perdre le nectar malgré la Chute, n’est-ce pas ? À qui ce vin profitera-t-il si personne ne le récupère ?
Et une collection de grands vins vient souvent avec une collection d’œuvres d’art.
Max retire son casque quelques instants, pour bien écouter les alentours. Elle attend patiemment – toujours un bon trois minutes. Les râleux sont souvent capables de cesser de hurler pendant un certain temps, mais rarement plus de trois minutes.
Le cri survient après cent quarante-deux secondes : un hurlement masculin, très proche, mais étouffé. Max déduit qu’il y a effectivement un hurleur dans les parages, probablement dans la maison sur la droite. L’expérience lui dicte de commencer par se débarrasser de la menace avant de compléter la mission dans un secteur.
Ils sont passés par ici plusieurs fois, mais il reste toujours un hurleur ou deux, comme des poussières que la balayeuse n’arrive pas à aspirer.
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CHAPITRE 26 — un roman dont vous êtes la victime Max repense à madame Malenfant, à sa blouse bleue déchirée, à sa plainte douloureuse, à sa façon de s’approcher de son père, comme si elle demandait qu’on la mette à mort… ou comme si elle avertissait qu’elle allait les tuer ?
Difficile de dire, avec du recul. C’était bizarre.
Cette fois, Max ne veut pas affronter quelqu’un qu’elle connaît. En tout cas, el e ne le fera pas dans un corridor, el e va attirer la créature dehors.
Le hurlement gonfle, le hurleur en pousse plusieurs qui permettent à Max de confirmer dans quel e maison il se trouve.
• • •
Tom observe Max par la fenêtre.
Il a déposé ses affaires dans une maison plus modeste, du côté du boulevard de Reims, avec une cheminée en tôle qui annonçait la présence d’un poêle à bois. C’était le cas. Il pourra souper au chaud. Il est reparti avec un sac vide, son Bowie à la ceinture et un long marteau de couvreur sanglé en travers de son dos.
Ensuite, Tom a pédalé jusqu’à l’entrée nord de Lorraine, située au coin du rang Saint-François. Le trajet est facile à faire pour lui. Tom carburait à la compétition cycliste avant la Chute. Il a des mollets d’acier et un cardio solide.
Après une reconnaissance du côté de la rue Rambervil ers, qui indique que les Verdier ont vraiment exécuté les hurleurs du secteur, Tom s’était arrêté pour soulager sa vessie. Il ne ferme plus jamais les yeux même en pissant et tout ce qui bouge attire son attention – normal, depuis que ce qui bouge 192
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veut probablement le manger vivant. La chance lui a souri.
De derrière son arbre, il a repéré un motocycliste qui s’enga-geait sur le boulevard De Gaulle.
Il a eu le pressentiment qu’il s’agissait de Maxime Verdier.
Qui d’autre ? Ce n’était pas le cybertruck de son père, mais la moto glissait sans bruit… Il lui est tout de suite paru qu’une moto électrique collait avec ce qu’il s’imaginait de cette fille.
Il a trouvé brillant de se déplacer avec des véhicules qui n’attirent pas les hurleurs. Il s’est aussi demandé comment le père et la fille s’organisaient pour recharger.
Thomas a pensé à tout ça pendant qu’il pédalait aussi rapidement qu’il le pouvait. La moto le surclassait en rapidité.
Il l’avait perdue après quelques instants. À la hauteur de Longuyon, il avait pu voir le boulevard de Gaulle, qui s’étirait devant lui, mais pas de motocycliste. Tom s’était dit qu’il avait bien fallu que la moto bifurque ; elle n’avait pas pu le distancer autant en si peu de temps. Il avait tourné sur le boulevard René-d’Anjou, les sens aux aguets.
Quelques secondes plus tard, il avait freiné, en repérant Maxime, qui semblait attendre sur sa moto, au soleil, en bordure d’une rue transversale. Elle écoutait, les yeux fermés.
Tom avait roulé jusqu’à remonter une entrée de garage et s’était dissimulé contre une maison. Il était trop loin. Il avait abandonné son vélo, contourné la vaste demeure, passé à celle d’à côté par la cour arrière, qu’il avait aussi contournée, longeant la piscine, pour se rapprocher. La porte-patio était brisée. Tom était entré dans la maison et s’était rapidement dirigé vers les fenêtres du devant. L’intérieur de la demeure ressemblait à un champ de bataille.
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CHAPITRE 26 — un roman dont vous êtes la victime Dehors, Maxime, les cheveux noués en queue de cheval basse, pour entrer confortablement sous son casque, conti-nuait de prendre son bain de soleil.
Maintenant, Thomas peut l’observer à son aise, de la fenêtre.
Elle est grande, elle est jolie. Très jolie. Tom se demande ce qu’elle porte sous le plastron de motocross. Il la trouve sexy. Maxime n’est pas comme Angie et Jade, les deux seules femmes de moins de trente ans qui font partie de la Communauté. Elle dégage quelque chose de…
Le cri du hurleur, juste derrière lui, surprend Thomas dans ses pensées. La douleur des poings, qui s’abattent violemment sur ses omoplates, elle, est très réelle.
Tom se retourne. Il reçoit un coup au visage et goûte son sang dans sa bouche. Il parvient à repousser le hurleur avec sa jambe puissante. Celui-ci bascule contre une table à café. Le hurleur a déjà été un homme de petite taille, avec une grosse bedaine qui lui tombe sur les cuisses. La Rage l’a pris pendant qu’il devait essayer de perdre du poids : il porte un survête-ment et une camisole des Raptors tendue sur son ventre.
Tom décroche son long marteau de couvreur pendant que la créature se relève et repasse à l’attaque. L’adrénaline prend le dessus. Le hurleur grogne et pousse plusieurs hurlements, comme un forcené. Thomas ne veut pas être surpris par Max. Il veut la suivre, la découvrir. Pour ça, il ne faut pas qu’elle sache qu’il l’épie.
Le marteau fracasse le crâne du hurleur alors que celui-ci bondit vers Tom. Le craquement du crâne est sinistre. Tom frappe une deuxième fois, au sol, pour être certain que la 194
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bête soit morte. Il se retourne vers la fenêtre. Maxime est en train de remettre son casque et de s’approcher.
Une idée lui vient.
Tom saisit le hurleur par ses chevilles. Il le tire à travers le bardas jusqu’à la porte ouverte qui donne sur les escaliers vers le sous-sol. Il pousse le fan des Raptors dans les marches.
Le corps déboule lourdement jusqu’à heurter un mur, en bas, dans la pénombre. Tom ne distingue que les pieds, demeurés dans les escaliers. Il remarque qu’il ne reste qu’une seule espadrille.
Tom entend du bruit, devant la maison. Quelque chose cogne contre de la tôle. Il décide de ressortir aussi rapidement que possible, par l’arrière.
• • •
Max utilise le stratagème de son père : faire du bruit pour attirer le râleux. Ils ne résistent jamais. El e frappe à répétition sur le capot d’un VUS stationné devant la maison.
Le hurleur ne fait plus de bruit.
Elle insiste pendant quelques minutes.
Rien.
Max décide d’entrer dans la maison. El e délaisse sa lance et s’arme de ses xiphos.
La porte de la maison est fermée, mais la fenêtre qui donne sur la salle à manger, elle, a été fracassée. Max passe par là, précautionneusement. La maison est un bordel sans nom. L’ameublement est sens dessus dessous, il y a un cadavre entre la salle à manger et la cuisine, un enfant. Sa cage 195
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CHAPITRE 26 — un roman dont vous êtes la victime thoracique n’est qu’un trou béant. Sa chair est grise, il n’a pas de veines bleues, il est là depuis longtemps.
Pas un son dans la maison. Max fait le tour de chaque pièce.
Elle ne remarque pas le sang frais dans le salon, mais elle trouve une hurleuse enroulée dans un rideau de douche, dans le bain, à l’étage et un hurleur encore chaud, dont la tête est fracassée, au sous-sol.
Le hurleur porte une camisole des Raptors qui semble ridicule sur sa carcasse obèse. Max ne voit pas d’autres blessures que cel e à la tête. El e se demande s’il a pu perdre pied, tomber dans l’escalier et se fendre le crâne.
C’est peu probable.
Un autre hurleur serait encore en train de le bouffer. Il y aurait des morsures.
Max écoute les sons de la maison. Elle n’aime pas cette situation. Elle aime faire son ménage tranquillement, sans avoir à se poser de questions.
Elle se dit qu’il n’y a pas de danger immédiat. Elle décide de traverser la rue vers la maison où on bâtissait une cave à vin avant la Chute.
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Thomas aurait aimé avoir de la glace à mettre sur son visage. Le coup du hurleur lui a probablement déchaussé une molaire. Heureusement, il avait emporté des conserves de Chef Boyardee et des fèves aux lard… Une fois chauffée sur le poêle, cette nourriture molle ne lui avait pas causé de problème de mastication.
Il observe Max depuis la veille.
Premièrement, il a vu Max, dès le premier jour, examiner les toiles au mur, découper celles qui lui plaisaient, les rouler, puis les placer dans la sacoche de sa moto. Elle a choisi les mêmes œuvres que lui-même aurait choisies. Thomas vient de commencer un baccalauréat en design industriel, mais il a hésité à plutôt s’inscrire en arts plastiques. En voyant Max récupérer des toiles, il s’est rendu compte qu’il n’avait pas accordé assez de temps aux arts depuis la Chute. Manifestement, Max, elle, tente de s’accrocher à ce qui demeure beau dans le monde.
Deuxièmement, il a repéré l’Atelier Verdier. Il s’est dit que si le nom était sur l’enseigne, la patrouil e de la Communauté l’aurait vu, tôt ou tard. L’endroit est une forteresse. Il y a INT_Victime_Mercurochrome.indd 197
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CHAPITRE 27 — un roman dont vous êtes la victime manifestement une génératrice qui permet de faire fonctionner l’endroit. Vic et Max y vivent en sécurité. Le Costco de la Communauté n’est pas significativement mieux équipé.
Troisièmement, il confirme qu’elle et son père aident des non-immunisés à survivre. Tom a vu Max rendre visite à une femme aux cheveux noirs qui semble être la maman d’un ado en kangourou rouge.
La jeune femme l’intrigue. El e lui plaît aussi, c’est certain.
Tom ne sait pas quoi penser. Il faudrait qu’il lui parle.
• • •
Max ressort de chez Gros Gil es ; celui-ci l’accompagne devant la maison. Il a maintenant du papier en quantité. Il semble al er mieux.
Il fait un peu froid, aujourd’hui, la température est rede-venue plus normale.
Max se rend compte, en regardant les arbres en couleur, que la question des changements climatiques est maintenant réglée. Il n’y aura pas assez de monde sur la planète pour faire une différence avant des dizaines d’années. À moins que l’Asie et l’Afrique aient été moins touchées ? Les renseignements disponibles depuis la Chute sont contradictoires. La Rage a peut-être fait ses ravages seulement dans les popula-tions des pays les plus riches, ceux qui ont reçu le vaccin rapidement. La question est de savoir si la Peste-Bleue est sous contrôle, ailleurs sur le globe. Max s’en souciera quand elle pourra penser à autre chose qu’au présent et au futur immédiat.
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— Gilles ?
— Oui ?
— Pourrais-tu encore faire une job de construction ?
— Probablement, pourquoi ?
— J’ai trouvé des minimaisons sur roues, à Mascouche.
Papa et moi, on pensait les installer dans la cour de la pépinière, à côté de l’Atelier.
— Pour qui ?
— Pour… tout le monde ? dit-el e en haussant les sourcils.
— Tu voudrais qu’on déménage ? Tout le groupe vivrait à l’Atelier ?
Gilles a une expression de surprise que Max n’arrive pas à interpréter.
— Peut-être ? Ouin ? Non ?
— Ce serait possible ?
Gros Gilles se fend d’un grand sourire.
— On pourrait en mettre combien ? On se brancherait sur votre réseau ?
Max est soulagée.
— Ben… je pensais à quatre ou cinq minimaisons. As-tu déjà vu ça ?
— Certainement, c’est confortable et ça maximise l’espace. J’y avais pensé comme projet de retraite avec…
Gil es s’interrompt de lui-même. C’est toujours comme ça quand il pense à sa femme.
— OK. OK. Disons cinq minimaisons… Elles sont déjà prêtes ?
— Je pense qu’il manque des bouts…
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CHAPITRE 27 — un roman dont vous êtes la victime La conversation se poursuit quelques minutes, Gilles est excité à l’idée de travailler. Max est ravie. Gilles va l’accompagner avec le pickup de son père et ils vont commencer à déménager les minimaisons ensemble pendant que Vic va remplir la commande de la Communauté.
Une fois sur sa moto, elle se force à revenir au présent. Il n’est jamais bon de rêvasser hors de la sécurité des murs de la maison.
El e se met en route, se préparant à contourner l’école du Ruisselet, un secteur qu’elle ne visite que rarement et où il doit rester des hurleurs. Après quelques centaines de mètres, sur le boulevard d’Orléans, elle décide de rebrousser chemin.
Elle a oublié de demander à Gilles s’il accepterait d’emménager avec la bonne femme Hamel pour l’aider, ça ferait une minimaison de moins à déplacer.
Max aime les petites manœuvres acrobatiques depuis que plus personne ne surveille son comportement sur la route. Elle applique les freins et se retourne brusquement en faisant crisser le pneu arrière de son engin.
Le jeune homme de la Communauté, Tom, se trouve derrière elle, sur un vélo avec des sacoches. Il fige en voyant la manœuvre. Il cherche une façon de se sauver.
Max s’enrage. Le petit salaud la suivait ! Il a probablement vu Gilles. Il faut qu’elle l’empêche de rejoindre la Communauté.
Le jeune homme pédale rapidement vers un sentier sur le parc de l’école. Son vélo de montagne est parfait pour ce type de terrain. Mais la moto de Max également, et son accélération est fulgurante.
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CHAPITRE 27 — un roman dont vous êtes la victime CHAPITRE 27
Le Vrai Enfant du Seigneur est rapide sur deux roues.
Max tente de le rejoindre. Elle connaît le sentier. Dans quelques mètres, il vont déboucher sur le virage des « amoureux » – c’est comme ça qu’elle l’a surnommé, parce que les corps de deux râleux y gisent au sol, enchevêtrés un pardessus l’autre, morts à se dévorer mutuellement.
El e anticipe la ligne droite qui suit et se retrouve derrière le cycliste en moins de deux secondes. Juste assez pour coincer le manche de sa lance dans la roue arrière. L’arme éclate sous le choc, mais le vélo fait une embardée violente. Le jeune homme est projeté dans les airs.
Max s’immobilise. Elle saute de sa moto en dégainant ses glaives.
Le jeune homme est dans un piteux état. Désorienté, il saigne. Il ne parvient pas à se relever.
— Attends ! Attends !
— Mon tabarnak ! Tu m’as suivie ?
Max menace le jeune homme avec ses lames.
— J’ai besoin d’aide. C’est pour ça que je t’ai suivie. OK ?
— Ben voyons. Tu me prends pour une conne ? Ta Communauté de marde va venir nous lapider !
— Max, t’as raison, c’est des malades. T’as raison ! Tu comprends que je peux pas rester avec eux. Vous autres…
— Hein ?
— Vous autres, ton père, toi, vous allez survivre, c’est sûr.
Vous allez survivre sans vous prendre pour des élus de Dieu.
Je veux ça, moi aussi.
Max considère Tom, au sol. Il est possible qu’il essaie de la bluffer pour reprendre des forces et la tuer. Elle remarque 201
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CHAPITRE 27 — un roman dont vous êtes la victime le Bowie à sa cuisse et le long marteau d’acier qui est tombé à quelques mètres. Que Tom cache-t-il sous sa vareuse ?
— Où sont les autres ?
— Je suis tout seul.
Tom soupire. Son corps se relâche.
— Je suis tout seul, je te jure. J’ai voulu venir ici avant que mon oncle Matthew le demande à quelqu’un d’autre. C’est con, hein ? J’avais envie de te voir. Je voulais savoir qui tu étais.
Max ne sait pas quoi penser. C’est un jeune homme intéressant, ou c’est un acteur convaincant.
— Qu’est-ce que tu leur as dit ?
— Rien. Rien du tout. Ils reviennent me chercher ce soir.
— Câlisse, Thomas, tu veux me faire croire que tes maudits fanatiques sont assez imbéciles pour te laisser tout seul ici ?
— Tu te rappelles de mon nom ?
— Je rencontre pas beaucoup de nouveau monde, t’as remarqué ? C’est pas difficile. Donc, pourquoi est-ce qu’ils te laisseraient ici tout seul ?
— Je leur ai pas laissé le choix. C’était supposé être une seule journée, je suis resté trois jours. C’est mon idée, pas celle de mon oncle.
— Tu pourrais être mort, bouffé par un râleux.
— Ça se pourrait. Oui, ça se pourrait. Ça change rien : je suis à ta merci, maintenant.
Tom rit un peu pour lui-même. Il commence à se relever en gémissant. Une main s’accroche à l’arbre, l’autre s’appuie sur son couteau.
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CHAPITRE 27 — un roman dont vous êtes la victime CHAPITRE 27
Si vous pensez que Thomas bluffe Maxime, rendez-vous au chapitre 17.
Si vous pensez que Maxime peut faire confiance à Thomas, rendez-vous au chapitre 19.
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CHAPITRE 28
Max ouvre le carnet. Elle y trouve toutes sortes de dessins, comme si les images parlaient davantage à Thomas que les mots.
Tom possède un certain talent, tout est fait avec un stylo à bille noir et un autre bleu. Elle reconnaît la maison de la cave à vin. La gaffe de son père est reproduite avec précision.
Mais il y a aussi des images qui semblent sans lien avec ses observations.
Il a dessiné un râleux, agenouillé, les deux mains refermées sur un pieu qui le transperce de sous le menton jusque dans le cerveau. Max ne comprend pas.
— C’est quoi, ça ? Tu inventes ?
— Non, c’est quelque chose que j’ai vu. C’était pas loin d’ici, je pense. Oui, regarde, je l’ai noté en-dessous : avenue Montsec. On ira voir, si tu veux.
— Quelqu’un de ta gang l’avait tué ?
— Non, ça ressemblait plus à accident freak.
— On peut pas tomber le menton contre un pieu accidentel ement. Si c’est ça que t’as vu, le râleux s’est enfoncé le pieu dans la tête, Tom.
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CHAPITRE 28 — un roman dont vous êtes la victime
— C’est ce que j’ai pensé, mais je vois pas comment ça serait possible.
— En tout cas, c’est un beau croquis.
La silhouette de la motocycliste lui ressemble, avec sa lance accrochée à la moto. La même lance qu’elle vient de briser dans la roue du vélo.
— C’est moi, ça ?
Tom acquiesce de la tête. Max a l’impression qu’il rougit.
Rien qui parle de Dieu, pas de remarques violentes.
Rien qui parle de fanatisme.
Quelques allusions à ses allées-venues et des commentaires entourés. Max remarque une ligne soulignée.
« El e aime la peinture. El e a l’air heureuse. El e est belle, ça me fascine. »
C’est au tour de Max de rougir. Elle redonne le carnet à Tom.
Celui-ci l’ouvre sur une page qui contient un croquis fidèle de l’Atelier Verdier et un plan sommaire. Il déchire la page et la tend à Max.
— On veut pas que personne voie ça, hein ?
Max empoche la feuille en souriant.
— Écoute, dit Max. Je pense pas que tu peux sacrer ton camp de la Communauté comme ça. Juste t’installer avec nous, genre. Je suis pas sûre de vouloir risquer de parler de toi à mon père non plus. Il va penser que tu veux me crosser.
— Il va penser ça ?
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CHAPITRE 28 — un roman dont vous êtes la victime CHAPITRE 28 — Voyons, vous lapidez du monde, vous nous menacez, et là, tout d’un coup, le beau Thomas Finn voudrait trahir son oncle ?
Max a échappé le mot « beau ». Elle fait comme si de rien n’était, Tom fait de même.
— Non, c’est certain qu’on peut pas tout dire. Je suis pas épais. Je pourrais avoir l’air d’un crosseur, c’est vrai.
— OK. Donc, il faut du temps. Penses-tu que ta gang va venir purger à Lorraine bientôt ?
— Pourquoi tu me crois ?
— Je sais pas, Tom. Je le sais fuckin’ pas. Je décide de te faire confiance, OK ?
— OK.
— Ils vont venir purger ici bientôt, tes amis du Costco ?
Tom rit un peu. Ça fait du bien de parler à quelqu’un qui ne cite pas l’Ancien Testament.
— Ben là… écoute, la purge… Je pense pas tout de suite. Ils veulent les armes, ça, c’est évident. Toute la symbolique qui vient avec des hommes armés d’une masse pour achever de détruire le monde d’avant. Ils trippent fort. La trinité, deux fois sur la tête de la masse, celle de Dieu, celle de Matthew… Tu vois ? Ils veulent que ton père fasse son travail.
— C’est vérité.
Tom secoue sa tête de lassitude.
— Niaise pas avec ça, Max. Ils y croient vraiment, eux.
C’est de l’aveuglement et ça empêche de penser. Tu leur dis ça en face et ils te sautent dessus pour manque de respect. Surtout que t’es une femme.
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CHAPITRE 28 — un roman dont vous êtes la victime C’est la première fois que quelqu’un la qualifie de femme
– pas de fille, pas de jeune femme, juste de femme. Max fait signe qu’elle comprend.
— OK, OK. Ça fait qu’on a au moins une dizaine de jours.
— Ouin.
— J’ai peut-être une idée. Quand tu joues pas aux espions, tu fais quoi pour la Communauté ?
— Patrouille à Sainte-Thérèse.
— Genre, dans le coin de la poly ?
• • •
Max traverse le parc Morhange, sur le coin de l’école, et elle aboutit sur l’avenue de Montsec.
Comme l’avait dit Tom, elle repère le « suicidé ». Il se trouve agenouil é sur le porche de la maison, entre le garde-fou et une banquette de bois. C’est un homme, petit, avec une chemise et des bottes de travail. Sa peau est striée de veines bleues, sa bouche est souil ée de sang séché, un morceau de chair, qui n’est pas la sienne, pend à la commissure de ses lèvres. C’est un hurleur, certainement.
Le pieu de métal n’est pas enfoncé dans le sol. Il est coincé contre les cuisses du râleux. Une des mains de la créature est attachée au pieu avec du ruban adhésif épais.
Max se dit que, si le hurleur avait été simplement tué avec un pieu, le corps ne serait pas disposé de cette façon.
On dirait vraiment quelqu’un qui a décidé de mettre fin à ses jours.
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CHAPITRE 28 — un roman dont vous êtes la victime CHAPITRE 28
La jeune femme frissonne. Un hurlement se rapproche.
Max n’a pas l’énergie de tuer qui que ce soit aujourd’hui.
Elle rentre à l’Atelier.
• • •
Max et Vic roulent vers chez Nadia. Elle a demandé de l’aide médicale d’urgence par le réseau du groupe.
Les Verdier ont pris la route avec une trousse de premiers soins et une boîte remplie de médicaments. Nadia est infirmière, si el e a besoin d’aide, c’est que la situation est sérieuse.
L’ambiance est tendue dans le camion.
— Gros Gilles est d’accord. J’ai oublié de te dire ça.
— Quoi ?
— Pour les minimaisons.
— Ah, OK. C’est bon.
— Je sais.
La veille, quand Max est revenue à l’Atelier, elle a pré-texté une chute de sa moto pour expliquer la lance brisée.
Elle a raconté sa journée, mais elle a évité de parler de Tom.
Max a tout de même dirigé la discussion pour réfléchir avec son père à la situation de façon globale.
Tant que la Communauté patrouille les environs pour exterminer les non-immunisés, il n’y aura pas de répit. Ils n’ont pas de conclusion, mais le groupe est en danger.
Vic conduit rapidement. Nadia a besoin d’aide. Mais il continue à réfléchir.
Il faudrait trouver une façon de se débarrasser d’eux.
— J’ai repensé à ça, papa.
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— À quoi donc ?
— On pourra jamais se battre contre les fanatiques de la Communauté.
Vic est surpris de constater que sa fille pense aux mêmes choses que lui, en même temps.
— Je sais. Il faudrait des armes. Il faudrait du monde. Ils sont quoi, une centaine ? C’est pas possible.
— Je dirais moins que ça.
— Ah oui ?
Max se rend compte qu’el e va se brûler si el e parle de ça.
— Bof, dit-el e, anyway, tu vas le savoir quand tu vas livrer les armes.
— C’est vrai.
— Mais dans le fond, ça donnerait quoi de les éliminer ?
Le Québec était déjà grand avant la Chute. Il y a pas mal plus de place aujourd’hui. On a juste à partir.
— On ferait ça comment ?
— Trois pickups, plus le cybertruck, trois minimaisons, un grand trailer pour emporter le plus de stock possible… Gilles, toi, Mendez et moi, au volant.
Vic aime que sa fille se place dans l’action. Elle fonce.
— Mendez en a déjà un. Il faut du gaz.
— Si je monte vers Saint-Lin, genre, je peux en rapporter, c’est sûr.
— On va où avec nos maisons sur le dos ?
— Je sais pas encore. Vers l’est, en tout cas, pas vers Boisbriand.
Vic réfléchit en tournant sur le chemin de Château-Salins. Ils sont presque arrivés.
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CHAPITRE 28 — un roman dont vous êtes la victime CHAPITRE 28
— OK. On en parle ce soir pour tester ton plan. Ça vaut la peine.
Rendez-vous au chapitre 18.
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CHAPITRE 29
Tout le monde grimpe dans le cybertruck. Tom a le calibre 12, Max a sa lance, Nadia une longue machette, et Vic, sa gaffe. Ils sont prêts.
Vic conduit d’abord vers le nord sur une courte distance pour emprunter le rang Saint-François, vers l’est, jusqu’à la route 335. De là, ce sera direction sud, jusqu’à la station de métro Crémazie.
Il n’y a personne sur la route. Évidemment.
— Tom, est-ce que vous avez bloqué le pont ?
— Celui de la 335 ?
— Oui.
— Je pense pas. Peut-être. Ils sont du genre à vouloir vous couper la route.
Vic se dit que, de toute façon, c’est trop tard pour reculer.
Le pickup électrique est rapide. Vic en profite pleine-ment. La longue côte qui descend en ligne droite jusqu’à la rivière des Mille-Îles permet à Vic de distinguer quelques véhicules en travers du pont. Il y a une Jeep de la Communauté et deux carcasses de berlines abandonnées.
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CHAPITRE 29 — un roman dont vous êtes la victime
— Attachez-vous comme il faut : on va voir si le cybertruck est aussi solide que le disait Elon Musk.
— Il a défoncé une vitre au lancement, non ? dit Max.
C’était partout sur les médias sociaux…
— Il a eu deux ans pour corriger avant de produire le mien. On va voir !
Un des hommes sur le pont a une carabine. Mais ce n’est pas un vrai militaire. Il tire trop tôt. La balle rate sa cible. La deuxième ricoche sur le capot du cybertruck, puis fait éclater le coin du pare-brise.
Vic fonce vers la valise de la vieille Hyundai rouillée, sur la droite de la Jeep. Cette cible semble la plus susceptible de céder sous le coup de l’impact. Le tireur commet l’erreur de se placer directement sur le trajet de Vic.
Il a vu trop de films, lui. Même s’il me tue, l’élan du camion va l’écraser et défoncer la barricade.
L’homme fait feu. À cette distance rapprochée, la balle passe net à travers le pare-brise. Elle manque la tête de Vic de quelques centimètres.
Le cybertruck percute l’homme et la berline. D’abord un son mou, puis un son de tôle qu’on tord, suivi d’une explosion puissante, comme un autre coup de fusil. La violence de l’impact projette la Hyundai sur le côté et réduit l’homme en bouillie.